hello tout le monde ! voici le quinzième et avant-dernier chapitre de cette histoire !
déjà, comme à chaque fois, merci merci merci pour vos reviews. pour répondre à Malauu-Ladynoir, je trouve aussi que Chloé est un perso super intéressant et qui mérite d'être plus et mieux développée que dans la série ! merci aussi à Emilie Narya, LadyJoyNoir, Kapel85 et naruhina2 pour vos commentaires !
une petite précision avant de vous laisser avec ce chapitre : dans cette histoire, j'ai fait en sorte que le Lucky Charm de Ladybug ne soit utilisable qu'en cas d'attaque directe de super-vilain. je trouve ça assez logique, parce que ce serait bien trop simple sinon, tout pourrait être arrangé. pour moi, il faut qu'il y ai un début clair et net (lorsque Papillon akumatise quelqu'un, par exemple) et ce n'est pas le cas avec les catastrophes de tous les jours (incendies, effondrements...). je préfère éclairer ce point pour ne pas que vous soyez perdus ou dérangés, mais voilà ! ça n'a pas été explicité dans la série, ou pas encore — du moins, je crois.
allez, bonne lecture à tous ! (et bonne chance aha, il est très long)
Le corps entier de Marinette était douloureux. Elle avait mal partout, absolument partout. C'était comme si chacune de ses cellules se battait contre elle-même pour se reconstruire.
Ouvrir ses paupières semblait être la chose la plus difficile qu'elle n'eût jamais eu à faire.
Ses sens revinrent à elle, petit à petit. La surface blanche au-dessus d'elle. Le bip-bip-bip insupportable qui ne voulait pas s'arrêter. Quelque chose pincé autour de son doigt. Le goût étrange qui reposait sur sa langue. Et cette odeur qui lui emplissait les narines.
Une odeur d'antiseptique.
La surface blanche était un plafond. Le bip-bip-bip provenait des machines. La chose pincée autour de son index, c'était pour prendre sa tension. Et le goût dans sa bouche était probablement dû aux médicaments.
Elle était dans un hôpital.
Mais surtout, elle était vivante.
— Marinette ?
Ses paupières finirent de s'ouvrir lorsqu'elle entendit cette voix.
Il était vivant, lui aussi.
Assis tout à côté de son lit, Adrien ne lui avait jamais paru en aussi mauvais état. Ses yeux étaient alourdis par les cernes qui violaçaient sa peau et il était plus pâle que jamais. Comme s'il n'avait pas dormi et n'avait pas quitté cette pièce depuis des jours.
Combien de temps était-elle restée inconsciente, au juste ?
— A—
Impossible de parler. Sa voix était faible, quasiment inaudible. Marinette étouffa un gémissement de douleur : sa gorge était aussi rêche que du papier de verre.
— Shh, murmura-t-il en se redressant. Tout va bien. Tes parents vont bien, ils devraient revenir bientôt, ils sont partis nous chercher un café.
« Depuis quand tu bois du café ? » voulait-elle lui demander.
L'inclinaison de ses sourcils semblait l'avoir fait à sa place, parce qu'un sourire redressa légèrement les lèvres d'Adrien.
— Depuis que tu te retrouves à l'hôpital, ma Lady.
La souffrance dans sa voix lui serra sa gorge déjà contractée.
Sérieusement, combien de temps était-elle restée inconsciente ?
— On est le soir de Noël, Marinette, déclara-t-il, comme s'il avait, encore une fois, lu la question dans ses yeux.
Deux jours, donc. Elle était restée inconsciente deux jours entiers.
La dernière chose dont elle se souvenait, c'était le corps de cette petite fille qui s'extirpait du chemin qu'elle avait déblayé. Ensuite, tout était devenu sombre, jusqu'à ce qu'il n'y eût plus rien.
Poppy. Elle s'appelait Poppy.
— Elle va bien aussi, souffla Adrien en passant une main chaude et familière contre son front. Elles sont passées te voir, avec sa mère. Elles t'ont laissée ça, expliqua-t-il en désignant d'un mouvement de tête un grand bouquet de fleurs roses.
Il n'y avait pas que ce bouquet. Il y en avait une demi-douzaine d'autres.
— Tes parents t'en ont laissé un aussi. Alya et Nino. Chloé. Nathalie. Et moi.
Marinette les observa tous. Certains étaient très fleuris, d'autres plus boisés. Certains étaient rouges, d'autres bleus. C'était un arc-en-ciel de fleurs et de feuilles qu'on lui avait apporté à son chevet.
Mais il en restait un.
Il était plus sombre que les autres.
— Il est de Chat Noir, murmura Adrien, son regard suivant le sien.
Marinette reporta ses yeux dans les siens.
Elle ne pouvait qu'imaginer la terreur que ces deux derniers jours avaient pu être pour lui. Si les rôles avaient été inversés... Marinette sentit ses yeux se remplir de larmes rien qu'à cette idée.
— Je... je suis désolée... chuchota-t-elle d'une voix rauque.
Adrien porta sa paume jusqu'à ses lèvres. Le baiser qu'il y déposa la fit frissonner.
Ce geste valait tout un discours. Il voulait dire qu'il lui pardonnait — qu'il lui pardonnerait toujours. Il voulait dire qu'il n'y avait rien à lui pardonner, aussi, parce qu'il aurait fait la même chose.
Marinette voulait lui promettre que ça n'arriverait plus jamais, mais c'était une promesse qu'elle ne serait probablement pas en mesure de tenir.
Papillon était imprévisible, ils le savaient.
Mais les catastrophes l'étaient tout autant.
La preuve était là : Papillon n'avait pas causé l'effondrement de ce plafond, Marinette en était sûre. Pourtant, ç'avait été la mission la plus dure qu'ils n'eurent jamais eu à affronter.
— Peut-être que Papillon a orchestré tout ça, sans se servir de son Miraculous, pour que tu ne puisses pas utiliser ton Lucky Charm.
Il avait réfléchi à tout ça, durant ces dernières quarante-huit heures. Marinette le voyait dans ses yeux.
Elle hocha la tête. C'était effectivement très plausible. Les plafonds ne s'effondraient pas sans raison, surtout dans un endroit aussi bien entretenu que la salle de spectacle où ils s'étaient trouvés.
— Mais comment... comment aurait-il pu savoir qu'on était tous les deux ici ?
Quelque chose de sombre passa dans les yeux d'Adrien.
— Il n'y a qu'une seule explication : Papillon connaît nos identités.
Marinette y avait pensé. À la seconde où sa propre question était sortie de sa bouche.
Mais cette perspective était tellement effrayante.
— On y réfléchira plus tard, déclara Adrien. Repose-toi, murmura-t-il en posant ses lèvres sur son front.
Dormir était quasiment impossible. Marinette avait plutôt l'impression d'alterner entre périodes de somnolence et d'éveil. Son corps était exténué : chaque muscle était incroyablement douloureux. Et sa tête — Marinette avait l'impression que son cerveau allait exploser. Mais son esprit, lui, n'était que trop réveillé.
Elle ne faisait que penser à Papillon, à la menace qu'il représentait, plus réelle que jamais.
Peut-être n'était-ce qu'une coïncidence, et qu'il n'avait rien à faire dans la catastrophe.
Peut-être.
C'était cette incertitude qui l'empêchait de fermer l'œil.
Elle n'arrivait pas à se sortir cette idée de la tête. Même lorsque ses parents revinrent dans sa chambre et la prirent dans leurs bras, même lorsqu'un soulagement infini se rependit au fond de son cœur, cette petite voix continuait de lui murmurer qu'ils auraient pu mourir à cause d'elle, parce que c'était elle que Papillon visait.
— On pourrait ouvrir une boutique, avec toutes ces fleurs ! déclara Tom, ses yeux brillants de larmes s'éloignant des regards.
Marinette observa sa mère, debout à côté de son lit, sa main douce et rassurante lui caressant les cheveux.
— Le bouquet que Chat Noir a laissé est très beau, déclara-t-elle.
— Il faut dire que tu l'as beaucoup aidé ! assura Tom. Tu ferais une parfaite Ladybug !
Son corps entier se crispa — tout comme la main de Sabine dans ses cheveux. Adrien, toujours assis à côté de son lit, semblait tendu, aussi.
— D'ailleurs, c'est étrange qu'elle ne soit pas intervenue... réfléchit son père.
Marinette n'avait pas pensé à ce détail. Le fait que les gens allaient se poser des questions sur la non-action de Ladybug.
— Peut-être qu'elle était à l'intérieur, proposa Sabine d'une voix étrange.
Les yeux inquiets d'Adrien rencontrèrent ceux de Marinette.
— Non, répondit Tom. Je pense qu'on le saurait, si Ladybug avait été parmi nous.
Un silence incroyablement embarrassant pour Marinette suivi la réplique de son père.
Si Papillon connaissait déjà son identité, le fait que les Parisiens fissent des conjectures dessus était bien le cadet de ses soucis. Mais, elle n'avait pas particulièrement envie que ses parents fussent au courant.
Surtout après ce qui venait de se passer. C'était une tragédie suffisante à digérer, pour l'instant.
