Hello !
Que dire à part mille mercis pour l'accueil que vous avez réservé au premier chapitre !
Alixe, starblight, Chandrama, Sarah70801, et Fan miraculous, merci pour vos reviews qui font tellement plaisir et j'espère que vous allez aimer ce qui arrive !
Merci à vous qui lisez silencieusement, qui cliquez sur "Favorite" ou sur "Follow" et qui attendez impatiemment la suite, ça fait chaud au coeur.
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CHAPITRE 2
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Lorsque Ladybug arriva Place du Châtelet, elle ne prit pas la peine de chercher une entrée pour se faufiler discrètement dans le manoir : elle avait repéré la fenêtre ouverte de la chambre d'Adrien. Elle se propulsa grâce à son yo-yo et atterrit silencieusement dans la pièce, tout en cherchant le jeune homme des yeux.
- Adrien ? appela-t-elle, un peu nerveuse d'avoir ainsi fait irruption dans sa chambre.
Seul l'écho de sa voix résonna dans la pièce vide. Mais où était-il ? Elle connaissait suffisamment son emploi du temps pour savoir qu'il aurait dû se trouver chez lui à cette heure-ci, et son absence ne présageait rien de bon. Elle tenta à nouveau d'appeler Chat Noir, mais son communicateur bascula directement sur messagerie. De plus en plus inquiète, elle cherchait à comprendre ce qui avait bien pu se passer. Est-ce qu'Adrien avait eu un imprévu qui l'avait obligé à s'absenter, ignorant tout des derniers évènements ? Est-ce que Chat Noir était en plein combat et avait dû momentanément se détransformer pour nourrir son kwami entre deux cataclysmes, ce qui expliquerait son communicateur déconnecté ? Et si Adrien avait découvert que son père était le Papillon et que Chat Noir avait tenté de l'aider ?
La disparition simultanée des deux garçons la préoccupait ; elle espérait de tout cœur qu'il ne leur était rien arrivé. Pourquoi avait-il fallu qu'elle se retrouve à l'autre bout de Paris pile à ce moment-là ? Elle s'en voulait terriblement de ne pas avoir pu arriver plus rapidement sur place.
Dépliant son yo-yo, elle vérifia qu'aucune alerte akuma n'avait été lancée.
Rien.
Le calme avant la tempête.
Elle prit une grande inspiration, essayant de garder la tête froide. Une des premières choses à faire était de trouver le repère du Papillon. Si Chat Noir lui avait donné rendez-vous ici, cela signifiait que sa tanière se trouvait forcément quelque part dans le manoir. Mais par où commencer ?
Le temps pressait, aussi se décida-t-elle à agir. Elle colla son oreille contre la porte, attentive au moindre bruit. Aucun son ne lui parvint : le hall semblait désert. Elle sortit prudemment et commença à explorer les lieux, rongée par l'anxiété et le cœur pulsant à mille à l'heure. Elle tentait de ne pas se focaliser sur l'inquiétude qu'elle ressentait vis-à-vis d'Adrien et de Chat Noir et se concentra sur sa recherche.
C'était la première fois qu'elle se retrouvait au cœur d'une bataille sans son fidèle partenaire, et la perspective d'affronter le Papillon en tête à tête ne l'enchantait guère. Mais si les deux garçons étaient en danger, elle se jura de tout faire pour les sortir de là.
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Ladybug tournait depuis un bon moment dans le manoir et commençait sérieusement à déchanter. Rien. Pas l'ombre d'un indice qui aurait pu lui indiquer la direction du repère du Papillon ou bien qui lui aurait permis de retrouver Chat Noir. Elle ne pouvait s'empêcher de se dire que si son coéquipier avait pris la peine de la faire venir jusqu'ici, il lui aurait laissé des indices pour le retrouver avant de disparaître. Son rythme cardiaque accéléra à l'idée persistante qu'il lui était certainement arrivé quelque chose juste après son coup de fil, et elle prit une grande inspiration pour tenter de se calmer. Paniquer ne fera en aucun cas avancer les choses.
