26 ~ … Mènent à Rome.
Tirant brusquement son frein à main, Regina inspira grandement. Elle devait se calmer. Mary-Margaret avait parfaitement raison. Il ne servait à rien de déverser sa colère sur cette insupportable Bostonienne. D'autant qu'à bien y réfléchir, ses questions étaient légitimes. Il lui fallait choisir ses guerres face à Emma Swan.
Calme et compréhension.
C'étaient des mots bien simples. Se dit Regina. Plus encore lorsque ces mots venaient d'une personne particulièrement calme et qui n'avait assurément pas les mêmes combats. D'un caractère autrefois très conciliant, Regina était consciente d'être désormais caractérielle et qu'elle ne laissait que très peu de place aux imprévus. Et si David avait toujours opiné dans son chef, il était évident qu'Emma Swan n'en ferait pas de même. Elle devait absolument s'y résoudre. Le temps d'un instant. Après tout, elle avait toujours parfaitement su manipuler quiconque afin de tourner les choses à son avantage... Enfin presque... Il lui suffisait juste de se contenir encore un peu. Bientôt, les choses seront terminées. Elle en était persuadée. Et là, seulement, là, elle pourra enfin abandonner toute sa peine, toute sa colère, toute sa souffrance...
Convaincu des efforts qu'elle avait encore à faire, Regina attrapa son sac et sortit de sa voiture. Le silence régnait dans le Manoir et pourtant, elle savait qu'il n'était pas vide. Inconsciemment, ou sciemment peut-être, elle se dirigea vers son bureau. Toutefois, ses résolutions manquèrent d'être balayées d'un simple souffle lorsqu'elle vit Emma et les enfants dans son bureau, devant un tableau qu'elle ne connaissait pas. Ou plus.
Une bouffée de chaleur s'empara subitement de son corps, mais ce brasier fut immédiatement éteint par Emma qui anticipa les réactions de la mairesse.
-Je n'ai pas touché à votre tableau. C'est un nouveau. Mais j'avais besoin d'organiser les choses à ma manière avec ce que j'ai découvert. Enfin, plutôt compris. Expliqua immédiatement la Bostonienne sans laisser le temps à la brune de souffler un seul mot.
Comme de fait, la Portoricaine se canalisa et ravala toute la médisance dont elle allait faire preuve. Toutefois, elle ne put tout de même empêcher les prochains mots de sortir.
-Dehors. Tous les deux. Ordonna-t-elle d'un ton sans appel.
Sans se faire prier, les deux enfants prirent la poudre d'escampette, peu enclins à se faire disputer. Toutefois, au lieu de grimper à l'étage, Henry attrapa la main d'Héloïse et la tira vers le salon. Il ouvrit une imposante armoire et s'accroupit. Il retira alors les nappes qui reposaient sur le bas de l'armoire et entra dedans.
-Viens. Dit-il.
Sceptique, Héloïse le suivit et s'installa face à lui, recroquevillée. Dans un immense sourire - et une excitation qu'il ne parvenait pas réellement à rabrouer, Henry tira une planche. En réalité, le fond de l'armoire avait été coupé en deux, permettant à cette partie de se retirer. Aussitôt, une petite grille ornée de fleurs de lys noires se révéla à eux. Mais le plus important n'était pas tant cette grille que ce qui s'y trouvait derrière. Ils avaient là, un parfait visuel sur tout le bureau de la mairesse, et donc, sur les deux femmes.
-C'est Mary-Margaret qui m'a montré ça. Elle venait ici pour espionner son père lors de ses réunions. Chuchota-t-il très bas.
La bouche sèche, Héloïse se contenta de hocher la tête et de se rapprocher un peu plus de la grille afin de ne rien louper. Les deux enfants n'étaient pas dupes. S'il était possible que les deux femmes se disputent sans s'écouter, il était tout aussi possible qu'elles lâchent des informations qu'ils ne voulaient louper pour rien au monde.
OoO
-Je pensais avoir été clair lorsque je vous ai dit que je ne voulais pas que vous approchiez Peter. Asséna la politicienne.
-Je n'ai pas pu l'approcher puisque selon les employés, il n'existe pas. Bravo, vous les avez visiblement bien tous soudoyés. Rabroua la détective.
-Je ne soudoie personne, Miss Swan.
-Va falloir m'expliquer ce que c'est, alors. Parce que ça y ressemble beaucoup.
