28 ~ A plusieurs mains, l'ouvrage avance.

Jamais - elle en était certaine, Regina Mills ne s'était sentie aussi anxieuse à l'idée d'aller rendre visite à Peter.

Anxieuse et sûrement jalouse.

Activant son clignotant pour tourner à droite, la jeune femme tentait vainement de comprendre ses propres sentiments. Elle avait toujours rêvé qu'un jour, Peter disparaisse pour laisser place à Wendy. Cela signifierait donc qu'ils seraient tous les deux guéris et que ces deux entités pourraient enfin vivre librement. Pourtant, elle devait bien se l'avouer, la plus grande peur de la mairesse était justement de perdre le lien privilégié qu'elle avait créé avec lui. Jamais personne ne lui avait rendu visite ces dernières années. Ni Killian ni David.

Emma Swan était donc la première personne à rendre visite à Peter depuis des années et la mairesse ne savait comment interpréter ses sentiments. Elle ressentait une certaine pression à l'idée d'intégrer à nouveau cette citadine dans ce qu'elle percevait comme quelque chose de particulièrement intime. Avait-elle peur que les choses tournent mal ? Ou plutôt que les choses n'aillent trop bien ? Elle ne savait plus. Regina Mills avait toujours aimé ranger chaque personne dans une catégorie, les empêchant ainsi de se rencontrer... Mais, encore une fois, Emma Swan brisait ses principes.

-Il va y avoir des orages les nuits prochaines, donc j'aimerais que Graham nous montre le plus vite possible le point de rendez-vous et la partie du chemin qu'il connaît pour aller jusqu'au camp. Expliqua Emma avant de se remettre à ronger ses cuticules.

À peine avait-elle posé ses fesses dans l'intérieur cuir de la mairesse que la détective avait immédiatement senti la nervosité de la Portoricaine. La brune restait maîtresse d'elle-même, mais sa nervosité avait finalement été transmise à Emma qui ne cessait de s'attendre au pire. Aussi, ne soutenant plus cette infernale tension, elle avait forcé son esprit à trouver une idée de conversation. Cela dit, chaque fois qu'elle essayait de faire la conversation, la situation devenait toujours plus lourde par la suite. Se fustigea Emma.

-Les orages devraient débuter mardi ou mercredi, mais je suis d'accord avec vous. Plus vite, sera le mieux. Acquiesça Regina, autant concentrée sur la route que sur sa voix.

Détournant inconsciemment son regard vers le bas, Emma se contenta d'acquiescer mécaniquement tout en mordillant sa lèvre inférieure. Évidemment. Il lui semblait que discuter avec la mairesse était aussi difficile que de nager à contre-courant dans des rapides. Emma n'a jamais été une femme bavarde, mais elle n'a jamais non plus eu du mal à faire la conversation. S'il était certain que son répondant n'égalait pas celui de la politicienne, il n'en demeurait pas moins qu'Emma Swan avait de la repartie à revendre. Pourtant, chaque fois qu'elle se trouvait en présence de Regina Mills, la jeune femme perdait tout sens du dialogue et rebondir après chaque phrase -concise- de la politicienne était une véritable gageure.

-Bien, je vais demander à Ruby de prévenir Graham et nous le suivrons demain soir, avec David. Établit cependant la détective.

-Je viendrais aussi.

-Vous ?

-Oui, moi. S'agaça Regina.

-Ne le prenez pas mal, j'étais déjà étonné que vous acceptiez l'aide de Graham, mais là, je vous voyais encore moins marcher dans la forêt sur les traces de tarés.

-Je pense qu'il est donc de bon ton que vous arrêtiez de faire des suppositions sur moi. Visiblement, vous ne cessez de vous tromper, Miss Swan. Argua la Portoricaine en quittant la voiture d'un pas déterminé.

Si, déterminé, qu'Emma eut presque besoin de trottiner pour soutenir la cadence de la jeune femme devant elle. Celle-ci salua Billie qui lança un regard d'incompréhension lorsqu'elle vit la détective. Justement, ne pouvant s'en priver, Emma adressa à l'infirmière en grand sourire narguant.

Observant l'heure sur sa montre, Regina ralentit le pas sachant qu'il lui restait une minute avant d'aller voir Peter. D'un signe de tête, elle salua l'infirmier Mumarada qui poussait un charriot plein de serviettes. Enfin, elle arriva dans la salle de jour, mais alors qu'elle avait posé sa main contre la porte pour la pousser, elle s'arrêta.

