coucou tout le monde ! je suis officiellement en vacances ! ça fait vraiment du bien de le dire :p
merci merci merci un million de fois pour vos reviews, j'espère que l'histoire vous plaît toujours autant et que vous continuerez à la suivre ! ce chapitre peut être difficile à lire pour les personnes directement touchées par le racisme et par la toxicité parentale, faites attention à vous 3
je vous souhaite une très bonne lecture de ce chapitre 9 malgré tout ^^
Les jours s'écoulaient avec une lenteur abominable. Les heures s'étiraient, s'étiraient toujours plus sans jamais apporter les solutions dont Marinette avait terriblement besoin.
Plus le temps passait, et plus les réponses à ses questions semblaient n'être rien de plus qu'un rêve. Un rêve qui occupait toutes ses pensées. Un rêve qui la gardait éveillée la nuit, les yeux rivés sur le ciel parisien, son esprit tournant et retournant ses problèmes dans tous les sens imaginables.
Un rêve. Seulement un rêve. Une illusion.
Parce que la réalité était bien plus cruelle que de trouver miraculeusement les réponses à ses questions. Parce que son intelligence avait ses limites, parce que trouver quoi faire de son Lucky Charm était tellement plus simple que de trouver quoi faire d'elle-même.
Chaque matin, ses démons étaient là, ils ne disparaissaient jamais. Adam était toujours là, avec son sourire malsain et ses menaces. Lila était toujours là, avec ses regards vicieux et ses paroles mielleuses à l'égard d'Adrien. L'épée de Damoclès ne cessait jamais de peser au-dessus d'elle, plus menaçante et plus réelle chaque jour.
Adrien était toujours là, lui aussi. Si ce n'était pas ses yeux qui étaient posés sur elle, c'était sa présence à ses côtés qui l'enveloppait. Si ce n'était pas sa compagnie silencieuse lorsqu'ils étaient au lycée, c'était son aide courageuse lorsqu'ils sauvaient Paris.
D'une façon ou d'une autre, il était toujours là. Le jour, il tourmentait son esprit et la nuit, il hantait ses pensées. Jamais il ne lui avait exigé une explication quant à la lettre qu'elle lui avait laissé. Jamais il n'avait durci le ton en s'adressant à elle — bien que le flux de mots qu'il lui vouait était de plus en plus mince. Et jamais il ne l'avait abandonnée. Malgré la tension qui habitait son corps, malgré la contraction permanente de sa mâchoire, malgré ses poings qui se serraient à chaque fois qu'Adam ouvrait la bouche, malgré tout, il restait à ses côtés. Une présence muette, un ange gardien.
Et Marinette ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. Il respectait ses décisions, peu importât à quel point il souffrait, peu importât à quel point il avait besoin de réponses, il acceptait le sort avec lequel Marinette avait immobilisé leur relation et annihilé leurs interactions.
Comme toujours, il était parfait. Et Marinette sentait son cœur se déchirer dans sa poitrine à chaque fois qu'elle le voyait.
Sa politesse envers le monde entier alors qu'il souffrait intérieurement, ses sourires courtois envers toutes ces filles qui lui jetaient des regards intéressés dans les couloirs, ses cours de chinois, d'escrime et de piano qu'il continuait de suivre assidument, ses bonnes notes qui persistaient, ses cheveux à la blondeur presque blanche qui ne cessaient jamais d'être brillants et soyeux, ses yeux verts qui ne cessaient jamais de briller : tout ça donnait envie à Marinette de hurler.
Elle voulait laisser ce torrent d'émotions exploser, voulait laisser ce tsunami de frustration et de rage et de fatigue l'enrober tout entière et prendre le contrôle de ses mouvements. Elle voulait étrangler Adam et son sourire insupportable, faire taire Lila et sa confiance terrifiante, prendre Adrien dans ses bras et ne jamais le laisser partir.
Mais par-dessus tout, elle voulait éradiquer la menace de Papillon. Le fait d'être paralysée par son bon-vouloir n'avait jamais été aussi réel. À cause de lui, elle ne pouvait pas vivre. À force de sauver tout le monde, c'était sa vie qui partait en fumée.
Elle pouvait tirer une croix sur sa relation avec Adrien. C'était déjà impossible lorsqu'il n'était que Adrien, parce que les secrets et les mensonges à répétition n'étaient définitivement pas quelque chose que Marinette souhaitait pour eux. Et c'était à présent doublement interdit parce qu'il était aussi Chat Noir. Son coéquipier avec qui il était extrêmement déraisonnable de dépasser la limite qu'ils s'étaient imposés des années auparavant. Mais surtout, son coéquipier avec qui il était dangereux de laisser parler ses sentiments.
Marinette ne se rappelait pas exactement ce qu'il s'était passé tant d'année auparavant. Elle se souvenait de Bunnix, elle se souvenait de Chat Blanc, et elle se souvenait de la peur. Une peur gigantesque, une terreur infinie. Le désespoir dans ses yeux bleus.
Ce qui avait causé son akumatisation, Marinette ne s'en rappelait pas. Mais elle savait que ç'avait un rapport avec elle. Pour que les conséquences furent si désastreuses, si énormes, il ne pouvait s'agir que de quelque chose, que de quelqu'un de terriblement important à ses yeux. L'image de son propre corps qui partait en fumée hantait parfois encore ses cauchemars.
Il était simplement hors de question de laisser aller son cœur. Alors, aussi dur et aussi épuisant que cela pût l'être, Marinette continuait d'enfermer ses sentiments et ses envies à double tour au fond d'elle.
Elle se sentait spectatrice de sa propre vie qui défilait devant ses yeux. Impossible de vivre une relation amoureuse, impossible de vivre une journée sans prononcer un mensonge ou omettre une vérité, impossible de discuter avec ses amis sans être interrompue par un akuma, par un kwami, par une patrouille ou par n'importe quel devoir héroïque. Impossible d'envisager pleinement l'avenir, impossible de pouvoir se projeter dans ses études, dans sa vie professionnelle. Impossible de quitter Paris.
Impossible. Un enchaînement de barrières infranchissables, d'obstacles insurmontables, de réponses qui n'arrivaient jamais.
La seule chose qui la maintenait en un seul morceau, c'était le réconfort d'Alya.
— Je pense que c'est une bonne chose qu'elle soit au courant, lui avoua un jour Wayzz.
Marinette, le regard se promenant sur Paris sous la nuit qui s'étendait devant elle, tourna le visage vers le kwami. Ses yeux étaient rivés devant lui.
— Tu as besoin de soutien, Marinette. D'un soutien que ni Chat Noir, ni nous autres kwami ne pouvons t'apporter.
La brise fraiche du mois de novembre caressa le visage de Marinette, balayant les quelques mèches de cheveux qui s'échappaient de son chignon.
— Il me manque, tu sais, murmura-t-elle en reportant son regard vers l'horizon.
— À moi aussi, soupira Wayzz. Terriblement.
Marinette ferma un instant les yeux, se laissant immerger par l'image de Maître Fu. Par sa sagesse, par son sourire, par le confort que sa présence lui apportait.
— Je me demande ce qu'il penserait de tout ça, s'il était là.
