hello tout le monde ! désolée pour l'attente, j'ai vraiment manqué de temps et je ne voulais pas bâcler ce chapitre.

merci beaucoup pour vos reviews, c'est un vrai plaisir de les lire à chaque fois !

bonne lecture !

(tw : agression sexuelle)


Marinette avait tout oublié.

Durant une minute, peut-être deux, elle avait tout oublié. Elle avait oublié le regard menaçant qu'Adam lui avait jeté lorsqu'Adrien ne regardait pas. Elle avait oublié qu'Alya et Tikki lui avaient dérobé son téléphone. Elle avait oublié tout ce qui s'en était suivi — Alya qui avait réussi à convaincre Nino de les aider à le déverrouiller, la vidéo qu'elles avaient supprimée, la manière dont elles s'étaient assurées qu'il n'y avait pas de copie.

Elle avait oublié la menace ambiante du Papillon, aussi. De cette absence momentanée découlait aussi l'oubli de Chat Blanc, l'oubli de ses cauchemars et de la peur qu'ils ne devinssent réalité.

Marinette était en avance à son entraînement. Après avoir enfilé un short et un débardeur, elle se dirigea vers le gymnase, se disant qu'elle pouvait s'échauffer en attendant le reste de l'équipe.

Un sourire flottait sur ses lèvres alors qu'elle leva les mains pour s'attacher les cheveux. Ses pensées étaient entièrement dirigées vers Adrien, vers la soirée qui s'annonçait.

Bien sûr, elle appréhendait tout ce qu'elle avait à lui dire — appréhendait tellement qu'elle n'avait pas réussi à dormir plus de cinq heures d'affilée la nuit dernière. Mais durant ces quelques minutes de paix, elle n'y pensait plus.

Elle ne pensait qu'au dîner sur les toits de Paris et aux baisers au sommet de la Tour Eiffel.

Marinette resserra l'élastique autour de ses cheveux avant de tendre sa main droite devant elle. Son sourire ne se fit que plus grand lorsque ses yeux se posèrent sur cette bague.

Elle était si particulière, tellement significative.

Il y avait peu de choses dont Marinette était sûre et certaine. Mais elle était sûre de ceci : elle allait garder cette bague le reste de sa vie — si Adrien était d'accord. Peu importait ce qui se passerait ensuite, ce bijou resterait autour de son annulaire.

Toujours.

Le cri de Marinette se perdit dans sa gorge lorsqu'une main entoura soudainement son poignet, la tirant avec une force aussi soudaine que violente.

Tout oxygène fut expulsé de ses poumons lorsque son dos heurta durement un mur. Son crâne s'y cogna également, lui envoyant une décharge de douleur dans toute la tête.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, un frisson d'horreur l'empêcha de respirer.

— Marinette, murmura Adam.

Sa main emprisonnant toujours son poignet fut rapidement rejointe par la deuxième, maintenant chacun de ses poignets de part et d'autre de sa tête.

Il semblait anxieux. Cet affreux sourire en coin flottait toujours sur ses lèvres mais il était encore plus effrayant que d'habitude.

Cette fois-ci, il avait l'air énervé.

Ce fut à cet instant que Marinette se mit à avoir peur.

À avoir vraiment peur.

— Ça t'amuse ? demanda-t-il, son visage trop près du sien, ses doigts serrés trop fort autour de ses poignets.

Sa voix était à peine plus forte qu'un murmure.

— De faire la difficile ? De me narguer, tout le temps, tous les jours ? De jouer la fille parfaite que tout le monde aime ? Ça te fait rire ?

— De quoi tu—

Ses mots s'étouffèrent dans un gémissement de douleur lorsque ses ongles se plantèrent dans ses poignets, son corps toujours plus proche du sien.

— C'est moi qui parle.

Elle pouvait sentir la chaleur émaner de lui, pouvait voir l'éclat de colère et de peur qui brillait dans ses yeux.

— Marinette Dupain-Cheng, souffla-t-il. Parfaite.

Oh, elle détestait ce mot.

— Bonnes notes, fait partie de l'équipe d'athlétisme, gentille, souriante, toujours prête à aider les autres.

Marinette sentait son pouls battre contre ses tempes.

— Adrien Agreste. Bonnes notes, fait partie de l'équipe d'escrime, gentil, souriant, toujours prêt à aider les autres.

Un rire amer s'échappa des lèvres d'Adam.

— C'est insupportable. Toute cette perfection.

Cette perfection si illusoire. Cette perfection pleine d'épreuves et de doutes et de questionnements et d'années passées dans le déchirement. Cette perfection qui n'était, en fait, pas du tout parfaite.

— Tu sais, j'ai passé mon adolescence à être comparé à lui. Meilleur que moi à l'escrime, plus doué que moi en tant que mannequin, préféré de tous. Préféré de toi.

Marinette repensa à ce qu'Alya lui avait dit : « Il est probablement jaloux d'Adrien. Parce que tout le monde l'aime, parce qu'il est riche, parce qu'il est beau... et parce que les gens parfaits, c'est énervant. »

— J'aurais pu la jouer à la loyale. J'aurais pu donner le meilleur de moi-même. Mais ça n'a jamais fonctionné, jusqu'ici. Il a toujours trouvé le moyen de gagner.

Marinette voulait lui dire qu'elle n'était pas un trophée à remporter mais les mots ne voulaient pas se former sur ses lèvres.

— Alors, je me suis dit que j'allais faire ça à ma manière. Mais il trouvait toujours le moyen d'avoir le dessus.

Elle voulait sortir. Retrouver l'usage de ses muscles et partir loin, très loin d'ici.

— Quand je vous ai entendu, ce jour-là...

Très, très loin.

— J'aurais tellement aimé être à sa place, murmura-t-il, sa bouche près de son oreille.

Un frisson de dégoût coula le long de son dos.

— Mais je savais que c'était impossible. Que ce serait jamais comme avec lui, en tout cas.

Marinette se souvenait de la vidéo lorsqu'elle l'avait dénichée sur le téléphone d'Adam. Heureusement, on ne voyait rien. Seulement le vestiaire. Il n'avait pas été jusqu'à les filmer réellement.

