hello tout le monde ! voici le chapitre 14 ! c'est un des derniers de cette histoire, alors profitez-bien !
merci pour toutes vos reviews, comme d'habitude. c'est une vraie source de bonheur pour moi ! (d'ailleurs, pour répondre à Emilie Narya, tu es la première à me faire la réflexion pour Chloé et Mari, aussi bien en Anglais qu'en Français, alors félicitations aha, tu as effectivement vu juste, mais j'en reparlerai au fil des chapitres !)
P.S : écoutez Grow Old with Me de Tom Odell pendant la première partie de ce chapitre ︎!
bonne lecture !
Adrien n'était pas souvent stressé, à proprement parler. Bien sûr, il avait ses moments d'anxiété, comme tout le monde. Mais la foule n'était pas quelque chose qui l'angoissait réellement.
D'aussi loin qu'il se souvînt, Adrien avait toujours été habitué au feu des projecteurs : séances photos, interviews, réceptions à répétition l'y avaient obligé.
Parfois, il était reconnaissant envers cette célébrité précoce. Comme à ce moment précis.
Adrien enfila le dernier bouton de sa chemise blanche et regarda son reflet dans le miroir. Ses cheveux étaient coiffés vers l'arrière, laissant son front dégagé — excepté quelques cheveux qui commençaient déjà à lui désobéir. Le noir profond de son pantalon et de sa ceinture contrastait parfaitement avec sa chemise. C'étaient des vêtements de chez Gabriel, évidemment. D'après son père, il n'y avait jamais de petite occasion pour faire la promotion de sa marque.
« Le plus grand des stylistes peut être assis au plus petit des galas. » Adrien avait entendu cette phrase un millier de fois.
Il observa attentivement le logo de la marque cousu finement sur sa chemise. L'image de Gabriel s'afficha immédiatement dans son esprit.
Adrien ne voulait pas participer au spectacle de Noël du lycée. Surtout pas après avoir appris que Marinette allait y participer. C'était la première fois qu'elle allait chanter devant autant de gens. C'était la première fois que le monde allait être confronté à son talent, à sa voix qui ne cessait jamais de le faire frissonner.
C'était très important pour elle — et pour lui.
Il ne voulait pas risquer de lui voler la vedette. Ce n'était pas par égocentrisme, c'était un fait : les regards étaient toujours braqués sur lui. Qu'il fut en train de marcher dans les couloirs du lycée ou en train de se promener dans les rues de Paris, qu'il fut en pleine compétition d'escrime ou en plein récital de piano, l'attention était toujours rivée vers lui. Bien que cela ne l'angoissait habituellement pas, ce n'était pas toujours agréable, non plus.
Mais son propre confort n'était pas ce qui l'inquiétait ici. C'était Marinette. Il ne doutait pas de son talent, à aucunmoment. Il savait qu'elle allait être entendue et écoutée. Mais il voulait que toute l'attention convergeât vers elle. Il voulait que chaque personne fût suspendue à ses lèvres.
Il ne voulait distraire personne du véritable spectacle : elle.
Mais son père voulait absolument qu'il participât à ce spectacle. Il avait grandement insisté à ce sujet d'une manière qu'il ne lui connaissait pas. Il avait semblé presque… désespéré.
Et ils ne pouvaient pas faire des performances différentes parce que Marinette avait besoin d'un accompagnement au piano et qu'il avait été le seul à se présenter pour jouer de cet instrument — la concurrence avait probablement été effrayée.
Alors, le voilà, un soir de vingt-trois décembre, dans une loge improvisée, prêt à performer en duo avec Marinette.
— Adrien ? Tu peux m'aider, s'il-te-plaît ?
— J'arrive.
Un dernier coup d'œil à son reflet et il passa derrière le paravent installé pour l'occasion.
Son cœur sursauta dans sa poitrine lorsque son regard rencontra celui de Marinette. La forme allongée de ses yeux était mise en valeur par son maquillage qui ne les étirait que davantage. Ses lèvres étaient luisantes de gloss et Adrien ne put s'empêcher de passer sa langue sur les siennes.
Et sa robe… « Oh mon Dieu. »
Elle collait à son corps telle une seconde peau, épousant ses formes dans toute leur beauté. Le tissu était argenté, ornant Marinette de mille et un éclats. Elle lui arrivait au milieu de cuisse, remontait le long de son corps jusqu'à recouvrir sa poitrine dans un décolleté qui lui fit tourner la tête. La robe descendait largement entre ses deux seins, révélant l'entièreté de son sternum et la naissance de sa poitrine.
Il pouvait voir dans son regard qu'elle était particulièrement fière de cette robe. Et elle pouvait l'être. Oh, elle pouvait vraiment l'être.
Adrien espérait que le public n'allait pas non seulement remarquer la magie de sa voix mais aussi la magnificence de ses créations.
— Tu es… vraiment très, très belle, déclara-t-il d'une voix rendue rauque.
— Merci, chaton, répondit-elle, un sourire au coin des lèvres et les joues rosies. Tu peux… ? demanda-t-elle en se retournant.
Son dos l'avait toujours rendu fou. Il était finement musclé, puissant, sûr.
La fermeture éclair du vêtement tombait jusqu'à la chute de ses reins. Adrien sentit sa température augmenter en posant ses yeux sur l'arrondi de ses fesses.
Il ferma instantanément ses paupières. « Calme-toi, » se dit-il. « Calme-toi. »
Une main posée sur sa taille, il attrapa la fermeture éclair entre ses doigts et la hissa le long de son dos, se délectant de la texture satinée de sa peau.
— Je suis stressée, murmura-t-elle.
Adrien, perdu dans la sensation d'avoir son corps si près du sien, mit quelques secondes à répondre.
— Ça va bien se passer.
Il observa ses épaules se soulever au rythme de sa respiration. La fermeture éclair était entièrement fermée, à présent, mais sa main restait au creux de sa taille.
Ses doigts glissèrent le long de son dos, appréciant la texture satinée de la robe.
— Tu trembles ? murmura-t-il au creux de son oreille.
Il pouvait la sentir frémir sous ses mains.
