hello !

je vous poste ce chapitre du fond de mon lit, complètement malade. en plein mois de juillet... top.

je vous annonce que c'est un des derniers chapitres de cette histoire (de cette partie, en tout cas...), on s'approche de plus en plus de la fin ! merci d'être là depuis tous ces mois, merci de toujours poster des reviews, ça me remonte le moral à chaque fois !

surtout concernant le chapitre précédent, qui était très délicat. je suis soulagée qu'il vous ai plu, malgré tout.

allez, une très bonne lecture à tous !


— Tu veux en parler ?

Marinette ouvrit les paupières en entendant la voix d'Adrien. Sa tête posée contre son torse, elle se laissait bercer par les battements de son cœur.

— J'en sais rien, répondit-elle contre sa peau.

La main d'Adrien était perdue dans ses cheveux, les caressant avec une douceur infinie.

Sa présence et sa chaleur étaient presque suffisantes pour que Marinette oubliât le monde extérieur. Presque.

Parce qu'il y avait un monde tout entier dans son esprit. Un monde peuplé de douleur et de larmes et de peur. Un monde auquel elle ne pouvait pas échapper — plus maintenant.

Marinette sentit sa tête se lever au rythme de la profonde inspiration d'Adrien.

— C'est que...

Sa voix était dénuée de toute confiance. Marinette fronça les sourcils contre son torse.

— Quoi ?

— Non... non, rien.

Sa main se crispa un instant dans ses cheveux.

Elle n'était pas étrangère au comportement d'Adrien. À la manière dont ses caresses ne descendaient pas plus loin que ses épaules. À la manière dont il n'avait pas passé son bras autour de sa taille lorsqu'elle lui avait sauté dans les bras. À la manière dont il essayait malgré tout de garder son corps à une certaine distance du sien.

Ce n'était pas par peur ou par hésitation. C'était par respect — par respect des limites qu'elle lui imposerait, qu'elle qu'elles fussent.

Marinette se redressa, son regard rencontrant le sien. Durant une seconde, la souffrance était visible dans ses yeux.

Elle savait exactement ce qui le torturait.

— Il m'a pas... Il a pas...

Marinette sentit sa gorge se nouer. Les poings serrés, elle ravala son sanglot. Il n'allait pas avoir ce pouvoir sur elle.

— Ni aujourd'hui, ni jamais.

— Mari—

— Mais il a... il m'a... touchée.

Les larmes lui piquaient les yeux mais Marinette les expulsa d'un clignement d'yeux et les essuya d'un geste de la main.

— Ç'aurait pu être pire. Je pense.

C'était ce qu'elle se répétait en boucle depuis des heures. Que ç'aurait pu être pire.

— Tu as le droit d'être en colère, murmura-t-il.

— Je sais. Je sais, répéta-t-elle, mais... si je commence à me laisser aller, je... je sais pas si je pourrais arrêter.

— Alors ne le fais pas, dit-il en attrapant sa main posée sur le matelas et entrelaçant ses doigts aux siens. Je serai là, d'accord ?

Marinette hocha la tête, les lèvres pincées, cherchant à tout prix à repousser le sanglot qui lui entravait la gorge.

— Si tu décides d'être en colère ou d'être triste ou d'être tout à la fois. Ou de ne rien être du tout. Je serai là dans tous les cas.

Son front tomba contre son épaule nue. La main d'Adrien se posa contre sa nuque et Marinette laissa ses larmes couler le long de sa peau.

— Merci, murmura-t-elle.

Les secondes s'écoulèrent, se changèrent en minutes. Les larmes cessèrent de couler.

Marinette calqua sa respiration sur celle d'Adrien, se laissant bercer par les battements de son cœur et par la sensation de son souffle contre sa peau.

— Mari ?

— Hmmm, murmura-t-elle, le front toujours échoué sur son épaule.

Il sembla hésiter quelques secondes. Assez pour que Marinette relevât le visage vers lui.

— Pourquoi tu m'as rien dit ?

Il n'y avait aucun reproche dans sa voix. Seulement de la simple curiosité. C'était une réelle question.

— Parce que tu avais déjà tellement de problèmes avec ton père, et... je voulais t'épargner, je pense. Je me suis dit que je pouvais gérer ça toute seule... je pensais pas que ça prendrait une telle ampleur.

Ses yeux verts étaient rivés dans les siens.

— Et puis, je me disais que tu pourrais rien faire de plus, de toute façon. Et, honnêtement, j'avais peur de ce qu'il ferait si t'étais au courant...

« Il » — prononcer son prénom à voix haute lui était trop insupportable.

Mais Adrien comprit parfaitement.

— Mais j'avais surtout peur de ce que tu pourrais faire, avoua-t-elle. Je...

Elle se racla la gorge, essayant de se débarrasser de cette sensation d'étouffement.

— Je fais souvent des cauchemars.

Marinette ferma un instant les paupières. La douloureuse réalisation sur son visage était trop désagréable à regarder.

— Des cauchemars... à propos de moi ?

Elle hocha timidement la tête.

— Raconte-moi.

Ses paroles la surprirent suffisamment pour qu'elle rouvrît les yeux. La souffrance était flagrante dans ses yeux — Marinette sentit son cœur se serrer dans sa poitrine.

Elle acquiesça d'un hochement de tête, ravalant la boule qui se formait dans sa gorge et se laissa tomber sur le matelas.

Appuyée sur son côté gauche, Marinette observa Adrien s'installer parallèlement à elle.

— C'est souvent la même chose. Je te vois — en Chat Blanc — et tes yeux... ils sont tellement bleus, à chaque fois.

D'un bleu glacé.

— Et le monde... tout est détruit. Il n'y a plus personne.

Le silence — le monde est si silencieux lorsqu'il est dépourvu d'humains.

— Et t'as l'air tellement... triste. Encore plus que maintenant. Ça m'empêche de dormir — de me dire que je verrai cette tristesse dans tes yeux si je m'endors.

C'était étrange de mettre des mots sur cette partie de sa vie. Elle n'en avait jamais parlé à personne — même pas à Tikki.

Une inspiration souleva sa poitrine.

— J'ai du mal à séparer mes cauchemars de qui est vraiment arrivé — de ce qui aurait pu vraiment arriver, en tout cas. Mais...