Mais le son en disait bien assez.

— Tu ne lui as rien dit, n'est-ce pas ?

Elle ne répondit rien — que pouvait-elle dire ? — et un sourire redressa les lèvres d'Adam alors qu'il hochait la tête.

Soudain, il libéra ses poignets. Un soupir de soulagement souleva la poitrine de Marinette. Ses bras retombèrent mollement le long de son corps tremblant alors qu'Adam se retourna.

Chaque muscle de son dos était tendu et des gouttes de sueur roulaient le long de sa nuque. Il était nerveux.

Marinette profita de sa position pour s'avancer vers la porte d'un pas léger, essayant d'être le plus discrète possible malgré la peur qui faisait trembler ses jambes.

— J'arrive pas à savoir si je te trouve plutôt maline d'avoir réussi à supprimer cette vidéo ou si...

Sa main se posa sur la poignée. Elle n'avait cas la tourner et elle serait dehors. Ensuite, elle n'avait cas courir, courir vite et loin et—

— Ou si je te trouve incroyablement stupide.

Tout se passa très vite.

Le regard qu'elle sentit sur elle. La porte qui s'ouvrit. L'espoir qui fit battre son cœur. Une douleur fulgurante. La porte qui se referma. Son dos qui heurta à nouveau le mur. L'espoir qui ne laissait à présent place qu'à une terreur désespérée.

— Pourquoi t'as fait ça ? demanda-t-il d'une voix tremblante. Pourquoi ?

Il ne parlait pas que de sa tentative de fuite. Elle pouvait le voir dans ses yeux, l'entendre dans sa voix, le sentir dans son agitation qu'il ne parlait pas que de ça.

— T'aurais pu lui en parler, t'aurais lui en parler. Il aurait fait quelque chose et la tentation n'aurait pas été si forte. Pourquoi il a fallu que tu gardes le secret et que tu supprimes cette vidéo ?

Le ton tragique de ses propos rendit son regard flou. Des larmes, c'étaient des larmes qui coulaient de ses yeux.

— Pourquoi, murmura-t-il en laissant tomber son front contre son épaule, pourquoi...

Là encore, elle savait que le sens de ses mots était plus lointain. Il ne s'agissait pas que d'elle. C'était des années de souffrance, elle pouvait l'entendait dans sa voix.

Mais Marinette n'en avait rien à faire. Pas lorsqu'elle sentait ses mains glisser le long de sa taille, tomber jusqu'à ses hanches. Pas lorsqu'elle sentait sa bouche si près de son oreille. Pas lorsque ses propres larmes étaient salées contre ses lèvres.

Son cerveau embrouillé par la peur ne faisait que lui rappeler à quel point la situation était désespérée. Elle ne pouvait rien faire.

Elle ne pouvait pas hurler. Parce que déjà, c'était inutile, il n'y avait personne dans le bâtiment — pour une fois qu'elle était en avance — et surtout parce qu'elle ne pouvait pas. Ses cordes vocales étaient nouées, sa gorge tellement serrée que c'en était douloureux.

Elle ne pouvait pas se transformer. Parce que Tikki était dans son sac, dans les vestiaires, et non avec elle. Elle la laissait tout le temps là-bas durant les entraînements. Et surtout parce qu'elle ne devait pas se transformer.

Soit elle criait à son kwami de la transformer — en partant du principe que les mots fussent d'accord pour sortir de ses lèvres et que Tikki ne fût pas trop loin — soit elle laissait Adam faire... peu importait ce qu'il avait l'intention de lui faire.

C'était comme choisir entre la peste et le choléra.

Alors, Marinette tenta un appel désespéré à ses muscles figés, à ses articulations paralysées et à son cerveau statufié. Bouge. Bouge, bouge, bouge.

C'était douloureux et sa jambe lui paraissait infiniment lourde, mais elle réussit à projeter son genou entre ses cuisses. Le coup fut assez intense pour lui arracher un gémissement de douleur et lui faire desserrer sa prise sur son corps.

Marinette, le regard embué, laissa ce mélange de désespoir et d'espoir prendre le contrôle de ses mouvements. Elle écrasa une nouvelle fois son genou contre son entrejambe, utilisant toute la force dont elle était capable. Ses ongles se plantèrent dans ses cuisses alors qu'il tombait à terre, griffant la peau qui s'y trouvait.

Son cerveau était tellement concentré sur ce besoin de s'échapper qu'il ne lui laissait ressentir aucune douleur. Tout ce qu'elle éprouvait était une peur primitive.

Marinette se précipita vers la porte. Elle aurait été plus rapide en temps normal mais ses mouvements étaient ralentis tellement ses muscles lui paraissaient lourds et inflexibles. Un cri à la limite du sanglot lui échappa lorsque la main d'Adam attrapa sa cheville, suffisamment fort pour la déséquilibrer.

Son genou heurta violemment le sol — elle pouvait deviner la douleur.

Ce fut à ce moment-là que l'esprit de Marinette se détacha de son corps. Ce fut de cette manière qu'elle le vécut, en tout cas. Elle avait l'impression de voir la scène telle une spectatrice impuissante.

Elle voulait hurler. Elle voulait bouger. Elle voulait vivre.

Mais c'était impossible.

Elle ne pouvait qu'observer.

Observer Adam qui se relevait. Observer sa main attraper une nouvelle fois son poignet. Observer la force avec laquelle il la jeta une nouvelle fois contre le mur. Observer son dos le heurter une nouvelle fois. Observer la pure colère qui émanait de lui. Observer ses mains tremblantes déchirer son tee-shirt. Observer ses ongles se planter dans son bras alors qu'il défaisait sa ceinture de son autre main.

« Non, » pensa-t-elle en voyant les doigts d'Adam se promener le long de sa hanche. Elle se rapprocha de son propre corps. « Non, » se dit-elle à elle-même, « fait quelque chose. »

Ses doigts disparurent à l'intérieur de son short. « Bats-toi, » s'ordonna-t-elle.

« Bas-toi. »

Tout à coup, son esprit et son corps se rassemblèrent. Elle voyait à nouveau à travers ses propres yeux. Au moment où elle sentit ses doigts atteindre son sous-vêtement, Marinette attrapa son poignet, y plantant violemment ses ongles.