Recroquevillée dans les escaliers du hall dont les rideaux avaient été tirés, elle réfléchissait à toute vitesse. Le portait d'Adrien et de son père tout de noir vêtus la dévisageait, et le regard triste d'Adrien lui serrait le cœur. Quel horrible tableau. Pourquoi diable Gabriel Agreste tenait-il absolument à afficher leur deuil de façon aussi monumentale dans ce hall dénué d'âme ?
Par acquis de conscience, elle passa ses doigts derrière le cadre pour vérifier qu'il ne dissimulait pas une entrée cachée ou bien un quelconque mécanisme, mais elle se figea brutalement dans son mouvement lorsque des éclats de voix parvinrent jusqu'à ses oreilles. Les voix semblaient provenir de la salle à manger, mais surtout, elles se rapprochaient. Vite, il fallait qu'elle disparaisse avant d'être découverte. Elle avisa la porte entrebâillée du bureau du créateur et s'y faufila sans un bruit.
Il était moins une : les deux voix s'étaient arrêtées dans le hall, à deux pas de l'endroit où la jeune fille se tenait deux secondes plus tôt. Ladybug se cacha dans la pénombre et attendit en tendant l'oreille.
- Qu'est-ce que vous comptez faire lorsque Ladybug va arriver ? demanda une voix féminine.
- Adrien l'a peut-être prévenue, elle va forcément essayer de descendre. Il faut la surprendre avant qu'elle n'ait pu trouver le passage. Il est hors de question qu'elle mette les pieds en bas, l'endroit a été suffisamment perturbé comme ça. Emilie a besoin de calme.
« Emilie ? » pensa Ladybug avec étonnement.
La mère d'Adrien ? Que venait-elle faire dans cette histoire ? N'était-elle pas censée avoir disparu ? Et pourquoi Adrien l'aurait-il prévenue ? Prévenue de quoi ?
Elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions : Gabriel Agreste et son assistante venaient d'entrer dans la pièce. Ladybug se recroquevilla derrière le bureau et retint sa respiration, le sang cognant dans ses tempes. Elle ne s'était jamais sentie aussi proche de découvrir la clé de l'énigme.
Gabriel Agreste se planta devant son assistante, les deux mains dans son dos, semblant réfléchir à toute vitesse.
- Nathalie, je ressens des émotions négatives autour de nous, un akuma ne sera pas de trop pour attirer Ladybug par ici. Je vais monter. Faites une ronde au rez-de-chaussée et prévenez-moi lorsqu'elle arrive. Nooroo, suis-moi, ordonna-t-il sèchement.
Avec ces mots qui glacèrent le sang de Ladybug, Gabriel Agreste tourna les talons et se dirigea vers l'immense peinture qui trônait dans la pièce. Ladybug le vit effleurer le tableau des mains et elle nota mentalement les emplacements sur lesquels il appuya. Le souffle court, elle le fixait du regard alors qu'il disparaissait, comme aspiré par le sol.
Elle en resta un instant étourdie : en l'espace d'une seconde, elle venait non seulement d'avoir la confirmation de l'identité du Papillon, mais elle avait également très certainement trouvé l'entrée de sa tanière.
Un frisson parcourut l'échine de Ladybug lorsqu'elle se remémora ses rares interactions avec le créateur. D'après Adrien, il avait toujours été un homme assez froid et dur, mais cette découverte ajoutait un nouveau degré d'antipathie au personnage.
Pauvre Adrien. Il ne méritait vraiment pas ça.
Ladybug se redressa légèrement, perdue dans ses pensées. Comment diable Chat Noir avait-il fait pour découvrir la tanière du Papillon ? Gabriel Agreste ne sortait que très rarement de chez lui, et c'était en partie ce qui avait rendu la tâche de le démasquer si ardue, réalisa-t-elle.