— Hmmm, répondit-elle d'une voix chevrotante. Mais… mais je suis pas sûre que ce soit à cause du stress.
Marinette avait balayé ses cheveux sur le côté, lui laissant libre accès à son dos. Sa nuque était également libérée, et Adrien en profita pour y poser ses lèvres.
Sa peau l'appelait. Il ne pouvait s'empêcher de l'embrasser, ne pouvait s'empêcher de renforcer la prise de sa main contre sa taille.
Cela faisait à présent un mois qu'ils n'avaient rien fait — ou presque. C'était le même schéma, à chaque fois : ils s'embrassaient, le baiser gagnait en intensité et quelque chose les empêchait toujours d'aller plus loin. C'était Marinette qui ne pouvait pas, c'était Adrien qui avait peur d'aller trop loin, c'était un akuma, c'était du temps qu'ils n'avaient pas.
Et un mois, c'était long. Surtout pour un adolescent amoureux et aux hormones en ébullition à peu près tout le temps.
— Adrien, murmura-t-elle en penchant instinctivement sa tête sous ses baisers, j'ai envie de…
— Hmmm, marmonna-t-il contre sa peau. C'est bientôt notre tour.
Mais Marinette se cambra contre lui et il oublia de quel « tour » il parlait.
— C'est pour me— hmmm… pour me déstresser…
Adrien sourit contre sa peau, ses lèvres dérivant le long de sa mâchoire.
— Fallait le dire plus tôt.
De sa main pressée autour de sa taille, il la colla complètement contre son corps, se sentant frissonner en sentant ses fesses appuyées contre son entrejambe.
Il devait être prudent, cependant — il ne pouvait pas se permettre de laisser paraître ce qu'il s'était passé ici lorsqu'il se retrouverai sur scène devant des centaines de personnes.
Devant les parents de Marinette. Bonne idée. Penser aux parents de Marinette. Mais penser aux parents de Marinette le faisait penser à Marinette. À son corps contre le sien, à cette robe qu'elle portait, à ses fesses—
« Autre chose, » se dit-il. Penser à autre chose.
Mais Marinette faisait tous ces petits bruits et c'était très difficile de penser à autre chose.
— On va avoir un problème, murmura-t-il.
— Quoi ?
Sa voix gutturale ne l'aida pas non plus.
— Oh, lâcha-t-elle. Oh.
Elle pouvait le sentir. « Et merde, » pensa-t-il.
Mais elle se retrouva face à lui la seconde d'après, et elle ne semblait pas inquiète du tout. Son stress s'était changé en espièglerie qui le fit frissonner.
— Tu me fais un peu peur, avoua-t-il face à son sourire en coin.
— J'ai une idée.
— Qu—
Il n'eût même pas le temps de prononcer un mot que sa main se retrouva agrippée à sa ceinture. Ceinture qui fût défaite en un battement de cil. Son pantalon suivit sans même qu'il ne réalisât ce qu'il se passait.
— Mari… T'es sûre de toi ?
Sa phrase avait un sens multiple. Était-elle sûre d'elle, parce que ce n'était qu'une question de minutes avant qu'ils ne fussent appelés sur scène. Était-elle sûre d'elle, parce que la dernière fois qu'ils avaient fait quelque chose comme ça au lycée, ça ne s'était pas très bien terminé.
Mais, surtout, était-elle sur d'elle, tout court ?
Il n'y avait aucune lueur d'hésitation dans ses yeux bleus.
— Oui.
C'était clair, net, précis. C'était son consentement.
Et cela suffit à Adrien pour envisager cette possibilité. Il imagina sa main glisser à l'intérieur de son pantalon, l'imagina le caresser à travers son sous-vêtement, imagina ses doigts se promener contre lui…
Cette perspective le fit passer d'une hypothèse à une envie. L'envie devint un besoin.
Le besoin devint un hochement de tête.
— S'il-te-plaît, murmura-t-il.
Il ne pouvait décemment pas arriver sur scène dans cet état.
Mais, plus que tout, il en avait envie. Il en avait désespérément envie.
— Avec plaisir.
Et elle fit passer sa main à l'intérieur de son pantalon. Adrien se retrouva plaqué contre le mur, incapable de tenir debout sans se raccrocher à quelque chose.
Ç'aurait presque dû l'inquiéter, ce sentiment de dépendance qu'elle créait chez lui — cela ne faisait qu'un mois, après tout. Mais ses doigts se mirent à glisser contre son érection et il n'arriva pas à en avoir quelque chose à faire.
Les paupières à moitié fermées, Adrien laissa sa tête tomber contre le mur, une main toujours pressée autour de la taille de Marinette.
Heureusement pour lui, elle n'avait pas le temps de le taquiner ni de le faire supplier comme elle adorait le faire — quelle cruauté. Sa main se retrouva rapidement à l'intérieur de son sous-vêtement, directement contre sa peau.
Adrien ne put retenir le gémissement qui passa la barrière de ses lèvres.
— Ma— ah… Mari…
Sa main entoura son membre et se mit à aller et venir, l'obligeant à serrer davantage sa main autour de sa taille.
Son pouce caressa l'extrémité de son érection, lui faisant échapper une exclamation de surprise et de plaisir mélangés.
Il n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir qu'elle souriait.
La vague de chaleur au creux de son ventre gagnait en puissance, annihilant tout ce qui n'était pas Marinette. Les bruits venant de la scène devenaient secondaires, remplacés par sa propre respiration et par celle de Marinette.
Il ne ressentait qu'elle. Même derrière ses paupières closes, il ne voyait plus qu'elle.
Ses mouvements s'intensifièrent, de par leur force et leur rapidité, lui faisant perdre son souffle. Un gémissement incontrôlable s'échappa de ses lèvres alors que celles de Marinette se posèrent contre son cou. La texture de son gloss le fit frissonner.
Il était proche. Son corps commençait à trembler, des soupirs de plaisir incontrôlables quittaient sa bouche à chaque nouvelle respiration et la tension dans son bas-ventre semblait sur le point d'exploser — était sur le point d'exploser.
