Salut à toutes et à tous ! Je tenais à vous remercier pour tous vos commentaires sur cette histoire. Cela me rassure toujours énormément et me motive également pour poursuivre, alors encore un grand merci.

Il n'y aura pas de publication la semaine prochaine parce que je suis de mariage.

BoNnE leCTUre à TOutES eT à tOUs !


33 ~ Tout vient à point à qui sait attendre

-Putain ! Non, mais j'y crois pas ! Quelle enflure ! gronda-t-elle de colère, en tournant en rond dans le bureau.

Emma n'arrivait décidément pas à se calmer. Elle avait gardé son sang-froid autant qu'elle avait pu durant cette réunion, soutenant le regard sardonique de Rumple Gold. Mais désormais, elle n'y tenait plus. Elle était furieuse et peinait à se reprendre. L'Emma d'il y a quelques semaines aurait certainement sauté à la gorge de l'antiquaire et aurait plongé droit dans le piège qu'il lui tendait. Heureusement, toutefois, Emma Swan apprenait rapidement et elle avait vite compris qu'embrasser les embuscades de l'homme était la pire des solutions. Elle avait donc laissé Regina se débrouiller seule pour être certaine de ne commettre aucune bévue, se contentant de supporter cette désagréable sensation d'abandonner lâchement la mairesse.

-Ne voudriez-vous pas vous calmer un instant, Miss Swan, souffla Regina, tranquillement assise à son bureau alors qu'elle observait la blonde sur le point d'exploser.

-Putain ! Mais comment vous pouvez rester aussi calme ?! éructa à nouveau Emma dont les poings étaient si serrés que la jointure de ses phalanges était désormais blanche.

-Parce que cela ne sert à rien de s'énerver comme vous le faites, si ce n'est, nous détourner de notre objectif. Rumple est un manipulateur et tout ce qu'il veut, c'est nous voir tomber dans son piège pour que l'on abandonne nos investigations.

-Donc, ça ne vous fait rien qu'il ait publiquement sali votre réputation en sous-entendant que c'était vous qui aviez volé de l'argent à la mairie ? s'offusqua la Bostonienne.

-Il n'a fait que sous-entendre ces faits et j'avais déjà pris les devants en prévision de cela.

-Ouais, bah, ça aurait sûrement suffi si cette mégère n'en avait pas rajouté une couche. C'est qui ça d'ailleurs ?

-Abbie Miller. C'est contre elle que je me présente à chaque élection.

-Sérieux ? Le contraire ne m'aurait pas étonné.

Abbie Miller venait tout juste d'entrer dans la soixantaine et représentait tout ce qu'Emma Swan abhorrait. Mère au foyer, arrogante, membre de toutes les associations les plus barbantes de Storybrooke et présidente de celles-ci, de surcroît.
Il y a quelques années, Abbie Miller s'était façonné un nouvel objectif : récupérer le poste de mairesse. Toutefois, si elle restait appréciée par la ville, Abbie Miller était également connu pour son tempérament excessivement autoritaire et vaniteux. Et si Regina Mills avait la réputation d'être quelqu'un de froid avec une forte autorité, sa retenue et sa gestion de la ville d'une main de fer faisaient que les habitants de la ville n'avaient aucune envie de s'en passer. Certainement pas pour des frivolités.

-Elle n'a toutefois jamais acquit un grand électorat et madame Miller est réputée pour tous les commérages qu'elle peut colporter. Personne n'a envie de cela et le fait qu'elle me voit ouvertement comme son ennemie discrédite quelque peu ces propos.

-Mais le fait que ces propos ne soient pas rapportés uniquement par Gold leur donnent un peu plus de poids. D'ailleurs, ils travaillent ensemble, ces deux-là ?

-Je n'ai jamais réellement su. Je sais que Monsieur Gold rêverait de devenir maire, mais il sait également que tant qu'il n'aura pas soumis plus de la moitié de la ville sous sa peur, personne ne votera pour lui. Peut-être ont-ils une alliance, ou pas. Je n'en ai aucune idée et pour tout vous dire, cela ne fait pas partie de mes priorités.

-Ouais, bah, ça ne me tente pas que vous vous fassiez arrêter pour fraude à cause de cette enflure, éructa à nouveau Emma qui se remit à faire les cent pas.