-Au moindre problème, je veux que vous partiez sans faire d'histoires. Si Peter n'est pas à l'aise, vous vous en allez. Morigéna-t-elle encore une fois.

Préférant ne pas répondre à cet énième ordre que lui donnait la mairesse, Emma se contenta de hocher la tête, lasse de cette répétition. Justement, alors que la porte était poussée, les sens de la blonde se mirent tous en alerte, à l'affût du moindre détail.
Suivant la mairesse, Emma fit vaquer son regard à droite et à gauche. Rien de bien étonnant. Certaines choses lui semblaient même familières. Soudain, son regard fut attiré par une chose tout à fait étonnante : le visage de son acolyte. Celui-ci s'était soudainement adouci et un sourire avait désormais pris place sur le visage de la Portoricaine. Cherchant qui était à l'origine de ce soudain changement de comportement, Emma marqua un temps d'arrêt. Elle savait que Peter n'était pas un enfant, évidemment. Mais elle ne s'était pas attendue à rencontrer un homme barbu… Alors que Regina s'installait sur le canapé juste à côté d'une table basse, Emma préféra rester debout, peu certaine d'être la bienvenue.

-Bonjour, Peter. Salua Regina.

-Oh ! Nina ! Pile à l'heure, comme toujours. Dix heures zéro huit. S'amusa-t-il d'une voix enfantine, heureux d'enfin voir son amie. Oh ! Henry ! Henry ! Tu as emmené Henry ! S'excita-t-il subitement en se levant, sautillant jusqu'à l'adolescent.

Écarquillant des yeux, Regina se retourna prestement en même temps qu'Emma pour apercevoir Henry et Héloïse juste derrière elles. Gêné de se faire remarquer, Henry mordilla sa lèvre inférieure et gratta sa tête avant d'être soulevé du sol et d'être serré si fort qu'il crut sentir son dos se briser.

-Peter, stop, repose-le ! Ordonna Regina qui s'était levée. Peter l'écouta et reposa le petit brun, non sans trépigner d'excitation. Mais qu'est-ce que vous faites ici ?! Ce n'est pas un endroit pour vous. Houspilla Regina en dirigeant les deux enfants vers la sortie.

-Ils ne peuvent pas rester ? Je veux rester qu'ils restent, moi. S'énerva Peter.

-Ce n'est pas un endroit pour eux, Peter. Expliqua Regina en se retournant.

-Pourtant, c'est un endroit pour moi. S'enragea-t-il un peu plus en levant le poing en l'air pour l'abattre contre le divan bleu marine à poids jaune.

Seulement, avant qu'il ne puisse toucher le meuble, Regina réussit à intercepter la main de Peter. D'un regard furtif, elle observa autour d'elle afin de s'assurer qu'ils n'aient effrayé aucun des résidents. Il suffisait d'un petit esclandre pour que tous les résidants paniquent et que la cacophonie ne prennent part entre les murs de l'hôpital.

-Très bien, ils restent. Mais je ne veux pas de chahut. Capitula-t-elle.

Acquiesçant vivement, le sourire de Peter chassa ses yeux larmoyants et il dépassa Regina pour attraper la main des deux enfants et les emmener s'asseoir autour de la table basse avec lui. Regina se tourna vers la shérif dans un regard désabusé auquel la blonde répondit par un simple haussement des épaules. Alors que Regina passait devant Emma pour se rasseoir sur le divan, elle tira la main d'Emma pour l'inviter à s'asseoir avec elle. Surprise par ce geste aussi doux que brusque, Emma se hâta de s'installer.

-Comment tu me connais ? Questionna Henry, véritablement intrigué par la personne qui se trouvait face à lui.

-Nina a beaucoup parlé de toi. Dit-il, toujours extatique. Et je t'ai reconnu grâce aux dessins que j'ai de toi. Expliqua-t-il. Mais toi, je te connais pas. Pointa-t-il du doigt Héloïse.

-Je m'appelle Héloïse. Je suis la sœur d'Henry.

-Une sœur ? Fronça-t-il des sourcils en se retournant immédiatement vers Regina.

-Je t'ai dit que j'avais adopté Henry, tu te souviens ?

-Adopter, c'est recueillir un enfant parce que ses parents, qui l'ont mis au monde, ne peuvent pas s'en occuper. Répéta-t-il.

-Oui, c'est à peu près ça. Et donc, Henry a récemment retrouvé la maman qui l'a mis au monde et sa sœur. Emma et Héloïse. Présenta-t-elle.