— Lâche-moi, réussit-elle à articuler malgré le sanglot qui lui comprimait la gorge.

Adam leva ses yeux qui étaient jusque-là rivés à son corps. Sa main s'était immobilisée dans son short mais l'autre agrippait toujours fermement son bras, l'empêchant de bouger.

Marinette enfonça ses ongles de toutes ses forces dans la peau de son poignet, assez pour lui arracher un gémissement de douleur et l'empêcher de se débattre alors qu'elle retirait sa main de son short.

— Qu'est-ce que je disais, murmura-t-il en rapprochant son visage du sien, t'adores ça. Jouer la difficile.

Soudain, toute cette peur, ce désespoir, cette pure terreur, tout ça se changea en une colère monstre.

Marinette attrapa le col de son tee-shirt. Un sourire en coin — le sourire en coin — se dessina sur les lèvres d'Adam.

— Pardon !

Marinette sursauta, tournant la tête vers la porte qui venait de s'ouvrir. Un incroyable élan d'espoir souffla dans son corps tremblant de peur et tendu de rage.

— Mari ?

Le soulagement. Le soulagement infini de se dire qu'elle allait sortir d'ici.

Adrien était là.

Marinette sentit un sanglot de délivrance s'échapper de ses lèvres. Elle voulait qu'il l'emmenât à des kilomètres de ce vestiaire et de cette personne.

Mais le réconfort que sa présence lui apportait se changea en une toute nouvelle peur lorsque le regard d'Adrien rencontra celui d'Adam.

Elle pouvait sentir la haine émaner d'eux.

— Agreste, déclara Adam, essoufflé. Tu te joins à la fête ?

Adrien bondit jusqu'à lui.

Crac, fit la mâchoire d'Adam lorsque le poing d'Adrien s'y enfonça.

Sa main qui la maintenait en place contre le mur s'éloigna et les jambes de Marinette la laissèrent tomber comme si ses muscles avaient complètement fondu.

Adrien tourna le regard vers elle durant une seconde. Une seconde durant laquelle elle vit la terreur dans ses yeux — tellement similaire à la peur qu'elle avait vue dans ses propres iris il y a quelques secondes.

Une seconde de trop. Une seconde qu'Adam ne se priva pas de lui arracher. Il profita de sa distraction momentanée et lui retourna un coup de poing — fort.

L'instant d'après, Adrien était par terre et le pied d'Adam rencontra ses côtes.

Le corps de Marinette prit le dessus sur son cerveau. Elle se releva bien plus rapidement que ses blessures le lui autorisaient et se jeta sur Adam.

— Le touche pas ! hurla-t-elle en le plaquant contre le mur opposé.

Sa mâchoire était déjà rougie et son œil droit était légèrement fermé — Adrien n'avait pas lésiné sur la force de ses coups, apparemment.

— Marinette, sourit Adam. Marinette, répéta-t-il, sans bouger.

Et il se mit à rire. Un rire qui se réverbéra dans tout son corps, la faisant frissonner d'horreur.

— Pour qui tu te prends ? À le défendre, comme ça ?

Marinette resserra son emprise autour du col de son tee-shirt, le plaquant un peu plus contre le mur, ce qui n'accentua que davantage le sourire qui redressait ses lèvres.

Soudain, il plissa ses yeux, un éclat de réelle méchanceté brillant dans son regard.

— Pour sa mère, c'est ça ? Pauvre Adrien—

Son poing rencontra sa mâchoire avant même qu'elle ne l'eût décidé. Adam parut au moins autant surpris qu'elle.

Mais sa surprise se changea vite en amusement mesquin.

— Oh-oh ! Tellement sauvage...

Marinette entendit Adrien se relever derrière elle.

— Au fait, Agreste, déclara Adam, je vous ai filmés, ce jour-là, dans le vestiaire.

Sa main se contracta autour de son tee-shirt mais Adam ne fit que sourire davantage.

— Ouais, s'amusa-t-il. Oh, je l'ai écoutée tellement de fois en imaginant que c'était mon nom que tu criais, Marinette, murmura-t-il en reportant son attention sur elle.

Elle ne savait pas si c'était à cause de ce sourire en coin, de son secret qui venait de voler en éclat ou des tremblements qui agitaient toujours son corps, mais toute la rage accumulée depuis des mois explosa à cet instant.

— Je te déteste, dit-elle d'une voix qu'elle reconnut à peine. Je te déteste ! hurla-t-elle.

Et son poing heurta à nouveau son visage, s'abattant sur son nez cette fois-ci. Et puis une deuxième fois. Le crac qui retentit lors de la troisième fois lui apporta un étrange sentiment de satisfaction.

Mais ses mouvements devenaient de plus en plus faibles et brouillons à mesure que ses sanglots éclataient.

— Je te déteste ! continua-t-elle de crier alors que ses poings rencontraient mollement son torse.

Adam ne se débattait pas. Il ne souriait plus non plus.

— Mari, murmura Adrien.

Marinette sursauta lorsque sa main se posa sur sa taille, s'éloignant en un éclair de lui et d'Adam.

Les larmes coulaient, coulaient, coulaient. Et son corps tremblait, tremblait, tremblait.

À travers ses yeux embrumés, Marinette regarda son poing rougi.

— Je te déteste, murmura-t-elle.

Elle ne savait pas si elle parlait d'Adam ou d'elle-même.


— J'aimerais entendre votre version de l'histoire, déclara la directrice.

Marinette pouvait sentir son regard peser sur elle alors qu'elle s'obstinait à garder ses yeux baissés. Un de ses genoux était rouge et plus gonflé que l'autre. Et ses cuisses étaient parsemées de griffures.

Ses mains tremblaient, tout comme ses jambes. Elle serra ses poings, serra tellement fort qu'elle sentit ses ongles s'enfoncer dans sa peau.

La douleur était étrangement apaisante. Marinette s'en servit comme point d'ancrage pour ne pas penser à son corps entier qui lui faisait mal, à son cerveau qui repassait la scène en boucle et au regard de la directrice qu'elle savait rempli de pitié.