-Voudriez-vous bien arrêter de l'insulter ? s'agaça Regina. Et asseyez-vous, vous me donnez le tournis.

-Ce n'est ni plus ni moins que la vérité et je pèse mes mots, apprit Emma en roulant des yeux avant de s'installer avec suffisance sur le fauteuil en face de la Portoricaine. Franchement, je ne comprends pas comment vous faites pour rester calme. Toutes ces personnes dans cette pièce ont douté, je l'ai vu et je ne comprends pas comment ça peut ne pas vous atteindre. Heureusement que ce Picsou vous a sauvé la mise avec tous ces documents pour rabattre leur caquet sinon, j'aurais bien voulu voir comment vous auriez justifié ce trou de plusieurs millions.

-De cette façon.

-Pardon ?

-Monsieur Picsou a menti. Il y a quelques années, j'avais découvert que de l'argent était volé et j'ai donc décidé que seule moi, irais déposer les fonds. Mais il y a quelques semaines, j'ai découvert que cet argent était volé directement à la banque. J'ai donc immédiatement contacté monsieur Picsou qui a mené son enquête et découvert que c'était l'un de ses employés. Il a d'ailleurs découvert qu'Aladdin n'avait même jamais eu aucun diplôme. Tout ce qu'il avait pu lui racontait était faux. Il était envoyé par monsieur Gold et devait lui ramener de l'argent. Et le temps de trouver un moyen pour renflouer la caisse, nous avons décidé de protéger nos arrières.

-Donc vous arnaquez vos concitoyens pour prouver que vous n'êtes pas une arnaqueuse ? s'amusa la détective.

-Je protège seulement mes arrières.

-Pourquoi ne pas simplement avouer que c'est un employé qui volait l'argent.

-Parce que cela relèverait également de la responsabilité de monsieur Picsou puisqu'il est le responsable de la banque. Et il m'a bien trop aidé pour que je le laisse tomber sans rien faire. De toute façon, Aladdin a complètement disparu de la surface et cela m'aura au moins permis de déstabiliser un instant monsieur Gold.

-Je ne l'avais pas vu venir, celle-là.

-Cessez donc de vous inquiéter pour des choses aussi futiles. J'ai fait en sorte de garder un œil sur tout et c'est ce qui me permet de voir venir quelques coups de monsieur Gold. Tout ce que vous avez à faire, c'est faire en sorte de l'arrêter.

-Bah croyez-moi qu'il va le regretter, fustigea la blonde en croisant les bras.

Confuse face au dévouement que portait la blonde à son égard, Regina sentit toutefois son cœur battre un peu plus fort tandis qu'un étrange sentiment de sécurité l'entourait. Trop troublée pour ajouter quoi que ce soit et incapable de comprendre les émotions qui l'assaillaient, elle attrapa son stylo-plume et fit semblant de se mettre au travail, espérant faire ainsi comprendre à la détective que cette conversation était terminée.
Comme de fait, Emma arrêta de bougonner en apercevant la mairesse se mettre à travailler. Toutefois, elle ne se décida pas plus à bouger. Au contraire, les bras toujours croisés sur sa poitrine, Emma s'autorisa à détailler discrètement la mairesse. En réalité, elle s'était de plus en plus surprise à observer la Portoricaine, comme incapable de détourner ses pupilles de la ténébreuse brune. Comme subjuguée, Emma s'attarda tout d'abord sur son carré noir de jais qui venait délicatement caresser les joues de la mairesse tandis que la pointe de ses cheveux tentait de venir embrasser ses lèvres charnues, vermillon. Un peu plus et les yeux émeraude trouvèrent leur chemin vers le cou de la mairesse. Droit, dégagé, insolent… Emma sursauta alors qu'une envie des plus incongrues venait de faire son chemin dans son esprit. Une chaleur si étouffante l'envahit soudainement qu'elle peina à la rabrouer.

-Je vous prierai de ne pas vous endormir, ici, Miss Swan, avertit Regina sans relever le regard.

-Ouais, ça risque pas. Je ne vous ferais pas cet affront, bredouilla Emma qui avait désormais la sensation d'être cramoisi.

À ces mots, Regina releva la tête et posa délicatement son menton sur ses poings, observant alors d'un regard sondeur la Bostonienne qui ne savait plus quoi répondre.