Elle ne voulait plus lui mentir — ça n'apportait jamais rien de bon, même avec la meilleure des intentions.

Elle le savait, à présent.

— J'ai cette image... comme des statues, sous l'eau. Sauf que c'étaient des vraies personnes. Cataclysmées.

Ses yeux s'ouvrirent un peu plus grand à l'évocation de son pouvoir.

— Et je me suis vue, moi aussi.

— Je me suis servi de mon Cataclysme sur... toi ?

Sa voix n'était qu'un faible murmure mais Marinette l'entendit résonner jusqu'aux profondeurs de son âme.

— C'est pas vraiment arrivé.

— Si Bunnix a dû venir te chercher, c'est que c'est arrivé. Et même si c'était juste dans ta tête, poursuivit-il alors qu'elle ouvrit la bouche, ça reste réel, quelque part.

Marinette comprenait ce qu'il voulait dire. Ce n'était peut-être pas arrivé dans cette dimension, ce n'était peut-être pas arrivé du tout — peut-être l'avait-elle complètement imaginé — mais pour elle, dans son cauchemar, c'était réel. Suffisamment réel pour lui arracher des heures de sommeil et la rendre anxieuse à l'idée de s'endormir.

Elle hocha doucement la tête, ses yeux observant les siens. Ils se promenaient le long de son visage, le long de chaque partie de sa peau qui était visible — il n'y en avait pas beaucoup, étant donné le sweat et le jogging qu'elle portait — comme s'ils voulaient en imprimer chaque centimètre.

— Ne sois pas si dur envers toi-même, murmura-t-elle.

La contraction de sa mâchoire était légère, mais Marinette était suffisamment attentive pour s'en rendre compte.

— Adrien… chuchota-t-elle en voyant sa pomme d'Adam bouger au rythme de sa déglutition difficile.

Ses yeux étaient baissés, empêchant son regard de rencontrer le sien.

— C'est que…

Le tremblement de sa voix serra la gorge de Marinette.

— Tu as ces cauchemars à cause de moi, et Adam—

C'était un sanglot qui l'empêcha de continuer.

— J'aurais pu faire quelque chose, Mari. J'aurais .

Soudain, son regard rencontra le sien. Le vert de ses yeux était embué par les larmes. Marinette sentit son cœur se serrer dans sa poitrine d'une toute autre manière qu'il l'avait fait toute la journée. Ç'avait été par colère, par frustration, par désespoir.

Mais ce qu'elle ressentait au fond d'elle, à cet instant, n'était rien d'autre qu'une immense tristesse.

— Tu sais, continua-t-il, sans essuyer les larmes qui roulaient à présent le long de ses joues, Lila a envoyé une photo à mon père.

La surprise se superposa au chagrin.

— Il me l'a montrée, le jour de tes dix-huit ans. C'était Adam et toi.

Le seul moment pour que Lila les eût prit en photo était ce jour où tout s'était écroulé, où il lui avait révélé l'existence de cette vidéo.

Et elle l'avait envoyé au père d'Adrien. Probablement pour invalider la sincérité de Marinette auprès d'Adrien — et pour se faire bien voir, au passage.

C'était totalement son genre.

— Je savais que quelque chose se passait. Je le savais, Mari. Mais, j'ai… j'ai juste… rien fait.

— Adrien… souffla-t-elle.

— Je le connais. Je le connais depuis longtemps. Je sais ce qu'il fait. Je… je suis désolée, Marinette.

Sa main se posa sur sa joue humidifiée par les larmes.

— Ce jour-là, où Lila a pris la photo, murmura-t-elle, il m'a rien fait. Il m'a pas touchée, Adrien. D'accord ?

— Mais, aujourd'hui—

— C'est pas ta faute. C'est pas ta faute, répéta-t-elle lorsque ses lèvres s'entrouvrirent.

Il hocha la tête, même si elle ne voyait aucune conviction dans ses yeux.

— Ça ira, chuchota-t-elle en caressant sa peau. Ça ira.

« Ça ira, » se dit-elle une nouvelle fois.

Peut-être qu'en se le répétant en boucle, elle finirait par y croire.

— Je vais te promettre un truc, déclara-t-il d'une voix plus assurée.

Ses doigts se posèrent sur la main caressant son visage.

— Je me ferai jamais akumatiser.

Elle voulait y croire, elle voulait y croire tellement fort.

C'était cet espoir fou qui lui fit hocher la tête.

— Jamais, murmura-t-il en embrassant sa paume.

Il y avait une telle confiance dans ses mots, une telle sûreté que Marinette le crut. Elle le crut du plus profond de son âme, de toute l'immensité de son cœur.


Les jours suivants s'écoulèrent avec une rapidité folle pour Marinette. Allier les cours et les devoirs héroïques n'avait jamais été chose facile. Mais ç'avait rarement été aussi compliqué.

Entre la fin du trimestre qui approchait, les contrôles qui n'en finissaient plus, l'anxiété constante de ce qu'elle allait faire l'année prochaine, l'inquiétude qui brillait dans les yeux de ses parents, de Nino, d'Alya et d'Adrien — de pratiquement tout le monde, en fait — et les missions habituelles en tant que Ladybug, Marinette était complètement surmenée.

Et tout ça était sans compter sa nouvelle obsession : vaincre Papillon.

Alya lui avait dit que la raison pour laquelle elle s'épuisait autant était pour éviter de penser à ses réelsproblèmes. Marinette lui avait rétorqué que le plus réel de ses problèmes était bien Papillon.

C'était vrai.

À peu près.

Papillon menaçait sa vie entière. Il menaçait chaque seconde de paix — même si elles étaient devenues rares, ces derniers temps. Il menaçait chaque personne à qui elle tenait — Marinette avait toujours des cauchemars remplis de pleurs et de cris et de scénarios où Papillon avait connaissance de son identité, et donc de tous ses proches. Il menaçait sa relation avec Adrien — après tout, être avec lui restait incroyablement dangereux, même si elle n'était plus vraiment sûr que ne pas être avec lui ne le fût pas au moins autant.