Elle ne voulait pas de pitié. Elle voulait...

Que voulait-elle ?

— Marinette, souffla-t-elle, on n'est pas obligés de faire ça aujourd'hui.

Sa voix était douce, presque tendre.

— Non, répondit-elle, les yeux examinant ses jambes, c'est bon.

Elle pouvait sentir le regard d'Adrien, aussi. C'était probablement le pire de tous. Pire que tous les regards des élèves qu'elle avait croisés jusqu'à entrer dans le bureau de la directrice.

Du moins, elle l'imaginait comme pire.

Ses yeux n'avaient pas rencontré les siens depuis l'instant où il venait d'enfoncer son poing dans la mâchoire d'Adam.

Mais elle ne voulait pas voir cette pitié. Pas dans ses yeux à lui.

— Très bien, continua la directrice. J'ai déjà entendu la version d'Adam et eu vent de témoignages de certains élèves. Écoutez... je ferai mon possible pour vous éviter des sanctions à tous les deux, mais...

Marinette serra davantage ses poings.

— Je ne peux pas fermer les yeux sur l'état d'Adam. Ni sur l'existence de cette vidéo.

L'image du nez cassé d'Adam apporta un certain contentement à Marinette.

— D'après lui, Marinette, c'est vous qui—

— C'était moi, déclara soudainement Adrien.

Sa voix ne tremblait pas.

— Ce jour-là, quand Adam nous a filmé...

Il se racla la gorge, comme pour retarder ce qui allait sortir de sa bouche.

— Je l'ai forcée. Marinette ne voulait pas faire quoi que ce soit.

Elle se redressa d'un mouvement tellement rapide qu'il réveilla son dos endolori. Son visage se tourna vers Adrien en une seconde.

Sa mâchoire était contractée, ses yeux plongés dans ceux de la directrice.

— Et—

— Non, le coupa-t-elle.

Il ne lui accorda pas un regard.

— Et tout à l'heure, reprit-il, elle ne l'a pas frappé une seule fois. C'était seulement moi.

— Non, répéta-t-elle.

Il suppliait la directrice du regard. La suppliait d'accepter sa version.

Mais Marinette ne l'acceptait pas du tout.

— Non ! s'écria-t-elle. J'étais consentante !

Les épaules d'Adrien se tendirent et sa mâchoire se contracta davantage.

— Il ment, souffla Marinette.

— Ça n'a aucun sens, continua Adrien, sans jamais poser ses yeux dans les siens. Regardez-la, elle n'a aucune force, elle est toute petite. Adam sait parfaitement se défendre. Elle n'aurait jamais pu le blesser.

La directrice hocha la tête.

Marinette n'en croyait pas ses yeux — ni ses oreilles.

— C'est faux ! C'est complètement faux ! Demandez à n'importe qui, je sais parfaitement bien me défendre—

— Je me suis servi de la différence de force pour l'obliger, ce jour-là. Elle ne le voulait pas.

— Mais...

Elle ne savait pas quoi dire.

C'était donc ça qu'il préparait durant tout ce temps ? Depuis le moment où les élèves étaient arrivés dans le vestiaire jusqu'à l'instant où ils étaient entrés dans ce bureau, il n'avait pas prononcé un mot.

— Pourquoi est-ce que tu mens, murmura-t-elle.

Ce n'était pas vraiment une question.

Soudain, Adrien tourna le regard vers elle. Il n'y avait aucune pitié dans ses yeux. Seulement de la colère.

De la colère envers Adam, envers elle. Mais surtout envers lui-même.

Marinette sentit sa gorge se serrer.

— Je suis pas celui qui ment ici, répondit-il.

La double signification de sa phrase lui arracha une larme.

Marinette baissa à nouveau le regard vers ses jambes.

— Vous vous rendez compte des conséquences de ce que vous avancez, Adrien ?

— Oui, répondit-il.

La directrice n'était pas dupe, elle savait qu'il mentait. Mais de cette manière, Marinette n'allait avoir aucune trace de cette histoire sur son dossier.

Le père d'Adrien pouvait effacer pratiquement toutes les sanctions possibles avec un chèque — elle le savait aussi.

Mais Marinette ne voulait pas s'en sortir indemne. Elle ne voulait surtout pas s'en sortir avec un mensonge.

— Très bien. C'est réglé, alors.

Sa vie n'était qu'une succession de mensonges à répétition.


— Enfile-ça.

Le regard de Marinette se darda sur Adrien aussi rapidement qu'une balle.

Il lui tendait son sweat, ses yeux regardant n'importe où sauf dans les siens.

— Non.

Il ne répondit rien. Il ne la regarda pas.

Son bras restait tendu vers elle.

— Tu pourrais au moins me regarder ?

Son visage se tourna alors vers elle et Marinette regretta immédiatement les mots qui venaient de sortir de sa bouche.

La colère et la déception se battaient dans ses iris devenues sombres.

— S'il-te-plaît, souffla-t-il.

Marinette attrapa le vêtement d'un mouvement brusque et l'enfila, immédiatement envahie par l'odeur d'Adrien.

Sa gorge se serra douloureusement.

Les griffures sur ses bras étaient cachées, ainsi que son débardeur déchiré et son sous-vêtement dévoilé. Mais elle ne se sentait pas mieux pour autant.

La sensation des mains d'Adam contre son corps se superposait à la caresse du sweat d'Adrien contre sa peau. Mais elle ne voulait pas les associer.

Jamais.

Sa respiration se bloqua dans sa gorge compressée par un terrible sanglot. Marinette ferma les yeux. Elle voulait juste rentrer chez elle, se rouler en boule dans son lit et débrancher son cerveau.

Durant une heure, une journée ou le reste de sa vie, elle n'en était pas encore sûre.

— Marinette !

Elle rouvrit les paupières à l'entente de son prénom. Alya et Nino s'avançaient dans le couloir. L'inquiétude sur leur visage lui brisa le cœur.

Aucun des deux ne lui demanda ce qu'il s'était passé — son expression et celle d'Adrien étaient probablement des indices suffisants.

Nino amorça un mouvement, comme s'il voulait la prendre dans ses bras ou lui prendre la main ou n'importe quel contact physique, mais Alya tendit doucement son bras devant lui, l'empêchant d'aller plus loin.

