Salut à tous, j'espère que vous allez bien ! Aujourd'hui un court Johnlock qui reprend la scène où John et Sherlock s'étreignent, une scène que je trouve poignante par le discours de John, une scène très chargée en émotion que j'aime beaucoup. J'espère que ce OS vous plaira et vous souhaite une bonne lecture.


TITRE: It is what it is

SITUATION: The Lying Detective (SE4EP2)

PAIRING: Johnlock

RESUME: John ne comprenait pas. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi Sherlock ne répondait pas à Irène Adler. Il ne comprenait pas pourquoi il laissait passer sa chance, sa chance d'avoir le bonheur qui lui avait été si sauvagement retiré et ça le rendait dingue.


« Elle t'attend, elle t'aime et elle est en vie ! Est-ce que tu as la moindre idée de la chance que tu as ? Oui elle est folle, c'est une criminelle et elle est malsaine, une sociopathe dans ton genre. Mais elle est… tu sais…

John ne comprenait pas. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi Sherlock ne répondait pas à Irène Adler. Il ne l'avait jamais aimée et il devait même avouer qu'il l'avait jalousée, longtemps. Parce qu'en une seule rencontre, elle était parvenue à fasciner son imbécile de colocataire alors que lui n'y était jamais arrivé. Et puis le médecin avait décidé de se rendre à l'évidence et il l'avait accepté. Mais il ne comprenait pas pourquoi Sherlock laissait passer sa chance, sa chance d'avoir le bonheur qui lui avait été si sauvagement retiré et ça le rendait dingue.

– Quoi ?

Ça le mettait hors de lui. Et il avait le culot de lui demander d'expliciter ses propos.

– Réponds-lui.

– Pourquoi ?

Le faisait-il exprès ? Ne voyait-il pas qu'il mettait John dans tous ses états ? Qu'est-ce qu'il cherchait ? Le médecin était persuadé en se rendant à Baker Street que c'était une mauvaise idée. Qu'il ne pourrait pas avoir une discussion normale avec son meilleur ami sans lui crier dessus. Parce que même s'il savait qu'il n'était pas coupable de la mort de Mary, il lui en voulait encore. Il lui en voulait encore de lui avoir survécu. Il s'en voulait à lui pour ne pas être certain de savoir qui il aurait préféré voir s'effondrer dans l'aquarium.

– Parce que High Wycombe n'est pas si mal, même si ça t'échappe !

– J'y ai confondu un empoisonneur.

– C'est un bon début.

Sherlock secoua la tête.

–Comme je te l'ai déjà expliqué maintes fois, les relations amoureuses comblent d'autres pers…

– Et t'apporteraient la plénitude, le coupa John, n'y tenant plus.

– Ça ne veut rien dire.

Un moment, ils s'observèrent en chiens de faïence. John n'arrivait réellement pas à comprendre. En quoi admettre qu'il en pinçait pour elle était-il si compliqué ? Peu importe ce que cela représentait moralement, éthiquement ou quelque ce soit la raison qui bloquait son ami. Il n'avait pas le droit de laisser passer sa chance, pas quand John souffrait d'avoir perdu la sienne. Il ne se rendait même pas compte d'à quel point ses pensées étaient égoïstes.

– Réponds-lui. Appelle-la, fais quelque chose tant que c'est possible, tant que tu en as la chance parce que cette chance ne dure pas, Sherlock. Ça disparaît avant même que tu ne t'en rendes compte, avant que tu ne t'en rendes compte.

Il y'eut un moment de silence. Comment la conversation légère, que John avait voulu lancer sur un terrain neutre, avait-elle pu tant dégénérer ? Comment avait-elle pu prendre une note aussi grave ? Pourquoi le cœur du médecin était-il soudainement au bord de la rupture ?

– Elle se trompait à mon propos.

– Mary ? Comment ?