-Soudoyer signifie acheter quelqu'un. Je n'ai acheté personne puisque je n'ai déboursé aucun centime. Ces employés ne vous ont tous simplement pas fait confiance. Nargua la brune.
-Quelle coïncidence !
-N'est-ce pas ?
-Bref. Trancha Emma dans une grande inspiration. Cette femme avait le don de l'horripiler à une vitesse affolante avec son sourire arrogant, sa voix posée et ce dédain... Bon sang, comme elle en devenait accro... Je ne pensais pas tomber sur Peter, en réalité.
-C'est pourtant lui que vous avez demandé.
-Non. J'ai demandé à rencontrer une personne qui a été retrouvée totalement désorientée dans la forêt. Il se trouve qu'ils n'ont trouvé qu'une certaine Wendy Darling, d'ailleurs.
-Dans ce cas, pourquoi avoir demandé à voir Peter. S'agaça Regina.
-Parce que j'écoute ce que vous dites et que j'ai appliqué vos conseils. S'amusa Emma alors qu'elle s'était à son tour assise en face de Regina, s'enfonçant dans le fauteuil avec outrecuidance.
-De quoi parlez-vous ? S'impatienta la Portoricaine dont les nerfs semblaient être mis à rude épreuve.
-Vous m'avez que cette ville n'était que faux-semblants et que les premières apparences sont bien souvent trompeuses. J'ai découvert récemment, avec l'aide implicite du Capitaine Jones, que celui-ci avait emprunté le prénom de son frère défunt et qu'il était en réalité, Liam Jones. J'ai donc supposé que l'homme que je recherche, puisqu'il semble n'être que Wendy Darling, ne peut-être qu'une personne qui vous est liée. Autrement dit, Wendy Darling est en réalité Peter. Il y a une chose qui persiste, Madame Mills. Toutes mes découvertes convergent sans cesse vers vous. On dit que tous les chemins mènent à Rome ? Ici, vous êtes Rome.
-Et en quoi cette histoire vous intéresse ? Éluda la politicienne, décontenancée par la vivacité d'esprit de la citadine.
-Parce que Peter était bien cette personne retrouvée dans la forêt et qu'il a vécu quelque chose de grave à cause de Gold. Affirma Emma en s'avançant.
-Pourquoi Monsieur Gold lui aurait-il fait quelque chose ? Demanda prudemment la jeune femme.
-Après avoir appris pour la mort de Killian Jones, j'ai décidé d'emmener Ruby avec moi, aux archives, afin de voir si l'on ne pouvait pas trouver quelque chose. Ce qui fut un échec. Mais en rangeant tout, j'ai trouvé ce journal. Expliqua Emma en attrapant ledit bulletin sur le bureau qu'elle tendit à Regina.
Attrapant doucement le journal, la jeune femme lut la une. Elle connaissait ce titre, évidemment. Personne n'avait pu louper cet événement dans cette ville où il ne se passait jamais rien.
-Oui et alors ?
-Et alors, ce qui est écrit là-dedans fait étrangement écho à cette énigme que nous a laissé Sydney Glass : "Médio... 36-2". Tenez, voilà ce qui est écrit : "Nu, blessé, personne n'a pu approcher ce jeune homme sans y déclencher des cris furieux. Ressemblant à un animal, retour à un état primitif sans aucun doute, ce garçon ne cessait toutefois de répéter les mots suivants : 11, 36, 73 plus 2. ". C'est peut-être ça qui a été effacé sur le message de Sydney Glass.
Soupirant, Regina tendit la main sans un mot. Comprenant, Emma lui rendit le journal que la brune s'empressa de lire. Même si elle se souvenait avoir lu des articles pendant des jours sur Peter, elle n'avait jamais lu celui-ci. Elle en était certaine puisqu'elle n'avait jamais entendu parler de ces chiffres.
-Je ne crois pas que ce journal ait été publié. Je n'en ai aucun souvenir. Remarqua tout haut Regina.
-Peter serait une cible de choix s'il avait des éléments compromettants contre Gold.
-Je sais. Souffla la mairesse en caressant de son index la photo d'un Peter emmitouflé, caché, dans une couverture, entouré de plusieurs hommes tandis qu'une ambulance figurait au premier plan.
-Donc...
-Je crois que je sais à quoi correspondent ces chiffres. Coupa Henry qui avait ouvert la porte sans s'annoncer, les bras chargés d'un couvre-lit.
-Henry va-t'en, nous sommes occupés. Ordonna d'un ton sec Regina.