— Il penserait sûrement la même chose que moi.
Marinette attendit patiemment que Wayzz explicitât le fond de sa pensée. Malgré les années qui s'était écoulées, l'absence de Maître Fu était encore pesante pour elle. Elle osait à peine imaginer le vide que son départ avait laissé dans le cœur de Wayzz.
— Que tu fais du mieux que tu peux, Marinette.
— C'est pas suffisant, souffla-t-elle en laissant tomber son front contre la rambarde.
Le froid du fer forgé contre sa peau apaisa légèrement le brasier que formaient ses pensées.
— Vous avez toujours vos Miraculous.
— On n'a toujours pas celui de Papillon. Ni celui du Paon.
— Il n'a pas gagné, Marinette.
— Nous non plus.
Wayzz soupira et Marinette ferma les paupières.
— Ce n'est qu'une question de temps.
Du temps, toujours plus de temps. Mais Marinette n'était plus sûre d'en avoir davantage. Sa patience commençait sérieusement à se dégrader, au même rythme que l'espoir commençait à faner au fond de son cœur.
Marinette leva le regard et distingua une ombre noire survoler les toits de Paris. Un sourire découragé se dessina au coin de ses lèvres.
Du temps.
Marinette était reconnaissante de faire partie de l'équipe d'athlétisme. C'était un défouloir, une activité qui lui permettait d'extérioriser sa frustration en tant que Marinette.
Mais c'était aussi une source d'angoisse dont elle n'avait vraiment pas besoin. Parce que les entraînements d'athlétisme et d'escrime avaient lieu aux mêmes horaires. Parce que cela voulait dire qu'elle allait forcément croiser Adam.
Et, honnêtement, si elle pouvait mettre un océan de distance entre eux, elle le ferait avec joie.
Malheureusement, il n'y avait que quelques mètres qui les séparaient à cet instant, et Marinette se sentait tellement épiée par son regard qu'elle avait l'impression que ce n'étaient que des millimètres qui persistaient entre son air suffisant et son envie de fuir le plus loin possible de lui.
— Tu le connais ?
Marinette leva le visage vers la voix qui venait de s'adresser à elle. Elle découvrit Kim, adossé contre le mur, les bras croisés, les yeux rivés vers Adam.
— J'aimerais que non, répondit Marinette.
Kim fronça les sourcils, et elle pouvait dire à son expression qu'il ne portait pas Adam dans son cœur non plus.
— Il te regarde comme si...
— Comme s'il voulait lui sauter dessus. C'est flippant.
Alix les rejoignit. Ses cheveux qui lui arrivaient au menton étaient rassemblés en une demi-queue de cheval au sommet de son crâne et Marinette qui sentait ses propres cheveux tomber jusqu'en bas de son dos pensa que cette longueur lui allait particulièrement bien. Ses yeux bleus pétillants étaient rivés vers Adam et ses sourcils froncés rejoignaient l'expression de Kim.
— Il pourrait au moins être discret, déclara-t-il.
— Au moins essayer.
Marinette aurait probablement trouvé cette situation amusante si elle ne savait pas que le regard d'Adam était dû au fait qu'il cachait précieusement dans son téléphone une vidéo qui pouvait littéralement ruiner sa vie.
Elle ferma les yeux, appuya l'arrière de sa tête contre le mur et prit une profonde inspiration.
— Hep hep, Adrien !
Marinette sentit son corps entier se crisper à l'interjection d'Alix. Ses paupières se rouvrirent instantanément et une paire d'yeux verts attira immédiatement son attention.
Il venait juste de sortir des vestiaires, rejoignant le groupe d'élèves qui attendaient l'arrivée des professeurs. Son regard s'accrocha un instant au sien avant de se concentrer sur Alix.
— Hmm ?
— Tu le connais, lui ?
— Hé, mais attends ! intervint Kim. C'est pas le mec avec qui tu t'es battu l'autre jour ?
— Sérieux ?
— Mais oui !
— Peut-être, lui accorda Alix.
— C'est lui, affirma Adrien d'une voix tendue.
L'attention de Kim et d'Alix, à nouveau portée sur Adam, convergea alors vers lui. Marinette, les yeux à présent rivés vers le sol, trouvait soudainement ses mains très intéressantes. « Oh, une griffure. Il faudrait vraiment que je pense à limer mes ongles un de ces jours. »
— Il est obsédé par Marinette.
— C'est flippant.
— Tu l'as déjà dit.
— Bah je le redis, alors.
« Peut-être que je devrais mettre du vernis. »
— C'est toi qui es flippante.
— Répète un peu—
— Agreste !
Marinette leva les yeux de ses ongles, découvrant avec horreur la main d'Adam posée sur l'épaule d'Adrien.
Alix et Kim tournèrent le visage d'un mouvement commun et l'expression d'Adrien passa de tendue à tranchante.
— Je pense pas que tu devrais le toucher, intervint Kim.
— Oh, allez ! On est amis, non ? Comment dire... je crois qu'on partage une passion commune.
Un frisson de dégoût dégoulina le long de la colonne vertébrale de Marinette lorsque le regard d'Adam se posa un instant sur elle.
— Mec, t'es vraiment flippant, déclara Alix.
— Encore plus qu'elle, ajouta Kim.
— Je suis pas flippante—
— Un petit peu.
— Kim—
Vraiment, si Marinette ne connaissait pas le sous-entendu pervers qui était caché derrière les propos d'Adam, elle aurait probablement éclaté de rire.
Mais Adrien le repoussa un peu trop violemment, mettant un terme au débat d'Alix et Kim.
— Sujet sensible, peut-être ? s'amusa Adam.
Le regard d'Adrien était embrumé par la rage. Cette lueur de haine qui brillait dans ses yeux, Marinette ne l'avait jamais vue aussi intense qu'envers Adam. Même contre les pires akumatisés, même lorsqu'il abordait le sujet de son père ou du Papillon. Jamais.
— Les gars, allez, intervint Kim.
— Laisse-le tranquille, ajouta Alix.
— Je te sens frustré, Adrien. Tout va bien, de ce côté-là ?
Les regards commençaient à se tourner vers eux à mesure que le groupe d'élèves s'étoffait. Marinette ne s'était même pas rendu compte qu'elle s'était éloignée du mur.
— Mais de qui tu parles ? demanda Kim.
Un sourire de pure satisfaction redressa les lèvres d'Adam lorsqu'il tourna le regard vers Marinette.
Elle se sentait nue. Complètement dénuée face à ses yeux qui la dévoraient, face aux yeux d'Adrien qui connaissaient chaque recoin de son corps, face aux yeux de tous ses élèves autour d'eux.
— Lâche l'affaire, grommela Alix.
Adam la regarda un instant. Durant une seconde, il sembla presque réfléchir. Mais lorsqu'il reporta à nouveau son attention sur Adrien, l'éclat qui brillait dans ses yeux ne plaisait pas du tout à Marinette.
— Tu sais ce qu'on dit à propos des filles asiatiques... murmura-t-il.
Sa voix avait été assez faible pour que personne d'autre qu'Adrien et Marinette — qui était désormais tout à côté d'eux — n'entendirent.
— Tu sais ce qu'elles mangent...
