coucou tout le monde !
avant toute chose, je me fais ma petite pub : je viens de créer un nouveau compte Instagram ( ) où je partagerai mes lectures, mes conseils d'écriture, et tout plein d'autres choses ! n'hésitez pas à aller jeter un coup d'œil !
ça me fait tout bizarre de me dire que c'est le tout dernier chapitre que je vous publie aujourd'hui ! honnêtement, j'avais hâte de terminer cette histoire - pour une raison que vous saurez à la fin de ce chapitre héhé, mais aussi parce que je reprends la fac en septembre et que je voulais être tranquille à ce niveau là, sans le stress de me dire que je ne pourrais pas vous publier un chapitre à temps.
avant tout, merci, encore, pour vos reviews ! je vous le dit à chaque fois, mais ça me fait tellement plaisir de savoir ce que vous pensez de ce que j'écris ! j'y passe des heures - des journées - entières et le fait que vous prenez au moins autant de plaisir à lire mon histoire que j'en prends à l'écrire, ça me rend vraiment très heureuse ! merci à Malauu-Ladynoir (je suis ravie que le chapitre t'ait plu ! aha, désolée, c'est vrai qu'il était particulièrement long, et celui d'aujourd'hui aussi. mais je me voyais mal le découper, je trouve que tout allait ensemble, même si c'était long. merci beaucoup, en tout cas ! j'espère que la fin te plaira !), LadyJoyNoir (merci beaucoup, je suis ravie que tu aies aimé !), naruhina2 (c'est vraiment adorable, ça me fait super plaisir ! j'espère que le chapitre d'aujourd'hui te plaira tout autant !) et Emilie Narya (merci merci merci ! effectivement, ça ne va pas être facile pour eux... je te laisse découvrir ça !) pour vos commentaires !
préparez-vous un petit thé ou quelque chose parce que c'est un très long chapitre ! et préparez les mouchoirs - j'ai, honnêtement, eu du mal à écrire ce chapitre... courage et bonne lecture !
(tw : tristesse intense - mdr)
Adrien avait toujours fermé les yeux sur l'attitude de son père. Il l'avait toujours mis sur un piédestal, l'avait toujours admiré. C'était presque de la vénération.
C'était ça : Gabriel était comme un Dieu pour lui. Adrien le regardait avec de grands yeux émerveillés, considérait toujours ses dires comme une vérité absolue et irréfutable. Il n'aurait pas osé le contredire, de toute façon. Parce que, s'il avait toujours éprouvé une profonde dévotion à son regard, Gabriel n'avait jamais cessé de l'intimider.
De ses premières notes de piano qu'il avait regardé d'un œil sévère à la première fois où il avait entendu parler de Marinette, de ses premières séances photos à ses premières couvertures de magazine, son père avait toujours été derrière son épaule, à dénigrer la manière dont ses doigts couraient sur les touches du piano, à minimiser une réussite ou à rabaisser plus bas que terre la fille qui lui avait redonné le goût de la vie.
Tous les souvenirs se débloquaient, se heurtaient, se regroupaient tel le puzzle qu'il désespérait de résoudre depuis des années. Adrien, celui qui ne jurait que par la vérité, qui était intègre, honnête, qui haïssait le mensonge plus que tout, se retrouva pourtant à souhaiter n'avoir jamais résolu cette énigme.
Son enfance — sa vie — prenait un tout autre sens, à présent. Un sens perverti, un sens qui lui donnait envie de hurler jusqu'à ce que tout disparaisse.
Il se rappelait avec amertume toutes ces années où sa mère était encore là. Les souvenirs joyeux s'assombrirent, comme dans Le Magicien d'Oz quand tout devient coloré. Sauf que là, c'était l'inverse : tout se transposa en noir et blanc.
Il se souvenait de ces soirées où il était censé dormir mais où il entendait les hurlements de sa mère s'élever jusque dans sa chambre. Il gardait sa couverture remontée jusqu'à son menton, les mains tremblantes, les yeux grand ouverts, essayant de faire abstraction des disputes, des cris, des pleurs, parfois. À chaque fois, il chantait à voix basse cette comptine que sa mère lui fredonnait parfois :
Il y a longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai
Sous les feuilles d'un chêne
Je me suis fait sécher
Sur la plus haute branche
Un rossignol chantait
Parfois, à force de répéter ces mots en boucles, Adrien réussissait à oublier les cris.
Parfois, non.
Son père n'hurlait jamais. Il ne parlait jamais fort, en règle générale. Ses mots étaient suffisamment froids et dédaigneux pour lui faire mal aux oreilles quand même. Leurs disputes duraient jusque tard dans la nuit. Adrien le savait parce qu'il pouvait toujours entendre les oiseaux chanter alors que ses rideaux étaient toujours tirés. Sa mère passait par sa chambre, des fois.