Elle ouvrit à nouveau son yo-yo pour appeler Chat Noir mais son communicateur restait obstinément déconnecté. Elle fit apparaître la géolocalisation, toujours en vain : le traceur de son partenaire n'apparaissait pas à l'écran.
- Mais où est-ce que ce chat de malheur a bien pu disparaître ? s'énerva-t-elle intérieurement.
Elle n'avait plus le choix. Elle devait agir.
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Ladybug patienta un long moment cachée derrière le bureau, attentive au moindre bruit ou mouvement autour d'elle. Une fois certaine que Nathalie n'allait pas revenir, elle se dirigea vers le tableau monumental, son cœur cognant douloureusement contre sa cage thoracique. Elle ne pouvait plus reculer à présent.
D'un air déterminé, elle posa ses doigts sur la peinture et enclencha le mécanisme.
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Adrien paniquait de plus en plus à l'intérieur de la capsule de verre. Il n'aurait su dire depuis combien de temps il s'égosillait dans l'espoir que quelqu'un l'entende, désespéré à l'idée de rester enfermé ici. Sa gorge était desséchée par l'angoisse, et ses gestes se faisaient de plus en plus désordonnés. Il tirait comme un fou sur ses liens mais la corde était bien serrée et commençait à lui entailler douloureusement les poignets. Qu'est-ce qu'il pouvait détester son père à l'instant présent !
Il continuait à frapper du pied contre la vitre en hurlant, mais l'espoir de se sortir de là s'amenuisait de plus en plus.
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L'ascenseur descendit lentement, emportant Ladybug dans les entrailles du manoir. Tout comme Chat Noir quelques heures plus tôt, elle ouvrit des yeux ronds lorsqu'elle aperçut la gigantesque salle à travers la paroi vitrée. L'ascenseur s'immobilisa au niveau de la plateforme, et la porte de verre s'ouvrit sans un bruit. Ladybug posa un pied sur le sol, ne pouvant détacher ses yeux de la cathédrale de verdure. L'endroit était aussi beau qu'il donnait la chair de poule, et la jeune fille espérait de tout cœur ne pas devoir s'y éterniser.
Un mauvais pressentiment l'envahit, pressentiment qui fut confirmé lorsqu'elle distingua des centaines de papillons blancs qui voletaient dans tout l'espace.
Son regard fut soudain attiré par le cratère calciné au beau milieu de la passerelle, et son cœur manqua un battement : aucun doute, il n'y avait que le Cataclysme de Chat Noir pour créer de tels dégâts. Son coéquipier était donc bien passé par ici !
Elle s'apprêtait à ouvrir son yo-yo pour tenter de l'appeler une énième fois lorsqu'elle interrompit son mouvement. Elle avait entendu une voix, elle en aurait mis sa main à couper. Tous ses sens en alerte, elle tourna vivement la tête de droite à gauche, cherchant à en localiser la provenance. La voix était étouffée, mais surtout... elle semblait appeler à l'aide. Est-ce que cela pouvait être...?
- Chat Noir ? appela-t-elle, le cœur pulsant à toute vitesse sous sa poitrine.
Sa voix résonna à l'infini dans l'antre, semblant rebondir sur les parois. Ladybug se précipita et courut jusqu'à la passerelle, esquivant d'un bond souple le trou béant calciné.
- Au secours !
La voix était proche. Les yeux de Ladybug étaient rivés sur les capsules au milieu de la plateforme dont le verre scintillait, illuminé par la lumière tamisée qui perçait à travers l'immense vitrail en forme de papillon. Ladybug accéléra, le cœur battant à tout rompre.
- Chat Noir ! Tiens bon, j'arrive !
Elle y était presque.
- Chat N...
Elle s'interrompit abruptement lorsqu'elle se retrouva face à la capsule de verre.
Ce n'était pas Chat Noir qui se trouvait à l'intérieur.
