Salut à tous, j'espère que vous allez bien. Voici la suite et la fin de Love for healing, j'espère que ça vous plaira !


John achevait de se préparer ce soir-là, se faisant l'effet d'un parfait idiot alors qu'il disciplinait ses cheveux blonds devant la glace. Il n'était même pas certain de la nature du rendez-vous que Sherlock lui avait donné. Le détective semblait si éloigné des normes sociales, du reste de l'humanité que ce qui aurait pu sonner comme une invitation à un rencart aurait tout aussi bien pu être autre chose. Autre chose que John était incapable de qualifier. Il ne voyait pas de raison qui aurait pu justifier un rendez-vous. Peut-être n'était-il tout simplement pas objectif.

– Tu es ridicule, John, se fustigea-t-il en appliquant une noisette de gel dans ses cheveux.

Il sortit finalement de la salle de bains après avoir vérifié une dernière fois son apparence et passa devant Molly qui s'appliquait à expliquer à Hamish – que Rosie avait invité pour la soirée – que non, c'était impossible que Mr Lenoir se soit suicidé, ça n'était pas dans les règles du Cluedo. John se demandait d'où cette idée saugrenue avait bien pu surgir.

Ni Sherlock, ni John, n'avait jugé bon de prévenir leurs enfants du fait qu'ils sortaient ensemble ce soir. Rosie savait que John ne serait pas là mais Hamish pensait que son père l'avait simplement autorisé à passer une soirée chez son amie pendant qu'il serait tranquillement occupé à une de ses nombreuses expériences. En revanche, Molly était parfaitement au courant de tout et elle adressa un sourire à John quand il leur passa devant. Un sourire légèrement amusé que le médecin fit semblant de ne pas voir. Il ne tenait pas à avoir à nouveau la conversation à base de «je pense que tu es tout simplement attiré par lui», de «je ne vois pas de quoi tu parles» et de «ça n'a rien de mal, John, je suis passée par là moi aussi» parce qu'il avait eu la bonne idée de révéler à son amie que, non seulement, le détective occupait une grande partie de ses pensées la journée mais aussi de ses nuits.

John était lucide, il savait ce que ça signifiait. Il avait juste des raisons de l'ignorer. Ce qui ne l'empêchait pas d'accepter un rencart-qui-n'en-est-peut-être-pas-un. Il s'interrogerait plus tard sur son absence totale de cohérence.

Le médecin embrassa le front de sa fille qui se débattit pour faire bonne mesure – les enfants détestaient les marques d'affection de leurs parents devant leurs amis et John se demandait bien pourquoi – informa Molly qu'il ne savait pas quand il rentrerait mais qu'il avait laissé du rizotto au frigo et se dirigea vers la porte.

– Passe une bonne soirée !

John adressa un regard noir à sa collègue et son ton goguenard et referma la porte derrière lui avant de se rendre compte qu'il n'avait aucune idée d'où lui et Sherlock devaient se retrouver. Le détective n'avait pas précisé. Il allait se décider pour St Barts quand il l'aperçut, adossé au mur de son immeuble.

Tête baissée, Sherlock pianotait à toute vitesse sur l'écran de son portable, apparemment concentré et John put l'observer à loisir. Sa silhouette gracile et dégingandée était mise en valeur par le long manteau qu'il portait. Ses cheveux noirs, masse de boucles soyeuses et brillantes, encadraient son visage que John ne pouvait malheureusement pas voir, lui conférant cette aura d'arrogance altière qui semblait le caractériser.

John dut bien se rendre à l'évidence, Sherlock était indiscutablement beau et oui, son charme opérait sur lui. Ce n'était pas vraiment cela qui le dérangeait. C'était d'en être conscient.

John secoua la tête, chassant ses pensées, et s'approcha du détective. Ce dernier releva la tête à son arrivée et lui adressa un sourire presque timide. John fit tout son possible pour ne pas laisser paraître que ce sourire le désarçonnait et préféra y répondre, tout aussi mal à l'aise.

L'un comme l'autre ne savait pas où cette soirée allait les mener. Mais ils étaient tous deux conscients que quoi qui se passerait, leur relation en serait indubitablement changée.

– Bonsoir, murmura finalement Sherlock d'une voix incroyablement grave et basse qui fit frissonner John, bien heureux de porter sa veste en cet instant.

Il vit le regard du détective le scruter un instant, décrire sa silhouette d'un glissement d'yeux, comme s'il l'évaluait. John trouva ce regard incroyablement aguicheur et il se sentit défaillir. Finalement, Sherlock acheva son examen et se redressa.