Mais surtout, il menaçait son avenir. À quoi bon se démener avoir des bonnes notes, à quoi bon utiliser chaque minute de son temps libre pour dessiner et créer de nouveaux vêtements, à quoi bon se donner tant de mal pour entrer dans l'école de ses rêves à l'autre bout du monde ? À quoi tout cela rimait, alors qu'elle ne savait même pas si elle ne serait pas obligée de se transformer à la prochaine minute ?

Elle n'en pouvait plus d'avoir cette épée de Damoclès permanente au-dessus de sa tête.

Si Marinette était sûre d'une chose, c'était qu'elle n'allait pas rester figée alors que Papillon terrorisait Paris et invalidait son avenir.

Elle allait se battre.

Alors, depuis quelques jours, Marinette faisait tout pour démasquer son ennemi. Le jour, elle collectait un maximum d'informations et la nuit, elle analysait les preuves qu'elle avait déjà en sa possession.

C'était un travail minutieux et épuisant. Mais Marinette avait besoin de s'occuper l'esprit.

Sinon… elle ne pouvait pas se permettre d'envisager l'alternative.

— Vous vous rappelez de quelque chose quand vous avez été akumatisé ? demanda-t-elle à Alya et Nino lors de leur pause déjeuner.

Elle avait encore moins touché à son repas qu'Adrien — cela voulait dire beaucoup.

— Pas vraiment, non, répondit Nino.

— T'en es sûr ?

— Euh…

— On sait que c'est un homme. On connaît sa voix, mais on ne pourrait pas la reconnaître s'il n'était pas transformé à cause du brouilleur. On sait qu'il veut les Miraculous de Ladybug et Chat Noir pour exaucer un vœux, mais on a aucune idée de quoi il s'agit, moi je pense qu'il doit être—

— Marinette, la coupa Alya. Doucement.

Son regard rivé sur le petit carnet qui lui servait dans son enquête, Marinette leva les yeux vers ses amis. Nino semblait analyser les mots qui venaient de sortir de sa bouche. Alya semblait inquiète.

— Un vœux, tu dis ?

Adrien avait l'air au moins aussi fatigué qu'elle. Ses yeux avaient perdu de leur éclat et elle ne l'avait pas vu sourire depuis un moment, maintenant qu'elle y réfléchissait.

Marinette hocha la tête.

— Il doit être plutôt désespéré, pour se donner tout ce mal depuis tout ce temps.

Elle répéta son mouvement — il venait de dire exactement ce qu'elle avait en tête.

— Vous êtes sûrs que ça s'arrête là ? intervint Nino.

Les regards se tournèrent vers lui.

— Je veux dire… il veut réunir les deux Miraculous pour exaucer un vœux, d'accord. Mais peut-être qu'il y a quelque chose d'autre derrière.

— Comme quoi ? demanda Adrien.

— Le pouvoir, répondit Alya.

Marinette y avait pensé, bien sûr.

Quelqu'un d'aussi moralement méprisable que Papillon y avait sûrement déjà pensé aussi.

Après toutes ces années, Marinette s'était déjà dit que peut-être son vœux était-il louable. Peut-être avait-il une vraie bonne raison de faire ce qu'il faisait.

Mais, non. Ses motivations pouvaient être les plus pures possibles, pour qu'il fut capable de blesser autant de personnes, de mettre en danger de mort une ville tout entière et de contrôler mentalement des humains en proie à leurs émotions, cela invalidait complètement le but qu'il y avait derrière.

Aux yeux de Marinette, du moins.

— Qu'est-ce qui arrive aux Miraculous si il les réunit pour exaucer son vœux ? demanda Nino.

L'attention d'Adrien était portée sur elle.

— Ils sont détruits. C'est ce que Tikki m'a dit.

Un frisson désagréable courut le long de sa colonne vertébrale. La perspective de savoir ces bijoux réduits à néant — et à fortiori Plagg et Tikki — lui était insupportable.

— Tu crois qu'il le sait ? lui demanda Adrien.

Marinette haussa les épaules.

— J'en sais rien. Soit il est au courant, soit il pense qu'il aura les trois Miraculous en sa possession. Dans les deux cas…

— On est foutus, compléta Nino.

Effectivement si cette hypothèse était amenée à se réaliser… Ils seraient complètement foutus.

Bien sûr, il y aurait des solutions. Si Ladybug et Chat Noir n'existeraient plus, il y aurait toujours des dizaines d'autre kwamis près à donner leurs pouvoirs. Il y aurait toujours les super-héros du reste du monde.

Mais, un monde sans Ladybug et Chat Noir, un monde sans les Miraculous de la Création et de la Destruction, un monde dénué de cet équilibre… Marinette ne savait pas à quoi ressemblerait ce monde-là.

— Ça n'arrivera pas, déclara Marinette après quelques secondes de silence. Jamais il n'aura les Miraculous.

Ce n'était pas négociable. De son vivant, elle ne laisserait jamais Papillon mettre la main sur ses boucles d'oreilles ou sur la bague d'Adrien.

Et si elle se fiait aux regards enflammés de ses amis, eux non plus.


La nuit était déjà largement tombée sur Paris lorsque Marinette entendit quelqu'un toquer à sa fenêtre. Sachant très bien qui ce quelqu'un était, elle mit de côté le stylo et le carnet entre ses mains avant de se redresser pour atteindre sa fenêtre.

L'air frais entra dans sa chambre en même temps que Chat Noir. Il atterrit sur son matelas avec toute la grâce féline qui le caractérisait, et Marinette n'avait pas besoin de demander pour savoir que quelque chose s'était passé.

— Hey, murmura-t-il en embrassant tendrement sa joue.

Elle se sentit frissonner — et ce n'était pas à cause de la froideur du mois de décembre.

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle alors qu'il laissa tomber son dos contre le mur adjacent à son lit.

Ses yeux ne reflétaient pas tellement de l'inquiétude, mais surtout de la surprise.

— Mon père m'a finalement parlé.

Le corps de Marinette se contracta d'un mouvement commun, de sa mâchoire à ses poings.

La directrice avait mis au courant Gabriel assez rapidement — Nathalie en avait parlé à Adrien. Mais il n'avait, jusqu'ici, pas mis les choses au clair directement avec son fils.

