29 ~ Il n'y a que deux catégories de personnes dans ce monde : celles qui se résignent et celles qui se battent.

-Il n'agit comme ça que parce qu'il veut se racheter auprès de Ruby. Chuchota David en enjambant des branches avant d'offrir sa main à Regina en parfait gentleman.

-Qu'est-ce que cela peut te faire ?

-On ne peut pas lui faire confiance. Il nous a trahis et il a essayé de me tuer. Je crois que tu as oublié cette partie-là.

-Je n'ai pas oublié, David. Mais il est notre seule chance d'avancer rapidement et d'arrêter à temps cette livraison alors garde tes ressentiments pour toi.

-Ça te va bien de dire ça alors que tu as mis des semaines à accepter Emma et que tu continues à vouloir la garder à distance. Reprocha David.

-Et tout cela est de la propre initiative de Miss Swan. Répondit avec sarcasme la politicienne.

Marmonnant des mots inaudibles, David leva les yeux au ciel tout en se penchant rageusement pour éviter une branche.
D'ordinaire très conciliant et très optimiste, il ne parvenait cette fois-ci pas à faire confiance à son ancien collègue. Toute l'amertume qu'il avait enfouie au fond de lui contre cet homme, pour le bien de son enquête, avait eu l'occasion de s'évader de lui au moment même où l'ancien militaire avait vu sa couverture être grillée. Désormais, David voulait qu'il paye et ne souhaitait certainement pas accorder son pardon à l'homme qui avait manqué de le tuer et qui avait fait souffrir sa femme. Il est certain que les choses n'auraient pas abouti à la même conclusion s'il ne s'était pas attaché à la Bostonienne et s'il n'avait pas tout fait pour l'inclure... Mais avec des "si", on pourrait refaire le monde. Rien à voir ! Emma est une personne de confiance. Graham, non.

-Il ne nous aide que pour se racheter.

-Et alors ? Tant que cela nous est utile ? S'agaça la brune en accélérant le pas, souhaitant rattraper les deux qui la devançaient d'une dizaine de mètres. C'est notre seul espoir pour le moment, puisque Peter persiste à être une énigme.

-Mmh... Se contenta de dire David en accélérant à son tour. D'ailleurs, en parlant de ça, tu ne m'as pas dit ce que Peter t'avait appris pour que tu sois si bouleversé l'autre jour où tu as dormi à la maison. L'arrêta-t-il.

-Rien. Dit-elle avant de repartir, n'ayant décidément aucune envie de se replonger dans cette journée.

Avec chance, David n'eut pas le temps de rebondir puisqu'ils venaient d'arriver au point de livraison.
Observant les alentours, Emma devait s'avouer être déçue. Elle s'était imaginé quelque chose de bien plus impressionnant qu'un simple terrain creux.

-C'est tout ? Ça n'a rien de vraiment impressionnant. Remarqua-t-elle justement.

-Il n'y a pas vraiment besoin de plus. On est à quinze kilomètres du Couvent, à peu près. Et c'est facilement accessible pour eux pour transporter les... les enfants. Expliqua nerveusement Graham.

-Et une fois que c'est fait ?

À ces mots, Graham se retourna et se dirigea vers le talus qui se trouvait juste derrière lui. Tâtonnant la terre au niveau de sa taille, Graham en ressortit une chaîne qu'il tira d'un geste brusque. À la surprise de tout le monde, cette fois-ci, une porte se révéla et tomba à grande vitesse sur le sol, libérée de ses chaînes qui se déroulèrent avec bruit, faisant s'envoler les oiseaux qui jouaient les curieux juste au-dessus de leur tête.

-C'est ça qui doit être préparé. C'est une surprise pour personne, Storybrooke est construite sur des mines. Si les mineurs les connaissent toutes, ils ne savent pas que celles qui se sont effondrées, il y a des années de ça, ont été réhabilitées. Ces dernières années, les mines ont été creusées à nouveau, consolidées. Les sœurs nous amènent la marchandise et nous, on fait passer cette marchandise dans les galeries qui amènent jusqu'au port.

-La sortie de la galerie se trouve dans le hangar de Monsieur Gold, n'est-ce pas ? Questionna Regina.

-Oui.

-Pourtant, j'y suis allée avec Monsieur Jones le soir où tu as agressé David. Accusa-t-elle. Et si nous avons saisi que tout était entreposé là-bas avant d'être envoyé ailleurs, nous n'avons trouvé aucune porte de sortie pour toutes ces mines.

-Même si c'est sur sa propriété privée, Monsieur Gold reste très méticuleux. Comme ici, la porte est camouflée.

-Donc toi, tu fais quoi ? Demanda Emma en s'avançant vers la bute éventrée.

