38 ~ L'étreinte est savoureuse. Mais elle peut laisser une morsure semblable à celle d'un serpent.

Exténuée, Ruby bailla à s'en décrocher la mâchoire, attrapa la cafetière et fit couler son café dans sa tasse. Fébrile, elle but une gorgée avant de grimacer. Trop fort. À la recherche de sucre, elle ouvrit un premier placard. Puis un deuxième. Un troisième...

— Qu'est-ce que tu fais ici, questionna une voix qui la fit sursauter.

— Merde, tu m'as fichu une de ses frousses. Je cherche du sucre.

— Ce n'est pas vraiment ma question, répondit Mary-Margaret en faisant le contour de l'îlot central et de lui tendre une boîte pleine de sucre.

Ruby attrapa la boîte, l'ouvrit, prit quatre sucres et la moitié d'un cinquième qu'elle fit tomber un à un dans sa tasse. Attendant que son excès de sucre fonde, elle observa la brune qui sembla bien plus exténuée qu'elle. Extrêmement pâle, légèrement pliée, Mary-Margaret faisait couler de l'eau dans une théière. Avec un geste lent, elle mit l'eau à bouillir.

— Tu as besoin d'aide ?

— Non, je me débrouille, répondit l'institutrice, presque essoufflée. Qu'est-ce que tu fais là ?

— J'ai passé une nuit affreuse et je n'avais aucune envie de rentrer chez moi et voir Granny. Donc, j'ai décidé de revenir ici.

— Mmh, ce ne doit pas être simple à vivre. Enfin, de se rendre compte que tu t'es trompé sur toute la ligne depuis le début.

— Tu m'accuses de quelque chose ?

— Non, soupira Mary-Margaret en se déplaçant vers la bouilloire qui venait de sonner, indiquant que l'eau était chaude.

— Attends, laisse. Je vais le faire, t'as l'air d'à peine tenir sur tes jambes, se dépêcha Ruby. En fait, je suis un peu paumé. Je refusais de vraiment croire à ce que Regina m'avait raconté, mais avec ce que j'ai vu cette nuit... Elle ne ment pas, pas vrai ? questionna Ruby.

Le regard presque suppliant, elle connaissait parfaitement la réponse. Mary-Margaret savait également que les doutes chez Ruby avaient totalement été dissipés. Mais la confiance est parfois terriblement difficile à briser et l'on a tendance à se raccrocher, même au dernier fil qui retient la toile. Il suffit juste d'un coup de main pour se rendre compte que notre confiance avait été donnée à la mauvaise personne. Une aide qui couperait le dernier fil. Mary-Margaret savait qu'elle était cette aide.

— Elle n'a jamais menti. Sauf lorsqu'elle feint que l'hostilité que vous avez l'une envers l'autre ne l'atteint pas. C'est faux. Je le sais et je le vois.

— Je lui en veux un peu de n'avoir jamais tenté de s'expliquer.

— Elle a tenté de s'expliquer.

— Je sais et c'est ce qui fait que je m'en veux aussi. Putain, toute cette histoire est juste impensable, rit nerveusement la serveuse en s'affalant contre le comptoir. Je pensais que ma meilleure amie m'avait renié et abandonné au profit d'une vie plus classe alors qu'elle a visiblement vécu les pires choses de sa vie. Cette nuit... elle avait l'air si brisée que... Et y a Graham. Je le crois timide et innocent et je découvre qu'il est manipulé par cette raclure de Gold. Je croyais que lui faire avouer tout ça allait être quelque chose de bien, mais j'ai l'impression de l'avoir brisé. Et réparé ? J'ai l'impression qu'il est plus serein, plus léger et en même temps, qu'il bataille sans cesse. Et ça me fait un peu peur tout ça. Et puis, pour ne rien arranger, j'apprends que ma grand-mère est de mèche avec l'homme qui a brisé celle que je considérais comme ma sœur et l'homme que j'aime. L'homme que j'aime... murmura Ruby comme si elle venait de se rendre compte de quelque chose de terriblement important. Mais je n'ai pas voulu y croire. Qui peut croire ça ? J'ai l'impression de devenir folle. J'ai trop d'informations, mais pas assez de réponses. J'ai trop de questions, mais je n'ai aucune idée de laquelle serait la bonne. Et parce que les choses ne sont pas suffisamment glauques, j'ai suivi Emma et Regina dans une baraque tout aussi glauque que cette histoire où on a trouvé un gamin limite catatonique parce qu'on lui avait coupé trois doigts et où Regina a fait une crise d'angoisse comme j'en avais jamais vu. J'avais l'impression qu'elle était possédée. Et maintenant ... Et maintenant, soupira Ruby, vaincue.

