Salut à tous ! Aujourd'hui je vous propose un petit OS sans prétention dont l'idée m'est venue un vendredi soir et qui est un délire un peu idiot que j'ai néanmoins beaucoup aimé ecrire. J'espère qu'il vous plaira !


TITRE: Crazy little thing called love

SITUATION: AU saison 1

PAIRING: Johnlock

RESUME: C'était parti d'une blague, une simple blague et jamais Greg n'aurait cru un jour que cela puisse aller si loin.


Comme vous l'avez sans doute remarqué, le titre de cet OS m'a été inspiré par la chanson de Queen du même nom.


Greg applaudit à tout rompre dans la salle des mariages un grand sourire aux lèvres. Mais le sien n'était rien comparé à celui qui étirait la bouche de Sherlock en cet instant, qui illuminait ses yeux alors qu'il posait son regard sur John. Si on lui avait demandé avant de définir l'amour, il n'aurait au grand jamais choisi Sherlock Holmes pour exemple. Pourtant, aujourd'hui, il ne trouvait meilleure description de celui-ci qu'en l'histoire de John et Sherlock.

Et dire que tout était parti d'une blague, une simple blague. Une blague qu'il n'aurait jamais cru pouvoir aller aussi loin, créer, déclencher quelque chose d'aussi fort, puissant et pur que ce qui unissait ses amis. Ça avait été bizarrement une évidence dès les premiers instants qu'ils avaient passés ensemble et Greg était fier d'en être l'instigateur – aussi étrange et stupide que fut l'idée originale – fier d'avoir contribué au bonheur de Sherlock.

Alors quand on lui demanda d'apposer sa signature sur le registre d'état civil, ce fut avec joie qu'il remplit son rôle de témoin. Il se sentait vaguement coupable d'avoir été choisi à la place de Mycroft mais flatté que Sherlock ait pensé à lui. Flatté qu'il lui reconnaisse, ne serait-ce qu'un peu, le mérite d'avoir trouvé John.

Il avait conscience que voir son ami échanger des alliances était la chose la plus bizarre – et Greg en avait vu des choses étranges de par son métier – qui lui serait donnée de contempler de toute sa vie mais lorsque les jeunes mariés échangèrent un baiser passionné, il ressentit une incompréhensible vague d'émotions et trouva toute cette histoire normale.


C'était l'idée la plus stupide que Greg avait eu de toute sa vie et il ne comprenait pas vraiment comment ses collègues pouvaient vraisemblablement la supporter. Mais il arrivait que même à Scotland Yard, on s'ennuie un peu. Et présentement, il n'avait pas de meilleure occupation et les bières qu'ils avaient enchaînées en cette fin de soirée aidant, il se retrouvait donc à créer un profil sur un site de rencontres pour Sherlock Holmes.

Oui, Sherlock Holmes. Le mec le plus asexuel, arrogant, insupportable, condescendant, autoritaire – et tout un tas de défauts constituant sans doute les pires tue-l'amour de l'Histoire de l'humanité – qu'il connaissait. Et il l'inscrivait sur un site de rencontres à son insu. Il se doutait que le détective serait furieux en l'apprenant mais pour être tout à fait honnête avec lui-même, il n'était pas certain de la réaction que la chose déclencherait. Sherlock était une bizarrerie de la nature et d'une telle imprévisibilité qu'il pourrait très bien se lancer dans un discours volubile et grandiloquent sur la bêtise de Greg et de ses collègues que simplement hausser les épaules et se montrer parfaitement désintéressé de l'information. Il n'y avait pas d'entre-deux avec cet homme.

Et à mesure qu'il complétait le profil, Greg se rendait compte de l'absurdité de l'idée. Qui voudrait de Sherlock ? Sérieusement ? Le détective, et les Holmes en général, n'étaient pas faits pour la vie de couple, ça, Greg en était absolument certain. Alors pourquoi était-il en train de faire ça ?

Il remplit rapidement toutes les informations dites civiles – date de naissance, nom, prénom, etc – sans hésitation ce qui fit sourciller Sally qui lisait par-dessus son épaule.

«Comment est-ce que tu connais sa date de naissance ?

