J'ai un peu honte d'avoir autant tardé dans la publication de ce chapitre. Pas qu'il s'était volatilisé de mon PC (j'aurais eu un coup dur...), mais plutôt parce que j'ai oublié et n'ai pas pris le temps de publier cette suite.
Ceci est donc la troisième et dernière partie de ce premier chapitre, qui sonne la fin des retrouvailles entre Harry et Eggsy. Sur une note plus heureuse. :)
Voici deux petites musiques pouvant accompagner ce chapitre. Sans paroles.
- Earth - Sleeping at last
- Hearing - Sleeping at last
En vous souhaitant une agréable lecture. :)
Harry avait hurlé. Il avait hurlé en frappant les accoudoirs de ses poings. Un éclat de voix sonore, stupéfiant, qui stoppa net la violente diatribe du jeune homme.
Eggsy s'arrêta, le souffle court, le cœur palpitant. Il se retrouvait paralysé, cloué sur place, la gorge douloureusement sèche. Harry avait toujours son regard fixé dans celui, terriblement bleu, du plus jeune. Il inspira profondément, les yeux brillants d'une lueur déconcertante, et sa voix s'éleva à nouveau, faible et brisée par l'émotion.
"Je sais. Je sais que tu mettras du temps à comprendre ce que j'ai fait et pourquoi je l'ai fait. J'espère simplement qu'un jour tu pourras me pardonner. Maintenant, si tu veux bien m'écouter, je peux tenter de t'expliquer. "
Le silence se prolongea quelques instants, et Eggsy s'assit sans un mot, reprenant d'une main tremblante son verre encore à moitié rempli, tandis que le regard de Harry exprimait à la fois mélancolie et douceur.
Cette douceur qui ne se lisait que lorsqu'il s'agissait de Eggsy. Cette douceur qui apparaissait d'elle-même, sans que Harry ne cherche à la chasser, à chaque fois que ses yeux se posaient sur le plus jeune. Il ne pouvait l'empêcher de s'installer, d'adoucir chacun de ses traits.
Harry était bien conscient du fait que l'esprit de son protégé était en proie à de multiples questionnements qui lui torturaient l'esprit. Il percevait l'incompréhension du garçon, sa détresse, la frustration qui le transportait. Harry allait devoir parler, s'expliquer, et espérer que Eggsy accepte de lui pardonner.
Puisque Harry se sentait coupable. Coupable d'avoir causé tant de souffrances à celui qu'il avait pris sous son aile, celui auquel il avait tacitement promis protection. Harry ne pensait pas que son âme pouvait supporter un tel degré de culpabilité. Le massacre dans l'église lui avait moins pesé sur la conscience. Même s'il n'était pas vraiment conscient pendant ledit massacre, cela lui semblait paradoxal. Car entendre Eggsy cracher sa douleur faisait plus mal que la mort d'une centaine d'inconnus.
Au fond, Eggsy était trop innocent pour avoir à souffrir à ce point, même s'il avait sûrement été contraint de subir bien pire pendant sa 'première vie'. Le jeune homme lui donnait l'impression qu'Harry était passé à côté de quelque chose d'essentiel de sa vie. Et la peine d'Eggsy semblait si sincère. Celle-ci était réelle, et c'était d'autant plus cruel.
Mais Harry allait devoir affronter cette épreuve la tête haute. Il se devait d'être le plus honnête, le plus intègre, ne pas fuir les reproches du plus jeune. Ne pas s'enfuir. Ne pas l'abandonner. Pas encore. Il se devait d'être là pour lui, de l'accompagner, en tant que mentor, en tant qu'ami… en tant que père. C'était sa responsabilité, à la fois belle et lourde.