— Je vais—
Marinette fit glisser sa langue le long de son cou.
— Mari—
La vitesse de ses va-et-vient était étourdissante.
— Hmmm, murmura-t-elle contre sa peau.
Adrien eût la présence d'esprit de tendre la main pour attraper un mouchoir dans le paquet qui trônait à côté d'eux.
Arriver sur scène avec une bosse dans son pantalon était une très mauvaise idée, mais se présenter devant autant de gens avec Marinette tâchée de lui n'était pas vraiment plus intelligent.
Marinette ne semblait pas sur le même cheminement de pensées que lui, cependant.
Les paupières désormais à moitié ouvertes, il rencontra son regard céruléen lorsqu'elle éloigna sa bouche de son cou.
— Pas besoin.
— Mais—
— Shhh, le coupa-t-elle. Détends-toi.
Le fait que ce fût elle qui lui dît de se détendre était tellement ironique qu'il ne put empêcher un sourire de se faufiler sur ses lèvres. Il se changea rapidement en rire lorsque Marinette leva les yeux au ciel.
Mais son pouce caressa à nouveau l'extrémité de son membre et elle se laissa tomber à genoux devant lui et il n'avait plus du tout envie de rire.
— Ma Lady…
— Hmmm ?
Leurs yeux se rencontrèrent dans une œillade qui finit d'embraser le creux de son ventre.
— Ça fait vraiment du bien, murmura-t-il.
Le regard de Marinette resta ancré dans le sien alors que sa langue se posa là où son pouce se trouvait.
Sa tête retomba à nouveau contre le mur dans un bruit sourd. Submergé par la sensation des lèvres de Marinette autour de lui, il laissa tomber ses mains dans ses cheveux, incapable d'aligner deux pensées cohérentes.
Les applaudissements retentissaient de l'autre côté du mur, s'intensifiant au rythme de son orgasme qui se rapprochait.
Plus fort, plus fort, plus fort, et… boum.
Ses doigts se contractèrent dans ses cheveux et un ultime gémissement s'échappa de ses lèvres alors que les grognements de plaisir de Marinette vibraient contre lui. Ses lèvres restaient autour de lui, avalant chaque preuve de ce qui s'était passé entre eux.
Le tsunami de bien-être s'estompa peu à peu, lui faisant retrouver ses esprits et l'entièreté de son jugement — ou presque.
Marinette déposa un baiser sur le bas de son ventre, le faisant frissonner. Les yeux rivés sur elle, il l'observa se redresser, remettre son sous-vêtement correctement, reboutonner son pantalon et refermer sa ceinture.
Lorsqu'elle leva les yeux vers lui, Adrien se perdit dans la contemplation de son visage. La jolie brillance de sa peau, la courbure de son nez, la constellation de ses taches de rousseur, la forme de ses lèvres…
Oh, ses lèvres.
Elle n'avait pas effacé toutes les preuves, finalement.
Adrien se sentit sourire. Sa main quitta la douceur de ses cheveux et il posa son pouce contre sa bouche, essuyant la réminiscence de son orgasme.
Les joues de Marinette se teintèrent de rouge et il ne sourit que davantage. Mais elle attrapa son pouce entre ses lèvres, passant sa langue contre sa peau, et les rôles furent rapidement inversés.
— Merci, murmura-t-il alors qu'elle relâcha son doigt et passa sa langue le long de ses lèvres. C'était… plutôt incroyable.
— Très déstressant.
Adrien observa un sourire se dessiner sur le visage de Marinette — le même que lui-même arborait.
La main échouée au creux de sa taille remonta le long de ses cheveux, lissant les quelques mèches décoiffées par leurs activités.
Au dehors, les applaudissements avaient cessé.
Marinette frôla ses lèvres des siennes. Les talons qu'elle portait faisaient qu'elle n'avait pas besoin de se hisser sur la pointe de ses pieds pour arriver à sa hauteur.
Et Adrien n'eût pas besoin de se baisser pour l'embrasser.
— Mari ? Adrien ? C'est votre tour— Sérieusement ?
Ils tournèrent la tête au même moment.
Alya leur souriait, un sourcil haussé.
— Allez, les enfants, c'est à vous.
Leurs regards se rencontrèrent une dernière fois. Adrien hocha presque imperceptiblement la tête, essayant de transmettre toute la confiance qu'il lui vouait à travers ses yeux.
— Vous allez assurer ! déclara Alya en passant un bras autour des épaules de Marinette lorsqu'elle s'avança vers elle.
Ça, Adrien n'en doutait pas une seconde.
Bien qu'il fût habitué à la foule, Adrien devait admettre que la quantité de personnes présente était assez impressionnante.
Il y avait l'entièreté de leur lycée, ce qui était déjà considérable, les parents, les frères, les sœurs, les amis… et ça faisait beaucoup.
Surtout pour Marinette.
Sa main se crispa autour de la sienne alors qu'ils s'avançaient sur scène. Il observa ses yeux grands fixés sur le public, comme si elle essayait de le dénombrer.
Adrien caressa sa paume de son pouce, essayant de la rassurer du mieux qu'il le pouvait.
Devant eux, Alya, qui avait été choisie pour présenter le spectacle, les introduit à la foule. Trop concentré sur Marinette, Adrien ne prêta pas réel intérêt à ce qu'elle disait — bien que la phrase « regardez comment ils sont beaux » attira légèrement son attention.
Lorsqu'une flopée d'applaudissements retentit et qu'Alya quitta la scène, Adrien n'était pas sûre que Marinette respirait.
— Regarde-moi, lui dit-il, suffisamment fort pour couvrir les applaudissements.
Ses yeux en amande se tournèrent vers lui et Adrien se sentit inondé par leur beauté.
— Regarde-moi, répéta-t-il, et tout ira bien, d'accord ?
Elle hocha la tête. Il fut soulagé de voir sa poitrine se soulever : elle respirait.
Marinette alla se positionner derrière le micro, tant bien que mal — le stress et les talons ne faisaient pas bon ménage, surtout chez elle. Une fois assis au piano amené sur la scène pour l'occasion, Adrien prit une grande inspiration.