– Vous venez ? dit-il en passant tout près de John.

Et il était certain qu'il l'avait fait exprès. Il suivit Sherlock, calquant son allure à la sienne et demanda:

– Où va-t-on ?

Il n'obtint qu'un sourire mutin pour toute réponse. Ils marchèrent un moment, silencieux, avant de rejoindre l'enseigne d'un restaurant français que John savait hors de prix. Il grimaça, incertain. Sherlock sembla aussitôt lire ses pensées.

– Je vous invite.

– Je ne peux pas accepter, Sherlock…

– Vous n'avez pas vraiment le choix.

Le ton était coupant mais John savait qu'il pouvait encore refuser. Le regard d'acier le défiait. Il capitula, incapable de résister à ce regard. Sherlock l'entraîna à sa suite à l'intérieur et alors que des serveurs dans leur uniforme impeccablement repassé et lustré leur indiquaient leur table, prenaient leurs vestes, John sentit sa gorge s'assécher brusquement. Sous le long manteau, Sherlock portait une chemise prune qui galbait parfaitement son torse noueux. Un pantalon noir moulant et John sentit son cœur s'affoler et son ventre prendre feu. Ses joues s'embrasèrent à leur tour tandis qu'il lui était impossible de détourner le regard, que tout son corps se tendait malgré lui en direction du détective.

Et John ne pouvait plus nier le désir qui s'emparait de lui lorsque Sherlock Holmes était dans son périmètre. Il le rejoignit après un temps d'arrêt qu'il espérait assez court pour passer inaperçu et s'installa en face de lui, masquant la rougeur de ses joues derrière le menu. Il essaya de se concentrer sur les différents plats mais c'était tâche ardue quand il était si conscient de la présence d'un homme aussi incroyable à ses côtés. Quand il fut certain d'avoir repris contenance, il abaissa légèrement la carte. Sherlock le contemplait, un léger sourire qu'il ne parvint pas à interpréter aux lèvres.

Le serveur choisit cet instant pour revenir. Sherlock commanda une bouteille d'un vin que John ne connaissait pas. Il ne douta pourtant pas de la qualité du breuvage. Il avait étrangement confiance en Sherlock. Le serveur repartit, les laissant seuls. John essaya à nouveau de lire la carte mais il ne connaissait pas la moitié des plats proposés. Il n'avait pas vraiment eu l'occasion de s'initier aux us et coutumes françaises.

– Je…

Sherlock ne le laissa pas finir et se contenta de l'aiguiller à voix basse. Quand il eut terminé, John se demanda s'il était un génie absolument dans tous les domaines ce qui ne l'aurait pas étonné.

– Ma mère était française, fit le détective, comme lisant ses pensées.

Et il souriait, comme s'il savait exactement ce qui avait traversé l'esprit de John.

– Etait ? releva John après un instant de silence.

– Vous comprendrez sans mal que j'ai préféré couper court à mes relations familiales après le départ d'Irène. Mis à part mon frère. Je ne sais pas ce qu'elle devient et il en est de même pour mon père.

John pouvait difficilement le lui reprocher. Lui non plus ne voyait plus vraiment sa famille. Son père avait renié ses enfants quand la première avait révélé son homosexualité et le deuxième avait choisi l'armée, quant à sa mère, voyant sa famille partir à vau-l'eau, elle avait noyé sa peine dans l'alcool et finit emportée par un coma éthylique. Quant à Harriet, il ne l'avait pas revue depuis la mort de Mary. Il soupçonnait que son incapacité à avoir sauvé sa femme en avait été la cause, tout comme il était à peu près certain que sa sœur avait pu succomber au charme de sa défunte compagne.

Etant donné ce que le détective avait vécu dans sa jeunesse, de ce qu'en savait John, il trouvait parfaitement légitime sa réaction.

– Messieurs ?

L'arrivée du serveur les fit sursauter. Ils s'empressèrent ensuite de commander leurs plats.

Le repas passa à toute vitesse pour John. Ils rirent, parlèrent beaucoup, burent un peu et ce fut les yeux légèrement brillants qu'ils sortirent du restaurant plusieurs heures plus tard. John les savait non loin de Regent's Park. Pris d'une inspiration soudaine, il tira légèrement sur la manche de Sherlock et lui désigna l'espace vert. Le détective acquiesça, et sans un mot, ils se dirigèrent vers l'entrée grillagée.