Il grimaça. A vrai dire, le souvenir n'était pas des plus agréables puisqu'il avait connu Sherlock dans des conditions peu glorieuses, à savoir en pleine overdose et qu'il avait donc dû se débrouiller pour conduire le jeune camé à l'hôpital et fournir les informations aux médecins, c'était comme ça qu'il avait appris la date de naissance de son collègue et plus ou moins ami. Il choisit de ne pas répondre et préféra continuer de remplir le profil.

– Hmm… Centres d'intérêt ? continua sa collègue, un sarcasme à peine voilé dans la voix. Tu crois qu'il attirera quelqu'un avec les cadavres, les crimes sanglants et les expériences bizarres ?

C'était définitivement une mauvaise idée mais la simple perspective de voir le visage abasourdi du grand détective était trop tentante.

–Au fait, c'est quoi son genre au Taré ?

C'était une question à laquelle Greg n'avait pas vraiment de réponse. Il était à peu près certain que Sherlock était asexuel et si ce n'était pas le cas, il le cachait très bien. Difficile de le ranger dans une case alors il marqua un vague peu importe et passa à la rubrique suivante.

Au final, quand il eut terminé, ils étaient tous hilares et Greg avait été convaincu que cette blague était la meilleure idée du monde. Son opinion n'avait pas changé depuis. Ou presque.


John contemplait fixement l'écran de son téléphone portable, se demandant pour la énième fois pourquoi il avait fini par écouter sa sœur. Il lui arrivait toujours tout un tas de trucs bizarres et débiles quand il laissait Harry le conseiller et pire, lorsque la lubie lui prenait de l'écouter. Pourtant, une fois encore, il avait refusé d'entendre la sage petite voix dans sa tête qui lui criait que ce qu'il faisait n'était absolument pas une bonne idée.

Alors pourquoi était-il encore en train de consulter les matchs de son profil sur le stupide site de rencontres où sa sœur l'avait inscrit ? Parce qu'Harry avait décrété que son frère était exécrable et qu'il fallait qu'il se trouve rapidement quelqu'un – John pensait qu'il ferait mieux de trouver un emploi et de cesser de squatter chez son aînée, il ne serait pas en train de tester les choses les plus absurdes de son existence – avant qu'elle ne puisse plus le supporter. Et quel meilleur endroit pour ça qu'un site de rencontres ? John avait répondu vaguement «En vrai, tu sais, pas derrière un écran ?» mais il savait que l'argument ne toucherait pas Harriet puisqu'elle avait déniché sa Clara sur le même site où John surfait à l'instant même, en se demandant vaguement pourquoi il le faisait.

C'était vraiment idiot. Pourtant, il continua à faire défiler les profils – sérieusement ? songea-t-il en contemplant le profil d'une femme clairement aguicheuse – en contemplant les visages sans les voir. S'il n'était pas ouvertement gay, il savait une chose, il avait plus souvent été attiré par des hommes que par des femmes, ce qui visiblement, n'avait pas été retenu comme important par l'algorithme.

Il allait fermer l'application en maudissant Harry et ses idées stupides quand son regard fut attiré par le dernier profil qu'on lui proposait. Et en contemplant la photo, il sentit ses lèvres s'assécher et sa température corporelle monter en flèche.

La photo n'était pas spécialement bien cadrée mais l'homme qui y figurait avait tout des mannequins des premières pages des catalogues avec sa silhouette altière, son air vaguement arrogant, ses pommettes saillantes sous la peau d'albâtre qui semblait d'un blanc plus pur encore à cause des boucles noires qui encadrait son visage anguleux, taillé à la serpe, comme son corps mis en valeur par le costume cintré qu'il portait. Mais le plus subjuguant était les yeux, d'un bleu si clair, si pur, si transparent que John, malgré l'écran qui le séparait de cet inconnu, se sentit passé au crible, analysé, décortiqué. Ce regard était à la fois dérangeant et absolument fascinant, magnifique et le jeune médecin sentit son cœur faire plusieurs embardées incontrôlables. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était figé et dévorait du regard cet homme, par le biais de la photo, depuis de longues minutes et sursauta quand Harriet se mit à regarder par-dessus son épaule.

– Wow, il t'a fait de l'effet celui-là. Je dois dire qu'il est plutôt pas mal.