Marinette le regardait.
Il hocha à nouveau la tête, les doigts frôlant les touches.
Elle lui rendit son acquiescement, et Adrien commença à jouer. Heureusement, il avait répété cette mélodie des dizaines de fois et la connaissait parfaitement, ce qui lui permettait de jeter des coups d'œil à Marinette.
Son corps était déjà moins crispé. Cela la calmait toujours, de l'entendre jouer.
Sa voix ne tremblait pas, alors qu'elle se mit à chanter.
— I can feel you breathing
With your hair on my skin
As we lie here within
The night
I'll pull the sheets
When it's cold on your feet
Cuz you'll fall back to sleep
Every time
Oh, il adorait cette chanson. Ses doigts dansaient sur les touches du piano alors que la chair de poule se mit à courir le long de ses bras.
— Grow old with me
Let us share what we see
And oh the best it could be
Just you and I
Il leva son regard, rencontrant immédiatement celui de Marinette.
Elle souriait. Ses lèvres se redressèrent automatiquement en réponse.
— And our hands they might age
And our bodies will change
But we'll still be the same
As we are
We'll still sing our song
When our hair ain't so blond
And our children have sung
We were right
They'll sing
Grow old with me
Let us share what we see
And oh the best it could be
Just you and I
And the hairs they stand un
And my feet start to thump
Yer the feeling is dreaming
Around
La voix de Marinette ne cesserait jamais de le faire frissonner, c'était une certitude.
Surtout lorsqu'elle chantait une musique si significative. Elle était remplie de promesses.
C'était une déclaration.
— You'll be the one
Make me hurt, make me come
Make me feel like I'm real
And alive
Ses yeux quittèrent les touches du piano pour se lever à nouveau vers ceux de Marinette. Son sourire révélait à présent ses dents — elle riait.
Un rire d'émotion, un rire de fierté, un rire dans lequel Adrien la rejoint rapidement.
Il l'aimait tellement.
— Grow old with me
Let us share what we see
And oh the best it could be
Just you and I
Grow old with me
Let us share what we see
And oh the best it could be
Just you and I
La dernière note de piano retentit. Adrien fit glisser ses doigts jusqu'à ce qu'ils fussent sur ses genoux, son regard rencontrant à nouveau celui de Marinette.
Son sourire et sa robe et tout chez elle la faisaient rayonner. Elle ressemblait à une pierre précieuse. Un diamant.
Adrien se demandait comment pouvait-il être assez chanceux pour qu'une personne aussi fabuleuse fût sur Terre en même temps que lui.
Et elle était sa petite-amie ? Wow.
Au moment où il se leva, un tonnerre d'applaudissements retentit dans la salle. Le public se leva, siffla, les acclama. Et Adrien se rendit compte que tous les regards étaient rivés vers Marinette.
Tout le monde la regardait, elle.
Il était tellement heureux.
Marinette, après s'être rendu compte de la même chose que lui, reporta à nouveau son regard dans le sien — ses yeux étaient brillants d'émotion.
Une envie complètement déraisonnable se faufila dans son esprit : celle de la prendre dans ses bras et de l'embrasser, ici, tout de suite. Marinette lui adressa alors un léger hochement de tête — elle en avait envie, elle aussi.
Mais Adrien avait oublié quelque chose de très important : rien ne se passait jamais comme prévu.
Parce qu'au moment où il allait s'élancer vers elle, un horrible craquement retentit.
Une seconde et ils étaient joyeux et ils riaient et ils vivaient. La seconde suivante et les applaudissements devinrent des cris.
Adrien se jeta sur Marinette alors que le plafond s'écroula au-dessus d'eux.
Marinette ne pouvait rien voir ni rien entendre. Tout autour d'elle était flou, comme si elle était plongée dans du brouillard. Chaque son était rendu inaudible par le sifflement constant à ses oreilles.
La seule chose qu'elle arrivait à distinguer était le battement de son cœur. Un battement. Deux. Trois.
Marinette se mit à compter, à compter jusqu'à retrouver ses pensées. Jusqu'à se souvenir de ce qu'il se passait.
Le plafond. Elle se rappelait les cris, d'un horrible bruit de craquement et d'un brouhaha impossible. Elle se rappelait avoir bondi sur Adrien, se rappelait qu'il avait fait la même chose. Ils s'étaient retrouvés à mi-chemin, se protégeant l'un l'autre du mieux qu'ils avaient pu.
Une partie de son corps était emmitouflée dans les bras d'Adrien. Elle pouvait sentir la chaleur et la familiarité de son corps.
— Marinette !
Depuis combien de temps l'appelait-il ? Si elle se fiait aux tremblements qui agitaient sa voix, déjà un moment.
L'ouïe lui revint en même temps que la vue. L'air était grisâtre, chargé d'une infinité de poussières. Mais ses yeux étaient toujours aussi verts.
— Tu peux bouger ?
Il se redressa, une grimace de douleur déformant ses traits. Les quelques gravats qui étaient tombés sur eux étaient minimes, comparé aux blocs de béton et aux poutres qui les cernaient.
— Oui, je crois, répondit-elle d'une voix qu'elle reconnut à peine.
Mais elle ne pouvait pas, se rendit-elle compte.
Parce que son bras droit était emprisonné sous un bloc de béton. Son cœur sursauta dans sa poitrine.
Ses yeux rencontrèrent le regard horrifié d'Adrien — il venait de pleinement réaliser à quel point elle était coincée.
— Adrien—
— Non, la coupa-t-il, les mains sur son corps, n'y pense même pas.
Mais elle y pensait quand même. Il devrait la laisser ici et aller aider les dizaines et dizaines de personnes hurlant de douleur et de peur et de désespoir.
Elle avait des superpouvoirs.
Ils n'en avaient pas.
— Je vais me transformer, et—
— Non, répéta-t-il.
Ses cheveux étaient poussiéreux, rendus gris par la quantité de gravats qui leur était tombés dessus — et qui continuait de dégouliner du plafond.
Une main derrière sa tête, Adrien inspecta minutieusement l'amas de béton qui piégeait son bras.