Il ne savait même pas pourquoi il lui parlait de ça. Pourquoi soudainement, il ressentait le besoin de se confier sur ces textos, ces stupides textos, cette fille dans le bus qui n'avait fait que lui sourire et à qui il pensait souvent, cette fille qu'il avait souvent accusée d'être la source de toutes les tragédies qui avaient rythmé sa vie ces derniers temps, alors que le seul responsable, c'était lui. Il s'effondra au milieu de son discours, ne se rendant même plus compte qu'il ne parlait pas à Sherlock mais à Mary, Mary qui hantait ses pensées.

– Mais c'est là où je voulais en venir. L'homme que tu voyais en moi… je veux le devenir.

Il contemplait l'espace vide où se trouvait le fantôme de sa femme, les larmes aux yeux.

Alors, John Watson… qu'est-ce que tu attends ?

Ce fut comme si d'un coup, toutes les larmes qu'il avait retenues se déversaient telles un torrent, un flot incessant de douleur et d'eau salée qui creusaient des sillons sur ses joues. Il sentit à peine que Sherlock venait doucement l'enlacer, peu sûr de lui, mais dès qu'il fut entre les bras de son ex-colocataire, il se laissa aller contre son torse, pleurant à chaudes larmes toute sa culpabilité, sa douleur, son deuil. Il se détestait.

– Tout va bien, murmura Sherlock en posant sa main sur la nuque de John.

– Non, tout ne va pas bien.

– Non. Mais c'est comme ça.

Le menton du détective reposait sur son crâne. Et John ne voulait plus s'échapper de cette étreinte. Il ne voulait plus la quitter. Il avait l'impression qu'il n'y survivrait pas. Comment avait-il fait pour ne pas se rendre compte à quel point il lui avait manqué ? A quel point il avait été injuste avec Sherlock, avec lui-même, avec eux ? A quel point il avait besoin du détective dans sa vie, de celle qu'ils menaient quelques années plus tôt quand tout n'avait pas volé en éclats aux portes de St Barts ? A quel point, malgré toutes les années malgré Mary, malgré leurs disputes, malgré les trahisons, il l'aimait ? Sherlock avait toujours eu une place privilégiée dans son cœur et Mary l'avait assurément su et accepté. John ne l'avait jamais fait. Il avait préféré rechercher ailleurs, là où il se sentait à l'aise, ce qu'il ne voulait pas s'accorder avec Sherlock. L'adrénaline, avec Mary. Le sourire avec cette fille, parce qu'à présent, il se rendait compte de pourquoi ce sourire l'avait touché. C'était lui l'idiot d'eux deux. C'était lui qui n'avait rien vu. Lui qui encourageait son ami à partir pour ne pas avoir à affronter la réalité.

Alors, John Watson… qu'est-ce que tu attends ?

Qu'attendait-il ?

Ses sanglots s'étaient taris. Son cœur avait accéléré ses battements. Même comme ça, il s'en voulait encore. Pardon Mary… Pardon…

La main qui retenait son visage tomba tandis qu'il se pressait contre son ex-colocataire. Il en avait besoin, viscéralement besoin et tant pis si tout ça n'était qu'une illusion.

– John ?

Il inspira à pleins poumons, hésitant, vint saisir la taille du détective, effleurer doucement ses reins. Il releva la tête. Sherlock le contemplait. Il avait l'air surpris. Perdu. Ses yeux encore parcourus de vaisseaux sanguins éclatés, se posaient sur John, comme un mélange d'incompréhension et d'affection, son visage mangé par une barbe mal rasée et même ainsi, négligé, à peine remis de sa quasi-overdose volontaire, de sa presque-mort, il était désirable. Il l'avait toujours été et John le savait. Il avait juste choisi de l'ignorer. Parfois, il se demandait s'il possédait vraiment le courage d'un soldat. Ou s'il n'était pas simplement un lâche. Et puis c'était plus facile d'être lâche.

