Salut, voici le tout premier Potterlock de ce recueil end place après les événements des 7 romans Harry Potter. J'espère qu'il vous plaira !
RAR:
Katymyny : Merci ! C'est vrai, j'aime bien l'ambiguïté de leur relation dans ce OS et très généralement, j'aime les bromances où on ne sait jamais vraiment ce qu'il en est. J'espère que tu apprécieras ce texte.
TITRE : Magic and deductions
SITUATION : Potterlock AU mais il n'est pas nécessaire de connaître l'univers d'Harry Potter pour comprendre.
PAIRING : Johnlock
DISCLAIMER : L'univers ainsi que les personnages d'Harry Potter appartient à JK Rowling et ceux de Sherlock à Steven Moffat et Mark Gatiss (ainsi qu'à Sir Arthur Conan Doyle).
RESUME : John Watson est un Né-Moldu devenu Auror. Lors d'une mission impliquant la capture d'un dragon, il est blessé et forcé d'abandonner la carrière de ses rêves. Le Ministère lui offre alors la possibilité d'enseigner à Poudlard en tant que professeur de Défenses contre les Forces du Mal. John accepte à contrecœur. Mais s'il faisait une rencontre qui lui redonnait goût à la vie ?
Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec HP, petit topo : Poudlard est l'école de sorcellerie dans laquelle Harry Potter étudie tout au long des sept tomes de la saga. Harry est d'ailleurs considéré comme le sauveur du monde magique après avoir vaincu le plus grand Mage Noir du siècle, Lord Voldemort (ça aura un peu de son importance plus tard, vous verrez). A Poudlard, les élèves sont répartis en 4 Maisons selon leur personnalité, pour être brève : Gryffondor pour les courageux et les déterminés, Serdaigle pour les érudits et les créatifs, Poufsouffle pour les travailleurs et les loyaux et Serpentard pour les rusés et les ambitieux. Il existe une forte rivalité entre Gryffondor et Serpentard depuis des siècles. Un Né-Moldu est un Sorcier né dans une famille de Moldus, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas de pouvoirs. Ils s'opposent aux Sang-Purs, les sorciers nés de deux parents sorciers, la plupart remplis de préjugés à leurs propos et plutôt condescendants envers eux. Il existe un troisième « type » si on peut le dire comme ça, les Sang-Mêlés, nés d'un parent Moldu ou né-Moldu et d'un parent sorcier. La Défense contre les Forces du Mal est une matière enseignée à Poudlard (en gros c'est tous les sortilèges offensifs et défensifs pour combattre les ennemis), tout comme les Sortilèges, les Potions et la Botanique. Les sorciers ont leur sport bien à eux, le Quidditch (là aussi c'est mieux que vous le sachiez avant de lire), qui se joue sur balais avec trois balles : le Souafle, les Cognards et le Vif d'Or. Les trois poursuiveurs de l'équipe se passent le Souafle et doivent marquer dans l'un des trois buts adverses et remportent à chaque but 10 points. Les 2 batteurs sont chargés d'envoyer les Cognards sur les joueurs de l'équipe adverse, enfin l'Attrapeur doit attraper le Vif d'Or, une balle très rapide et très petite. Le match se termine lorsqu'il l'attrape en apportant à son équipe 150 points (et très généralement la victoire). Enfin, un Auror est, en très gros, un policier dans le monde magique, garant de la paix et de la sécurité des sorciers. J'espère n'avoir rien oublié, auquel cas faites-le moi savoir en commentaires.
Baguette en main, son balai dans l'autre, dissimulé derrière un rocher, John attendait sagement que son supérieur n'ordonne d'attaquer. Il était confiant quant à l'issue de leur mission. Les problèmes liés aux créatures magiques classées XXXXX n'avaient jamais été trop difficiles à traiter. Dangereux, certes, potentiellement mortels mais tellement pleins d'adrénaline que John frémissait d'impatience à l'idée de capturer la bête et l'empêcher de blesser les élèves de Poudlard qui se trouvaient non loin de ces plaines d'Ecosse où la bête avait élu domicile. John se demandait bien comment un dragon, surtout un Magyar à pointes, avait pu se retrouver ici en passant inaperçu.
Ce soir-là, l'animal était présentement endormi au pied d'un gros rocher, roulé en boule, sa queue hérissée de piquants bronze ramenée devant sa tête. Ses écailles noires luisaient à la lumière de la lune tandis que des volutes de fumée noire s'échappaient de ses naseaux. John songea qu'ainsi, il n'avait pas l'air particulièrement menaçant.
S'il avait su, il aurait maudit la fougue et l'insouciance de sa jeunesse.
Une légère étincelle bleue donna le signal et les douze Aurors déployés pour la capture du dragon sortirent de leur cachette. John, ses yeux rivés sur l'animal endormi, serra un peu plus ses doigts sur sa baguette. S'il avait remarqué leur présence, le dragon ne s'en sentait pas le moins du monde menacé. John savait parfaitement ce qu'il devait faire. Ne pas stupéfixer la bête seul, éviter ses flammes et surtout, viser ses yeux.
Il remarqua, dissimulé entre les pattes du dragon, une espèce de bloc de ciment. Il eut un moment d'absence avant de se souvenir que c'était l'apparence qu'avait les œufs des Magyars. Une dragonne, donc. Un sourire carnassier étira les lèvres du jeune Auror. Sa mission s'avérait encore plus trépidante que prévu. Il convoqua un Lumos à mi-voix et avança un peu plus. Les douze Aurors encerclaient le dragon à présent, qui continuait de cracher de la fumée noire, impassible.
Les entrailles de John se tordirent mais la sensation n'était pas désagréable. C'était simplement l'adrénaline qui le prenait aux tripes. Si on lui avait dit qu'il serait dans cette situation, quatorze ans plus tôt alors qu'il ignorait tout de l'existence des sorciers, de ses propres pouvoirs, de Poudlard et du Ministère, jamais John ne l'aurait cru.
« Stupéfix !
La voix de l'un de ses camarades le tira de ses pensées et avant qu'il n'ait le temps de penser « merde », le sortilège s'écrasait sur la peau noire du dragon, ricocha et vint toucher le voisin de John en passant tout près de l'oreille du jeune Auror.
La suite ne fut qu'un fouillis d'images floues, de sons indistincts et de bazar incommensurable. La dragonne s'était éveillée, aux aguets, déployant ses ailes autour d'elle et feulant contre les sorciers qui osaient la déranger. Elle se plaça entre eux et son œuf et John sentit l'odeur de brûlé avant qu'elle ne crache ses flammes. Réagissant au quart de tour, il convoqua un bouclier qui le protégea lui et ses camarades proches. Puis dans la même vivacité, alors que ses collègues en profitaient pour assaillir la bête de sorts, John enfourcha son balai et s'élança à la hauteur de la tête du dragon.
A Poudlard, il avait été Attrapeur pour l'équipe de Quidditch de Gryffondor et était donc doté d'une extrême célérité et d'une grande agilité sur balai. Il vit le regard de braise du Magyar suivre son mouvement et anticipa son attaque en feintant vers les flancs de la bête. Les flammes n'atteignirent personne mais en passant sous l'abdomen de la bête, John sentit les poils de sa nuque roussir. Il entendit vaguement quelqu'un lui crier d'arrêter ses conneries, mais ignora la voix alors que la Magyar, folle de rage se lançait à sa poursuite.
John volait à toute vitesse dans le ciel, suivi de la dragonne, jetant quelques regards dans son dos pour vérifier tant la distance – moins de quinze mètres, songea-t-il avec une pointe de crainte, il ne serait pas protégé du feu mortel du dragon – que pour contrôler qu'elle le suivait toujours. Il jetait quelques sortilèges de Conjonctivite, sans beaucoup trop d'espoir quant à leur réussite. Viser juste à une telle vitesse, même pour lui était mission impossible.
Pourtant, à sa grande surprise, après un dixième essai et son intention de faire demi-tour avant de foncer sur Poudlard – ce qui était exactement ce que son équipe tentait d'éviter – un grognement lui confirma que le sortilège avait atteint sa cible. Enorgueilli par sa victoire et totalement oublieux des risques qu'il prenait, John nargua la bête en l'effleurant.
Les dents de l'animal se resserrèrent sur du vide ce qui ne fit qu'encourager sa hargne.
John piqua vers le sol avec l'intention de ne remonter qu'au dernier moment. Avec un peu de chance, la dragonne, trop lourde, s'écraserait sur le sol et ils pourraient la neutraliser. Il voyait de loin ses collègues qui accourraient. Le timing était parfait. Confiant, John se précipita vers l'herbe à pleine vitesse.
Mais il ne parvint pas à modifier sa trajectoire comme escompté. Le manche de son balai se planta dans le sol, le culbutant avec violence par-dessus le bois. John s'effondra sur l'herbe, l'une de ses jambes rencontrant avec force la surface dure et tranchante d'un rocher, tandis que la dragonne se jetait sur lui.
Le dernier souvenir qu'il eût, ce fut la douleur provoquée par les crocs de la dragonne qui s'enfonçaient dans son épaule et dix voix qui scandaient :
–STUPEFIX !