John faillit s'étouffer avec sa salive. Plutôt pas mal ?! Mais il te faut quoi sérieusement ? Sans même l'avoir vu en vrai, John était persuadé que cet homme était le plus beau qu'il croiserait de son existence. Son corps lui faisait d'ailleurs bien sentir. Voyant qu'il ne réagissait pas, Harry prit le portable des mains de son frère en passant par-dessus le dossier du canapé pour s'installer près de lui et fit défiler le profil.

– Il est quand même vachement bizarre.

John ne pouvait qu'approuver. Quelqu'un qui saisissait Crimes – en particulier les plus tordus – , Violon et Apiculture dans les centres d'intérêt et, qui plus est, les élevait au même niveau, n'était franchement pas banal. Voire peut-être pas sain. Quelqu'un qui se décrivait comme froid et insensible – John n'aurait pas eu besoin de la précision tant le regard de cet homme l'avait transpercé – comme difficile à vivre était étrange. Quelqu'un qui se disait «détective consultant» – Mais qu'est-ce que c'est que ce truc encore ? – et ajoutait être le meilleur (et le seul) avant de préciser qu'il recherchait une relation «peu importe» ne semblait pas fréquentable.

Et pourtant, il était incroyablement attirant et John n'était qu'un papillon face à trop de lumière et il se sentait stupide, profondément stupide et irrationnel d'être tant dévoré de curiosité, d'expectative – de désir peut-être – pour cet inconnu.

– John ?

La voix d'Harriet le ramena à la réalité.

– J'aurais plutôt dit fascinant…

– Depuis le temps que je dis que mon frère est fou. Personne ne me croie. Pourtant j'ai raison.

– Je te signale que c'est à cause de toi que j'en suis là.

– Ouais, justement. J'osais espérer que parmi toutes les personnes inscrites ici, tu ne choisisses pas un psychopathe.

– Tu n'as aucune idée de ça.

Harriet leva les yeux au ciel. John se rendit compte qu'il défendait vainement un parfait inconnu lequel affirmait avoir un intérêt sans doute malsain pour les crimes. Sa sœur n'avait peut-être pas tort mais il était déjà perdu.

– Je dois te laisser, petit frère. J'ai un rendez-vous. A plus tard !

Et sans un mot de plus, Harry disparut derrière la porte qu'elle claqua dans son dos. John resta encore un long moment les doigts au-dessus de l'écran avant de finalement se décider à sélectionner le profil du dénommé Sherlock Holmes – un nom aussi étrange (et un peu snob) que l'énergumène qui le portait – et ouvrir l'onglet conversation. Il resta une nouvelle fois longtemps figé, cherchant comment engager la conversation et se faisant l'effet d'un parfait idiot. Il se contenta finalement d'un simple «Salut» et quitta l'application avant d'éteindre l'écran du téléphone.

Il était vraiment stupide.


Greg faillit s'étrangler quand il reçut la notification, un soir alors qu'il s'apprêtait à quitter le commissariat. Il ouvrit aussitôt l'application et contempla fixement les cinq lettres sans trop y croire. Il n'avait pas été élogieux sur le profil de Sherlock et se demandait souvent s'il n'avait pas été trop cruel et pourtant, pourtant il avait réussi à obtenir un match et un message.

Et Greg était parfaitement incapable de répondre parce qu'il ignorait quoi faire. Ignorer, avouer que tout ça n'était qu'une vaste blague, tenter de répondre, se faire passer pour Sherlock ? Il ne savait pas quoi faire. Cette blague allait décidément trop loin.

Ce fut cet instant que choisit Sally pour entrer dans son bureau et elle fronça les sourcils en voyant son air déconfit.

– Tout va bien ?

— Y'a un match, Sally. Un match.

La sergente contourna le bureau de son collègue et lui arracha le téléphone des mains. Elle parcourut rapidement le profil et retourna sur l'onglet conversation.

– Qu'est-ce que tu attends pour répondre ?

– Je suis censé dire quoi?

– File-lui un rencart et invente une excuse au Taré. Et imagine seulement sa réaction quand il comprendra.

– Tu es folle ? Tu imagines sérieusement Sherlock Holmes en rencart,?

– C'est justement pour ça que ça sera drôle. Allez, fais-le ou je le fais à ta place.

C'était vraiment la pire idée du monde. Mais Greg s'exécuta.


Aussi fort qu'il aurait voulu le nier, John dut bien assumer le fait que lorsqu'il avait reçu une réponse du mystérieux Sherlock Holmes, il avait littéralement sauté sur la notification. Et était resté perplexe.