-Mais je peux vous aider. Ces chiffres, ce sont les coordonnées de l'Hydre, une constellation. Désobéit-il en lâchant le couvre-lit sur le sol.
Intriguée, Emma s'approcha et observa Henry étendre le couvre-lit sur le dos. Telle mère, tel fils. Ne put-elle s'empêcher de se dire en observant la parfaite organisation qui résidait sur cette couverture. Une qualité qu'il ne tenait certainement pas d'elle. Analysant d'un peu plus près ce qu'il se trouvait sous ses yeux, Emma finit par comprendre que ce qui était représenté était en réalité une carte des constellations. Mais cette conclusion ne l'aida pas le moins du monde.
-En quoi, ça peut nous aider ton truc ? Et c'est quoi l'Hydre ? Demanda-t-elle, justement.
-J'ai compris, il y a quelques mois, que Monsieur Gold n'était pas clair et comme je pensais que tu étais une méchante, j'ai voulu mener mon enquête. Je me suis totalement trompé sur toi, je suis désolé. En profita-t-il à l'encontre de Regina, espérant une réaction qui ne se fit jamais percevoir. Et je suis tombé par hasard sur une de leurs livraisons. J'ai compris que ça arrivait toutes les deux semaines, mais à chaque fois, c'est toujours un endroit différent. Sauf que j'ai fini par comprendre que les lieux de rendez-vous n'étaient pas choisis au hasard, mais qu'ils suivaient les constellations. En ce moment, on est au mois d'août, donc ils ont donné leur premier rendez-vous ce mois-ci, ici. Montra-t-il.
-Le lion. Remarqua Regina. Tu veux dire que chaque mois, ils changent d'endroit en fonction de la constellation qui correspond au mois ?
-Oui, c'est ça. Acquiesça vigoureusement Henry.
-Et lorsqu'elles ne sont pas visibles, ici. Que font-ils ? Questionna à nouveau la Portoricaine.
Si cette théorie pouvait paraître parfaitement rocambolesque, aux yeux de Regina, Henry avait en réalité découvert ce que plusieurs personnes avaient tenté de comprendre. Elle savait que l'antiquaire était passionné par l'astrologie et l'astronomie. Il lui en avait suffisamment parlé dans sa jeunesse pour que ce fait ne lui échappe pas. Peut-être lui en avait-il tant parlé parce qu'il avait des projets pour elle ? Elle frissonna à cette pensée.
-Je crois qu'ils s'en fichent un peu, les constellations servent juste à donner une direction. En fait, par exemple, les coordonnées de lion, c'est dix heures quarante : heure du rendez-vous, donc. Et la position, + 13° 08′ 32″, ils s'en servent comme coordonnées terrestres. Et une fois qu'ils ont eu un rendez-vous en dessous de la constellation qui représente un signe astrologique, ils passent à une autre constellation en se dirigeant vers l'étoile polaire. Jusqu'à ce qu'on soit à la date de la constellation d'un nouveau signe astrologique.
-Et tu dis que "36-2" représente l'Hydre ? Pourquoi ?
-C'est qu'une supposition parce qu'elle n'a jamais été utilisée. Elle tombe dans la mer en fait. Et trente-six, c'est le seul chiffre qui apparaît pour l'Hydre.
-Donc le chiffre deux n'est pas une coordonnée ? Ça représente quoi ? Questionna Emma.
-Je ne sais pas. Avoua l'adolescent.
-Tu as dit que tu pensais que le camp où se cachaient les hommes de monsieur Gold était sur Terra Exitus. C'est peut-être juste une autre indication pour se diriger vers l'entrée de camp. Osa pour la première fois Héloïse.
-Où se trouve l'horloge par rapport à cette carte, selon toi ? Éluda Regina, les yeux fixés sur la carte.
-Ici, pourquoi ? Demanda l'enfant.
-Juste en dessous de l'étoile polaire ? Tu es sûre ?
-Oui, Belle m'a expliqué que l'Horloge avait été construite juste en dessous pour représenter le centre de la ville, l'endroit où tout le monde devait se réunir en cas de problème.
-Deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin. Murmura Regina en s'accroupissant. Deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin. Répéta-t-elle en suivant de son doigt un itinéraire.
-Ça veut dire quoi ? Osa Emma en s'accroupissant au côté de la Portoricaine.
-C'est une phrase que me répète sans cesse Peter.
-Deuxième étoile... Le deux serait la deuxième étoile. Comprit Emma.