— Regina a fait une crise ? demanda Mary-Margaret, occultant tout le reste de la révélation de Ruby.

— Ouais. Je me suis occupé du gosse et Emma, d'elle. Elles sont revenues ici avant que je ne quitte l'hôpital.

— Je vais la voir.

Agacée, la brunette pivota sur son tabouret en prenant une grande inspiration qui, elle l'espérait, allait lui permettre d'atteindre la chambre de sa meilleure amie. Surprise, Ruby ne trouva rien à dire et se contenta d'observer la femme auprès de qui elle venait de se confier, quitter la pièce. Toutefois, les deux femmes sursautèrent en entendant la porte d'entrée claquer.

Consciente que cela ne pouvait être que son mari, l'institutrice se précipita vers l'entrée, la serveuse sur ses talons.

Quelle ne fut pas leur surprise en apercevant les quatre personnes dans l'entrée qui semblaient particulièrement éreintées et sous le choc. Mary-Margaret scruta son mari qui semblait être sur le point de tout faire exploser sur son passage. Malgré le fait qu'il conservait une attitude protectrice envers les enfants autour desquels il avait enroulé ses bras, sa femme ne loupait pas sa respiration légèrement hachée, signe qu'il tentait de se maîtriser. Sa mâchoire était si crispée qu'elle laissait entrevoir les veines proéminentes de sa gorge. Inquiète, Mary-Margaret le devint encore plus en observant Killian qui semblait tout autant furieux que son mari. Et si Killian Jones, éternel Peter Pan semblait furieux, alors les choses ne pouvaient qu'être désastreuses.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? questionna-t-elle.

— Je peux aller voir maman ? demanda Héloïse qui se sentait soudainement épuisée.

Sans raison, David hésita un instant à l'idée de laisser seuls les enfants avant de se rendre compte de la bêtise de sa peur. Il se contenta d'acquiescer, conscient qu'après une nuit pareille, les enfants avaient besoin de leurs mères.

— Elles ne sont pas encore descendues, précisa Mary-Margaret qui continuait d'observer les deux hommes.

Aussitôt, Héloïse se défit de l'emprise du blond et grimpa les marches quatre à quatre, collée par Henry.

La gorge toujours douloureusement crispée par la peur qu'elle avait ressentie, Héloïse ouvrit brusquement la porte de la chambre de sa mère. Aussitôt, tout son corps sembla se détendre et le soulagement s'empara d'elle jusqu'à ce qu'elle découvre avec horreur la chambre vide de sa mère. Un sentiment d'angoisse s'empara d'elle et sa tête se mit à tourner brusquement.

Fébrile, Henry scruta les recoins de la chambre, comme si la Bostonienne pouvait se cacher dans la tapisserie beige de la pièce. Ressentant l'angoisse de sa sœur, il l'attrapa par la main pour l'obliger à le suivre. Rapidement, il traversa le long couloir de l'étage en tirant la jeune fille derrière lui et ouvrit sans prendre la peine de toquer, la porte de la chambre de sa mère. Incapable de faire halte, il se précipita dans la pièce avant de s'arrêter net, surprenant Héloïse qui le percuta.

Surpris, les deux enfants s'observèrent puis s'avancèrent doucement pour mieux scruter cette étrange scène. Sur le lit, au milieu de tout un tas de feuilles, les deux femmes dormaient paisiblement. Sur le ventre, Emma avait croisé ses bras sous sa tête comme si elle s'était mise à observer quelque chose avant de battre en retraite et de s'endormir. Face à elle, Regina dormait sur le flanc droit. Sa main gauche tenait un crayon tandis que l'autre se trouvait sous une planche. Sa jambe droite était remontée contre sa poitrine tandis que la gauche était venue s'entremêler à la jambe droite d'Emma qui formait un angle droit.