John se réveilla, combien de temps plus tard il l'ignorait, une douleur affreuse dans l'épaule gauche. Elle était telle qu'il ne parvenait même pas à se souvenir de pourquoi il avait mal, d'où il était, de ce qu'il avait fait. Il garda les yeux résolument fermés, essayant de récupérer sa mémoire autant que de calmer la douleur.
Puis tout lui revint d'un coup. La mission, la dragonne, la course-poursuite sur son balai, sa tentative avortée et la morsure.
La morsure. C'était l'élément qui lui manquait. John ouvrit brusquement les yeux. Il était dans un lit d'hôpital, dans une chambre d'hôpital. Et face à lui, une jeune femme à l'air timide, ses doigts s'enroulant nerveusement autour de sa queue de cheval châtain lui souriait. Il ne lui rendit pas son sourire, un peu perdu. Sa main se porta machinalement à sa poche, où aurait dû se trouver sa baguette.
–Votre baguette a été cassée lors de votre accident, coupa la jeune femme avant qu'il n'ait le temps de poser une question. Cela fait trois jours que vous êtes à Ste Mangouste. Nous nous sommes occupés de votre blessure à l'épaule. Je suis Molly Hooper, votre Médicomage référente. Vous avez également une jambe cassée par la chute mais on a réparé la fracture.
Il ne savait pas ce qui était pire. Le fait qu'il n'ait pas sa baguette, qu'il soit coincé à l'hôpital depuis trois jours, l'échec de sa mission ou l'état de son corps. John serra le poing sous les draps.
–Vous avez eu de la chance de vous en sortir, conclut la jeune femme.
–Le dragon…
–Est sous bonne garde. Il a été transféré en Roumanie avec son œuf. Votre supérieur m'avait dit que vous poseriez sans doute des questions à votre réveil.
–Il va bien ? Ils vont tous bien ?
–Vous êtes le seul blessé.
Un étrange sentiment hautement contradictoire envahit le jeune Auror, entre immense soulagement de savoir que ses amis étaient tous sains et saufs et incommensurable frustration d'avoir été le seul blessé alors qu'il était le meilleur élément de sa promo. Il baissa la tête.
–Vous avez faim ? demanda Molly Hooper avec un grand sourire.
John acquiesça et elle partit en lui assurant que quelqu'un viendrait lui porter un peu de nourriture. Alors qu'il ruminait de sombres pensées sur son état, la porte de sa chambre s'ouvrit sur Gregory Lestrade, son supérieur. Le visage de ce dernier s'illumina d'un grand sourire en apercevant sa meilleure recrue éveillée.
–John ! Je suis heureux de te revoir.
–Moi aussi, Greg.
–Comment tu te sens ?
–Vivant, concéda John, même s'il avait envie de hurler qu'il s'ennuyait déjà ferme dans ce lit d'hôpital.
Greg lui sourit mais très vite, sa bonne humeur s'envola.
–Je… je préfère te prévenir maintenant qu'attendre ton rétablissement, commença-t-il. John… ta blessure… ta blessure t'empêche de continuer à travailler en tant qu'Auror.
A cet instant précis, les mots s'écrasèrent dans l'esprit de John, sans le toucher. Il ne pouvait pas croire ce qu'il venait d'entendre. Sa carrière n'avait pas volé en éclat à cause d'un stupide Magyar à pointes.
–Bien sûr que si, contredit-il. Je suis parfaitement apte.
–Les Médicomages sont formels, John. Je suis désolé. Vraiment. Tu étais mon meilleur élément.
John vit son monde s'effondrer tel un château de cartes à la seconde où Greg prononça la terrible sentence. Il refusait d'y croire et pourtant, la douleur dans son épaule, perfide, lui soufflait que son ami lui disait la vérité. Et le regard plein de compassion et de regret, de pitié qu'il lui adressait ne faisait que rendre cette voix immonde plus vivante. John, les yeux piquants, détourna le regard.
–Va-t'en, admonesta-t-il.
–John…
–Va-t'en, j'ai besoin d'être seul.
Il félicita sa voix de n'avoir pas tremblé. Son ton dur convainquit Gregory de quitter la chambre avec la promesse de revenir le voir – John dut se retenir de lui hurler qu'il ne voulait pas de sa compassion – et la porte se referma, laissant l'ex-Auror seul. Vidé. Toute sa vie était foutue en l'air. Ses rêves avaient volé en éclats. Qu'allait-il faire maintenant ?
Les premières larmes coulèrent le long de ses joues et il les essuya d'un geste rageur, une furieuse envie de tout détruire sur son passage s'emparant de lui. Sa magie bouillait dans ses veines, il pouvait la sentir et ce ne fut qu'avec un immense effort de volonté que John l'empêcha d'exploser en bulles de colère autour de lui.
Il ne toucha pas à la nourriture qu'on lui porta, l'estomac trop noué pour avaler quoi que ce soit. Sa vie était foutue. Son avenir était mort. Et au fond de lui, John avait l'impression de l'être aussi.
Lorsqu'il sortit de Ste Mangouste, quelques semaines plus tard, John n'était plus le même. Il était une coquille vide, sans ambition, sans espoir, dénué de tout sentiment si ce n'était occasionnellement, la haine, l'injustice et l'amertume. S'il était mort de sa chute de balai, les choses n'auraient-elles pas été plus simples ? Il n'aurait pas souffert, n'aurait pas l'impression que sa vie s'échappait de ses doigts, que son existence volait en éclats, consumée par sa monumentale erreur. Lorsqu'il était entré dans le monde magique, l'avait appréhendé, il n'avait jamais eu pour autre ambition que devenir Auror. Il avait touché son rêve du doigt. La réalité en était d'autant plus douloureuse. Il ne pourrait plus jamais être Auror. John avait abandonné sa bonne humeur, son insouciance et sa gentillesse naturelles qui faisaient que les gens étaient attirés par lui comme les papillons par la lumière pour un cynisme débordant de sarcasme et d'aigreur. Quelque part, lorsque ses mots atteignaient leur victime, il éprouvait un intense sentiment de satisfaction, mêlé à un peu de culpabilité. Il savait que le seul responsable de son état, c'était lui-même mais ne pouvait s'empêcher de faire payer les autres. Greg avait continué de lui rendre visite, même lorsque John lui avait craché des mots impardonnables au visage. Il avait racheté une baguette, ignorant les « étrange, très étrange » d'Ollivander quand une seconde baguette l'avait choisi, avait payé le marchand et était reparti se terrer dans son appartement miteux. Jusqu'à recevoir cette lettre du Ministère qui le convoquait. John avait considéré un instant l'idée de ne pas se rendre à son « rendez-vous » mais le peu de bon sens et de courtoisie qui lui restait l'avait convaincu d'honorer ses interlocuteurs de sa présence.
Il marchait donc activement dans l'atrium du Ministère, bousculé par les employés qui se fichaient bien du petit énergumène qui s'appuyait sur sa canne, les yeux cernés comme un château fort. John rejoignit le bureau des Aurors essayant tant bien que mal d'ignorer le nœud qui se formait dans ses entrailles. Il passa tête baissée dans les couloirs, ne répondit pas aux salutations de ses collègues et se dépêcha de toquer à la porte du bureau du chef. Il fut invité à entrer et à s'asseoir par l'homme qu'il ne regarda même pas. C'était la première fois qu'il rencontrait son supérieur hiérarchique et celui-ci n'aurait rien d'autre à lui dire que l'informer de son renvoi. Un sourire cynique étira ses lèvres.
–Mr Watson.
John acquiesça.
–Vous savez pourquoi vous êtes là ?
–Pour être viré en bonne et due forme ? hasarda le concerné en retenant le ton sarcastique de sa remarque.
–Entre autres, répliqua son chef avec une moue ennuyée. Lestrade m'a informé de votre incapacité à poursuivre votre travail chez les Aurors…
–Je ne suis pas un infirme, marmonna John entre ses dents, ses yeux rivés sur la canne qui lui permettait de se déplacer, comme s'il adressait la remarque à l'objet en question.
–Personne n'a prétendu cela, Mr Watson.
–C'est pourtant ce que mon licenciement implique.
Il leva les yeux, son regard noir croisant celui de son interlocuteur qui eut le bon sens d'avoir l'air gêné et baissa le sien. Pour peu, John aurait laissé échapper un rire sans joie. C'était cet homme bedonnant et lâche qui dirigeait les Aurors ?
–J'ai discuté longuement de vos capacités avec Lestrade. Il m'a affirmé que, malgré votre jeune âge, vous étiez le meilleur élément de son groupe, ce qui m'a donné une idée. J'ai entendu dire que Poudlard cherchait un professeur de Défense contre les Forces du Mal et qui mieux qu'un excellent Auror pour remplir cette fonction ?
–Ex-Auror, ne put s'empêcher de corriger John tandis que l'autre sortait un dossier de ses tiroirs avec un grand sourire.
–Si vous acceptez, le poste est à vous.
John, déterminé à refuser, il n'allait tout de même pas afficher son échec à de stupides élèves, prit néanmoins le dossier que lui tendait son supérieur, simplement pour donner le change et avoir l'air poli. Il lut le contrat en diagonale. Son assurance flancha. Après tout, il avait besoin de quelques Gallions pour subvenir à ses besoins, d'autant plus que Poudlard, en plus d'un salaire, lui offrait gite et couvert. Pour lui qui ne roulait pas sur l'or, c'était une occasion à ne pas manquer. Mais sa lassitude lui assurait le contraire. Et pourtant…
–Je vais y réfléchir.