-Oui, mais ça ne correspond pas. Avoua Regina sans détourner son regard, cherchant plus que tout la réponse à ses questions.
-Pourquoi ça ne fonctionne pas ? Demanda à son tour Héloïse.
-Parce que le point d'arrivée est l'Horloge. Expliqua la brune dont les pupilles ne cessaient de s'agiter dans tous les sens, à la recherche d'une explication.
Comprenant l'importance de cette découverte, les trois Swan se mirent aussi à parcourir la carte des yeux, tentant de faire correspondre l'Hydre et l'Horloge.
-Il n'y a rien qui fonctionne. J'ai essayé avec toutes les étoiles qui constituent la constellation. Releva Héloïse après plusieurs minutes de silence. Et "tout droit jusqu'au matin", ça veut dire quoi ? Il faut peut-être en prendre en compte aussi, non ?
-Je ne sais pas. J'avais jusque-là toujours cru que Peter ne répétait cette phrase qu'en référence au conte de Peter Pan qu'il adorait. Mais peut-être pas.
-La constellation n'est plus la même le matin, elle tourne. Peut-être qu'il faut se baser là-dessus. Remarqua Henry.
-Je ne pense pas que ce soit si compliqué. Releva Regina.
-Pourquoi ? Demanda le petit brun.
-Parce que si c'était une direction, elle n'avait pas le temps de réfléchir…
-Elle ? Demanda Emma en fronçant des sourcils.
-Je dois passer un coup de fil. Déclara la Portoricaine en attrapant son sac.
Tous les trois la regardèrent partir sans pouvoir esquisser un seul geste pour la retenir. Ils s'observèrent tous les trois, sans vraiment trop savoir quoi dire. Emma avait l'impression d'être ensevelis dans du coton tandis que son cerveau ne cessait de vouloir faire d'autres suppositions. Et si ? Pourquoi ? Comment ? Quoi ? Toutes ces questions tournaient dans sa tête alors qu'elle se savait plus proche qu'elle ne l'avait jamais été. Henry les avaient plus qu'aidé. C'était indéniable. Décision critiquable, mais elle était persuadée que les enfants pourraient l'aider encore. Elle se leva et tira son propre plan qu'elle posa contre la fenêtre, juste à côté de celui de la mairesse. Chaque plan était différent, mais chacun apportait leurs réponses. Et elle était certaine qu'elle trouverait un point commun, le point commun entre tous ces plans. La clef.
Il fallait juste qu'elle trouve cette aiguille …
OoO
Sortant sur la terrasse, Emma trouva Regina assise sur une chaise, les yeux fermés et tournée vers le soleil. Sans même s'en rendre compte, la jeune blonde se stoppa, subjuguée par la femme en face d'elle. Son ventre se contracta tandis qu'elle détailla un peu plus ce visage baigné par le soleil. Un nez fin et droit, des pommettes saillantes, une bouche insolente, la Portoricaine était sans conteste une femme magnifique et venait d'enivrer la Bostonienne. Elle mentirait si elle disait ne pas trouver la mairesse attirante.
Comme surprise par ses pensées, Emma secoua la tête et racla sa gorge, aussi bien pour se gifler mentalement que pour avertir Regina de sa présence. Comme de fait, la Portoricaine sursauta et se retourna aussitôt.
-Désolé. S'excusa piteusement la détective avant de s'asseoir au côté de la brune. Votre coup de fil a été concluant ? Demanda-t-elle dans un ton qui ravalait tous les reproches qu'elle aurait pu -et aurait voulut- lui faire.
-Non. Pas du tout. Avoua Regina en se tournant à nouveau vers le soleil.
Elle était persuadée d'être plus proche que jamais de son but et se voir si brusquement coincée l'affligeait plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle avait tant besoin de réponse.
-Peut-être que poser des questions sur ces découvertes à Peter serait une bonne idée. Tenta la blonde.
-J'ai déjà essayé, que croyez-vous ? S'énerva aussitôt la brune, sur la défensive.
Emma s'apprêta à lui répondre sur le même ton, mais pour une fois, son esprit décida d'étudier la situation avant d'agir. À peine les mots étaient-ils sortis de la bouche de Regina, que celle-ci avait bloqué sa respiration pour se calmer et fermée les yeux. Il apparaissait évident que la jeune femme tentait d'être pour une fois d'humeur à la discussion avec la citadine. Il n'appartenait donc qu'à Emma de suivre cette nouvelle résolution.
