Salut à tous ! Voici, comme promis, un texte crossover du Hobbit de JRR Tolkien qui est donc l'anté-pénultième de ce recueil. Il me reste cependant encore 7 semaines de publications, les 2 derniers textes étant respectivement en 3 et 4 parties.En attendant, bonne lecture à vous !


TITRE : L'enfant qui apprivoisa le dragon

SITUATION : Kidlock, crossover Le Hobbit

DISCLAIMER : Les personnages ainsi que l'univers de Sherlock et du Hobbit ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété respective de Sir Arthur Conan Doyle, Steven Moffat et Mark Gatiss et celle de JRR Tolkien.

RESUME : Il existait bon nombre d'amitiés. John voulait croire que celle qui le liait à Sherlock Holmes était écrite quelque part.


Aussi loin qu'il s'en souvenait, John avait toujours aimé les histoires. Toutes sortes d'histoires. Quand il était petit, c'était celles d'aventures et de magie, de sorcières, de fées, de dragons, de rois et de guerrières qui étaient ses favorites. En grandissant, il avait découvert les haletants récits policiers et les thrillers, les romans noirs, les polars et n'en avait pas démordu depuis. John aimait voyager et la lecture était son plus précieux ticket pour des mondes où la vie, sans être plus facile ou plus juste, était plus palpitante. John avait toujours eu un besoin grandissant d'adrénaline et si, adolescent, il ne s'était pas rendu compte que tout ça n'avait rien de sain, en devenant adulte, il avait compris que ça n'était pas tout à fait normal, même s'il n'avait jamais rien fait pour le combattre. Ou plutôt, il se contentait de se plonger dans les livres, dans les histoires fantastiques, loufoques et prenantes de ses romans, perdu parmi les pages et les lettres noires imprimées sur le papier à l'odeur si agréable.

Et John comptait bien transmettre cet amour des mots à sa fille, Rosamund, présentement cinq ans, allongée dans son lit aux draps violine, qui attendait avec impatience que débute le récit que son père allait lui conter.

John ouvrit le volume, tourna les pages en savourant la senteur entêtante, laissa glisser un index sur le papier dont il ressentait chaque grain et entama alors sa lecture :

« Au fond d'un trou vivait un hobbit. Non pas un trou immonde, sale et humide, rempli de bouts de vers et de moisissures, ni encore un trou sec, dénudé, sablonneux, sans rien pour s'asseoir ni pour se nourrir: c'était un trou de hobbit d'où un certain confort. [1]

Derrière eux, dans l'encadrement de la porte, Sherlock les observait, un sourire aux lèvres. Cette histoire, c'était la première chose qu'ils avaient partagée. C'était ce qui les avait rapprochés. C'était le début de la leur. John s'arrêta dans sa lecture, sentant le regard du détective dans son dos. Il se tourna légèrement et lui sourit, ce qui ne manqua pas à l'œil acéré de Rosie – il ne fallait pas demander qui était à blâmer à ce sujet – laquelle esquissa un sourire que John fut incapable d'interpréter. Parfois, il se demandait si sa fille n'avait pas plus pris de Sherlock, qui n'était que son parrain pourtant, que de lui et cela l'effrayait un peu.

Ce hobbit était un hobbit fort bien nanti, et il s'appelait Sacquet.


John ajusta son sac à dos sur ses épaules tout en contemplant d'un œil dubitatif le portail de l'école. Il n'avait pas vraiment envie de s'y rendre. A dire vrai, ces derniers temps, il n'avait envie de se rendre nulle part, pas même chez lui où l'ambiance générale était loin d'être au beau fixe. Et puis Harry n'était pas là et pour une fois, il aurait aimé que sa grande sœur soit près de lui. Pas qu'il soit quelqu'un de timide ou qu'il ait quelconque mal à se lier, il n'aimait juste pas arriver en plein milieu d'année scolaire dans une nouvelle école parmi des gens qu'il ne connaissait pas et qui risquaient de lui poser toutes sortes de questions. Des questions auxquelles le jeune garçon n'avait aucune envie d'apporter de réponses.

Avec un soupir, John passa tout de même le portail en se disant qu'il devait bien faire contre mauvaise fortune bon cœur et affronter cette foule d'enfants inconnus qui d'ailleurs, ne firent même pas attention à lui. Du moins, jusqu'à ce que leur institutrice ne lui demande de se présenter à toute la classe. D'ici là, il pourrait inventer un mensonge cohérent quant à sa présence ici au mois de février sans que personne ne se doute du contraire – exceptée la maîtresse mais John réussissait très bien le regard noir et cela devrait tout à fait la convaincre de ne pas relever l'incohérence de son discours.