Son cœur s'arrêta.
- A-Adrien ? s'entendit-elle prononcer, les yeux écarquillés de surprise.
Elle ne comprenait plus rien. Que faisait Adrien ici tout seul, enfermé dans le sous-sol de sa propre maison ? Et où était Chat Noir ?
Lorsque le regard d'Adrien se posa sur elle, elle sentit ses jambes trembler.
- Ladybug... lâcha Adrien, visiblement soulagé de la voir.
Il avait l'air épuisé. Sa voix était rauque, et Ladybug se demanda depuis combien de temps il s'égosillait, enfermé dans cet endroit. Elle se ressaisit et posa ses deux mains à plat sur la paroi de verre, le cœur battant à tout rompre.
- Adrien, est-ce que ça va ? demanda-t-elle d'une voix qu'elle aurait voulue plus ferme.
Voyant qu'Adrien semblait très agité, elle ajouta :
- Attends, je vais te sortir de là.
Elle passa ses doigts gantés sur le rebord de la capsule et trouva rapidement le mécanisme à actionner pour l'ouvrir. Lorsque le couvercle de verre se souleva, Adrien se redressa d'un bond, haletant. Ladybug s'empressa de défaire ses liens sans le quitter des yeux, une vive inquiétude se lisant dans son regard. Que lui était-il arrivé ? Elle remarqua que ses poignets étaient brûlés par la corde, et son estomac se retourna à l'idée qu'il avait dû se débattre pour tenter de se libérer.
A peine délivré, Adrien sauta hors de la capsule et il se cramponna de toutes ses forces à Ladybug, tremblant de la tête aux pieds. Sa cage thoracique se soulevait et se dégonflait de façon totalement anarchique, et il avait toutes les peines du monde à maîtriser sa respiration.
Cette soudaine proximité surprit Ladybug qui sentit son cœur s'emballer. Son visage s'empourpra violemment, mais elle ressentait une telle détresse chez Adrien qu'elle brava son habituelle timidité et le serra tout contre elle pour le rassurer.
Elle savait qu'il détestait être enfermé : elle avait fait l'erreur de le cacher dans un sarcophage au Louvre quelques années auparavant en voulant le protéger. Le pauvre était complètement paniqué. Depuis combien de temps était-il enfermé ici ? Et surtout, qui l'avait enfermé ainsi ? Si elle trouvait le coupable, Ladybug se jura de le lui faire payer.
Elle tentait tant bien que mal de le calmer, passant sa main en cercles apaisants dans son dos et lui murmurant des paroles rassurantes à l'oreille. Son cœur battait très fort mais elle n'y prêtait pas attention : Adrien n'était pas bien du tout, et les sentiments qu'elle éprouvait pour lui n'avaient pas leur place ici. Tout ce qui lui importait pour le moment était de le réconforter.
Alors qu'elle le serrait dans ses bras, cette étreinte lui sembla si familière qu'elle en fut troublée. Mais elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions : Adrien finit par se redresser lentement et resta maladroitement planté devant elle, le regard fuyant. Ladybug remarqua ses yeux rougis ; son regard d'émeraude habituellement vif et pétillant était à présent complètement voilé. Sans hésiter, elle posa ses mains sur ses avant-bras pour le rassurer et lui demanda d'une voix douce :
- Adrien, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Pour toute réponse, Adrien jeta un regard incertain à la capsule à côté de lui. En suivant son regard, Ladybug réalisa qu'elle s'était tellement focalisée sur le jeune homme qu'elle ne s'était pas rendue compte que la seconde capsule de verre n'était pas vide. Son sang se glaça en reconnaissant le visage de la personne qui se trouvait à l'intérieur : Adrien lui avait déjà montré des photos de sa mère, mais la ressemblance était tellement frappante que Ladybug n'eut pas besoin de cela pour la reconnaître. Emilie Agreste était censée avoir disparu plus de quatre ans auparavant, que faisait-elle ici ? Était-elle simplement endormie, ou bien... ?