Demain soir. 19h. Northumberland Street.

Il n'y avait rien, pas un mot de plus, juste cette invitation, presque glissée comme un ordre, qui n'attendait qu'une réponse. Mais John avait été militaire et il ne se laisserait pas si facilement impressionner. Même si l'idée ne le rebutait pas autant qu'il l'aurait voulu – il n'était définitivement pas plus sain que son présent interlocuteur.

Comme ça ? Sans même savoir qui je suis ? Je veux dire, on se connaît pas. Je pourrai tout aussi bien être dangereux. Tu n'en sais rien.

Manifestement, la politesse et les convenances n'étaient pas de mise avec ce Sherlock Holmes, alors autant être familier rapidement. Et puis John ne se laissait pas démonter.

Où serait l'intérêt dans ce cas ?

Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

Il ne tient qu'à toi de le découvrir.

John se sentit sourire bêtement. Il s'était laissé piéger. Fait avoir comme un bleu et maintenant que sa curiosité était exacerbée, il était tout bonnement incapable de refuser.

OK.

Et il se déconnecta, un sourire stupide aux lèvres.


Convaincre Sherlock de le suivre avait été la chose la plus ardue à laquelle s'était attelé Greg depuis de longues années. Pour que le détective daigne se déplacer, il avait été obligé de prétexter une enquête que la police, pour des raisons de confidentialité, ne pouvait régler et qui nécessitait donc l'intervention d'un tiers. Il avait assuré que l'affaire valait au moins un 8 et que le client leur avait donné rendez-vous sur Northumberland Street. Sherlock avait fini par accepter de mauvaise grâce – ou pour contredire son frère qui voulait lui confier une affaire en déclarant qu'il était déjà pris, Greg n'en savait fichtrement rien – et se dirigeait donc présentement accompagné de son collègue vers la rue indiquée.

Il trouvait étrange que Sherlock ne l'ait pas encore grillé. Il évitait sciemment le regard du détective, préférant chercher le dénommé John Watson parmi les quelques promeneurs nocturnes. Ce fut pourtant ce dernier qui les repéra en premier et Greg s'éclipsa si vite que Sherlock n'eut pas le temps de protester avant que son rencart improvisé ne se présente à lui.

John dut se faire violence pour rester stoïque quand il approcha Sherlock Holmes pour la première fois. Il était encore plus beau et fascinant en vrai, drapé dans son manteau noir, ouvert, laissant apparaitre une chemise cintrée prune qui rehaussait son teint. John se sentait pâle à côté de cet homme, pourtant, il planta son regard dans celui du détective.

– Bonsoir, murmura-t-il.

L'autre ne lui répondit pas tout de suite. A nouveau, John se sentit analysé par ce regard irréel qui le détailla pendant quelques secondes qui lui parurent des heures avant de tenter un sourire léger, entraînant le pauvre cœur de John dans une course endiablée.

– Bonsoir. Sherlock Holmes.

Il lui tendit une main. John haussa un sourcil, c'était une façon bien étrange de saluer un rencart, mais soit, il saisit les doigts longs et fins dans sa paume et serra la main tendue en souriant à son tour.

– John Watson.

Sherlock, de son côté, se demandait bien ce qui amenait son client à lui. Il n'avait pas l'air particulièrement nerveux, en tout cas pas de la nervosité qui s'emparait habituellement des gens qui venaient le consulter. Non, John Watson dégageait une aura calme, comme une force tranquille, et s'il sentit le pouls du médecin – ex-militaire réformé pour blessure par balle, souffrant de stress post-traumatique – s'emballer sous sa peau quand ils se serrèrent la main, il ne lui sembla pas que celui-ci se sente particulièrement en danger – ce qui aurait pourtant justifié le fait qu'il fasse appel à la police.

Police qui s'était présentement fait la malle sans lui laisser un seul indice et qui, elle, semblait très nerveuse ce que Sherlock ne s'expliquait pas. Il avait l'impression que Gavin lui cachait quelque chose mais il était incapable de savoir quoi. Depuis quelques jours, Graham se comportait étrangement comme s'il avait quelque chose à se reprocher. Et Sherlock n'avait aucune idée de pourquoi.

Ni même de ce qu'il devait faire de son client alors il lança tout simplement:

– Vous me suivez ?