Timidement, les deux enfants se poussèrent l'un l'autre à aller réveiller les deux femmes avant de cesser tout mouvement lorsqu'Emma gémit dans son sommeil. Incapable de s'en empêcher, les nerfs lâchant sûrement, les jumeaux ricanèrent un moment puis décidèrent de s'occuper chacun d'une des femmes. Henry fit donc le tour du lit, mal à l'aise à l'idée de réveiller sa mère, chose qu'il n'avait en réalité jamais faite. Ou bien pas depuis très longtemps. Aussi, observa-t-il Héloïse et décida de l'imiter au geste près. Délicatement, il posa sa main sur l'épaule de la brune et la secoua légèrement. Comme si les deux femmes étaient parfaitement accordées, elles bougèrent simultanément, se rapprochant l'une de l'autre. Les deux enfants s'observèrent, puis leur délicate symphonie reprit. Dans une polyphonie parfaite, un temps derrière Héloïse, Henry s'abaissa et caressa délicatement la joue chaude de sa mère et souffla, comme un écho, "maman". Émergeant, les deux femmes poussèrent un long soupir avant d'ouvrir les yeux doucement. Leurs regards se croisèrent et un étrange sentiment de quiétude s'empara d'elles au souvenir de cette nuit, tragique, mais mémorable. Elles se sourirent, emprisonnées dans leur bulle, jouant leur duo sans se soucier de rien d'autre. Mais le duo prit rapidement fin lorsqu'elles se rendirent compte de la présence d'un enfant au-dessus de chacune. Comme si l'impulsion venait d'être donnée par un tambour, elles se redressèrent rapidement toutes les deux, en prononçant chacune le prénom de l'enfant en face d'elles, avant de se retourner pour se rendre compte qu'il n'y avait pas un, mais deux enfants.

— Qu'est-ce que vous faites là ? questionna immédiatement Emma, presque agacée d'avoir été tiré de son duo parfait.

— C'est quoi ? ignora Henry en attrapant les dessins éparpillés sur le lit.

— C'est... c'est rien, bredouilla Regina en rassemblant toutes les feuilles.

— Vous n'avez même pas remarqué notre absence ? s'horrifia Héloïse.

— Quelle absence ? questionna Emma.

Se sentant stupide de n'avoir rêvé que de retrouver sa mère depuis qu'elle avait été kidnappée par le Capitaine Nemo alors que celle-ci n'avait visiblement eu que faire de son absence, Héloïse ravala les larmes de fureur qui grimpèrent à toute allure dans ses yeux et fit demi-tour, prenant soin de claquer la porte, mettant fin à cette douce mélodie qu'elle avait elle-même initiée.

OoO

Tapant frénétiquement du pied contre l'herbe fraîchement taillée, Emma peinait à garder son sang-froid. Après la fuite d'Héloïse qui s'était enfermée à clef, Emma avait décidé de descendre et d'avoir plus d'explications auprès de Mary-Margaret. Elle avait toutefois eu la surprise de trouver dans la salle à manger l'institutrice avec Ruby, David et Killian qui n'était pas censé revenir avant le lendemain. En entendant les explications du marin, Emma était passée par plusieurs stades. Le choc en apprenant que ses enfants avait été enlevé ; la culpabilité de ne pas s'en être aperçue une seule seconde ; le soulagement en se rendant compte qu'il y avait finalement eu plus de peur que de mal ; l'incompréhension en écoutant Killian expliquer comment il avait finement négocié avec le Capitaine Nemo sur les conseils de la mairesse de Storybrooke ; puis la colère. La fureur. Ses enfants avaient été kidnappés.