Alors John décida de s'installer sur un banc – il était déjà venu avec sa mère, qui avait rempli tout un tas de papiers dont il ignorait tout bonnement l'utilité tandis qu'il répondait sans trop d'enthousiasme aux questions qu'on lui posait, et n'avait donc pas besoin de revoir son institutrice dans l'immédiat – et de sortir un livre de son sac. Mais il n'avait pas vraiment le cœur à lire aujourd'hui. Ni les jours d'avant. Et sans doute pas les jours d'après. Alors il se contenta de faire semblant et de réfléchir à son mensonge bien ficelé pour éviter les questions indésirables.

Au bout d'un moment, son regard dériva et il se mit sans vraiment s'en rendre compte à observer ses nouveaux camarades. Certains jouaient au foot par ici, d'autres à la marelle par-là, quelques-uns discutaient tandis que les derniers élèves arrivaient par vagues de dix.

Et puis il le vit. Assis dans un coin, presque invisible malgré la couleur de l'uniforme qui se détachait du mur blanc contre lequel il était adossé, les genoux repliés contre sa poitrine, ses cheveux noirs désordonnés cachant son visage penché sur un livre. John ne sut jamais pourquoi son regard fut immédiatement attiré par cette silhouette dégingandée et encore aujourd'hui, il ne comprenait pas pourquoi ce garçon à la peau pâle l'avait tant intrigué dès l'instant où il l'avait effleuré des yeux.

Pas plus qu'il ne comprit comment il avait pu sentir son regard sur lui à tant de mètres de là, ni même comment il avait si bien pu discerner la couleur changeante de ses iris d'aussi loin alors que leurs regards se croisaient.

Et puis la sonnerie retentit, rompant l'instant de magie. Quand John émergea de ses pensées, comme un mirage, le garçon inconnu avait disparu.


Le premier jour d'école de John ne se passa pas aussi mal qu'il le crût. Personne ne lui posa de questions même s'il remarqua quelques regards intrigués et il sympathisa rapidement avec un dénommé Tom qui l'intégra presque aussitôt dans sa bande. Mais malgré lui, son esprit revenait toujours au mystérieux garçon avec son livre qui se trouvait d'ailleurs dans sa classe. Du moins physiquement. Il semblait perdu dans ses pensées à peu près tout le temps si bien que même la maîtresse ne faisait pas attention à lui. Les autres élèves lui lançaient des regards mauvais de temps à autres mais cela semblait glisser sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard. Tous se tenaient à l'écart, sans doute déstabilisés par l'intelligence perçante, par la froideur déconcertante de ses yeux d'un bleu étrange. John lui-même, qui pourtant n'était pas facilement impressionnable, dut lutter contre sa curiosité à cause d'un drôle de pressentiment qu'il ne s'expliquait pas.

«C'est qui, lui ? avait finalement osé demander John en déballant son déjeuner à la table de Tom tandis que l'étrange garçon s'installait, seul, dans le fond de la pièce.

Tom avait suivi son regard et, tout en avalant un morceau de son sandwich, haussa les épaules.

– C'est le Taré. Mais si tu veux mon avis, tu devrais te tenir loin de lui.

– Il doit bien avoir un nom ?

– Ouais. Mais je sais pas ce que c'est. Enfin, j'ai dû savoir mais j'ai oublié. Pour nous c'est le Taré.

– Pourquoi ?

Le regard de Tom se fit soudainement grave. Il se pencha vers John avant de reprendre :

– Il… il est vraiment bizarre. Il sait des trucs que personne sait. Il a même fait pleurer la maîtresse une fois. Il lui a dit… je sais pas trop ce que ça voulait dire mais ça avait pas l'air gentil. Tu devrais pas t'intéresser à lui, conclut Tom en mordant de nouveau dans son sandwich.

John reporta son regard sur le mystérieux garçon. Bizarrement, ça n'était pas l'effet qu'il lui faisait. Et puis s'il se faisait surnommer le Taré par toute l'école à tel point que tous oubliaient son véritable nom, il n'était pas vraiment étonnant qu'il se comporte de la sorte.


John ne se décida à aller à sa rencontre que trois jours plus tard. Il ne savait pas vraiment ce qui l'avait retenu jusqu'alors, d'autant plus qu'il n'avait pas l'habitude de juger les gens sans les connaître à partir de on-dit, ni même ce qui le poussa à le faire ce jour-là particulièrement. Dans ses livres favoris, il aurait sans doute été question de destin et si la vie n'avait pas poussé John au rationalisme des années plus tard, il y aurait volontiers cru.