-Ce que je m'apprête à dire est totalement déplacé, alors si vous vous sentez offusqué, je m'en excuse de suite et vous n'êtes évidemment pas obligé d'y répondre quoi que ce soit, déclara la politicienne d'un ton solennel. Un silence passa tandis que son esprit rationnel ne cessait de lui hurler que cela ne la regardait pas, qu'elle ne devait pas s'immiscer ainsi. Pourtant, comme incapable de résister aux mots qu'elle allait sortir, Regina se redressa un peu plus si c'était possible et osa. Je ne sais pas si vous êtes déjà allé voir un psychanalyste, mais vous devriez aller voir le Docteur Hopper. Il pratique l'hypnose et pourrait peut-être vous aider. S'avisa-t-elle en ignorant le battement de ses tempes qui tremblaient à l'idée d'avoir blessé la détective.

Avec surprise, la colère qui s'était emparée d'Emma à ces mots, avait disparu aussi vite qu'elle était arrivée. Comprenant que ces paroles n'avaient pas le but de l'humilier et de se moquer d'elle, Emma s'adoucit instantanément tandis qu'un désir inexplicable de poursuivre cette conversation qui s'annonçait fièrement intime s'imprégnait d'elle.

-C'est ce que vous avez fait ? Consulter le docteur Hopper pour des cauchemars ? Demanda toutefois Emma, peu certaine de vouloir baisser les armes la première.

-Non. En réalité, je crois n'avoir même jamais fait de cauchemar, avoua la brune dans un sourire. Comprenant les intentions de la blonde, Regina se surprit à nouveau en songeant qu'elle pouvait oser baisser quelques-unes de ses barrières et reprit. Toutefois, j'ai effectivement consulté le docteur Hopper et je continue parfois à recourir à ses services. C'est pourquoi, je ne peux que vous le conseiller. C'est un très bon praticien, croyez-moi. Admit-elle alors que sa gorge semblait se tordre sur elle-même pour la faire suffoquer.

Pour une raison qui lui avait toujours été inconnue, ou peut-être pas si elle se référait aux inlassables remontrances de sa mère lorsque celle-ci avait appris que sa fille consultait ce charlatan, Regina avait toujours ressenti une profonde honte à l'idée de se rendre chez ce docteur. Comme si cela allait la faire paraître pour folle aux yeux du monde. Si bien qu'hormis David et Mary-Margaret, ainsi que Léopold qui lui avait imposé la consultation, personne n'avait jamais eu vent de cela. Elle n'arrivait donc pas à comprendre la raison pour laquelle, elle l'avait avoué à cette citadine. Était-ce parce qu'elle savait qu'Emma Swan était probablement déjà au courant ou simplement pour une toute autre raison qu'elle niait pour le moment ?

-Sérieux ? Vous avez de la chance. À moins d'être exténué, je n'ai jamais eu une nuit de paisible. Mais je ne sais pas si j'ai vraiment envie de m'asseoir face à une personne qui essaierait de m'analyser et de lire entre chacune des lignes pour mieux me percevoir et lui raconter mes plus gros traumatismes. Je ne crois pas pouvoir vivre cela, en fait, admit à son tour la Bostonienne alors qu'elle s'amusait à entortiller une de ses mèches blondes autour de son index.

-Je ne crois pas que revivre inlassablement vos traumatismes, chaque jour, soit moins difficile. Surtout, lorsque vous avez ce genre de réaction, appuya la politicienne.

-Si je vis mes traumatismes de façon récurrente, j'ai l'impression que vous en faites tout autant, souligna Emma dont le regard se fixa avec insistance sur les poignets de la mairesse.

À ces mots, Regina abaissa immédiatement ses mains et tira sur ses manches par réflexe. Toutefois, même si la honte s'empara immédiatement d'elle dans une désagréable étreinte fiévreuse, la politicienne ne baissa pas le regard.

Fin.

Aucune amertume ne se dégageait en réalité dans l'esprit des deux femmes, mais toutes deux savaient que la partie était terminée. Elles pourraient évidemment avancer encore une pièce sur leur échiquier, mais toutes deux savaient pertinemment qu'aller plus loin serait un affront terrible envers l'autre. Se connaissant désormais mieux, elles savaient quand il était temps de coucher leur Dame et aujourd'hui, elles décidèrent de maintenir cette égalité parfaite.