-Oui, mais vous n'aviez pas ces informations.
-Certes. J'essaierai. Ne vous en faites pas.
-J'aimerais être présente.
-Non.
-Pourquoi ?
-Parce que Peter est fragile et que le moindre petit changement peut lui provoquer une crise ou même le faire régresser.
-J'aimerais juste écouter ce qu'il dit. Je vous promets de ne pas parler. Mais vous l'écoutez depuis des années, certaines choses vous passent peut-être inaperçues.
-Je ne crois pas, non.
-S'il vous plaît. Insista Emma en se tournant vers la jeune femme tout en posant ses bras sur la petite table ronde.
-Très bien, très bien. Céda Regina dans un profond soupir, du revers de la main. Mais s'il n'est pas à l'aise, vous partez sans contester. C'est important. Ordonna-t-elle d'un ton qui dissuada Emma de pousser sa chance plus loin.
-D'accord. Accepta-t-elle. Sur ce, Regina se tourna à nouveau vers son jardin, comme pour signifier à la blonde qu'elles en avaient finie. Cependant, il restait encore une demande que voulait faire la détective. Pourquoi Wendy ?
-Je vous demande pardon ?
-Pourquoi ce n'est pas le prénom de Peter qui apparaît, mais celui de Wendy ? J'aurais pu comprendre que ce soit pour le cacher, mais je doute que Gold ne soit pas au courant de l'hospitalisation de Peter.
-Parce que c'est son véritable prénom. Elle l'a juste oublié.
-Comment ça ? Ne put s'empêcher de demander Emma, captivée par toutes les découvertes qu'elles pouvaient faire.
-Son nom de naissance est effectivement Peter. Seulement, en grandissant, Peter s'est rendu compte qu'il ne se sentait pas homme, mais femme. Ses parents l'ont découvert et l'ont envoyé au Couvent pour le soigner. Expliqua-t-elle en fixant le pommier en face d'elle. Lorsque je l'ai rencontré, elle était persuadée d'être un monstre, mais avec David et Killian, nous avons réussi à lui faire comprendre que ce n'était pas le cas. Entre nous, ce n'était donc pas Peter, mais Wendy. La véritable personne qu'elle devait être.
-Pourquoi vous parlez d'elle au masculin et utilisez le prénom Peter, aujourd'hui ?
-Parce qu'elle a oublié cette partie. Vous avez dit que la personne retrouvée dans cette forêt était désorientée, mais c'est bien pire que ça. Wendy a disparu et Peter est resté bloqué à l'enfance, là où il ne devait pas cohabiter à la fois avec son corps masculin et son esprit féminin. Il est bloqué à l'enfance comme pour oublier toutes les horreurs et toutes les souffrances qu'il a endurées.
-Et donc il n'a aucune idée de ce qu'il a vécu dans la forêt parce que c'est comme s'il n'avait jamais rien vécu. Comprit la détective.
-C'est à peu près ça, mais ce n'est pas totalement vrai. Je suis certaine qu'il se souvient de bien plus de choses qu'il ne le laisse paraître, mais je pense que c'est trop traumatisant pour un enfant de son âge.
-Si vous pensez qu'il en sait plus, pourquoi ne pas insister un peu plus ?
-Je l'ai déjà fait et les conséquences ont été désastreuses. Je préfère tenter de comprendre entre les lignes tout ce qu'il peut me dire et ne pas insister plus. Peter n'est définitivement pas la personne sur laquelle nous devons nous reposer si nous souhaitons en savoir plus.
-Et Wendy ? Il n'y a pas moyen qu'elle réapparaisse ?
-Elle est déjà revenue, quelques fois et nous a aidés. Mais Wendy est bien trop brisée pour être réellement cohérente.
Acquiesçant, Emma se contenta d'observer ce majestueux pommier en face d'elles dont les feuilles s'éclaircissaient sous l'intense chaleur de l'astre du jour. Chaque fois que la Bostonienne avait une discussion avec la Portoricaine, plus de questions s'insinuaient dans sa tête. Mais cette fois-ci, elle n'osa pas les poser à son hôte. Peut-être était-ce parce que ses questions étaient cette fois-ci trop personnelles et qu'Emma ne doutait pas une seconde de se faire renvoyer sur les roses. Pire encore, de blesser la Portoricaine avec ses questions. Plus elle avançait dans cette enquête, plus les révélations s'avéraient sordides et bouleversantes. Et plus elle avançait, plus Emma avait peur de découvrir que la mère adoptive de son fils avait également été victime des malversations des esprits tordus de cette ville.