Un regard à sa meilleure amie avait suffi pour qu'elle comprît ce qu'il s'était passé.

Nino — qui avait toujours un temps de retard — remarqua les griffures sur ses jambes et sembla le réaliser aussi. Ses yeux passèrent d'inquiets à frénétiques.

Soudain, une porte s'ouvrit, et leurs quatre regards convergèrent vers Adam au même moment. Marinette observa une seconde l'angle douteux de son nez, la rougeur de sa mâchoire et le volume de son œil.

Mais elle baissa les yeux avant qu'il pût les rencontrer — et se trouva particulièrement faible.

— Je vais te tuer !

Nino prit tout le monde de court. Sa réaction était tellement inattendue que personne n'eût le temps de l'empêcher de bondir sur Adam.

Son poing s'écrasa sur sa pommette.

— Nino ! s'écria Alya.

Mais il n'arrêtait pas. C'était sa mâchoire que son poing rencontra ensuite.

— Adrien ! Aide-moi ! lui cria-t-elle en passant ses bras autour de la taille de Nino.

— Je vais pas l'arrêter, répondit-il, comme si c'était d'une logique extrême.

— Sois pas stupide ! grogna-t-elle alors que Nino continuait de frapper Adam.

Une lueur de doute passa dans les yeux d'Adrien. Mais les coups cessèrent au moment où il amorça un mouvement.

Marinette ne savait pas si c'était grâce à Alya ou parce qu'un semblant de raison était remonté à la surface de son esprit, mais Nino s'éloigna.

Il secoua son poing, une grimace de douleur déformant son visage, et Alya lança un regard indescriptible à Adrien.

Marinette avait l'impression que le monde avançait sans elle. Les sons devenaient incertains et la main qu'Alya posa sur l'épaule d'Adrien était floue.

Les regards que ses amis lui lançaient étaient nébuleux, tout comme les mots qui sortaient de leurs bouches.

— Mari ? lisait-elle sur leurs lèvres.

Ses paupières étaient terriblement lourdes. Son corps était impossible à porter. Elle avait chaud, chaud, chaud.

Ses sens la quittaient un par un, la laissant dans un brouillard obscur. La dernière chose qu'elle vit fut les yeux écarquillés d'Alya et la dernière chose qu'elle sentit fut une paire de bras autour d'elle.


Marinette était allongée sur quelque chose de doux et de confortable. Elle n'avait pas besoin d'ouvrir les paupières pour savoir qu'elle se trouvait à présent chez elle.

— Merci, Adrien. Merci beaucoup, entendit-elle Sabine murmurer d'une voix chevrotante.

— Je... je ne sais pas comment... Tom balbutia.

— C'est normal, répondit Adrien.

Tout revint à l'esprit de Marinette avec la force d'un boomerang.

Elle se redressa si rapidement qu'un gémissement de douleur lui échappa. La douleur dans son dos lui fit monter les larmes aux yeux.

Les regards se tournèrent vers elle en un instant.

— Vous êtes vraiment en train de le remercier ?

Son père semblait à deux doigts d'éclater en sanglots. Sa mère se précipita vers elle, les yeux brillants.

Adrien fut à ses côtés en une seconde.

— Allonge-toi, murmura-t-il.

Marinette le repoussa et se leva, ignorant la nausée qui lui fit tourner la tête.

— Je vais bien, d'accord ?

Personne n'était d'accord. Et surtout pas elle-même.

Adrien était agenouillé à côté du canapé sur lequel elle se trouvait il y a quelques secondes, les yeux levés vers elle.

— Comment vous pouvez le laisser faire ça sans rien dire ?

Aucune réponse.

— C'est complètement faux, tout ce qu'il a raconté !

— Il t'a protégée, Marinette, tu devrais le remercier.

— Le remercier ? répéta-t-elle. J'ai jamais demandé à être protégée ! cracha-t-elle.

— Mari—

— Non ! Ça s'est pas du tout passé comme ça, il devrait pas en porter toute la responsabilité !

— C'est bon, mon père va—

— Justement ! hurla-t-elle, les larmes roulant le long de ses joues.

Ses yeux ancrés dans les siens, Marinette savait qu'il comprenait.

Son père allait tout arranger, effacer toute cette histoire de son dossier en claquant des doigts, oui. Mais les conséquences pour Adrien allaient être catastrophiques.

Si Gabriel était déjà cruel et tyrannique à l'heure actuelle, quels adjectifs seraient assez forts pour le qualifier après qu'il eût appris tout ça ?

Depuis le début, elle ne voulait que le protéger. Si elle lui avait caché l'existence de cette vidéo, les menaces d'Adam et l'intervention de Lila, c'était pour le préserver, lui qui avait déjà tant à gérer.

Plus elle essayait d'arranger les choses, plus la situation s'envenimait. Jusqu'à arriver au cauchemar actuel.

Elle se sentait inutile. Inutile et faible.

Et stupide.

— C'est un mensonge, déclara-t-elle d'une petite voix.

— Marinette, calme-toi, lui dit Sabine.

— Non !

Peut-être se concentrait-elle sur la colère qu'elle ressentait envers elle-même et envers Adrien pour ne pas penser à Adam.

Pour ne pas penser à ses mains sur sa peau. Pour ne pas penser à ses doigts qui se glissaient à l'intérieur de son short—

— Tu peux pas juste mentir à propos de ça ! reprit-elle.

— De quoi tu—

— J'étais consentante ! assura-t-elle, ravalant le sanglot qui menaçait de sortir de sa gorge.

— Marinette... murmura Sabine.

— Non ! répéta-t-elle. C'est pas quelque chose sur lequel on peut mentir. T'avais pas le droit.

Les regards autour d'elle étaient rivés sur elle. Celui d'Adrien semblait tellement meurtri, tellement brisé.

— Je suis désolé, souffla-t-il. Mais... pour toi, je le referais sans hésiter.

Elle fut incapable de retenir son sanglot, cette fois-ci.

Les larmes dégoulinant jusqu'à ses lèvres, Marinette se précipita jusqu'à sa chambre.