Alors qu'ils circulaient sur le petit chemin de terre, John se rapprochait inconsciemment de Sherlock. Leurs épaules finirent par se toucher et, étrangement, le détective ne chercha pas à se dégager. Il révulsait tout contact physique habituellement. Pourtant, il n'aurait quitté pour rien au monde l'épaule de John Watson. Ce dernier esquissait un drôle de sourire, un peu béat, un brin mélancolique. Il semblait perdu, hanté par des souvenirs.

– John… Tout va bien ? demanda doucement le détective.

– Je venais ici enfant avec mes parents et ma sœur… c'était avant que tout parte en vrille. J'y ai emmené Mary aussi. Souvent. Je n'y étais pas retourné depuis… depuis sa mort.

Il y'eut un moment de silence. Sherlock ne savait pas quoi répondre. Et il n'était pas certain qu'il le devait. John lui donna raison car il reprit doucement:

– Bizarrement, je… je ne me suis jamais senti aussi bien depuis ces dix dernières années.

Il tourna la tête vers Sherlock. Leurs regards se croisèrent mais le détective n'en avait pas besoin pour comprendre ce que John avait sous-entendu. Et il ne put pas non plus s'empêcher, retenir la pulsion qui le poussa à plaquer John contre un arbre. Son dos rencontra sans douceur le tronc et avant d'avoir pu y songer à deux fois, Sherlock se retrouvait presque collé à lui, leurs visages si proches qu'il sentait se mêler leurs souffles, courts, sur son visage. Il contempla le médecin qui ne se débattit pas, le fixait, attendant la suite. Et Sherlock n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire. Il savait parfaitement ce dont il avait envie mais pour la première fois de sa vie, il hésita à s'en accorder le droit. John dut la lire dans son regard car il poussa doucement sur ses pieds pour rapprocher un peu plus leurs visages. Leurs nez s'effleurèrent. Sherlock avait complètement oublié comment respirer. Il ne bougea pas. Alors John, doucement, posa ses lèvres sur les siennes.

Un millier de choses explosèrent dans l'esprit du détective à l'instant même où la chose se produisit, réduisant toutes ses pensées, ses interrogations à néant. Seulement guidé par son instinct, il se pressa contre le corps de John, toujours adossé à l'arbre tandis que la main du médecin se posait sur son torse, répandant un feu brûlant dans ses entrailles et telle la lave en fusion, s'écoula en traînées ardentes sur sa peau, il la laissa errer, remonter vers son cou, caressant le carré de peau nue là où la chemise était légèrement ouverte. Le bas-ventre du détective irradiait tandis que la langue de John s'immisçait dans sa bouche, cherchant la sienne. Il sentit un grognement lui échapper et doucement, le médecin finit par dégager ses lèvres des siennes, les faisant glisser le long de son visage pour atteindre l'oreille dont il mordilla le lobe avant de murmurer:

– Rentrons.

Sherlock, pantelant, acquiesça. Il ne sut jamais où il trouva la présence d'esprit qui le poussa à répondre ensuite:

– Pas chez toi.

Il se dégagea ensuite pour laisser à John la place de se redresser et lui prit autoritairement la main pour l'entraîner vers Baker Street qui n'était pas si loin. Le chemin pourtant, lui parut interminable. A peine furent-ils entrés dans le hall que John plaquait furieusement Sherlock contre la porte pour prendre possession de ses lèvres avec une avidité qui fit tourner la tête du détective. Il n'avait pas l'habitude de se laisser dominer, de se laisser guider, aussi, il décida de plonger dans la brèche que lui offrit John et partit à l'assaut du palais du médecin qui ne mit pas longtemps à gémir. Puis sans cesser de l'embrasser, Sherlock l'entraîna dans les escaliers – il était inutile de réveiller Mrs Hudson – et enfonça ses clefs dans la porte qui céda quelques instants plus tard. Il la referma à l'aveugle, reprenant à peine son souffle pour à nouveau embrasser John qui effleurait son corps à travers le tissu de sa chemise, gêné par le manteau qu'il retira d'un geste autoritaire avant de se débarrasser de sa propre veste qui s'échouèrent tous deux sur le sol de l'entrée.

John relâcha ses lèvres et plongea dans sa nuque, arrachant un gémissement à Sherlock qui rejeta aussitôt la tête en arrière. Il n'avait jamais ressenti ça de toute sa vie. C'était grisant et incroyablement addictif. Jamais il ne s'était senti si à l'étroit dans son pantalon, jamais son corps avait tant pris le dessus sur son esprit qui s'était fait la malle et s'il aurait dû avoir peur, il n'en était rien. Il était prêt à s'abandonner corps et âme à John. Ce dernier n'en menait pas plus large que lui et, pressé contre son corps qu'il l'était, Sherlock en avait un aperçu on ne peut plus clair.