Il vit du coin de l'œil que Watson haussait un sourcil mais il lui emboîta le pas alors Sherlock se dirigea chez Angelo qui l'accueillit avec joie « lui et son rencart», il ne préféra pas corriger, sachant que de toute manière, il pourrait rappliquer avec une bande de chiens de chasse qu'Angelo parlerait encore de son rencart, et les entraîna au fond du restaurant lui et Watson – qui bizarrement, ne corrigea pas le restaurateur non plus.

Sherlock trouva bon de préciser qu'il avait l'avantage d'être toujours reçu gratuitement chez Angelo pour avoir prouvé qu'il était innocent du meurtre dont on l'accusait – certes il braquait une banque à l'autre bout de la ville – mais il l'avait fait et parler de ses anciens succès était généralement un bon moyen de mettre en confiance ses clients.

– Donc c'est ça que vous faites ? Résoudre des crimes ? fit Watson tandis qu'ils attendaient leurs plats.

Le détective haussa un sourcil, surpris. Bien entendu puisqu'il était là.

– Oui. Quand la police est larguée, elle me consulte. Ça survient assez souvent pour être honnête.

– Mais la police ne consulte pas d'amateurs.

Sherlock braqua son regard dans les yeux du médecin en face de lui. Ce dernier se sentit défaillir face à ce regard et il crut réellement se liquéfier quand il esquissa un sourire en coin.

– En effet.

John faillit s'étouffer dans son vin face à l'arrogance à peine voilée du détective.

– Qu'est-ce que c'est censé signifier ?

– Que je suis capable de vous déduire. En vous regardant.

– Vraiment ?

– Vous me mettez au défi ? fit Sherlock en retroussant les lèvres.

John trouva l'expression parfaitement désirable. Il commençait sérieusement à avoir chaud. Il n'était pas certain que ce qu'ils faisaient soit à proprement parler du flirt mais toujours était-il que Sherlock Holmes était l'homme le plus désirable qui lui avait été donné de rencontrer et que ce petit jeu entre eux commençait à lui plaire.

– Qu'est-ce que vous pouvez dire de moi ?

Il faudrait qu'il éclaircisse le mystère du tutoiement direct par écran puis du soudain vouvoiement en réel, mais cela pourrait attendre.

– Que vous êtes médecin, de formation militaire, si je ne m'abuse, que vous avez été blessé et rapatrié, puis réformé. Que vous souffrez de stress post-traumatique et que l'adrénaline des combats vous manque, combats qui, si je ne me trompe pas, se sont déroulés en Afghanistan.

John resta muet un instant, incapable de dire quoique ce soit, bouche bée et s'il ne s'était pas retenu, sa mâchoire se serait sans doute décrochée.

– Bien entendu, si vous me confiez un objet personnel, je pourrai en dire plus.

John, dans un état second, tira son portable de sa poche et le tendit au détective en prenant garde d'effleurer sa peau au passage et attendit qu'il lui révèle à nouveau ce qu'il déduisait de lui. Cet homme était fascinant. Incroyablement intelligent et clairvoyant et la personne la plus stupéfiante que John connaissait. Il le contempla qui tournait et retournait l'objet entre ses doigts. Le regard clair se fixa sur lui tandis qu'il reprenait, lui parlant de son frère, de ses antécédents d'alcoolisme et de ses ruptures avec sa compagne, récurrentes.

– C'est… c'est brillant.

– Vous le pensez vraiment ?

Il y'avait tellement d'espoir dans cette voix que John dut se faire violence pour ne pas prendre la main posée sur la table et la serrer fort. Ne savait-il réellement pas que ce qu'il faisait était impressionnant ?

– Oui, vraiment. C'est stupéfiant.

– Les gens ne disent pas ça d'habitude.

– Et… que disent-ils ?

Cette étincelle d'espièglerie dans le regard du détective fit chavirer le cœur de John qui ne put s'empêcher de sourire.

– Va te faire foutre. Et quelques autres variantes toutes aussi élogieuses.