Ni à propos de cette vidéo, ni du mensonge d'Adrien — peut-être pensait-il que c'était la vérité, d'ailleurs — et ni à propos de leur relation, entre lui et Marinette.

Bien sûr, l'affaire avec Adam s'était ébruitée — ils étaient au lycée, après tout. Les versions différaient selon les élèves. Certains disaient qu'Adam était jaloux d'Adrien parce qu'il était avec Marinette, d'autres disaient qu'Adrien était celui qui était jaloux. Marinette avait même entendu qu'elle était celle qui s'était immiscée entre Adrien et Adam — elle avait presque souri en entendant ça.

Mais personne — mis à part les concernés — ne connaissaient la véritable histoire. Les griffures sur le corps de Marinette n'avaient trompé personne, évidemment. Les regards étaient toujours remplis de pitié lorsqu'ils se posaient sur elle, à présent. Mais l'histoire de la vidéo restait secrète, et Lila était suffisamment maline pour garder ça pour elle.

Heureusement, Adam était parti. L'agression qu'il avait infligé à Marinette, les remarques racistes — qui étaient déjà arrivées avant, sur plusieurs autres élèves, d'ailleurs — et les bagarres à répétition l'avaient fait renvoyé purement et simplement de l'établissement.

Marinette en était infiniment soulagée, évidemment. Elle ne savait pas si elle aurait pu supporté son sourire, à présent — son visage hantait déjà suffisamment ses cauchemars pour ne pas qu'il la poursuivît dans la vraie vie.

Mais cela ne stoppait pas les rumeurs de se propager.

Désormais, il n'y avait plus aucun doute sur la nature de la relation qu'entretenaient Adrien et Marinette. Et ils n'avaient plus envie de se cacher, non plus — ils n'en avaient plus la force.

— Il était pas en colère, dit-il en appuyant l'arrière de sa tête contre le mur.

Son visage se tourna vers elle et Marinette se perdit immédiatement dans l'immensité scintillante de ses yeux.

— Il a tout de suite compris que c'était un mensonge, à propos de… tu sais.

Marinette hocha légèrement la tête.

Sa voix trahissait son soulagement. Le fait que son père sût qu'il n'était pas capable de faire une telle chose semblait le rassurer. « Encore heureux, » pensa Marinette.

Mais elle se souvint ensuite qu'il s'agissait de Gabriel.

— Je sais pas… c'était bizarre. Il était bizarre. Il avait l'air ailleurs.

— Et pour nous deux ? Il a rien dit non plus ?

— Non, répondit-il. C'est comme si… comme s'il avait abandonné.

Le soulagement laissa place à de l'inquiétude. Marinette posa une main réconfortante sur son genou.

— Dis-moi ce que tu penses.

Elle savait qu'il y avait quelque chose qui lui titillait le cerveau — quelque chose qu'il n'était pas sûr d'oser dire à voix haute.

— C'est que… Je me dis que s'il était aussi énervé avant, c'était parce qu'il en avait quelque chose à faire, tu vois ? Même si c'était stupide, de dire que tu profitais de moi, ça montrait au moins qu'il tenait à moi…

Un rire amer s'échappa de sa bouche.

— Qu'est-ce que je raconte…

Marinette se rapprocha de lui, jusqu'à poser sa tête contre son épaule. Elle le sentit se détendre contre elle.

— Je comprends, murmura-t-elle. C'est normal de penser ça. C'est lui qui t'amène à te dire tout ça.

Sa main quitta son genou pour caresser son avant-bras.

— Tu cherches de l'affection dans chacun de ses actes. Malgré tout, tu veux toujours voir le bien en lui — tu veux toujours croire qu'il agit comme ça pour une bonne raison.

Elle leva le visage vers lui et rencontra ses sourcils légèrement froncés — comme si quelque chose venait de lui traverser l'esprit.

— C'est pour ça que je t'aime, murmura-t-elle. Parce que tu voies toujours le bien.

« Même quand il est presque inexistant, » pensa-t-elle.

La réflexion qui déformait son visage se changea en un sourire ému. Marinette le lui rendit, se demandant la dernière fois qu'elle avait souri — vraiment souri.

Mais son visage se rapprocha de celui de Chat Noir, et soudainement, ça n'avait plus vraiment d'importance. Plus rien n'avait vraiment d'importance, en fait, excepté son souffle chaud contre ses lèvres et la caresse de son nez contre le sien.

Elle ne lui laissa pas le temps d'hésiter et l'embrassa.

Elle n'était plus sûre de quand datait leur dernier baiser — leur dernier vrai baiser. Ça ne faisait pas plus de dix jours, elle en était sûre, mais le temps s'écoulait bizarrement, comme s'il s'étirait.

Mais, encore une fois, ses pensées partirent en fumée lorsque Chat Noir intensifia la pression de ses lèvres.

Marinette soupira tout contre lui, sa main glissant de son avant-bras jusqu'à son épaule. Ses muscles roulèrent sous ses doigts alors qu'ils caressaient le cuir de son costume.

Les mains de Chat Noir tombèrent jusqu'à ses hanches et Marinette sentit son cœur sursauter dans sa poitrine — même après tout ce temps, elle ressentait toujours la passion de leurs premières fois.

Bientôt, elle se retrouva assise sur ses cuisses, les genoux de part et d'autre de ses hanches.

Leurs lèvres se décolèrent alors qu'ils reprenaient leur respiration.

— Ça va ? souffla-t-il alors que ses pouces traçaient des cercles imaginaires contre sa taille.

Marinette hocha la tête, perdue dans l'obscurité désireuse de ses yeux. Quelques mèches de cheveux tombaient devant son front à moitié recouvert par son masque.

Ils avaient fait bien plus que s'embrasser, à de très nombreuses reprises, pourtant l'impression d'inconnu ne voulait pas la quitter. Peut-être était-ce parce qu'il s'agissait de Chat Noir.

Elle ne l'avait embrassé que deux fois sous sa forme héroïque — trois, si on comptait celle où elle ne s'en souvenait pas.

Une fois, ç'avait été un baiser rapide, bien qu'elle s'était légèrement laissée aller, et l'autre fois, ç'avait été un baiser passionné, certes, mais rapidement interrompu par une réalisation pour le moins… surprenante.