— Tu devrais la fermer, lui dit Adrien d'une voix tellement glaciale qu'elle le reconnût à peine.
— J'ai entendu des trucs. Tu sais, à propos des positions préférées.
— T'as pas envie de finir ta phrase, Adam.
— Je pense que j'en ai vraiment très envie, au contraire. Elle est chinoise, c'est ça ?
— Adam.
— Oui, c'est ça. Je crois qu'ils mangent du chien, là-bas. Alors elles aiment le faire par derrière, tu sais.
Marinette enfonça ses ongles dans ses paumes.
— Qu'est-ce qui se passe, ici ? Allez, c'est l'heure, tout le monde sur le terrain, dehors !
— Il fait froid, Monsieur !
— C'est pas mon problème. Vous êtes pas en sucre, à ce que je sache !
Les élèves se dispersèrent et Marinette sentit Alix se rapprocher d'eux et son bras enrouler le sien.
— Tu viens, Marinette ?
Paralysée. Elle était paralysée.
— Marinette ?
Elle constata vaguement le regard d'Adrien se tourner vers elle. Remarqua faiblement sa rage se changer en inquiétude.
Soudain, alors que ses poings se desserrèrent et que ses ongles quittèrent sa peau, tout redevint intelligible, comme si une bulle explosait autour d'elle.
— Je... oui.
Et elle suivit Alix.
— Il faut absolument qu'on trouve un moyen pour supprimer cette vidéo.
Quatre arcs de cercle étaient dessinés sur chacune de ses paumes.
— Ça doit pas être si compliqué que ça.
Malgré la rougeur de sa peau, ce n'était pas vraiment douloureux.
— Hmmm...
En réalité, Marinette n'avait qu'une envie : enfoncer à nouveau ses ongles dans sa chair jusqu'à sentir son—
— Marinette ?
Elle leva les yeux vers Alya.
— Je peux te demander quelque chose ? demanda Marinette.
— Bien sûr.
Elle lança un dernier coup d'œil à sa peau éraflée avant de ramener ses genoux contre sa poitrine, le regard perdu dans le vide.
— Comment tu fais pour... pour ne pas penser aux remarques racistes ?
Les quelques secondes de silence qui suivirent indiquèrent à Marinette qu'Alya ne s'était pas attendue à cette question.
— J'y pense, des fois, finit-elle par avouer. Mais mes parents nous ont toujours beaucoup parlé de ça, en nous disant qu'il ne fallait pas s'y attarder, que c'était comme ça, et qu'on pouvait pas y changer grand-chose.
Alya soupira.
— Mais je suis pas vraiment d'accord. Je veux dire... oui, s'y attarder serait une perte de temps parce que ça voudrait dire que c'est eux qui gagnent, tu vois ? Mais je veux pas juste laisser passer, comme si c'était normal. Je veux me battre contre ça.
— Se battre, murmura Marinette du bout des lèvres.
Toujours des batailles, toujours des défaites.
— Marinette... souffla Alya. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Elle haussa les épaules.
— Adam a dit des... trucs.
— Tu veux en parler ?
— Pas vraiment, non.
Elle ferma les paupières, le front appuyé contre ses genoux.
— Tu sais, déclara Alya, tu as le droit d'y penser. Tu as le droit d'être en colère, d'être triste, d'être désespérée. Ça te rends pas faible pour autant.
Marinette leva les yeux, rencontrant le regard inquiet de son amie.
— Il faut l'arrêter, Alya, murmura-t-elle. Je... j'en peux plus de le voir tous les jours et de savoir ce qu'il pourrait me faire.
Un éclat de profonde tristesse passa dans les yeux d'Alya. Mais elle se ressaisit à une vitesse incroyable, ne laissant paraître qu'une détermination et un soutien sans failles.
— Je suis là, d'accord ? Je vais t'aider.
Marinette hocha la tête, se perdant un instant dans ses iris ambrés.
Le fait qu'Alya connût son identité était très différent du fait qu'Adrien savait à présent qui elle était. Avec lui, ç'avait été un choc, un tsunami de surprise et d'émotions et de moments qui se rejouaient en boucle dans son esprit.
Mais avec Alya, Marinette ne ressentait rien d'autre qu'un profond soulagement. Au-delà de la confiance inébranlable qu'elle lui accordait, Alya et elle partageait un lien particulier. Une relation de tolérance extrême et de respect mutuel avait grandi entre elles au fil des ans, faisant d'elle la meilleure personne possible pour connaître son secret.
Ça, cumulé aux alibis qu'Alya pouvait à présent lui fournir et au culte qu'elle vouait à Ladybug depuis toujours. Marinette répondait à ses questions avec joie, lui apprenant la vraie vie d'une super-héroïne et rétablissant la vérité : elle n'était rien de plus qu'une adolescente comme les autres.
L'adulation d'Alya se changea alors en simple admiration teintée d'estime, ce avec quoi Marinette était beaucoup plus à l'aise.
Avoir Alya dans la confidence l'aidait beaucoup plus qu'elle ne l'aurait imaginé.
— On pourrait lui voler son téléphone.
— Alya...
— Quoi ? Ça a marché quand tu voulais supprimer le message que t'avais laissé à Adrien.
Marinette ne put s'empêcher de sourire à ce souvenir.
— C'est pas vraiment la même chose. Et puis, Tikki m'avait aidée. Je suis pas sûre que—
— Marinette, intervint le kwami, je sais que je te dis toujours de ne pas utiliser tes pouvoirs pour tes problèmes personnels, mais... je serais prête à t'aider.
Marinette tourna le visage, la joue posée contre ses genoux, et posa son regard dans celui de Tikki.
— Vraiment ?
— Ce n'est pas vraiment raisonnable... mais je pense que nous n'avons pas d'autre choix. Tu refuses toujours d'en parler à un adulte ?
— Ça servirait à rien, soupira Marinette. Ça nous apporterait juste des problèmes, à Adrien et moi. Surtout qu'Adam n'admettrait jamais nous avoir filmé.
Elle se perdit un instant dans l'océan des yeux de Tikki. L'inquiétude qui y brillait lui noua la gorge. Elle lui avait toujours accordé une confiance inouïe et une amitié formidable, depuis le premier jour.
Pourtant, Marinette ne cessait de la décevoir.
— Je suis désolée, murmura-t-elle.
— Marinette...
— Pour avoir révélé mon identité — deux fois — et pour être aussi irresponsable. Je suis désolée, Tikki.
— Tu es humaine, Marinette. Ne t'excuse jamais pour ça, d'accord ?
La minuscule main de Tikki se rapprocha alors de son visage, épongeant une larme qui se formait au coin de son œil.
Marinette lui offrit le sourire le plus rassurant possible — ce qui s'apparentait plutôt à un rictus de tristesse, à cet instant précis.
— Et puis, intervint Alya, peut-être que c'était irresponsable, mais on est au lycée ! Si tu ne peux pas être irresponsable aujourd'hui, alors quand ?
Elle tourna à nouveau le visage vers Alya. Son regard brillait de détermination et de quelque chose d'autre que Marinette identifia comme étant de la curiosité.