–Je vous donne trois jours, Mr Watson. C'est le délai que m'accorde Poudlard, au-delà, nous n'aurons plus qu'à discuter de votre prime de licenciement.
John se leva, le fusilla du regard et emporta le dossier avec lui, l'air morose, mais tout de même un peu curieux. Qu'est-ce que cela donnerait que de revivre l'expérience d'être à Poudlard mais en tant que professeur ?
Sa curiosité avait eu raison de lui et c'était donc avec un air dubitatif que John se retrouva sur la voie 9 le 1er septembre, se débattant avec sa large valise et sa canne pour avancer jusqu'au train. Il s'apprêtait à rejoindre le wagon réservé aux professeurs quand une voix familière le héla :
–John ! John Watson !
John se retourna, intrigué pour faire face à un petit homme bedonnant aux lunettes rectangulaires qui lui souriait de toutes ses dents. Le visage ne lui était pas inconnu mais John n'arrivait pas à le remettre.
–Stamford. Mike Stanford. On était en Arithmancie ensemble.
–Oui. Mike. Salut.
Il serra la main tendue de son ancien camarade de classe et ami. Ils n'étaient pas répartis dans la même maison à Poudlard mais avaient pris l'habitude de bosser leurs devoirs d'Arithmancie ensemble à la bibliothèque, ce qui avait créé des liens. Malheureusement, après Poudlard, John l'avait perdu de vue ce dont Mike ne semblait pas lui tenir rigueur.
–J'ai entendu dire que tu étais Auror.
John se rembrunit, le sourire de façade qu'il tentait désespérément de tenir se fanant sur ses lèvres.
–Je ne le suis plus. J'ai été… réorienté.
–C'est toi le nouveau pour la DADA [1] ?
–Ouais. C'est moi, fit l'ex-Auror d'une voix lasse.
Mike ne fit aucun commentaire sur son ton et d'un geste anodin, saisit la valise de John pour l'aider à la monter dans le train. John retint la remarque amère qui lui brûlait les lèvres comme quoi il n'avait pas besoin de sa pitié. Il suivit son ami dans les couloirs et trouvèrent finalement un compartiment vide.
–Et toi ? fit John après un long moment de silence. Toujours à Poudlard ?
–Oui. J'enseigne la Botanique maintenant.
–Je n'ai jamais compris ta passion pour cette matière, avoua John.
–Eh bien il y'a au moins un de mes collègues qui apprécie ma serre ! répliqua Stamford d'un ton enjoué. Il est plutôt spécial si tu veux mon avis mais ça a l'air d'être un type intelligent.
–Il était à Poudlard en même temps que nous ?
–Tu ne dois pas t'en souvenir. On était en quatrième année quand il est arrivé. Enfin. Je te le présenterai à l'occasion.
John acquiesça, de toute manière peu enthousiaste. Il n'avait pas prévu – et aucune envie – de se lier avec ses collègues. Il avait accepté le poste de professeur uniquement pour subvenir à ses besoins, uniquement pour survivre.
Alors qu'il relevait la tête, il aperçut le regard furtif de Mike sur sa canne. John soupira.
–J'ai été mordu par un dragon si tu veux tout savoir. Ejecté d'un balai. Une grosse plaie à l'épaule et un boitement à vie. La fin de ma carrière d'Auror.
Il avait déblatéré le tout sur un ton neutre. Seule sa dernière phrase laissait entendre toute sa frustration et son aigreur.
–Désolé, je ne voulais pas…
John lui fit signe que ce n'était rien – mais ça ne l'était pas – dans le seul but de faire cesser la conversation. Mike dut comprendre le message et se tut. Le silence tomba sur les deux compères. Silence qui fut rompu par l'arrivée de deux autres professeurs. Une femme à la voluptueuse chevelure brune et bouclée et un homme aux petits yeux de rat qui parut tout de suite antipathique à John bien qu'il n'en fît part à personne.
–John, je te présente Sally, professeur de Sortilèges et Philip, de Métamorphose.
–Enchanté, fit John d'un ton qui disait tout sauf qu'il était enchanté.
En réalité, il commençait à regretter sa décision. Quelle mouche l'avait piqué pour accepter le poste ? C'était complètement idiot. Mais il ne pouvait plus reculer maintenant. Il n'aurait qu'à démissionner à la fin de l'année, ou mieux, faire un travail mauvais, se montrer imbuvable – ce qui ne serait pas très compliqué, il n'aurait qu'à forcer le trait de sa mauvaise humeur – avec le personnel enseignant et les élèves et il serait viré avant d'avoir eu le temps de défaire ses bagages.
Il ignorait alors qu'il trouverait plus fort que lui à ce jeu-là.
John ne fit pas attention à grand-chose durant le repas, à part lorsque la directrice, Minerva McGonagall le présenta comme le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Il dégusta le repas – toujours aussi excellent – de l'école sans pour autant prêter attention aux goûts qui glissaient sur ses papilles. Il ne remarqua pas le regard intéressé de l'un de ses collègues qui le contemplait par intermittence.
Et puis le soir, lorsqu'il rejoignit sa chambre et se laissa tomber dans le lit, il s'endormit aussitôt, épuisé.
Le lendemain, John se prépara pour son premier cours de l'année, déjà las et vaguement angoissé. Il ne doutait pas de ses capacités à enseigner, non seulement il avait été Auror et maîtrisait parfaitement l'ensemble des sortilèges qu'il se devait d'enseigner, d'autant plus que sa connaissance s'étalait bien au-delà, mais il avait également suivi une formation en accéléré pour savoir quelle leçon dispenser à quels élèves. Il ne savait pas vraiment pourquoi il était nerveux à dire vrai. Surtout que son premier cours était à des premières années. Rien de bien méchant donc. Ce qui n'empêchait pas son estomac de se tordre désagréablement.
Après un petit-déjeuner frugal, il rejoignit sa salle de cours, l'aménagea en attendant l'arrivée de ses élèves. Il claudiquait encore dans l'immense salle quand ceux-ci se manifestèrent en le saluant poliment. John eut un sourire carnassier. Il avait été ce genre d'élève et d'homme. Il ne l'était plus. Il n'avait pas vraiment l'intention d'être méchant ou d'intimider les jeunes gens qui se massaient dans sa salle, mais voir leurs sourires innocents, insouciants le pétrissait de jalousie. Comme s'ils étaient responsable de son état, du fait qu'il ne pourrait plus jamais être ce genre de personne.
–Asseyez-vous, lança-t-il d'un ton froid et sec.
Les élèves échangèrent des regards entre eux et chuchotèrent quelques mots tout en obéissant. John les réduisit au silence en créant une bruyante mais inoffensive explosion au bout de sa baguette. Un sourire étira ses lèvres lorsqu'il vit les visages intrigués et craintifs des première année. Il se demanda vaguement ce qui lui était arrivé pour qu'il se transforme en ce pantin vide terroriseur d'enfants, avant que les crocs de la dragonne ne se rappellent à son bon souvenir, effaçant toute trace de compassion. Seule restait l'amertume. Tant pis pour sa conscience.
–Je ne tolérerai aucun bruit pendant mes cours. Si vous voulez dormir, grand bien vous fasse, mais lorsque j'explique, vous vous taisez, sinon je vous garantis que vous passerez plus d'heures en retenue qu'à vous prélassez dans la pelouse ou au bord du Lac Noir. Je suis John Watson et je serais votre professeur de Défense Contre les Forces du Mal pour cette année.
John marqua une pause, darda un regard noir sur les élèves qui étaient assis dans leurs chaises, stoïques. Il ne gagnerait pas leur affection mais au moins le respecteraient-ils.
–Bien. A présent, je vais vous présenter brièvement le programme et ensuite, nous commencerons.
On n'entendit pas une mouche voler durant tout l'exposé de John et à la fin de l'heure réglementaire accordée à sa matière, les élèves repartirent avec une dissertation à rédiger sur les lutins de Cornouailles [2] et les manières les plus efficaces de les combattre.
Lorsqu'ils eurent tous quitté la pièce, John se laissa tomber à son bureau et passa une main lasse dans ses cheveux blonds. Il était déjà épuisé. Mais pas par l'enseignement, par lui-même et sa stupide faiblesse. Il écrasa un poing rageur sur le bois du bureau, faisant sauter livres et parchemins. Quelques secondes plus tard, les élèves de quatrième année entraient dans la pièce et John se fabriqua un masque d'impassibilité. Être imbuvable, d'accord, mais laisser paraître ses failles, jamais. Il savait combien les adolescents pouvaient être blessants pour se protéger.