Si sa première intention avait été de rejoindre les enfants, elle s'en était toutefois empêchée tant que sa colère ne se tarissait pas. Elle était sortie dans le jardin pour s'asseoir et réfléchir. Incapable de rester debout, elle s'était mise à faire les cent pas avant de se planter devant le pommier. Les mains sur la taille, le visage figé de colère, le pied battant la mesure comme s'il effectuer un compte à rebours des représailles, Emma fixait cet arbre comme s'il était la source de sa colère. Si elle s'écoutait, elle prendrait sa voiture et roulerait jusqu'à cette fichue boutique d'antiquités, prendrait son arme, chargerait son arme et sortirait de sa voiture d'une telle force que la portière pourrait se décrocher. Furieuse, elle entrerait dans la boutique en fracassant la porte pourtant non verrouillée, hurlerait ce prénom qui, elle en était sûr, n'avait rien fait d'autre que de s'allier avec le diable. L'homme se retournerait pour l'apercevoir arme à la main, mais son indéfectible confiance en lui soufflerait qu'elle n'en ferait rien. Jamais elle ne pourrait tirer et prendre le risque de perdre ses enfants alors qu'elle venait enfin de réunir sa famille. Alors, Monsieur Gold se mettrait à sourire en la jaugeant avec mépris, mais n'aurait pas le temps de sortir une de ces phrases dont lui seul a le secret. Non, parce qu'Emma Swan aurait déchargé son arme sur l'homme, ne visant que la poitrine comme pour se convaincre que malgré toute l'inhumanité chez cet homme, il avait bel et bien un cœur. Cœur qu'elle empêcherait de battre à tout jamais. Emma s'avancerait vers l'homme gisant entre son mur et le comptoir de sa boutique, tous deux désormais maculés du sang du diable. Il aurait un air sur le visage car sa confiance l'aurait tué.

Emma grogna. Putain, comme elle en mourrait d'envie. Mais elle n'était plus l'ancienne Emma, elle n'était plus aussi impulsive qu'avant et savait désormais réfléchir. Son mantra dans ces situations : doucement. Réfléchir doucement, agir doucement comme pour ralentir le temps et s'octroyer le temps de réfléchir sans foncer tête baissée dans un piège inexorable. Elle ne pouvait pas le tuer, certainement pas de sang-froid. Elle perdrait tout. Mais putain, comme elle en mourrait d'envie.

Alors elle restait plantée là, devant cet arbre, à combattre son envie de meurtre ou de faire mal à ce pommier. Un mécanisme semblait s'être emparé de son corps et exerçait une pression dans son bras droit. À défaut de se défouler sur l'antiquaire, l'esprit d'Emma avait formé un autre exutoire qu'elle essayait de combattre. Frapper. Ça ne devrait pas être si difficile. Ça ferait du bien. Accueillir toute cette colère qu'elle tente tant de repousser, l'accueillir et la laisser parcourir son corps. La laisser se glisser à travers ses veines, ses muscles à bride abattue avant de ne converger vers un seul endroit : son poing droit. Pivoter sur la droite, monter les poings, pour amorcer une rotation sur la gauche en transmettant toute sa force possible dans son bras droit. Toute sa force, toute sa colère, toute sa haine, et lancer son bras à une vitesse si folle qu'il fendit l'air pour l'envoyer embrasser la cime de l'arbre. Ne rien sentir à cause de l'adrénaline et la colère et réitérer le même geste, avec la même puissance. Une troisième fois encore, mais cette fois-ci avec le poing gauche avant de revenir à pleine puissance avec le poing droit. L'engrenage semble s'enrailler puisque le poing ne cesse de frapper. Cogner. Retour. Cogner. Retour. Cogner... Retour.

Putain, comme elle en mourrait d'envie.

— Emma ? appela une première fois Regina avant de se racler la gorge, mal à l'aise. Emma ? réitéra-t-elle en s'avançant pour se mettre au côté de la Bostonienne. Est-ce que vous allez bien ?

Arrivée depuis de longues minutes déjà, Regina s'était contentée de rester dans le dos de la blonde qui semblait mener une intense bataille contre son pommier. Si elle n'osait pas la déranger, elle ne souhaitait pas plus laisser la détective dans un tel état de rage. Toutefois, intimidée par la rage qui émanait sans subtilité de la blonde, Regina ne parvenait pas à trouver de mots moins bêtes.

— Nos enfants ont été kidnappés par ce malade, il aurait pu leur arriver bien pire et vous me demandez si ça va ? prononça Emma sans trouver le moyen de desserrer sa mâchoire.

— Ils vont bien.