Elle se demanda alors à quel point les découvertes d'Alya étaient poussées. Connaissait-elle l'identité de Chat Noir ? Avec ses qualités de détective et son sens de l'observation, Marinette pensa qu'il n'était pas très compliqué de déduire son identité après avoir deviné la sienne.
Mais elle repoussa les centaines de questions qu'Alya devait probablement se poser, se concentrant sur l'aide dont elle avait terriblement besoin.
— Adam n'avait pas à faire ça, Marinette, j'espère que tu le sais ?
Elle hocha la tête en réponse, malgré la culpabilité qui lui rongeait le cerveau. Même en étant consciente que ce qu'Adam avait fait été mal, et illégal, elle ne pouvait s'empêcher de remettre la faute sur elle, sur ses hormones d'adolescente et sur le contrôle d'elle-même qui n'existait plus lorsqu'il s'agissait d'Adrien.
Depuis le début, depuis ce jour sous la pluie, depuis qu'il lui avait tendu ce parapluie, Marinette lui avait offert une partie d'elle en retour. Ce fragment d'elle responsable et capable de maîtriser ses émotions.
Elle se demanda si elle possédait le fragment d'Adrien, elle aussi.
— Argh, les hommes, soupira Alya.
Marinette sentit un sourire, pas si forcé cette fois-ci, se dessiner sur ses lèvres.
Son regard se perdit dans l'immensité de ses pensées. Elle se demanda ce qu'Adrien faisait, se demanda s'il pensait à elle autant qu'elle pensait à lui.
— J'ai un plan, annonça son amie après quelques minutes. Mais ça va pas te plaire, je te préviens. Et c'est pas très recherché, mais je vois pas ce qu'on pourrait faire d'autre.
Marinette haussa un sourcil.
— Je veux lui voler son téléphone et supprimer la vidéo.
Les secondes passèrent. Alya pinça ses lèvres et Tikki continuait de virevolter non loin des deux amies.
— C'est tout ?
— Hein ?
— Alya... il a dû faire des copies. Ça me fait mal de le reconnaître, mais il est pas stupide.
— Tu le vois pas de la bonne manière, Mari.
La confusion se dessina sur son visage et Alya se redressa, ses yeux plongés dans les siens.
— Il est probablement jaloux d'Adrien. Parce que tout le monde l'aime, parce qu'il est riche, parce qu'il est beau... et parce que les gens parfaits, c'est énervant.
Marinette fronça les sourcils.
— Il essaie sûrement de l'atteindre à travers toi, en essayant de le rendre jaloux — ce qui marche parfaitement, d'ailleurs.
Alya sembla réfléchir un instant, comme si elle n'était pas sûre de la partie de son raisonnement qu'elle s'apprêtait à exposer.
— Et je pense qu'il en pince pour toi.
Marinette plissa les yeux, sceptique.
— Il l'avait pas prévu, et du coup ça l'énerve, parce qu'il se rend compte qu'il pourra jamais accomplir quoi que ce soit à cause d'Adrien. Donc il essaie de vous séparer, d'une manière très discutable, je te l'accorde.
Elle développait sa pensée au rythme des mots qui sortaient de sa bouche, comme si les éléments se mettaient petit à petit en place dans son esprit.
— Comment tu peux savoir tout ça ?
Alya haussa les épaules.
— J'observe. C'est assez évident, quand tu prêtes attention. À chaque fois qu'on mange ensemble, tous les quatre, il passe son temps à te regarder. C'est flippant.
L'image d'Alix se dessina alors dans son esprit, rapidement suivie par la scène qui s'était déroulée plus tôt dans la journée.
« Tu sais ce qu'on dit à propos des filles asiatiques... »
Marinette ferma les yeux un instant.
— Et, c'est quoi le rapport avec le fait d'avoir fait des copies ?
— Bah, je suis sûre qu'il en a pas fait. Parce qu'il veut pas vraiment te faire du mal, il veut juste que tu t'éloignes d'Adrien.
Son plan fonctionnait tellement bien que Marinette sentit une bouffée de colère l'envahir.
— Je pense qu'il veut surtout que je crois qu'il va diffuser la vidéo, pour que je le...
Marinette ne pouvait pas finir sa phrase. L'idée était trop répugnante.
« Tu vas devoir faire quelque chose pour moi. »
« Utiliser cette jolie bouche pour faire autre chose que parler. »
Sa voix malsaine se jouait en boucle dans son esprit.
Marinette ferma à nouveau ses paupières, essayant d'oublier le fait qu'elle avait déjà envisagé cette possibilité.
— Marinette... ça n'arrivera pas, d'accord ?
Ses yeux se rouvrirent, et elle hocha la tête.
— Tu ne feras pas quelque chose que tu ne veux pas, Mari.
Elle acquiesça à nouveau, d'un mouvement plus assuré que la première fois.
— Tu verras, murmura Alya en posant ses mains sur ses joues, on va supprimer cette vidéo et tout va rentrer dans l'ordre.
Un léger sourire se dessina sur les lèvres d'Alya.
— Merci, souffla Marinette. Merci.
Et elle la prit dans ses bras, se perdant dans une étreinte rassurante et familière.
Impossible de fermer l'œil. Elle était fatiguée, complètement exténuée, mais le sommeil ne faisait que s'éloigner alors que son esprit ne faisait que cogiter.
Marinette se redressa, passa nerveusement la main sur son front rendu humide par la sueur. Elle éloigna rageusement les couvertures de son corps, ramena ses genoux contre sa poitrine et ferma ses paupières.
De l'air, elle avait besoin d'air.
Marinette se hissa jusqu'à son balcon, immédiatement rafraichie par le vent nocturne qui lui heurta le visage. Elle s'avança jusqu'à la rambarde, les bras agrippés à corps, son tee-shirt virevoltant autour d'elle.
Soudain, un mouvement capta son attention.
Son regard intercepta immédiatement la silhouette sombre perchée sur la balustrade.
— Chat Noir ?
Son corps sortit de l'obscurité, révélant une paire d'yeux verts étincelants et une touffe de cheveux blonds.
Soudain, le vent se fit un peu plus fort, balayant les quelques mèches de cheveux qui s'échappaient de son chignon.
— Qu'est-ce que tu...
C'était curieux, cette barrière invisible qui persistait entre eux. Cet obstacle qui empêchait Chat Noir de se rapprocher. Il s'adossa à la rambarde, les yeux rivés sur le sol, et haussa les épaules.
— Je voulais vérifier que tu allais bien. Mais je...
Son regard se plongea alors dans le sien, et Marinette était presque sûre que le frisson qui parcourut son corps n'était pas dû au vent.
— Ça fait un moment que je suis ici.
Marinette se pinça nerveusement les lèvres.
— Je vais bien, murmura-t-elle en reportant son regard sur le ciel parisien.
Elle le sentit se rapprocher.
— Je suis désolé. Avec Adam. J'aurais dû... je—
— Je peux me défendre toute seule, tu sais.
— Oui, se dépêcha-t-il de répondre, oui bien sûr que je le sais. C'est juste que... j'aurais dû faire quelque chose.
— T'en as déjà fait assez.
Elle regretta ses paroles à la seconde même où elles s'étaient échappées de sa bouche. Elle s'était mal exprimée. Ce qu'il avait probablement compris était en réalité l'inverse même de ce qu'elle pensait.
