Coucou tout le monde, aujourd'hui l'un des textes les plus tristes du recueil. J'espère qu'il vous plaira.
TITRE: Sorry seems to be the hardest word
SITUATION: The Empty Hearse (SE3EP1)
DISCLAIMER: Death fic, drogue !
RESUME: Pourquoi n'avait-il pas prononcé ces trois petits mots magiques ? Mais la fierté l'avait emporté et il en avait été incapable. Même pour John. Pourquoi désolé était-il le mot le plus difficile à prononcer ?
Note: Le titre de cet OS est tirée de la chanson éponyme d'Elton John. C'est d'ailleurs en l'écoutant que m'est venue l'idée de ce OS. Je vous joins le lien Youtube si vous voulez l'écoutez: https/youtu.be/c3nScN89Klo .
Je rappelle que la consommation et la détention de drogues sont illégales et dangereuses !
Après réflexion, la blague n'était même pas drôle. C'était même idiot. Pourquoi n'avait-il, pour une fois, pas fait comme tout le monde ? Pourquoi n'avait-il pas prononcé ces trois petits mots magiques ? Mais la fierté l'avait emporté et il en avait été incapable. Même pour John. Pourquoi désolé était-il le mot le plus difficile à prononcer ?
«Alors… la version courte: pas mort.
Il lui avait adressé un regard, un regard si empli de haine et il n'avait pas pu s'empêcher de continuer sur sa lancée, sur cette stupide blague qui n'aurait jamais dû être.
Il avait été stupide, si stupide. Comment avait-il pu croire qu'un peu d'humour aurait pu le garder de sa colère ? Il avait essayé pourtant. Il avait essayé de lui dire. Il ne lui en avait pas laissé le temps.
– Ok, John, je me rends compte que je te dois des excuses.
Le poing de John s'était écrasé avec violence sur la table. La femme qui l'accompagnait lui avait dit de se contrôler. John n'avait aucune envie de le faire, même un aveugle aurait pu le dire.
– Deux ans… deux ans, avait-il murmuré alors qu'il tentait de reprendre le souffle que l'apparition subite du détective lui avait volé. J'ai cru… J'ai cru que tu étais mort.
Il n'aurait pas dû revenir comme ça. Il aurait dû attendre.
–Tu m'as laissé te pleurer. Comment as-tu pu ? Comment ?
La colère, la colère avait tout envahi. Sherlock n'avait pas su quoi faire face à ça. Il avait tenté l'humour, ça s'était mal passé. Tout s'était mal passé ce soir-là. Il se fichait bien d'avoir le nez cassé. Il pouvait ignorer cette douleur-là. Il était devenu très fort à ce jeu. Il ne pouvait pas ignorer la certitude d'avoir perdu son meilleur et seul ami. Le seul qui comptait vraiment. Celui pour lequel il s'était jeté du haut d'un toit.
Il avait cru le protéger. Il n'avait rien compris.
– Un seul mot, Sherlock, un seul mot m'aurait suffi. Un mot pour me faire savoir que tu étais en vie !
– J'ai voulu te contacter, tellement de fois…
Il ne l'avait pas cru. Il avait simplement esquissé un sourire, un sourire cynique, faux, qui ne lui ressemblait pas. Qu'avait-il fait ? Qu'avait-il fait en disparaissant ? Il avait toujours cru que ne pas comprendre le reste de l'humanité était un avantage, un mal en moins. Il avait eu tort. Il avait eu tellement tort…
John serait toujours là s'il n'avait pas agi aussi stupidement. S'il s'était montré compréhensif. Humble. Juste une fois. Une seule fois.
Une seule fois…
Et il avait tout gâché. Tout détruit. John ne lui pardonnerait jamais. Il ne lui pardonnerait jamais de l'avoir laissé sans un mot, sans un signe. Il ne reviendrait pas. Il ne résoudrait plus de crimes à ses côtés. Il ne viendrait plus à Baker Street. Il ne l'entendrait plus lui faire des compliments.