— Parce qu'on voulait arrêter ce bateau. Si on avait décidé de le laisser partir vers les Indes, les enfants ...

— Mais ce n'est pas arrivé.

— Bon sang ! Pourquoi est-ce que vous êtes si calme ?

— Ce n'est pas le moment d'agir bêtement. Cela ne serait bénéfique qu'à Monsieur Gold et ne nous permettrait pas d'obtenir justice. Je suis tout autant furieuse, mais il est hors de question que la colère soit le premier sentiment qui m'habite.

— Pour le moment, ça me donne plutôt l'impression que vous n'en avez rien à foutre, accusa Emma avant de se rendre compte de l'importance de ses paroles. C'est pas...

— Retournez à Boston.

— Non, Regina. Écoutez, ce n'est pas du tout...

— Retournez à Boston et emmenez Henry. Les enfants ne sont plus en sécurité ici, alors repartez à Boston et emmenez Henry. Il sera heureux de cette situation, insista Regina tout en tentant de se convaincre de ses paroles qui semblaient lui déchirer le cœur.

— Je suis allée trop loin et il est hors de question que je fasse ça. Il faut juste que l'on redouble d'attention et qu'on discute avec les enfants pour qu'ils ne restent jamais seuls.

— Surveillés ou non, je ne vois pas ce qui empêcherait Monsieur Gold de mettre la main sur les enfants, s'il le souhaite.

— Conservons alors ce plan de secours si on sent que les choses dérapent. Mais avant tout, je veux discuter avec les enfants. Mis à part cet incident, tout s'est déroulé à merveille.

— Vous voilà bien plus calme.

— Les choses auraient pu être pires, vous avez raison. Et pour être honnêtes, même si je ne vous avais rien dit pour que vous ne mettiez pas fin à l'opération, je ne pensais pas que les choses allaient se dérouler aussi bien. Encore moins que le Capitaine Nemo fasse alliance avec nous.

— Cela s'appelle la négociation, ma chère. Parlementer plutôt que frapper, se moqua Regina, soulagée de constater que l'ambiance était bien plus légère.

— Sérieusement, comment est-ce que vous saviez qu'il allait accepter ?

— Nemo a probablement passé trop de temps à écouter Monsieur Gold et l'idée de la richesse est devenue un désir particulièrement intense chez lui. C'est probablement la raison pour laquelle il est toujours revenu vers Monsieur Gold malgré son désir de liberté. Parce qu'il est parfaitement rémunéré. Mais plus encore, Nemo est exactement comme Killian. Ce sont des Peter Pan qui rêvent de pirateries et d'aventures. Killian était si enjoué à l'idée de mener cette opération simplement parce qu'elle ressemblait à une histoire de pirates. Je n'en étais pas vraiment certaine, mais j'ai supposé que Nemo serait pareil. Ils avaient une obsession pour les pirates et les trésors, c'est d'ailleurs ainsi qu'ils ont découvert les souterrains sous le Couvent. Et la légende de Terra Exitus, selon laquelle Dieu aurait fait couler de l'or à travers les falaises et déposer douze caisses remplies d'or dans ce trou, les a toujours fascinés. J'ai donc supposé que malgré le caractère tout à fait grotesque de la légende, Nemo serait bien plus enclin à partir à l'aventure à nos côtés plutôt que de continuer à suivre Monsieur Gold. Un peu de morale, d'argent pour contribuer les supposées pertes, et le tour était joué.

— Et d'où vient tout cet argent ?

— Je vous ai dit que nous stockions la drogue au Palais de Justice. C'est pareil pour les pots-de-vin que Monsieur Gold distribuait à certaines personnes. C'est le cas du juge Midas, par exemple, qui continuait de rendre quelques services et de se faire payer. En réalité, il est devenu notre espion et tout l'argent qu'il recevait, il le stockait au Palais.

— Si c'est de l'argent sale que vous avez déclaré dans votre procédure, il faudra justifier la disparition et Nemo devra restituer la somme.

— Je sais, mais je ne compterais pas là-dessus si j'étais vous, s'amusa la Portoricaine.

Les deux femmes se sourirent d'un air entendu et restèrent un moment à se regarder, désormais apaisées.

