Montagnes de Nibelheim – naissance de la Shinra
Courir. Courir. Courir pour ne pas quitter ce monde sous les coups des gardes et leurs armes crachant le feu et le métal. Courir pour fuir ce lieu mille fois maudit. Courir, pour Vivre en ce monde.
Il y a quelques mois. Lorsque qu'il y a quelques mois je me suis éveillée à nouveau, je n'entendais plus la voix de la planète. Il y a deux ans, les portes de cette prison de verre se sont refermées sur moi. Lorsque les premières expériences ont débuté. Lorsqu'on me laissait pour morte sur une table. Lorsque j'étais branchée à ce monstre de fer au bruit infernal. Lorsque la sa substance interdite m'irradiait de douleur. Lorsque je n'étais plus que larmes et souffrance.
Mais depuis que leur lumière m'avait rendue visite, je me raccrochais à la Vie. A la mienne ? A toutes les vies de cette planète ? À celles qui marchaient sur la planète, à celles qui naviguaient à travers la planète. J'en faisais partie.
Une porte s'ouvre, puis une autre, et encore une autre. Mes mains d'enfant peinent à pousser sur ces lourdes barrières. Mais je connais le chemin à suivre ; il m'a montré le plan. Des cris de ceux qu'ils appellent les Turks se font entendre derrière moi. Des injures. Des bruits de pas. Ceux-là ne trahissent jamais leur maître, la Shinra. Jamais. Ma grande blouse blanche entrave mes mouvements. Pour eux, je n'ai que sept ans. Mais je suis rapide. Ils ne savent pas ce que je suis capable de faire. Moi non plus, je ne le sais pas encore, mais je dois le faire.
Mais, alors que j'entends presque le souffle des molosses dans mon dos, je vois le sol remonter lentement. Non ! Une fois de plus, leur métal sous la forme d'une porte blindée bloque la sortie !
Une balle atteint ma cuisse. L'impact me fait chavirer et douleur m'irradie toute entière. Je reste silencieuse. La douleur, je la connais. Parce que j'ai l'habitude d'avoir mal. Parce que j'ai appris à contrôler la douleur. Je sens une énergie colossale monter en moi. Pour la première fois, je vais pouvoir la libérer. Je tends les mains devant moi. Un champ de force s'échappe de celles-ci, propulsant et réduisant en cendres le bloc de métal qui me barrait la route.
J'y suis, Dehors ! A l'extérieur ! A l'air libre ! Je vais pouvoir revoir ma planète.
Je laisse échapper un soupir d'effroi lorsque mes yeux scrutent le paysage alentour. Les montagnes de Nibelheim sont mortes. Tout est mort. L'air. Cet air, que je pensais tel autrefois si pur et vivifiant. Il n'est en fait qu'une agression de plus. Une agression qui s'infiltre par ma gorge, dans mes poumons éreintés. Cet air irrespirable a lui-même le goût du métal. Le ciel. Autrefois, le ciel était une aquarelle d'azur et de blanc, illuminée par un Soleil d'or et moucheté par l'éclat des écailles des grands dragons. Seulement, ce ciel-là est fade, embué de noir, pourpre, verdâtre. Ou est la vie ? Les vertes montagnes grouillant de vie ne sont à présent qu'une terre sèche et désolée. Il n'y a pas âme qui vive.
Je ferme les yeux. Je ne ressens pas de présence alentours. Je suis seule au milieu de ce cimetière. Tout est froid, tout est vide, tout est mort. Des larmes coulent le long de mes joues. Je ne veux pas voir ce cauchemar. Je tente de masquer ce que mes yeux voient avec mes mains d'enfant. Je me laisse tomber à genoux sur le sol, soulevant un petit nuage de poussière.
Petit à petit, je sens d'un mal silencieux emplit les lieux, menaçant, aux aguets. Quelque chose dans ces montagnes est tapie dans l'ombre. Quelque chose au fond de moi, me hurle de m'en aller loin des rocheuses maudites. C'est encore là avec moi.
Un épuisement soudain l'emporte sur ma volonté. Ma respiration ralentit, mon pouls est plus lent, mes paupières se ferment, mais je lutte contre la fatigue. Mais l'énergie que j'ai dépensée est trop grande, je m'affaiblis peu à peu. Ma vue embuée de larmes se brouille. Je porte une main tremblante sur ma poitrine saccadée. La douce chaleur qui s'en dégageait habituellement est à présent brûlante. Je ne peux pas encore faire harmonie avec le pouvoir de l'Arme.
Je le sens arriver vers moi. C'est lui. Il me prend doucement dans ses bras, ma tête repose contre son poitrail et sa blouse blanche.
« Qui a tué le monde professeur … ? Chuchotais-je en sanglotant, agrippant quelque peu sa blouse. »
« Tu m'en vois désolé, Azahel … je n'ai pas le choix, murmure le professeur Gast avec tristesse … Mais je te promets que nous allons bientôt nous envoler loin de ce lieu. »
Je sens une aiguille franchir ma peau et injecter une substance dans ma nuque. Mes penses de brouillent. Je le veux, mais n'arrive plus à bouger. Je n'arrive pas à parler. Dans mon dos, au niveau de mes omoplates, je sens quelque chose me brûler. Qu'est-ce que c'est ?Mon pouls et ma respiration devinent de plus en plus lentes. J'ai peur. J'ai très peur.
J'espère qu'elle va s'échapper. J'espère que le petit être qu'elle porte dans son ventre va s'échapper avec elle. Je savais qu'il allait bientôt venir au monde, mais je n'espérais pas qu'il vienne au monde dans cette prison. Elle non plus. Cette femme était la personne qui m'a vue réellement et qui s'est ouverte à moi. Parfois, elle voulait juste me consoler et me prendre dans ses bras, si bien qu'elle avait des gestes de mère. Parfois, elle était malheureuse pour moi et je le voyais à ses yeux rouges et humides. Mais il lui interdisait, lui Hojo le chef du département scientifique. Pourtant, je crois qu'Hojo était son compagnon, mais quel compagnon traiterait sa femme de la sorte ? Au bout du compte, je crois qu'elle et moi partagions le même sort au sein de ce manoir et ses prisons de verre.
Je crois que suis en train de mourir. Est-ce ainsi que mon existence sur Gaia s'achève maintenant ? Est-ce que ma planète va m'emporter dans son déclin ?