— N'empêche, reprit Tom en se tournant à nouveau vers eux trois, c'était toi, la super-héroïne !
Son sourire était un mélange de fierté, de bouleversement et de terreur. Ce cocktail d'émotions l'emplit de tristesse et de reconnaissance tout à la fois.
— J'aurais pas craché sur un costume de super-héros, alors, déclara-t-elle en riant, son regard se dirigeant vers son bras.
Ce n'était pas un vrai rire.
Pas avec un bras dans cet état.
— Ma chérie, lui dit Sabine, tu sais ce que les médecins ont dit—
— Oui, oui, je sais. Ça peut prendre du temps.
Son bras avait été fracturé, évidemment. Le cerveau embrouillé de Marinette ne lui avait permis de comprendre que des bribes de phrases : les médecins avaient parlé d'une fracture comminutive, d'une opération très délicate, d'une rééducation compliquée et d'une mobilité qu'elle ne retrouverait peut-être pas complètement.
Marinette observa le fixateur externe planté dans son bras. Ce n'était vraiment pas très beau à voir, surtout avec les plaies qui recouvraient sa peau — elle avait beaucoup de points de suture.
Mais, encore une fois, comment pouvait-elle s'inquiéter pour son bras lorsque Papillon pouvait littéralement menacer la vie de chacune des personnes présentes dans cette pièce ?
— Me regardez pas comme ça, soupira-t-elle.
Adrien et ses parents avaient les yeux rivés sur elle. Ce n'était pas de la pitié dans leurs iris, c'était un mélange d'inquiétude, de soulagement et de fierté.
— Ça ira, murmura-t-elle en serrant la main d'Adrien, toujours entrelacée à la sienne. Ça ira.
Marinette se répétait tous les jours que ça allait finir par aller. Qu'aujourd'hui, son bras allait retrouver sa mobilité, qu'aujourd'hui, ils allaient stopper Papillon, qu'aujourd'hui, ils allaient trouver des réponses.
Mais, les semaines passaient, et ça n'allait toujours pas. Nouvel An passa, les vacances de Noël se terminèrent à peine eurent-elles débuté, l'hiver s'écoula sur Paris, le printemps arriva, apportant chaleur et bonne humeur pour tout le monde sauf Marinette.
Parce que le lycée était difficile, qu'allier les cours avec tout le reste ne devenait définitivement pas plus facile avec le temps, que les examens s'approchaient, que l'année touchait à sa fin et que les problèmes restaient les mêmes.
Ils restaient les mêmes, mais étaient tellement différents à la fois. Papillon était toujours là, mais il n'y avait pas eu la moindre akumatisation depuis l'effondrement de la salle de spectacle, l'hiver dernier — ce qui, en soi, n'avait pas vraiment été une akumatisation. Des mois plus tard, et Marinette n'était toujours pas sûre de ce que ç'avait réellement été, d'ailleurs.
Pourquoi cette inaction ? Après des dizaines et des dizaines de discussions avec Adrien, Alya, Nino, Tikki et Plagg, Marinette se doutait bien que la raison n'était pas une soudaine prise de conscience de la part de Papillon.
« Peut-être qu'il s'est vraiment rendu compte qu'il était allé trop loin, cette fois-là, et qu'il a retrouvé la raison, » avait proposé Nino.
« Bien sûr, » avait ironiquement répondu Marinette.
Papillon, retrouver la raison ? L'idée était tellement grotesque que c'en était presque risible.
Presque. Parce que ce n'était pas drôle du tout, en fait. Parce que les choses n'avançaient pas, parce que Marinette n'en pouvait plus de vivre dans cet entre-deux.
Alors, entre rééducation pour ce fichu bras qui semblait, lui aussi, bloqué entre deux états, patrouilles, révisions et crises de nerfs, Marinette continuait ses recherches acharnées pour connaître l'identité de celui qui lui bousillait littéralement la vie.
C'était censé être la meilleure année de sa vie ! Elle était censée la passer avec ses amis, à stresser et réviser ensemble, à s'inquiéter pour leur avenir ensemble et à faire la fête, parce qu'ils étaient au lycée, parce qu'ils n'étaient encore que des adolescents.
Des adolescents qui n'étaient pas censés lutter contre la plus grande menace du pays. Ce n'était pas comme ça que ça devait se passer.
Marinette n'allait pas bien. Vraiment pas.
Surtout que ses moyens de distraction étaient tous complètement illusoires, à présent. Terminé, l'équipe d'athlétisme, à cause de son bras qu'elle détestait peut-être presque autant que Papillon. Terminé, les combats aux côtés de Chat Noir contre les super-vilains. Terminé, les sprints pour lui vider la tête.
Ses muscles disparaissaient au même rythme que son espoir quant à son avenir. Elle ne voyait qu'une page blanche, une page qu'elle ne pourrait tourner que lorsque Papillon lui-même l'aurait décidé.
Il ne lui restait qu'un seul moyen d'évacuer cette tension et cette négativité de son corps. Adrien. Mais, ce dernier moyen n'était plus trop d'actualité.
Il y avait toujours quelque chose. C'étaient les devoirs, les révisions, l'angoisse des examens, ou c'étaient les innombrables activités qu'Adrien, lui, continuait de mener — cours d'escrime, de chinois et de piano, entre autres. C'était les séances de rééducation qui lui prenaient un temps fou ou c'étaient ses parents qui étaient toujours derrière elle. Bien sûr, c'était aussi Papillon, c'étaient les questions qui lui torturaient l'esprit, c'était la peur qu'il se décidât enfin à faire quelque chose. C'était cette nuit cauchemardesque qu'elle se repassait en boucle : elle pouvait toujours entendre les cris, sentir la poussière et ressentir cette sensation oppressante. C'était aussi la cicatrice qu'Adam avait laissé à l'intérieur d'elle, même après tous ces mois. Et c'était Lila, qui n'avait toujours rien fait — elle et Papillon semblaient avoir inventé le terme « passif-agressif » — alors qu'elles se croisaient tous les jours. C'était également les résultats des admissions pour Pratt, l'école de mode de ses rêves, à New-York, qui approchaient.
Et si aucune de ces problématiques ne lui vrillait le crâne, il y avait la fatigue. L'immense, l'incommensurable fatigue qu'elle ne s'arrêtait jamais de ressentir.
Alors, à la fin de la journée, il ne restait plus grand-chose pour Adrien. Il ne restait plus grand-chose pour elle-même, d'ailleurs. Impossible de se souvenir de la dernière fois où elle avait ouvert son carnet de croquis, où elle avait joué à un jeu vidéo ou où elle avait ouvert un livre autre que pour les cours. Impossible de se souvenir de la dernière fois où Adrien et elle s'étaient embrassés plus que cinq secondes, où leurs mains étaient descendues plus loin que la barrière de leurs vêtements.
C'était arrivé, bien sûr. Mais ça n'arrivait plus aussi souvent qu'avant.
Marinette soupira, laissant tomber son dos contre le dossier de sa chaise.
Bien sûr, ils avaient eu des bons moments parmi ces mois difficiles. Les patrouilles pouvaient être amusantes, et ils les terminaient parfois au sommet de la tour Eiffel, à parler, à rire, ou à ne rien dire du tout. C'était reposant, ces moments. Et puis, il dormait souvent chez elle, si bien que s'endormir entre ses bras et se réveiller ses jambes entremêlées aux siennes n'était plus une découverte. C'était familier, c'était rassurant. Ils passaient aussi des moments avec Alya et Nino, et ça leur arrivait parfois de ne pas parler de Papillon.
Des fois, ils riaient et parlaient de choses normales et vivaient normalement. Des fois, ils étaient des adolescents comme les autres.
Des fois.
Mais, ce samedi matin ne faisait définitivement pas partie de ces fois-ci. Assise à son bureau, Marinette lisait et relisait les notes qu'elle avait accumulées sur Papillon, sur ses hypothèses, sur les informations qu'elle possédait jusqu'ici. Elle faisait souvent cela : se replonger dans les mots qu'elle avait écrit des semaines, des mois plus tôt, comme si quelque chose allait lui sauter aux yeux.
Ça valait le coup d'essayer, en tout cas.
Son stylo entre ses doigts, Marinette prit une gorgée de café — déjà son deuxième de la matinée — et laissa son regard se balader le long des pages noircies de ses propres idées.
Elle observa les notes qu'elle avait tenu à propos de ce jour-là. Ce n'était qu'un mois plus tard qu'elle avait eu la force nécessaire pour coucher chaque évènement sur le papier.
Les pages étaient tachées par endroit — c'étaient ses larmes. L'écriture était incertaine, les mots étaient parfois mal choisis, déformés par l'émotion. Mais les informations étaient là.
Toutes ses pensées étaient matérialisées devant elle. Pourquoi Papillon était forcément celui qui avait causé cet effondrement ? C'était la première question à laquelle elle répondait.
« Je suis sûre que Papillon est à l'origine de tout ça. Alya et Nino me disent que ça pourrait être seulement un accident, mais c'est impossible. Pourquoi le plafond se serait écroulé pile au moment où on était sur scène, avec Adrien ? Pourquoi il se serait écroulé, tout court, alors que le spectacle était prévu depuis des mois et qu'il y avait eu des répétitions et des vérifications de partout ? C'était lui. C'était forcément lui. J'ai dû rater quelque chose. Peut-être qu'il était là, juste devant nos yeux, et que je n'ai rien vu.