Il se dirigea d'un pas qui voulait décidé vers son mystérieux camarade qui était profondément plongé dans sa lecture et, soudainement gêné, s'éclaircit la gorge tout en contemplant son pied qui grattait nerveusement le bitume.

L'autre sursauta et eut un mouvement de recul.

– Désolé, je voulais pas te faire peur! J'aurais dû faire plus de bruit en arrivant ou… enfin quelque chose comme ça.

Le regard qui s'était fixé sur lui et le détaillait sans filtre mettait John incroyablement mal à l'aise. Il avait la sensation d'avoir fait une bêtise et de passer sous le regard sévère de sa mère en espérant – en vain – qu'elle ne le juge pas coupable.

Faisant appel à tout son courage, John releva les yeux et affronta le regard magnétique en essayant d'avoir l'air le plus digne possible. Le garçon sembla surpris et haussa un sourcil avant de baisser les yeux, faisant mine de se replonger dans sa lecture.

– Tu es là pour prouver à tes petits copains que tu fais partie de la bande ? murmura-t-il au bout d'un moment. Laisse-moi deviner, ils sont cachés quelque part derrière le mur et s'esclaffent à l'idée de me voir ridiculisé ?

John resta interdit un instant. Non pas qu'il ait été surpris par le langage ultra-soutenu de son interlocuteur mais plutôt par le contenu de sa phrase.

– Non, pas du tout… mais qu'est-ce que tu veux dire ?

A nouveau, la tête brune se redressa, soulevant les boucles noires qui retombèrent devant les yeux impénétrables. Il secoua la tête pour les chasser.

– Tu n'es pas là pour m'humilier ?

– Bien sûr que non ! Pourquoi je ferai une chose pareille ?

L'autre parut sincèrement surpris que John ne veuille pas l'insulter bien que persista dans son regard une once de méfiance. Il haussa finalement les épaules.

– C'est ce qu'ils font tous.

– Eh bah, ils devraient pas.

A nouveau les yeux indescriptibles exprimèrent un profond étonnement. Leurs regards se croisèrent et le silence dura un long moment. John choisit finalement de le rompre:

– Je m'appelle John.

Le garçon le contempla pendant quelques secondes avant de seulement hocher la tête sans se rendre compte que son interlocuteur attendait une réponse.

– Et toi ? ajouta finalement John.

Il le jaugea une demi-seconde. Puis esquissa un léger sourire, presque imperceptible et murmura:

– Sherlock.

Aujourd'hui encore, John considérait cet instant comme sa plus belle victoire.

– Qu'est-ce que tu lis ? continua John en s'asseyant à côté de son camarade.

Sherlock souleva l'ouvrage pour lui montrer la couverture. Le cœur de John rata un battement.

Ce livre, c'était les souvenirs de dizaines et de dizaines de soirs sous ses draps, son père lui lisant les aventures de Bilbo, Thorin et des douze autres nains, de Smaug, de Bard et de l'Anneau Unique. C'était des souvenirs de batailles épiques, de rires et de complicité, de loyauté et d'amitié mais c'était aussi douloureux. Extrêmement douloureux et John savait que son visage était on ne peut plus expressif en cet instant.

Il vit du coin de l'œil que Sherlock s'était mordu la lèvre avant de poser une main hésitante sur son épaule.

– Je suis désolé pour ton père.

John tourna un regard hagard vers Sherlock, abasourdi.

– Com… comment tu sais ça ?

– Tu peux dire que je suis taré, tu sais. Ils le disent tous.

Il retira sa main de l'épaule de John, l'étrange lassitude de ceux qui acceptaient de n'être pas compris dans la voix. Mais John était à des milles de penser comme les autres.

– Non, je… comment est-ce que…

– Tu veux vraiment savoir ?

Cette fois, c'était l'espoir qui perçait. John acquiesça, sincère.

– Ça s'appelle la Science de la Déduction. Avec mon frère, on essaye de la perfectionner mais là c'était facile. Tu t'es raidi en voyant le titre du livre et puis ton regard s'est fait plus sombre et tu avais l'air perdu dans tes souvenirs. Mais comme tu étais raide, j'en ai déduit que ça n'était pas un bon souvenir. Et tu as touché ta médaille autour de ton cou et les initiales sont T.H.W. probablement ton père. La suite était simple à comprendre.

– C'est… c'est génial !

– Tu trouves ?

Au fond des yeux changeants, une véritable lueur, comme départ d'un brasier, s'était allumée. John acquiesça avec enthousiasme. Avant de s'assombrir de nouveau. Il déglutit, commanda, avec toute la force de caractère qu'il possédait, à ses yeux de rester hermétiques aux larmes, à sa voix de ne pas trembler.