Et puis le médecin éclata de rire. Il fut vite rejoint par le détective et leur hilarité dura jusqu'à ce qu'Angelo leur apporte leurs plats quelques instants plus tard. Le silence s'installa sur la tablée et au fil du repas, Sherlock sentait les nombreux regards qui se posaient sur lui, le pied qui se rapprochait du sien et il était incapable d'interpréter l'étrange comportement de son client qui ne lui avait encore rien dit de son affaire. Sherlock l'avait presque oubliée. Il s'était senti si bien avec ce John Watson qui le trouvait brillant, qui riait, qui avait les yeux qui brillaient, qu'un instant, il avait oublié pourquoi il était là. C'était étrange cet abandon soudain. Et il aimait ça, ce qui était encore plus surprenant.

Finalement, le pied de John entra en contact avec le sien et il vit dans le regard du médecin qu'il attendait sa réaction. Qu'il l'observait. Et ce regard intense qu'il lui lançait le déstabilisa un instant. Ils n'avaient rien dit durant le repas et le détective brûlait de lui demander pourquoi il avait besoin de son aide mais il était retenu par un il-ne-savait-quoi inexplicable.

– Tu veux qu'on aille… ailleurs ? suggéra John à voix basse et Sherlock ne put s'empêcher de frémir à l'intonation de sa voix sans savoir pourquoi – et il y'avait bien trop de choses qui lui échappaient durant cette soirée pour que les choses soient normales.

– Ce que tu as à me dire est si confidentiel que ça ? fit Sherlock, n'y tenant plus.

John se figea, sans comprendre. Il fronça les sourcils, un peu perdu.

– Est-ce qu'on avait convenu que je devais te dire quelque chose ?

Et soudain la lumière se fit dans l'esprit du détective. Le comportement de John, celui de Lestrade. Le DI l'avait roulé, lui avait fait croire à une enquête mais il n'en était rien et manifestement son client-qui-n'en-était-pas-un croyait être là pour tout autre chose.

– Pourquoi crois-tu exactement que nous sommes ici ?

A nouveau, John fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il lui chantait encore ?

– Il me semblait que c'était clair… On est en rencart, non ?

Le médecin se sentit soudain pris d'un doute. Il avait l'impression d'être au cœur d'un gigantesque quiproquo et que Sherlock n'était pas du tout sur la même longueur d'onde que lui alors qu'il l'avait pourtant ouvertement invité. Pourtant la bouche entrouverte du détective et son expression de chouette éblouie par le soleil indiquait clairement que non, ça n'était pas un rencart. John rougit furieusement. Il avait flirté toute la soirée avec quelqu'un qui pensait être là pour une toute autre raison. Peut-être Sherlock n'était-il même pas intéressé !

– Pourquoi est-ce que tu es là, toi ? souffla-t-il, rouge de honte.

– Tu étais censé me confier une affaire, ton affaire.

– Mon Dieu… fit John.

Il allait mourir de honte, là, maintenant. Alors il se leva sans un mot et disparut aussi rapidement qu'il le put, ignorant la voix du détective qui essayait de le retenir.

C'était le pire rencart – qui-n'en-était-pas-un – de toute sa vie.


–Tu as une explication ? exigea Sherlock en se laissant tomber en face de Greg, plus froid que jamais.

– A… quel propos ?

–Ne fais pas l'innocent, Gregory, tu sais très bien de quoi je parle. A propos du fait que John Watson pensait que nous étions en rencart et que, manifestement, il n'avait aucune affaire hautement confidentielle à me confier.

Greg savait d'avance qu'il allait passer un mauvais quart d'heure. Quand Sherlock prenait la peine de se souvenir de son prénom, ça n'était jamais très bon signe.

– Ouais, à propos de ça…

Le DI se passa une main dans les cheveux sous le regard glacial de son collègue. Il ressemblait étrangement à Mycroft quand il prenait cette expression.

– Ecoute, c'était une blague stupide…On t'a inscrit sur un site de rencontres et manifestement, il était intéressé. On voulait voir ta réaction quand tu découvrirais le pot-aux-roses, mais ça t'a pas plu on dirait. Je suis désolé, c'était vraiment con.

Sherlock resta interdit un long moment et si Greg ne se sentait pas aussi coupable, il aurait immortalisé l'expression de franche perplexité sur le visage de son ami.

– Il vient de partir sans rien dire. Je ne comprends pas pourquoi. Et il avait l'air blessé.