— Je vais voir Héloïse.

— Je viens avec vous.

Rapidement, les deux femmes montèrent à l'étage et se dirigèrent par instinct vers la chambre d'Henry. Emma ouvrit la porte un peu brusquement avant de ralentir le pas et de s'approcher de sa fille assise contre la tête de lit, au côté d'Henry. Prudemment, les deux femmes s'installèrent de chaque côté du lit et Emma tenta d'encrer son regard dans celui de sa fille qui s'acharnait à l'éviter.

— Nous sommes vraiment désolés de ne pas avoir vu que vous aviez disparu, mais cela ne signifie pas qu'on n'en a rien à faire. On aurait fini par s'en rendre compte, expliqua maladroitement la Bostonienne.

— Parce que hier soir, à table, vous ne vous êtes pas rendu compte qu'on n'était pas là ?! répliqua avec véhémence l'adolescente.

— Hier, Graham est venu ici pour nous dire qu'un autre enfant était gravement en danger et qu'ils ne pouvaient aller le sauver puisqu'il devait rejoindre Gold. Avec Ruby et Regina, nous nous sommes donc rendues chez le Docteur.

— Vous avez trouvé la cabane du Docteur ? demanda Henry, piqué par la curiosité.

— Oui, mais il était déjà tard. Nous sommes entrés dans la cabane, mais le Docteur n'était pas là. Il n'y avait que le gamin. Ruby est partie avec le gamin pour l'emmener à l'hôpital et nous sommes rentrés.

— Vous auriez pu vérifier qu'on allait bien, répliqua Héloïse décidée à ne pas faciliter la tâche.

— C'est de ma faute, avoua Regina en constatant qu'Emma n'osait pas tout expliquer pour la préserver. Je vous ai dit que je ne me souvenais pas de certaines choses que j'avais vécues dans cette forêt... Cette nuit, dans cette maison, des souvenirs me sont justement revenus et j'ai fini par paniquer. Emma a chargé Ruby de s'occuper du petit garçon pendant qu'elle m'aidait à me remettre de mes émotions. L'aller avait été long, mais le retour l'a encore plus été et lorsque nous sommes revenus, Emma est restée avec moi pour s'assurer que j'allais bien.

— Et finalement, nous nous sommes endormies jusqu'à ce que vous veniez nous chercher. Mais je te promets que jamais de ma vie, tu ne passeras au second plan. Je ne veux pas que tu penses que je ne m'inquiète pas pour toi. Qu'on ne s'inquiète pas pour vous deux.

Le visage toujours fermé pour la forme, Héloïse s'avança vers sa mère pour la prendre dans ses bras. Rassurée, la jeune femme resserra son étreinte autour de sa fille et enfouit son visage dans ses cheveux, qu'elle respira fort comme s'ils étaient sa bouteille d'oxygène.

Gêné, envieux, Henry se mordit discrètement la lèvre supérieure, jeta un furtif coup d'œil à sa mère adoptive qui se contenta de lui sourire et reposa son regard sur les Swan. Du coin de l'œil, il observa à nouveau sa mère adoptive. Il mourrait, lui aussi, d'envie de plonger dans ses bras réconfortants et protecteurs. Mais il n'osait pas. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas été proche de cette façon de celle qui l'avait élevé qu'il avait la sensation d'être incapable de savoir comment agir. Il savait pertinemment qu'elle ne le repousserait pas. Il savait pertinemment qu'elle n'attendait que ça. Pouvoir à nouveau reprendre sa véritable place de mère surprotectrice qu'elle avait eue autrefois. Mais une voix stupide dans sa tête insinuait cette peur d'être repoussé quoiqu'il arrive. Cette peur que leur relation soit à jamais entachée par les non-dits qui s'étaient entassés entre eux. Il désirait tant trouver sa place. Il avait la sensation de ne pas être assez. Pas assez le fils d'Emma Swan pour se permettre toutes les questions et tous les gestes qu'il désirait, plus assez le fils de Regina Mills pour se permettre de tout effacer comme si de rien était. Pas assez pour exposer tout l'amour et l'admiration qu'il portait en réalité à ces deux femmes. Alors, puisqu'il était incapable de prouver cela avec des gestes, il essaya avec des mots, qu'il espérait suffisamment clair.