OoO

-Eh bien, mon petit gars, pas même six mois et tu es déjà dans un pétrin monstre. Mais sur le point de t'en sortir. Quelle chance tu as, Lucky ! le surnomma-t-elle dans un rire nerveux.

Penchée au-dessus d'un berceau, Elsa observait affectueusement un bébé dont la chevelure annonçait déjà un roux enflammé. Comme celui de sa sœur. À cette pensée, son cœur se serra un peu plus et elle se mit à dessiner les traits du petit garçon du bout des doigts avec l'étrange sensation de dessiner le visage de sa sœur.

-Anna ! Redescends ! Tu vas tomber et te faire mal ! rugissait Elsa d'un ton colérique avant de regarder autour d'elle.

-Mais il faut le remettre avec sa famille, sinon il va mourir, affirma la fillette alors qu'elle rampait à plat ventre sur une branche.

-Tu l'as touché, ses parents n'en voudront plus, affirma à son tour l'aînée.

Quelques minutes plus tôt, alors que les deux sœurs jouaient dans le parc, elles avaient rencontré un oisillon tombé du nid. Avant même de pouvoir réfléchir comment agir, elles avaient entendu d'autres oisillons piailler au-dessus de leur tête. Du haut de ses sept ans, Anna ne réfléchit pas longtemps avant de retirer son gilet et d'emmitoufler l'animal pour grimper à l'arbre. Plus réfléchie, Elsa avait bien tenté de l'arrêter, mais Anna n'en avait fait qu'à sa tête. Encore.

-Ce n'est même pas vrai, d'abord. Les parents n'abandonnent pas les enfants pour cette raison, argua avec évidence la petite rousse.

Agacée et sachant très bien qu'elle n'arriverait à rien, Elsa se contenta de gonfler ses joues avant d'en expulser l'air qu'elle avait inspiré et de croiser les bras sur sa poitrine. Au cri de sa petite sœur, elle comprit que la jeune fille avait enfin déposé l'oisillon dans son nid et se mit à taper du pied avec impatience.
Avec rapidité, Anna fit le chemin inverse et descendit de l'arbre. N'ayant plus de branches à disposition, la fillette se laissa tomber à terre. Malgré la douleur qu'elle ressentit dans le bas de son dos, Anna ne put s'empêcher de rire d'amusement et de soulagement d'avoir sauvé un être vivant, aujourd'hui.

-Idiote ! Tu aurais pu te blesser gravement. Il nous suffisait d'aller voir papa. En plus, ta robe est toute sale, maintenant, pesta Elsa en la poussant avant de faire demi-tour et d'avancer d'un pas enragé.

-Maman la lavera, répliqua la cadette en haussant des épaules.

-Maman n'a pas que ça à faire, idiote ! gronda à nouveau Elsa dont le pas était plus que déterminé.

-Tu m'en veux ? Je suis désolé, Elsa, assura la petite dont les larmes lui montaient aux yeux à l'idée d'avoir sa sœur en colère contre elle.

Anna et Elsa avaient quatre ans de différence, mais elles étaient pourtant très proches, fusionnelles. Plus inconsciente et rêveuse, Anna vouait une réelle admiration à sa sœur tandis qu'Elsa, plus pragmatique, s'était, dès la naissance de sa petite sœur, donnée pour mission de la protéger quoi qu'il en coûtait.

-Tu aurais pu tomber et te briser le cou, gronda alors la fillette en posant ses mains sur ses hanches. Et tu as sali ta robe alors que maman t'avait demandé de faire attention. Mais, je ne t'en veux pas. Jamais, soupira la blonde en enlaçant sa sœur sur le point de se mettre à pleurer.

-Ne vous attachez pas à ses enfants, avertit une voix tonnante dans le dos d'Elsa qui sursauta.

-Je ne m'y attache pas. J'étais simplement nostalgique, expliqua-t-elle d'un sourire triste.

-Et de quoi ? questionna la Mère Supérieure.