Et elle pleurait, souvent.
— Adrien, murmurait-t-elle en passant ses doigts dans ses cheveux d'or, je t'aime tellement, Adrien...
Il l'entendait encore dans ses rêves, plus d'une décennie plus tard.
Quand on est petit et que ses parents se disputent, on n'en a pas grand-chose à faire de pourquoi — on veut juste qu'ils arrêtent. Alors, Adrien n'avait jamais cherché à comprendre. Il s'était dit qu'il devait faire plus d'efforts, être meilleur au piano, meilleur à poser devant un appareil photo, meilleur à parler Anglais, qu'il devait être un meilleur fils.
Pourtant, les disputes avaient continué. Adrien s'y était fait. Il s'endormait dans les cris, se réveillait dans un silence assourdissant. Son père était rarement à la maison, souvent en déplacement professionnel ou en entrevue ou ailleurs. Sa mère, en revanche, était souvent avec lui. Elle lui faisait régulièrement office de professeur.
Avec elle, Adrien ne se sentait jamais étriqué, ne se sentait jamais à bout de souffle. Ses crises d'angoisse ont commencé plus tard, lorsqu'il devait se retrouver seul avec son père.
Il se souvient de cet été où il était resté chez sa tante avec son cousin Félix. C'était probablement à partir de là qu'il avait commencé à détester cette saison. Il détestait aller chez sa tante. Lui, il voulait rester avec sa mère, à faire du piano et à jouer aux cartes. Il n'y avait ni piano ni cartes chez sa tante. C'était étrange, mais lorsqu'il pensait à son manoir, il pensait à des murs. Des murs gigantesques, des portes qui se referment, des murmures, des secrets.
Ses parents avaient fini par revenir. Il avait sauté dans les bras de sa mère, retrouvant son odeur sucrée — elle sentait comme une tarte au citron. Il n'en avait pas mangé souvent dans sa vie, parce qu'il n'en avait pas le droit, mais à chaque fois qu'il le faisait, il pensait à Émilie.
Les disputes avaient changé. Sa mère criait toujours et Gabriel parlait toujours tout bas, mais Adrien, du haut de ses huit ans, savait que quelque chose n'allait pas — encore plus qu'avant.
Il ne souvient plus où ils étaient partis l'été où il était resté enfermé chez sa tante — quelque part en Asie, peut-être ?
Jamais il n'était intervenu dans leurs disputes. Même lorsqu'il eut été assez grand pour le faire. Il allait souvent se réfugier dans le lit de sa mère lorsque Gabriel ne la rejoignait pas. Une fois que ses pas avaient résonné dans l'escalier, il attendait dix, quinze, trente minutes avant d'être sûr que son père ne monterait pas se coucher. Il se faufilait sur le bout des pieds dans les couloirs et se pelotonnait contre sa mère.
— Maman, murmurait-il, pourquoi vous criez, père et toi ?
Elle caressait ses cheveux. Elle faisait ça souvent. Adrien regardait les siens, ses longs cheveux qui avaient la même couleur que les siens. Il observait ses yeux, aussi, ses beaux yeux verts qui étaient aussi de la même couleur que les siens.
— Parce que, parfois, même si on s'aime très fort, ça ne suffit pas, lui disait-elle.
— Pourquoi ?
Adrien se souvenait de son sourire. Elle avait le genre de sourire qui donnait envie de sourire aussi.
— Parce que l'amour ne règle pas tout, Adrien. Malheureusement.
Il avait haussé les épaules.
— En tout cas, moi, je t'aime.
Elle lui avait tapoté le bout du nez. Ils avaient le même nez, aussi.
— J'en ai de la chance, avait-elle chuchoté, toujours en souriant. Un jour, tu rendras quelqu'un très heureux, j'en suis certaine.
Avec un sourire triste, il se souvint de l'après-midi qu'ils avaient passé, avant la dispute entre ses parents, avant qu'il ne vînt la rejoindre dans son lit.
Sa mère et lui étaient allés se promener. Adrien avait été très content de se promener dans les rues de Paris. Ils avaient même donné à manger aux canards, dans un parc. Il se souvenait d'avoir beaucoup ri, jusqu'à en avoir mal aux joues.
Sur le chemin du retour, ils étaient passés devant une boulangerie. Adrien avait regardé les vitrines avec de gros yeux émerveillés. Les pâtisseries, les brioches, les baguettes... il y en avait tellement !
Ils étaient rentrés, et Émilie lui avait fait promettre de ne rien dire à son père. Alors que son regard subjugué admirait l'étendue sucrée, il avait heurté quelque chose d'encore plus beau que les petits gâteaux. Il n'avait jamais vu d'yeux aussi bleus et de cheveux aussi noirs de toute sa vie.
— C'est ma fille, Marinette ! lui avait fièrement dit l'homme derrière le comptoir. Vous devez avoir le même âge !