Il tira doucement le médecin vers le couloir qui menait à sa chambre, se repérant dans le noir le plus total tandis qu'il reprenait ses droits sur les lèvres du médecin qui lui accorda la victoire sans broncher. Il ouvrit la porte d'un coup de pied et John se chargea de la refermer de la même façon. L'instant d'après, ils se séparaient, les lèvres rougies de baisers, les yeux agrandis par le désir qui pulsait presque douloureusement entre leurs jambes. Pourtant Sherlock prit le temps de détailler John qui fit de même. La semi-pénombre ne pouvait masquer leurs corps tremblants d'expectative, pourtant, ni l'un ni l'autre ne bougea. Sherlock ne savait pas s'il pouvait aller plus loin. Il n'avait jamais fait ça. Il n'en était pas certain, mais il avait cru déduire que John avait des raisons de ne pas le faire. Leurs corps leur criaient le contraire pourtant. Mais pouvaient-ils leur faire confiance ?

John, décidément le plus entreprenant d'eux deux, lui donna la réponse en réduisant la distance qui les séparait, en se pressant contre lui, sa tête reposant contre ses clavicules, embrassant la naissance de son torse et dans les entrailles de Sherlock, le feu reprit plus fort, brasier inextinguible qui lui faisait perdre ses moyens.

Et il aimait bien trop ça. Ses hésitations volèrent en éclats. Il n'avait jamais rien désiré de plus que John en cet instant, John qui parcourait sa peau de baisers et, hésitant, défaisait un à un les boutons de la chemise, se baissait pour embrasser le moindre centimètre carré de chair et Sherlock, pantelant, tremblant, était incapable de formuler une seule pensée cohérente.

– John, je…

John releva la tête, interrompant son activité. Il se redressa, revenant à hauteur du visage du détective.

– Tu…

– Non, le coupa aussitôt Sherlock.

Il baissa la tête. Il ne désirait rien plus fort que ça, là, en cet instant. Mais si son manque d'expérience ne l'avait jamais gêné auparavant ça n'était pas la cas ce soir.

– Je serai incapable de te rendre un dixième de ce que tu me feras.

Il pensa qu'il était assez incroyable qu'il ait pu formuler une pensée cohérente dans l'état où son cerveau, son Palais Mental étaient en ce moment.

– Je m'en fiche. Tout ce que je veux ce soir, c'est toi. Juste toi.

John approcha ses lèvres de l'oreille de Sherlock et murmura, d'un ton qui fit frissonner le détective:

– Et puis je suis certain que tu sauras apprendre très vite.

Sherlock se sentit rougir violemment et, avec un sourire, John vint lui voler un baiser. La chose dérapa rapidement quand le détective se fit un devoir de raviver la flamme qui avait été légèrement douchée par son intervention. John le caressait par-dessus ses vêtements. Il ne tint plus et décida de lui aussi partir à l'assaut du corps du médecin, effleurant ses hanches, son dos, son torse tandis que leurs langues se lançaient dans un ballet langoureux. John vint exhaler dans sa nuque, répandant une myriade de frissons dans le cou du détective.

– Tu portes beaucoup trop de vêtements, fit remarquer le médecin entre deux respirations erratiques.

Et il s'empressa de le débarrasser de la chemise qui flottait sur ses hanches jusqu'alors. Sherlock l'imita, ayant nettement moins de patience avec les boutons qu'il ne fit pas sauter par un miracle inexpliqué avant d'envoyer reposer le vêtement sur le sol. John se crispa inconsciemment quand la main de Sherlock vint effleurer la cicatrice de son épaule. Ce dernier le rassura aussitôt en ravissant ses lèvres d'un baiser violent et passionné qui arracha un gémissement au médecin dont les mains s'afféraient sur la ceinture.

Les pantalons rejoignirent les chemises sur le parquet et l'instant d'après, John poussait Sherlock sur le lit pour venir se positionner au-dessus de lui. Il le contempla un long moment, son regard errant sur la silhouette dessinée à la perfection, comme issue du moule d'un sculpteur de génie et son désir redoubla si c'était possible.

Il vint ravir à nouveau les lèvres de Sherlock qui s'adonna au baiser presque aussitôt. Il s'abandonnait entièrement et totalement à John. Il ne voulait plus que cela. Être sien. Entièrement sien. Il ne comprenait pas vraiment ce que cela signifiait et n'était pas en état d'y réfléchir. Il ne voulait plus réfléchir. Seulement se laisser porter par les sensations incroyables que lui provoquait John.