-Au fait, Héloïse aimerait rester, ici. S'obligea Emma à révéler.
-Donc vous avez l'intention de rester ?
-Les semaines ici sont passées plus vite que je ne l'aurais imaginé. J'avoue ne pas me sentir prête à quitter Storybrooke. Expliqua Emma avec une honnêteté qui la déconcerta.
-Je comprends. Se contenta de dire la brune.
Elle ne s'était elle-même pas rendu compte que la fin du mois d'août était arrivée et que cela signifiait la rentrée des classes et donc le retour des Swan à Boston. Elle était perdue. Elle désirait plus que tout voir cette blonde quitter sa ville, sa vie et ne plus jamais la revoir. Chaque journée, elle rêvait de voir la citadine et sa coccinelle jaune franchir les limites de sa ville. Alors pourquoi sentait-elle son cœur se compresser à l'idée de les voir partir et se détendre à l'idée que leur départ n'était peut-être pas si imminent ?
-Vous êtes d'accord pour qu'on reste ?
-Parce que mon avis vous importe ? Jusque-là, vous n'avez pas vraiment fait cas de mes considérations, Miss Swan.
-Mais jusque-là, nous n'avions jamais cessé de nous battre pour des broutilles, Madame Mills. Rétorqua Emma dans un sourire qui s'étendit un peu plus sur son visage lorsqu'elle aperçut le discret sourire de la brune se dessiner. Et puis, je pense justement qu'il faudrait qu'on apprenne à communiquer au lieu de toujours passer derrière votre dos.
-Cela vous fera paraître moins lâche et agaçante, je dois le reconnaître.
-Bah tient ! C'est moi qui suis agaçante. Ricana Emma. Je vous remercie d'accepter. Ça veut dire beaucoup pour moi.
-Ne me remerciez. Gronda la Portoricaine dans un claquement de langue. Henry a simplement besoin de vous et les enfants ont besoin d'être ensemble pour le moment. Et ne vous faites pas d'illusion, je n'ai pas abandonné l'idée de vous faire décamper de ma ville. Mais j'en suis venu à la conclusion qu'il fallait simplement laisser la ville vous faire fuir, plutôt que de gaspiller mon énergie. Annonça la brune d'un ton qui se voulait froid alors qu'elle se levait pour partir.
Mais Emma ne fut pas dupe de son ton froid qui s'avérait en réalité n'être qu'une façade pour cacher son propre ressenti. À cela, Emma se mit un peu plus à sourire tout en étendant ses jambes devant elle, profitant du soleil tapant. Elle n'avait aucun doute, avec du temps, ses relations avec la Portoricaine seraient aussi douces que du satin.
OoO
Délicatement, Regina referma la porte de la chambre d'ami. Tout en descendant les escaliers, elle passa sa main droite à l'arrière de sa nuque comme pour tenter de détendre les nœuds qui s'y étaient formés. Elle entra dans son salon et se dirigea immédiatement vers un petit meuble dans le coin de la pièce. De celui-ci, elle sortit une bouteille de whisky et se servit un verre sous le regard attentif d'Emma qui sirotait toujours le thé qui lui avait été servi quelques heures plus tôt.
-Pourquoi ont-ils fait ça, vous pensez ? Demanda la détective en observant la brune s'installer dans un fauteuil en face d'elle après s'être servis un second verre.
En fin d'après-midi, Henry avait demandé à Emma et Héloïse de l'accompagner jusque chez les Nolan à qui il devait ramener des plats. Toutefois, alors qu'ils arrivaient à l'appartement du couple, il avait vu en ressortir à toute vitesse un homme tout vêtu de noir. Un mauvais pressentiment s'était immédiatement emparé d'Emma qui s'était précipitée dans l'immeuble. Elle était entrée dans l'appartement sans s'annoncer, faisant alors sursauter Mary-Margaret qui se trouvait à terre, au milieu de débris et le bras en sang. Un homme était venu saccager sa maison et la petite brune l'avait surpris. Heureusement pour elle, le malavisé n'avait fait que la pousser avec une certaine à terre violence et elle s'était coupée avec un morceau du vase bleu qui trônait jadis sur sa table basse. En somme, plus de peur que de mal.
-Je ne sais pas. Ce ne sont pas vraiment les méthodes de Monsieur Gold.