Curieuse, elle s'avança pour se poster au-dessus du berceau, tentant de comprendre cette nostalgie qui semblait avoir troublé celle qui devenait peu à peu sa protégée. La Mère Supérieure ressentait un imperceptible besoin de protéger et d'aimer Sœur Alexandra. Ses airs froids et détachés lui rappelaient la femme qu'elle était devenue tandis que ce regard plein de souffrance semblait lui rappeler la jeune femme qu'elle avait été. Ces similarités lui soufflaient qu'elles partageaient une douleur commune.
Et cela, Elsa d'Arendelle semblait l'avoir bien compris.

-De ma sœur, avoua la blonde.

-Je ne savais pas que vous en aviez une.

-Je ne l'ai jamais dit, remarqua Elsa d'un ton nonchalant. Nous étions très proches. Comme des âmes sœurs.

-J'imagine qu'elle doit vous manquer, supposa la Mère Supérieure alors que son cœur se serrait douloureusement, en sombre écho à son passé. Vous a-t-elle soutenu lorsque vous êtes entré dans les ordres ?

-J'y suis entrée après sa mort, en réalité. Je n'avais que deux choses dans la vie, elle et Dieu. Il ne me reste plus qu'une chose, désormais, mentit la blonde.

Sans surprise, Mildred Ratched sentit une boule se former dans sa gorge et ne put s'empêcher de s'identifier encore plus à sa cadette. Prise d'un besoin irréfragable de se livrer, la Mère Supérieure se mit à caresser les cheveux roux du petit garçon.

-J'ai moi aussi perdu un frère avec qui j'avais une relation particulièrement fusionnelle.

-Vraiment ? s'étonna faussement Elsa.

Lorsqu'elle avait pénétré dans le bureau de la Mère Supérieure, Elsa avait en réalité trouvée bien plus d'indices sur la Mère Supérieure qu'un simple carnet. Dans une petite commode, elle avait découvert un double fond dans lequel, elle avait trouvé une boîte remplie de lettres et de photographies. Il n'avait pas été difficile pour Elsa de comprendre que la Mère Supérieure semblait venir d'une famille de forains et qu'elle avait un frère. Tout du moins, qu'elle avait grandi avec un garçon.

-Nous étions jumeaux, révéla-t-elle.

-Que s'est-il passé ?

-Il était malade.

Souriante, Mildred Ratched arpentait les rues d'Hollywood comme si elles lui appartenaient. Sa tenue dénotait totalement avec la mode de l'époque et pourtant, chacun se retournait et s'attardait sur sa personne lorsqu'ils croisaient son chemin. Et Mildred Ratched s'en délectait avec le plus grand plaisir. Elle s'arrêta devant une chapellerie et réfléchit un instant. Voilà longtemps qu'elle ne s'était pas acheté un nouveau couvre-chef. Toutefois, sa réflexion s'arrêta lorsqu'elle entendit klaxonner le marchand de légumes à bord de sa camionnette bleue. Midi six. Réglé comme une horloge, le marchand klaxonnait toujours au même endroit, à la même heure. Elle n'avait plus le temps. Elle avait rendez-vous.

À ce souvenir, son sourire se fana et sa tête se mit à tourner. Elle n'avait aucune envie d'y aller, mais elle avait promis. À contrecœur, elle se détourna de ce magasin et se mit à nouveau en route. Cependant, cette fois-ci, elle ne parvint pas à se sentir aussi dominante face au monde. Alors qu'elle avait la sensation que la route ne cessait de s'étirer à chaque pas qu'elle faisait, elle eut le sentiment contradictoire que le chemin jusque chez elle n'avait jamais été aussi court. Poussant une petite grille blanche, elle s'avança vers la porte de sa maison en ignorant l'affreux battement de son cœur.
Elle poussa la porte de sa maison et retira d'un geste élégant le pic qui maintenait son chapeau vert. Tentant d'absorber à nouveau toute l'assurance qu'elle s'était construite ces dernières années, elle dénoua la boucle de sa ceinture et se dévêtit de son manteau. Peu certaine, elle se rendit dans le salon où elle le trouva. Son frère. Hemet Ratched.

