31 ~ Au jeu d'échecs, les fous sont les plus près du roi (Proverbe français)

Déplaçant le roi de son adversaire imaginaire en e4, Regina laissa un instant vaquer son regard vers la baie vitrée qu'elle avait pour une fois fermée. Le vent soufflait si fort qu'elle craignait que son pommier ne cède aux bourrasques. Observant cet arbre majestueux tanguer dans tous les sens, elle se délectait du bruit que faisait la pluie lorsqu'elle se fracassait contre les vitres de sa véranda. Elle aimait ce bruit assourdissant.
Tapotant distraitement la table de son index, elle fronça des sourcils afin de trouver une solution. Mais aucune ne lui vint. Elle avait beau jouer et rejouer cette partie, elle perdait encore et encore, n'arrivant décidément pas à savoir comment cela était possible.

La première fois qu'elle l'avait jouée, ce n'était pas contre elle-même. Ni contre son père qui lui avait appris à jouer aux échecs. Non, c'était contre Rumple Gold. Il y a des années de cela, et déjà à cette époque, elle avait perdu. Depuis quelques mois, elle s'évertuait à jouer encore et encore cette partie, comme si la gagner, lui assurait une victoire dans la vraie vie. Mais rien n'y faisait. Elle avait beau user de toute sa ruse, il restait toujours les mêmes pièces et si elle en possédait deux de plus, il ne semblait jamais qu'elle ait l'avantage.

-Ma parole ! Mais vous ne dormez jamais ?! S'exclama Emma en entrant dans la pièce.

Regina sursauta et se tourna vers Emma, prête à la sermonna. Toutefois, elle se retint en observant la Bostonienne dont les yeux étaient rougis et les mains légèrement tremblantes. De toute évidence, la jeune femme avait à nouveau été assaillie d'un cauchemar et tentait difficilement de s'en remettre.

-Héloïse a peut-être raison. Le sommeil est surfait ! Répliqua Regina en songeant aux paroles de la jeune fille quelques jours plus tôt alors qu'elle rechignait à aller se coucher.

-Ouais, bah, j'espère que ça lui passera bientôt. Ricana Emma en s'installant en face de la brune. C'est pas un peu chiant de jouer seule à chaque fois.

-Non. C'est plutôt enrichissant.

-Ah ?

-L'avantage de jouer face à soi-même est que l'on peut mieux appréhender nos faiblesses et mieux se connaître aussi. Le but est d'anticiper vos propres réactions afin de ne pas être prise au dépourvu le jour où vous jouait contre quelqu'un.

-Et qui gagne ? Vous ou vos réactions ? S'amusa Emma.

-Ce n'est pas moi. Admit la joueuse en laissant vaquer son regard sur le plateau. Finalement, de ses doigts manucurés, elle attrapa sa Dame et la coucha. Encore. Vous voulez jouer, peut-être ? Proposa Regina en haussant d'un sourcil tandis qu'Emma observait sous toutes ses coutures le Cavalier.

-Je ne sais pas jouer.

-Je peux vous expliquer.

-Non, ça ira. Je vais me contenter de mon ignorance et du peu d'honneur qu'il me reste. Expliqua Emma dans un sourire. Quel déluge.

-Cela devrait durer jusqu'à demain soir.

-Vous pensez qu'ils font comment au camp avec une tempête pareille ?

-Il s'abrite.

-S'il y a bien une chose que l'on peut dire de vous, c'est que vous n'êtes pas avare de mots.

-Je ne sais pas Miss Swan et je n'en ai cure. Monsieur Gold est pragmatique alors je sais qu'il aura pris toutes les mesures nécessaires pour que le ciel ne s'écroule pas sur sa main-d'œuvre.

-Dites, ça ne vous direz pas d'arrêter de m'appeler par Miss Swan. J'aime assez mon prénom, en fait.

-Et moi, je préfère votre nom.