Un frisson parcourut son échine. Ladybug leva vivement les yeux vers Adrien et serra ses mains avec émotion.
- Que... Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? osa-t-elle demander, la bouche soudain très sèche.
Adrien poussa un soupir.
- Je n'en sais rien, avoua-t-il. J'ai surpris mon père en train de descendre dans cet endroit dont j'ignorais complètement l'existence, et j'ai découvert ma mère ici, enfermée dans cet espèce de cercueil alors ça fait plus de quatre ans que je la croyais disparue...
Il se mordit les joues et prit une longue inspiration pour tenter de refouler le chagrin qui menaçait de l'envahir de nouveau.
- Mon père... C'est lui le Papillon, confirma-t-il en se tournant vers Ladybug. C'est pour ça qu'il veut les Miraculous du Chat Noir et de la Coccinelle. Pour faire revenir ma mère.
Adrien détourna le regard et serra les poings, son corps extrêmement tendu.
Ladybug se sentit soudain très inquiète pour lui. Son regard se posa sur la capsule de verre dans laquelle Adrien était retenu prisonnier quelques instants plus tôt et elle fut soudain envahie par une colère à peine contenue.
- C'est ton père qui t'a enfermé là-dedans ?
Adrien acquiesça d'un air sombre, et Ladybug laissa exploser sa rage.
- Mais quelle ordure ! Son propre fils ? s'exclama-t-elle, scandalisée. Je te jure que si je le retrouve, non seulement je vais récupérer son Miraculous une bonne fois pour toutes, mais je vais en faire de la chair à pâté !
Sa fureur redescendit d'un seul coup lorsqu'elle réalisa qu'elle avait peut-être blessé Adrien avec ses paroles un peu trop spontanées. Papillon ou pas, Gabriel Agreste restait tout de même son père. Mais contre toute attente, elle vit Adrien esquisser un sourire désabusé.
- Merci Ladybug. Honnêtement, ce n'est pas l'envie qui m'en manque.
Un silence tomba entre eux.
- Je le déteste tellement, lâcha-t-il. Tout ce qu'il nous a fait subir... Quand je pense qu'il m'a menti pendant des années ! Ma mère était sous mes pieds, là, toute seule dans cet endroit et je n'en savais absolument rien ! Mais en même temps... Je n'arrive pas à en vouloir complètement à mon père, il voulait juste ramener Maman. Mais c'est tellement ignoble tout ce qu'il a fait ! Je ne sais plus quoi penser. Toute cette histoire... C'est...
Adrien laissa échapper un grognement de frustration en enfouissant son visage dans ses deux mains.
- Je suis vraiment désolée Adrien, murmura Ladybug du bout des lèvres.
A travers ces mots, Ladybug n'était pas simplement désolée pour ce qui venait de lui arriver. Elle était désolée que son père se soit révélé être l'homme qui terrorisait Paris depuis presque quatre ans. Elle était désolée de la façon dont il le traitait depuis des années, comme si Adrien avait cessé d'exister au moment où sa femme avait disparu. Elle était désolée qu'il n'ait jamais pu avoir une vie normale, qu'il ait été privé de liberté, d'amour et d'affection. Elle était désolée qu'il ait été blessé et séquestré ici par la seule famille qui lui restait. Mais par-dessus tout, elle était désolée de ne pas être arrivée à temps pour le protéger.
Adrien n'avait déjà pas une vie facile, mais à présent, Ladybug se demandait comment il ne s'était pas déjà effondré face à ces révélations qui ajoutaient un poids de plus sur ses épaules, et pas des moindres.
Ladybug réfléchissait à toute vitesse. Le plus important à présent était de sortir d'ici et de mettre Adrien à l'abri. Il n'était plus en sécurité dans sa propre demeure.
Elle contemplait le trou béant au milieu de la passerelle et son corps fut parcouru d'un nouveau frisson. Elle se tourna vivement vers Adrien.