– Mon père me lisait Le Hobbit quand j'étais petit. C'était mon histoire préférée. Il a eu un accident de voiture. Je l'ai dit à personne. J'ai pas envie qu'on me pose de questions.

– Je ne t'en parlerai pas alors.

John lui adressa un sourire reconnaissant. Il ne le savait pas encore, mais ce qui venait de se produire représentait un petit miracle à l'échelle de la famille Holmes.


–Je te dis que Smaug n'est pas plus moral que Thorin ou moins de parole que lui. Il veut juste subsister comme les autres.

– Il a quand même brûlé tout un village.

– On l'avait mis en colère.

John roula des yeux, un sourire aux lèvres. Si Sherlock faisait montre d'une grande habileté intellectuelle, il était aussi très doué dans le domaine de l'obstination, bien plus que lui.


Depuis le jour où John avait décidé de venir lui parler, les deux garçons ne s'étaient plus quittés. Ils s'étaient trouvé de nombreux points communs, comme une passion dévorante pour les sciences – bien que Sherlock ait un niveau hallucinant en la matière et particulièrement en chimie, contrairement à John qui essayait de le rattraper sans pour autant avoir le même succès, après tout, on ne pouvait pas tous être aussi doués – ou pour le récit de JRR Tolkien.

– Pourquoi tu souris ? John !

Sherlock lui secoua l'épaule. C'était rare lorsqu'il s'autorisait à toucher quelqu'un d'autre. Mais il semblait que John était l'exception à la règle.

– T'es drôle.

Tom et les autres n'avaient pas beaucoup aimé que John traîne avec Sherlock et ils avaient fini par abandonner l'idée de ramener leur camarade à la raison. Ils se contentaient de le saluer de loin et bizarrement, John ne leur en tint pas rigueur. L'amitié de Sherlock lui suffisait.

Sherlock qui s'enferma dans un silence faussement boudeur qui ne fit que redoubler l'hilarité de John. Il ne comprenait pas trop pourquoi Sherlock détestait tant qu'on le trouve drôle ou gentil. Et ne manquait pas de le lui dire, dans le seul but de l'embêter un peu.

– Allez viens. Faut qu'on essaye de piquer Le Seigneur des Anneaux à la bibliothécaire.

La perspective du larcin sembla ravir Sherlock qui se mit aussitôt sur ses deux pieds avant de s'élancer vers la bibliothèque.

– Dépêche-toi, John ! lança-t-il, récoltant un haussement de sourcils mi-amusé, mi-scandalisé du susnommé.


– Mon armure est comme dix boucliers, mes dents comme des épées, le choc de ma queue est comme un coup de tonnerre, mes griffes sont des lances, mes ailes un ouragan, et mon souffle, c'est la mort! s'écria Sherlock, prenant une grosse voix affreusement convaincante et se jetant sur John qui s'empressa de se dissimuler derrière un arbre.

Dans l'immense jardin de son ami, ils s'amusaient à reproduire l'une de leurs scènes favorites du Hobbit. Alors que Sherlock parvenait finalement à atteindre John et qu'ils roulaient dans l'herbe, ce dernier lança :

– Hé, c'était pas dans le livre, ça !

– Et alors ? répliqua Sherlock en se redressant, de ce ton impérieux dont il avait le secret.

John ne répondit pas et se contenta de repartir à l'assaut de son camarade et de réenclencher les roulades dans l'herbe. Ils finirent quelques mètres plus loin, hilares, les cheveux en bataille et les vêtements froissés mais un grand sourire aux lèvres.

– Sherlock ?

– Oui ?

– On restera amis pour la vie, pas vrai ?

– Je te laisserai pas t'échapper si facilement, tu sais.

John tourna la tête pour regarder son ami. Ce dernier observait le ciel.

– Tu veux bien me jouer du violon ? »

Il existait bon nombre d'amitiés. Certaines se créaient avec le temps, d'autres étaient évidentes, certaines provenaient d'autres relations et il en était qui naissaient par hasard, au détour d'une ruelle. John voulait croire que celle qui le liait à Sherlock Holmes était écrite quelque part.

Et si ça n'était pas le cas, il pourrait toujours le faire lui-même.


[1] Vous aurez évidemment reconnu un extrait du premier chapitre du Hobbit, par JRR Tolkien (Traduction 2012 par Daniel Lauzon). Etant donné que Martin Freeman et Benedict Cumberbatch ont tous deux joué dans l'adaptation de Peter Jackson, j'ai toujours pensé qu'une sorte de crossover serait plutôt drôle à écrire, même si je n'imaginais pas du tout qu'il prendrait cette forme.


A la semaine prochaine où je vous proposerai la première partie du College AU !