-J'établis le chemin le plus rapide et le moins dangereux. Ces mines sont bourrées de croisements. Une erreur et on peut tourner là-dedans jusqu'à la mort.

-Si vous avez vos propres mines, pourquoi vous avez fait fuir les mineurs ? Questionna David.

-Elles sont fragiles et s'écroulent. Hum... Ce sont les orphelins du Couvent qui creusent les mines. Ils n'ont pas vraiment le savoir-faire pour ce genre de travail. Bref, récemment, douze personnes sont restées coincées après un effondrement avec la marchandise. Monsieur Gold a considéré que c'était un risque bien trop grand et qu'il fallait donc se tourner vers des mines plus sûres. Ils voulaient les engager pour travailler pour lui, mais les mineurs ont refusé.

-Avec tout ce que j'ai entendu sur Gold, j'aurais cru qu'il ne se contenterait pas d'un simple non. Ironisa Emma.

-Tu as raison. À l'origine, il voulait en tuer quelques-uns pour faire peur et donc forcer les autres à travailler pour lui. Mais finalement, Leroy a été assez malin pour aller te voir dès que les menaces sont devenues plus brutales, si j'ai bien compris. Dit-il en s'adressant à la mairesse.

-C'est vrai. Répondit nonchalamment Regina alors que tous les regards étaient sur elle.

-Et c'est tout. Juste c'est vrai ? Rétorqua Emma en haussant un sourcil.

-Monsieur Gold ne leur a rien fait parce qu'il savait que cela se verrait. Ce sont des hommes connus et reconnus en ville. Un accident peut passer, certainement pas une dizaine. Expliqua la Portoricaine d'un ton condescendant. Bien, et si nous nous rendions plutôt sur ce camp ?

-Je ne connais qu'une partie de la route.

-C'est mieux que rien.

-Je peux vous y emmener. Accorda Graham en tirant la porte. Mais je ne vois pas vraiment à quoi cela va servir. Le camp est inaccessible. Il y a des surveillants à n'importe quelle heure de la journée et pénétrer dans le camp relève de l'impossible. Franchement, je ne vois pas trop ce que vous pouvez bien faire à trois.

-L'avantage dans tout cela, c'est que je ne t'ai jamais demandé de réfléchir, mais simplement de nous montrer, Graham. Alors contente-toi de faire cela.

Embarrassé, l'homme se racla la gorge avant de les mener jusqu'à ce qu'ils désiraient, avec la désagréable sensation de courir droit vers l'échafaud. Était-ce par peur de se faire prendre par son patron ou par peur que la brune ne se rende compte qu'il ne savait réellement pas où se trouvait le camp ? Il n'en savait trop rien. Toutefois, probablement par pure folie et, poussée par son désir d'acceptation, il se rapprocha de la Portoricaine.

-Je... Débuta-t-il pathétiquement, déglutissant difficilement à cause de sa gorge soudainement trop sèche pour y faire glisser un seul mot. Je regrette sincèrement tout ce que j'ai fait.

-Que veux-tu que cela me fasse ? S'agaça Regina.

-Je voulais simplement m'excuser pour tous les coups bas que j'ai pu faire et les choses horribles que... Enfin bref, j'étais perdu, je m'en rends bien compte.

-Il est un peu tard, tu ne trouves pas ? Ce n'est certainement pas parce que tu nous aides que cela fait de toi quelqu'un de bien ou que cela signifie que tu seras absous de tes péchés.

-Je le sais. Et ce n'est pas ce que je veux. Je sais très bien que tout ce que j'ai fait n'est pas pardonnable. Avoua-t-il avant de se mettre à rire. J'ai fait tout ça pour ne plus me sentir noyé sous le poids de ma culpabilité. Je me rends compte qu'en plus de m'être sérieusement voilée la face, je n'ai fait que mettre un peu plus de plomb sur ma culpabilité. Je ne mérite sérieusement pas Ruby. Bredouilla-t-il.

Comme de fait, Regina se fit violence pour ne pas lever les yeux au ciel. Il n'y avait aucun doute sur le fait qu'elle n'avait absolument pas envie d'entendre et d'écouter Graham Humbert se lamenter sur les erreurs qu'il avait pu faire dans sa vie. Pourtant, si Regina était prise d'un ennui profond à l'écoute des tribulations de l'ancien militaire, les prochains mots qu'elle prononça suffirent à surprendre les deux bavards.

-Il n'y a aucun doute quant au fait que Ruby ne te mérite pas. Mais elle est bien assez grande pour décider ce qui est bon pour elle ou non. Alors si tu veux réellement la mériter, cesse donc de t'apitoyer sur ton sort et de prendre des décisions plus stupides les unes que les autres. Prends celles qui s'imposent, pas celles qui te plaisent. Agis et conduis-toi en quelqu'un de bien et d'honnête, arrête de subir, et peut-être qu'un jour, tu la mériteras.