Comment pouvait-il trouver les mots pour dire sans trop dévoiler, tout en respectant les nerfs à fleur de peau de Eggsy ? Il eut besoin d'inspirer profondément, pour se donner du courage. Lui, l'agent Kingsman qui ne craignait ni les balles ni la torture, se retrouvait étrangement fébrile face à un gamin tiré d'East End. Se confier, accepter d'ouvrir la carapace flegmatique était un acte plus inconfortable que de risquer sa vie. C'était un terrain plus glissant, avec des conséquences infiniment plus dangereuses.
"Ce que je m'apprête à te dire, Eggsy, n'est pas facile à entendre. Ce n'est pas non plus chose aisée à dire, crois-moi."
Il reprit le contact visuel avec lui, cherchant son attention. Il souhaitait qu'il soit prêt à l'entendre et, s'il pouvait espérer pareille chose, à le comprendre. Mais les yeux étaient perçants, alertes. Eggsy acceptait de lui laisser une chance. C'était tout ce que Harry demandait.
"Je sais que je t'ai fait souffrir. Et je n'aurai pas assez du reste de mon existence pour te demander pardon. Tu penses sûrement que je ne suis qu'une machine à exécuter les missions, à tuer. Tu as le droit de le penser, mais en vérité, tu te trompes. Si tu crois que ta présence chez Kingsman n'est due qu'au fait que je souhaite me racheter une conscience, tu te trompes. Si tu crois que je ne connais pas la souffrance de perdre un ami proche, tu te trompes. On m'a tiré dessus, c'est incontestable. Et, non, je ne l'avais pas prévu. J'avais encore moins prévu la possibilité d'y survivre."
"Je me suis senti mourir Eggsy. J'ai senti l'atroce douleur d'une balle projetée à cinq cents mètres seconde, me broyer l'œil, transformer mon cerveau en feu de l'enfer. J'ai senti ce dernier souffle quitter mes poumons, remonter le long de ma trachée, envahir une dernière fois mon palais. S'évader à jamais. Quitter mon corps sans que je puisse le retenir. J'étais dans le noir, dans le vent, dans le froid. Et au bout, une lumière, floue mais brillante, de laquelle je m'éloignais peu à peu, m'enfonçant dans les ténèbres.
Et je suis revenu à moi. Ce qui n'avait duré que quelques secondes pour moi avait en réalité duré un mois. La première chose que j'ai vu, c'était un visage, féminin et inconnu, mais qui m'appelait par un prénom. Ce prénom, c'était le mien et c'était d'ailleurs la seule chose dont je me rappelais."
"Il m'a fallu plusieurs mois de tests, d'expériences, avant que je ne puisse enfin retrouver ma mémoire, me souvenir de qui j'étais réellement. Il m'a fallu un simple et unique visage pour que tout revienne brusquement, comme si le barrage avait cédé et que le flot des souvenirs se déversait à nouveau dans la vallée de ma mémoire. J'étais Harry Hart, dit Galahad, membre Kingsman, une société secrète britannique spécialisée dans la paix, aux méthodes particulières et aux moyens colossaux. J'étais bon, dans mon métier, mais pas seulement : j'adorais mon métier. Je me suis souvenu de tout, Eggsy. Tous mes réflexes sont revenus d'un coup."
"Et tu veux savoir quelle est la première chose qui m'a traversé l'esprit parmi tous ces souvenirs ? C'était quelque chose qui m'obsédait depuis longtemps, mais dont je ne pouvais parler : il y avait une taupe parmi les Kingsmen."
La réaction de Eggsy ne se fit pas attendre. Son regard se fit plus alerte, et il se redressa sur son fauteuil. Voilà donc où Harry voulait en venir. Une taupe chez les Kingsman. Il ne s'y attendait pas, et à la vérité cela l'intriguait énormément, rendant encore plus prégnante sa frustration envers son mentor.
"Quelqu'un s'arrange pour saboter certaines missions, prévenir certains de nos ennemis, et faire en sorte que d'autres échappent totalement à notre justice. Cela fait longtemps que j'y pense, Eggsy. Depuis bien avant ton arrivée dans nos services. Mais j'imagine que tu comprends pourquoi il était difficile d'en parler.