Elle ne pouvait plus supporter l'intensité de son regard. Ne pouvait plus supporter de voir tout ce qu'elle avait fait de mal à travers ses yeux.


Adrien ne savait pas qui il détestait le plus. Adam ou lui-même.

Il ne savait pas vers qui diriger cet afflux de rage qui faisait trembler son corps tout entier.

Reporter sa colère vers Adam serait logique. Ç'avait d'ailleurs été sa première réaction, son instinct le plus primaire — son poing qui s'était téléporté dans sa mâchoire à la seconde où son corps avait retrouvé sa faculté de bouger.

La quantité de raisons pour lesquelles il haïssait foncièrement Adam était pour le moins impressionnante.

Adrien ne se souvenait pas de l'avoir apprécié depuis le jour où il l'avait rencontré — il y a deux ans, peut-être — jusqu'à aujourd'hui. Au début, c'étaient ses sourires en coin et les regards insistants qu'il adressait aux femmes. Ensuite, les œillades se sont changées en remarques dont la perversité n'était allée que crescendo. Inévitablement, les mots s'étaient transformés en actes. C'était sa main qui effleurait le bas du dos de la maquilleuse lors des séances photos, c'était sa paume qui se posait sur la cuisse d'une des mannequins durant la pause.

Et puis, plus récemment, ç'avait été Marinette.

Adrien se souvenait encore des pensées qui avaient traversées son esprit la première fois où Adam avait posé les yeux sur elle. Il s'était rappelé toutes les fois où son comportement avait dépassé les limites de la décence, s'était rappelé toutes les paroles malsaines qui étaient sorties de sa bouche, s'était rappelé cette expression animale qui prenait possession de son visage à chaque fois qu'une fille entrait dans son champ de vision.

Il s'était alors dit que Marinette pouvait se débrouiller toute seule, qu'elle n'était pas née de la dernière pluie et qu'elle connaissait les codes et les injustices de la société bien mieux que lui. Il le savait — à quel point elle était indépendante.

Mais cela n'empêchait pas cette alarme presque primitive de s'allumer à chaque fois qu'Adam échouait son regard sur elle. C'était énervant, et rabaissant — il n'avait plus l'impression d'être un humain évolué dans ces moments-là.

Sa première pensée avait été : peut-être était-ce le fait de l'avoir eue pour lui tout seul pendant un été entier qui le rendait si possessif. Sa seconde avait été de se trouver absolument ridicule.

Oui, Adam était le dernier des abrutis mais Marinette ne lui appartenait pas pour autant. Ni à l'époque, ni aujourd'hui, ni jamais.

Les émotions s'étaient alors mélangées. L'inquiétude et l'envie de la protéger s'étaient ajoutées à la possessivité et l'exaspération envers lui-même qu'il ressentait. Un cocktail qui avait abouti à sa non-action.

Enfin, plus ou moins.

Oui, il y avait eu cette fois lors de l'entraînement d'escrime et d'athlétisme. Oui, il y avait eu cette autre fois, le jour suivant la révélation de l'identité de Ladybug et Chat Noir.

Et oui, il ne contrôlait pas ses yeux — son regard devenait instantanément sombre lorsqu'il rencontrait celui d'Adam. Ce n'était pas sa faute.

Mais ç'aurait pu être pire. Oh, ç'aurait pu être bien pire.

S'il avait suivi cette voix pleine d'instinct et d'animosité, sa première bagarre avec Adam se serait déroulée des années plus tôt. S'il l'avait écoutée, leurs affrontements lors des entraînements d'escrime auraient été bien plus violents.

Honnêtement, s'il l'avait écoutée, il n'était pas sûr qu'Adam serait sorti vivant de ce vestiaire.

Adrien tendit sa main tremblante devant lui. Le rouge qui recouvrait ses articulations allait bientôt devenir bleu, signe des contusions qui couraient déjà le long de sa peau.

Mais ce n'était qu'une main.

Il pensa aux griffures qui barraient les cuisses et les bras de Marinette, pensa au temps dont elle allait avoir besoin pour panser toutes les blessures qu'il ne pouvait pas voir.

Et ce tsunami de haine se dirigea vers lui-même.

Parce que durant toutes ces années, Adrien n'avait rien fait. Face aux remarques d'Adam, il s'était contenté de lever les yeux au ciel, de l'ignorer, de lui lancer un regard désapprobateur. Face à ses gestes déplacés, il s'était contenté d'appeler Adam pour détourner son attention. Il se souvenait des regards reconnaissants des filles qu'Adam avait pris pour cible — se souvenait aussi de la culpabilité de ne pas avoir fait plus.

Aujourd'hui, la culpabilité s'était transformée en rage brûlante. La première fois où il avait agi, vraiment agi face à Adam, ç'avait été lorsque Marinette avait été directement concernée.

C'était donc ça ? Il fallait qu'une fille à qui il tenait fût impliquée pour qu'il intervînt ?

Il avait eu des années pour stopper le processus. Avait eu des dizaines et des dizaines d'occasions pour essayer de changer le cours des choses.

Il avait été témoin de l'évolution d'Adam, avait été témoin du chemin qu'il empruntait, avait vu les œillades se changer en gestes, les gestes se changer en contacts physiques.

Pourtant, il n'avait rien fait de plus que limiter les dégâts.

Lui qui voyait toujours le meilleur en chacun, lui qui repoussait toujours la noirceur de l'âme pour en apercevoir la bonté, il n'avait pas fait ce travail avec Adam. Il n'avait pas cherché plus loin.

Peut-être que le cas d'Adam était perdu, peut-être que son âme ne possédait aucune bonté, peut-être qu'il était pourri jusqu'à l'os.

Mais lui, alors ? Était-il réellement meilleur ?

Valait-il mieux qu'Adam ?

Vingt-quatre heures plus tôt, il en aurait été convaincu. Mais maintenant... il n'en était plus très sûr.

Il n'était plus très sûr de rien, en fait.

La seule chose dont il était absolument certain, c'était qu'aujourd'hui aurait pu être empêché de mille et une manières, et qu'il avait échoué à chacune d'entre elles.