- Adrien, est-ce que tu as vu Chat Noir ? Il est forcément venu ici, il n'y a que son Cataclysme qui a pu faire ça, se justifia-t-elle en désignant le cratère calciné.
Adrien déglutit et détourna le regard, incapable de faire face à sa coéquipière. Comment allait-il pouvoir lui annoncer que le Papillon s'était emparé de son Miraculous ?
Face au mutisme d'Adrien, Ladybug attrapa fébrilement son yo-yo et tenta à nouveau d'appeler Chat Noir, mais Adrien posa sa main sur le communicateur avant qu'elle n'ait pu décrocher.
- Ce n'est pas la peine de l'appeler, Chat Noir ne pourra pas répondre, dit-il avec un soupir.
Les yeux de Ladybug s'agrandirent de stupeur.
- Quoi ? Comment...
Elle s'interrompit, respirant un grand coup pour ne pas paniquer.
- Il lui est vraiment arrivé quelque chose alors, c'est ça ? demanda-t-elle. Il m'a appelée tout à l'heure pour me dire qu'il avait trouvé la tanière du Papillon et depuis, il s'est volatilisé, je suis vraiment inquiète pour lui !
Le jeune homme pouvait voir dans ses grands yeux bleus à quel point Ladybug était anxieuse à l'idée qu'il ait pu lui arriver quelque chose, et cette pensée lui réchauffa le cœur : il y avait au moins une personne sur Terre qui s'inquiétait pour lui. Mais allait-elle toujours être aussi clémente envers lui lorsqu'elle apprendrait que son partenaire n'était autre que le fils de leur pire ennemi ?
Adrien était terrifié à l'idée de décevoir Ladybug, mais il se devait de lui dire la vérité. Le Papillon connaissait son identité. Et par sa faute, ils n'avaient plus aucun avantage sur leur ennemi à présent, donc son anonymat n'avait plus vraiment de sens.
Sa respiration s'emballa. Il inspira un grand coup, sentant qu'il ne pouvait plus reculer.
- Chat Noir est...
Adrien s'interrompit et soupira, cherchant ses mots.
- Mon père m'a pris mon Miraculous, avoua-t-il brutalement. J'ai été idiot, ma Lady, j'ai foncé dans la gueule du loup... j'ai fait n'importe quoi. Je lui ai révélé mon identité, et j'ai perdu Plagg. Je ne peux plus me transformer. Je suis désolé.
Un peu honteux, Adrien détourna le regard, en se passant la main sur la nuque d'un air gêné.
Ladybug resta interdite.
« Ma Lady ? »
« Plagg ? »
Non.
Nonnonnonnonnon.
Ce n'était pas possible.
- ... Chat Noir ? murmura-t-elle, choquée.
Adrien acquiesça avec un air contrit.
Complètement abasourdie par cette révélation, Ladybug sentit son cœur se décrocher sous sa poitrine.
Adrien ...?!
Elle n'en croyait pas ses oreilles. Non, Adrien ne pouvait pas être Chat Noir. Ce n'était pas possible. Il y avait des milliers de garçons blonds aux yeux verts à Paris, son coéquipier ne pouvait pas être le garçon qui faisait furieusement battre son cœur depuis presque quatre ans, cela n'avait aucun sens ! Et pourtant...
A mesure que cette révélation s'ancrait plus profondément dans son esprit, Ladybug se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux.
- Oh mon Dieu, Adrien est Chat Noir... paniqua-t-elle intérieurement.
Ladybug laissa échapper malgré elle un drôle de couinement étranglé. Ses nerfs menaçaient de la lâcher.
Chat Noir.
Adrien.
Son esprit tentait d'assimiler cette découverte, essayant vainement de superposer les deux garçons qui avaient subitement fusionné devant ses yeux.
Elle combattait depuis quatre ans aux côtés d'Adrien.