Aujourd'hui, rien ne les arrêtait. Ni un akuma, ni une révélation d'identité. Ils étaient seuls dans sa chambre, avec toute l'intimité que cela impliquait.

Marinette sentit une vague de désir éclabousser le bas de son ventre à cette idée.

— Ça va, murmura-t-elle en pressant davantage son bassin contre le sien.

Un léger sourire redressa les lèvres de Chat Noir qui se rapprochèrent à nouveau des siennes.

Bientôt, ils se perdirent à nouveau dans l'intensité de leur baiser.

La chaleur et la douceur de sa bouche contre la sienne fit soupirer Marinette. Sa main droite imita la gauche et se posa sur son épaule, se servant de la rigidité de ses muscles pour attraper quelque chose.

Un puissant frisson fit courir la chair de poule le long de ses bras lorsque les griffes de Chat Noir caressèrent la bande de peau entre son bas de pyjama et son tee-shirt.

La langue de Chat Noir glissa contre ses lèvres que Marinette ouvrit presque immédiatement. Son cœur tambourinait dans sa poitrine alors que sa langue rejoignit la sienne.

Ses hanches roulèrent automatiquement contre les siennes. Son mouvement la surprit autant elle que Chat Noir, si elle se fiait à ses griffes qui s'appuyèrent davantage contre sa peau — sans jamais la blesser.

Une de ses main se glissa sous son tee-shirt et remonta le long de son dos, la faisant frissonner d'autant plus fort.

À bout de souffle, Marinette décolla ses lèvres des siennes.

Chaque ressenti était exacerbé, comme si elle avait été physiquement endormie depuis des jours et que ses nerfs s'éveillaient tous en même temps. C'était son masque qui caressait son nez. C'était son souffle chaud qui frôlait son visage. C'était ses griffes qui glissaient le long de sa colonne vertébrale. C'était la chaleur entre ses cuisses.

Marinette rata une respiration lorsque les lèvres de Chat Noir se mirent à embrasser son cou. Ses cheveux lui chatouillaient la peau et sa bouche était brûlante contre sa carotide.

La main contre sa taille l'aida à intensifier le roulement de ses hanches contre les siennes alors que celle dans son dos dériva dangereusement vers sa poitrine.

Marinette passa automatiquement sa langue le long de ses lèvres lorsque celle de Chat Noir se posa au creux de son cou. Ses doigts restaient contre ses côtes.

Elle savait que ce n'était pas dans l'optique de la faire supplier comme il le faisait d'habitude — pas aujourd'hui. Il attendait simplement son feu vert.

— Je vais bien, murmura-t-elle d'une voix tremblante en sentant sa bouche remonter le long de sa peau.

— Sûre ?

Le chatouillement de son souffle contre son oreille la fit frissonner.

— Sûre, répéta-t-elle.

Ses lèvres rejoignirent les siennes au moment où sa main se posa sur son sein, avalant son propre gémissement en même temps que le sien.

Ses griffes étaient légères contre sa peau, ses caresses d'une douceur infinie. Il redoublait de délicatesse : de par le fait qu'il était Chat Noir — c'étaient ses griffes mais c'était surtout le fait que sa force était décuplée une fois transformé — et surtout à cause de ce qui lui était arrivé avec Adam.

Son prénom s'afficha dans son esprit. Marinette sentit son cœur s'accélérer — et ce n'était pas par désir, cette fois-ci.

« Non, » pensa-t-elle. Elle n'allait pas le laisser s'infiltrer dans ses pensées.

Tout s'accéléra, soudainement. Les lèvres de Chat Noir qui quittèrent les siennes pour se poser contre sa mâchoire. Ses griffes qui effleurèrent son téton, la faisant sursauter contre lui. La main posée contre sa taille qui jouait avec l'élastique de son pantalon.

Marinette aurait dû s'arrêter là. Elle aurait dû reculer et regarder Chat Noir dans les yeux. Il aurait compris à la seconde.

Mais l'image d'Adam était de plus en plus claire dans sa tête et elle ne pouvait pas le laisser gagner. Alors, pour se prouver à elle-même qu'il n'avait aucune emprise sur elle, Marinette ondula langoureusement son bassin contre celui de Chat Noir, rencontrant la rigidité qui se formait entre ses cuisses.

Mais ce n'était plus Chat Noir en-dessous d'elle. Ce n'était plus des cheveux dorés mais des mèches brunes qui lui touchaient la peau. Ce n'était plus les griffes auxquelles elle avait confié sa vie qui la caressaient mais des ongles qui la répugnaient. Ce n'était plus le souffle chaud et rassurant de son coéquipier qui frôlait sa joue mais les grognements bestiaux d'Adam.

Ce n'était plus des doigts aimants et prudents qui s'aventuraient à l'intérieur de son pantalon mais une main pervertie.

« Non, » se dit-elle à nouveau. Ce n'était pas Adam. C'était Chat Noir.

C'était Adrien.

Un sanglot de rage lui échappa.

Les mains et les lèvres de Chat Noir s'éloignèrent de son corps en un battement de cils.

— Mari, souffla-t-il. Tu… tu pleures ?

Au moment où il prononça ces mots, elle sentit une larme rouler le long de sa joue. Mais elle secoua la tête, les yeux baissés.

— Non, murmura-t-elle.

Mais, si. Elle pleurait.

Elle pleurait de frustration et de colère et d'épuisement.

— Ma Lady…

Sa voix était douce. Il était si doux, si parfait.

Elle ne voulait pas s'excuser. Parce qu'elle n'avait rien à se reprocher — elle le savait. Mais les mots se formèrent sur ses lèvres quand même.

— Je suis désolée.

— Pourquoi ? demanda-t-il doucement en laissant ses doigts se perdre dans ses cheveux.

Ses yeux restaient baissés.

— J'en sais rien, murmura-t-elle.

Elle n'était pas désolée de ne pas pouvoir aller plus loin — elle était énervée.

Parce qu'elle en avait envie. Vraiment.

— C'est pas que je veux pas—

— Je sais, la coupa-t-il en attrapant son menton entre ses doigts. Je sais, répéta-t-il en levant tendrement son visage vers lui.

Il lui offrit un sourire tellement rassurant que Marinette sentit sa gorge se desserrer et son cœur s'alléger automatiquement.