-Peut-être qu'il ne s'était jamais senti menacé non plus et qu'il panique.
-Peu importe, je ne pense pas que cela ait une quelconque importance. Trancha la brune. Je dois aller voir Elsa ce soir et j'aimerais que vous restiez, ici. Au cas où.
-Je pense qu'on est plus en sécurité dans cette forteresse que vous dans une forêt et dans le noir.
-Mais les enfants sont ici, je ne veux pas prendre de risque.
-Très bien, mais tenez-moi au courant quand même. Ordonna Emma avant de quitter la pièce pour empêcher toute contestation.
Elle monta dans sa chambre et se dirigea immédiatement vers la salle de bain dans laquelle elle abandonna ses vêtements pour une douche. En sortant de celle-ci, elle entendit une voiture démarrer et en conclut que la Portoricaine venait de partir. Emma frotta ses cheveux dans une serviette qu'elle déposa ensuite sur une patère. Resserrant un peu sa serviette autour de sa poitrine, elle sortit de la salle de bain et récupéra ses affaires sur la chaise pour les ranger dans son armoire, lorsque...
Non, elle n'avait pas rêvé. Elle entendait encore sa respiration. Doucement, elle attrapa son arme cachée derrière ses habits et se retourna avec rapidité, prenant en joue l'intrus.
-Qui es-tu ? Montre-toi ou je te tire de dessus. Somma Emma d'un ton claquant.
-C'est bon, c'est Graham. Déclara l'homme en sortant de l'ombre, les mains en l'air. Je ne suis pas là pour te faire du mal. Je veux seulement parler. Je te le promets.
Moqueuse, Emma laissa échapper un ricanement qu'elle ravala rapidement. Fermement appuyée sur ses deux jambes, la détective ouvrit un peu plus sa cage thoracique comme pour laisser à toute son invincibilité et à toute sa force la capacité de se déployer un peu plus. Emma fit descendre la gâchette de son arme rassérénant alors sa menace. Elle doutait que Graham ne soit là pour lui faire du mal... À moi que sa présence ne soit qu'une diversion... Le doute coulait désormais dans ses veines... Il fallait qu'elle trouve une solution pour s'assurer que les enfants et Mary-Margaret allaient bien et vite.
OoO
Ne supportant plus la chaleur étouffante de l'habitacle, Regina sortit de sa voiture et s'avança de quelques centimètres pour se retrouver illuminé par la pleine lune. Tapant du pied, elle se mit à faire les cent pas. Elsa avait vingt minutes de retard. Et si elle avait été découverte ? Et si c'était à cause de cela que la maison des Nolan avait été ravagée ?
Le cœur battant la chamade, Regina passa une main sur son visage engourdi par l'angoisse. S'il arrivait quelque chose à Elsa, tout serait de sa faute... Et elle serait incapable d'aller la sauver. Elle le savait...
Alors qu'elle continuait à se tourmenter l'esprit, la Portoricaine se retourna brusquement en entendant des pas craquer juste derrière elle.
-Tu es en retard. Remarqua-t-elle alors qu'Elsa arrivait à sa hauteur, les joues rougies par l'effort.
-Ouais, ouais, désolé d'avoir été retardé. Déclara la blonde sans en penser un mot. Justement, comme épuisée, elle s'affala contre la taule de la voiture de la Portoricaine et arracha d'un geste rageur sa coiffe. J'ai encore eu une promotion aujourd'hui. D'un ton qui traduisait toute son amertume.
-Vraiment ?
-Tu avais raison. Il y a bien un bâtiment secret. Tu te souviens de l'énorme pommier, celui qui surplombe tout le verger ? Demanda l'espionne. Hochant la tête, Regina se rapprocha de la jeune femme comme pour mieux entendre les confessions qui s'annonçaient. Il est creux. Et dans ce creux, il y a une trappe qui mène à un sous-sol absolument extraordinaire. Il est soutenu par des poutres en marbre et en pierre gravées. Bref, on s'en fiche, en fait. C'est ici qu'une partie de la drogue est entreposée. Y a des étagères entières qui en sont remplies.
-Donc tu as trouvé leur stock ? S'extasia Regina.
-Et pire encore.
-Comment ça ?
-Tu avais raison. Répéta Elsa. Il y a bien un trafic d'enfant autre que celui des orphelins qui séjournent au Couvent et que l'on voit. Ce sous-sol est rempli d'enfants, de nouveau-nés prêts à être vendus au plus offrant. Ils sont enlevés à la maternité et ensuite amenés ici, c'est tout ce que j'ai compris.