Adrien me croit, lui. Il dit qu'il avait senti que c'était un coup de Papillon. Et je vois ce qu'il veut dire. Après toutes ces années, on a quand même un sixième sens, un sens qui nous permet de savoir s'il s'agit d'une attaque de Papillon ou d'une catastrophe qui n'a rien de surnaturelle.
Et, cette fois-ci, c'était surnaturel.
Parce que c'est déjà arrivé, qu'il y ait des accidents sans que ce ne soit la faute de Papillon. Des incendies, des explosions, tout un tas de tragédies. Et, là non plus, mon Lucky Charm ne pouvait rien faire. Là aussi, il y a eu des morts.
Mais, ça a été différent, cette fois. Je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable à chaque fois que j'y pense, parce que je n'ai pas pu utiliser mon Lucky Charm — même si j'avais pu me transformer, ç'aurait été inutile, parce qu'il n'y avait, en soi, aucun super-vilain sur les lieux. Personne n'a rien vu, en tout cas.
Papillon nous visait, Adrien et moi. Il nous visait, nous, et il a tué des gens. Des gens sont morts. Des gens ont été blessés. À cause de nous. Parce qu'on n'arrive pas à le stopper, depuis toutes ces années.
Des gens sont morts. J'ai tué des gens.
Je ne suis plus sûre d'être une si bonne Ladybug que ça. Avec ou sans le masque. »
Marinette sentit les larmes perler aux coins de ses yeux à mesure qu'elle déchiffrait ses mots. Cette culpabilité n'était que trop familière — elle pouvait encore la sentir au fond de son cœur, au creux de sa gorge et là, dans son estomac.
Ce n'était plus ce sentiment acide et poignant, comme au début. C'était plus mesuré, c'était teinté de raison et de perspective, ce qu'elle avait mis du temps à acquérir. Mais c'était toujours là.
Et ce serait toujours là.
Marinette soupira, le bout de son stylo tapotant nerveusement son carnet. Il était à peine neuf heures, pourtant son cerveau débordait déjà. Elle avait terriblement besoin d'une distraction, de quelque chose, n'importe quoi, pour que ses idées furent dirigées vers quelque chose d'autre que le plan machiavélique, quel que fût-il, de Papillon.
Soudain, alors que Marinette envisageait sérieusement de se transformer et d'aller se défouler sur les toits de Paris, quelqu'un toqua.
— Oui ?
D'un coup de pied, elle fit rouler sa chaise, se retrouvant face à Adrien qui refermait la trappe menant à sa chambre derrière lui.
— Salut, toi.
Marinette sentit un léger sourire lui étirer les lèvres.
— Salut, murmura-t-elle alors qu'il se rapprochait, jusqu'à déposer un baiser sur son front, ce qui ne la fit sourire que davantage. Qu'est-ce que tu fais ici ?
Il haussa les épaules. Son teint était plus uniforme que d'habitude, ses sourcils légèrement plus foncés et ses cheveux brossés vers l'arrière. Il revenait d'une séance photo.
— J'ai eu un shooting très tôt ce matin, expliqua-t-il, affirmant ce qu'elle pensait déjà. C'était pas très loin d'ici, alors...
Il se laissa tomber sur son divan, recouvrant les coussins de son odeur que Marinette aimait tant. Elle ramena un genou contre sa poitrine, son cœur déjà plus léger qu'il y a une minute.
Il l'aidait beaucoup. À se sentir mieux. À vivre.
— Pas très loin comme « vraiment pas très loin » ou pas très loin comme « j'étais littéralement à l'autre bout de Paris » ?
Son sourire atteignit jusque dans ses yeux lorsqu'elle remarqua le voile rouge qui s'était jeté sur ses joues.
— Tu fais quoi ? demanda-t-il alors, son regard par-dessus son épaule, là où se trouvaient son carnet et sa tasse de café.
Marinette haussa les épaules.
— Un peu de réflexion matinale.
Adrien ferma les yeux et elle ne voulait pas voir cette expression dans son regard lorsqu'il allait rouvrir les paupières, alors elle tourna à nouveau sa chaise.
— Il faut bien que quelqu'un le fasse, Adrien, soupira-t-elle en fermant son carnet — elle ne tenait pas particulièrement à ce qu'il le lût.
— Je sais, répondit-il et Marinette se sentit frissonner lorsque son souffle heurta le creux de son cou.
Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il fût si près.
— Je sais, ma Lady, murmura-t-il, son menton posé sur le sommet de sa tête. Je fais des recherches de mon côté, aussi. Et Alya et Nino. À nous quatre, on trouvera. Ce n'est qu'une question de temps.
Marinette soupira à nouveau, bien qu'elle se détendît sous son étreinte.
— On n'a plus beaucoup de temps, mon chaton.
— Je sais, répéta-t-il. Je sais.
Elle ferma les paupières, se concentrant sur la chaleur de sa présence, ignorant cette peur qui lui tordait l'estomac.
— Tu as mangé ce matin ?
— Non.
— Tu as fait autre chose hier soir ?
— Non.
— Marinette—
— J'y arrive pas, murmura-t-elle. Pas quand je suis toute seule. J'arrive pas à penser à autre chose.
Il fit glisser sa main le long de son bras — son bras valide. Son menton quitta le sommet de son crâne et ses lèvres se déposèrent contre sa joue.
— Je peux rester avec toi aujourd'hui, chuchota-t-il contre sa peau. On pourra regarder un film et résoudre cet exercice de maths impossible que Madame Perrin nous a donné.
— Ça a l'air sympa.
Son rire envoya un souffle d'air chaud contre sa joue. Elle tourna légèrement le visage, suffisamment pour pouvoir plonger ses yeux dans les siens.
— On fera ce que tu veux.
— Ce que je veux ? répéta-t-elle, un sourcil haussé.
— Hmmm...
Il se mit à sourire. Elle aussi.
— J'ai peut-être une petite idée, murmura-t-elle contre ses lèvres.
Sa main quitta son avant-bras et se glissa jusqu'à sa taille.
— Tu veux t'occuper de la SVT, plutôt ?
Le rire qui fit vibrer ses cordes vocales se propagea jusqu'à son cœur. Une fois que les rires avaient cessé et que les sourires étaient retombés, Marinette frôla ses lèvres des siennes, appréciant l'élan d'impatience qui recouvrit sa peau de frissons.
Adrien s'occupa du reste : il effaça les derniers centimètres qui persistaient entre eux et l'embrassa.
Alors qu'il tournait complètement la chaise vers lui et qu'elle passait son bras droit autour de son cou, un bruit aussi soudain qu'assourdissant retentit.
— Marinette ! Marinette ! Marinette ! appela son père en poussant la trappe, se retrouvant dans sa chambre en une seconde.
Adrien sauta en arrière, les joues rouges et l'air effrayé. Heureusement, Tom ne remarqua même pas ce qu'il venait d'interrompre — ou si c'était le cas, il ne le montra pas. Toute son attention était rassemblée sur l'enveloppe qu'il tenait dans sa main.
— Papa ?
Les sourcils froncés, Marinette se leva.
— Qu'est-ce que—
Les pièces s'assemblèrent dans son esprit. Elle pouvait presque entendre le clic de l'engrenage qui se mettait en route.
C'était une lettre.
— C'est bien ce que je crois ?
Son cœur cognait sa cage thoracique, rendant chaque battement douloureux. Adrien s'avança derrière elle, le visage au-dessus de son épaule alors qu'elle prit la lettre entre ses doigts tremblant.
En écriture cursive était inscrit : Pratt Institute, Brooklyn Campus.
— Oh, merde, lâcha Adrien.
Ce mot était tombé de sa bouche avec une telle spontanéité que Marinette aurait pu éclater de rire. Mais c'était ce qu'elle se répétait en boucle dans son esprit. « Merde, merde, merde, merde— »
— Ouvre la ! s'impatienta Tom.
Il respirait fort, preuve qu'il avait foncé jusqu'à sa chambre à la seconde où ils avaient reçu cette lettre.
Marinette déchira l'enveloppe, ses battements de cœur résonnant contre ses tempes. Boum-boum, boum-boum, boum-boum. Il allait finir par exploser.
« Dear Marinette Dupain-Cheng... »
Marinette abaissa soudainement l'enveloppe, les lèvres tremblantes.
— J'ai peur.
Adrien posa ses mains sur ses épaules, massant doucement ses muscles tendus.
— Allez, ma chérie ! l'encouragea son père. Tu attends ça depuis tellement longtemps !
Marinette prit une grande inspiration, tentant de ralentir son cœur devenu indomptable.
— Ils seraient fous de te dire non, murmura Adrien.
Un frisson d'angoisse et de hâte et de lui se rependit le long de son dos. La lettre se retrouva à nouveau devant ses yeux.
Déchiffrer les mots qui y étaient inscrits était difficile. Ce n'était pas tellement le fait que ce fût en anglais mais surtout le fait que chaque cellule de son corps n'était plus qu'appréhension et doute.