Hemet Ratched n'avait, à la différence de sa sœur, jamais réussi à vaincre les traumatismes qu'ils avaient vécus. Tout du moins, il n'avait jamais réussi à faire semblant. Chaque traumatisme, il les avaient absorbés et les vivaient encore et encore. Les morts qu'ils avaient dû ramasser lors d'un accident sur un manège. Les morts de leur famille qu'ils avaient embaumés. Les punitions. Les rêves de gloire et de beauté de sa sœur qu'il avait toujours tenté de satisfaire. Au péril de sa vie. Les punitions. Encore et encore. Les punitions. Et le tout dernier traumatisme qui avait fini de l'achever.

Hemet Ratched avait toujours eu la sensation de ne pas être né à sa place. Il ne comprenait pas le monde qui l'entourait et le monde ne le comprenait pas plus. Fragile, émotif, Hemet était doté d'une sensibilité si grande qu'elle la tuait à petit feu. Embarrassé partout, il ne se sentait serein qu'en présence de sa musique et de sa sœur. En effet, s'il n'y avait que sa propre souffrance qu'Hemet Ratched ne parvenait pas à vaincre, peut-être se sentirait-il mieux. Mais il avait la sensation d'absorber également la souffrance du monde, incapable de s'en défaire, dès lors. Mais voilà trois ans qu'Hemet vivait reclus dans la maison de sa sœur, incapable de faire face à la souffrance du monde et à sa propre souffrance.

Trois ans auparavant, le jeune homme avait été arrêté pour le meurtre d'un homme qui avait tenté d'agresser sa sœur. Encore mineur, il avait été envoyé dans un centre de redressement. Mais, malgré sa forme vaillante qui sous-entendait une forte virilité chez le jeune garçon, ses compagnons avaient très vite compris que l'apparence impressionnante de l'homme n'était qu'artifice. Très vite, Hemet était donc devenu leur propre souffre-douleur. Lorsque Mildred avait récupéré son frère quelques mois plus tard, elle avait compris qu'elle l'avait en réalité déjà perdu. Désormais balafré et plus craintif que jamais, Hemet ne se remettrait jamais de ces nouveaux traumatismes. Et même avec tout l'amour et l'écoute dont avait fait preuve Mildred, celui-ci ne se remettait pas de ses agressions plus humiliantes les unes que les autres. Progressivement, Mildred avait développé une rage immense envers ces enfants et ces surveillants qui avaient poussé son frère jusqu'à sa perte. Mais cette haine, elle ne pouvait désormais plus la laisser s'écouler auprès de son frère. Il ne le supporterait pas et elle le savait. Elle se devait donc de maintenir une apparence parfaite, intacte et sereine. Tout le temps. Toujours. S'en jamais faiblir. Et c'est pourquoi, lorsque son propre frère lui demanda d'abréger ses souffrances, elle se contenta d'acquiescer tandis que son cœur se déchirait en un millier de morceaux et que son esprit criait à l'agonie.

-J'ai trouvé la meilleure chanson pour partir. Expliqua Hemet alors qu'il mettait en route son tourne-disque.

Aussitôt, le doux blues de Peggy Lee retentit dans la pièce. Hemet attrapa la main de sa sœur et l'entraîna dans un doux slow de quelques minutes avant de se détacher à nouveau. Et si Mildred avait l'impression d'être sur le point d'arracher une partie de son âme, elle ne douta plus vraiment de sa décision en observant enfin le regard serein et rempli d'espoir de son frère. En silence, elle se laissa tirer par son frère vers le canapé sur lequel ils s'assirent. Incapable de sortir un quelconque mot, Mildred attrapa la seringue qu'elle remplit suffisamment d'opium pour causer une overdose. D'un geste sûr, elle glissa la seringue sous la peau du jeune homme et fit glisser le liquide.
Hemet attira sa sœur sur sa poitrine et s'allongea sur le canapé tandis qu'elle laissait enfin ses larmes couler.

-Merci pour ce merveilleux cadeau d'anniversaire. Tu es l'amour de ma vie. Chuchota-t-il avant de fermer les yeux et de se détendre, enfin.

Trop bouleversée pour répondre quelque chose, la jeune femme se contenta d'écouter une dernière fois, les battements de cœur de son frère.

-Ma sœur a, quant à elle, été assassinée. Révéla Elsa d'un regard sondeur.

Surprise, la Mère Supérieure chassa rapidement ce souvenir douloureux et encra ses yeux dans l'océan bleuté de la jeune femme, comme pour en savoir plus.