Ce n'était pas qu'il en avait fait assez dans le sens où elle n'appréciait pas ses actes. Elle aimait qu'il prît sa défense, elle aimait qu'il se levât pour plaider l'honneur de Ladybug — bien qu'elle aurait préféré qu'il n'eût pas à le faire.
C'était qu'il en avait déjà fait largement assez pour elle. Ce n'était pas son rôle de la protéger : elle était censée faire ça elle-même.
Son visage se tourna immédiatement vers celui de Chat Noir.
— Désolée, c'est pas ce que je voulais—
— Non, murmura-t-il, t'as raison.
Et il baissa à nouveau les yeux. Elle savait à quoi il pensait. Il était en train de se dire que c'était sa faute, et que sans lui, Marinette n'aurait jamais eu de problème avec Adam.
Elle soupira, laissant tomber son front contre la froideur de la balustrade. Comment pouvait-elle aspirer à lui confier tout ce qu'il ignorait alors qu'elle ne réussissait même pas à exprimer une idée simple ?
— C'est pas la première fois, avoua-t-elle après quelques secondes.
Les yeux de Chat Noir étaient rivés sur elle, elle pouvait le sentir, comme un contraste avec la fraicheur de la nuit.
— Par rapport aux remarques racistes, explicita-t-elle. Mais... c'était surtout quand j'étais petite. Aujourd'hui, c'est plus des choses intériorisées, auxquelles les gens ne prêtent pas vraiment attention.
Elle savait qu'il écoutait, savait que chaque mot qui sortait de sa bouche était réellement entendu.
— Comme le fait qu'en tant qu'asiatique, je suis forcément chinoise, que « c'est pareil de toute façon », plein de trucs comme ça. À force, on y prête plus vraiment attention. Et ma mère m'a toujours dit de passer outre, mais...
— Tu veux pas juste laisser faire comme si de rien n'était ?
Marinette, la joue posée contre son bras, tourna son regard dans celui de Chat Noir. Elle hocha la tête, s'autorisant quelques secondes pour se perdre dans l'immensité de son regard.
— Mais aujourd'hui... continua-t-elle, c'était...
C'était beaucoup de choses. C'était violent, monstrueux, immoral.
— C'est peut-être stupide, mais... mais je pensais vraiment que j'entendrais plus de choses comme ça.
— C'est pas stupide, répondit Chat Noir.
Marinette haussa les épaules, les yeux toujours plongés dans les siens.
— Tu sais, murmura-t-il, je sais que je peux pas réellement comprendre ce genre de problèmes, mais... tu peux m'en parler.
Elle hocha la tête, un léger sourire au coin des lèvres.
— Je sais. Merci.
La bouffée de soulagement qui soufflait dans son cœur depuis quelques minutes se changea soudainement en bourrasque de culpabilité.
Ce n'était pas la première fois que Marinette se confiait à Adrien — loin de là. Mais, à chaque fois, le même schéma se produisait : le sentiment de se libérer d'un poids, immédiatement suivi par un regret intense d'avoir ouvert la bouche.
Ce n'était pas qu'elle ne lui faisait pas confiance : elle lui aurait confié sa vie — et plus encore.
Le problème était qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser aux difficultés que lui rencontrait. Elle lui parlait de son avenir, de la peur qu'elle ressentait quant au fait de ne pas être acceptée dans l'école de ses rêves, et elle pensait à l'emprise que son père avait sur lui. Elle lui parlait de ses parents, des différents qu'ils pouvaient avoir, et elle pensait au régime drastique et à la pression constante auxquels il était contraint.
Bien sûr, les soucis qu'elle rencontrait n'étaient pas comparables aux siens, parce qu'ils ne ressentaient pas les choses de la même manière, parce qu'ils ne vivaient pas les situations de la même façon, parce que c'était simplement différent.
Elle le savait, elle le savait pertinemment.
Comme elle savait pertinemment qu'elle ne devait pas culpabiliser de lui parler de ses problèmes — surtout lorsqu'il s'agissait de racisme — sous prétexte qu'il en avait aussi.
C'était stupide.
Et elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir coupable et stupide.
— Je...
Que pouvait-elle lui dire ?
Qu'il pouvait lui parler de tout et qu'elle serait là pour l'écouter ? Ça allait juste enfoncer le couteau dans sa plaie déjà sanguinolente.
Peu importait ce qu'il se tramait entre eux, c'était terminé. C'était impossible.
Les avant-bras et le bas du dos appuyés contre la rambarde, Chat Noir lui offrit un sourire triste.
— Je sais.
Le vent souffla à nouveau, et Marinette fut momentanément aveuglée par ses cheveux qui fouettaient son visage.
Lorsqu'elle rouvrit les paupières, elle découvrit que le regard de Chat Noir glissait le long de son corps. Ses lèvres se redressèrent davantage, un rictus de nostalgie et d'amusement mélangés.
— C'est mon tee-shirt.
Ses yeux remontèrent jusqu'aux siens, et Marinette resta pétrifiée l'espace d'un instant. Elle se sentit tout à coup très consciente de son corps, du vent qui soufflait, du tee-shirt qui remontait le long de ses jambes nues, de ses tétons durcis par le froid qui frottaient contre le coton.
Ses joues prirent une teinte rosée, et le sourire de Chat Noir ne se fit que plus grand — il ne pouvait pas voirle rougissement de sa peau, mais il pouvait le deviner. Et c'était bien pire.
— Euh... c'est... enfin— Tu veux que je te le rende ?
Il secoua la tête.
— Non, murmura-t-il. Il te va mieux, de toute façon.
Marinette déglutit, ses bras inconfortablement croisés autour de son corps.
Elle ne comprenait pas pourquoi l'idée qu'il put apercevoir ses cuisses ou la forme de sa poitrine à travers le tee-shirt la rendait si nerveuse.
Il l'avait vue nue des centaines de fois, après tout. Pire, il avait embrassé chaque centimètre carré de sa peau. Encore pire, il avait léché son corps entier. Triplement pire, toutes ces choses, elle les lui avait faites aussi.
Enfin, il avait même fait glisser un glaçon le long de ses seins l'été dernier ! Marinette se souvenait même d'une histoire de glace à la fraise — qui était d'ailleurs encore meilleure lorsqu'elle était étalée sur le torse d'Adrien.
Elle avait fait toutes ces choses avec Chat Noir. C'était Chat Noir qui l'avait embrassée des dizaines et des dizaines de fois. C'était Chat Noir qui connaissait son corps par cœur. C'était Chat Noir qui s'était retrouvé le visage entre ses cuisses tellement de fois que Marinette avait perdu le compte.
C'était Chat Noir.
— Mari ?
Il était là, planté devant elle, avec son costume de cuir et ses beaux yeux. Combien de fois avait-elle fantasmé à propos de ce fichu costume...
— Je devrais aller me coucher, articula-t-elle d'une voix plus rauque qu'elle ne l'aurait souhaitée.
Il hocha la tête, sans esquisser un mouvement.