Et si c'était une erreur ? Et si elle n'était pas faite pour travailler dans ce milieu ? Et si New-York lui faisait trop peur, finalement ? Et si—
Ils avaient dit oui.
— Oh mon Dieu, souffla-t-elle.
Les mains d'Adrien se crispèrent contre ses épaules. Il venait de lire la même chose qu'elle. Les yeux de Tom étaient écarquillés, son corps entier en attente d'une réponse.
— Oh mon Dieu ! hurla-t-elle.
— Quoi ? cria Tom. Quoi ?
— C'est oui !
— C'est oui ?
— C'est oui ! répéta-t-elle.
Alors que les larmes se mirent à rouler le long de ses joues, Marinette se retrouva dans les bras de son père, dans ceux d'Adrien, étouffée par l'amour et la fierté de toute une vie.
Marinette n'avait pas réalisé à quel point elle adorait être Ladybug jusqu'à ce qu'elle en fût privée. C'était le fait d'aider les gens, de se sentir utile qui lui manquait, bien sûr.
Mais c'était surtout l'adrénaline. Le cœur qui s'accélère à chaque attaque d'akuma, les muscles qui s'enflamment lors des combats, les neurones qui chauffent à chaque Lucky Charm utilisé. Cette sensation d'urgence qui inonde chaque cellule de son corps.
Marinette était très partagée sur ces soudaines vacances que semblait s'accorder Papillon.
D'un côté, c'était le stress constant de savoir qu'une attaque d'akuma pouvait arriver n'importe quand qui s'était essoufflé mais qui avait été remplacé par l'angoisse permanente de se demander si Papillon connaissait vraiment leurs identités. C'était aussi son temps qui n'était plus utilisé par les super-vilains mais qui était maintenant mis à profit pour démasquer Papillon. C'était son bras qui ne risquait pas d'être encore plus massacré qu'il ne l'était déjà mais c'était également son corps qui perdait petit à petit de sa masse musculaire et de sa dextérité.
C'était une balance qui penchait d'un côté, puis de l'autre. Une balance parfaitement équilibrée, piégée dans un entre-deux que Marinette détestait.
La seule chose qui n'avait définitivement pas d'équivalent négatif, c'était le fait que personne n'avait remarqué l'état du bras de Ladybug. Les patrouilles étaient généralement nocturnes et les photos de Chat Noir ou d'elle-même étaient devenues rares, ainsi que les opérations de sauvetage qu'ils pouvaient être amenés à faire.
Paris était incroyablement tranquille. Mais Marinette n'y voyait là que le calme avant la tempête.
Elle n'allait pas penser à tout cela ce soir. Pas après avoir appris qu'elle avait été acceptée dans l'école de ses rêves. Celle sur laquelle elle avait regardé tous ces reportages, imaginé tant de choses, travaillé si dur. Elle n'allait pas penser qu'elle n'allait probablement pas pouvoir y aller à cause de Papillon. Elle n'allait pas penser à la manière dont elle allait expliquer cela à ses parents.
Pas ce soir.
Parce que ce soir, Adrien — Chat Noir — lui avait dit de le retrouver en haut du musée d'Orsay. Il avait souri, de ce petit sourire en coin qu'elle aimait tant, et une lueur malicieuse avait brillé dans ses grands yeux verts.
Marinette ne se sentait pas vraiment Ladybug alors qu'elle courait à travers les toits de Paris. Elle ne sentait pas vraiment Marinette non plus.
Elle avait l'impression d'être un mélange des deux. D'être elle-même.
Un sourire au coin des lèvres, elle utilisa son bras valide pour envoyer son yo-yo s'agripper à une des tours du monument. Elle avait mis plus de temps à venir qu'elle ne l'aurait fait il y a quelques mois et elle était plus essoufflée qu'elle ne le devrait l'être, mais elle atterrit sur le toit du musée avec une certaine souplesse.
Le mois de mai était déjà entamé, amenant avec lui une chaleur printanière et une brise rafraîchissante. Le soleil se couchait sur Paris, baignant la capitale dans des reflets crépusculaires et recouvrant la Seine d'une nappe orangée.
C'était une belle fin de journée, sans aucun doute.
— Ma Lady.
Chat Noir avait murmuré son surnom au creux de son cou, la faisant frissonner tout entière. Ses bras enroulèrent sa taille et ses lèvres se posèrent contre sa joue.
— Chaton, souffla-t-elle en réponse.
— Prête à voir ta surprise ?
Ladybug se retourna dans ses bras.
— J'ai une surprise ?
La légère brise balayait les cheveux de Chat Noir, si bien que Ladybug pouvait sentir l'odeur de miel qui s'en émanait. Elle voulait plonger son nez dedans.
Mais ses longs doigts gantés attrapèrent délicatement son menton, jusqu'à ce que son visage fût complètement dressé vers le sien.
Son sourire en coin ne le quittait pas.
— Évidemment.
Ses lèvres frôlèrent les siennes, sans jamais les toucher. Ladybug ferma les paupières et ne bougea pas d'un centimètre.
— Suis-moi.
Ses doigts quittèrent son menton pour aller s'entrelacer aux siens. Il la guida jusqu'au bâtiment principal, celui qui était frappé par l'horloge. Ils atterrirent sur la plateforme surmontée d'une tour, à l'abri des regards.
Ladybug en eût le souffle coupé.
Un tas de couvertures étaient éparpillé, recouvrant le matériau froid par une couche de textile doux et confortable. Autour, il y avait des dizaines de bougies qui répandaient leur lumière alors que le soleil continuait de se coucher sur la capitale.
Ladybug s'approcha avec prudence, découvrant un panier rempli de tout ce qu'elle aimait. Il y avait du chocolat — beaucoup de chocolat —, des macarons, quelques pâtisseries de la boulangerie, des photos — elle pouvait apercevoir le sourire d'Adrien d'ici — et un carnet qui attira davantage son attention.
Elle s'accroupit, laissa son doigt courir le long des couvertures et un frisson d'impatience courir le long de son dos et attrapa le carnet. Son cœur fit un looping dans sa poitrine lorsqu'elle tourna la première page. « Première règle : pas de distraction physique quand on parle de ça. »
Un son entre un rire et un sanglot quitta ses lèvres.
— Adrien... murmura-t-elle.
Il s'agenouilla à côté d'elle, son sourire redressant l'entièreté de ses lèvres cette fois-ci. Son pouce vint essuyer la larme qui menaçait de s'échapper de son œil.
— Je suis tellement fier de toi, chuchota-t-il.
La seconde d'après, Ladybug jeta ses bras autour de son cou, nicha son visage dans son cou et le serra tout contre lui. Elle voulait se perdre dans sa chaleur, dans son odeur, dans chacune des choses qui faisaient qu'il était cette personne qu'elle aimait tant.
Sa peau frissonna sous son costume lorsque les griffes de Chat Noir coururent le long de son dos. Son souffle se bloqua un instant dans sa gorge alors qu'une bouffée de plaisir se rependit en même temps que la chair de poule.
Ladybug éloigna son visage de son cou jusqu'à ce qu'il fût si près de celui de Chat Noir qu'elle pouvait frôler ses lèvres des siennes.
Et c'est ce qu'elle fit.
Sauf qu'elle ne se contenta pas de les frôler. Elle l'embrassa, l'embrassa jusqu'à ce que cette voix dans sa tête, cette voix qui questionnait, qui hurlait, qui murmurait, jusqu'à ce qu'elle ne fût que silence.
C'était si reposant, de ne plus penser à rien — sauf à Chat Noir. C'était si reposant que c'en était addictif. Ses lèvres étaient sûrement recouvertes de la même drogue puisque Chat Noir lui rendit son baiser au centuple.
Ils se retrouvèrent sur ces couvertures qui étaient aussi confortables qu'elles en avaient l'air. Chat Noir la hissa sur ses genoux et Ladybug rapprocha son bassin du sien, jusqu'à ce que ses cuisses fussent de part et d'autre de ses hanches.
Même s'ils étaient sous leur forme héroïque et que leurs capacités physiques étaient décuplées, cela ne leur empêchait pas d'avoir besoin de respirer. Alors, le baiser prit fin, mais ce besoin l'un de l'autre ne s'arrêta pas de grandir pour autant.
Tout s'enchaîna à une vitesse folle, si folle que Ladybug en avait la tête qui tournait. Leurs transformations disparurent, les costumes furent remplacés par des habits, le cuir par de la peau.
Il était là, si près d'elle, avec ses beaux yeux verts et ses cheveux qui reflétaient le coucher de soleil. Il était tout près mais Marinette le trouvait encore trop loin.
Comment allait-elle faire, si elle le trouvait trop loin alors qu'il était juste à côté, comment allait-elle faire lorsqu'elle serait à des milliers de kilomètres de lui ? Marinette repoussa cette pensée aussi loin qu'elle le pût en appuyant à nouveau ses lèvres contre les siennes. Le dos d'Adrien tomba contre la pierre de la tour et ses mains s'installèrent au creux de sa taille. Marinette frissonna et sa langue frôla la sienne.