– J'ai envie de toi, Sherlock… murmura ce dernier en laissant ses lèvres glisser contre ses joues. Tu… as ce qu'il faut ?

Le détective acquiesça. Ils échangèrent un nouveau baiser. Mais cette fois, tout devint plus doux, plus mesuré, plus patient. Leurs mains caressaient les visages avec une tendresse nouvelle tandis qu'ils se pressaient l'un contre l'autre, s'imbriquant presque l'un dans l'autre.

Le reste se perdit en étreintes tendres et passionnées.


Quand John se réveilla le lendemain, son regard tomba sur le visage paisible de Sherlock, encore endormi. Il le détailla un long moment, effleurant des yeux les pommettes saillantes, les longs cils, les boucles brunes, le nez aquilin. Son cœur s'agita malgré lui dans sa poitrine.

John n'eut aucun mal à reconnaître que ce qu'il s'était passé hier soir n'était pas dû qu'au désir charnel. Il y'avait quelque chose d'infiniment plus fort, infiniment plus puissant et profond qui les unissait. Il en était certain. Tout comme il savait parfaitement qu'il était tombé amoureux, aussi fou cela pouvait-il lui paraître, amoureux de cet homme si atypique.

Et son ventre se tordait de culpabilité. Il trahissait Mary. Il la trompait en quelques sortes. Et il ne pouvait s'en empêcher. Ses sentiments étaient trop puissants.

– Bonjour.

Il sursauta en entendant la voix de Sherlock. Son regard trouva aussitôt celui du détective qui lui sourit. John avait une furieuse envie de l'embrasser. Il savait qu'il ne se déroberait pas, il le lisait dans ses yeux. Pourtant, il se retint.

– John ?

– Je… Je ne peux pas faire ça. Je suis désolé.

Le médecin se redressa, se libérant de l'étreinte du détective et lui tourna le dos. Il ne savait pas s'il pourrait résister s'il le regardait à nouveau.

– Pourquoi ? demanda Sherlock et la blessure dans sa voix, mal dissimulée, fit mal à John.

Il serra le poing.

– Je ne peux pas trahir Mary. Je…

– Elle est morte, John.

– Je sais ! explosa soudain le médecin. Justement. Je n'ai pas pu… pas eu le temps de lui dire adieu convenablement et ce que l'on fait, c'est… c'est comme si je la trompais. Parce qu'il n'y aurait pas eu tout ça… elle serait encore là.

– Pourquoi est-ce que cela devrait te toucher après tant d'années ?

John se tourna brusquement vers lui et le fusilla sans grande conviction du regard. Sherlock ne comprenait pas, réellement. Et John ne pouvait pas lui en vouloir.

– Je suis désolé. Laisse-moi du temps, d'accord ? Je ne veux pas tout gâcher entre nous. Je… J'ai besoin de temps pour la laisser partir. Comprends-le, Sherlock, je t'en prie. Je ne veux pas t'imposer mon remords. Ma culpabilité.

Il y'eut un long moment de silence durant lequel ils se contemplèrent longuement. Sherlock tentait vainement de se reconstituer un masque d'impassibilité. Il avait fait confiance, une fois de trop. Et cette fois, c'était allé trop loin. Parce qu'il n'avait pas fait que s'abandonner à John, il lui avait confié quelque chose de bien plus précieux. Ses sentiments. Ce qu'il avait été incapable d'identifier la veille lui semblait aussi clair que de l'eau de roche au petit matin. Et John était en train de les réduire en miettes. Parce que même s'il semblait sincère, Sherlock savait que John n'assumait juste pas que ce qui s'était produit la veille était une erreur qu'il regrettait et il se cherchait une excuse bidon. Et ça le rendait fou. Dingue. Et incroyablement triste. En colère. Contre lui-même pour avoir fait confiance à quelqu'un qui ne la méritait pas. Il savait pourtant que les sentiments étaient dangereux. Qu'ils le perdraient. Qu'ils l'avaient toujours perdu.

– Sherlock ? demanda John, hésitant, posant une main sur son bras.

Presque instantanément, son visage se ferma. Il se recula.

– Rentre chez toi. Je viendrai chercher Hamish dans la matinée.

John acquiesça, se rhabilla en vitesse et s'enfuit, le cœur piétiné, jetant un dernier regard plein d'espoir vers son amant. Sherlock ne le regardait même pas.


