Ce texte a été écrit dans le cadre du défi "La Pièce de huit" sur le forum de tous les périls. Le thème était La fuite du temps
Bonne lecture.
Parce que chaque seconde passée en ta compagnie m'est précieuse.
Quand Baggy tourne la tête, il sait déjà qu'il est trop tard. Le coup que Barbe Noire va lui infliger est le dernier qu'il recevra de sa vie. Mais il n'est pas prêt à partir sans un dernier coup d'éclat, et avec une vitesse dont il ne s'était jamais cru capable, il sort de sa poche sa dernière invention : une super puissante baggy bombe. Cela ne tuera pas son ennemi il le sait mais s'il est assez près lors de l'explosion, il sera suffisamment blessé pour que Shanks et Luffy puissent s'en occuper.
Mais alors qu'il est complètement prêt à recevoir le coup, celui-ci s'arrête avant de l'atteindre. Sous ses yeux éberlués, Shanks vient de s'interposer entre lui et leur ennemi.
Il cligne des yeux, se demandant s'il vient d'halluciner. Il a déjà vu cette scène à Marineford, il n'a pas envie de la revoir encore. Voir mourir le fils du capitaine était déjà bien assez traumatisant. Mais tous les mouvements de paupières du monde ne parviennent pas à changer la vérité des choses. Sous ses yeux Shanks est tombé à terre et du sang, beaucoup trop de sang, s'échappe de son corps.
Un sentiment de rage immense le prend et sans réfléchir une minute de plus il s'élance vers Barbe noire, sa bombe toujours fermement tenue dans la main. Cependant quelqu'un s'interpose entre lui et son ennemi. D'un commun accord, Mr 3, Alvida et le second du chapeau de paille l'empêche de rejoindre le combat entre ce dernier et Teach.
Il commence par se débattre, décrétant qu'il se moque bien des dégâts que sa bombe peut avoir sur le gamin également, que s'il n'existait pas, Shanks aurait encore ses deux bras et alors la situation aurait été bien différente. Mais ses alliés le ramènent à la réalité. Sa bombe ne sera pas suffisante et s'il veut vraiment se venger et se débarrasser de Teach, il a besoin de Luffy, besoin d'un Luffy en pleine santé. Malgré le trou béant qu'il sent grandir en lui, le pirate se calme doucement.
Finalement il y a ce cri, ce cri de délivrance :
« Il respire encore ! Il y a peut-être moyen de le sauver mais il va falloir le déplacer le plus rapidement possible dans la salle d'opération. »
À ces mots, toute la colère de Baggy s'évanouit remplacé par un espoir immense qu'il ne peut contrôler. En un instant, il est de nouveau au côté de son ami puis utilisant ses pouvoirs il s'empresse de l'emporter avec lui là où Chopper lui dit d'aller.
Celui-ci veille au bon transport du patient avant de le jeter en dehors de la salle d'opération. Baggy s'asseoit et attend sans bouger, sans rien dire. Parce que pour la première fois de sa vie, il n'a rien à raconter. Il compte seulement les secondes qui s'écoulent, les secondes qui le sépare de revoir Shanks.
Il ne peut penser qu'à une chose, la vie de celui qu'il a un jour considéré comme son meilleur ami.
De temps à temps il sent la colère remonter en lui. Foutu Shanks personne ne lui avait demandé de se sacrifier pour lui. Ce n'est pas juste, il n'avait pas le droit de faire ça. Franchement on aurait pu croire qu'à quarante ans, il aurait perdu cette foutu manie de se mêler de la vie des autres.
À d'autre moment c'est la culpabilité qui prend toute la place. Si seulement il avait su se battre, il n'aurait pas eu besoin d'être sauvé. S'il avait maîtrisé correctement le haki, jamais son ancien camarade n'aurait eu à s'interposer. S'il ne s'était pas fait enlevé de la plus stupide des manières, jamais Shanks ne serait venu défier Barbe noire sur son territoire. Il n'aurait jamais été si imprudent, n'aurait pas commis autant de bêtise. Comment pouvait-il faire face à Rayleigh maintenant ? Comment lui dire : « il était le meilleur de nous deux et c'est lui qui est parti en premier ». Et le capitaine ? Qu'aurait-il dit ? Pourquoi était-il parti si tôt ? Baggy a encore besoin de lui. Et Shanks aussi. Si le capitaine était encore là, jamais Shanks n'aurait été mis en danger.
Finalement la nostalgie prend le dessus. Baggy se rappelle comme si c'était hier leur vie sur l'Oro Jackson. Il se rappelle lorsqu'ils avaient six ans et qu'ils jouaient à cache-cache. Les parties ne duraient jamais bien longtemps car il y avait toujours le vice-capitaine pour les trouver et les forcer à apprendre à lire. D'après lui, ce n'était pas parce qu'ils grandissaient dans un équipage d'inculte, qu'ils devaient en devenir eux-aussi. D'autres fois, ils jouaient à loup avant d'être interrompu par Gabban qui considérait que ce n'était pas la meilleure des idées en pleine bataille et que s'ils voulaient être utile, il valait mieux qu'ils aillent vaillamment garder la cuisine. Les deux garçons protestaient toujours, parce que vraiment jamais personne n'allait à la cuisine, il n'y avait pas vraiment besoin de la garder mais leur supérieur leur faisait un regard tellement noir qu'ils finissaient toujours par accepter.
Puis il y avait eu la première fois où Shanks avait volé une bouteille de rhum et qu'ils l'avaient partagé dans le secret de leur couchette. Très vite leur tête avait commencé à tourner. Baggy avait protesté en disant que ce n'était pas très drôle et qu'il ne comprenait pas pourquoi les adultes en prenait autant. Shanks avait alors répondu que c'était parce qu'il encore un gamin parce que lui il aimait bien. Le plus jeune l'avait regardé d'un air dubitatif. Son camarade était clairement dans le même état que li voir même pire. Mais il n'était pas du genre à refuser un défi et il reprit une gorgée.
Quand Roger les avait trouvés, la bouteille était au trois quart vide et les deux garçons avait arrêté de se provoquer. Bien au contraire même ils étaient désormais dans un concours de compliments. Concours qui s'arrêta toutefois bien vite lorsqu'ils s'aperçurent de sa présence et s'empressèrent de lui faire des câlins tout en lui disant qu'il était le meilleur capitaine du monde.
Et aux dire de certains matelots, cette action avait eut un bien heureux impact sur les deux moussaillons. Le capitaine bien trop heureux d'avoir eu de câlins, surtout qu'il n'en avait pas eu le droit les dernières années. Les deux gamins avaient décrété qu'à sept ans on était un homme et un homme cela ne faisait pas de câlin. Alors il était bien trop attendri pour leur en vouloir vraiment de leur bêtise. Ils n'eurent donc aucune punition si ce n'est de subir leur première gueule de bois et un sermon de Roger.
Ce dernier souvenir entraîne un léger sourire de Baggy, qu'ils étaient naïfs à l'époque. Depuis, il a appris à aimer le rhum. Aussi Shanks et lui ne font plus vraiment le même genre de bêtise.
Et peut-être que Shanks ne fera plus rien tout court.
Baggy recommence à compter les secondes et cette fois rien, pas même les larmes coulent le long de ses joues, ne lui font perdre son compte.
Il en est à 7247 lorsque Chopper vient le voir.
Il en est à 7247 lorsqu'il apprend l'état de santé de Shanks.
Il en est à 7247 lorsqu'il prend la plus grande décision de sa vie.