— Plagg, appela-t-il. Tout va bien ?
Le kwami n'avait plus du tout son air rieur lorsqu'il arriva dans le champ de vision de Marinette. Il semblait inquiet, alors que ses grands yeux verts étaient rivés au même point que ceux d'Adrien.
Elle savait à quoi ils pensaient.
Son Lucky Charm ne fonctionnait que dans une certaine mesure. Par exemple, il ne fonctionnait pas pour les blessures qui avaient lieu avant sa transformation.
Mais surtout, il ne fonctionnait pas lorsqu'il n'était pas question d'une akumatisation. Et pour l'instant, il n'y avait aucune trace de super-vilain.
Marinette ne sentait pas son bras. Elle ne sentait rien.
Elle n'avait aucune certitude qu'elle avait encore un bras, tout court.
— Tikki, croassa Plagg avec angoisse. T'es là, sucrette ?
Elle apparut de sous un bloc de béton, passant à travers le matériau. Son petit corps rouge était recouvert de poussière grisâtre, lui aussi, et était agité par une toux qui inquiéta Marinette.
— Tikki ! s'écria-t-elle.
— Ce n'est rien, répondit-elle, tant bien que mal. Oh, mon Dieu, Marinette ! s'exclama-t-elle en remarquant son état.
Marinette ferma un instant les paupières, l'arrière de sa tête reposant sur la paume d'Adrien. La main qui inspectait l'étendue des dégâts se posa au creux de sa taille.
Un sanglot lui noua la gorge. Malgré l'adrénaline, malgré qui elle était, Marinette avait peur.
Elle était terrifiée.
Terrifiée pour elle, terrifiée pour toutes les personnes présentes dans cette salle, terrifiée pour ses parents—
— Adrien, dit-elle en rouvrant ses yeux — elle aurait aimé qu'ils ne furent pas remplis de larmes, laisse-moi ici, je t'en supplie. Je trouverai une solution, ou tu viendras me chercher plus tard.
Sa voix était brisée, au moins autant brisée que l'expression d'Adrien au-dessus d'elle.
— Je vais pas te laisser ici, souffla-t-il.
— Mes parents sont là-bas ! sanglota-t-elle.
— Et tu es ici !
Prononcer ses mots lui fit du mal. Elle pouvait le voir à son visage, à l'inclinaison de ses sourcils, à la brillance de ses yeux, au tremblement de ses lèvres.
Ça lui faisait du mal, parce qu'elle aurait pu dire n'importe quoi mais il l'aurait quand même sauvée en première.
— Tu seras obligé d'utiliser ton Cataclysme, déclara-t-elle avec fatigue.
— J'arrive à tenir plus longtemps après l'avoir utilisé, lui rappela-t-il. Ça ira, d'accord ?
Elle aurait voulu hocher la tête, mais son corps n'avait plus aucune force.
Ses paupières devenaient bien trop lourdes.
— Plagg, transforme-moi !
La lumière verte de sa transformation l'éblouit.
— Cataclysme !
Un soulagement infini et une douleur sans précédent la heurtèrent en même temps. Un hurlement lui échappa alors que ses yeux se fermèrent instantanément.
— Adrien, gémit-elle entre ses dents, dis-moi que j'ai toujours un bras.
— Hmmm, affirma-t-il.
Marinette rouvrit ses paupières. Le choc était lisible sur son visage.
— Ne regarde pas, se dépêcha-t-il de lui dire lorsqu'il se rendit compte qu'elle avait les yeux ouverts.
Elle emprisonna ses lèvres entre ses dents pour les empêcher de trembler.
Les mains frémissantes de Chat Noir commencèrent à la hisser contre lui.
— Non, lui ordonna-t-elle.
La gravité de son regard rencontra à nouveau le sien.
— Mari—
— Non. Va aider les autres.
— Mais—
— Je m'en sortirai.
Elle savait que la lâcher et la laisser ici était comme lui arracher le cœur de la poitrine.
Une larme roula le long de sa joue, formant un sillon sur sa peau poussiéreuse. Marinette leva sa main gauche et l'essuya de son pouce.
— Je te le promets.
Chat Noir hocha la tête, déposa ses lèvres contre son front et disparut en une seconde.
C'était un cauchemar.
Malgré sa visibilité héroïque, Chat Noir n'y voyait rien. Le plafond continuait de s'effondrer par endroit, apportant une quantité de poussière qui devenait dangereuse. Parce que si voir était difficile, respirer l'était au moins tout autant.
Un vrai cauchemar.
Il ne savait pas par où commencer. Il y avait tellement de monde, tellement de cris, de pleurs et de souffrance.
Fallait-il juste commencer par la première personne qu'il verrait ? Fallait-il commencer par les femmes et les enfants — en partant du principe qu'il pût les identifier ? Fallait-il commencer par sécuriser la zone et frayer un chemin jusqu'à la sortie ?
Avec sa Lady, il se sentait invincible. Ensemble, ils formaient un duo fort et soudé et imbattable.
Tout seul, il avait juste l'impression d'être inutile.
Son instinct lui disait de courir aux côtés de Marinette et de la sortir de là le plus vite possible. Mais, malgré la contraction douloureuse de son cœur, il savait que ce n'était pas la chose à faire.
Parce qu'elle avait un Miraculous. Parce qu'elle était Ladybug. Parce qu'elle était Marinette. Et si quelqu'un était capable de se tirer d'une situation aussi désespérée, c'était bien elle.
Mais, alors qu'il essayait de trouver par quoi — par qui — commencer, Chat Noir ne pouvait pas se sortir ces images de sa tête : les larmes qu'elle tentait de retenir, l'angle impossible de son bras, l'état de Tikki.
Mais ce n'étaient pas des larmes de désespoir, son bras n'était pas dans un état si déplorable et Tikki allait vite se remettre et la transformer, se disait-il en boucle.
Il détestait cela. Le fait de devoir aller contre son instinct pour aller accomplir son rôle de super-héros, alors que ce même instinct allait toujours dans ce sens.
Sauf lorsque Marinette était concernée.