La matinée passa à toute vitesse pour John qui rejoignit Mike pour le déjeuner. Après le repas, ils s'étaient mis à errer dans les couloirs du château en attendant leur première heure de l'après-midi, qui pour John, se trouvait être dans une bonne heure et demi. Il aperçut du coin de l'œil Philip et Sally qui sortaient de la même salle de classe qu'il savait désaffectée et laissa son esprit faire les conclusions de lui-même, de toute façon peu intéressé par les bruits de couloir et les activités de ses collègues. Son but ultime était de se faire virer et il songeait sérieusement à repartir dans le monde moldu, faire les études de médecin dont il avait toujours rêvé et oublier définitivement la magie, en s'administrant un Oubliettes à lui-même s'il le fallait – il n'était pas sûr que ce soit possible mais rien ne lui coûtait d'essayer et au pire, il deviendrait sénile comme Lockhart, un de ses prédécesseurs dont il avait entendu parler du triste sort. Mais devenir impotent ne le dérangeait pas outre mesure, s'il pouvait oublier sa carrière ratée.
–John, tu m'écoutes ?
–Non, répondit honnêtement le jeune homme, pas le moins du monde gêné de faire parler son ami dans le vide.
–Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Je ne reconnais pas le John Watson de mes années Poudlard.
–Je ne suis plus ce John-là, répondit sombrement l'intéressé.
Ils venaient d'atteindre les cachots où John savait que se tenaient les cours de potions. Il se demanda vaguement si Slughorn enseignait encore. John n'avait jamais été très doué en potions et du temps de Rogue, il avait toujours reçu des répliques cinglantes sur sa balourdise et son incapacité à concocter un simple thé – ce qui d'ailleurs été faux, en bon Anglais, John savait parfaitement faire du thé – mais lorsque l'ex-directeur de Serpentard était revenu, lui était en sixième année et il avait tout de suite apprécié le potionniste.
Mais la voix qui se dégageait, basse et douce à la fois n'était pas celle de Slughorn et John aurait presque cru réentendre Severus Rogue, la terreur des cachots. S'il ne savait pas qu'il était mort lors de la Bataille de Poudlard, il aurait juré que ce dernier était de retour à son ancien poste. Intrigué, John s'approcha de la porte, s'y adossa et posa ses yeux sur l'homme qui faisait cours. Il était grand, fin, un visage anguleux couleur du marbre. Ses pommettes saillantes, même à cette distance étaient mises en valeur par les boucles brunes qui ondulaient gracieusement autour de son visage. Le plus fascinant, pourtant, chez cet étrange personnage, c'était son regard perdu entre le gris, le bleu et le vert, qui reflétait une grande intelligence. Instinctivement, John sut que c'était l'homme dont lui avait parlé Mike dans le Poudlard Express. Prof de potions donc. D'où son intérêt pour la Botanique.
–L'Amortentia, oui, ce n'était pas très difficile à deviner. La potion la plus stupide inventée par l'Homme, si vous voulez mon avis, déclarait l'étrange individu. Recréer les réactions chimiques que l'attirance et cette stupide chose que vous nommez l'amour produites par le corps est complètement inutile. Mais apparemment, celle-ci est au programme de votre sixième année, alors je suis bien obligé de vous l'enseigner.
John retint un ricanement, appuyé sur le chambranle de la porte, complètement absorbé malgré lui par l'exposé du professeur qui ne se gênait pas pour donner son opinion sur le genre humain à ses élèves qui l'écoutaient, visiblement pas choqués du tout. Ce qui impliquait que ce n'était pas la première année d'enseignement de cet homme qui semblait pourtant très jeune.
–Qui peut me dire les propriétés olfactives de l'Amortentia ?
Le regard perçant du professeur passa sur l'assemblée silencieuse d'élèves mais avant qu'un seul n'ait le temps d'ouvrir la bouche, l'étrange énergumène avait repris son exposé.
–Personne, comme c'est affligeant. Tant de stupidité dans une même pièce, n'est-ce pas intenable ?
Il laissa échapper un soupir grandiloquent, digne des plus grands acteurs de théâtre et cette fois, John ne retint pas le ricanement qui franchit la barrière de ses lèvres. Et même s'il l'avait fait très doucement, le professeur semblait l'avoir entendu et il darda son regard d'acier sur John qui se sentit soudainement passé au crible. Leur échange visuel ne dura que quelques secondes et au lieu de demander si John cherchait quelque chose, l'énergumène reprit sa leçon, l'air de rien comme s'il savait parfaitement que l'ex-Auror n'était pas là pour lui demander quoi que ce soit.
–L'Amortentia reproduit l'odeur favorite de celui qui la sent. Ainsi, on est irrésistiblement attiré vers celle-ci, lorsque l'on est stupide, cela va de soi, et cela permet donc de faire boire la potion plus facilement. L'Amortentia est un filtre d'amour très puissant qui vous ferait perdre la tête. C'est pourquoi elle est extrêmement dangereuse.
Malgré lui, John huma l'air, bizarrement curieux. La manière qu'avait d'enseigner ce mystérieux inconnu lui donnait envie de prêter attention aux cours de potions qu'il avait définitivement laissé tomber en fin de sixième année. Malgré la bienveillance et toute la bonne volonté de Slughorn, il avait toujours été horriblement peu qualifié pour la matière. Il avait été accepté dans sa formation d'Auror sûrement pas grâce à ses talents de potionniste.
Quoi qu'il en fût, lorsqu'il huma l'air, des effluves de produits chimiques mêlées à autre chose parvinrent à ses narines. Il se sentit légèrement groggy quelques secondes avant de secouer la tête. Il n'avait aucune idée du pourquoi de ce qu'il avait senti. L'odeur était résolument masculine et si John était sûr d'une chose, c'est qu'il n'était pas gay.
Bizarrement, son regard se reporta sur le professeur de potions qui continuait d'expliquer les propriétés de ses potions d'un air arrogant et expert – et dont John n'écoutait plus rien, trop accaparé par ses propres pensées pour se concentrer – et il se surprit à faire glisser ses yeux sur le corps longiligne de son collègue inconnu. Son regard suivit chaque courbure du corps de son vis-à-vis, mis en valeur par le costume cintré qu'il portait. John rougit en se rendant compte de l'indécence de son acte. Et puis il n'était pas gay, martela-t-il au fond de sa tête.
Il détourna le regard, les joues en feu pour le poser sur Mike qui lui souriait d'un air mutin.
–Il est fascinant, pas vrai ?
–Je t'avoue que je suis perplexe, murmura John en ignorant la question, gêné.
–Oui eh bien, tu auras tes réponses plus tard, moi j'ai cours. Je dois t'abandonner.
Et sans plus de cérémonie, Mike laissa John devant la salle de classe. Son regard fut à nouveau irrésistiblement attiré par le professeur qui semblait avoir totalement oublié sa présence. Avec un soupir dont il ne comprenait pas vraiment l'origine, John se détourna pour rejoindre sa propre salle de classes. Il avait des cours – et une mission – à assurer. Il ne remarqua pas le regard gris qui le suivait alors qu'il quittait les cachots.
John achevait son dernier cours de la journée, le moins pénible puisqu'il s'agissait de septième année qui n'étaient pas totalement novices, perdu dans ses cogitations qui revenaient sans cesse vers le mystérieux professeur de potions. Il rangeait ses effets personnels quand McGonagall entra dans la pièce. Il se tourna vers la directrice avec un sourire faux.
« Professeur, salua-t-il d'une voix neutre.
Il n'avait pas déjà réussi à attirer l'attention de la directrice quant à son comportement à l'égard des élèves ? Il pouvait être très opiniâtre quand il avait un but précis mais croire qu'il l'avait accompli à la fin du premier jour de cours semblait quand même utopique.
–Mr Watson. Je n'ai pas eu l'occasion de vous remercier d'avoir accepté le poste.
–Il n'y a pas de quoi, répondit John de son ton le plus mielleux, même si justement, il regrettait sa décision.
–Je voulais vous demander une faveur.
Déjà ? songea le jeune professeur sans pour autant se départir de son sourire.
–Je vous écoute.
–Il se trouve que nous avons un club de duels, je crois que vous en aviez fait partie lorsque vous étiez élève. Habituellement, le professeur Flitwick s'en occupait, quand il enseignait encore ici, secondé du professeur de Défense Contre les Forces du Mal.
–Et vous voulez que j'assure cette fonction.
–Si vous êtes assez aimable.
–Très bien.
–Parfait ! lui répondit la directrice en se retournant.
John n'eut même pas le temps de lui demander qui assurerait le cours avec lui qu'elle s'était déjà enfuie. Il soupira bruyamment. Dans quoi s'était-il encore laissé entraîner ?
John reçut les informations relatives au club de duels, qui ouvrait présentement le soir-même en fin de semaine. Il avait annoncé la nouvelle à Mike qui avait eu une moue étrange à laquelle John n'avait pu réagir car son ami s'était ensuite empressé de le féliciter. C'était à cela qu'il songeait alors qu'il rejoignait la pièce aménagée pour le club de duels. En entrant, il ne put s'empêcher de remarquer que le nombre de participants avait sensiblement augmenté. La Seconde Guerre Magique avait laissé un fort impact dans les mémoires et les esprits.
Sans faire attention aux élèves qui attendaient le début du cours, John déballa quelques affaires qui leur seraient utiles, ignorant les regards et chuchotements qui le suivaient. Lorsqu'il eut terminé, l'heure de commencer la leçon était arrivée et son collègue – dont il ignorait toujours l'identité – n'était pas là. John laissa échapper un soupir, déjà agacé par le retardataire et monta sur l'estrade d'où les élèves devraient s'affronter.