— Mais toi, tu vas mieux maintenant ? demanda-t-il à la Portoricaine.

— Oui, acquiesça la jeune femme en osant lui prendre la main pour la serrer.

Geste anodin, minime par rapport à l'énorme câlin que faisaient les deux Swan à côté d'eux, mais Henry eut l'impression de faire une chute libre de trente-trois étages, son cœur se crispant soudainement et semblant plus présent que jamais. Geste anodin, peut-être, mais qui lui fit un bien extraordinaire. Comme si son cœur enchaîné jusqu'à maintenant, venait d'avoir toutes ses chaînes de retirées. Geste anodin, mais qui fit naître un peu d'espoir. Plantant ses yeux dans les noirs corbeau de sa mère, il la fixa intensément comme s'il pouvait discuter avec elle simplement par le contact de leurs prunelles. Le sourire doux et rassurant qui se dessina petit à petit sur le visage de la Portoricaine l'assura que tout, n'était peut-être pas perdu et décida de prendre cela, comme l'étreinte qu'il désirait.

OoO

Courant presque dans les couloirs, Regina bifurqua rapidement sur la droite et manqua de rentrer dans un infirmier. Trop pressée, elle marmonna rapidement ses excuses et jeta à nouveau un coup d'œil à sa montre. 10:10, elle était en retard. Enfin, elle aperçut la lourde porte de la salle de séjour qu'elle poussa, ne ralentissant pas pour autant sa course. Elle fonça vers le fond de la salle, là où il se trouvait toujours. Agenouillé devant une table basse en bois posée en face d'un canapé bleu à poids jaune. Une imposante horloge blanche qu'il ne pouvait pas manquer. Une imposante horloge blanche qui indiquait son retard.

/Enfin arrivée à côté du canapé, elle se força à ralentir, légèrement essoufflée et s'installa.

— Bonjour Peter. Peter ? Peter ? répéta-t-elle alors qu'il faisait semblant de ne pas l'entendre, écrasant la pointe de son feutre bleu contre sa feuille blanche en faisant des allers-retours sans aucun sens. Je suis vraiment désolé pour ce retard, Peter. Mais je suis là, maintenant. S'il te plaît, excuse-moi.

Furieux, Peter attrapa tous ses crayons et les jeta sur elle, la faisant sursauta. Le garçon se redressa, révélant sa taille d'adulte, pour se faire plus agressif.

— Pas de retard où nous ne pourrons pas sortir. Si retard, tu as, aucun égard pour moi, tu n'as. Pas de fuite, pour nous ! éructa-t-il avec rage, son front presque collé à celui de la mairesse.

Furieux, Peter resta dans cette position de longues minutes tandis que Regina n'osa pas détourner son regard. La dernière fois, et la seule fois, qu'elle était arrivée en retard, Peter lui avait répété la même phrase. Son comportement avait été identique, à ceci près qu'elle avait tenté de le raisonner et de le fuir, inquiète par son comportement. Cela n'avait abouti qu'à le rendre plus violent et à obliger les infirmiers à le plaquer contre le sol jusqu'à ce qu'une infirmière arrive en courant, seringue pointée vers le haut. Alors, elle resta à l'observer sans bouger un cil.

Vaincu, Peter se recula avant de se rasseoir sur les genoux, les talons contre ses fesses. Il attrapa une nouvelle feuille et un autre feutre qu'il appuya tout aussi fortement contre son support.

— J'étais dans la maison du Docteur, chuchota-t-elle en s'agenouillant à son tour. C'est pour ça que je suis en retard. Pas parce que je n'ai pas d'égard pour toi, simplement pour être en avance ailleurs, expliqua-t-elle en observant attentivement les réactions du barbu. Elle laissa échappa un sourire, soulagée en observant Peter qui s'arrêta de martyriser son crayon pour mieux l'écouter. Je me souviens de tout ce qu'il s'est passé là-bas.

— Tu l'as vu ? chuchota-t-il.