Soupirant, Emma tourna son regard vers l'orage qui se déchaînait dehors. Regina en fit de même, résistant à l'envie de s'en aller. Encore une fois, après quelques mots, les deux femmes semblaient se retrouver dans une impasse. Incapables de surenchérir ou d'avoir une conversation sans être sur la défensive, elles mouraient d'envie de se séparer, sans réellement oser le faire. La raison réelle pour laquelle elles n'osaient que rarement être la première à prendre la fuite était aussi parce qu'elles désiraient plus que tout en apprendre plus l'une sur l'autre. Pourtant, ce souhait semblait revêtir d'une audace des plus absolues pour elles. Songeant au fait que l'audace ne réussissait qu'à ceux qui savaient profiter d'une occasion, Emma prit une grande inspiration avant de détourner son regard de la nuit tumultueuse. Se donnant encore quelques secondes, elle se permit d'observer les traits fins de la femme face à elle, dénuée de tout son artifice ordinaire. Nerveuse, elle humidifia ses lèvres et se lança.

-Je peux vous poser une question ?

-Depuis quand demandez-vous la permission ?

-En général, je fonce dans le tas et vous évitez la réponse. Tout le temps, en fait. J'aimerais que ce ne soit pas le cas, aujourd'hui. D'un geste de la main, Regina lui accorda alors sa question. Vous avez déjà mis les pieds dans ce camp, n'est-ce pas ?

-Oui. Approuva la mairesse dont la première réaction avait été de s'énerver. Toutefois, elle songea qu'il n'était peut-être pas nécessaire de poser autant d'entraves alors qu'elle commençait à faire confiance à la jeune femme. Sans surprise, ses oreilles se mirent à bourdonner en sachant très bien que de nouvelles questions allaient suivre, l'avertissant de ne pas trop se brûler les ailes.

-Pourquoi faire croire que vous ne savez rien de ce qu'il y a là-bas, alors ?

-Je ne fais pas croire, cela. Je ne m'en souviens pas. Expliqua-t-elle au regard interrogatif de la blonde. Je sais que j'y ai passé peu de temps, mais visiblement, ce fût suffisant pour que mon esprit décide d'effacer ce souvenir. J'ai quelques bribes de souvenirs, mais tout est très flous et confus.

-C'est pour ça que Peter semble penser que vous êtes au courant de tout. Vous étiez avec lui ?

-Oui, j'étais avec lui. Je sais que Peter détient les souvenirs de Wendy, mais tout cela est bien trop violent pour un enfant de son âge. Alors, il est aussi fructueux que moi. Ironisa-t-elle dans un sourire si triste qu'Emma fut prise d'une envie soudaine de la prendre dans ses bras. Envie qu'elle rabroua aussi vite qu'elle était arrivée.

-Il n'y a pas un moyen de déclencher cette mémoire ? Genre hypnose ?

-Je ne suis pas réceptive à l'hypnose. Le seul moyen est donc de, soit laisser le temps se faire, soit de se rendre dans des endroits déclencheurs.

-C'est pour cela que vous vouliez tant allez sur les routes du camp. Et ça a fonctionné ? Demanda-t-elle après que Regina ait acquiescé.

-Pas vraiment, non.

-Et Peter ? S'il était confronté à ses démons, il n'évoluerait pas ?

-Le Docteur Hopper a essayé quelques mois après son hospitalisation. Mais tout ce qui en est ressorti est une Wendy paralysée par la peur et totalement délirante durant des semaines. Puisqu'il n'y a jamais eu d'autres évolutions, le Docteur Hopper n'a jamais voulu retenter la chose et on se contente de stimuler Peter par des dessins et des phrases et d'essayer de décoder ce qu'il dit.

-Donc il va y passer le reste de sa vie ?

-À moins de guérir par miracle, probablement. Éructa Regina, agacée par toutes ces questions qu'elle sentait comme des reproches.