Et, durant une seconde, Marinette se dit que ce n'était pas si grave, si elle allait l'embrasser, là, tout de suite. Si elle plaquait ses lèvres contre les siennes, collait son corps contre le sien et perdait ses mains dans ses cheveux.
Mais son costume noir et ténébreux devint blanc et dangereux, ses yeux verts et rassurants devinrent bleus et terrifiants, et Marinette ne bougea pas d'un centimètre.
— Bonne nuit, murmura-t-elle.
Un léger sourire flottait toujours sur ses lèvres. Marinette s'abreuva de chaque seconde de sa présence.
Jusqu'au moment où il disparût.
Elle ferma les yeux et un frisson parcourut son corps.
Les yeux d'Adrien allaient de droite à gauche, observant les dessins et lisant les phrases qui noircissaient les pages du manga posé sur son bureau.
Le menton posé contre son genou ramené contre sa poitrine, il tourna la page, toute son attention absorbée par l'histoire qui se déroulait devant lui.
Adrien aimait bien ces moments où il arrivait à s'évader, où il arrivait à penser à autre chose qu'à Marinette ou qu'à son père ou qu'au Papillon. Ces instants étaient précieux et ils étaient rares, surtout.
Lorsqu'il lisait, qu'il jouait du piano ou lorsqu'il combattait un super-vilain. Lire était devenu compliqué, par faute de temps. Jouer du piano sans être supervisé — et critiqué — par son père n'arrivait pas si souvent. Et combattre un super-vilain... c'était quelque chose qui arrivait plus régulièrement, mais ses instants de répit ne se comptaient alors qu'en secondes : Ladybug était toujours avec lui dans ces moments-là, et il lui suffisait de tourner la tête pour que le poids de la réalité ne lui retombât lâchement dessus.
Mais, aujourd'hui, Adrien avait terminé ses devoirs en avance et avait le début de la soirée pour lui. Il y a quelques semaines, il aurait d'ailleurs profité de ce temps libre pour passer du temps avec Marinette.
Adrien repoussa cette pensée avec un soupir, se concentrant à nouveau sur sa lecture.
Soudain, le bruit distinctif d'un poing cognant contre sa porte le tira à nouveau de son activité. Il se redressa en une seconde, un élan de panique gonflant au creux de son ventre.
Le manga fut immédiatement mis de côté, remplacé par un cahier et une calculatrice. Adrien se sentait stupide, honnêtement. Ses devoirs étaient terminés, son emploi du temps était libre, et il avait totalement le droit de se relaxer.
Alors, pourquoi son cœur battait trop vite dans sa poitrine ? Pourquoi son souffle se bloquait dans sa gorge ? Pourquoi ses mains devenaient moites ?
Il pouvait entendre la voix froide de son père dans sa tête. Cette voix pleine de reproches et de condescendance, cette voix qui lui avait tant de fois répété qu'il devait travailler, qu'il devait avoir des bonnes notes, qu'il devait savoir jouer parfaitement du piano, qu'il devait savoir parler chinois, qu'il devait faire toutes ces choses à la perfection. Cette voix accusatrice qui lui avait plusieurs fois reproché son ingratitude.
« Tu as tout ce dont on peut rêver, Adrien. Tu as tout ce que tu veux, tu es connu, tu as de l'argent, tout cela sans n'avoir jamais rien fait pour le mériter. Tu es né, et tu avais déjà tout. Tâche de te montrer un peu plus reconnaissant. »
« Tu dois assurer l'avenir de Gabriel. Tu dois travailler, pour une fois, dans ta vie. »
« Fatigué, tu dis ? À dix-huit ans ? Ne sois pas absurde. »
Adrien avait du mal à respirer correctement. Les paupières closes, il posa une main sur sa poitrine, sentant son cœur affolé tambouriner sous sa paume.
« Tiens-toi bien, Adrien. »
Le genou recroquevillé contre son torse glissa, jusqu'à ce que ses deux pieds touchassent le sol.
Respirer. Inspirer. Une fois. Deux fois. Doucement. Trois fois.
— Oui ?
Sa voix ne tremblait presque pas.
— Il y a quelqu'un pour vous. Je peux le faire entrer ?
Une bouffée de soulagement lui desserra la mâchoire. Ce n'était que Nathalie.
— Oui... oui, bien sûr.
Adrien se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, la tête en arrière, les paupières closes.
Pourquoi — mais pourquoi — fallait-il que son père lui suscitât une telle angoisse ? Super-héros courageux et intrépide la nuit, adolescent terrifié et lâche la journée... quelle ironie.
Il pensa à la facilité avec laquelle il défendait les parisiens, avec laquelle il défendait Marinette. Il était capable de défendre n'importe qui, sauf lui-même.
Était-ce une preuve de couardise ? Parce que plaider pour la cause d'autrui était tellement plus simple que de se protéger soi-même.
Ou était-ce une preuve de stupidité ? Parce qu'après tout ce temps, après tous ces reproches, après toutes ces réflexions, une partie de son cœur était toujours convaincue que les choses étaient réparables, qu'au fond de lui, Gabriel ne pensait pas vraiment tout ce qu'il lui crachait à la figure.
Peut-être même qu'aux tréfonds de son âme, il l'aimait encore.
Adrien sentit un rire amer faire vibrer ses cordes vocales. Quel idiot. Quel imbécile de continuer à espérer.
Soudain, la porte s'ouvrit, mettant un terme à cette torture mentale qu'il s'infligeait bien trop souvent.
— Adrien ?
Ses paupières se rouvrirent, et Nino apparut dans son champ de vision.
— Nino... murmura-t-il.
Un sourire étira ses lèvres. Il ne s'était pas rendu compte à quel point son ami lui avait manqué.
— Ça va, mec ? T'as l'air...
Il tourna la chaise de son bureau jusqu'à faire face à Nino qui s'assit sur son lit.
— Fatigué.
— Hmmm ?
— T'as l'air crevé, mon vieux.
Adrien haussa les épaules.
— Tu sais, les cours, les entraînements, tout ça...
— Ouais, ouais, c'est ça. Sauf que tu dois gérer ça depuis le collège, Adrien. Et que t'as jamais eu cette tête, avant.
— Merci.
— De rien, répondit Nino en s'étirant avant de laisser tomber son dos contre le matelas.
Il se sentit à nouveau sourire.
— Elle te manque ?
Un profond soupir lui chatouilla les narines.
— Ouais... question stupide, avoua Nino. T'es complètement amoureux d'elle, c'est ça ? demanda-t-il quelques secondes plus tard.
— Complètement.
Nino se redressa.
— Ah, là, là... vous deux...
— Quoi ? interrogea Adrien en faisant nerveusement tourner sa chaise.
Il secoua la tête.
— C'est juste que... j'ai jamais vu deux personnes s'aimer autant... mais vous trouvez toujours le moyen de tout compliquer.
Adrien fronça les sourcils.
— Tu ne sais pas tout, Nino.
Ses paroles ne contenaient aucune agressivité : il énonçait un simple fait. Son ami hocha la tête, ses doigts tapotant nerveusement ses cuisses.
— Bah... à propos de ça... comment dire...
Adrien se redressa.
— C'est comme arracher un pansement, mieux vaut le faire d'un coup sec, nan ?
— Je te suis pas vraiment, là.