Alors pendant le temps de ma convalescence, j'y ai longuement réfléchi. Et une idée a enfin jailli.
Tout le monde me croit mort : c'est donc l'occasion rêvée de pouvoir enquêter sur les Kingsmen, de resserrer la liste des suspects et d'échafauder un plan de bataille. J'ai donc mis à profit ces deux mois aux Etats Unis, loin de Londres, pour m'atteler à la tâche, soutenu par les Statesmen qui n'ont pas hésité à me laisser libre accès à leur matériel, tout en me laissant mener les recherches seul. Certains, comme l'agent Ginger Ale, m'ont bien proposé leur collaboration. Mais je tenais à me renseigner dans le plus grand secret, ce qu'ils ont respecté."
Harry s'arrêta un instant, reprenant sa respiration. Il hésita un instant, mais voir le regard du jeune homme, qui l'écoutait avec une attention inespérée, le poussa à se faire honnête. Eggsy devait comprendre.
"Tu ne peux pas savoir, Eggsy, le nombre de fois où j'ai voulu te contacter, t'envoyer un signe de ma présence. Puisque je savais depuis le début que tu n'étais pas celui que je cherchais. Mais il fallait que tu me croies mort. Toi, peut-être plus que tous les autres. Si jamais j'avais repris contact avec toi trop tôt, le moindre changement de comportement de ta part aurait semblé suspect. Mais aujourd'hui, au bout de plusieurs mois, on peut considérer que tu commences ton travail de deuil."
Harry mit sa main dans la poche de son pantalon, cherchant un petit objet du bout des doigts, qu'il posa ensuite sur la table basse, sous le regard d'un Eggsy interloqué.
"Comme tentative de preuve de ma bonne foi, voici sur cette clé USB les informations sur lesquelles j'ai travaillé pour identifier la taupe de Kingsman."
"Je sais que tu vas me traiter de vieux cynique, ou plus vraisemblablement d'après ton vocabulaire, de "salopard d'enfoiré de merde". Et tu auras raison. J'ai moi-même eu suffisamment de deux mois pour m'insulter de la même manière."
Il n'eut pas besoin de relever les yeux pour sentir le regard du garçon s'assombrir.
"Voilà, Eggsy, tu sais tout. Dans les grandes lignes."
Harry se tut. Son monologue finit, il guettait la moindre réaction dans les yeux de son protégé, qui avait accueilli les mots sans ciller. L'aîné se resservit un verre, laissant la bouteille proche de sa fin, tout comme lui qui, le visage triste et résigné, pressentait la tempête qui arrivait. Il n'eut pas longtemps à attendre.
En premier lieu, Eggsy commença par lui suggérer un endroit bien particulier de son anatomie dans lequel il pouvait s'enfoncer la clé USB "bien profond". Puis, reprenant mot pour mot l'insulte annoncée, il lui fit part en des termes peu gentleman de sa profonde déception et de sa grande colère. Projeté à grande vitesse contre le mur du salon, le verre de whisky d'Eggsy fit les frais de cette dernière.
Harry encaissa sans un mot, avant que le jeune homme ne se calme et que le silence revienne dans la pièce. Alors, il se leva, alla chercher un balai et une pelle dans la réserve, ramassa les morceaux de verre et les mis dans la poubelle.
Avait-il l'impression d'avoir détruit leur relation exactement comme ce verre s'était brisé ? Certainement.
Alors, en revenant dans le salon, il dit à Eggsy, de la voix lasse et résignée d'un enfant qui vient de subir une juste colère :
"Je l'ai mérité. Tu peux dormir ici autant que tu veux. Cela fait des mois que cette maison est plus la tienne que la mienne. Si tu le demandes, j'irai ailleurs".
Puis il quitta la pièce en direction de la porte d'entrée, prêt à quitter la maison qui avait été la sienne.