-Est-ce que vous avez le droit de manger des glaces ? Demanda Peter. J'aimais bien les glaces, ça fait longtemps que j'en ai pas eu.

-Je n'aime pas trop les glaces. Avoua Henry. C'est trop froid.

-Moi, j'adore ça. Ma grand-mère, Ingrid, fait de super bonnes glaces. Répondit à son tour Héloïse.

-Ma maman aussi, elle faisait de bonnes glaces. Avoua Peter. Enfin, je crois. Murmura-t-il en se grattant l'arrière du crâne.

-Peter. Je t'ai dit que je voulais tout faire pour arrêter les Ombres. Attaqua finalement Regina. Et nous y sommes presque.

Comme de fait, Peter fronça des sourcils en étudiant minutieusement son amie avant d'attraper un feutre noir et une nouvelle feuille.

-Tu t'en souviens ? Ça y est ? Demanda-t-il subitement.

-Non, pas vraiment. Admit Regina en se réajustant, mal à l'aise d'avoir cette conversation devant les Swan.

-Pourquoi ?

-Je ne sais pas.

-J'aimerais bien les oublier.

-Et moi de m'en souvenir. Tu ne voudrais pas m'aider ?

-Il faut les oublier. Les oublier, c'est bien.

-Pourquoi ? Questionna Héloïse.

-Parce que lorsqu'elles nous attrapent, on perd notre âme.

-Ça veut dire quoi.

-Ça veut dire ce que ça veut dire.

-Tu sais ce qu'il se passerait si j'arrivais à arrêter les Ombres, Peter ? Questionna Regina.

Relevant enfin son regard de son dessin, Peter plongea ses yeux dans ceux de la mairesse et nia d'un signe de tête. Regina attrapa alors trois feutres, jaune, orange et vert, et récupéra le dessin de Peter sur lequel ils avaient dessiné de grands monstres noirs disproportionnés. Regina se mit à son tour à dessiner, illuminant le dessin du petit garçon et le rendant bien moins angoissant et morbide.

-Parce qu'une fois qu'elles auront disparu, tous tes cauchemars s'effaceront. Tout ce noir laissera place à toute cette couleur. Parce qu'une fois qu'elles auront disparu, plus aucun enfant n'aura à subir ce que tu as vécu. Tu n'aimerais pas ça ?

Silencieux, Peter ramena le dessin vers lui et passa le bout de son doigt sur les couleurs vives. Son dessin ne représentait plus ce qu'il avait dans la tête, ce qu'il voulait dire. Dorénavant, il représentait ce dont il rêvait. Enfin, il passa son index sur la glace orange qui avait été dessiné en plein cœur du plus grand monstre.

-S'il n'y a plus de monstres, il y aura de la glace, à la place ?

-Ce serait bien plus plaisant, tu ne trouves pas ?

-Deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin.

-Qu'est-ce que ça veut dire ?

-Deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin.

-Est-ce que c'est le chemin pour aller du Camp à l'Horloge. Intervint Emma.

Surprit, Peter arrêta son dessin et observa Emma.

-C'est le chemin pour quitter les ténèbres. Déclara-t-il sans la quitter des yeux.

-Et le camp, tu sais où il est ? Demanda la détective.

-Nina, sait.

-Et l'Horloge ? C'est quoi pour toi ?

-Mon étoile.

-Est-ce que…

-Excusez-moi, Madame le maire. Je n'ai rien dit quand j'ai vu qu'il y avait des enfants parce que c'est vous, mais Madame Drachen va bientôt venir et je ne crois pas qu'elle soit d'accord avec ça. Expliqua l'infirmier, en jetant rapidement des regards aux alentours.

-Je vous remercie, Monsieur Mumarada. Acquiesça Regina. Nous allons devoir y aller, Peter. Je te dis à dimanche prochain, d'accord ?

Poussant un soupir, Peter acquiesça avant de lui demander de se rapprocher avec son doigt. Regina s'accroupit à côté de lui et celui-ci plaça ses deux mains en cône devant sa bouche et vint lui chuchoter au creux de l'oreille.

-Je vais voir ce que je peux faire. C'est d'accord. Acquiesça Regina. Sans surprise, le visage de Peter s'illumina immédiatement et, prit par la joie, il entoura Regina de ses bras.

-Tu sais, toutes les réponses sont ici. Dit-il en tapotant contre la tête de Regina. Aujourd'hui, c'était trop cool. Dit-il en la relâchant.