Il s'apprêtait à commencer le cours sans son partenaire – tant pis – quand l'énigmatique professeur de potions débarqua dans la salle et monta avec une grâce féline sur l'estrade sans s'excuser de son arrivée tardive. Ce que John ne put s'empêcher de lui faire remarquer.
–Vous êtes en retard.
Les élèves s'étaient tous tus. John ignorait alors que personne ne tenait jamais tête à cet inconnu. Jamais. Mais eux le savait et si John n'avait pas été happé par le regard hypnotique de son collègue – qu'il soutenait présentement avec beaucoup de mal il devait se l'avouer – il aurait sans doute remarqué le subit silence de la classe.
–Et ? lui répliqua l'autre d'un ton nonchalant.
Et John ne savait strictement pas quoi dire, intimidé par ce regard. Tout ce qu'il réussit à sortir c'est qu'ils perdaient du temps pour la leçon.
–Et qu'en auriez-vous à faire, si je ne m'abuse ? lui demanda l'autre d'une voix incroyablement condescendante.
Par réflexe, John porta sa main à sa baguette qu'il gardait toujours à portée, piqué au vif.
–Je vous demande pardon ?
–Vous êtes ici par dépit, parce que vous n'avez d'autre choix pour éviter de vous concentrer sur votre carrière ratée d'Auror, lui répliqua l'autre d'une voix égale. Vous n'avez nulle part ailleurs où aller, entre votre frère alcoolique et vos parents qui ne supportent pas ce qui sort de la normalité. Poudlard est le seul endroit où vous vous êtes senti chez vous, mais maintenant, vous avez l'impression d'être quand même à part. Dois-je également préciser que votre boitement est psychosomatique ?
John le fusilla du regard, proprement soufflé mais brûlant au fond de lui d'une colère sourde. Ses doigts serrèrent sa canne à en faire blanchir les jointures tandis qu'il lançait du regard un torrent de malédictions à son interlocuteur. Il avait finalement remarqué le silence qui s'était abattu sur la salle. Seuls quelques élèves chuchotaient et John devinait sans mal de quoi retournaient ces chuchotements. Comment ce parfait inconnu osait-il étaler les grandes lignes de sa vie devant tous leurs élèves de la sorte ? Comment savait-il ce genre de choses que John n'avait jamais confié à qui que ce soit ? Il n'utilisait pas la Legilimancie, John l'aurait senti d'autant plus qu'il était excellent Occlumens et ne se serait pas laissé pénétrer aussi facilement. Alors comment ?
Il serrait tant sa canne que ça lui faisait mal. Ses oreilles bourdonnaient. Il était fou de rage et se demandait si la rougeur sur ses joues était due à sa honte, sa colère ou ce regard gris fixé sur lui.
–Everte statum, lâcha John sans cesser de fixer son adversaire.
Ce dernier n'eut aucun mouvement et pourtant, John ressentit la puissance de l'informulé.
–Voyons, professeur, vous oubliez les règles de base de duels.
Le ton était narquois et il ne fit qu'énerver un peu plus John qui cette fois, pointa sa baguette sur l'intriguant et lâcha d'une voix mortellement froide :
–Stupéfix !
Une nouvelle fois, le maléfice fut bloqué. Derrière eux, les élèves chuchotaient plus fort. John n'en avait cure. Seule sa rage et sa honte comptaient.
–Vous voulez le faire à la déloyale ? Très bien. Incarcerem !
–Protego ! répliqua aussitôt John. Impedimenta.
L'autre dévia son sortilège sans un mot avant de lancer à son tour :
–Fulgari !
John se retrouva projeté au sol et laissa échapper un gémissement quand son épaule rencontra la surface dure de l'estrade. Il n'avait pas lâché sa baguette mais était dans l'impossibilité de bouger les bras.
–Brachialigo ! lança-t-il.
Le sortilège rata sa cible mais il eut le temps de se libérer en jetant un Diffindo sur ses liens. Il se releva d'un bond, oubliant la douleur dans sa jambe et déclama :
–Petrificus totalus !
A nouveau, son sortilège fut dévié mais John n'en démordit pas et lâcha presque aussitôt :
–Expulso !
Cette fois, il eut la satisfaction de voir son assaut atteindre sa cible qui se retrouva présentement expulsé avec violence à l'autre bout de l'estrade. Il s'approcha de sa victime, un sourire aux lèvres mais celui-ci fut plus rapide.
–Incarcerem ! hurla-t-il avec un sourire carnassier.
John n'eut d'autre choix que de se jeter au sol pour éviter l'assaut, si bien qu'il se retrouva face à l'autre professeur. Et d'une même voix, leurs baguettes pointées sur l'autre, ils déclamèrent :
–Expelliarmus !
Les deux sortilèges fusèrent de leurs armes et se rencontrèrent dans un choc monumental qui secoua le bras de John, à mi-chemin entre les deux hommes. Comme dans un rêve, John contempla le lien magique qui reliait leurs deux baguettes et les petites bulles qui y circulaient tandis que lui tremblait sous la puissance du sort. Il attrapa sa baguette à deux mains, abasourdi. Au-dessus de leur tête, un enchevêtrement d'or se formait alors que leurs bras tremblaient encore sous la puissance. Les boules de lumière oscillaient entre les deux sorciers.
John n'avait qu'entendu parler de ce phénomène. Il n'y avait jamais assisté.
–Priori Incantatem, murmura-t-il, plus pour lui-même que pour leur public.
L'autre professeur le dévisagea à travers les filaments d'or. John eut l'impression que son cœur s'arrêtait. Ce regard était…
Il n'eut pas le loisir de le décrire car l'autre rompit le contact visuel en même temps que le sortilège. John se releva, sa colère passée, simplement remplacée par une dévorante curiosité. Le phénomène de Priori Incantatem ne se produisait involontairement que lorsque deux baguettes étaient jumelles. Et c'était très rare. Il essaya de capter le regard de son collègue – dont il ignorait encore le nom, se rendit-il compte – mais celui-ci l'évitait sciemment. Un élève sur sa gauche se racla la gorge et lui tendit sa canne. John remarqua soudain que dans la ferveur du combat, il avait complètement oublié la douleur.
Il la récupéra en remerciant l'élève à mi-voix et se releva tandis qu'un sourire narquois se dessinait sur les lèvres de l'autre professeur et qu'il articulait silencieusement le mot « psychosomatique ». John n'eut pas l'occasion de répondre car soudainement, Sally, Philip et McGonagall avaient tous trois déboulé dans la pièce.
–Pourriez-vous m'expliquer ce qu'il se passe ? exigea la directrice d'un ton impérieux.
Le professeur de potions se releva avec prestance et darda un regard arrogant sur la directrice.
–Non, Anderson, ne parlez pas à haute voix, vous faites baisser le QI de toute l'école, fit-il alors que Philip ouvrait la bouche.
L'intéressé le fusilla du regard tandis que McGonagall croisait les bras sur sa poitrine, attendant visiblement une réponse.
–Bien. Watson, Holmes, vous me suivez. Anderson, Donovan, vous n'avez qu'à les remplacer pour ce soir.
Et son regard donnait l'étrange impression à John que ce soir ne serait pas l'unique. Intérieurement, l'ex-Auror jubilait. Finalement, il allait parvenir à se faire exclure en une semaine. Et grâce au dénommé Holmes. Dociles, tous deux suivirent la directrice en silence. John avait vaguement conscience que se faire rabrouer comme des adolescents allait coûter à leur réputation de professeurs mais comme il allait vraisemblablement se faire virer, il s'en fichait.
McGonagall les entraîna jusqu'à son bureau et les laissa entrer avant de leur indiquer d'un geste les sièges. Ils s'assirent et finalement, la directrice exigea d'une voix n'admettant aucune réplique :
–Peut-on savoir ce qu'il vous a pris à tous les deux ?
–Le professeur Watson pensait qu'un duel en bonne et due forme serait bien plus formateur pour les élèves que de la simple théorie, répondit aussitôt son collègue.
John s'apprêtait à protester en jetant un regard outré à son vis-à-vis, mais sa tentative fut avortée par sa supérieure.
–Je ne réprouve pas vos méthodes, Mr Watson, mais vous auriez pu blesser un élève. Votre duel n'avait pas l'air très innocent de l'extérieur.
–Et vous croyez tout ce que vous dit cet abruti d'Anderson ?
–Mr Holmes…
Elle se tut en avisant le regard noir de son interlocuteur.
–Vous êtes libres pour ce soir mais tâchez d'être plus précautionneux la prochaine fois. Il ne s'agit pas d'un champ de bataille mais bien d'une activité ludique pour nos élèves. Me suis-je bien faite comprendre ?
–Parfaitement, répondit John.
Elle n'obtint qu'un hochement de tête dédaigneux de la part de Holmes, mais cela dut lui convenir. Puis elle les congédia. Holmes ne se fit pas prier pour repartir et John lui emboita le pas, bien décidé à ne pas le laisser fuir. Malgré sa colère contre lui due au fait qu'il avait dévoilé ses plus sombres secrets à une bonne cinquantaine d'élèves. Sa curiosité était bien plus forte.