Il allait passer la porte du salon lorsqu'il entendit une voix interrogative encore un peu agressive l'interpeller.
"C'était qui ?"
Il s'arrêta. Non, il ne rêvait pas. Eggsy venait de parler depuis le fauteuil qu'il n'avait pas quitté. Il se racla la gorge, sa main tenant un côté de l'arche.
"Comment ça, "c'était qui" ?
- La taupe. C'était qui ?"
Le garçon demeurait méfiant, cela se percevait. Mais il semblait avoir pris en considération la confiance qu'Harry avait placée en lui.
- Je ne sais pas. Il faut que je termine mon enquête, mais pour cela, j'ai besoin de quelqu'un au-dessus de tout soupçon, en qui j'ai une confiance aveugle et qui travaille au sein de Kingsman."
Cela sonnait presque comme une déclaration, et Harry sut que Eggsy allait la saisir au vol.
"Je n'avais pas prévu de t'en parler dès ce soir, mais ce quelqu'un c'est toi. Toi et personne d'autre. Désormais, si tu décides de m'envoyer me faire foutre, libre à toi de reprendre l'enquête où je l'ai laissé. La clé USB s'enfonce également bien profond dans un ordinateur."
Sur ces paroles, Harry avança d'un pas. Un pas qui l'éloignait encore un peu plus, et peut-être définitivement, d'Eggsy.
"Attends. Allons voir ce qu'en pense Mr Pickles."
Harry se retourna et le regarda, interdit. Quel avis pouvait-on bien demander à un chien empaillé ? Mais le garçon semblait bien décidé à visiter le saint lieu, et il le précéda dans la petite pièce sous l'escalier, où trônait Mr Pickle. Il était là, présidant tel un mâle dominant, inchangé, tel que Harry l'avait empaillé à sa mort vingt ans plus tôt. Mais à mieux y regarder, se dit Harry, un nouvel élément s'était ajouté à la décoration du lieu. Sur l'étagère, à côté de Mr Pickle, il y avait JB. Empaillé, lui aussi.
"Il est mort de tristesse, déclara Eggsy avant même que Harry n'ait le temps de parler. Je l'ai fait empailler et l'ai mis aux côtés de Mr Pickle. Regarde nos chiens, comme ils sont beaux, unis dans la mort. Et nous, leurs maîtres, nous devrions être divisés, alors que nous vivons ? Je ne sais pas encore si je t'ai pardonné Harry, mais je suis heureux que tu sois vivant. Cette mission, je veux la vivre avec toi, et avec personne d'autre. Quant à aller dormir ailleurs, tu sais très bien qu'il n'en est pas question. Cette maison est la tienne."
Harry mit quelques secondes à assimiler les phrases prononcées. Il s'était attendu à nombre de scénarios, mais aucun n'était aussi rapidement pacifique. Il avait cependant bien entendu : Eggsy avait accepté de lui laisser une seconde chance, de le laisser revenir dans leur foyer, mais aussi dans sa vie.
"Merci, Eggsy."
Il n'y avait pas beaucoup plus à dire, finalement. Pour la deuxième fois dans la soirée, Harry ne pouvait exprimer plus qu'un "merci".
"Allez, maintenant, dis-moi où est ta réserve de whisky ! Je n'ai jamais pu la trouver, et je viens de balancer sur le mur du salon les dernières gouttes de Cotswolds."
D'une simple exclamation, Eggsy balayait le problème qui se posait à Harry comme s'il ne méritait pas qu'on s'y attarde davantage.
Harry sourit. Mais il n'aurait pu dire si c'était à cause de la dernière remarque d'Eggsy, ou parce que ce dernier avait su trouver la maturité nécessaire pour lui pardonner, du moins, pour se réjouir de son retour et de la mission qui s'annonçait. En bon gentleman, il avait voulu ne rien laisser paraître, mais l'idée de la confrontation avec Eggsy et l'effort de vérité de sa part qui en découlait l'avait incroyablement tendu. Et son dénouement heureux était à la hauteur de la pression qu'il s'était mise. Il le savait, désormais, il pouvait laisser la tension retomber, du moins ne pas s'attendre à d'éventuelles explosions de la part du garçon.