Regina se releva et rejoignit les trois autres qui l'attendaient. Avançant dans les couloirs, elle espérait ne pas avoir à croiser l'infirmière Drachen. Non seulement, cela faisait des semaines que l'infirmière tentait de la rencontrer pour lui parler encore et encore des pseudos problèmes de gestion qui sévissaient dans cet hôpital, mais elle avait encore moins envie de lui expliquer pourquoi deux enfants de onze ans se trouvaient dans un hôpital psychiatrique sans son autorisation.
Heureusement pour tout le monde, personne ne rencontra l'infirmière. Malheureusement pour les enfants, Regina n'avait donc pu passer sa colère sur personne.

-Dans la voiture, tous les deux. Claqua-t-elle d'un ton sans appel qui fit frissonner les deux enfants.

Une fois dans la voiture, Regina démarra tandis que personne n'osait piper mot.

-Est-ce que ... Débuta Henry.

-Que vous soyez au courant de cette enquête est une chose. Que vous continuiez d'enquêter en est une autre.

-Mais on voulait juste avoir un peu plus de réponses.

-Je n'ai rien dit lorsque Miss Swan t'a tout raconté parce que je t'ai cru suffisamment mature pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Mais tu persistes à n'en faire qu'à ta tête alors même que tu as connaissance du danger qui t'entoure. Et tu embraques en plus Héloïse. Tout ceci n'est pas un jeu ou une de tes aventures inventées, Henry. C'est réel et dangereux et par tes actes, tu te mets en danger, toi et les autres. Je suis vraiment navré de constater que je m'étais trompé à ton sujet. Sermonna sa mère adoptive.

Sans surprise, Henry ne dit rien et se renfrogna au fond de son siège et tourna la tête vers la fenêtre tandis qu'il déglutissait difficilement, tentant de retenir les larmes qu'il lui montait. À force de la crisper, sa mâchoire commençait à lui faire mal alors une fois qu'ils arrivèrent, Henry ne se fit pas prier pour monter s'enfermer à double tour dans sa chambre, ne voulant voir personne. Encore une fois, il avait tout gâché avec sa mère adoptive.

OoO

Tirant sur le bas de son short de pyjama, Henry était particulièrement intimidé face à cette grande porte qui, pourtant, faisait partie de sa maison. De la journée, Henry n'était redescendu que pour manger, sans la présence de la propriétaire des lieux. Il avait passé sa journée à ruminer, perdu entre ses agissements et ses questions qui lui broyaient l'esprit. Ce n'était pas de sa faute. Il avait besoin d'avoir des réponses. C'était viscéral.
Le soir était venu et Henry n'avait pu s'empêcher de se dire que sans la présence des Nolan chez eux, l'ambiance aurait été particulièrement étouffante. Pourtant, il n'avait pas vraiment réussi à se laisser emporter par les blagues de mauvaise qualité de David, trop perdu dans la façon de combler le fossé qui s'était créé avec sa mère adoptive.
Héloïse avait bien tenté de discuter avec lui, mais il ne l'avait écouté que d'une oreille, cherchant encore une fois quel genre d'attention il pourrait faire pour se faire pardonner. Pourtant, un conseil que lui avait donné Belle, le Docteur Hopper et même Emma ne cessait de tourbillonner dans sa tête. Il fallait qu'ils parlent. Un conseil qui paraissait à portée de tout le monde, mais qui était pour Henry, un véritable défi. Parler ne faisait, ironiquement, pas partie de sa façon de communiquer. Le langage du jeune garçon était ainsi fait. Henry avait l'habitude de montrer par les gestes, ce qu'il ressentait. Peu bavard, il avait toujours eu l'habitude de montrer son affection par le biais d'attentions. En apportant des croissants pour Belle, en aidant Mary-Margaret à faire son ménage... En préparant le petit déjeuner à sa mère... Il ne l'avait pas fait depuis une éternité. Mais il semblait que cette fois-ci, Henry ait bel et bien besoin des mots afin de discuter avec sa mère. Convaincu, il était donc sorti d'un pas déterminé et s'était rendu vers la chambre de sa mère. Avant de se dégonfler et de rester planter devant la porte.
Les mains moites, il toqua finalement à la porte et entra lorsque sa mère lui en donna l'autorisation.

-Henry ? Que fais-tu là ? S'étonna Regina en rassemblant les papiers qu'elle avait devant elle.

-Je voulais m'excuser. D'avoir été méchant avec toi et d'avoir désobéi. Regretta-t-il en s'avançant doucement dans la pièce.