Nino ferma les paupières, les poings serrés.
— Je sais que t'es Chat Noir. Et je sais que Marinette est Ladybug. Et Alya le sait aussi. C'est elle qui m'envoie, pour essayer de savoir ce qui se trame entre toi et Marinette. Voilà. C'est tout. Enfin... c'est déjà pas mal, tu me diras...
Les yeux d'Adrien étaient écarquillés, son souffle bloqué dans sa gorge et ses lèvres entrouvertes.
— Adrien ? tenta Nino en rouvrant ses paupières. Bon, ça fait beaucoup d'un coup, je te l'accorde. En fait, on le sait depuis un moment, avec Alya... parce que, bon, on vous voit quasi tous les jours, et qu'en assemblant les pièces, bah... c'est pas très compliqué de deviner.
Adrien avala sa salive, ce qui stoppa momentanément le monologue de Nino. Cependant, lorsqu'il remarqua qu'il n'était toujours pas décidé à parler, il reprit sa tirade.
— Quand vous avez commencé à vous tourner autour, on s'est dit que ce n'était qu'une question de temps avant que vous ne découvriez la vérité. Honnêtement, on pensait que vous mettriez moins de temps que ça... plus de six mois, sérieusement ? Vous êtes vraiment—
Dans son ébahissement, Adrien réussit tout de même à lancer un regard noir à Nino qui eût la présence d'esprit de garder le fond de sa pensée pour lui.
— Bref. Après vous êtes devenus bizarres, tout à coup. C'était comme si Marinette portait le monde entier sur ses épaules. Elle semblait tellement triste... et t'avais l'air tellement en colère, Adrien, je te jure... je t'avais jamais vu comme ça. Donc, on en a conclu que vous aviez enfin découvert vos identités.
— Pendant tout ce temps... déclara finalement Adrien d'une voix rauque. Pendant tout ce temps, vous saviez ?
— Oui.
— Wow.
— Ouais. C'est pour ça qu'on savait pas trop comment agir quand vous avez commencé à... tu sais. D'un côté, on était super heureux pour vous parce que, merde, enfin ! Toute cette tension accumulée, je te jure, mec, c'était plus possible, vraiment—
— Nino.
— Oui, pardon. Bref, du coup, on savait pas trop quoi faire parce que, honnêtement, on pensait pas que vous seriez allés aussi loin.
— Pourquoi ? s'étonna Adrien. Tu viens de dire toi-même que—
— Oui, je sais. Mais on pensait juste que vous alliez faire l'autruche, comme d'habitude, et refouler tout ce qui se tramait entre vous. Mais, finalement, vous avez enfin décidé de—
— Nino !
— Oui, oui, oui. Donc, était heureux pour vous, tout ça tout ça, mais on était aussi inquiets. Parce qu'on savait que tu pouvais pas te laisser complètement aller parce qu'il y avait Ladybug, et pareil pour Marinette avec Chat Noir.
— Attends, tu savais qu'elle—
— Non, non. Elle ne nous l'a jamais ouvertement avoué, tu sais. Mais bon, à moins d'être complètement aveugle, c'était carrément évident.
— Ouais...
— Désolé, mec.
Adrien appuya ses poings contre ses paupières, la tête à nouveau penchée en arrière. Une fois la phase de choc passée, il ne ressentait plus grand-chose d'autre qu'un immense soulagement.
C'était comme si, à force d'être constamment brûlé par la colère d'une situation sur laquelle il n'avait aucun contrôle, terrassé par l'angoisse d'un père trop exigeant et meurtri par la nostalgie d'un bonheur à présent inatteignable, plus aucun autre sentiment n'était disponible.
Aucune culpabilité, aucune peur, aucun regret, rien du tout. Rien d'autre qu'un poids qui s'allégeait et qu'une vérité finalement dévoilée.
— Mais... reprit Nino, les coudes posés sur ses cuisses, je comprends pas pourquoi vous avez juste toutarrêté ? La suite logique, ç'aurait pas plutôt été une belle déclaration, un « oh mon Dieu, je suis tellement content que ce soit toi », et après vous vous serez embrassés sous la pluie comme dans les films, et après vous auriez, tu sais.
Adrien ne put empêcher un rire ironique de s'échapper d'entre ses lèvres. Il se redressa, les yeux à présent plongés dans le regard curieux de Nino.
— Ça s'est pas exactement passé comme ça.
— Mais... déjà, comment vous vous en êtes rendu compte ?
— On s'est embrassés.
Nino plissa ses yeux.
— Et ?
— Et c'était juste... c'était juste trop familier.
— Tu m'étonnes...
Adrien leva les yeux au ciel et Nino étouffa un éclat de rire.
— Et elle s'est évanouie.
— Quoi ? T'embrasses si mal que ça ?
— Argh, Nino !
Son ami éclata franchement de rire, cette fois-ci. Adrien attrapa le premier objet que sa main atteignit : à savoir, une trousse. Nino la reçut en plein sur le front, ce qui ne l'amusa que davantage.
— J'embrasse très bien, d'accord ?
— Si tu le dis, sourit-il. Tu n'as embrassé qu'une seule fille, je te ferais dire.
— Et alors ? Toi aussi. En plus, j'ai eu beaucoup de pratique.
— Elle s'est évanouie, Adrien.
Un grognement de frustration retentit dans la pièce.
— Parce que c'était trop ! Déjà, on était pas censés le savoir, et elle venait juste de tout me déballer, alors—
— Je sais, Adrien, je sais. Je me doute que ça doit être compliqué à porter, comme secret. Et que connaître la vérité sans y avoir été préparé, après des années passées dans l'ignorance, ça doit être... beaucoup.
Adrien hocha la tête.
— Merci.
Nino lui relança sa trousse qu'il rattrapa d'un mouvement habile.
— Et qu'est-ce qui s'est passé, après ?
— Je l'ai ramenée chez moi, et... me regarde pas comme ça.
Il leva les mains en l'air, un sourire aux lèvres.
— Du coup, elle s'est réveillée, et...
— Elle a complètement paniqué.
Adrien ne put s'empêcher de sourire.
— Complètement.
— Je peux l'imaginer.
— Mais... c'était pas comme d'habitude. Quand elle perd les pédales et qu'elle commence à dire n'importe quoi, c'était pas comme ça. Là, elle avait l'air vraiment terrifié, Nino. Je sais bien qu'elle a toujours été plus responsable et raisonnée que moi, et qu'avec son rôle de Gardienne, ça doit pas aider à prendre les choses calmement, mais...
Il se souvenait de ses yeux remplis de peur, des larmes qui coulaient, qui ne faisaient que couler sans jamais vouloir s'arrêter.
— Elle sait quelque chose. Elle sait quelque chose que j'ignore. Et je veux pas la forcer à me dire quoi que ce soit, je lui fais confiance. Mais je sais qu'elle a besoin d'aide, et qu'elle refuse de l'admettre parce qu'elle pense que j'ai déjà assez de choses à gérer comme ça. Je la connais.
Nino hocha la tête.
— C'est vrai que c'est totalement son genre. Mais je pense que si elle a vraiment besoin d'aide, elle en parlera. Au moins à Alya, maintenant qu'elle lui a avoué qu'elle connaissait son identité.