D'inhiber ses sentiments pour ne pas avoir à affronter les souvenirs de son adolescence qui volait en éclats quand Harry avait décidé de faire son coming-out. De se complaire dans son deuil pour éviter d'avoir à affronter sa fille et ses grands yeux un peu perdus qui cherchaient encore sa mère. D'accuser son meilleur ami d'être le fautif sous prétexte qu'il avait fait un serment, un serment que même John savait impossible à tenir, parce qu'il ne voulait pas reconnaître que c'était à lui de la protéger. D'être en colère pour éviter de montrer qu'il se noyait au milieu de ce trop-plein de sentiments et d'émotions contradictoires.

– John, dis quelque chose.

Et John ne dit rien, se contenta de sourire tristement, d'apprécier la chaleur de la main contre sa nuque, de plonger dans le regard indescriptible de son ex-colocataire, d'effleurer doucement le dos du détective, certain d'être repoussé. Il se montrait parfaitement illogique, il le savait tout comme il savait que Sherlock ne voulait pas de ça, et sans doute pas avec lui.

Mais il ne le repoussa pas. Lui rendit son sourire et quelque part dans le cœur glacé de John, une flamme s'alluma, comme pour faire fondre le glacier de colère qui l'entourait depuis des semaines. S'ils avaient été dans un stupide film romantique, John se serait contenté de cueillir le sourire de Sherlock sur ses lèvres, le plus naturellement du monde, comme s'il ne lui proposait pas de répondre à sa plus grande admiratrice quelques instants plus tôt. S'ils avaient été dans un film, Sherlock lui aurait rendu ses sentiments et l'aurait embrassé à son tour.

Mais ça n'était pas le cas. Alors John ne fit que se reculer un peu, se détachant du corps de son ami – dont il savait avoir largement abusé des capacités sociales et tactiles – dénouant ses doigts du dos, échappant à la main sur sa nuque, répandant une sensation glacée sur sa peau. Sherlock laissa retomber son bras le long de son corps, l'air encore plus perplexe qu'avant. John n'était pas certain de vouloir lui donner d'explications. Il détestait sa lâcheté mais c'était difficile de se séparer d'une alliée fidèle, c'était confortable et il n'avait pas envie de tout gâcher, cet instant étrange et hors du temps qu'ils avaient vécu.

– Merci, murmura-t-il.

Dis-lui, fit Mary, ayant soudainement réapparu derrière le détective.

Elle avait un large sourire aux lèvres et John ne comprenait pas. Il venait de se rendre compte que tout ce temps, il avait continué d'aimer Sherlock, qu'elle n'avait jamais eu entièrement la place qui lui revenait dans son cœur et Mary souriait ? Tout ça n'était que dans sa tête mais John se demanda fugacement si au fond, elle n'avait pas su depuis le début. Et brusquement, une bouffée d'affection le saisit et il n'en aima sa défunte femme que plus. Parce que qu'il ne l'avait jamais méritée et pourtant elle l'avait accepté avec tous ses défauts, ses déboires. Le fantôme s'effaça doucement, lentement, le sourire aux lèvres.

Sherlock, debout devant lui, le contemplait toujours. Et il était bien vivant. John s'apprêtait à ouvrir la bouche, décidé à laisser enfin tomber sa lâcheté mais le détective le coupa avant qu'il n'ait pu prononcer un mot :

– Tu sais pourquoi je ne lui réponds jamais ?

Une lueur de détermination s'était allumée dans les yeux de son ami, similaire à celle qui hantait le regard de John. Sherlock fit un pas en avant tandis que le médecin hochait la tête en signe de dénégation.

– Parce que je ne suis pas intéressé.

John fit un pas à son tour, sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être parce qu'il le ressentait comme la chose à faire. Son regard se vrilla dans celui du détective. Il y'eut un instant de silence. Sherlock se mordit la lèvre, l'air incertain et le cœur de John eut un raté.

– Pas par elle, continua Sherlock.

– Qu'est-ce que je suis censé comprendre ? demanda John à voix basse.

– Applique ce que je t'ai appris. Déduis-moi.