-Je... te pardonne. Admit avec surprise la brune, peu certaine de comment agir avec celui qui avait été son fils.

-C'est vrai ?! S'emballa Henry en relevant rapidement la tête, les yeux brillants d'espoir.

-Bien sûr.

-Même pour avoir dit toutes ces choses sur toi et pour ne pas t'avoir crû ? Voulut-il s'assurer.

-Nous en sommes arrivés là par ma faute, je ne t'en veux pas. Avoua avec grande peine la jeune femme.

-Je me suis laissé embarquer par mon imagination aussi. Insista-t-il en s'avançant d'un pas.

-Nous nous sommes probablement perdus tous les deux à un moment donné. Compléta Regina. Mais les choses rentrent dans l'ordre, non ? Tu as retrouvé ta mère, après tout. Remarqua Regina d'un ton amer.

Mordillant sa lèvre, Henry morigéna les larmes qui menacèrent de couler, les faisant faire immédiatement demi-tour. Il ne s'était pas trompé. Les rôles étaient désormais inversés. Pendant des mois, Henry avait baissé les bras à l'idée d'apprécier à nouveau sa tutrice légale tandis que Regina n'avait jamais baissé les bras à l'idée de se réconcilier avec son fils, mais ces derniers jours, il avait compris. Il avait compris que c'était Regina qui avait baissé les bras à l'idée de reconnaître un quelconque lien entre eux tandis que lui, ne cessait désormais plus de se battre pour se réconcilier avec celle qui l'avait élevé.

-Tu sais pourquoi j'ai tout fait pour retrouver Emma et que je voulais vivre avec elle et ne plus être avec toi ? Demanda-t-il en s'invitant sur le lit de la brune.

Les mots maladroits d'Henry eurent un effet du plus destructeur sur sa mère qui dut se contenir pour ne pas fondre en larmes et rejoindre les ténèbres qui ne cessaient de l'éteindre ces derniers temps. Mais, incapable de desserrer sa gorge pour y sortir quelques mots, celle-ci trop occupée pour contenir sa douleur, Regina se contenta d'agiter doucement la tête de droite à gauche.

-Je voulais savoir ce que ça faisait d'avoir une maman. Et puisque je pensais que tu ne pouvais pas m'aimer, j'ai décidé de retrouver ma vraie maman. C'est assez drôle quand on y pense, parce que si elle m'a abandonné, elle aurait pu ne pas vouloir me voir. Mais cette idée ne m'est jamais venue à l'esprit avant il y a quelques jours. Et justement, je me suis rendu compte que je mettais trompé. Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai fait pour croire que tu n'avais jamais rien fait pour moi. Même quand j'étais ignoble, tu n'as pas cessé. Tu n'as pas cessé de préparer mon petit déjeuner tous les matins, de venir le soir pour voir si je dors et de passer plusieurs fois dans la nuit pour t'assurer que je vais bien. C'est toi qui m'as défendu lorsque j'étais embêté à l'école. C'était toi qui m'as appris à lire, à cuisiner, à jouer aux échecs. Je pensais qu'on n'avait pas de relation comme dans les autres familles parce qu'on ne faisait ce que les voisins faisaient. Mais en fait, on était complice quand on jouait aux échecs ou même quand on s'amusait à faire tourner la tête à David. C'est juste différent des autres, mais on avait déjà cette relation après laquelle je courais. Je regrette vraiment d'avoir vu l'herbe plus verte ailleurs alors que j'avais déjà tout ici.

-Je t'ai toujours aimé, Henry. Osa finalement Regina dont la vision était de plus en plus floue. Cet insupportable sentiment de vulnérabilité s'insinuait en elle tandis qu'elle réfléchissait aux prochains mots qu'elle prononcerait. Mais il était hors de question qu'aujourd'hui, ce sentiment l'empêche d'avancer avec son fils. T'avoir auprès de moi a été le plus beau cadeau qui m'a été donné. Tu ne peux pas savoir tout l'amour que j'ai pu ressentir pour toi alors même que mes yeux venaient tout juste de se poser sur toi. Et je n'ai jamais cessé depuis ce jour-là. Tu es toute ma vie, Henry. Et je suis vraiment désolé de ne pas avoir été à la hauteur et de ne pas avoir réussi à te montrer à quel point tu peux compter pour moi, Henry.

-On a sûrement été maladroit tous les deux. Admit le jeune garçon. Toi parce que tu ne savais pas comment faire et moi, parce que je me suis laissé aveugler par mes désirs et mon imagination.