— Quand tu seras prête. D'accord ?

Sa main alla chercher la sienne avant de la porter à ses lèvres.

Ce mouvement fit légèrement bouger son bassin contre le sien.

— Mais… et toi ?

Elle le sentit sourire contre sa paume.

— Ça va, répondit-il. Je survivrai, Mari.

— T'es sûr ?

Son ton était plus amusé, à présent. Et Chat Noir ne manqua pas le léger sourire qui commençait à se dessiner sur son visage.

Il leva les yeux au ciel, les lèvres toujours contre sa main.

— Ce serait pas la première fois.

Ses lèvres se redressèrent un peu plus

— C'est vrai.

Il y a quelques mois — près d'un an, à présent — lorsqu'ils avaient débutés leur jeu de séduction, ils se taquinaient et repoussaient les limites de l'autre.

Heureusement, le désir n'était pas extérieurement visible chez elle — un des seuls avantages à être une femme, selon elle.

Mais ce n'était pas la même chose pour Adrien. Cette pensée la fit éclater de rire.

Ce n'était pas particulièrement drôle, mais ça faisait tellement de bien de sentir la joie envahir son cœur.

— Désolée, dit-elle entre deux éclats de rire.

— Tu l'es pas du tout, sourit-il.

Marinette laissa sa tête tomber contre son torse.

— Pas du tout, murmura-t-elle contre son sternum.

Son rire fit vibrer sa poitrine et Marinette ferma les paupières, un sourire aux lèvres. Elle se sentait bien. Elle se sentait en sécurité, vraiment en sécurité.

Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

Et elle ne voulait pas que ça s'arrête.

— Alors, lança-t-il, ses doigts perdus dans ses cheveux, depuis combien de temps ?

Marinette fronça les sourcils mais ne bougea pas pour autant.

— Depuis combien de temps… ?

— Tu sais… dit-il, et elle pouvait entendre le sourire dans sa voix, depuis combien de temps tu es tombée sous mon irrésistible chat-arme ?

Elle ne put retenir son rire. Chat Noir non plus.

Ses jeux de mots lui avaient manqués — même si elle ne l'admettrait jamais à voix haute.

— J'espérais que t'aies oublié, avoua-t-elle.

— J'ai une très bonne mémoire. Surtout à propos des sentiments que tu as toujours eus pour moi…

C'étaient les mots exacts que son père avait dit. Marinette redressa son visage, suffisamment pour plonger ses yeux dans les siens.

— Je veux bien raconter à Chat Noir.

Il hocha la tête, toujours ce sourire redressant le coin de ses lèvres. C'était plus facile de parler de la naissance de ses sentiments pour Adrien à Chat Noir, et il semblait le comprendre.

C'était stupide, quelque part, parce qu'ils étaient la même personne. Mais une partie d'elle avait toujours du mal à les associer — au fond d'elle, Marinette savait que même si elle le voyait se transformer en face d'elle des dizaines de fois, elle n'y croirait jamais à cent pour-cent.

Ils étaient les mêmes, mais étaient si différents à la fois.

— Bon, commença-t-elle, tu te rappelles le jour de la rentrée de troisième ?

— Comment oublier, sourit-il.

En effet.

Comment oublier ?

— Je t'ai détesté, au début.

— Je sais.

— Mais tu m'as parlé, ce jour-là. Tu m'as dit quelque chose de très personnel, alors qu'on se connaissait pas, alors que je t'avais même pas donné le bénéfice du doute. Tu as été gentil et patient et attentionné avec moi. Et tu m'as… donné ton parapluie.

Ses yeux brillaient d'attention et son sourire taquin se changea en expression émue.

— À part Nino, j'avais jamais eu de vrais amis garçons avant toi. Alors… ça m'a fait bizarre. Au début, je pensais que c'était pour ça que je ressentais tous ces trucs à chaque fois que je te voyais. Je pensais que c'était parce que c'était nouveau et que peut-être que j'avais ressenti ça quand j'avais été amie avec Nino au début.

Un éclat d'amusement se mit à danser dans les yeux de Chat Noir.

— Il s'est avéré que c'était plus que ça, d'accord. Et à partir du moment où je m'étais rendu compte que j'étais complètement amoureuse de toi… c'était un peu compliqué de…

— Communiquer ?

Marinette sentit ses joues se réchauffer en même temps qu'un sourire se dessiner sur ses lèvres.

— Oui. Communiquer. C'était la première fois et c'était intense et c'était soudain et j'étais un peu perdue. Surtout que… qu'il y avait une petite complication.

— Quelle complication ? demanda Chat Noir, les sourcils froncés.

Elle le trouvait adorable comme ça : confus et rougissant.

— Je suis assise sur la complication, murmura-t-elle.

— Ah, laissa-t-il échapper avant de rejoindre Marinette dans son rire.

— Donc… ça a pas vraiment aidé.

Il acquiesça un léger mouvement de tête qui voulait dire : « oh, je sais. »

Marinette oubliait souvent qu'il avait vécu la même situation de son côté.

— Alya et les filles m'aidaient souvent pour t'avouer ce que je ressentais, mais… ça a jamais fonctionné.

— Effectivement.

— Plus je voulais te le dire, moins j'y arrivais, et plus je me disais que ce que je ressentais pour Chat Noir allait bien plus loin que ce que je laissais croire.

Un soupir s'échappa de sa bouche.

— J'étais complètement perdue. Et puis, on a commencé à se rapprocher, à devenir vraiment amis. Je pouvais aligner deux mots, je pouvais même te parler normalement, tu te rends compte !

Son engouement n'était absolument pas exagéré et cela amusait clairement Chat Noir.

— C'était énorme pour moi, déclara-t-elle en tendant un doigt accusateur vers lui.

— J'en doute pas, ma Lady, sourit-il en attrapant son doigt.

Cette période lui semblait tellement loin, à présent. Ne pas être capable de lui adresser une phrase correcte était complètement contre nature aujourd'hui.

Mais elle se souvenait encore de l'angoisse et de l'excitation mélangées qu'elle ressentait il y a quelques années de cela.