Et bizarrement, la chose avait l'air de toucher Sherlock ce qui était hautement improbable. Greg sentit sa culpabilité grandir encore. Il avait mal fait. Le détective avait vraiment tapé dans l'œil à quelqu'un, quelqu'un qui avait entretenu des espoirs à son égard et la blague du DI les avait brisés.

– Je suis désolé, Sherlock.

L'autre haussa simplement un sourcil, se leva dans un grand mouvement de manteau grandiloquent et disparut à son tour.

C'était vraiment la pire idée de tous les temps.


Sherlock était allé résoudre l'affaire de son frère sans grand enthousiasme, perturbé par la soirée qu'il avait récemment passée, par le visage de John Watson qui hantait ses nuits, parasitait ses pensées, par l'envie étrange de le revoir malgré le fiasco qu'avait été leur première rencontre. Malheureusement, il ne savait pas vraiment comment reprendre contact avec le médecin.

Jusqu'à ce qu'il pirate son propre profil sur le site de rencontres – les mots de passe de Greg étaient d'une simplicité sans nom – et découvre simultanément le blog de l'objet de ses pensées. A force de manipulation, il réussit à obtenir le numéro du médecin et, engoncé dans son canapé, il tapa sur l'écran, incertain.

Je ne sais pas si je dois m'excuser pour la dernière fois, ça n'était pas vraiment de ma faute. Mais je suis désolé d'avoir gâché ta soirée. SH

Il expédia le message, se sentant ridicule puis il éteignit l'écran et serra le portable contre son cœur.


John ne répondit pas au premier message. Sa honte n'avait pas passé et même s'il brûlait de savoir comment Sherlock avait pu obtenir son numéro, il tint bon. Il ne voulait pas se ridiculiser plus qu'il ne l'avait déjà fait.

Pourtant Sherlock persista. Quelques jours plus tard, il reçut un second message.

Tu ne veux peut-être pas me parler, mais c'est injuste. Rien de tout cela n'est de ma faute. SH

John ne répondit pas non plus, se contentant de sourire de la naïveté du détective qui n'avait pas compris que le véritable problème venait de John lui-même et non de lui. Mais il n'était pas encore prêt.

Trois jours plus tard, arrivait un troisième message.

Je ne t'embêterai plus. Sache simplement que je regretterai ce qui aurait pu exister entre nous. Ceux qui disent «brillant» là où les autres ne font que des insultes sont rares et difficiles à trouver. SH

Et que le ciel lui pardonne, John n'était qu'un homme et il était incapable de résister à ça.

Dois-je comprendre que c'est une seconde chance que tu m'offres ?

La réponse lui parvint presque aussitôt.

Techniquement, la première n'était pas de moi. Un ami a décidé que m'inscrire à mon insu sur un site de rencontres était pertinent. SH

Pas toi ? écrivit John, un sourire carnassier aux lèvres.

Si tu acceptes un second rendez-vous, je pourrais sérieusement reconsidérer l'idée. SH

Le cœur de John s'emballa à la simple idée de le revoir. Il n'était pas certain de comprendre comment c'était possible qu'il lui ait manqué alors qu'ils ne s'étaient vus que le temps d'une soirée.

Ça sera bien un rencart cette fois ?

A toi d'en décider. Rejoins-moi demain soir à Baker Street. 221B. SH

John ne répondit pas. Il savait que Sherlock avait compris qu'il avait accepté.


Lorsque la porte du 221B s'ouvrit le lendemain à 19h sur Sherlock, le cœur de John fit une embardée. Il était vraiment magnifique. Cela devrait être interdit. Et son sourire, ce sourire qu'il lui adressa devrait être illégal !

Ils ne dirent rien et John emboîta naturellement le pas à Sherlock avant de marcher à ses côtés, plus proche qu'il n'aurait dû l'être mais le détective ne s'en plaignit pas. Alors John effleura doucement de son épaule celle de son compagnon qui esquissa un sourire. Ils étaient silencieux et pourtant, cela n'avait rien de gênant. Au contraire.

Sherlock traîna John dans un restaurant guindé et si au début, le médecin ne se sentit pas à sa place, le détective parvint rapidement à le dérider et ils passèrent la soirée à parler, à rire, les yeux dans les yeux et régulièrement, John effleurait la cheville de Sherlock du bout du pied qui se laissait doucement caresser. Dans les yeux du médecin grandissait son désir, son admiration et bizarrement, une lueur d'affection naissait dans les prunelles de l'insensible détective.