Il détestait le fait qu'il fût si amoureux d'elle qu'elle comptât plus à ses yeux que des centaines de personnes réunies. Il se détestait d'être aussi égoïste.
Chat Noir repoussa au plus profond de lui ce nœud d'émotions. Ce n'était pas le moment.
Peut-être sa vue était-elle discutable, mais son esprit était déjà plus clair. Ses idées retrouvèrent un sens, formant un plan dans sa tête. Le plus important était de sécuriser la salle pour limiter les dégâts et éviter une seconde catastrophe.
Il regarda le plafond — ce qu'il en restait. Heureusement, ce n'étaient plus que des gravats qui tombaient, et non plus des énormes éboulis. C'était toujours dangereux, mais pas mortel — du moins, il l'espérait.
Le plus important était d'ouvrir un passage vers l'extérieur. La porte était évidemment condamnée, complètement écrasée sous les décombres. Le moyen le plus simple semblait de passer par le haut. L'écroulement avait déjà déblayé une bonne partie du plafond. Un petit Cataclysme bien placé et ils pourraient sortir de là.
C'était le plan. Aussi bancal que les décombres qui s'entassaient, mais c'était tout ce qu'il avait.
Ç'aurait été tellement plus simple d'avoir Ladybug à ses côtés. Même n'importe quel allié ferait l'affaire, à ce stade. Le pouvoir de Protection de Carapace serait parfait...
« Nino, » pensa-t-il. Et Alya. Tous les deux avaient été dans les coulisses — lui présentait un talent, elle s'occupait d'animer la soirée. Il espéra, espéra de toutes ses forces qu'ils furent en sécurité, qu'ils eussent eu le temps de s'échapper, que les secours les eurent mis à l'abris...
Les secours. Le passage. Vite.
Le temps n'était plus à la réflexion. C'était le moment d'agir, comme il savait si bien le faire.
S'aidant de son bâton et de son agilité héroïque, Chat Noir se hissa sur les blocs de béton instables, s'accrochant là où il le pouvait, essayant d'être le plus habile possible pour ne pas fragiliser l'équilibre déjà précaire de tous ces décombres.
La salle était grande, même sous ces gravats et cette poussière. Mais il réussit à grimper au plus haut du plafond, là où les soudures semblaient les plus fragiles. S'il arrivait à mettre un coup de pied là et à utiliser son Cataclysme ici...
Une série de jurons lui échappa lorsqu'il se rendit compte qu'il avait déjà utilisé son Cataclysme.
Mais quel autre choix avait-il ? Se détransformer et attendre que Plagg fût reposé ? Utiliser le pouvoir de Plagg directement ? C'était totalement hors de question, le kwami était bien trop fort. C'était un point précis qu'il avait besoin de détruire, pas le quartier tout entier.
Son instinct lui souffla alors d'utiliser son Cataclysme quand même.
Ayant tout sauf le temps d'hésiter, c'est exactement ce qu'il fit. Il observa avec scepticisme les points noirs vaciller autour de sa main gantée, regarda son pouvoir agir exactement là où il posa ses doigts.
Encore une fois, l'heure n'était pas aux réjouissances. Il ne laissa pas le soulagement baisser sa garde alors qu'il se frayait un chemin à l'extérieur.
L'air frais du mois de décembre heurta violemment son visage transpirant.
Il n'avait jamais été aussi reconnaissant envers sa vision nocturne. Les secours étaient déjà là : pompiers et policiers semblaient en pleine réflexion sur la meilleure route à suivre.
Chat Noir fit son possible pour ne pas être vu. Parce que si quelqu'un se rendait compte qu'il venait de l'intérieur de la catastrophe, cette personne saurait également qu'il était là, sous sa forme civile, au moment du spectacle.
Mieux valait-il garder les soupçons endormis. Surtout qu'il n'avait aucune certitude que personne ne l'eût vu, là-dessous.
Il enterra cette idée au plus profond de son cerveau et se dégagea des décombres, alla se percher en haut d'un immeuble et rejoint les secours, comme s'il venait d'arriver.
— Chat Noir ! Vous tombez à pic !
Marinette avait chaud. Froid. Elle transpirait. Elle tremblait. Elle avait soif. Et puis envie de vomir.
La seule chose qui ne changeait pas était le fait qu'elle n'allait pas bien.
Elle tenta de se redresser, doucement, doucement, très doucement. C'était comme si chaque cellule gonflait à l'intérieur de sa tête, tellement qu'elles étaient prêtes à exploser.
— Marinette, appela la voix faible de Tikki. Tu devrais rester ici, le temps que Chat Noir revienne.
Peut-être le devrait-elle, effectivement.
Mais, sous cet amas de cellules prêtes à éclater, Marinette n'était sûre de rien.
Elle ne savait pas si Chat Noir avait réussi à sortir d'ici, ne savait pas si les secours étaient arrivés, ne savait pas combien de temps s'était écoulé. Peut-être que des heures étaient passées, et que ces centaines de personnes étaient toujours entre la vie et la mort, sans que personne ne leur vînt en aide.
Ses parents.
Ses parents étaient ici.
Cerveau en compote ou non, bras saccagé ou non, angoisse qui lui nouait l'estomac ou non, cela n'avait plus d'importance. Marinette ferma un instant les paupières, tentant d'ignorer les cris et les bruits d'éboulis autour d'elle.
— Tu es Ladybug, avec ou sans le masque, se murmura-t-elle à elle-même. Avec ou sans le masque.
Elle rouvrit les yeux.
Il faisait sombre et l'air était poussiéreux, mais si elle se concentrait sur ce point de lumière qui sortait du plafond... oui, peut-être pourrait-elle se frayer un passage jusqu'au public.
Son bras la ramena violemment à la réalité.
Pendant une seconde, Marinette fut soulagée de la visibilité catastrophique de cet endroit. Elle pouvait voir que l'angle qui tordait son bras n'était définitivement pas normal, pouvait sentir qu'elle avait perdu du sang.
Beaucoup de sang, peut-être.
Ce n'était plus un membre, c'était quelque chose d'inutile et de douloureux qui pendait le long de son corps.