Quand John rentra, Hamish et Rosie étaient dans la chambre de la jeune fille et Molly lisait tranquillement un polar sur le canapé.

– Ça s'est mal passé, dit-elle en avisant la tête de son ami.

John se laissa tomber près d'elle et lâcha un soupir.

– Je ne sais pas quoi faire, Molly. Je… je ne peux pas nier qu'il y'a quelque chose entre nous mais… je ne peux pas non plus m'empêcher de me sentir coupable vis-à-vis de Mary.

– Tu l'aimes ? demanda la légiste de but en blanc.

Molly avait toujours été directe et c'est ce que John avait apprécié chez elle. Elle ne s'embarrassait jamais de paroles inutiles et c'était pourquoi elle été toujours de bon conseil. Même si parfois, John aurait aimé entendre autre chose que ce qu'elle avait à lui dire, aussi vrai cela soit-il.

– Je crois. Je ne sais pas. Je… c'est compliqué. Il… il est tellement… fascinant. Et il est brillant. Arrogant, peut-être mais… il y'a quelque chose chez lui qui… qui me touche. Je ne sais pas pourquoi. Et j'aimerai tellement… j'aimerai tellement ne pas avoir tout gâché. Je ne veux pas le perdre.

John se prit la tête dans les mains. Molly posa une main sur son épaule, la serrant en guise de réconfort.

– Mais il y'a Mary. Je ne peux pas lui faire ça. Elle ne le mérite pas. Ça aurait été si simple si on s'était simplement séparés et détestés cordialement mais ce n'est pas le cas. La vérité, c'est que je n'ai jamais vraiment pu l'oublier et maintenant… maintenant j'aimerai pouvoir le faire mais j'en suis incapable. J'ai l'impression de la trahir. Et puis il y'a Rosie, elle…

– Ne te cherche pas des excuses supplémentaires, John, le coupa aussitôt Molly. Ta fille adore Hamish et très honnêtement, rien ne leur ferait plus plaisir que Sherlock et toi vous entendiez. Ne fais pas de ta fille un prétexte supplémentaire.

Il sourit tristement.

– Je suis ridicule, pas vrai ?

– Non. Juste humain. Et tu as besoin de temps. C'est normal.

– Il ne m'en laissera pas. Il me l'a bien fait comprendre.

Molly sourit.

– S'il tient à toi, il le fera. Tu sais… je connais Sherlock depuis plusieurs années et s'il y'a bien une chose que j'ai comprise, c'est qu'il ne laisse voir de lui que ce qu'il veut. Une grande partie de ce qu'il est n'est qu'une façade. Il peut paraître froid, insensible, arrogant, parfois un peu psychopathe mais il ne s'agit que d'une armure. Il se protège du reste du monde en s'imposant des barrières, des barrières qu'il ne laisse jamais tomber. Jamais, John. Pourtant il l'a fait avec toi. Il t'a laissé entrevoir qui il est vraiment et peut-être que tu vas me trouver fleur bleue, mais je pense que c'est un signe. S'il a réagi comme ça, c'est tout simplement qu'il a été blessé et qu'il voulait se protéger.

John eut une moue dubitative. Il n'en était pas certain. L'indifférence dont il avait été victime n'avait rien de la réaction d'un homme blessé. Et il ne voulait pas s'accrocher à des espoirs vains.

– Admettons que tu aies raison. Qu'est-ce que je suis censé faire ?

– Tout ce que je peux te dire, John, c'est que tu as le droit d'être heureux. Pour le reste, tu es le seul à pouvoir en décider.

Considérant la conversation comme close, elle se leva, serra son épaule une dernière fois et s'en fut. John, après un temps de réflexion, décida d'aller saluer sa fille et Hamish.


Il fallut plusieurs semaines à John pour mûrir pleinement sa décision, être absolument certain de ce qu'il ferait. Il ne revit pas Sherlock durant tout ce temps. Hamish et Rosie se doutaient qu'il s'était passé quelque chose entre leurs pères. Ils ne savaient pas quoi mais les semaines qui suivirent, ils ne se virent qu'au collège.

Un matin, John se rendit sur la tombe de sa femme, seul. Rosie était à l'école. Et de toutes manières, ce qu'il avait à dire à Mary n'avait pas à parvenir aux oreilles de leur fille. Il déambula silencieusement entre les tombes, retrouvant machinalement le chemin jusqu'à celle sous laquelle sa défunte femme était enterrée. John parcourut sans vraiment la voir l'épitaphe qu'il connaissait par cœur.