Il savait que quelque chose n'allait pas. Il le savait depuis un moment. Il aurait dû passer outre ses doutes et ses peurs et pousser Marinette à lui dire la vérité. Premier échec, la lâcheté.

Durant toutes ces semaines, toutes ces occasions, elle ne s'était jamais confiée, ne lui avait jamais parlé de cette vidéo, ni des menaces d'Adam — dont il ignorait toujours l'étendue. Malgré ses tentatives de lui montrer qu'il était là pour elle, qu'elle pouvait tout lui dire, tout lui avouer, malgré la confiance qu'elle lui portait, elle ne lui avait pas révélé la vérité. Deuxième échec, l'environnement de sécurité qu'il n'avait pas apporté à Marinette.

Il connaissait Adam. Il connaissait l'obsession qu'il vouait à Marinette. Et même si elle lui avait dit et répété qu'elle pouvait se défendre toute seule et prendre soin d'elle-même, il aurait dû être plus prudent. Il aurait dû prendre les devants et aller en parler à ses parents de lui-même. Troisième échec, le fait de croire que tout allait se régler aussi facilement.

Il avait eu maintes et maintes opportunités pour repousser Adam, pour lui faire peur. Adrien savait se battre. Avec l'escrime et son rôle de super-héros, il savait exactement où frapper pour lui faire mal. Pourtant, il avait écouté sa raison — dont la voix s'apparentait souvent à celle de Marinette — qui lui disait de ne pas utiliser la violence. Mais ce n'était pas le pire. Le pire était qu'Adam lui avait retourné ses coups, deux fois, et qu'Adrien n'était pas sûr qu'il aurait eu le dessus si Marinette n'était pas intervenue. L'image de Nino se dessina alors dans son esprit, l'assurance avec laquelle il s'était jeté sur Adam, sans l'ombre d'une hésitation. Quatrième échec, la faiblesse.

Le cinquième échec se mélangeait à sa seule victoire. Il avait mis au point son mensonge depuis le moment où les élèves étaient arrivés dans le vestiaire jusqu'à celui où ils étaient arrivés dans le bureau de la directrice. Heureusement, une lueur d'espoir avait éclairé ce cauchemar dans lequel il se trouvait : la directrice avait été de son côté.

Bien sûr, elle était loin d'être stupide et n'avait pas cru une seconde à son histoire. Après tout, Adam avait avoué l'existence de la vidéo, alors pourquoi aurait-il menti sur le responsable des contusions qui déformaient son visage ? Connaissant le personnage, il n'aurait jamais avoué qu'une fille lui avait infligé de telles blessures si ce n'était pas réellement le cas. De plus, la directrice avait eu vent de la fois où Adrien et Adam s'étaient battus et que Marinette les avait séparés — ils avaient été convoqués à ce moment-là, également. « C'est la première et dernière fois, » leur avait-elle dit à l'époque. « La prochaine fois, j'appelle vos parents. »

Toujours est-il que son mensonge n'était absolument pas crédible.

Mais il avait vu la lumière de compréhension dans les yeux de la directrice. L'histoire qu'il avait tissée de toute pièce était la seule manière d'épargner Marinette — d'éviter de la meurtrir davantage qu'elle ne l'était déjà, plutôt.

Et puis, elle avait probablement aperçu l'intérêt financier d'étouffer cette affaire et d'accepter son mensonge — Gabriel verserait une somme confortable pour effacer tout préjudice du dossier scolaire de son fils.

Bien sûr, il n'en était pas fier. Il en était malade, même.

Le mensonge était quelque chose qu'il détestait par-dessus tout. Mais la contraction désagréable de son estomac était un faible prix à payer comparé au futur de Marinette.

C'était le moins qu'il pouvait faire, à ses yeux.

Elle avait travaillé trop dur pour que son avenir fût compromis par lui — encore une fois, il n'était pas vraiment sûr s'il pensait à Adam ou à lui-même. Probablement les deux.

C'était moralement ignoble, de mentir sur quelque chose d'aussi grave. D'insinuer que Marinette n'avait pas été consentante, d'affirmer qu'il l'avait forcée. C'était aussi monstrueux à l'égard de Marinette, de prétendre qu'il l'avait violée alors qu'elle venait juste de vivre une agression sexuelle.

Adrien sentit son estomac se contracter davantage lorsque cette pensée lui heurta l'esprit.

Non seulement il avait mis du sel dans la plaie ouverte de Marinette, mais c'était aussi une insulte à tous ceux qui avaient vécu et survécu à quelqu'un comme Adam.

Il ne savait pas ce qui était le pire : le fait d'avoir menti ou le fait de ne pas regretter une seconde de l'avoir fait.

Son estomac se retourna au creux de son ventre.

Ses jambes le propulsèrent en avant, passant outre l'état léthargique de son cerveau. Il se retrouva au-dessus des toilettes, sa gorge le brûlant alors que le peu de nourriture qu'il avait ingéré quittait son corps.

— Adrien ?

La voix de Plagg était bien plus soucieuse que d'habitude — elle était presque douce.

Adrien se redressa, ouvrit la bouche pour répondre à son kwami mais la nausée l'empêcha de parler.

Il vomit tout ce qui se trouvait dans son estomac — tout sauf cette culpabilité qui appuyait toujours dans le creux de son ventre.

Une insupportable douleur contractait son estomac vide à chaque nausée, faisant trembler ses mains et rendant ses yeux humides.

Au bout d'un moment qui lui sembla être une éternité, l'envie de vomir s'arrêta. Mais la douleur, elle, ne le quitta pas.

Le front appuyé contre son avant-bras, Adrien ferma les paupières. Son tee-shirt collait à sa peau transpirante et des sueurs froides dégoulinaient le long de son dos.

L'expression « se rendre malade » prenait ici tout son sens.

— Tu veux de l'intimité ou—

— Non.

Sa voix était rauque et la vibration de ses cordes vocales lui arracha une grimace d'inconfort.

— Non, répéta-t-il en gardant les yeux clos. Tu peux rester avec moi, s'il-te-plaît ?

Plagg mit un moment à répondre. Adrien crut qu'il était parti, jusqu'à ce qu'il le sentît se poser sur son épaule.

— Bien sûr.