Marinette réussit à se lever malgré tout. Elle crut qu'elle allait retomber tout de suite après, mais ses jambes résistaient.
— Marinette, je n'arriverai pas à te transformer dans cet état—
— Je sais, Tikki. Ça ne m'empêche pas d'être Ladybug, pas vrai ?
Elle jeta un regard courageux à son kwami. Tikki lui répondit d'un hochement de tête entendu, malgré la douleur qu'elle pouvait voir dans ses yeux.
Elle avait laissé Chat Noir partir en pensant que la transformation était une possibilité. Mais il n'en était rien, Marinette le savait bien. Elle pouvait le voir dans le regard de Tikki — ce regard d'habitude si optimisme qui était aujourd'hui voilé de souffrance.
Devenir Ladybug dans cet état était non seulement dangereux pour son kwami, mais s'apparentait à une mission suicide pour elle aussi.
« Avec ou sans le masque, » se répéta-t-elle.
L'avancée jusqu'au public fut laborieuse. Chaque pas était risqué, chaque craquement la terrorisait. Si les décombres se déséquilibraient, c'était terminé.
Et Marinette ne tenait pas particulièrement à mourir écrasée sous des milliers de tonnes de gravats, alors elle calcula chacun de ces gestes avec précision.
C'était cauchemardesque. Cette étendue de pierres et de poutres et de poussières. Cauchemardesque.
Depuis combien de temps les cris avaient-ils cessés ? Elle ne pouvait à présent qu'entendre sa respiration saccadée et le bruit de sa propre terreur qui faisait battre son cœur.
Elle espérait, espérait de tout son cœur que les secours avaient évacué les sinistrés.
Parce que sinon... elle ne préférait même pas y penser.
— Poppy !
Ça, ce n'était définitivement pas son souffle ou les battements de son cœur.
— Poppy !
Marinette se concentra sur l'origine de ce cri. Elle se hissa du mieux qu'elle pût à travers les décombres, essaya de faire bouger son bras blessé le moins possible, tout en vérifiant constamment que Tikki était toujours agrippée à elle.
— Poppy !
C'était une jeune femme — une trentaine d'année, peut-être — qui hurlait. Malgré la faible luminosité, Marinette réussit à déceler la rousseur de ses cheveux — qui semblaient rougis par le sang, également.
Ses yeux terrifiés s'agrippèrent aux siens.
— Avez-vous vu une petite fille ?
Marinette eût à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'un sanglot s'échappa de la bouche de la jeune femme.
— Elle a cinq ans, expliqua-t-elle à travers ses larmes, elle a des longs cheveux roux, des grands yeux verts. Elle s'appelle Pénélope, mais elle préfère qu'on l'appelle Poppy... Dites-moi que vous l'avez vue, je vous en supplie.
— Je—
Une ombre sur sa droite interrompit Marinette. Un regard attira immédiatement le sien.
— Marinette, souffla Chat Noir avec un soulagement infini.
— Chat Noir, sanglota la jeune femme, j'ai besoin de votre aide, ma petite fille—
Ses pleurs brisèrent le cœur de Marinette.
— Il y a beaucoup d'enfants qui ont déjà été secourus, madame, répondit-il d'une voix douce. Suivez-moi, vous devez sortir d'ici—
— Je ne peux pas sortir sans être sûre que Poppy n'est pas coincée ici, quelque part.
— Nous avons fouillé partout, sous tous les décombres où il est possible d'être coincé, elle est forcément à l'extérieur—
— Mais elle est tellement petite ! Vous l'avez peut-être ratée !
La douleur de son bras semblait tellement dérisoire, comparée à la souffrance de cette femme.
Surtout lorsqu'un pompier arriva et la pria de la suivre.
— S'il-vous-plaît ! hurla-t-elle. Quelqu'un doit la trouver !
— Je la trouverai, déclara Marinette.
Chat Noir se tourna immédiatement vers elle. Le pompier arrêta ses mouvements et la jeune femme plongea ses grands yeux larmoyants dans les siens.
— Je vous le promets, déclara Marinette. Je trouverai Poppy.
Et c'est exactement ce qu'elle allait faire. Parce qu'avec ou sans le masque, cette vocation héroïque ne la quittait pas.
— Merci, pleura la jeune femme. Merci.
Le pompier jeta un rapide coup d'œil à Chat Noir et ce dernier hocha la tête — comme s'il lui assurait que Marinette n'irait nulle part.
— Garde Tikki avec toi, déclara-t-elle une fois qu'ils furent seuls.
— T'es pas sérieuse—
— Regarde, il y a une entrée, là, entre les décombres. C'est petit, mais je dois pouvoir m'y faufiler—
— Marinette !
Ses yeux, qui analysaient les horizons, se levèrent jusqu'aux siens.
Il n'avait pas peur. Il était terrifié.
— Tu ne peux pas aller là-dedans, t'es bien trop grand. Et t'as déjà utilisé ton Cataclysme, donc ça servirait à rien. Déplacer les décombres non plus serait inutile : tout s'effondrerait.
Elle avait raison, et la souffrance dans ses yeux ne s'intensifia que davantage.
— J'ai dit à tes parents que je reviendrai avec toi, Mari. Je leur ai promis—
Vivants. Ses parents étaient vivants.
Le soulagement lui fit monter les larmes aux yeux.
— Et tu le feras, d'accord ?
Elle déroba ses yeux des siens, regarda la grotte qui s'était formée entre les décombres.
— Marinette, souffla la voix fluette de Tikki, désormais perchée sur l'épaule de Chat Noir, fais attention, je t'en supplie.
Sa gorge se noua.
Elle hocha la tête et essuya ses larmes du rebord de sa main fonctionnelle.
— Ma Lady—
Le tremblement dans sa voix lui déchira le cœur.
— Tout ira bien, murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour lui.
Tout ira bien.
Le tunnel dans lequel elle s'enfonçait était étroit, sombre et particulièrement étouffant.