Eggsy le regarda avec un sourire espiègle, avant de retourner en direction du salon, suivi par l'aîné. Tout en allant chercher une bouteille dans sa réserve personnelle, dissimulée derrière une fausse rangée de livres de la bibliothèque, il songea à l'incroyable parcours qu'était celui du garçon.
Il y avait seulement presque un an, Harry, du moins, Galahad, l'avait rencontré autour d'une pinte de Guinness médiocre - comme toute Guiness -, et désormais, il s'apprêtait à trinquer au whisky.
Il l'avait sorti d'une vie honnêtement misérable, et tristement répandue, dans laquelle Eggsy tentait de survivre, s'étant fait dealer contre son gré. D'un côté, cela aurait pu être pire. Bien pire. Eggsy était resté lui-même, et ce grâce à l'insouciance qu'il avait gardée malgré tout, se montrant à la fois téméraire et prudent. Désormais, Eggsy usait de sa témérité et de sa prudence pour sauver le monde, sans pour autant que cela n'altère sa candeur.
Harry avait rencontré un gosse portant cette hideuse casquette rouge, et désormais, il avait en face de lui un homme ne jurant - presque - plus que par des costumes croisés à rayures.
Et, bien plus que cela, il avait la fierté de constater que son protégé utilisait enfin ses incroyables capacités intellectuelles à bon escient. Il en avait presque honte, tant cela tenait au fond de l'orgueil - un gentleman ne s'abaissait pas à un tel sentiment -, mais en regardant Eggsy se tenir sur son fauteuil, il ne pouvait s'empêcher de penser : "Quelle réussite !".
Il attrapa donc une autre bouteille de Cotswolds, en servit deux verres, puis en tendit un au jeune homme, déjà installé. Levant son verre, il dit :
"A Galahad !
- A nous, dans ce cas ! Répondit Eggsy, un sourire au coin des lèvres.
Ils burent une gorgée, et Harry s'assit.
Il avait bien fait, puisqu'il fut ensuite soumis à un flot de questions de la part du garçon, concernant son sauvetage, sa convalescence, mais aussi les Statesmen. Eggsy voulait savoir, dans les moindres détails, l'épopée de son mentor. Maintenant que ses émotions n'étaient plus en vrac, il se trouvait être d'une curiosité sans limite.
Mais Harry voulait également en apprendre plus sur ce qu'avait vécu son protégé sans lui. Alors Eggsy se fit une joie de lui narrer les missions accomplies - et d'ailleurs celle qu'il avait fini dans la journée même -, son intégration parmi les agents Kingsman, son idylle aussi brève que passionnelle avec une ravissante princesse suédoise. Harry trouva ce point curieux, et se contenta d'écouter Eggsy lui parler des repas en compagnie du roi et de la reine de Suède, pendant lesquels il avait efficacement mis à profit les cours de bonne tenue qu'il lui avait imposés.
L'aîné réalisa tout ce qu'il avait raté, sentiment qui fut exacerbé lorsque Eggsy lui raconta son admission, sa première mission - justement celle du V-Day -, son premier rapport. Harry se devait de rattraper le temps perdu. Il le ferait. Il serait là pour Eggsy.
Il était plus de minuit lorsque, rattrapé par la fatigue, Eggsy bailla. En plus d'alerter Harry sur l'heure, et sur l'épuisement du plus jeune, cela eut l'effet de l'amuser.
Eggsy avait en effet baillé en mettant d'un geste élégant sa main devant sa bouche. Le Eggsy d'East End ne se serait certainement pas donné cette peine, ouvrant plutôt la bouche à s'en décrocher la mâchoire, agrémentant cette démonstration buccale d'un grognement.