Le tee-shirt d'Adrien se retrouva sur les couvertures. Marinette caressa ses épaules, apprécia la sensation de ses muscles sous ses doigts, de sa peau chaude sous la sienne. Les lèvres d'Adrien se décollèrent des siennes lorsque sa main se mit à descendre le long de son torse. Marinette pouvait sentir la rigidité de ses abdominaux mais elle pouvait aussi sentir la forme de ses côtes.
Elle ne dit rien. La crispation d'Adrien en disait bien assez.
Ses lèvres se posèrent tendrement contre sa mâchoire alors que ses mains remontèrent jusqu'à ses épaules avant de glisser le long de ses bras.
— T'es magnifique, murmura-t-elle en embrassant sa joue.
Elle sentit ses mains se serrer autour de sa taille. Bien sûr, c'était un fait commun qu'Adrien Agreste était beau. Mais les mots de Marinette allaient au-dessus de ça. Il le savait.
C'était ce qu'il détestait le plus chez lui qu'elle disait magnifique. Les cicatrices qu'elle avait sur le bras, lui, il les portait à l'intérieur. Sa minceur était comme si ses séquelles étaient trop grosses, trop importantes pour n'être portées que par son cœur.
En réponse, Adrien fit glisser la veste de Marinette de ses épaules jusqu'à ce qu'elle rejoignît son tee-shirt et entreprit d'embrasser chacune des marques qui lézardaient son bras gauche. Il y en avait une quantité considérable. De sa main jusqu'à son épaule, il posa ses lèvres sur chacune d'entre elle.
Lorsqu'il arriva à la bretelle de son débardeur, Adrien la fit glisser le long de son bras. Ce fût à ce moment qu'il se rendit compte que Marinette tremblait contre lui.
Son regard se leva automatiquement vers le sien. Ses yeux étaient humides.
— Marinette ? l'appela-t-il en posant sa main contre sa joue.
Ses paupières se fermèrent. Adrien embrassa la larme qui s'échappait de son œil.
— Désolée, souffla-t-elle.
— Non, murmura-t-il, c'est moi. J'aurais dû te demander—
— Tu pourrais recommencer ?
Elle rouvrit timidement les yeux. Ses cils étaient bordés de larmes.
— Tu... T'aimes ça ?
— Hmmm. Ça fait du bien.
Il ne questionna pas l'origine de ses larmes, ni le contraste avec le sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Non, il embrassa à nouveau les cicatrices qui ornaient son bras, savourant la douceur de sa peau et la chaleur de ce moment, ou l'inverse, peu importe.
Baiser après baiser, Adrien montra à Marinette de mille manières différentes la magnificence de ses cicatrices, tout comme elle l'avait fait avec lui. C'était quelque chose qu'elle faisait depuis des mois : le fait de l'accepter dans sa globalité, de l'aimer même lorsqu'il était brisé.
Le débardeur de Marinette fût retiré et Adrien continua d'explorer sa peau. Il posa ses lèvres sur cette cicatrice entre ses seins, caressa de sa langue celle qui se trouvait près de clavicule, embrassa la plus profonde de toutes : celle de son cœur.
Marinette se rapprocha de lui lorsque ses lèvres touchèrent son sein gauche. Sa main rejoignit sa bouche et il se délecta de la rapidité et de l'intensité des battements de son cœur sous ses doigts.
Adrien connaissait son corps par cœur mais il avait l'impression de le découvrir à nouveau. Ils avaient été dans cette situation des centaines de fois mais ce n'avait jamais été comme ça.
Ce soir, Adrien sentait une étrange émotion lui serrer le cœur. Comme de la nostalgie. Mais pourquoi serait-il nostalgique alors qu'il était avec Marinette à ce moment précis ?
Il ne s'était pas senti aussi bien depuis des mois, alors pourquoi cette inconfortable sensation ?
Adrien repoussa ses questions au fin fond de son esprit et emprisonna le téton de Marinette entre ses lèvres. Il savait à quel point cet endroit de son anatomie était sensible.
Un sourire se dessina sur son visage lorsque le souffle de Marinette se coupa et qu'elle rapprocha à nouveau son bassin du sien. Elle l'avait probablement senti, puisqu'une de ses mains alla se perdre dans ses cheveux, le maintenant contre lui — ce qui ne le fit sourire que davantage.
Sa ceinture quitta les passants de son pantalon grâce aux doigts tremblants de Marinette et il fit glisser son short en coton le long de ses jambes en se demandant s'il ne s'agissait pas en fait de son short.
Cette capacité qu'elle avait à lui dérober tant d'habits l'amuserait toujours. Ça ne le dérangeait pas, elle était bien trop adorable dans ses propres vêtements qu'il lui aurait donné chacun d'entre eux si elle le lui avait demandé.
Ses lèvres souriantes ne se redressèrent que plus lorsque les doigts impatients de Marinette se mirent à déboutonner son pantalon. Son grognement de frustration se confondit en gémissement de plaisir lorsqu'il mordilla sa peau. La chaleur de sa poitrine disparut en même temps que son poids contre lui.
Il leva le visage vers ses joues rouges et ses lèvres entrouvertes, lisant son propre désir dans ses yeux céruléens.
Son pantalon fut vite retiré pour qu'elle revînt vite contre lui et qu'il posât vite ses lèvres contre les siennes. Son dos fut à nouveau appuyé contre le bâtiment les hanches de Marinette contre les siennes.
Il ne savait plus si les gémissements étouffés venaient d'elle ou de lui, ne savait plus si c'était Marinette qui roulait son bassin ou si c'était lui qui faisait bouger son corps.
Elle était partout. Il sentait ses tétons durcis par le désir appuyer contre son torse, il sentait ses petites mains qui étaient si fortes courir le long de son corps, il sentait la chaleur entre ses cuisses rivaliser avec la sienne, il sentait le goût sucré de ses lèvres contre la sienne, la douceur de sa langue caresser la sienne, il sentait ses genoux de part et d'autre de ses hanches, il sentait la légère brise printanière frôler sa peau nue, il sentait ses cheveux, ses cheveux interminables à la douceur satinée, toucher sa main échouée contre sa taille.
Il la sentait partout.
Adrien laissa son autre main glisser le long de son dos, semant frisson après frisson, jusqu'à agripper ses fesses avec douceur et impatience tout à la fois. Marinette roula à nouveau ses hanches contre les siennes et il dût décoller ses lèvres des siennes pour respirer.
Ils haletaient l'un contre l'autre, perdus dans leur contemplation et leur désir.
Adrien laissa tomber son front contre son épaule, essayant de calmer le tambour que jouait son cœur. Marinette cessa de bouger, elle aussi, et laissa une de ses mains rejoindre sa nuque, caressant les cheveux qui s'y trouvaient.
— Désolé, souffla-t-il entre deux respirations saccadées. J'ai... besoin d'une minute.
— D'accord, murmura-t-elle d'une voix rauque qui le fit frissonner. Tout va bien.
C'était comme si son cerveau n'arrivait plus à suivre son corps — ou l'inverse, il ne savait pas vraiment lequel des deux était à la traîne.
Bien sûr, ils avaient fait des choses durant tous ces mois. Ils étaient humains, après tout, et adolescents, en plus de ça. Mais il y avait toujours quelque chose qui faisait que leur esprit n'était jamais complètement là.
Il devait déjà y avoir un alignement des astres pour que leur fatigue et leur emploi du temps leur permissent de ne pas s'endormir à la seconde où ils s'installaient dans le lit de Marinette. Mais, si cet alignement avait lieu, leurs mains se baladaient, leurs doigts se perdaient sous la couverture, leurs lèvres caressaient le corps de l'autre. La plupart du temps, c'était l'affaire de quelques minutes, parce que leur épuisement les rattrapait ou qu'ils avaient juste envie de se perdre dans une étreinte chaste et tranquille. Ou les deux.
Durant tout ce temps, c'était évidemment arrivé qu'une passion dévorante les consumât. Mais ils ne prenaient jamais vraiment le temps. Ils n'en avaient pas. Ce n'était plus vraiment quelque chose qu'ils faisaient à deux, mais quelque chose qu'ils faisaient l'un à l'autre. Ils n'allaient pas plus loin que les préliminaires, même si Adrien avait toujours trouvé cette connotation stupide. Comme si c'était la première étape, comme si c'était le début, comme si ça obligeait à continuer. Marinette et lui s'en tenaient à ça et ça lui allait très bien.
Ce qu'il désirait vraiment, c'était de la faire sourire, de toute façon. Son rire, cette fossette qui se creusait dans sa joue gauche, la jolie rougeur de ses joues, c'était ça qui lui apportait du plaisir.
Il déposa ses lèvres contre son épaule, contre ce grain de beauté qu'il aimait tant et prit une longue inspiration, s'imprégnant de son odeur qui le faisait se sentir chez lui. Elle sentait les pâtisseries et la vanille, elle sentait comme un petit-déjeuner de dimanche matin, comme cette sensation quand on se remémore de bons souvenirs en riant, comme un ciel d'été constellé d'étoiles.
Il voulait la dévorer tout entière, voulait s'enfouir en elle jusqu'à ce qu'ils ne fussent qu'un, voulait se greffer à son corps pour qu'elle fût avec lui pour l'éternité, voulait mordre et embrasser et lécher chaque recoin de sa peau douce et sucrée.