Il ne lui posa pas de questions. Il ne lui demanda rien, et Adrien sentit une larme rouler le long de sa joue — ce n'était pas à cause de la douleur, cette fois-ci.


Adrien était allongé sur son lit, les yeux rivés au plafond, les mains croisées derrière sa tête.

Il était dans cette même position, à fixer un même point en ressassant les mêmes choses depuis suffisamment longtemps pour que le temps perdît son sens.

Sa fenêtre était légèrement ouverte, laissant un léger vent souffler dans la pièce, caressant son torse nu au passage.

La nuit était déjà bien entamée — il n'avait pas besoin de tourner la tête vers son réveil pour le savoir.

Son corps entier était épuisé, son esprit complètement lessivé mais il était impossible de fermer l'œil. Dès que ses paupières se fermaient, l'image d'Adam apparaissait dans son esprit.

Alors, il restait là, se demandant ce qu'il avait fait à Marinette avant qu'il arrivât, si cette même situation s'était déjà produite, à quel point elle lui avait caché la vérité.

Les réponses le torturaient toutes plus les unes que les autres.

Peut-être méritait-il de rester éveillé et de se faire mal comme il le faisait.

Adrien ne bougea pas lorsqu'un premier bruit retentit. Il ne se redressa qu'en entendant quelqu'un atterrir sur le sol de sa chambre.

Ladybug se tenait là, ses longs cheveux noirs agités par le vent automnal, sa silhouette obscurcie par la nuit.

Adrien ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Il n'était pas vraiment sûr qu'elle fût réelle.

— J'ai quelque chose à te dire.

Sa voix était dépourvue de toute sa confiance habituelle. Le fait de l'entendre le fit sortir de sa paralysie causée par le doute.

Il se leva, se leva bien trop vite pour son corps affaibli, et dût s'arrêter quelques secondes pour que sa vue redevînt davantage que l'obscurité.

Il ne s'approcha pas trop de Ladybug, cependant. Son bon sens lui disait de garder une certaine distance entre eux — une distance qu'elle pouvait franchir si elle le voulait, si elle le pouvait.

Le clair de lune lui apportait une lumière suffisante pour qu'il put distinguer la rougeur et le gonflement de ses yeux — les siens étaient probablement dans le même état.

— Je suis désolée d'avoir gardé tout ça secret, déclara-t-elle dans un murmure rauque. J'aurais dû te le dire, j'aurais dû—

Elle ferma ses yeux, pinça ses lèvres et déglutit, prenant quelques secondes pour ravaler le sanglot qui menaçait de sortir de sa bouche.

— Il y a autre chose que je ne t'ai jamais dit.

Ses paupières se rouvrirent et son regard rencontra le sien.

Adrien sentit les émotions se bousculer en lui : la culpabilité de la voir dans cet état sans pouvoir l'aider, le soulagement de la voir tout court, la peur de ce qu'elle allait révéler et la curiosité de savoir ce qu'elle tenait à lui dire.

— Il y a trois ans, tu as été akumatisé.

Son cœur devint lourd dans sa poitrine.

— Tu es devenu Chat Blanc. Je ne sais pas pourquoi, ni comment. Bunnix est venue me chercher, et j'ai vu—

Cette fois-ci, elle ne réussit pas à retenir son sanglot.

Adrien observa une larme rouler le long de son masque, son incapacité à faire quoi que ce fût le heurtant violemment.

— Tout était détruit. Le monde entier. Et tu étais... tellement seul.

Ses mots arrachaient un peu plus son cœur de sa poitrine à chaque seconde. Ce n'était pas tellement ce qu'elle lui disait mais la manière dont elle le disait.

C'était sa douleur à elle qui lui faisait le plus de mal.

— J'avais tellement peur que tu te fasses akumatiser à cause de moi... alors j'ai gardé tout ça secret. Je suis désolée.

— Marinette... murmura-t-il.

C'était la première fois qu'il prononçait son véritable prénom lorsqu'elle était Ladybug.

Parce qu'elle avait beau porter un costume et un masque, elle n'avait jamais semblé plus vulnérable qu'à cet instant. Parce qu'il avait beau avoir vu chaque centimètre de sa peau, elle ne lui avait jamais paru plus nue qu'à ce moment-là.

— Je suis désolée, répéta-t-elle, les yeux embués par les larmes. J'ai vraiment été la pire... la pire des coéquipières.

Sa main droite tapotait nerveusement son annulaire gauche — là où se trouvait normalement la bague.

— Tu veux encore... tu veux encore de moi ? Est-ce que je peux rester ta Lady ?

Sa voix tremblait et chaque mot le heurtait davantage que le précédent. Adrien avait la gorge tellement serrée que c'en était douloureux.

— Oui, répondit-il dans un murmure à peine audible. Toujours.

Elle hocha la tête, les lèvres pincées.

Lorsqu'il sentit une larme s'échapper de son œil, Ladybug se jeta dans ses bras, sa chaleur l'enveloppant en une seconde.

— Merci, chuchota-t-elle contre son torse.

Il ne comprenait pas vraiment pourquoi elle était celle qui le remerciait et qui s'excusait — il ne ressentait aucune rancœur envers elle.

Mais Adrien passa un bras autour d'elle et posa son autre main derrière sa tête, la gardant contre lui.

Leurs tremblements et leurs sanglots se mêlèrent les uns aux autres, si bien qu'Adrien ne savait pas où sa tristesse commençait et où celle de Marinette se terminait.

— Ma Lady, murmura-t-il, le menton posé sur le sommet de sa tête.


voilà, le chapitre douze. il a été assez compliqué à écrire, autant dans le fond que dans la forme.

j'espère qu'il vous a plu malgré tout et j'ai hâte de lire vos avis.

la fin approche ! je pense qu'il reste moins de cinq chapitres (je préfère ne pas trop m'avancer parce que je suis vraiment nulle pour les estimations aha)

je ne vous donne aucune date pour le chapitre treize parce que j'ai du mal à jongler entre l'écriture et tout le reste en ce moment donc ça prendra peut-être un petit peu de temps. j'essaie de faire au mieux !

en tout cas, préparez-vous pour la suite !

passez une bonne journée !

lucie