Sherlock se rendit compte que c'était loin d'être le pire. Parce qu'à présent, il était seul. Il se rendit compte qu'il était devenu dépendant de la présence de John. Que le médecin avait habité ses pensées pendant deux ans, qu'il avait tenu grâce à lui, grâce à son souvenir qui vivait dans son Palais Mental et l'enjoignait à survivre. Qui lui interdisait d'abandonner. Qu'il avait survécu et continué parce qu'il savait que John l'attendait à son retour.
John avait fait de lui quelqu'un de meilleur. Sherlock avait besoin de lui, désespérément besoin de lui pour continuer à vivre. Il était affreusement dépendant de lui. Le médecin était-il devenu une nouvelle drogue ?
Pourtant, il ne reviendrait pas. Le sevrage en serait d'autant plus difficile. Il était seul, vraiment seul. Mycroft, Lestrade, Molly ou Mrs Hudson, malgré tous leurs efforts, ne pourraient jamais rien y faire. John était le centre de son univers, il était le seul qui comptait vraiment.
Il aurait survécu sans problème si John avait été le seul à lui pardonner.
C'était impossible s'il devenait le seul à l'ignorer.
Sherlock jeta un regard vide vers la porte close de son salon. Il était assis sur le tapis, près du fauteuil de John. Devant lui une seringue pleine d'un liquide transparent, clair comme l'eau et tout son kit. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas utilisé…
Mais il avait besoin d'oublier. De tout oublier, désespérément. Ça irait mieux, beaucoup mieux après. Après, il ne ressentirait rien, à part l'oubli et il pourrait reconstruire les remparts qui le protégeaient du monde. Tout serait si simple…
Le détective se saisit de la seringue, qu'il tourna doucement entre ses doigts. La lumière qui filtrait à travers le rideau à peine tiré de la fenêtre s'y déversa, répandant un étrange rayonnement immaculé. C'est étrange comme les pires choses peuvent être les plus belles… songea-t-il.
Il reposa la seringue et serra le garrot sur son bras d'un geste expert. Puis il se ressaisit de sa délivrance. Il contempla à nouveau la petite aiguille, le liquide qui bientôt lui brûlerait les veines et lui apporterait l'oubli tant recherché
Ça avait été si simple de subtiliser cette seringue à St Barts. Molly avait été si éprouvée par son retour – même si elle savait que cela arriverait un jour – qu'elle n'avait pas fait attention à ce qu'il faisait.
Même elle avait fini par l'abandonner. Elle s'était fiancée. Elle semblait heureuse. Elle était passée à autre chose.
John aussi.
C'était dur de se rendre que le monde continuait de tourner, même quand vous n'êtes pas là.
Sherlock raffermit sa prise sur la seringue et finit par planter l'aiguille dans la peau. Il ne frémit même pas. C'était une si vieille habitude qu'il ne sentait même plus lorsqu'elle pénétrait son épiderme. Doucement, il laissa le liquide s'infiltrer dans ses veines, réchauffer peu à peu son corps. Il laissa sa tête retomber contre le fauteuil – celui de John – un sourire d'extase aux lèvres.
Déjà, l'univers disparaissait et il flottait, il flottait dans un océan d'oubli où ses pensées disparaissaient. La gravité n'avait plus d'emprise sur lui.
Elle n'était que de 7% après tout.
C'était infiniment meilleur... Meilleur que tout, meilleur que la douleur. Pourquoi avait-il mal déjà ? Il oubliait, il oubliait tout et c'était merveilleux.
Ses doigts se délièrent et la seringue se fracassa sur le tapis, répandant du verre un peu partout.
Et après la blancheur si apaisante vint le noir.
C'était devenu une obsession. Depuis son retour, il ne cessait de penser à lui. Depuis son retour, il avait l'impression de le voir partout, à chaque coin de rue, chez lui, au cabinet partout, partout, partout. Il était encore plus présent que lorsqu'il l'avait cru mort et c'était invivable.
Il avait cru, pourtant, pouvoir résister. Il avait réussi à surmonter sa douleur. Il réussirait à surmonter ses désirs et tout redeviendrait normal. Comme quand il n'était pas là.