— Princesse, murmura-t-il dans son cou.
— Mhmm.
Ses bras étaient passés autour de son cou, ses seins pressés contre son torse. Eux aussi, ils voulaient les dévorer tout crus. Il adorait chaque centimètre de Marinette mais il devait avouer qu'il avait un faible pour ses seins. Et pour ses fesses. Elle avait de très jolies fesses.
(La main qui était toujours posée dessus se serra autour de sa peau lorsque cette pensée lui traversa l'esprit.)
(Il sourit lorsque Marinette rata une respiration.)
Il les trouvait mignons. Ce n'était probablement pas le premier adjectif qui venait à l'esprit de la plupart des gens en pensant à des seins, mais il n'était pas la plupart des gens. Plus important, Marinette n'était pas la plupart des gens, et encore moins ses seins. Ils étaient plus petits que la majorité des autres qu'ils avait déjà vus, plus petits que ceux qu'ils voyaient sur Internet, plus petits que ceux qu'ils avaient aperçus du coin de l'œil sur certaines séances photos. Ses mains pouvaient les recouvrir entièrement, ce qui ne cessait jamais de le fasciner, la manière dont leurs corps s'emboitaient. Ses taches de rousseur couraient le long de sa poitrine et il y en avait une, plus grosse que les autres, juste au-dessus de son téton droit. Il lui avait toujours dit que ça avait la forme d'un croissant et elle lui répondait toujours en riant et en levant les yeux au ciel.
Il posa ses lèvres derrière son oreille, ses cheveux lui chatouillant le bout du nez. Oh, il adorait ses cheveux aussi. Ils étaient si longs désormais qu'ils touchaient le bas de son dos et étaient si doux. Et ils sentaient bon. Ils sentaient toujours la vanille.
— Marinette, murmura-t-il.
— Quoi ? demanda-t-elle en frissonnant.
— Ma Lady.
— Tu vas tous les faire ?
Le léger rire qui agita son corps fit bouger son bassin contre le sien.
— Buginette.
Cette fois-ci, elle recula son visage pour plonger ses yeux dans les siens. Ses sourcils étaient haussés et un éclat d'amusement flottait dans ses yeux.
— Quoi ? murmura-t-elle.
— J'ai faim.
Ses yeux se plissèrent.
— Maintenant ?
— Hmmm.
Au moment où elle se pencha pour attraper quelque chose dans le panier qu'il avait ramené, il passa ses deux bras autour de sa taille et la fit basculer contre les couvertures. Un cri de surprise lui échappa mais Adrien l'embrassa au même moment.
— Je croyais que t'avais faim, articula-t-elle contre ses lèvres, ses mains allant et venant le long de son dos.
— J'ai faim.
Sa bouche quitta la sienne et descendit jusqu'à son cou. Il sentait le bout de ses doigts appuyer contre ses omoplates.
— Oh, lâcha-t-elle. Je crois que j'ai compris.
Son sourire en coin continua de descendre le long de son corps, atteignant les taches de rousseur de sa poitrine.
— Mais—
Sa phrase se transforma en gémissement lorsqu'il fit courir sa langue jusqu'au petit croissant sur son sein droit.
— Mais ?
— Je— J'ai besoin d'une démonstration. Tu sais, pour être mhmm... pour être sûre.
Le souffle de son rire heurta le haut de son ventre, semant la chair de poule sur sa peau laiteuse. Il appréciait la rigidité de ses abdominaux sous ses lèvres, leur contraction à chaque fois qu'il y posait sa langue. Même après des mois passés sans akuma et sans sport, ou presque, elle était toujours musclée. Il adorait ça, aussi.
Ses doigts se glissèrent de chaque côté de son sous-vêtement, embrassant sa peau à mesure qu'elle lui était révélée.
— La perds pas, lui dit-elle en haletant.
Adrien acquiesça tout contre elle, posant sa culotte là où leurs autres habits se trouvaient. Lorsqu'il baissa à nouveau son visage entre ses cuisses, Marinette se redressa.
— Attends, souffla-t-elle, les joues rouges.
— Ça va ? Tu veux arrêter ? demanda-t-il en posant son menton contre son nombril.
— Non, répondit-elle en souriant.
Elle sembla hésiter un instant.
— J'ai faim, moi aussi, murmura-t-elle en rougissant davantage.
Adrien sourit contre son ventre.
— J'ai une idée.
Marinette haussa un sourcil et il embrassa sa peau une dernière fois. Il se laissa tomber à côté d'elle, dos contre les couvertures.
— Viens-là.
Les sourcils froncés mais le sourire aux lèvres, Marinette attrapa la main qu'il lui tendait jusqu'à ce que ses cuisses fussent de part et d'autre de son buste.
Adrien observa ses seins sous cet angle, l'impatience et le désir faisant battre son cœur.
— Retourne-toi.
Elle lui obéit, un éclat de compréhension dans le regard. Adrien attrapa ses hanches, ses yeux roulant le long de ses cheveux, de la chute de ses reins, de ses fesses juste devant lui.
— T'es sûr de ce que tu fais ? lui demanda-t-elle alors qu'elle se pencha au-dessus de son corps et retira son sous-vêtement, la dernière barrière qui persistait entre eux.
Son souffle chaud entre ses cuisses le fit fermer les paupières une seconde.
— Non, avoua-t-il. Mais j'ai envie de le faire. T'as envie de le faire, ma Lady ?
— J'ai envie de le faire, confirma-t-elle, un sourire dans la voix.
— Il faudrait juste que tu recules un tout petit peu...
Son bassin suivit ses paroles jusqu'à ce que sa bouche fût juste entre ses cuisses.
— Parfait, murmura-t-il.
Il ne perdit pas une seconde. Il plongea ses lèvres dans le meilleur dessert qu'il n'avait jamais goûté, se délectant de l'essence pure de Marinette qui explosa contre sa langue.
— Oh mon Dieu, entendit-il, Adrien.
Sa seule réponse fut d'appuyer un peu plus ses doigts contre ses hanches et de presser sa langue un peu plus entre ses jambes. Il sentit son gémissement vibrer contre lui au moment où chaleur et humidité se refermèrent autour de son érection. Son désir explosa au creux de son ventre et Adrien dût se concentrer pour que ses hanches ne fussent pas agitées par un mouvement de va-et-vient.
Les cheveux de Marinette glissèrent de chaque côté de son dos, caressant les côtés de son torse alors que ses doigts couraient le long de sa cuisse. Sa main rejoignit ses lèvres, allant et venant avec lenteur et habilité.
Adrien, la tête lui tournant à cause du plaisir qui se répandait dans ses veines, glissa ses doigts entre ses cuisses jusqu'à ce que deux d'entre eux fussent à l'intérieur d'elle. Les jambes de Marinette se mirent à trembler contre lui alors que sa bouche entoura son clitoris.
Respirer était difficile, réfléchir était difficile, ne pas relever ses hanches contre Marinette et continuer les mouvements de ses doigts et de sa langue simultanément alors qu'une chaleur impossible se propageait dans le creux de son ventre était difficile.
Mais il continuait, continuait de courber ses doigts vers le haut, continuait de faire courir sa langue tout contre elle, ingérant chaque goutte de son plaisir qui coulait tout contre lui.
Peut-être que c'était à cause des phéromones — ou quelque chose comme ça — mais Adrien avait vraiment l'impression de dévorer le plus fabuleux des desserts. Le goût sucré se mariait avec une touche acide qui lui laissait une sensation étrangement plaisante sur le bout de la langue.
Il ne s'en lasserait jamais. Impossible.
Ses doigts venaient probablement de toucher un point sensible puisque le gémissement de Marinette fût audible même si ses lèvres étaient occupées. Il répéta ce mouvement, encore et encore, sa langue continuant de la dévorer.
La chaleur de sa bouche alla loin autour de lui, plus loin que d'habitude. À peine eût-il le temps de s'en rendre compte qu'une vague de tremblements agita ses jambes. Au même moment, Marinette se contracta avec force autour de ses doigts et ses cuisses se contractèrent une dernière fois.
Adrien se rendit compte qu'il était sur le point d'avoir un orgasme juste au moment où il eût un orgasme. Un tsunami de plaisir le terrassa tout entier, le faisant enfoncer ses ongles dans la chair de Marinette et le faisant gémir sans retenue.
Il ressentit tout. Ses cheveux caresser sa peau, son essence recouvrir ses lèvres, ses tétons chatouiller son ventre, ses lèvres toujours autour de lui.
C'était intense, tellement intense qu'il pensa un instant qu'il n'allait plus jamais redescendre du nuage où Marinette l'avait emmené.
Mais il fût ramené sur terre, sur les couvertures étalées sur le toit du musée d'Orsay, avec Marinette. C'était peut-être encore mieux que le nuage.
Sauf qu'ici, son cerveau fonctionnait.
— Mari, articula-t-il alors qu'il entendit sa bouche s'éloigner de lui. Mari, je— Je suis désolé—
— Ça va, entendit-il.
Elle se laissa tomber à côté de lui et utilisa ses dernières forces pour que sa tête fût à côté de la sienne.