— Je vais avoir dix ans ! avait-elle dit avec fierté.
— Tu viens de fêter tes neuf ans, ma chérie.
— Donc, je vais avoir dix ans.
— Elle a raison, avait souri sa mère. Adrien a neuf ans, lui aussi.
— Donc tu vas avoir dix ans, lui avait dit Marinette.
Elle avait posé ses yeux dans les siens et Adrien s'était senti figé. Il se souvenait encore des sourires de leurs parents, de l'odeur du pain frais et des papillons qui battaient des ailes au creux de son ventre. Il se rappelait s'être dit que ses yeux ressemblaient au ciel en plein été et que ses cheveux avaient la couleur de la réglisse. Adrien détestait la réglisse, mais il aurait bien aimé passer la main dans ses cheveux.
— Maman, murmura-t-il alors que ses paupières devenaient lourdes. On pourra retourner à la boulangerie, demain ?
— Si tu veux, mon chéri.
— Maman ? demanda-t-il à nouveau, les yeux fermés.
— Oui, Adrien ?
— On pourra acheter de la réglisse ?
— Tu n'aimes pas la réglisse, trésor.
— Peut-être que si.
Adrien avait enterré tous ces souvenirs. Les avait enfermés dans son cœur à double-tour et avait jeté la clé.
Parce que se rappeler la vraie première fois où il avait rencontré Marinette, se rappeler les sourires de sa mère et le goût de la tarte au citron, c'était se souvenir qu'il n'y aurait plus jamais de première rencontre, plus de sourires, et plus de tarte au citron.
Plus maintenant.
Son père pouvait bien akumatiser le monde entier, il pouvait bien réunir les deux Miraculous et exaucer son vœu, sa mère ne reviendrait pas pour autant, pas complètement.
On ne ramène pas les morts. C'est simple. C'est le principe même de la vie : ça a une fin.
Pourtant, Gabriel se battait depuis quatre ans contre ce même principe. Et Adrien n'aimait pas cette étrange sensation qui se glissait jusqu'à son cœur. C'était comme... un espoir parasité. Un espoir perverti.
Il se leva brusquement de son lit, observant la silhouette endormie de Plagg sur son lit. Adrien sentit un sourire triste lui envahir le visage. Il s'était tellement attaché à cette petite créature. Une minuscule boule noire qui était capable de détruire un continent entier.
Adrien ferma doucement la porte de sa chambre et descendit les escaliers de marbre, se disant qu'il devait parler à Plagg, une fois son plan mis en route.
Il poussa la porte du bureau de son père, non surpris de l'y trouver malgré l'heure tardive.
— Adrien, soupira-t-il, qu'est-ce que tu—
Il leva le visage de la paperasse et de la tasse de café qui trônait sur son bureau. L'homme le moins expressif de la terre passa alors par toutes les expressions faciales : sourcils froncés, lèvres pincées, sourcils haussés, lèvres entrouvertes, léger sourire.
— Tu en as mis du temps.
Adrien s'avança dans la pièce d'une démarche raide, comme si tout son corps se concentrait pour ne pas exploser. Ses poings se serrèrent face au sourire que son père lui adressait.
Il souriait.
— Bon, déclara-t-il s'adossant à son fauteuil, une main posée sur son menton. Qu'est-ce que tu sais, Adrien ?
Que savait-t-il ? Trop de choses. Pas assez.
Et lui, que savait-t-il, exactement ?
— Je sais que vous êtes Papillon.
— Hmmm.
— Je sais que vous voulez ramener maman.
Le son de sa propre voix l'étonnait. Il pensait qu'elle allait être tremblante, à la limite du sanglot, mais elle était simplement dépourvue d'émotions. Vide.
— Et toi, Adrien, que veux-tu ?
Ce fût à cet instant, en observant le regard de son père qu'il se rendit compte qu'il n'y avait aucune rédemption possible pour lui. Le mal s'était implanté dans son cœur, rongeant chaque cellule, putréfiant son âme.
Il devait choisir ses mots avec précaution. Parce que si Gabriel était une cause perdue, si sa mère était déjà morte et si lui-même se sentait sombrer, il y avait toujours quelqu'un qui pouvait être sauver, là-dehors.
— Je veux vous aider, lâcha-t-il.
Comme s'il avait rempli son quota de sentiments, son père se changea en une statue impassible, ses yeux gris figés dans les siens.
— Tu sais que tu dois me donner ton Miraculous et celui de Ladybug pour ça.
Cela répondait une question : il savait qu'il était Chat Noir. Mais savait-t-il que Marinette était Ladybug ?
Son cerveau fonctionnait à toute vitesse.
— Je ne pourrais pas avoir son Miraculous comme ça. Elle ne me le donnera pas aussi facilement.
— Je vois.