Elle était depuis quatre ans dans la même classe que Chat Noir.
Dire qu'ils se voyaient tous les jours au lycée, ils étaient même assis l'un derrière l'autre, sans savoir qu'ils combattaient le crime ensemble depuis des années. Quelle ironie !
Prise dans son conflit intérieur, elle ne se rendit pas immédiatement compte qu'Adrien semblait lui-même tourmenté. Il s'agitait sur place, n'osant pas prendre la parole.
- Je te jure que je n'étais pas au courant, lâcha-t-il abruptement, comme si cette pensée le travaillait depuis un bon moment.
Même s'il n'y était pour rien dans cette histoire insensée, il avait la désagréable impression d'avoir trahi sa coéquipière. La seule personne qu'il tenait en si haute estime et qui comptait plus que tout pour lui. Il était terrifié à l'idée de perdre Ladybug, terrifié que la révélation de l'identité du Papillon ne bouleverse à jamais leur relation. Il prit sa main dans la sienne et réitéra ses excuses, espérant de tout cœur que Ladybug ne le rejette pas complètement.
- Je suis désolé ma Lady, je t'assure que je ne savais pas que mon père était le Papillon, ni que Nathalie était Mayura. Je n'ai rien à voir avec eux, je te le promets ! Si j'avais su ce qu'il se passait ici, je t'en aurais parlé depuis longtemps ! Jamais je n'aurais pu te cacher une chose pareille ! Je t'ai appelée dès que je l'ai découvert !
Il s'interrompit, poussant un douloureux soupir.
- Je ne me suis rendu compte de rien, je me sens vraiment stupide, murmura-t-il d'un air déconfit. Je suis tellement désolé pour tout ce qui arrive, pardonne-moi...
- Mais Adrien ! coupa-t-elle, sentant que le jeune homme s'enfonçait plus profondément dans un désespoir presque palpable. Tu n'as pas à t'excuser ! Comment tu peux croire un seul instant que je puisse penser une chose pareille ? Je sais bien que tu n'as rien à voir là-dedans !
Elle était scandalisée qu'Adrien puisse avoir de telles pensées. Il devait être réellement désemparé pour réagir ainsi.
Le regard incertain teinté d'incrédulité qu'Adrien lui lança lui confirma qu'il devait se sentir terriblement coupable de toute cette histoire. Comment une personne aussi profondément sincère et généreuse que lui pouvait se sentir responsable des agissements de son père ?
Avant même d'en avoir conscience, elle se pencha vers lui le cœur serré, et passa doucement ses bras autour de ses épaules, le serrant tout contre elle.
Il y avait malgré tout une chose de positif dans cette histoire : Chat Noir allait bien. Il avait certes perdu son Miraculous, mais ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne le récupèrent. Elle préférait se focaliser sur son partenaire et ce qu'il ressentait pour le moment, le reste pouvait attendre.
- Je suis si heureuse que tu n'aies rien, murmura-t-elle dans le creux de son cou en fermant les yeux.
Adrien fut un peu surpris par l'étreinte de Ladybug mais il se laissa rapidement aller dans ses bras lorsqu'il réalisa à quel point elle s'était inquiétée pour lui. Et surtout, elle ne le croyait pas coupable dans toute cette histoire. Et ces pensées le consolèrent un peu.
Il resta un long moment agrippé à sa coéquipière, visiblement soulagé. Il aurait voulu ne jamais rompre cette étreinte tant il se sentait bien dans ses bras, mais Ladybug finit par s'écarter légèrement de lui. Sans le lâcher complètement, elle poussa un long soupir et adressa un regard intense à Adrien.
Non. Chat Noir.
Elle allait devoir s'habituer.
Adrien.
Mille sentiments se bousculaient dans son cœur à l'instant présent.
Elle maugréa intérieurement en se sentant rougir à nouveau.
« Concentre-toi Marinette, ce n'est pas le moment ! » se raisonna-t-elle.