— Je te jure, je l'ai pas senti venir, je suis désolé, ça a fait boum d'un seul coup ! expliqua-t-il en mimant une explosion avec ses mains.
Le rire de Marinette ramena le calme dans son esprit.
— C'est pas grave, assura-t-elle en souriant. Mais, essaie de me prévenir la prochaine fois.
— Promis.
Il l'attira contre lui, entremêlant leurs jambes, perdant son nez dans ses cheveux à la vanille.
— C'était quelque chose, soupira-t-elle en ramenant une des couvertures sur eux.
— Une note sur dix ?
— Hmmm... réfléchit-elle en souriant contre sa peau. Je dirais huit. Parce que wow, tu vois.
Le rire d'Adrien se décalqua sur Marinette.
— Mais ?
— Je préfère te voir, déclara-t-elle en se redressant.
La couverture glissa jusqu'en bas de son dos et Adrien la remplaça par son bras qu'il glissa autour de sa taille.
— Ah oui ?
— Mhm, acquiesça-t-elle en souriant. T'es plutôt agréable à regarder.
— Ma Lady ! T'essaies de me faire du gringue ?
Le rire cristallin de Marinette le fit frissonner et le réchauffa tout à la fois.
— Qui dit « faire du gringue » ?
— C'est exactement ce que quelqu'un qui essaie de me faire du gringue répondrait.
Son sourire amusé se changea en expression malicieuse. Il sentit sa jambe se hisser au-dessus de lui et ses seins frôler son torse.
— Peut-être que c'est ce que je fais, murmura-t-elle.
Toute once de rire quitta son corps, remplacée par la chair de poule et le cœur qui tambourine. Au moment où les lèvres de Marinette frôlèrent les siennes, elle explosa de rire, son front s'échouant contre son épaule.
— Merde, t'es douée, souffla-t-il, ses doigts caressant le bas de son dos.
Elle posa sa joue entre ses pectoraux, les yeux levés vers les siens.
— Je dois m'entraîner, dit-elle, son index traçant les contours de ses lèvres. Quand je serai à New-York, pour que tu continues à penser à moi.
Son sourire se changea en mine plus sérieuse. Les doigts d'Adrien se figèrent au creux de ses reins.
— Mari... Que tu sois à côté de moi ou à New-York ou en Chine ou sur Mars, je penserai toujours à toi.
— C'est mignon, murmura-t-elle.
— C'est vrai.
Ses lèvres se redressèrent légèrement, cette fois-ci.
— Je pourrais venir avec toi, tu sais.
Il l'avait dit. Cette idée qui s'était implantée dans son crâne à la seconde où elle lui avait parlé de son souhait de faire ses études là-bas et qui ne l'avait plus jamais quitté depuis.
— Adrien.
— Y a rien qui me retiens ici. À part toi.
Ses grands yeux bleus étaient soupçonneux. Comme si elle essayait de détecter s'il était sérieux ou non.
— C'est à l'autre bout du monde.
— C'est toi, mon monde.
— Tu vas devenir poète, toi.
Il soupira et sourit à la fois, son regard se perdant dans le sien.
— Je suis sérieux.
— Moi aussi ! New-York, chaton, c'est loin.
— Ah bon ?
Marinette secoua la tête, son index glissant jusqu'à son épaule.
— C'est une très mauvaise idée.
— Je pense que c'est une très bonne idée.
Elle se redressa un peu plus, jusqu'à être assise à côté de lui, attrapa une couverture et la glissa autour de son corps.
À chaque fait énoncé, elle leva un doigt :
— Tu seras loin de tous tes amis. Tu devras parler Anglais. Tu devras me supporter, tout le temps. Ton père ne sera jamais d'accord.
Adrien se redressa à son tour, attrapant sa main dans la sienne, baissant chaque doigt qu'elle venait de lever :
— Peut-être, mais je serais près de toi, et j'ai pas tant d'amis que ça. Je parle déjà Anglais, et tu le sais. Je veux te supporter le reste de ma vie, de toute façon. J'ai dix-huit ans, donc je fais ce que je veux.
Il haussa les sourcils, un sourire au coin des lèvres, l'air de dire « et maintenant ? »
Il s'attendait à ce qu'elle lui donnât encore des dizaines de raisons pour lesquelles c'était une mauvaise idée. Sauf que ce n'était pas une mauvaise idée en soi. C'étaient des éléments extérieurs, des prétextes qu'elle lui récitait.
Et elle venait de s'en rendre compte.
— T'es sérieux ?
— Je vais prendre mon billet d'avion tout de suite pour que tu me crois si tu continues.
— Genre, vraiment, vraiment ?
— Marinette—
Elle hurla. Elle hurla si soudainement qu'il sursauta. Et elle se jeta sur lui, les bras autour de son cou, la bouche contre la sienne, le buste appuyé contre lui.
Adrien ne pouvait pas l'embrasser correctement, il souriait trop. Elle souriait trop. À eux deux et leurs grands sourires, ils ressemblaient à des fous.
Mais à des fous heureux.
Papillon ne fût pas évoqué une seule fois. Ils contournèrent son prénom, comme s'il était une légende urbaine, un mot maudit à ne pas prononcer. Ils n'allaient pas dire que le rêve qu'ils étaient en train de bâtir était compromis. Ils n'allaient pas dire qu'il y avait une grande chance qu'ils ne partissent jamais de Paris. Ils n'allaient pas le dire, parce qu'ils le savaient.
Ils ne le savaient que trop bien.
Mais ce soir, ils autorisaient l'espoir à s'implanter dans leurs cœurs, telle une mauvaise herbe indestructible.
— On pourra avoir un chat ?
Marinette se mit à rire contre son épaule.
— Et un hamster.
— Il va se faire manger par le chat.
Elle lui tapa gentiment le tibia avec son pied, déclenchant un éclat de rire.
— On aura une vraie vie, murmura-t-elle. Avec un appartement à nous et tout.
— Tu m'apprendras à cuisiner ?
Il sentit son sourire contre sa peau. Le baiser qu'elle déposa contre sa mâchoire le fit frissonner.
— Si tu veux, murmura-t-elle.
— J'ai hâte.
Marinette, une partie de son dos appuyé contre lui, avait les jambes pliées et Adrien avait une main posée sur son genou gauche, par-dessus la couverture. Ses doigts pianotaient sur l'articulation, comme s'il jouait un morceau de musique silencieux.
— On se disputera, tu crois ?
— Bien sûr que oui, répondit-il.
Ses yeux glissèrent le long de son corps, observant la forme de ses seins partiellement camouflée par ses cheveux qui cascadaient le long de son buste, la couverture échouée contre ses hanches, la forme de ses abdominaux.
— J'ai pas envie de me disputer avec toi, avoua-t-elle.
— Moi je veux me disputer avec toi.
— Pourquoi ? s'étonna-t-elle.
Il haussa les épaules, un sourire au coin des lèvres.
— Parce qu'il y a les réconciliations, après.
Marinette éclata de rire.
— T'es pas possible.
— C'est toi qui dis ça ?
— C'est pas ma faute, t'es trop...
Sa main se serra autour de son genou et il sentit la respiration de Marinette s'accélérer.
— Trop ? répéta-t-il en rapprochant sa bouche de son oreille.
— Trop toi.
Marinette leva le visage vers lui. Il ne s'ennuiera jamais d'admirer ses taches de rousseur et cette fossette dans sa joue gauche et la courbure de son nez. Jamais.
— Tu vas faire quelque chose, ou...
— Je sais pas, murmura-t-il contre ses lèvres. Quelque chose comme quoi ?
Sa main rejoint la sienne, toujours posée sur son genou, et Marinette les glissa toutes les deux sous la couverture, entre ses cuisses. Sa respiration se coupa en même temps que celle de Marinette.
— Quelque comme ça.
Ses lèvres s'entrouvrirent contre les siennes lorsqu'il se mit à caresser son clitoris toujours gonflé de désir.
Ses petits bruits, il ne s'en lasserait jamais non plus.
— Adrien, murmura-t-elle en se rapprochant de lui, je—
Un gémissement interrompit sa phrase lorsqu'il poussa son index à l'intérieur d'elle.
— J'ai besoin de plus que ça.
Ses yeux rencontrèrent les siens. Ils se comprirent en un regard. Adrien hocha presque imperceptiblement la tête, retirant ses doigts d'entre ses cuisses en la hissant au-dessus de lui.
Marinette prit ses lèvres d'assaut, les englobant des siennes dans un baiser chaud et pressé. Adrien tendit sa main, cherchant à tâtons la boîte de préservatifs qu'il avait apportée. Les couvertures quittèrent leurs corps et Marinette pressa son bassin contre le sien, le faisant gémir dans leur baiser.
Ces vagues de chaleur recommencèrent à lécher le bas de son ventre. La plus douce des tortures auxquelles il n'eût jamais été confronté.
Leurs lèvres se séparèrent et Adrien en profita pour déballer le préservatif qu'il venait d'attraper. Marinette, le souffle court, se rapprocha de l'avant de son corps, jusqu'à ce que ses cuisses fussent de chaque côté de son buste, et attrapa la protection d'entre ses doigts.