–Eh ! Attendez ! Holmes !
Le susnommé se retourna pour lui faire face, un sourcil haussé, arrêté en plein milieu du couloir. John acheva de le rattraper et le fixa un moment.
–Oui ? fit l'autre d'un ton dédaigneux.
–Comment est-ce que vous faites ça ?
–Comment est-ce que je fais quoi ?
–Comment pouvez-vous savoir toutes ces choses sur moi ?
Il roula des yeux, l'air agacé, mais John ne manqua pas la petite étincelle qui s'était allumée dans son regard.
–Votre posture, droite, fière, immobile, plus le fait significatif que vous cachez votre baguette dans votre manche pour parer à l'éventualité d'une attaque, vous êtes forcément Auror. Mais votre carrière s'est brutalement interrompue sans doute à cause de votre blessure, à l'épaule si je ne m'abuse. Vous boitez mais restez debout sans demander à vous asseoir, psychosomatique donc. Vous êtes ici par dépit, votre regard las, votre manière de répondre à tout par le cynisme indique que vous vivez mal votre situation et que vous n'avez eu d'autre choix que d'accepter la proposition que l'on vous a faite, à savoir enseigner à Poudlard. Ce qui induit donc que vous êtes brouillé avec votre famille. Pourquoi ? Vous possédez un objet moldu dans votre poche donc votre famille n'a pas dû accepter votre statut de sorcier, il s'agit vraisemblablement d'allergiques à la différence.
–Comment est-ce que vous pouvez savoir ?
–Ce ne sont que des suppositions.
–Et l'alcoolisme ?
–Cet objet que vous possédez a des marques que l'on ne voie que sur les acquisitions d'une personne portée sur la boisson. Il y'a écrit Harry Watson dessus, quelqu'un de votre famille. Etant donné vos relations difficiles avec vos parents, il ne peut s'agir que de votre frère. Cet objet a été offert par une certaine Clara, sa femme qu'il a quittée avant de se débarrasser d'un de ses cadeaux en votre personne – je vous ai vu le contempler au repas l'autre jour. Vous n'aimez pas son alcoolisme et êtes donc en froid avec lui aussi.
John en resta coi un moment.
–Ce… c'était stupéfiant, murmura-t-il.
–Vous le pensez vraiment ?
L'ex-Auror acquiesça.
–Ce n'est pas ce que les gens disent d'habitude.
–Et que disent-ils alors ?
–Va te faire foutre.
A sa grande surprise, John éclata de rire. Il fut très vite rejoint par son collègue. A bien y réfléchir, c'était le premier rire sincère que John poussait depuis des mois, depuis que sa vie avait volé en éclats avec sa carrière.
–J'ai vraiment tout bon ? demanda Holmes après que leur hilarité se soit tarie.
–Harry et moi, on s'est jamais vraiment entendus. Mes parents n'ont pas supporté que je sois sorcier et les vacances d'été étaient toujours terribles pendant sept ans. J'ai été blessé en mission et ma carrière a effectivement pris fin à ce moment-là. Et je déteste ce poste de professeur, mais je n'ai pas vraiment le choix.
–Vraiment ? Je ne pensais pas avoir tout bon.
–Harry est un diminutif pour Harriet, lâcha John.
–C'est votre sœur.
John opina du chef.
–Votre sœur ! Il y'a toujours un truc…
Ils s'étaient remis à marcher quand ils croisèrent Sally et Philip dans le couloir. Les deux autres adressèrent un regard étrange à John.
–Tout va bien, Mr Watson ?
–Parfaitement bien.
–Tiens, le taré est là, fit Sally.
–Donovan. Anderson. Comment on se retrouve ?
John haussa un sourcil. Holmes ne semblait pas le moins du monde offensé par le surnom.
–Votre femme est partie longtemps ? demanda-t-il sur le ton de la conversation.
–Ne me la faites pas à moi, on a dû vous le dire, répliqua Anderson, ses petits yeux de rat foudroyant le professeur de potions du regard.
–Votre déodorant me l'a dit.
–Mon déodorant ?
–Il est pour homme.
–Bien sûr qu'il est pour homme puisque j'en porte !
–Comme le professeur Donovan. Je suis sûr qu'elle est passée faire une petite visite de courtoisie. Bonne soirée.
Et sans un mot de plus, Holmes reprit sa course dans le couloir. John, retenant tant bien que mal son rire, jeta un œil aux deux autres qui semblaient furieux avant de suivre à grandes enjambées l'étrange énergumène qui lui servait de collègue.
–Ça vous amuse de ridiculiser les gens comme ça ?
–Vous n'êtes pas le seul à vous ennuyer ici, Mr Watson.
–John. Appelez-moi John.
Holmes eut un temps d'arrêt puis à la surprise de John, qui ne l'imaginait pas du tout faire ce genre de choses, il esquissa un sourire. Et John crut que son cœur allait s'arrêter de battre en apercevant ce sourire. Il reprit contenance et tâcha de se concentrer sur ce que lui disait son interlocuteur.
–Seulement si vous m'appelez Sherlock.
–Entendu.
–Dîner ?
–Je meurs de faim, avoua John.
Et côte à côte, ils se dirigèrent vers la Grande Salle, toute animosité envolée.
L'ensemble du corps enseignant eut l'air particulièrement surpris de les voir arriver tous les deux, engagés dans une conversation qui, pour la part de John, était fascinante. Sherlock lui expliquait les grandes lignes de ce qu'il avait baptisé la science de la déduction, et qui lui avait permis de savoir toutes ces choses sur lui et si John devait être honnête avec lui-même, il trouvait la méthode bien plus efficace que la Legilimancie.
John arrivait à comprendre leur désarroi. Après tout, on ne pouvait pas faire plus différents qu'eux. Là où Sherlock était grand et brun, John était petit et blond, là où son collègue était calme et réfléchi, John était impulsif.
Il ignorait encore que personne n'avait encore jamais vu Sherlock Holmes faire la conversation à quelqu'un sans l'insulter. Durant le repas, l'ex-Auror remarqua que le professeur de potions ne mangeait presque rien mais n'eut pas le loisir de trop y réfléchir, tout plongé dans sa conversation qu'il était. Il avait presque du mal à croire qu'il avait défié en duel l'homme qui lui faisait face quelques heures plus tôt. Les amitiés pouvaient parfois naître de façon bien étrange…
Allongé dans son lit, plus tard ce soir-là, John repensa au Priori Incantatem. Il se demandait s'il s'agissait d'un signe du destin que sa baguette et celle de Sherlock Holmes soient jumelles. Que le crin de Sombral qui se trouvait dans celle de John provenait de la même créature que celui qui était dans celle de Sherlock. Car cela ne pouvait venir que du cœur de la baguette. Est-ce que son collègue savait à propos de l'origine du sortilège ? Il repensa à son regard lorsqu'il l'avait rompu et fut persuadé que oui. Ce soir-là, John s'endormit avec en tête, l'image de deux yeux d'acier le contemplant longuement.
John passa les semaines qui suivirent dans une bien meilleure humeur. Il était toujours amer quant à sa situation, ce qui n'empêchait pas que la présence de Sherlock et les prémices de leur relation ne lui rendent la vie plus facile. Il avait depuis longtemps ignoré les regards dégoûtés d'Anderson et Donovan qui ne l'intéressaient guère. En revanche, Sherlock lui ne lassait jamais sa curiosité. Cet homme était fascinant.
C'était ce que John songeait alors qu'ils se dirigeaient tous les deux vers le terrain de Quidditch pour assister au premier match de l'année, Serpentard contre Poufsouffle. Sherlock avait l'air d'un condamné à l'échafaud.
–Tu détestes le Quidditch à ce point ? demanda l'ex-Auror avec un sourire amusé face à la mine de son ami.
–Evidemment. Il y'a des gens.
–Alors pourquoi est-ce que tu viens au match ?
–Parce que tu m'as ennuyé toute la soirée d'hier pour que je vienne et parce que je suis le directeur des Serpentard. Je ne peux pas louper un match de ma maison même si ça m'ennuie au plus haut point.
–Tu es le directeur des Serpentard ?
–Une des conditions de Slughorn quand il a pris sa retraite. Je devais être son successeur dans toutes ses fonctions.
–Jamais Rogue n'aurait fait ce genre de choses, dit sombrement John.
–Probablement pas, non.
–Tu l'as connu, toi aussi ?
–Seulement deux ans. Il est devenu professeur de Défense Contre les Forces du Mal pendant ma deuxième année. Et ensuite, il est mort.
–J'ai toujours préféré Slughorn pour être honnête.
–John, il ne faut pas dire du mal des morts.
L'intéressé leva les yeux au ciel et se sentit rougir en apercevant le sourire en coin de son ami. Ce satané sourire…
–N'empêche qu'il était vraiment horrible.
–C'était juste un génie incompris, défendit Sherlock.
–Comme toi ? fit John, moqueur.
–Exactement !
Ils échangèrent un regard avant d'éclater de rire en rejoignant les gradins. Sherlock se mit à rouler des yeux après les cinq premières minutes du match.