– Juste nous deux contre le reste du monde.
C'était impossible, pourtant. Il ne pouvait pas faire semblant, pas après les années qu'il avait passées à le pleurer, pas après tous les souvenirs qu'il avait barricadés dans son subconscient qui l'assaillaient à tout moment, pas après l'avoir revu, pas après la trahison mais surtout, surtout la culpabilité, cette horrible compagne qui s'était attachée à lui fermement dont il avait fini par se débarrasser qui avait décidé de revenir, comme un nouveau coup du sort. Mais il lui en voulait, il lui en voulait tellement pour ses mensonges, cette tombe, cette stupide tombe vide, il en voulait à Mycroft et à Molly et à la moitié des SDF de Londres. Il lui en voulait surtout à lui pour la douleur, l'horrible douleur, la solitude, le désespoir, il lui en voulait d'être ce sociopathe qui ne comprenait pas à quel point il avait souffert de son absence, il lui en voulait de le connaître aussi bien et de savoir que ça lui avait manqué, qu'il lui avait manqué.
Elle était justifiée, pourtant, cette colère. Alors pourquoi en voulait-il plus à lui-même qu'à Sherlock ?
Il était incapable de résister, il le savait. Ça le rendrait fou. Cette obsession ne le laisserait jamais en paix, pas avant qu'il ne le retrouve, vraiment. John n'avait jamais été doué pour être en colère longtemps. Il savait, depuis le début, qu'au fond de lui, il lui avait déjà pardonné.
Alors John se dirigeait vers Baker Street, ce soir-là, dans l'optique d'avoir une vraie discussion avec son meilleur ami, seul à seul.
Lorsqu'il arriva dans la rue, il sut aussitôt que quelque chose n'allait pas. Il repéra les gyrophares sans trop de mal et se mit à courir. Il avait un très mauvais pressentiment. Lorsqu'il s'arrêta devant les marches du 221B et qu'il vit l'armée de médecins entourant deux personnes qu'il ne connaissait pas, il refusa de comprendre. Personne ne fit attention à lui et il contempla fixement toutes ces personnes qui se trouvaient devant son ancien appartement. Une femme pleurait dans les bras de celui qui devait être son mari. L'homme croisa soudain son regard.
Il ressemble à Sherlock, songea aussitôt John.
Il comprit soudain. Et sans plus attendre, il se jeta dans le hall d'entrée du 221B et monta quatre à quatre les dix-sept marches qui menaient au salon. Il n'eut pas besoin d'ouvrir la porte. Elle était déjà grande ouverte.
Et sur le tapis, il y'avait un corps, étalé de tout son long près d'une seringue vide.
Le corps de Sherlock.
Il y'eut comme un vide dans l'esprit de John. Aucune pensée ne put se frayer un chemin à travers sa tête à cet instant précis. C'était comme si la Terre avait cessé de tourner, comme si le temps s'était arrêté, suspendu, les secondes cessant de s'égrener, comme s'il n'y avait plus rien. Les sons provenant d'en bas ne parvenaient que de manière étouffée aux oreilles de John, qui refusait d'interpréter ce qu'il voyait.
C'était impossible. Ce n'était qu'une autre blague, mal choisie et absolument débile de son ex-colocataire. Il allait se relever, dans peu de temps et lui dire qu'il l'avait bien eu. John allait lui filer la tarte de sa vie avant de le serrer dans ses bras et ensuite, il lui expliquerait pourquoi il avait fait ce qu'il avait fait.
Oui, Sherlock Holmes n'était pas mort une seconde fois. Ça n'était qu'une vaste blague. Rien de plus qu'une blague.
Comme dans un rêve, John avança vers le corps inerte de son meilleur ami, évitant habilement les bouts de verre de la seringue brisée. Il surplombait le corps de Sherlock qui le contemplait fixement, son regard si indescriptible, si plein d'intelligence habituellement, vide.
Vide de tout.
Vide de vie.