Faisant la moue, Emma esquissa un sourire maladroit en comprenant qu'elle venait de provoquer sans même le vouloir, la mairesse. Mais cette visite lui avait ravivé de mauvais souvenirs et il semblait qu'elle était parfois incapable de distinguer sa propre situation et celle des autres, faisant alors d'une généralité de tout.
Toutefois, avec confusion, Emma fut prise d'une envie irrépressible de s'expliquer sur ses mots, et par conséquent, de livrer un pan de sa vie qu'elle n'avait même jamais révélé à Ingrid ou à Mulan. Comme enveloppée par ce moment tranquille qu'elles partageaient, la Bostonienne fut alors enivrée d'une confiance envers la Portoricaine qu'elle ne sut retenir.

-Désolé. Débuta-t-elle alors. J'ai juste un peu de mal, parfois, à m'imaginer que ces personnes sont enfermées ici pour leur bien... parce que j'ai moins même été enfermé dans ces murs et ce ne fut certainement pas une des meilleures expériences que j'ai pu avoir dans ma vie. Expliqua Emma en traçant une case de l'échiquier de son index. Surprise de ne recevoir aucune réponse, elle se décida finalement à relever la tête pour croiser le regard brun qui la fixait, attendant visiblement la suite de son histoire. J'avais quatorze ans quand je suis tombée dans une famille qui devait m'adopter. Seulement, ce n'était pas la première famille qui me recueillait pour m'abandonner, alors je n'ai pas réussi à leur faire confiance. À cette époque, j'étais un peu rebelle. En plein dans ma crise d'adolescence, en fait, et tout ce que je voulais, c'était de vivre seule, de vivre la vie dont j'avais toujours rêvé. Alors évidemment, je n'ai jamais réussi à créer un lien très fort avec ces parents qui de toute façon, ont tout fait pour me façonner à leur image. Bon sang, je me souviendrai toujours de ce premier repas de famille. La mère m'avait forcée à porter une horrible robe rose pour que je sois jolie et m'avait demandé de parler le moins possible afin de ne pas montrer que je n'avais pas d'éducation. Se souvint Emma avec amertume alors que des réminiscences de regards noirs que ses parents adoptifs lui lançaient dès qu'elle faisait une chose qu'ils ne considéraient pas comme distinguée, ressurgissaient.

-Vous avez joué le jeu ? S'étonna la brune, consciente du caractère impulsif de la blonde.

-Lors de cette soirée ? Oui. Ensuite, j'en ai évidemment eu marre jusqu'à péter un câble et tout détruire dans le salon. Honnêtement, si au départ, c'était sous le coup de la colère, je me suis rendu compte que si je montrais mon côté violent, alors ils ne voudraient plus de moi et je pourrais enfin quitter cette maison qui m'étouffait. Je ne m'attendais certainement pas à ce qu'il m'emmène dans un hôpital psychiatrique au lieu d'appeler l'assistante sociale. Et le problème dans ces endroits, surtout lorsque l'on vous drogue, c'est que les fugues sont bien plus difficiles à faire.

-Mais vous avez réussi à vous enfuir ? Demanda Regina avec espoir, prise de passion par l'histoire que lui racontait la mère biologique de son fils.

-Au bout de quatre mois, oui. J'avais déjà essayé plusieurs fois avant, mais sans succès et les conséquences avaient été terribles. Expliqua Emma tandis que ses propres hurlements résonnaient à nouveau au creux de ses oreilles lorsqu'elle était enchaînée à son lit, dans cette chambre à la lumière aveuglante. J'ai réussi à me libérer des liens qui m'entravaient dans ma chambre puis j'ai cassé ma fenêtre et, désespérée, j'ai sauté par-delà. En y repensant, je suis toujours étonnée de m'en être sortie qu'avec une cheville foulée. Il faisait nuit et je me suis précipitée vers la grille pour quitter cette prison qui m'avait bien plus brisée que réparée.

Gémissant, Emma attrapa sa cheville qu'elle serra comme si cela allait atténuer sa douleur. Une lumière au-dessus de sa tête l'attira. Elle leva les yeux et comprit qu'elle était repérée. Pas le temps pour se plaindre, il fallait sortir d'ici. Ignorant sa douleur, Emma se mit à courir comme elle put, trébuchant quelques fois lorsque sa cheville lui devenait insupportable.