MARY ELIZABEHT WATSON, née MORSTAN

28 février 1982 [2] – 5 juillet 2003

Il laissa échapper un soupir.

– Je suis désolé, Mary. J'ignore s'il y'a un endroit d'où tu as pu voir ce que j'ai fait. On… on a pas pu se dire adieu. Tout a été beaucoup trop rapide. Je n'ai même pas eu le temps de te dire que je t'aimais que tu étais déjà morte. Partie, disparue à jamais. J'ai l'impression qu'on ne s'est jamais séparés. Et c'est sans doute pour ça que je me sens si coupable. Coupable d'être tombé amoureux de quelqu'un d'autre. De t'avoir trompée avec lui. D'avoir envie de recommencer. J'ai désespérément envie de le revoir, tu sais. De l'embrasser encore, de le serrer dans mes bras. Je ne sais même pas s'il me laissera faire. Mais je… je veux tenter ma chance.

Je suppose, en tout cas, j'ose espérer que tu aurais souhaité mon bonheur. C'est pour ça que je dois te laisser partir. Que je dois aller de l'avant et cesser de vivre dans le passé. Personne ne pourra te remplacer, tu es la mère de ma fille, tu es mon premier véritable amour mais tu n'es plus là. Et j'en ai assez de la solitude. Et si tu m'as appris quelque chose, c'est que le bonheur n'est qu'éphémère, qu'il faut savoir le saisir tant qu'il est encore tant. Je veux le saisir. Et pour ça, je dois te laisser partir. Alors va, Mary, et peut-être qu'un jour on se retrouvera et tu me fileras la raclée de ma vie. Je l'aurais mérité. Mais d'ici là… adieu.

Le médecin esquissa un sourire, hocha doucement la tête et se retourna. C'était la dernière étape pour enfin se libérer du poids de sa culpabilité. Il ignorait comment ou pourquoi, mais il avait la certitude que Mary lui avait pardonné et qu'elle acceptait sa décision.

C'était la seule chose qui lui manquait.


Sherlock émergea mollement de sa réflexion en entendant les coups frappés à la porte. Il n'avait entendu aucun pas, ce qui était assez rare pour être noté. Grommelant contre Mrs Hudson – à qui il était pourtant sûr d'avoir dit ne pas vouloir être dérangé – il se dirigea vers la porte pour faire bien sentir à son potentiel interlocuteur qu'il était occupé.

Il se figea lorsqu'il reconnut celui qui se trouvait dans le couloir et fut incapable de faire ce qu'il avait prévu. John attendait qu'il dise quelque chose, incertain. Cela laissa le temps au détective de se recomposer un masque de neutralité et de simplement refermer la porte. Mais John fut plus rapide et glissa son pied dans l'encadrement.

– Je dois te parler. S'il-te-plaît. C'est important.

Sherlock hésita, une microseconde. Son regard tomba dans celui de John et son hésitation lui fut fatale. Il était incapable de lui refuser la conversation qu'il demandait. Il s'effaça donc et laissa le médecin entrer, lui indiqua l'un des fauteuils du salon et disparut dans la cuisine pour leur préparer une tasse de thé. Lorsqu'il revint, John reporta son attention, qu'il avait laissée dériver sur le mobilier, sur lui. Sherlock lui tendit une tasse. Leurs doigts s'effleurèrent, faisant frémir le détective à qui revenaient des images qu'il voulait à tout prix chasser. Il s'installa face à John et but une gorgée du breuvage, se brûla la langue avant de demander:

– Qu'est-ce que tu veux ?

Il aurait aimé être beaucoup plus froid, plus sec. Mais il n'y pouvait rien, la colère qu'il avait ressentie s'était amoindrie et face aux yeux trop bleus de John, il était incapable d'être convaincant. John but une lampée de thé à son tour, sans le quitter des yeux. Il semblait chercher ses mots. Sherlock ne lui en laissa pas le temps.

– Si tu viens d'excuser, ça n'est pas la peine. Ce qu'il s'est passé entre nous n'était qu'une erreur. Rien de plus.

Avec un peu de chance, s'il mettait assez de conviction dans sa voix, même lui pourrait finir par le croire. Et cela serait infiniment moins douloureux. John baissa la tête. Un long moment, il resta silencieux et il était impossible à Sherlock de voir l'expression de son visage. Puis il acquiesça lentement en se redressant.

– Très bien. J'aurais aimé qu'il en soit autrement mais je ne m'imposerai pas. Restons amis, ajouta John après un temps de retard. Au moins pour nos enfants.