Elle se força à détourner son attention de tout ce que cette révélation impliquait. Ce n'était pas le moment de se poser des questions sur la découverte de l'identité de son partenaire. Elle se devait d'être complètement focalisée sur leur ennemi. L'enjeu était bien trop grave pour se laisser distraire, et ils auraient bien l'occasion d'en rediscuter plus tard.
Ladybug prit une grande inspiration, espérant ainsi calmer son cœur qui semblait vouloir fracasser sa cage thoracique pour s'échapper. Car si Marinette se sentait fébrile à l'idée d'être à proximité d'Adrien, Ladybug, elle, avait une mission à terminer. Elle se devait de mettre le Papillon hors d'état de nuire une bonne fois pour toutes.
- Je suis désolé ma Lady, répéta Adrien les yeux baissés. On avait un sacré avantage pour le battre et j'ai tout fait foirer, je n'aurais jamais dû lui révéler mon identité, je...
- Mais pourquoi est-ce que tu ne m'as pas attendue ? lui reprocha-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
- Parce que j'ai été stupide, soupira-t-il. Je ne te voyais pas arriver et mon père venait de partir. Je voulais absolument percer le mystère de ce sous-sol avant qu'il ne revienne, mais... tout ne s'est pas passé comme prévu.
- Je suis désolée d'avoir mis tant de temps à arriver, j'étais à l'autre bout de Paris quand tu m'as appelée, mais tu aurais dû m'attendre au lieu d'y aller seul ! On est censés être une équipe ! répliqua Ladybug d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu.
- Je sais, je suis vraiment désolé, j'ai été nul.
En voyant l'air sincèrement contrarié d'Adrien, Ladybug se radoucit. Elle ne put s'empêcher de penser que s'il avait été transformé, ses oreilles de chat seraient plaquées sur son crâne.
- Bon, ce n'est pas le moment de se disputer, dis-moi plutôt ce que tu sais, dit-elle.
Adrien se pinça les lèvres, faisant mine de réfléchir.
- Tu as à peu près autant d'informations que moi : mon père est le Papillon et Nathalie est Mayura. Et le Papillon veut nos Miraculous pour pouvoir formuler le vœu qui réveillera ma mère, résuma-t-il avec amertume. C'est Mayura qui détient mon Miraculous, elle l'a mis dans une des poches de son costume. C'est tout ce que je sais.
- Donc la première chose à faire, c'est de neutraliser Mayura pour récupérer ton Miraculous, analysa Ladybug. Une fois Mayura hors service, on pourra s'occuper du Papillon.
Adrien acquiesça en serrant les poings, les traits durs.
- Il faut le mettre hors d'état de nuire une bonne fois pour toute. Ça ne peut plus durer.
Ladybug sentait qu'il en faisait clairement une affaire personnelle, mais elle ne pouvait l'en blâmer. Elle exerça une pression sur sa main pour lui témoigner son soutien sans faille dans cette épreuve et lui adressa un sourire déterminé. Quoi qu'il arrive, elle serait à ses côtés, comme toujours. Adrien serra sa main en retour, un sourire reconnaissant sur ses lèvres, bien que teinté de tristesse. La révélation de son identité et de l'identité du Papillon bouleversait complètement les choses et il n'avait jamais été plus incertain du futur proche dont l'issue allait se jouer dans les heures qui viennent. Mais maintenant qu'il avait retrouvé sa coéquipière, plus rien ne pourrait les arrêter.
Il leva son poing vers Ladybug qui comprit instantanément ce qu'il attendait : avec un sourire espiègle, elle lui rendit son geste complice d'un mouvement de bras, une détermination sans faille brûlant dans ses yeux bleus.
Quoi qu'il allait se passer, ils ne laisseraient pas le Papillon gagner.
Je préfère vous prévenir, vous n'êtes vraiment pas prêts pour le chapitre suivant.
Bug out!