Elle entendit derrière elle des cris et paniqua lorsque sa vision se troubla à cause de ses larmes qui refusaient de faire demi-tour. Enfin, elle aperçut cette grille de bonheur et baissa la tête comme pour se donner plus de vitesse. Sans ralentir, elle sauta sur la grille et commença immédiatement à grimper. Mais ses yeux s'écarquillèrent d'effroi lorsqu'elle sentit une main attraper le col de sa chemise et la tirer en arrière. Impuissante, l'adolescente retomba avec brutalité sur les graviers.

-Où crois-tu aller comme ça ? S'amusa un homme à l'allure chétive alors qu'il remontait avec grossièreté son pantalon d'uniforme blanc.

Le gardien. Elle l'avait oublié. Quelle idiote !

Furieuse, Emma se redressa en hurlant et poussa l'homme qui se redressa bien vite et l'attrapa par la gorge avant de la plaquer contre la grille.
Suffoquant, un sanglot échappa à la jeune fille alors qu'elle tentait vainement de se libérer de ces mains qui l'étranglaient.

-Pauvre idiote, qu'est-ce que tu crois en faisant ça ? Tu vas avoir la punition de ta vie et je vais m'en assurer !

Ces mots, Emma ne s'en était souvenu que bien plus tard, car à cet instant, son esprit était incapable de raisonner. Elle aurait été incapable, alors que sa tête tournait à une vitesse ahurissante et que la vie s'échappait de son petit corps, de même donner son prénom.

Heureusement, dans un instant de survie, elle trouva la force de lever sa main en l'air avant de griffer le visage de l'homme qui se recula immédiatement en gémissant, posant ses mains contre la griffe que venait de lui faire la jeune fille juste sur son œil. Toussant avec virulence tandis que l'air semblait finalement lui faire plus de mal que de bien, Emma se força à se redresser pour s'enfuir. Elle donna alors un coup de genou dans l'entrejambe du gardien qui s'écroula dans un râle grave. Aussitôt, Emma gravit cette montagne et enfin, elle atteignit l'autre côté.

Et elle se mit à courir encore et encore... pendant des années.

-Que s'est-il passé ensuite ?

-J'ai été arrêté par les flics et mon assistante sociale m'a donc retrouvé. Je lui ai tout raconté et les parents ont perdu la capacité d'adopter. Enfin, à cette époque, ils l'ont peut-être retrouvé depuis. Ensuite, j'ai rencontré une amie, Lilith et nous avons décidé de fuguer. J'avais quinze ans et cette fugue a été la bonne. Enfin, en tout cas, celle qui m'a permis de ne pas retourner à l'orphelinat.

-Vous n'aviez que quinze ans lorsque vous vous êtes retrouvé à la rue ? S'horrifia Regina.

-Yep, c'est clair que ça aurait été mieux d'avoir des parents, mais on n'a pas tous cette chance.

-Ma mère est celle qui m'a forcé à me rendre au Couvent et n'a jamais été très clémente avec le moindre écart de ma part. Croyez-moi, parfois, il vaut parfois mieux ne pas avoir de parents et de personnes que vous ne cessez de décevoir.

-Elle sait ce qu'il vous est arrivé là-bas ? Ne faites pas cette tête, je n'ai encore rencontré aucune personne qui a mis les pieds là-bas et qui n'en a pas été traumatisée.

-Non, une fois que j'ai quitté cet endroit, je n'ai pas revécu avec elle, mais directement avec mon mari.

-C'est le père de Mary-Margaret, c'est ça ?

-Oui.

-Il avait le double de votre âge alors je me doute que ce fût un mariage arrangé. J'imagine que votre mère vous a forcé ? Se risqua Emma.

En d'autres circonstances, Regina aurait certainement voulu occire la personne qui avait osé lui poser cette question. Mais ce soir, elle se sentait en confiance. À l'inverse de la tempête folle qui se déroulait juste à côté d'elles, Regina se sentait parfaitement calme, apaisée.