Eggsy avait eu le temps de finaliser sa formation de gentleman pendant l'absence de son mentor.
"Tu dois être épuisé, mon pauvre Eggsy.
- J'avoue que ces dernières heures ont été riches en émotion. Je ne cracherais pas sur un peu de repos.
- Je te comprends. Nous poursuivrons demain. De toute façon, je n'ai pas prévu de repartir. Ajouta Harry, tentant un peu d'humour.
- Je te tuerai sinon. Déclara Eggsy, avant d'éclater de rire.
Ils profitèrent de ce dernier moment de joie, intensifiée par la fatigue, puis décidèrent d'un commun accord de monter l'escalier qui menait aux chambres, annoncées par deux portes se faisaient face dans le couloir.
A droite, celle de Harry, demeurée intacte. A gauche, la chambre d'amis qu'Eggsy squattait depuis six mois.
Jamais il n'avait osé s'installer dans la chambre de Harry, ni même y pénétrer autrement que pour l'aérer et y faire le ménage, refusant de voir la poussière s'installer sur les meubles. Cette chambre était devenue un sanctuaire, un Saint des Saints inviolable.
La maison entière respirait encore la présence de l'agent Harry Hart, ou plutôt son absence, mais il y avait dans cette pièce quelque chose d'intime que Eggsy n'aurait jamais pu imaginer souiller par sa présence. C'était dans cette pièce que Eggsy sentait le plus intensément l'aura de son mentor, que son mal-être se faisait le plus fort. Il aurait eu l'impression de violer une intimité rien qu'en y mettant les pieds. Alors il avait été inconcevable de pouvoir y dormir, et c'était dans la confortable chambre d'amis qu'il s'était installé.
Eggsy laissa Harry ouvrir la porte de sa chambre, et noter la propreté des lieux. Rien n'avait changé de place, absolument rien. Il retrouvait cette pièce comme il l'avait laissée.
Il jugea préférable de ne pas soulever ce point. Les faits, ou plutôt l'absence de faits, étaient suffisamment clairs : il avait parfaitement compris quelles avaient été les intentions d'Eggsy.
Alors qu'ils étaient sur le point de rentrer dans leur chambre respective, ils se retournèrent d'un même mouvement l'un vers l'autre pour s'échanger un "bonne nuit" des plus sincères.
Harry tendit la main, geste que Eggsy ne refusa pas. Leur poignée de main dura longtemps. Comme si chacun voulait encore une fois faire sentir à l'autre qu'il était encore vivant, et profiter de ce juste retour à l'état des choses.
Et puis soudainement, Eggsy lâcha la main de son mentor pour se précipiter contre lui. Le ceignant de ses bras autour de la taille, il enfouit sa tête dans ses épaules, et le serra fort. Sans un mot.
Harry posa ses mains le long des clavicules du jeune homme, acceptant l'étreinte, et reçut la décharge d'émotions qu'Eggsy voulait lui transmettre.
Au bout d'un long moment, Eggsy relâcha son étreinte, se reculant. Harry nota ses yeux rougis, mais ne dit rien.
Ils se souhaitèrent de nouveau une bonne nuit, puis chacun regagna sa chambre afin de mettre ce vœu à exécution.
L'excitation passée, Eggsy se retrouva complètement épuisé, et le lit fut pour lui salvateur. Il s'endormit avant même d'avoir le temps de passer en revue la soirée, un sourire gravé sur son visage.
Dans la chambre opposée, Harry eut cependant plus de difficultés à trouver le sommeil. Son esprit le tint éveillé pendant presque une heure, assis dans le noir.
Voici donc la fin de ces retrouvailles qui sont, il faut l'avouer, plutôt longues, et emplies de mélodrame (mais ça fait du bien !). Il ne reste pour Harry et Eggsy plus qu'à prendre un nouveau cap, et se retrouver dans le quotidien.
Merci pour ta visite, cher lecteur !
Tout commentaire est bienvenue. :)