Ses pieds nus ne faisaient que s'écorcher contre les parois — bien que cela valait mieux que des talons de dix centimètres. Sa robe dévoilait bien trop de peau, bien trop de peau qui était éraflée par les gravats. Elle sentait une substance chaude couler le long de ses blessures.
Du sang. Elle perdait beaucoup de sang.
Si elle voulait sortir de cet enfer un jour, elle devait se dépêcher.
— Poppy ! appela-t-elle. Poppy !
Ses mains tremblaient. Tout son corps tremblait.
Elle était morte de peur, complètement terrifiée par l'endroit où elle était et par la perspective de ne jamais en réchapper.
— Poppy !
Un gémissement résonna.
— Poppy !
Peut-être l'avait-elle imaginé—
Non. Elle entendit ce même bruit à travers les cavités.
Se déplacer à quatre pattes avec un bras en moins était bien plus dur que ce qu'elle aurait pensé. Son dos était couvert de sueur froide, ses cheveux collaient à son front qu'elle savait sanglant et poussiéreux.
Elle rêvait d'une douche, d'une énorme quantité d'eau froide et d'antidouleurs. Surtout les antidouleurs.
— Aidez-moi !
Un sanglot de soulagement lui échappa lorsqu'une chevelure orangée se dessina devant elle. La petite fille était dans un coin, son corps frêle replié sur lui-même.
— Poppy, souffla Marinette. Tout va bien, je vais te sortir de là.
— Ma maman—
— Elle t'attend dehors. Viens avec moi, et tu la retrouveras.
Marinette lui sourit du mieux qu'elle le pût.
— C'est d'accord ?
Poppy hocha la tête et attrapa la main que Marinette lui tendit.
— On va juste faire le chemin inverse, et—
Un bruit monstrueux retentit. Le premier instinct de Marinette fut de jeter ses bras autour de la petite fille et de se recroqueviller sur elle-même.
Elle entendit les décombres s'effondrer, condamnant leur unique sortie.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Marinette dût réfréner la panique qui fit sursauter son cœur à chaque nouveau battement. Poppy était tout contre elle, tremblante et sanglotante.
— Je veux sortir d'ici...
— Moi aussi, murmura Marinette. Moi aussi.
Et c'était exactement ce qu'elles allaient faire.
Le sang et la sueur coulaient autour de ses yeux, la faisant cligner des paupières. Marinette réussit tout de même à distinguer un rayon de lumière parmi les gravats.
Si elle poussait de toutes ses forces, peut-être arriverait-elle à leur dégager un passage.
— D'accord, souffla-t-elle. Poppy ? Je veux que tu te caches le visage et que tu te fasses la plus petite possible. Tu peux faire ça pour moi ?
La petite fille leva ses grands yeux verts vers elle et la ressemblance avec ceux d'Adrien la heurta. Ils étaient si verts.
— J'ai peur, sanglota-t-elle.
— Je sais, Poppy. Moi aussi, avoua-t-elle.
— C'est vrai ?
Marinette hocha la tête en lui offrant le sourire le plus rassurant possible.
— C'est normal d'avoir peur.
— Je veux voir ma maman...
— Je sais, répéta-t-elle. Je sais. On y est presque, d'accord ?
— D'accord.
Quelque chose se passa dans ses yeux verts. Elle acquiesça avec détermination et se recroquevilla sur elle-même comme il lui avait été demandé.
Une grande inspiration plus tard, Marinette se positionna d'une manière telle que ses jambes étaient contre le morceau de béton qu'elle voulait faire bouger.
Priant que ces années en tant que Ladybug et ces heures passées à muscler chaque partie de son corps ne furent pas vaines, Marinette frappa le plus fort qu'elle le pût.
Elle poussa de toutes ces forces, hurlant de douleur et de peur et d'espoir lorsqu'elle sentit ce morceau de béton bouger.
Son bras valide fut mis à contribution, et le faisceau de lumière grandissait, grandissait de plus en plus.
La sueur coulait le long de son corps, ses plaies n'en finissaient plus de saigner et sa gorge devenait douloureuse à force de hurler.
Ses paupières se fermèrent, s'ouvrèrent, se fermèrent à nouveau, et Marinette sentait ses forces la quitter à chaque seconde alors qu'elle se rendait compte à quel point le passage jusqu'à l'extérieur restait petit.
Après une période de temps indéfinissable, Marinette se laissa tomber contre la paroi de cette caverne improvisée. Respirer était presque impossible.
— Poppy, réussit-elle à articuler.
La fillette se redressa, les lèvres tremblantes, ses cheveux roux collés à son visage.
— Tu peux sortir, regarde.
— Mais, et toi ?
Marinette ferma ses yeux.
— Une fois sortie, il faut que tu trouves quelqu'un. Essaie de trouver Chat Noir. Et dis-lui où je suis. Tu peux faire ça ?
Poppy hocha la tête lorsqu'elle rouvrit ses paupières.
— Parfait. Tu es vraiment très courageuse. Maintenant, vas-y.
Elle se glissa entre les décombres, et sortit en quelques secondes. Le tunnel n'était pas très profond.
— Toi aussi tu sortiras d'ici et tu retrouveras ta maman, lui dit Poppy, ses yeux verts visibles à travers le passage que Marinette avait agrandi. Je te le promets.
Ses dernières forces furent utilisées dans le sourire qui redressa ses lèvres.
un vrai ascenseur émotionnel, ce chapitre ! j'espère vraiment qu'il vous a plu !
à propos du fait que Mari ne puisse pas utiliser son Lucky Charm lorsqu'il n'y a pas de super-vilain, je trouve plutôt ça logique, car dans ce cas, ce n'est pas quelque chose de surnaturel donc elle ne peut pas utiliser son pouvoir qui est, lui aussi, surnaturel. je referai le point sur tout ça plus tard, de toute façon !
et sur le pourquoi du comment la petite fille s'appelle Poppy, c'est parce que je lis actuellement From Blood and Ash et que la protagoniste principale s'appelle Poppy ! voilà, c'est aussi simple que ça aha :p
je suis déjà à un bon tiers du chapitre prochain, j'essaierai de vous le poster dans dix jours, grand maximum !
passez une bonne fin de week-end !
lucie