Adrien l'admira. Il admira la manière dont elle déchira le plastique avec ses dents, dont elle mit le préservatif autour de lui avec une facilité déconcertante. Il admira ses cheveux qui tombaient le long de son corps, chatouillant le sien au passage. Il admira la rougeur de ses joues, admira les muscles de ses cuisses se contracter lorsqu'elle déplaça ses hanches au-dessus des siennes.
À défaut de la dévorer avec sa bouche, il le faisait avec ses yeux.
— Ça va ? lui demanda-t-elle d'une voix douce, une main posée contre son épaule, une autre passée autour de son membre qu'elle maintenait entre ses cuisses.
Adrien lui sourit et hocha la tête.
— Vas-y, lui souffla-t-il en agrippant ses hanches de ses mains.
Ce fût au tour de Marinette d'acquiescer d'un hochement de tête. Elle descendit doucement son bassin contre le sien, les faisant gémir à l'unisson. Adrien ferma les paupières, se délectant de la chaleur et de l'humidité qui l'entouraient.
Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas été à l'intérieur d'elle de cette manière. Depuis son anniversaire, en fait. Il avait presque oublié à quel point cette sensation était enivrante, celle de ne faire qu'un avec elle.
Lorsque ses hanches furent pressées contre les siennes, Adrien rouvrit les yeux. Une goutte de sueur roulait le long de la tempe de Marinette. Ses yeux à elle étaient fermés.
— Ça va ? demanda-t-il d'une voix dégoulinante de désir.
Marinette hocha la tête en rouvrant les paupières.
— Ça va. C'est juste... murmura-t-elle, ça fait longtemps.
Adrien se fendit d'un sourire, ses doigts courant le long de son dos, jouant avec ses cheveux. Le baiser que Marinette déposa sur ses lèvres était doux, tout comme le mouvement de ses hanches contre les siennes.
Au début, du moins.
Parce qu'au bout de quelques minutes, ils retrouvèrent la coordonnante de leurs gestes, fascinés par la manière dont leurs corps s'emboitaient, se comprenaient, se parlaient sans dire un mot.
Les doigts d'Adrien s'enfoncèrent dans la peau charnue de ses hanches, ceux de Marinette dans celle de ses épaules. Leurs baisers devinrent plus pressés, moins précis, plus désireux.
Adrien décolla ses lèvres des siennes pour les coller contre sa mâchoire.
— J'adore quand t'es au-dessus, murmura-t-il en mordillant son cou.
Le gémissement de Marinette fit écho au sien lorsque son bassin tomba à nouveau contre le sien.
— Je sais, répondit-elle, à bout de souffle.
Le léger rire d'Adrien au creux de son cou la fit frissonner.
Elle roula ses hanches contre les siennes, encore et encore, sans jamais s'arrêter. Ses mouvements étaient longs et précis, devenaient rapides et brouillons, les va-et-vient se changèrent en cercles de son bassin contre le sien.
— Ma Lady, gémit-il en embrassant son épaule.
— Mon chaton, répondit-elle, haletante.
Soudain, elle retomba contre lui, son corps tremblant comme une feuille, ses cuisses frémissant autour de ses hanches. Il se redressa, suffisamment pour voir les cheveux qui collaient à son visage transpirant, pour voir les gouttes de sueur qui roulaient entre ses seins.
Adrien raffermit la prise de ses mains autour d'elle, se redressa jusqu'à ce qu'ils fussent tous les deux assis. Marinette passa ses jambes autour de lui, son front s'échouant contre son épaule. Les mains d'Adrien tombèrent jusqu'à ses fesses, les attrapant fermement. Le souffle de Marinette se coupa.
Il se mit faire aller et venir ses hanches contre les siennes, prenant le relais. Marinette soupira de soulagement et de plaisir contre son épaule.
Elle se redressa, dévoilant l'incendie qui brûlait dans son regard. Lorsqu'il accéléra le va-et-vient de ses mouvements, plongeant plus vite et plus fort à l'intérieur d'elle, les ongles de Marinette s'enfoncèrent dans le haut de son dos.
Gémissant, grognant, sanglotant de plaisir, elle laissa sa tête tomber en arrière, lui dévoilant l'entièreté de sa poitrine. Adrien plongea en avant, embrassant le petit croissant. Ses lèvres dérivèrent jusqu'à son téton, l'emprisonnant tendrement.
Lorsqu'il leva ses hanches, rencontrant les siennes dans un claquement presque obscène, le gémissement de Marinette se changea en cri. Elle se contracta autour de lui, l'emprisonnant dans son plaisir, le brisant et le réparant tout à la fois.
Adrien enfoui son visage entre ses seins, se laissant submerger par son orgasme.
Le cœur de Marinette tapait contre son oreille à une vitesse incroyable. Elle le serra davantage contre lui, une de ses mains se perdant dans ses cheveux.
— Tu crois qu'on en aura marre, un jour ? demanda-t-elle.
— Non, répondit-il, jamais.
— Jamais, répéta-t-elle.
Ils s'étalèrent à nouveau sur les couvertures, transpirant, tremblant, fatigués, mais heureux. Le torse d'Adrien se pressa contre le dos de Marinette, son menton se posa sur son épaule et ses mains se lièrent aux siennes.
— Je t'aime, murmura-t-il. Peu importe ce qui se passe, je t'aimerai toujours. Tu le sais ?
Marinette posa ses lèvres contre l'arrière de sa main.
— Je sais. Moi aussi, toujours. Même quand on sera tout vieux et tout malade.
— Dans la santé comme dans la maladie.
— Dans la richesse comme dans la pauvreté.
— Dans la joie comme dans la peine.
— Je le veux.
Adrien ferma un instant les paupières. Ses yeux lui piquaient.
— Je le veux, murmura-t-il.
Marinette se retourna dans ses bras. Elle pleurait, elle aussi. Et elle riait. Et il riait. Ils s'embrassèrent. C'était un baiser plein de larmes et de sourires.
— On vient juste de se marier ? demanda-t-elle.
— Je crois bien que oui.
C'était absurde, ridicule, stupide, précipité.
C'était parfait.
Adrien embrassa la bague qui brillait à son annulaire.
— J'y connais pas grand-chose, murmura-t-il, une larme roulant jusqu'à sa bouche, mais je suis sûre que t'es la plus belle de toute les mariées.
Elle déposa ses lèvres contre son poignet, embrassant chaque recoin de sa peau jusqu'à ses lèvres.
Il était tellement heureux qu'il avait l'impression que son cœur n'allait plus jamais s'arrêter de battre aussi fort, que ses lèvres n'allaient plus jamais s'arrêter de sourire. C'était trop intense pour prendre fin.
Marinette leva ses yeux vers lui lorsqu'il fit glisser ses doigts le long de sa bague.
— Ma mère serait tellement contente, murmura-t-il.
— Elle est heureuse là où elle est, répondit-elle, j'en suis sûre.
Adrien embrassa son front.
— J'aimerais qu'elle soit toujours vivante, avoua-t-il.
C'était étrange, mais même en parlant de sa mère, son bonheur restait à son apogée. C'était cela, avoir fait son deuil ?
— Je sais, chuchota Marinette. Moi aussi.
« Si seulement je pouvais la ramener, » pensa-t-il.
Une idée complètement insensée heurta son cerveau.
Non. Impossible. « Non, non, non, non, » se répéta-t-il. Ça ne pouvait pas... Impossible. Impossible. Impossible.
— Adrien ? Ça va ?
Sa mère était morte. Et on ne ramène pas les morts à la vie. Ça n'existe pas.
Il regarda la bague entourée à son annulaire, regarda les boucles d'oreille accrochées aux lobes de Marinette.
— Adrien ?
Son bras se resserra autour d'elle, la rapprochant de son torse jusqu'à ce qu'elle nichât son visage contre lui.
— Ça va, murmura-t-il, les larmes aux yeux.
Son bonheur, si grand et si parfait, dégringola comme s'il était perché dans une nacelle d'un parc d'attraction. Il dévala le manège à une vitesse folle, rejoignant les bas-fonds d'une réalité amère.
j'ai honnêtement A-DO-RÉ écrire ce chapitre ! le time-lapse était super intéressant à écrire et super fluide à imaginer, mes doigts volaient sur le clavier !
j'ai tellement hâte de connaître vos pensées ! concernant la rémission de Marinette, son évolution avec Adrien au fil des mois, son acceptation à son école et oh mon Dieu toute la scène sur le toit du musée ! ce n'était pas censé être aussi long, mais ils s'écrivent vraiment tout seuls ces deux-là, c'est fou ! je crois que la saison 2 d'Outer Banks a eu raison de moi — à défaut de les avoir mariés sur un bâteau, je les ai mariés sur le toit du musée d'Orsay aha :p
j'espère que ce très long chapitre vous a plu et que vous ne m'en voulez pas trop par rapport à cette fin déprimante :/
si je peux vous donner un conseil : accrochez-vous pour le prochain (et dernier) chapitre — je n'en suis même pas à 2000 mots écrits que j'ai déjà les larmes aux yeux :)))))))
allez, passez une bonne journée et une bonne semaine !
lucie