— Plus je me rapprochais amicalement d'Adrien, plus je me rendais compte de mes sentiments envers Chat Noir, continua-t-elle d'expliquer. Le contraste était très perturbant. Parce que d'un côté, c'était le coup de foudre, tu vois ? Littéralement. Alors que de l'autre, c'était…

— C'était plus lent.

— Oui.

— Je sais, dit-il en laissant tomber sa tête contre le mur.

Son regard la fit frissonner.

— C'était à peu près la même chose pour moi, souffla-t-il en entrelaçant ses doigts aux siens. Coup de foudre avec Ladybug.

Ses yeux verts tombèrent jusqu'à leurs mains liées.

— J'ai mis longtemps à me rendre compte que j'étais amoureux de toi, Marinette, avoua-t-il.

Le ton rauque de sa voix et les mots qu'il prononça la firent frémir.

— Plus longtemps que toi pour Chat Noir, je pense.

— Vraiment ?

— Hmmm, affirma-t-il. Je… j'ai essayé tellement fort de rendre mon amour pour Ladybug réciproque que… je me sentais tellement bête. Et infidèle.

— Moi aussi.

Il leva à nouveau le regard vers elle et un sourire se dessina à nouveau sur son visage.

— On s'est vraiment compliqué la vie, hein ?

— Complètement, répondit-elle en se sentant sourire à son tour.

Elle l'embrassa — c'était un baiser aussi tendre que rapide.

— Tu ferais les choses différemment ? demanda-t-elle en s'éloignant de lui. Si on pouvait tout recommencer ?

— Non.

Il n'avait même pas réfléchi.

— T'y as déjà pensé avant ?

Son mouvement de tête lui répondit que oui.

— C'était dur. Et on a beaucoup souffert. Et il y a des choses que je ferais différemment, bien sûr. Mais entre nous deux, je changerais rien.

— Rien du tout ?

— Rien du tout, murmura-t-il en embrassant sa joue. Ça nous a appris beaucoup de choses, au final. Et puis, tu trouves pas ça incroyable, toi ? On est tombé amoureux deux fois.

Oh, il était infiniment adorable.

— Je changerais rien non plus, chuchota-t-elle, les joues rouges. Surtout l'été dernier, ajouta-t-elle.

Chat Noir éclata franchement de rire.

— Surtout l'été dernier, répéta-t-il en l'attirant contre son torse.

Marinette ferma les paupières en sentant ses lèvres se poser contre le sommet de sa tête.

Les secondes s'écoulèrent et elle se laissa bercer par la respiration de son coéquipier et par les caresses de ses doigts le long de ses cheveux.

Ce sentiment de sécurité continuait de s'accumuler autour d'elle. Et cette petite voix dans son esprit lui souffla qu'à partir du moment où il était là, ce sentiment serait là, lui aussi.

— Je vais chanter, murmura-t-elle, la voix rauque, au spectacle de Noël.

La main de Chat Noir arrêta sa course le long de ses cheveux — avant de reprendre ses caresses. Son étreinte ne se fit que plus intense.

— Je suis fier de toi, souffla-t-il.

Marinette sentit une larme perler au coin de son œil. Et pour la première fois depuis des jours, ce n'était pas une larme de tristesse ou de colère ou de désespoir.

C'était une larme de joie. Une larme de soulagement.

Au fond d'elle, ce qui faisait battre son cœur, c'était la vie, c'était l'espoir, c'était la force.


Adrien ne savait pas où il était.

C'était sombre, tellement sombre qu'un humain normal ne pourrait rien y voir — mais il n'était pas un humain normal. Bien qu'il ne fût pas transformé, il possédait la vision nocturne de son alter ego.

Soudain, alors qu'il regardait autour de lui, encore, une silhouette apparut.

Marinette.

L'angoisse qui avait commencé à lui serrer le cœur se changea instantanément en soulagement. Son rythme cardiaque s'accéléra de la meilleure des manières alors qu'un léger sourire étirait les lèvres de Marinette.

Elle semblait… paisible.

Adrien s'approcha de la main qu'elle tendait vers lui. S'approcha, s'approcha, jusqu'à n'être qu'à quelques millimètres d'atteindre ses doigts.

Au moment où sa peau toucha la sienne, l'obscurité se changea en lumière aveuglante. Ses paupières se fermèrent instinctivement.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, Marinette s'était éloignée de lui.

Et elle ne semblait plus paisible. Son sourire s'était évaporé, laissant place à une expression de pure terreur.

Adrien amorça un mouvement en sa direction mais son corps était figé sur place. Il regarda ses pieds, pensant que quelque chose, n'importe quoi, l'empêchait d'avancer.

Mais rien.

La seule chose qui le paralysait, c'était lui-même.

Un frisson de dégoût dégoulina le long de son dos lorsqu'il leva à nouveau le regard : Adam était face à Marinette.

Et de là où il était, Adrien pouvait tout voir parfaitement. De son sourire en coin à son doigt qui caressa la joue de Marinette. De la langue qu'il passa le long de ses lèvres à sa main qu'il porta à sa ceinture.

Une rage brûlante s'empara d'Adrien. Ses muscles tout entiers étaient contractés mais c'était impossible de les bouger. Ses jambes restaient figées, figées, figées.

— Marinette ! hurla-t-il.

Aucune réaction. Son regard resta braqué sur Adam.

Est-ce qu'elle l'entendait ? Est-ce que ses cordes vocales lui faisaient elles aussi défaut ? Peut-être que son prénom qu'il s'entendait crier n'était que dans sa tête.

Son cœur cognait contre sa cage thoracique, tellement fort et tellement rapidement que le bruit de son pouls contre sa tempe et celui de sa respiration saccadée étaient les seuls bruits audibles.

Devant lui, le cauchemar continuait.

Le doigt d'Adam quitta la joue de Marinette pour atteindre son cou et glisser jusqu'à sa clavicule. Sa ceinture était défaite, révélant une bosse au niveau de son entrejambe.

Marinette semblait l'avoir remarquée, aussi, puisque son expression terrorisée se craquela suffisamment pour laisser apparaître une grimace de colère.

Sa main attrapa le poignet d'Adam alors que son index s'enfuyait sous son tee-shirt. Son sourire malsain ne se fit que plus grand lorsque ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau.

Au moment où le genou de Marinette se leva, Adam attrapa sa cuisse et la plaqua contre le mur le plus proche.