–Il faut être complètement idiot ou maso sur les bords pour jouer au Quidditch, décréta le maître des potions en suivant un Serpentard du regard.
–Eh ! J'étais Attrapeur, je te signale.
–Alors tu es un idiot.
–Tout autant que toi.
Ils s'affrontèrent du regard un instant avant que Sherlock n'abandonne la partie pour un énième roulement d'yeux. John trouvait la chose plutôt comique.
–Monsieur Sherlock Holmes aurait-il eu quelques problèmes pratiques avec un balai ?
–Absolument pas, répondit l'autre en serrant les dents.
–Ah, ah, fit John, certain d'avoir touché un point sensible.
–Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
–Tu sais, accepter que tu ne sois pas un génie dans tout ce que tu entreprends, ce n'est pas un acte de faiblesse mais d'humilité.
–L'humilité est un concept affreusement stupide.
John soupira et rejeta la tête en arrière. Il était plus borné que lui.
–Tu devrais être content, ton équipe mène.
–Ils jouent contre Poufsouffle, répondit le maître des potions sur un ton d'évidence.
–Tu es méprisant envers absolument tout et tout le monde, Sherlock ?
John n'obtint aucune réponse.
Ce fut sans grande surprise pour Sherlock que Serpentard gagna le match au bout de deux heures et demi de jeu. John et Sherlock repartirent vers le château pour rejoindre la salle de classe de John où les attendait la promesse d'un thé bien chaud. Ils étaient silencieux, Sherlock plongé dans ses pensées et John occupé à lui lancer des regards à la dérobée quand un élève de Gryffondor leur passa à côté.
–Dix points de moins pour Gryffondor, lâcha Sherlock.
–Eh ! Mais en quel honneur ? protesta l'ex-Auror.
–Il a respiré.
John éclata de rire face à la stupidité de son collègue et rétablit les points ôtés à sa maison d'une voix amusée.
–Tu oses défier mon autorité ? lui dit Sherlock, l'air mortellement sérieux.
–Tu es injuste.
–Vingt points de moins pour Gryffondor, lâcha le professeur de potions avec un regard de défi.
–Trente de moins pour Serpentard.
–Cinquante points pour Serpentard.
–Cent points pour Gryffondor.
–Deux cents points en moins pour Gryffondor.
–Deux cent cinquante points en moins pour Serpentard.
–Trois cents points pour Serpentard.
–Dix de moins pour Serpentard.
–Dix de moins pour Gryffondor. Dix de plus pour Serpentard.
A mesure que leur dispute continuait, le sourire de John s'élargissait. Ils s'apprêtaient à passer devant la Grande Salle.
–Dix de plus pour Gryffondor.
–De moins.
–De plus.
Un bruit d'explosion parvint à leurs oreilles et sans se concerter, les deux compères se précipitèrent vers la Grande Salle. Les sabliers qui comptaient les points avaient tous explosé et les pierres précieuses qui y apparaissaient roulaient sur le sol. John, hilare, posa une main sur l'épaule de Sherlock et murmura :
–Je crois qu'il n'y aura pas de Coupe des Quatre Maisons cette année.
Le regard perplexe mais intense que lui renvoya Sherlock eut le don de le liquéfier sur place, une étrange chaleur se répandant dans ses entrailles et sur ses joues. Il dégagea sa main et baissa les yeux avant de se remettre à marcher.
–On ferait mieux d'y aller avant d'avoir des ennuis avec McGonagall.
Sherlock lui emboita le pas, silencieux. Au bout d'un moment, John lança :
–C'était quand même vachement injuste de lui retirer des points.
–C'était un stupide Gryffondor, répondit le maître des potions d'un ton laconique.
–C'est un stupide Gryffondor, comme tu le dis si bien, qui a sauvé le monde sorcier, tu es au courant au moins ?
–Harry Potter n'est qu'un échantillon représentatif des élèves de sa maison avec un complexe du héros qui n'a d'égal que la monstruosité de sa stupidité.
–Eh ! Je suis à Gryffondor, je te signale !
–Ce qui prouve mon assertion.
–Je n'ai pas de complexe du héros, Sherlock !
–Et ta pseudo-dépression car tu ne pouvais plus exercer en tant qu'Auror ? répliqua son ami d'un ton acerbe.
John se renfrogna aussitôt. Le sujet était encore sensible. Alors qu'ils entraient dans son bureau, Sherlock murmura tout bas d'une voix de baryton qui fit frissonner John :
–Désolé.
–C'est rien.
John s'affaira à faire du thé qu'il servit à son collègue dans une tasse fumante. Ils s'attablèrent autour du bureau de John en silence.
–Tu as participé à la Bataille de Poudlard ? interrogea l'ex-Auror au bout d'un moment.
–Oui. J'étais l'un des seuls Serpentards du « bon côté » si j'ose dire. Mon frère en a fait un scandale pendant des mois après ça.
–Ton frère ?
John vit à la crispation des doigts de Sherlock sur la tasse que le sujet était sensible.
–C'est un idiot.
L'ex-Auror pencha la tête sur le côté, essayant de lire en son ami.
–Tu n'es pas le seul à avoir une famille défaillante, John.
Ce dernier posa sa tasse, conscient que c'était un acte de confiance rare de la part de son collègue que de se confier à lui.
–Mes parents sont de stupides gens avec de stupides a priori de sang-pur, ma sœur est enfermée à Azkaban pour avoir tué l'un de mes seuls amis d'enfance, Victor Trevor, à coups d'Endoloris – il avait six ans. Quant à Mycroft, mon frère aîné, il était la seule personne acceptable de ma famille mais je l'ai perdu depuis des années pour une ambition politique dévorante. Le Ministère est trop idiot pour voir qu'il mène tout le monde à la baguette, y compris le Ministre de la Magie lui-même. A ce stade-là, Mycroft est carrément le gouvernement magique.
–Wow. Je suis désolé, Sherlock. Je ne savais pas… tout ça.
–Tu n'y es pour rien, répondit le professeur de potions en avalant une lampée de thé. C'est mon frère qui m'a envoyé ici. Je ne suis pas là de mon propre gré, tout comme toi. Je me laissais aller à la débauche, disons, et vivais aux crochets de mon frère. Il m'a mis de force à Poudlard en tant qu'enseignant pour le plus grand bonheur de Slughorn qui avait perdu espoir d'un jour me voir prendre la relève.
–Tu as au moins fait un heureux.
Sherlock lui sourit, de l'un de ses rares sourires sincères qui réchauffèrent le cœur de John bien plus efficacement que sa tasse de thé. Il cacha sa soudaine gêne derrière sa tasse.
–A bien des égards, nos vies se ressemblent, murmura-t-il. Mes parents ont toujours haï l'anormalité, ce qui sortait de l'ordinaire. Alors quand à onze ans, j'ai reçu ma lettre de Poudlard, comment dire qu'ils ont… disons légèrement pété un câble. J'y ai vu une chance de m'échapper de cette vie monotone que je vivais et j'ai sauté dans le Poudlard Express. Ils ne m'ont jamais pardonné et m'ont détesté presque immédiatement. Et puis plus tard, ma sœur a fait son coming-out et ils étaient tellement furieux qu'ils l'ont traitée de tous les noms. Elle a commencé à boire peu de temps après. Et tout est allé de mal en pis. Moi, comme un lâche, j'ai préféré disparaître dans le monde sorcier et me consacrer corps et âme à ma carrière d'Auror. Voilà ce que ça a donné. On dirait bien que je suis aussi raté que ma famille.
–Ne dis pas n'importe quoi. Tu n'es pas raté, s'empressa de le contredire Sherlock.
John croisa son regard. Les yeux gris semblaient exprimer de l'affection. Avant d'avoir pu retenir son geste, John posa sa main sur celle de Sherlock qu'il sentit se tendre sous le contact physique. Il voulut ravaler son geste mais avant d'avoir pu amorcer un mouvement, le maître des potions l'en empêcha en serrant son poignet entre ses doigts. John sentit son rythme cardiaque s'accélérer brutalement et il baissa le regard, les joues en feu.
Regard qui eut le malheur de s'attarder sur les lèvres fines de Sherlock. John rougit de plus belle et se contenta de regarder ses pieds. Sherlock dut mal interpréter sa réaction car il lâcha subitement sa main, laissant une sensation de froid polaire sur la peau de John qui irradiait quelques instants plus tôt.
–Tu ne vas pas te mettre à me traiter de Sang-de-Bourbe, alors ? demanda-t-il pour se donner contenance.
–Pardon ? fit Sherlock, complètement largué, à des milles de leur conversation, mais ceci, John l'ignorait.
–Tu m'as dit que tes parents avaient des préjugés. J'ai cru comprendre que tu ne les cautionnais pas.
–Pas le moins du monde. J'ai vu des sorciers on ne peut plus doués qui étaient nés-moldus. Je n'ai qu'à te regarder pour prouver que j'ai raison.
John piqua un nouveau fard face au compliment.
–Tu es bien plus doué qu'Anderson qui lui, est un sang-pur. Mais c'est un abruti.
–Je suis d'accord, murmura John, incapable de croiser son regard.
Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi était-il aussi gêné ? Il avait l'impression d'être un adolescent bafouillant face à son coup de cœur. La pensée le fit rougir de plus belle ce qui sembla beaucoup amuser Sherlock.