-Non. C'est moi qui ai demandé à Léopold de m'épouser en réalité. Se surprit-elle alors à révéler.

-Quoi ? Sérieusement ?! S'étouffa Emma. Il ne s'est visiblement pas opposé à cela. Remarqua Emma avec écœurement, en songeant à ces hommes qui ne lésinaient pas à profiter des filles bien plus jeunes et influençables.

-Détrompez-vous. Ne pensez surtout pas que Léopold était d'accord avec cela. Il était bien trop droit et honnête pour oser s'amouracher d'une fille de dix-sept ans. Il a d'ailleurs été horrifié par ma demande, avant de la reconsidérer. Mais notre mariage a eu tout ce qu'il y avait de plus arrangé.

-Pourquoi vous l'avez épousé si vous ne l'aimez pas alors ? Pour l'argent ? S'étonna la détective.

-Pour la liberté.

-La liberté ?

-J'ai rencontré Léopold après mon séjour au Couvent et c'est lui qui m'a ensuite protégé lorsque j'en ai été incapable. L'épouser était l'assurance pour moi de m'éloigner de ma mère et de ne pas me retrouver à épouser un homme dont je ne voulais pas. Et Léopold était malade et devait assurer sa succession. Il avait besoin de quelqu'un qui pourrait continuer à gérer ses entreprises. Mary aurait détesté faire cela et n'aurait probablement pas réussi et si ce n'était ni sa fille ni sa femme, cela aurait été son frère avec qui il était en froid depuis des années et qui aurait tout fait pour voler et détruire son héritage.

-C'est drôle, je crois que c'est la première fois que j'entends quelqu'un me dire que le mariage était pour lui, la clef de la liberté. S'amusa Emma, rassurant par la même occasion la mairesse qui s'attendait à être jugé.

-Tout dépend de quel point de vue l'on se place. Cette alliance nous a permis à tous les deux d'y trouver notre compte, et même s'il n'y avait pas entre nous un amour romantique, il y avait de l'amour tout de même. Il est devenu un véritable pilier pour moi.

-Et Mary-Margaret ? Comme elle a pris la nouvelle ?

-Très mal. Elle m'a détesté dès le premier regard. En même temps, nous nous sommes mariés rapidement pour que cela soit fait au plus vite. Elle a donc été particulièrement choquée de revenir chez elle et de découvrir son père marié à une femme qui avait quatre ans de moins qu'elle, qui plus est. Mais avec le temps, Mary-Margaret a fini par m'accepter et nous sommes devenus très proches.

-C'est assez drôle parce qu'on s'est détesté aussi avec Mulan au début.

-Mulan, c'est la marraine d'Héloïse ?

-Oui. On... s'est rencontrés en prison. J'avais été affecté dans sa chambre et elle était particulièrement solitaire et froide tandis que moi, eh ben, moi, j'étais paumée, j'avais le cœur brisé et je venais de découvrir que j'étais enceinte. Bref, une coloc un peu chiante.

-Comment avez-vous fait pour vous apprécier alors ?

-Les ennemis de nos ennemis sont nos amis. Chantonna Emma dans un sourire en repensant à cette fois où elles s'étaient alliées. Une brute que je connaissais de l'orphelinat était en fait aussi en prison et elle m'a reconnue. Je n'étais pas son souffre-douleur quand j'étais petite parce que j'étais trop teigneuse et plutôt le genre de fille à défendre les autres. Mais du coup, elle y a vu une bonne occasion de me faire payer ce qu'elle considérait comme des humiliations. Bref, les filles laissaient tranquille Mulan parce qu'elle faisait flipper, mais un jour, Alisya a décidé de s'en prendre à elle. Je ne sais même plus pour quelle broutille, c'était. Toujours est-il que Mulan a répondu à ses provocations et a vu sa peine être rallongé. On s'est donc alliée toutes les deux pour voler le titre d'Alisya et ça n'a finalement pas été si compliqué. Ensuite, on n'a jamais rompu notre alliance et elle est devenue comme ma sœur.