Bêtement, Graham se contenta de hocher la tête de haute en bas avant d'avancer d'un pas déterminé. Il allait être un autre homme et il allait se laver de toute cette culpabilité qu'il se trimballait depuis bien trop longtemps.

OoO

Ils avaient marché encore deux heures pour se retrouver en plein milieu... de nulle part. Fatiguée, Emma tentait de comprendre comment il était possible qu'elle ait pu marcher toutes ces heures dans la forêt pour se retrouver avec rien. Évidemment que Graham les avait prévenus en leur disant qu'ils ne connaissaient qu'une partie de la forêt. Mais bon sang, à quoi cela avait-il donc servi mis à part leur faire perdre du temps ?!

-Je vous l'ai dit, je ne sais pas où se trouve le camp. Je n'y suis jamais allé. Et je n'ai jamais eu aucune envie d'aller y jeter un œil.

-Alors maintenant qu'on est là, on fait quoi ? On ratisse de long en large jusqu'à tomber sur ce foutu camp. S'énerva David.

-Non, il faut suivre les indications. Dit-il en montrant du bout de son doigt le ciel.

Mécaniquement, ils relevèrent la tête pour y apercevoir des rubans accrochés sur les branches des arbres.

-C'est ça les indications ? Ça par dans tous les sens. Remarqua Emma.

-Je ne les ai jamais comprises.

-Ça ne me paraît pourtant pas vraiment compliqué. Remarqua Regina. Rouge, orange, jaune, blanc et bleu. J'imagine que c'est le rouge qu'il faut suivre.

-Pourquoi ?

-Les étoiles ont plusieurs couleurs selon leur température. Rouge est la température la plus froide et bleu, la plus chaude.

-Si je comprends bien, c'est comme le jeu comme quand on était gosse. Il faut suivre les couleurs selon notre rapprochement jusqu'à atteindre le ruban bleu qui devrait être notre point d'arrivée ? S'enthousiasma Emma, particulièrement charmée par cette piste.

Acquiesçant dans le vague, l'attention de Regina se fixa totalement sur le puits juste derrière Emma. Comme appelé par la petite construction en pierre, Regina s'en approcha doucement et se mit à faire le tour. Passant ses doigts sur une pierre cassée, ses yeux se voilèrent soudainement.

Elle courait encore alors que ses jambes ne la portaient plus. Elle retint à nouveau un sanglot alors qu'une branche venait de la percuter. Encore. Elle n'y voyait plus rien. Il faisait noir et ses yeux remplis de larmes ne lui permettaient pas d'avoir une vision claire du chemin qu'elle devait prendre.
Persuadée d'être toujours poursuivie, elle reprit sa course avec l'affreuse sensation d'avoir son traqueur juste derrière elle. Alors qu'elle courait encore au beau milieu de cette forêt sans même savoir où elle allait, ses pieds se prirent dans une corde et elle tomba à terre. Son souffle se coupa lorsque sa poitrine claqua contre le sol, mais elle se releva immédiatement. Sa main abîmée se crispa au creux de cette pierre brisée comme pour s'en servir de prise afin de pouvoir se relever. Posant sa joue contre la pierre froide de ce puits, elle s'accorda quelques secondes avant de se relever et de se remettre à courir.

-Tu vas bien ? S'inquiéta David en observant son amie dont le teint était désormais livide.

Papillonnant des yeux, Regina observa le blond d'un air légèrement hagard. Toujours sous le choc des images qui venaient de s'inviter dans son esprit, la brune se contenta de nier.

-On rentre. Ordonna-t-elle.

OoO

Soupirant de soulagement en apercevant enfin les fleurs violettes qu'elle avait vu quelques minutes après le début leur périple, Emma se détendit enfin.

-Au fait, j'ai oublié de te demander. Qu'est-ce que tu sais sur le Docteur ? Demanda Emma sans détour.

-Qui ? Feignit Graham.

-Ne fais pas semblant, je sais que tu sais qui c'est. Si tu veux qu'on te fasse confi...

-Je ne sais pas grand-chose sur lui, mis à part qu'il me fait sacrément flipper.

-Plus que Gold ?

-C'est pas pareil. Gold est froid et calculateur, mais rarement imprévisible. Lui, si.

-C'est quoi son rapport avec Gold.

-Aucune idée.

-Où est-ce qu'il travaille, ce docteur ?