Il y'avait comme une lueur de défi dans le regard du détective et John décida de se laisser prendre au jeu. Il s'approcha encore pour analyser sous toutes les coutures son ex-colocataire qui se laissa dévisager en silence. Le regard de John erra sur le corps longiligne et amaigri de Sherlock, s'attarda sur le torse noueux, remonta vers la gorge, effleura le menton, les joues, les pommettes saillantes et puis croisa le regard.

Il n'en fallut pas beaucoup plus à John pour réaliser. La chute pour le protéger. Le mariage et son implication dans les préparatifs pour assurer son bonheur. Magnussen pour protéger Mary et ses secrets. Et plus récemment la presque-mort pour le sauver à lui. Sherlock s'était mis tant de fois en danger pour lui. Et il n'avait rien vu. Jamais compris, persuadé qu'il n'existerait jamais rien entre eux. Se persuadant qu'il n'y avait rien entre eux.

Il fit un nouveau pas. Sherlock tenta un léger sourire. Puis s'assombrit.

– Je n'ai jamais voulu et ne veux pas prendre la place de Mary, John. Je n'attends rien de ta part. Mais je trouvais juste que tu le saches. Je te le dois. Tu peux en faire ce que tu veux. L'ignorer, t'en aller, ne plus jamais m'adresser la parole, vivre avec. Je n'attends pas de toi que tu l'acceptes ou même que tu me le rendes… je n'attends rien de toi. Et je ne veux pas que ça change quoi que ce soit entre nous.

John était proche de lui à présent. Presque autant que lorsqu'il se serrait dans ses bras. Sherlock détourna le regard et le médecin savait pourquoi. Il savait ce qu'il craignait de voir dans ses yeux. La même chose que lui-même craignait. Un air désolé, parce que ce qu'il ressentait ne pouvait pas être réciproque.

John approcha une main timide, malhabile du visage de son meilleur ami. Les yeux gris croisèrent les siens et il trouva dans ce regard l'assurance de continuer son geste. Il fit glisser ses doigts le long de la joue et réduisit à néant la distance qui les séparait pour poser ses lèvres sur celles de son ex-colocataire. Si Sherlock fut surpris les premières secondes du baiser, il s'activa à l'approfondir et à y répondre les suivantes, s'accrochant à la bouche de John comme un noyé à sa planche de salut. Et John faisait de même. Il avait l'impression d'avoir besoin de ce baiser comme de l'oxygène pour respirer. Il savait que ça n'était ni normal, ni sain, d'être aussi dépendant de quelqu'un, il s'en fichait. Le baiser avec quelque chose d'urgent, mais il n'était pas précipité, passionné mais pas avide. Il avait la tendresse de ceux que l'on échangeait après un temps long de vie commune. Il avait l'affection de ceux qui s'aimaient depuis longtemps. Il avait un goût de chez-soi.

– John, qu'est-c… fit Sherlock quand leurs lèvres furent libres.

– On a assez attendu, tu ne crois pas ?

Il y'eut une lueur triste dans le regard du détective et doucement, John traça des cercles invisibles sur la peau de son ex-colocataire qui se couvrit presque aussitôt de chair de poule.

– J'en ai assez d'être lâche et tant pis si les autres jasent.

– C'est à peu près tout ce qu'ils savent faire, murmura Sherlock avec un sourire doux.

Pourtant, dans ce sourire, il y'avait comme une teinte d'amertume. Et John la ressentait aussi. Il leur faudrait du temps, ils le savaient. Du temps pour reconstruire leurs vies dissymétriques et chamboulées. Mais ils étaient deux, ils étaient eux et John avait l'intime conviction qu'ensemble, ils pourraient tout traverser.

Alors doucement, il embrassa à nouveau Sherlock, se laissant aller contre le détective. Et tant pis s'ils avaient l'air de stupides personnages d'une comédie romantique.


N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! La semaine prochaine, il s'agit du dernier OS du recueil, un Kidlock écrit comme un crossover du Hobbit. Les deux textes qui le suivront et concluront cette aventure aux côtés de nos détectives favoris sont en plusieurs parties et les plus longs de Nouvelles Holmésiennes.