-Pourquoi était-elle en prison ? Si ce n'est pas indiscret, bien sûr.

-Ça l'est probablement, mais je vais y répondre au risque de me prendre une myriade de jugement. Mulan a été en prison pour meurtre.

-Vraiment ?

-Une vraie tragédie grecque. Son père et son petit frère ont été assassinés devant ses yeux lorsqu'elle avait neuf ans. Je ne sais pas la raison, elle n'a jamais voulu me le dire. Toujours est-il qu'elle s'est mise en tête de retrouver l'homme qui les avait tués et de le tuer aussi. Et c'est ce qu'elle a fait et elle a pris quinze de prison ferme. Elle est finalement sortie au bout de neuf ans pour bonne conduite, malgré l'allongement qu'elle avait eu.

-Vous êtes sortie en même temps ?

-Non, elle est sortie cinq ans après moi et c'est grâce à elle que j'ai un peu sorti la tête de l'eau. Elle m'a aidé à arrêter l'alcool et à trouver un travail. Expliqua-t-elle en ignorant la bouffée de chaleur qui venait de l'envahir.

Elle ne savait décidément pas pour quelle raison, elle arrivait aussi bien à se confier à la Portoricaine, mais elle avait la sensation que jamais elle ne pourrait s'arrêter. Elle avait l'impression d'être prise dans une bulle rien qu'à elles où rien ne pourrait les atteindre. Songeant justement aux boules de Noël, elle s'amusa à penser qu'elles étaient toutes les deux des figurines en grande conversion dont des yeux curieux les espionnaient sans jamais avoir la chance d'en percevoir un seul mot. Elle aimait ça ce privilège et le chérissait.

-Qu'est-ce qui vous fait rire ? Questionna Regina après plusieurs minutes de silence, alors qu'Emma venait d'exploser de rire.

-Je suis juste en train de me dire qu'avec tous les efforts que j'ai faits pour gagner un centième de votre confiance, je suis probablement en train de tout faire exploser en éclat avec mes histoires.

-Je me fiche de vos erreurs du passé tant qu'elles ne ressurgissent pas maintenant.

-Vous vouliez pourtant les utiliser contre moi.

-Parce que je voulais vous faire quitter Storybrooke et vous éloigner de Henry. Ce n'est désormais plus le cas.

-Vraiment ?

-Je ne suis pas aussi borné que vous ne le pensez, Miss Swan.

-Mmh, vous n'êtes certainement pas non plus la personne la plus malléable que j'ai pu rencontrer.

-Vous non plus.

-En tout cas, merci de ne pas me juger.

-J'ai évidemment du mal à saisir la raison pour laquelle vous vous êtes tourné vers ce métier, mais j'imagine que la perte de Henry a eu une grande influence et que vous deviez suffisamment être perdu pour ne pas avoir le choix.

-C'est le cas. J'ai rencontré mon employeur par hasard, dans un pub miteux dans lequel je travaillais. J'avais du mal à joindre les deux bouts, je voulais payer un détective privé et j'avais Héloïse. Bref, le bateau coulait de partout et cet homme m'a proposé ce job. C'était hyper bien payé, alors j'ai accepté et ce fut la pire expérience de travail que je n'ai jamais eu.

-Pourquoi avoir fait deux films, alors ?

-Je n'avais pas le choix. Le contrat que j'avais signé était pour deux films. Je n'ai donc pas renouvelé mon contrat et je me suis tourné vers une échappatoire tout aussi peu glorieuse. Remarqua Emma dans un sourire piteux.

-Toutes les actrices sont elles aussi perdues ?

-Non. Sourit Emma d'un air attendrit. Il y en a certaine qui font cela parce qu'elles n'ont pas le choix et pas d'estime pour elles. Mais j'ai rencontré certaines femmes qui aimaient ce métier et lorsqu'il est voulu, j'imagine que l'on peut être épanouie. Eh bien, je ne sais pas ce que j'ai bu ce soir, mais je ne fais que parler de moi. S'amusa Emma.