— Elle lui a dit depuis longtemps ?
— Une semaine, peut-être.
— Elle m'a rien dit du tout.
Il soupira, repensant au temps où ils se promettaient de communiquer et de toujours être honnête l'un envers l'autre.
— Elle a peut-être ses raisons.
— Peut-être. Le truc, c'est que me cacher je-ne-sais-quoi, c'est une chose. Mais ne pas me parler de la révélation de son identité, et potentiellement de la mienne, c'en est une autre. C'est plus aussi simple qu'elle et moi, parce que ça affecte aussi notre manière de travailler, et donc de sauver Paris.
— Je vois. Tu devrais lui parler, peut-être que—
— Non. Pas maintenant. Elle a plus gros à gérer que mon égo blessé.
Il repensa à Adam, aux paroles qu'il avait prononcées, à ce que Marinette lui avait dit, cette nuit-là, sur le balcon.
— Vous êtes vraiment les mêmes.
— Quoi ?
— Non, rien. Bref, il s'est passé quoi ensuite ?
— Hein ?
— Tu l'as ramenée chez toi, elle a paniqué, et après ?
— Euh... alors...
— Qu'est-ce que tu lui as fait ?
— Je lui ai rien fait !
— Qu'est-ce qu'elle t'as fait, alors ?
— Elle m'a rien fait, techniquement.
— Adrien ?
— Hmm ?
— Qu'est-ce qui s'est passé ? s'écrira Nino.
Adrien laissa nerveusement ses doigts courir sur les accoudoirs du fauteuil.
— Peut-être, peut-être qu'on a légèrement couché ensemble. Et peut-être que c'était pas si léger et que c'était pas qu'une seule fois.
Son regard rivé sur le sol se redressa, découvrant Nino, complètement hilare.
— C'est pas drôle !
— Si, c'est vraiment trop drôle ! Sérieux, Adrien, vous pouvez pas vous en empêcher, c'est trop grave, s'amusa Nino.
— Elle avait besoin d'une distraction !
— Oh, tu t'es sacrifié, quel gentleman !
— Je sais.
Il rejoignit rapidement Nino dans son fou-rire, se laissant envahir par cette chaleur qu'il avait oubliée : la chaleur réconfortante de l'amitié.
Tap tap tap tap tap tap—
— Ça va ?
Le pied de Marinette arrêta instantanément de tambouriner contre le sol. Elle tourna sa tête, découvrant le profil d'Adrien, ses yeux rivés sur sa feuille. Il continuait de prendre en note le cours qui se déroulait devant eux, comme s'il ne venait pas juste de lui adresser la parole pour la première fois depuis des jours.
(La fois où il est venu lui rendre visite en tant que Chat Noir ne comptait pas. Parce que Marinette avait toujours du mal à assimiler le fait qu'ils furent une seule et même personne. Et parce que cet instant avait semblé hors du temps. Et parce qu'elle n'était pas sûre à cent pourcent qu'elle n'avait pas juste tout imaginé.)
Enfin, il lui avait parlé, au sens propre du terme. Ils étaient quand même dans la même classe. Il lui avait déjà demandé un stylo, elle lui avait déjà demandé une précision sur l'écriture approximative de leur professeur, mais leurs échanges restaient professionnels.
Exactement comme ceux de Ladybug et Chat Noir.
Exactement comme Marinette l'avait voulu.
Elle n'avait jamais autant détesté que quelqu'un respectât autant sa volonté. Pourquoi devait-il être si parfait, déjà ?
— Hmm.
— Hmm, répéta-t-il.
— Quoi ?
Marinette remarqua que sa main s'était resserrée autour de son stylo.
— Quelque chose te tracasse.
— Comme toujours, non ?
Une chaleur familière se propagea au creux de son estomac lorsqu'un sourire se dessina sur le profil d'Adrien.
Mais les papillons dans son ventre s'apparentaient plus à des akumas, actuellement.
— C'est vrai.
Elle se força à détacher ses yeux de son visage, se concentrant sur les mots écrits au tableau.
Tap tap tap tap tap…
— C'est Adam ?
Tap.
— Il t'a redit quelque chose ?
Crac. Marinette sursauta lorsque la mine de son crayon de papier se brisa contre sa feuille. Elle avait trop appuyé. Zut.
— Non.
— Mari...
— Je suis assez grande pour me défendre, Adrien.
Elle sentit son regard se tourner vers elle.
— T'en es sûre ?
Ses mots eurent un impact gigantesque sur elle. Bien plus qu'elle ne l'aurait cru.
Elle sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine et sa respiration devenir de plus en plus rapide. T'en es sûre, t'en es sûre, t'en es sûre, sûre, sûre, sûre...
Non.
Non, elle n'en est pas sûre du tout.
— Mari ?
Était-elle assez grande pour se défendre ? Elle ne l'était pas lorsqu'Adam et Lila l'avaient menacée avec cette vidéo. Elle ne l'était pas lorsqu'Adam l'avait fait chanter. Elle ne l'était pas lorsque Terra avait presque pris son Miraculous. Elle ne l'était toujours pas lorsqu'Adam lui avait dit toutes ces choses.
Si Chat Noir, si Alya et si Tikki n'étaient pas intervenus, où serait-elle, que ferait-elle, qui serait-elle ?
— Hé ? Mari ?
Elle clamait haut et fort que Ladybug était capable de se défendre, mais l'était-elle ? L'était-elle, sans Chat Noir ?
Avec le temps, elle s'était même convaincue qu'elle, Marinette, était forte et indépendante. Mais elle ne l'était pas du tout.
— Marinette ?
Si elle était réellement forte et indépendante, Alya et Tikki ne serait pas en train de voler le téléphone d'Adam à cet instant. Si elle était réellement la femme qu'elle voulait être, ses yeux ne seraient pas en train de se remplir de larmes.
— Je vais bien, murmura-t-elle à Adrien qui continuait de répéter son prénom.
Le regard embué baissé vers sa feuille, Marinette se demanda quand est-ce que tout avait dérapé à ce point.
et voilà, le chapitre 9 ! j'espère vraiment qu'il vous a plu :)
comme je vous l'ai dit précédemment, tout commence vraiment à devenir plus sombre. surtout ici, avec les difficultés que rencontrent Marinette et Adrien, l'anxiété, la co-dépendance, les parents toxiques, le racisme. ce sont des sujets qui, je trouve, sont très importants à aborder. mais c'est la première fois que je fais plus que les effleurer et que je m'y attarde réellement, alors j'espère vraiment ne pas avoir été maladroite. si mes mots vous ont gênés, que vous n'avez pas trouvé ça représentatif ou quoi que ce soit, n'hésitez pas à me le dire.
mais je tiens à rappeler que tous ces sujets ne sont pas à romantiser ou à enjoliver : c'est important de les décrire tels qu'ils sont en réalité. j'espère avoir réussi à les retranscrire.
je n'ai pas encore commencé le chapitre 10 mais je pense que vous allez l'aimer ;) je vais essayer de le poster dans une semaine, deux semaines maximum !
passez une très bonne journée, et n'oubliez pas de laisser une review 3