-Quel est ton rôle ?
-Je dois trouver des parents à ses enfants. Enfin, plutôt les convaincre que ces enfants sont de véritables bénédictions et obtenir le gros pactole.
-Et si un enfant n'est pas adopté ? Questionna la Portoricaine, apeurée par l'éventuelle réponse.
-Ils ne s'encombrent pas, Regina. Je… Un enfant était malade depuis deux jours… Elles l'ont tué… Bredouilla la plus jeune tandis que les larmes affluaient à ses yeux, dégoûtée de n'avoir rien pu faire. Pour les autres, peut-être que certains sont élevés par les sœurs pour ensuite travailler pour Gold.
Le regard dans le vide, Regina attira la jeune blonde dans ses bras et lui caressa tendrement la tête, le regard toujours fixé vers l'astre de la nuit.
-Tu peux rentrer avec moi. Ces informations sont suffisantes, tu n'as pas besoin d'en apprendre plus et de te mettre plus en danger.
-Non, j'ai l'intime conviction qu'il faut que je reste encore un peu. Et peut-être que je vais découvrir comment ces enfants sont enlevés et par qui ils passent.
-Elsa...
-Non, je dois continuer. Il nous faut encore des preuves. Je serais discrète ne t'en fait pas. Insista-t-elle.
-Très bien.
-Il est tard, je dois rentrer. Tiens, j'ai trouvé ce carnet dans lequel j'ai trouvé le prénom d'Anna. Elle était bien au Couvent. Je ne sais pas vraiment ce que c'est et je n'ai pas eu le temps de le regarder plus en détail. Je te fais confiance pour en savoir plus.
-Je le ferais, oui. Acquiesça la brune.
Essuyant ses yeux, Elsa fit demi-tour et se dirigea à nouveau vers le Couvent avec, pour la première fois, une intense boule qui étreignait son ventre.
L'observant partir, Regina s'avança un peu pour être parfaitement éclairée par la lune. Alors qu'elle tournait les pages marquées de plusieurs noms, elle s'arrêta sur un prénom à côté duquel une inscription figurait. Regina Mills. Damnée.
Ces mots, ces souvenirs, elle les avaient oubliés. Ou plutôt, elle avait tenté de les renier. Sans grand succès. Sa tête se mis à lui tourner et son souffle se bloqua brusquement alors qu'un stigmate de sa jeunesse se dessinait à nouveau devant ses yeux.
-Tu peux être sauvé. Il faut simplement que tu te battes contre ce mal qui t'habite, mon ange. Je sais que c'est dur, mais c'est le seul moyen de faire fuir l'esprit malin. Susurra la Mère Supérieure tandis que l'adolescente tentait difficilement de reprendre son souffle.
Les larmes aux yeux, la Portoricaine baissa ses prunelles noires. Elle était épuisée et elle ne voulait plus entendre ces paroles qui lui brisaient l'âme un peu plus. Elle faisait beaucoup d'efforts, énormément d'effort pour être meilleure, mais cela ne semblait jamais assez.
Justement, la Mère Supérieure relâcha la prise qu'elle détenait sur le cuir chevelu de l'adolescente et se recula. D'un geste, elle ordonna à son homme de main de réitérer le supplice.
La jeune fille reconnut immédiatement la grosse main qui se posa sur sa nuque et elle ravala ses sanglots pour bloquer sa respiration. Violemment, elle fut à nouveau plongée dans cette eau qui se disait bénite. Et elle attendit. Elle appliqua les conseils de sa mère et elle ne montra aucune faiblesse. Mais l'air commençait à lui manqua et, sans pouvoir s'en empêcher, ses deux mains se plaquèrent contre le bénitier et ses yeux s'ouvrir, brûlant immédiatement lorsqu'ils entrèrent en contact avec l'eau salée.
Assise à terre, Regina laissa tomber sa tête contre sa voiture et fixa son regard vers la pleine lune, contemplant leurs solitudes à toutes les deux, pourtant entachées par quelques nuages.
Ce carnet n'était autre que la liste des personnes qui avaient été sauvées par la Mère Supérieure. Anna d'Arendelle avait apparemment été sauvée. Contrairement à elle…
Elle le savait. On le lui avait suffisamment répété pour ne jamais l'oublié et pourtant, son cœur sembla se briser un peu plus tandis que la honte conquis son esprit. C'était une âme damnée.