Ce fut à cet instant qu'Adrien remarqua qu'ils se trouvaient dans un vestiaire. Le même vestiaire où il avait trouvé Adam et Marinette.

Il ne pouvait pas laisser cette situation se reproduire une seconde fois.

Ses paupières se fermèrent et il concentra chaque neurone dans un seul et unique but : faire bouger ses jambes.

« Bouge, bouge, bouge. »

— Allez, grogna-t-il en sentant la sueur couler le long de son front. Allez !

Mais il n'y avait rien à faire. Il ne bougeait pas d'un centimètre.

Il rouvrit les yeux. Si ses muscles avaient fonctionné, il se serait mis à trembler de tout son corps.

Le tee-shirt de Marinette avait disparu. Son buste était complètement nu — hormis la main d'Adam qui agrippait à présent sa poitrine.

Il n'entendait toujours rien d'autre que son propre désespoir, mais Adrien pouvait imaginer les sanglots de Marinette alors que les larmes ruisselaient le long de son visage.

Adam ne s'arrêtait jamais de sourire alors que sa main empoignait toujours sa cuisse. Ses lèvres bougeaient, prononçant des mots qu'Adrien ne pouvait pas comprendre mais que Marinette discernait parfaitement, s'il se fiait à la panique qui figeait son visage.

Soudain, Adam se laissa aller entre ses jambes, la cuisse de Marinette appuyée contre sa hanche. Adrien sentit son sang se glacer dans ses veines lorsqu'il se rendit compte que le pantalon d'Adam était baissé, tout comme celui de Marinette, suffisamment pour que…

Il hurla. Il hurla tellement fort qu'il avait l'impression que ses cordes vocales éclataient en même temps que ses tympans.

Les larmes et la sueur coulaient et il continuait d'hurler. Ses paupières se fermèrent parce qu'il avait l'impression de mourir.

Mais la même image s'afficha dans son esprit : les lèvres pincées et le corps crispé de Marinette, le sourire d'Adam et ses mouvements toujours plus violents.

Soudain, ce n'était plus Adam.

C'était lui.

C'était lui, avec un costume de cuir blanc et des yeux plus bleus que la glace.

Chat Blanc.

• • • • • • • • • • • • • • •

Adrien se réveilla en sursaut.

Il ne pouvait pas respirer. Chaque respiration se bloquait dans sa gorge aussi rêche que du papier de verre. Sa vision était floue, tellement floue qu'il ne savait pas où il était.

« Adrien, Adrien, Adrien, » entendait-il en boucle. C'était de plus en plus fort.

— Adrien !

Nathalie. Celle qui l'appelait, c'était Nathalie.

Une main douce et froide se posa sur sa joue qu'il savait brûlante. Adrien cligna des yeux jusqu'à ce que sa vue lui permît de voir la femme agenouillée au pied de son lit.

Elle ne portait pas ses lunettes et ses cheveux étaient détachés de son habituel chignon. Il ne l'avait jamais vue si inquiète.

— C'était un cauchemar, murmura-t-elle.

Un cauchemar. Tout ce qu'il venait de voir n'était pas réel — et ça ne le serait jamais.

Pourtant, son corps entier était collant de sueur et sa gorge était douloureuse, comme s'il avait vraiment hurlé tout son soûl.

— Je vous ai entendu crier, expliqua-t-elle, comme si elle avait lu dans ses pensées.

Sa chambre était de l'autre côté du manoir.

Il avait hurlé suffisamment fort et longtemps pour la réveiller. Combien de temps avait-elle mis à le sortir de son cauchemar ? Plagg avait probablement essayé lui aussi, dès le moment où ses cris avaient commencé.

Adrien avait l'impression d'avoir hurlé pendant des heures.

Nathalie retira sa main et Adrien fut surpris de penser qu'il aurait préféré que le contact durât un peu plus longtemps.

— Désolé, articula-t-il.

Parler était extrêmement désagréable. Adrien passa une main tremblante dans ses cheveux trempés et s'assit au bord de son lit, les coudes contre ses genoux et le visage échoué dans ses mains.

Inspirer. Expirer.

C'était un cauchemar. Ce n'était pas réel.

— Adrien… souffla Nathalie.

Sa voix tremblait.

L'inflexion étonna suffisamment Adrien pour qu'il redressât son visage vers elle. Ses grands yeux bleus étaient tristes.

— Je sais ce qu'il s'est passé avec Marinette, avoua-t-elle.

Adrien baissa à nouveau le regard. Il observa une goutte de sueur rouler le long de son torse nu.

— Ce n'était pas de votre faute. Rien de tout cela n'est votre faute.

Peut-être avait-elle vu la culpabilité dans ses yeux.

Ou peut-être le connaissait-elle assez bien pour deviner ses états d'âme.

— Je sais que je ne la remplacerai jamais, mais…

Adrien sentit son cœur se serrer dans sa poitrine.

Ce « la » — il s'agissait de sa mère.

Et lorsqu'il plongea à nouveau son regard dans le sien, ce fut pourtant exactement ce qu'il vit : cette inquiétude, ce chagrin, cet amour. C'étaient les émotions d'une mère.

Il ne savait pas si c'était Nathalie ou lui qui avait amorcé une étreinte mais il s'y perdit tout entier. Sa froideur était étrangement chaleureuse et Adrien laissa ses larmes couler, réconforté par le parfum de cette femme qui l'avait élevé, malgré tout.


je vous l'accorde, c'est un chapitre un peu lent, plein de discussions et d'explications, mais je trouve que c'est important, surtout après le chapitre douze.

j'ai hâte de savoir ce que vous pensez de l'évolution de la relation de Mari et Adrien, de l'état mental de Mari et de cette dernière scène avec le cauchemar d'Adrien et l'intervention de Nathalie.

j'ai déjà commencé à écrire le prochain chapitre, mais avec la traduction à côté et mon état actuel (qui ne va pas durer j'espère) je préfère ne dire aucune date. je sais que l'attente est longue mais les chapitres le sont aussi, alors ça compense — j'espère...

allez, une très bonne journée à vous tous, profitez bien du soleil (mdr) et préparez-vous pour le prochain chapitre !

lucie