Il faisait un effort incommensurable pour rester impassible, ne rien laisser paraître de la brèche qu'avait ouvert Sherlock avec ses mots. Il y'avait cru, il y'avait cru si fort à cette étincelle entre eux, ce quelque chose inexplicable et précieux qu'il avait voulu préserver. Il ne l'avait que rêvé. Espéré. La réalisation était brutale et douloureuse.

Sherlock, lui, ne comprenait rien. La résignation dans la voix de John, cette tristesse dans son regard, ses mots. Et son cœur, ce traître, s'affolait de l'espoir fou, celui qui lui criait qu'il avait mal interprété le refus de John des semaines plus tôt, celui qui avait chéri l'idée qu'il ait pu être sincère ce matin-là, qu'il ait pu, par un miracle étrange, lui rendre réellement ses sentiments. Que Sherlock n'avait pas été juste une aventure d'un soir. Mais l'espoir était traître, il le savait et il ne tarda pas à le prouver.

John se leva, réduisant finalement tous ses espoirs à néant, reposa la tasse à peine touchée sur la table basse et se dirigea vers la porte.

Sherlock ne put se retenir.

– John. Attends.

Il se leva, franchit la distance qui les séparait en quelques enjambées. Le médecin s'était retourné et lui faisait face. Le détective refusa d'interpréter la lueur dans son regard.

– Tu aurais aimé qu'il en soit autrement ? répéta-t-il d'une voix à peine audible masquée par les battements frénétiques de son cœur.

John soupira, leva la tête et sans un mot, approcha une main du visage de Sherlock. L'effleura doucement, en traçant les contours du pouce, une tristesse infinie dans les yeux. Le détective avait cessé de respirer dès l'instant où John l'avait touché. Brusquement, la main retomba et John, cette fois, était bien décidé à s'enfuir. Il ne se retiendrait pas s'il restait et il ne voulait pas imposer ses sentiments à Sherlock qui manifestement n'en voulait pas.

Les doigts du détective se refermèrent autour de son poignet, l'empêchant de partir. Il ne se retourna pas pour autant.

– Tu ne peux pas me laisser comme ça. Sans explications, John.

– Que veux-tu que je t'explique ? On ne veut pas la même chose, c'est mieux ainsi.

– Tu agis sans aucune logique ! Comment suis-je censé savoir ce que tu veux ?

John se dégagea de la poigne de fer qui le retenait prisonnier et se tourna vers Sherlock. Il semblait réellement confus.

– Tu… tu me fais l'amour et puis tu disparais en disant que rien ne sera possible entre nous et tu reviens pour me demander de rester amis et pourtant, tu agis comme si tu voulais revenir en arrière… je ne te comprends pas, John.

– Mais parce que tu m'as bien fait comprendre que tu ne voulais pas de moi ! se récria le médecin, perdu.

Le silence s'abattit, résonnant aussi violemment, sinistrement que la lame d'une guillotine. Ils se contemplèrent un long moment, tout aussi abasourdis l'un que l'autre.

– Je… je pensais que tu venais t'excuser de m'avoir fait espérer quoique ce soit. C'est pour ça que j'ai dit que c'était une erreur, murmura Sherlock à voix basse.

John fit un pas vers lui.

– Qu'est-ce que tu croyais, au juste ? murmura-t-il en continuant d'avancer.

– Que j'avais tout imaginé. Ce lien entre nous. Tes sentiments.

John sourit et à nouveau, sa main vint trouver la joue du détective.

– Pour un génie, tu es franchement stupide, tu le sais ?

Et doucement, il se pressa contre Sherlock et l'embrassa du bout des lèvres. C'était une question. Sherlock n'hésita pas une seule seconde et il l'enlaça aussitôt pour approfondir l'étreinte, caresser de sa langue la bouche de John qui l'ouvrit aussitôt. Leurs langues se rencontrèrent d'un même mouvement et entamèrent un ballet langoureux qui les laissa tremblants, haletants, quelques instants plus tard. Sherlock appuya son front contre celui de John.

– Tu accepterais d'avoir un stupide détective pour compagnon dans ce cas ?

– Il n'y a rien au monde que je désire plus que ça.»

Et, enlacés au milieu du salon, ils scellèrent leur promesse d'un doux baiser.


[2] Amanda Abbington qui interprète Mary dans la série est née le 28 février 1974. J'ai gardé sa date de naissance et adapté l'année à l'histoire.


On approche doucement de la fin de ce recueil. Je vous retrouve la semaine prochaine avec un court Johnlock qui prend place au début de la saison 4.