-C'est probablement un bon moyen pour nous de faire table rase du passé. Exposa la politicienne en tendant sa main comme pour céder ce pacte.

Souriant, Emma tendit à son tour sa main pour la joindre à celle de la politicienne. De cette poigne ferme, Emma frissonna soudainement et son estomac sembla s'évanouir. Troublée par le regard chocolat qui la sondait et par ce contact, la détective détourna le regard et desserra sa main. Elle se racla la gorge et chercha au plus vite une échappatoire.

-Comment on fait pour arrêter Gold ? Questionna-t-elle maladroitement.

-Je ne sais pas trop. Admit la brune en haussant des épaules tandis qu'elle passait discrètement son pouce sur la paume de sa main, avec l'étrange sensation que la peau de la blonde avait adhéré à la sienne.

-Il est probablement trop tard et trop fastidieux de vous faire passer pour un client. Mais nous savons que c'est le bateau du Capitaine Dakkar qui sera chargé de la livraison. On pourrait l'intercepter ?

-Et comment compter vous faire pour arrêter un bateau ?

-Le Capitaine de Jones pourrait faire en sorte de l'arrêter en pleine mer ou de le suivre.

-Vous suggérez qu'il commette un acte de piraterie ? Remarqua Regina dans un haussement de sourcil.

-C'est clair que ce serait la meilleure solution.

-C'est surréaliste.

-Seulement si vous le pensez. Nous pourrions en parler avec lui et nous verrons bien.

-Très bien. J'irais le voir.

-Pourquoi pas nous ?

-Je ne suis pas là, aujourd'hui. J'irai le voir dès mon retour à Storybrooke. Déclara Regina d'un ton qui n'appelait aucune argumentation. Mais cette idée est tout de même très enfantine.

-Nous verrons bien ce que Jones décide.

-Et pour le camp ? Une idée ? Nargua Regina.

-Je sais que cela ne va pas vous plaire, mais nous avons besoin d'aide. Nous ne savons absolument rien de ce camp. Il peut être peu sécurisé comme être une véritable forteresse. Ce que je pense. Il faut que nous ayons plus de détail dessus et nous ne savons même pas de combien de personnes, il est composé, si ce n'est qu'ils sont bien trop pour nous. Nous aurons forcément besoin d'une certaine force pour arrêter les résidents et ne pas risquer de se faire descendre en entrant dans le périmètre de cet endroit de malheur.

-En somme, vous voulez un acte de piraterie, un espion et une cavalerie. Résuma la Portoricaine, sarcastique.

-Ce n'est pas une farce, je suis sérieuse. Il est absolument impossible de débarquer là-bas comme des cow-boys et nous devons préparer tout ça. Si nous y allons à l'aveugle, alors nous causerions notre perte.

-Laissez-moi y réfléchir et nous en reparlerons.

Haussant des épaules, Emma se résigna toutefois.

-Bon, je vais aller me préparer dans ce cas. Et pour une fois, laissez-moi faire le petit déjeuner. Je ne toucherai à presque rien dans votre cuisine, je vous le promets. Railla la blonde en se levant.

Soupirant, Regina médita sur le plan de la détective. Elle ne pouvait s'enlever de la tête que l'idée paraissait totalement absurde. Reportant son regard sur l'échiquier, elle tenta pourtant à nouveau quelque chose. Prise d'une audace qu'elle n'avait jamais osé, elle modifia son jeu rigoureux pour un peu plus de folie. Avec ironie, son Fou traversa avec audace le plateau sans jamais pouvoir être atteint, jusqu'à atteindre le Roi. Pour se protéger, ce dernier fut donc forcé de manger le Fou, seul coup possible. Un sourire vainqueur naquit tandis que Regina attrapa sa Dame qu'elle déplaça jusqu'au Roi qui était pile dans l'axe. Échec et mat.

Emma Swan avait probablement trouvé la solution. Les plus folles idées permettraient sûrement d'atteindre le Roi...