Sherlock était un excellent comédien. Mais pas à ce point. Pas à ce point-là.
John tomba à genoux, un bruit mat suivant sa chute. Il se saisit du poignet de son ami mais ne put même pas vérifier son pouls.
Il était froid, gelé. Pâle. Comme la mort.
Non. Non, c'est impossible.
Il lâcha brusquement la main.
– Allez, Sherlock. Relève-toi. C'est pas drôle.
Seul le silence, déchirant, lui répondit.
– Non… T'as pas le droit de me faire ça une deuxième fois.
John luttait contre les larmes qui affluaient à ses yeux, comme un volcan grondant et qui allait entrer en éruption.
– T'as pas le droit. T'as pas le droit de me faire souffrir une deuxième fois.
Il se sentit vaciller et dut appuyer ses mains sur le sol. Un bout de verre lui entailla la paume. Il ne le sentit même pas.
– Non, Sherlock, je te l'interdis. T'as pas le droit, t'as pas le droit… C'est pas possible… Pas encore…
La première larme roula sur sa joue. Et John eut l'impression qu'elle brûlait son visage, qu'elle y traçait un sillon ardent, douloureux et il retint la plainte de souffrance qui menaçait de jaillir de ses lèvres.
C'était de sa faute. Il le savait. Son comportement lorsqu'il était revenu… Il savait qu'il avait blessé le détective, il le savait parce qu'il s'était dit qu'il l'avait mérité. Après tout le mal qu'il lui avait fait, il pouvait bien s'accorder une petite vengeance personnelle.
A quel prix ? A quel point les mots qu'il avait prononcés, sa haine, son indifférence avaient-ils atteint son meilleur ami ?
– Mon Dieu… gémit-il.
Il était responsable, responsable de tout ça. Il n'aurait jamais dû… Oh Dieu, pourquoi avait-il… Non, non, non, c'était de sa faute et il… Pourquoi ? Pourquoi avait-il tant tardé ? Il aurait pu l'empêcher… C'était entièrement sa faute, il le savait, ça devrait être lui ici… Il l'avait tué… Il avait tué son meilleur ami.
– Non…
Il s'effondra. Ses bras ne le soutenaient plus. Sa tête rencontra la poitrine de Sherlock.
Froide, dure. Inerte à jamais.
Les sanglots secouèrent enfin ses épaules, incontrôlable, se répandant plus vite et plus fort comme un feu inextinguible. Il hoquetait, il avait du mal à respirer. Oh Dieu, c'était sa faute, entièrement et uniquement sa faute… Pourquoi n'avait-il pas vu, vu à quel point Sherlock avait besoin de lui ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Et c'était sa faute, sa faute…
Il voulut dire quelque chose. Mais les mots restaient étranglés dans sa gorge. Il aurait aimé qu'ils l'étouffent. Qu'ils l'étouffent et qu'il puisse obtenir ce qu'il méritait. Il l'avait tué, oh Dieu, il l'avait vraiment tué... Pourquoi était-il incapable de le dire ? Pourquoi désolé était-il le mot le plus difficile à prononcer ?
Quelque part dans son dos, il entendit qu'on l'appelait, qu'on lui demandait de s'éloigner. Il n'écoutait pas. Ses pleurs résonnaient de toutes manières bien plus fort que les paroles vaines des médecins derrière eux. Il sentit des mains se poser sur son épaule, ne réagit pas. Il sentit qu'on essayait de le tirer, de l'éloigner de Sherlock alors il s'accrocha à lui comme un noyé à sa planche de salut. Il ne se souvint même pas de s'être débattu comme un fou.
Seulement de la peau froide sous son corps, de ce froid qui s'emparait de son âme, de son cœur et qui le gelait petit à petit, envahissant ses veines, son esprit, son corps.
Il ne se souvenait de rien. De rien sinon de l'immense culpabilité qui lui dévorait l'âme.
C'est terminé pour aujourd'hui, promis la semaine prochaine, on retrouve un ton plus joyeux avec un autre Johnlock BBC.