— Non, il n'était pas là. Il n'y avait qu'un seul enfant que nous avons donc pu sauver. Je me suis souvenu d'autre chose et j'aurai besoin que tu me répondes, s'il te plaît. Je me souviens d'un labyrinthe à l'entrée du camp, c'est vague, mais je me souviens de murs sur lesquels il y avait des étoiles. Deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin, c'est pour ça ? C'est pour sortir du labyrinthe ?

Peter releva enfin la tête et l'observa attentivement, comme s'il pesait le pour et le contre. Il se mordit la lèvre puis haussa des épaules.

— S'il te plaît, aide-moi. Nous devons arrêter les ombres. J'ai déjà réussi à arrêter le Capitaine, je peux faire le reste, mais j'ai besoin de ton aide. Ce labyrinthe existe bien ? Peter acquiesça. Et pour en sortir, il faut prendre la deuxième étoile à droite ? Il acquiesça à nouveau. On pourrait essayer de dessiner ce labyrinthe, s'il te plaît ?

L'enfant baissa un instant le regard, se mordit à nouveau la lèvre puis attrapa une nouvelle feuille blanche, un feutre noir et posa le tout devant la Portoricaine qui s'empressa de se mettre au travail.

OoO

Il faisait chaud. Quelques heures plus tôt, il faisait encore trente degrés. Pourtant, il était frigorifié. Et terrifié. Et tétanisé.

Il n'avait certainement pas imaginé que la fin serait ainsi. Il avait pourtant vu des choses si affreuses que son esprit n'avait jamais eu trop de mal à imaginer le pire. Il avait grandi dans la peur et dans le doute, cohabitant avec un esprit torturé qu'il n'avait eu de cesse de repousser... Jusqu'à dernièrement. Il avait compris. Quitte à être piégé ensemble, autant en faire son allié. Il s'était accepté. Et découvert une force extraordinaire. Un amour incommensurable pour lui et pour les autres. Et pour elle.

Elle.

C'est elle qui l'aura réellement sauvé. Pas lui. Il avait tergiversé pendant des jours, mais il n'avait plus aucun doute. Il s'était laissé aveugler par cette bouée de sauvetage qu'il avait trouvé des années auparavant, pensant lui devoir la vie. Il ne lui devait que des chaînes. Chaînes qu'elle avait fait imploser pour lui faire découvrir la vie. La vraie. Celle qui, malgré ses multiples épines, mérite d'être vécue et aimée. C'est pour elle qu'il avait fait tout ça.

— C'est ta dernière chance, indiqua une voix ennuyée au-dessus de sa tête.

— Tu me tueras de doute manière, répondit-il avec toute l'assurance qu'il put.

Ce rire semblable à celui d'une hyène retentit et il fut pris à nouveau d'un frisson si fort que tout son corps en fut transpercé. Les larmes lui montèrent aux yeux, terrifié par la mort qui l'attendait. Recroquevillé dans cette poubelle industrielle dont le fer collé à sa peau, nu et recouvert de pétrole dont il avait été aspergé quelques minutes auparavant, il était terrifié. Et seul. Il avait failli mourir tant de fois dans sa vie. Il aurait dû saisir sa chance ces jours-là...

— C'est exact. Si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors autant éviter à tout un chacun plus d'ennui et dis... Puis meurs.

Déterminé à ne plus jamais se laisser humilier ni marché sur les pieds, il se contenta de cracher aux pieds du farceur.

— Soit, répondit l'homme de son air toujours ennuyé. Puisque je t'ai sorti des flammes de l'enfer, je m'octroie le droit de t'y renvoyer. Souris ! chantonna-t-il en craquer une allumette.

Jamais il n'avait vu une allumette briller aussi fort. Il eut l'impression que sa flamme était immense. Plus grande que celles des enfers. L'allumette fut jetée vers lui et il eut la surprise de la voir se transformer en fée plutôt qu'en diable. Une petite fée aux ailes orangées qui ouvrit ses bras pour l'accueillir auprès d'elle. Elle s'échoua sur ses genoux et soudainement, la petite fée grandit comme pour mieux l'étreindre. En quelques secondes, elle l'enveloppa d'une étreinte chaude, bouillante et il pensa, qu'il quittait les bras de la plus merveilleuse fée qu'il n'avait jamais connu pour être emprisonné dans les bras d'une nouvelle.