-Ce n'est probablement pas ce que tu crois. S'amusa nerveusement le barbu. On l'appelle comme ça parce qu'il fait tout un tas d'expériences bizarres. Je sais qu'il a été médecin, mais rien de plus. On lui a amené plusieurs corps... Il ne se mêle pas vraiment aux affaires de Gold. Je crois qu'ils ont juste un arrangement du genre, "tu ne dis rien, je ne dis rien". Bafouilla-t-il.

-Et où on le trouve ?

-Il vit reclus dans la forêt. Pas très loin du prochain point de livraison d'ailleurs. Je crois que ça fait des siècles qu'il n'a pas mis les pieds en ville. En fait, les rares fois où je suis entré en contact avec lui, c'était bref et certainement pas pour discuter.

-Mmh, d'accord.

-Comment tu as entendu parler de lui, d'ailleurs ?

-Tu te souviens de la fois où je t'ai arrêté ? J'en ai profité pour y glisser un mouchard et on t'a entendu avec Gold, le soir même.

-Sérieux ? Putain. Souffla Graham en passant ses mains dans ses cheveux.

-Ouais, fin... Je ne sais pas ce que tu as foutu après avec ta veste parce que je n'ai plus rien, plus un son, plus une trace si ça peut te rassurer.

-Ah... Marmonna Graham, mal à l'aise en repensant à sa mésaventure d'il y a quelques jours qui pourrait bien être la cause de la destruction du mouchard.

Il n'en pouvait plus. Sa tête allait exploser. Il en était sûr. Ça ne pouvait pas être autrement. Il avait l'impression d'être encerclé dans un tourbillon de questions plus brutales les unes que les autres.
Il ne pouvait pas trahir Monsieur Gold. Impossible. Pas après tout ce qu'il avait fait pour lui. C'était grâce à l'antiquaire s'il avait abandonné ses lamentations et ses cauchemars. Grâce à lui, s'il avait acquis suffisamment d'argent pour l'envoyer aux familles de ses frères. Grâce à Monsieur Gold, s'il avait enfin acquis un peu de reconnaissance dans les yeux de certains. Il était devenu adjoint du shérif dans une ville qui l'appréciait. Son patron lui faisait confiance. À sa manière, évidemment. Il le savait. C'était grâce à Monsieur Gold, s'il avait pu se relever... À cause de Monsieur Gold s'il était devenu un monstre. À cause de lui s'il avait renié son âme et ses principes pour de fausses croyances. À cause de lui, s'il supportait encore moins son reflet dans les miroirs...

Ruby, elle, ne lui avait encore rien fait de néfaste. Il se sentait bien avec elle. Il ne voulait pas la perdre. Il l'aimait. Aucun doute là-dessus. C'était la seule personne avec qui, il ne se sent pas forcé d'être quelqu'un d'autre. D'agir pour plaire. Enfin, il est lui-même. Enfin, il est serein.

Mais serait-ce suffisant aux yeux de ses parents ? Que lui conseilleraient-ils ? De choisir l'homme qui l'avait relevé ou la femme qui l'élevait ?

Tant de questions auxquelles il ne parvenait pas à obtenir une réponse claire. Son esprit semblait bien trop embrumé par tout cela. Il fallait noyer tous ses questionnements.

Sans réfléchir plus longtemps, il s'avança dans la mer jusqu'à avoir de l'eau dans sa taille.

Sa tête semblait être prise dans un étau. Il n'arrivait pas à prendre une décision. Trahir l'homme qu'il fantasmait comme un père ou la femme qu'il fantasmait comme l'amour de sa vie ?
Soudainement, pour faire taire tous ces diables qui jacassaient au creux de son oreille, Graham se laissa lourdement tomber dans l'eau, espérant enfin alléger ses souffrances. En étoile, il se laissa guider par les vagues. En même temps que son oxygène se raréfiait, ses énigmes se dissipèrent. Mais il préféra rester encore un peu sous cette eau qui semblait le protéger du monde extérieur. Tant pis s'il commençait à suffoquer, tant pis si sa gorge convulsait, il voulait rester ici. Il était bien ici. Sans culpabilité. Sans question. Sans rien.

Mais la panique l'obligea à se redresser vivement hors de l'eau, prenant une grande bouffée d'oxygène. Comme s'il venait de se réveiller, Graham tournoya sur lui-même comme s'il essayait de savoir où il se trouvait. Choqué par ce qu'il venait de tenter de faire, l'ancien militaire se dépêcha de sortir de cette mer qui avait failli l'appeler pour de bon et l'emmener dans ses abîmes.
Une fois sur la terre ferme, il se laissa tomber sur le dos, ignorant les vagues qui tentaient toujours de le rappeler à elles en passant sous son dos.

Il avait failli faire une bêtise. Encore. Mais il savait désormais qui il devait aider et qui il devait trahir.