Les cils battants, Regina poussa un fin soupir tandis qu'elle portait sa main contre la joue de son fils.

-Quoi qu'il advienne, Henry, je te promets de ne plus jamais te couper les ailes. Si tu veux partir de Storybrooke avec Miss Swan, je ne t'en empêcherai pas.

-Mais je vous veux toutes les deux. Je veux rester avec toi. Tu ne veux pas ? Demanda-t-il tandis que des larmes de crainte se frayaient enfin un chemin au travers de ses pupilles.

-Nous avons tous vu que je ne sais pas m'y prendre. Etablit Regina, partagée entre l'espoir d'enfin voir l'obscurité de son monde, s'illuminait, et la crainte de voir la destinée qu'elle s'était écrite seule, s'envoler.

-Mais on peut toujours apprendre.

-C'est vrai. Admit-elle.

Tous les deux embarrassés, ils restèrent face à face sans rien dire, tentant d'assimiler la discussion qu'ils venaient d'avoir et dompter les émotions échinantes qui se pressaient contre eux. Dans un dernier élan de courage, Henry s'avança doucement avant de prendre une pulsion pour entourer sa mère de ses bras, comme pour s'empêcher de faire machine arrière. D'abord pantoise, Regina resserra à son tour ses bras autour du petit corps, tentant de faire en sorte que son fils n'entende pas le rythme effréné de son cœur. Réjouie d'enfin retrouver son petit garçon, Regina baissa la tête et huma l'odeur de ses retrouvailles.

-Est-ce que je peux dormir avec toi, ce soir. Demanda finalement Henry en se reculant légèrement.

Trop secoué, il n'avait pour l'heure, absolument aucune envie de quitter sa mère adoptive.

-Tu n'arriveras pas à dormir, si tu restes ici, Henry. Rappela la jeune femme.

Sans répondre, le jeune garçon se dégagea des bras de sa mère et ouvrit le tiroir de la table de chevet qui n'était pas utilisé par la brune.

-J'ai ça ! Remarqua-t-il en montrant le bandeau pour les yeux qu'il détenait.

N'ayant pas plus envie qu'Henry de se séparer, Regina obtempéra bien vite. Ouvrant le drap, elle s'installa contre ses oreillers et fit signe à l'adolescent de la rejoindre. Il ne se fit pas prier et n'hésita pas, cette fois-ci, à se coller contre sa mère et passer son bras sur son ventre.

-Dormons, maintenant. Ordonna Regina.

-Je peux te poser une question encore ?

-Oui.

-J'ai vu un jour que le Docteur Hopper avait un dossier sur toi. J'ai eu peur que tout ce que je lui disais, il ne te le répète. J'ai voulu entrer chez lui pour récupérer ton dossier et le lire, mais après réflexion, je me suis dit que je t'aurais haï si tu avais fait ça et que c'était probablement trop intime pour me permettre ça. Je n'ai rien fait, mais je me demande toujours si je peux faire confiance au Docteur Hopper.

-Jamais je n'ai demandé au Docteur Hopper de me raconter quoi que ce soit, Henry. De toute façon, même si je l'avais fait, il ne m'aurait jamais rien dit. Crois-moi, le Docteur Hopper est marié au secret professionnel.

-Donc tu as été sa patiente.

-Oui.

-Est-ce que tu l'as vu à cause de l'enquête ? Osa-t-il après quelques instants.

-L'enquête en est la conséquence, oui.

-Et toi aussi, tu as été au camp, n'est-ce pas ?

-Oui.

Peu certain de pouvoir poser plus de questions, Henry attrapa le bandeau et se cala à nouveau contre sa mère, préférant ne pas gâcher le merveilleux moment qu'ils venaient de créer. Parfaitement installé, il soupira d'aise et dit :

-Bonne nuit. Je t'aime, maman.

Comment l'effet d'une bombe, ses mots déferlèrent dans le corps de la brune qui sembla suffoquer sous le coup de ses émotions. Tentant de paraître la plus discrète possible, elle laissa toutefois ses larmes couler le long de ses joues. Ses mots, elle les avaient tant espérés ces derniers mois qu'elle avait finis par les oublier. Ou plutôt les renier, pensant ne pas être digne pour recevoir de pareils cadeaux. Mais voilà qu'enfin, elle semblait enfin atteindre du bout du doigt ce titre qu'elle avait tant affectionné. Maman.

Oui, il n'y avait aucun doute. En faisant quelques efforts, en se battant, l'obscurité de notre monde peut être transformée en un parfait tableau coloré…