–John ? Pourquoi est-ce que tu es rouge comme un Crabe de Feu ?
–Po… pour rien, balbutia l'intéressé.
Il essaya de reprendre contenance mais en croisant le regard gris de son vis-à-vis, ses joues prirent une teinte encore plus écarlate. Finalement, Sherlock explosa de rire. John le contempla, éberlué.
–Ta tête, John…
Et il rit de plus belle. Peu de temps après, l'hilarité de Sherlock se propagea à John et ils rirent longtemps, si bien que lorsqu'elle se fut tarie, ils ne savaient même plus pourquoi ils riaient.
Le temps fila à toute vitesse et Noël arriva. John n'avait prévu de rien faire, de simplement rester à Poudlard. Après tout, sa famille ne voulait pas de lui et il y'avait bien longtemps que Noël n'était plus source de réjouissance pour lui. C'était donc d'humeur morose qu'il acheva son dernier cours de l'année.
Il regarda ses élèves quitter la salle, songeant qu'il allait se sentir très seul pour la première fois depuis des mois. La dernière fois qu'il s'était senti isolé, c'était avant de rencontrer Sherlock. Même Mike n'avait pas réussi à le faire se sentir à sa place et ce n'était qu'en compagnie de son collègue qu'il arrivait à ressentir de l'appartenance. A quoi, il était incapable de le dire, mais il se sentait au bon endroit près de lui. Il supposait que son ami partirait rejoindre sa famille pour les vacances, ce qui, même au vu de leur relation compliquée, semblait normal. Sherlock n'avait jamais dit être brouillé avec ses parents ou même son frère. Et lui se retrouvait seul, dans l'immense château.
Lorsqu'il y songeait, la rapidité avec laquelle il s'était attaché à Sherlock était effrayante. C'était presque comme s'il était dépendant de sa présence, comme il était dépendant de l'oxygène pour respirer. Le maître des potions était son oxygène personnel. Et John savait parfaitement qu'il ne devrait jamais ressentir ce genre de choses pour son ami. Il n'aurait pas dû être aussi dépendant de sa présence, de son génie, de ses sourires, de son rire, de sa voix et de ses yeux. Il n'aurait pas dû être aussi dépendant de lui tout simplement. Et puis c'était ridicule d'être dépendant de choses aussi stupides que les sourires, les yeux et la voix de Sherlock ! Il n'était pas gay pour l'amour de Merlin ! Et pourtant, au fond de lui, une petite voix lui susurrait : En es-tu bien sûr ? Et l'absence de réponse à cette question lui faisait peur. Autant que les accélérations de son rythme cardiaque et de sa respiration quand il effleurait Sherlock ou son sentiment de plénitude quand il le voyait entrer dans une pièce, comme si son ami illuminait le lieu de sa seule présence.
Mais ce soir-là, quand il le vit entrer dans sa classe, que son estomac se tordit à l'idée de ne pas le voir pendant deux semaines, John dut se rendre à l'évidence. Il était irrémédiablement et irrévocablement tombé amoureux de Sherlock Holmes.
Sherlock l'obsédait, l'enivrait. Et lorsque le maître des potions s'approcha de lui et que John huma la délicate odeur de produits chimiques, il eut la certitude de ce dont il se doutait. Il piqua un fard et baissa la tête. Il savait que ses sentiments ne seraient jamais réciproques. Il avait entendu Sherlock énoncer son mépris de l'amour lorsqu'il avait présenté l'Amortentia à ses élèves. Et la réalisation de cette triste vérité acheva de lui plomber le moral. Il s'efforça pourtant de sourire au magnifique sorcier en face de lui.
–Heureux de voir que tu penses à venir me dire au revoir avant de partir, fit John, son cœur battant la chamade en voyant Sherlock lui rendre son sourire.
–Partir où au juste ?
–Tu ne rentres pas voir tes parents ? Pour Noël, tu sais, la fête des familles parfaites ?
–Comme tu viens si justement de le faire remarquer, John, Noël est la fête des familles parfaites.
Il y'eut un moment de silence avant que Sherlock ne tourne la tête vers lui et tente un léger sourire qui fit presque aussitôt tourner la tête de John.
Maîtrise-toi, mon vieux, s'admonesta-t-il alors que Sherlock se mordait la lèvre inférieure.
–Si tu veux, reprit Sherlock… étant donné qu'on a l'air de détester Noël autant l'un que l'autre… on pourrait peut-être… passer le réveillon ensemble ?
John n'avait jamais vu son ami aussi incertain et il trouva la chose proprement adorable.
–J'en serais ravi, murmura-t-il en essayant de masquer son exultation.
C'était donc avec entrain que John suivait Sherlock jusqu'aux Trois Balais le soir de Noël. Ils entrèrent dans l'échoppe avec soulagement, le froid mordant du mois de décembre disparaissant derrière la porte close au profit de la chaleur d'un feu de bois. Ils s'installèrent à une table avant de commander un Whisky-Pur-Feu. Rapidement, au fil de leur conversation, ils vidèrent plusieurs choppes et c'est donc bien alcoolisés, vers minuit, qu'ils prirent le chemin inverse menant à Poudlard. John avait les joues rougies par le froid et l'alcool.
–Ça aurait été beaucoup plus rapide si j'avais mon balai, bougonna-t-il.
–Jamais tu ne me feras monter sur un engin pareil.
–J'aimerai bien voir ça.
–Tu ne me convaincras pas.
John tira sur la manche de son ami pour le faire s'arrêter en plein milieu d'une allée de Pré-au-Lard, au milieu de la neige.
–On a qu'à… faire un pari. Donnant-donnant.
–Et quoi donc ? demanda Sherlock d'un ton impérieux.
–Si je gagne, je te fais monter sur un balai.
–Et si je gagne ?
–Tu me fais ce que tu veux.
Le regard de John avait été attiré par la branche de gui qui pendait juste au-dessus de leurs têtes. Son souffle se fit court tandis qu'il plongeait son regard dans celui de Sherlock.
–Et que devons-nous parier, John ? chuchota Sherlock.
Ce dernier se rendit à peine compte qu'il sentait son souffle et son haleine sur sa peau, hypnotisé par ce regard d'acier aux couleurs changeantes et un peu trop pompette pour songer à se reculer. Il leva une main et la posa avec une douceur infinie sur la joue du maître des potions. Il ne réagit pas, ne se tendit pas, ne tenta pas de se dégager. Son regard avait accroché celui de John et le monde autour d'eux avait cessé d'exister. Les yeux de John dévièrent vers les lèvres de Sherlock. Son ventre se liquéfia, sa bouche s'assécha. Il se rapprocha un peu plus de son ami qui ne bougeait toujours pas. La main de John était toujours sur la joue de Sherlock. Alors tout doucement, John approcha son visage de celui de Sherlock, le souffle de celui-ci se raccourcit sensiblement et finalement, les lèvres de l'ex-Auror trouvèrent celles du professeur. Elles les effleurèrent à peine d'abord, comme une caresse timide contre sa peau, puis, lorsque Sherlock se pressa contre John, réagissant par instinct, John accentua le baiser, sa main s'aventurant dans les mèches brunes. Son autre main s'était posée au creux des reins de Sherlock qui, après un instant de surprise, avait répondu au baiser. John sentait des milliers de bulles de bonheur exploser au creux de son estomac, tandis qu'il réduisait la distance entre lui et le maître des potions à néant, pressant plus fort ses lèvres et son corps contre ceux de son compagnon. Il dut malheureusement trop tôt mettre fin au baiser, manquant d'air. Son front rencontra presque naturellement celui de Sherlock qui chercha son regard alors que John, réalisant avec un temps de retard dû à l'alcool ce qu'il venait de faire, baissait le sien.
–Je suis désolé, murmura John. Je n'aurais pas dû, je sais que tu ne veux pas de ça.
Il tenta de se libérer de l'étreinte, cachant la blessure de son cœur du mieux qu'il le pût mais avant d'en avoir eu le temps, les lèvres de Sherlock se reposaient sur les siennes. N'y croyant pas sa chance, l'ex-Auror prit la tête du maître des potions entre ses deux mains et l'embrassa avec passion. Puis lorsque leur étreinte prit fin, John, rit doucement, extatique.
–John ?
–C'est du gui, dit-il en pointant les petites fleurs au-dessus de leurs têtes.
Sherlock haussa un sourcil.
–On dit que les couples qui s'y embrassent dessous durent pour l'éternité. »
Sherlock sourit pour toute réponse. Et John s'empressa de cueillir ce sourire de ses lèvres.
[1] Acronyme de Defense Against the Dark Arts, la Défense contre les Forces du Mal en VF.
[2] Pour les éventuels Potterhead qui passeraient dans le coin, je viens de me rendre compte que les lutins de Cornouailles sont étudiés en 2ème année et non en 1ère. Comme on voit très peu de DADA dans le premier tome (du moins dans mes lointains souvenirs), comme je ne sais pas trop par quoi le remplacer, pardonnez-moi cette petite facilité scénaristique.
Voila, c'était un peu long mais j'espère que ça vous aura plu quand même ! A la semaine prochaine.