Ils quittèrent le restaurant une bonne heure plus tard et reprirent leur marche dans Londres. Sherlock racontait l'une de ses enquêtes à mi-voix et John l'écoutait, mi-fasciné, mi-amusé par l'histoire rocambolesque et finalement, il éclata de rire.

– C'est la chose la plus stupide que j'ai entendue de toute ma vie ! Une méduse, sérieusement ?

– Parfaitement.

Sherlock se retenait de le rejoindre dans son hilarité parce qu'effectivement, une méduse meurtrière [1], c'était plutôt cocasse. Finalement, il ne put résister très longtemps et ce fut au détour d'une rue déserte qu'ils durent s'arrêter pour calmer leur fou rire un peu stupide. John en avait les larmes aux yeux et quand il leva les yeux vers Sherlock qui souriait, il sentit son souffle se réduire. Son rire s'évanouit, laissant place à la tension entre eux quand Sherlock s'arrêta lui aussi. Ils se contemplaient tous les deux, leurs regards figés l'un dans l'autre. John s'approcha doucement. Sherlock ne bougea pas, le laissa faire alors que sa main se posait lentement sur sa poitrine, qu'elle remontait le long de sa clavicule, déposant une myriade de frissons sur la peau, qu'elle rejoignait son menton, sa joue. John s'arrêta là, son regard vrillé dans celui du détective, comme posant une question muette. Sherlock acquiesça imperceptiblement, le souffle court. John n'en attendait pas plus. Il se pencha vers lui et déposa ses lèvres sur celles du détective. Ce dernier répondit aussitôt au baiser, vorace, se pressant contre John avec urgence, qui sentit son rythme cardiaque doubler de vitesse tandis que ses doigts se perdaient dans les cheveux de Sherlock, qui l'avait enlacé par instinct.

John mit fin au baiser un instant plus tard et tout contre les lèvres de Sherlock, murmura d'une voix autoritaire :

– On rentre.

Sherlock acquiesça et se détacha de lui à regret avant de l'entraîner vers son appartement qui n'était pas si loin – et puis de toutes façons, ils auraient pu difficilement rejoindre celui où vivait John puisque sa sœur y était sûrement – qu'ils atteignirent en courant presque.

A peine entrés, Sherlock plaqua John contre la porte pour prendre possession de sa bouche, de la peau de son cou et il fut satisfait d'entendre gémir sa consentante victime qu'il s'empressa, sans cesser de l'embrasser, d'entraîner à l'étage, verrouilla la porte à l'aveuglette avant de se faire emporter par un John imposé en maître des lieux vers le canapé – quand avait-il eu le temps de le repérer, c'était une bonne question – où il fut poussé sans ménagement.

John se positionna au-dessus de lui et le dévora des yeux un instant. Sherlock le laissa faire, appréciant les rayons de la lune qui baignaient d'une lumière argentée le visage de John, son regard complètement fou, obscurci par le désir, réduit à un point noir. Il n'en menait pas beaucoup plus large alors qu'il découvrait ce sentiment qu'il n'avait jusqu'ici jamais ressenti pour qui que ce soit.

Sans crier gare, le médecin plongea vers sa gorge et s'appliqua à marquer la peau comme sienne, réduisant Sherlock à un pantin gémissant et grognant de plaisir, gesticulant pour mieux se coller à John. Il extirpa sa nuque des baisers pour en planter un langoureux, amoureux sur les lèvres de John qui devint soudain plus doux, moins empressé, reposant contre son torse. Sherlock se redressa, entraînant John avec lui. Quand leurs bouches se séparèrent, le détective la déposa contre la tempe de John, laissant sur sa peau une traînée brûlante.

– Je ne sais pas ce que c'est… tout ça… murmura-t-il, la voix rauque.

– Je t'apprendrai. Si tu veux bien.

Il y'eut une seconde de silence.

– Oui. Oui je le veux.»


Note d'autrice : La phrase qui clôt cet OS a été pensée en réponse à la partie qui l'introduit.


[1] Spoiler pour le canon d'ACD: Certains auront peut-être relevé la référence à la nouvelle La crinière du lion, issue des Archives de Sherlock Holmes.


C'est tout pour aujourd'hui, à la semaine prochaine ! N'hésitez pas à me laisser votre avis en review !