— Si vous me donnez le vôtre et que je lui montre que vous êtes vaincu, elle baissera sa garde.
Le masque de Gabriel se craquela légèrement, esquissant un sourire.
— Tu ne me prendrais pas pour un imbécile, Adrien ?
Son cœur battait dans sa gorge.
— Je ferais tout pour ramener maman. Vous le savez. Vous ne me prendriez pas pour un lâche ?
Sa répartie sembla amuser Gabriel. Il avait davantage souri en l'espace d'une minute que depuis que sa mère les avait quittés.
— Vous n'avez plus besoin de votre Miraculous, de toute façon. Maintenant que vous connaissez nos identités.
— Je ne connais pas celle de Ladybug.
Adrien voulait pleurer, hurler, rire de soulagement. Son cœur battait plus librement dans sa poitrine, sa respiration était plus fluide, ses pensées plus claires.
Il haussa les épaules.
— Vous connaissez la mienne, c'est suffisant.
Gabriel plissa ses yeux.
— J'irai voir Ladybug. Je lui montrerai votre Miraculous. Dès qu'elle baissera sa garde, je lui prendrai le sien et vous l'amènerai. C'est d'accord ?
Gabriel ramena ses deux mains sous son menton.
— Pourquoi ne peux-tu simplement pas lui prendre son Miraculous ?
Adrien lutta pour ne pas lever les yeux au ciel.
— Vous la sous-estimez.
— Et toi, tu sous-estimes la confiance qu'elle place en toi.
Cette phrase lui fit l'effet d'une flèche en plein cœur.
— Elle ne me laissera jamais prendre son Miraculous.
— Permets-moi de me montrer sceptique, Adrien, déclara Gabriel en laissant son dos reposer contre le dossier de sa chaise.
Il semblait fatigué.
— Tu t'es battu contre moi pendant des années. Ce revirement de situation me semble légèrement... opportuniste.
— Je me suis battu contre vous pendant des années parce que je ne savais pas que c'était vous ! Parce que je ne savais pas que c'était pour ramener maman ! Vous ne pensez pas que je vous aurais donné mon Miraculous sans hésiter, si j'avais su ?
Son père ne répondit rien.
Adrien se sentit essoufflé. Son mensonge était sorti bien trop naturellement pour en être un. C'était ce qui lui faisait peur : il y avait là une part de vérité.
— Je n'ai découvert ton identité que récemment, expliqua Gabriel. Mes doutes se sont avérés être fondés lors du spectacle de Noël.
C'était bien la première fois que Gabriel Agreste se justifiait.
— Vous avez donc sciemment causé cet effondrement ? demanda-t-il dans un murmure.
— Je voulais en être sûr. Et je voulais aussi vérifier une autre de mes suspicions. Cette dernière s'est malheureusement avérée être fausse.
Adrien cessa de respirer.
Parlait-il de Marinette ? Ce serait pour ça qu'il aurait choisi ce jour, ce moment, lors de leur passage, pour les viser tous les deux ?
Plus aucun muscle de son corps ne bougeait.
— Tu me le dirais, si tu connaissais l'identité secrète de Ladybug ? On est d'accord là-dessus ?
— On est d'accord là-dessus, répondit Adrien.
— Bien, lâcha Gabriel, sans jamais briser le contact visuel.
Ses muscles se relâchèrent, sa respiration redevint régulière.
Adrien espérait de chaque fibre de son corps, priait chaque Dieu possible et inimaginable pour que son père ne sût pas qui se cachait derrière le masque de Ladybug.
Il baissa un instant les yeux, incapable de maintenir le regard glacé de son père une seconde de plus.
— Je suis désolé. J'aurais dû te faire part de mes plans, par rapport à ta mère. Peut-être... peut-être que tu aurais pu m'aider.
La tristesse prit le pas sur la surprise.
Adrien ravala ses larmes et leva à nouveau ses yeux.
— Je peux vous aider, maintenant.
Le sourire qui se dessina sur les lèvres de Gabriel n'avait rien de narquois ou de méprisant. C'était un sourire d'espoir.
Une culpabilité insupportable noua la gorge d'Adrien.
— On va suivre ton plan, déclara-t-il en retirant sa broche.
Nooroo — qui n'était pas dans la pièce — fut immédiatement absorbé par le bijou. Adrien avait toujours du mal à y croire.
Celui qui torturait ce pauvre Nooroo, qui envoyait vilain après vilain à leurs trousses, c'était son père ?
Celui que sa mère avait toujours tant aimé, malgré les disputes ?
Le fait que ce fût, quelque part, tellement logique lui brisait le cœur.
— Merci, lui dit Adrien en prenant le bijou. Merci de me faire confiance.
— Ne me le fais pas regretter.
Adrien acquiesça d'un hochement de tête.
Il sorti de la pièce et prit une grande inspiration, appuyant sa tête contre la porte. À cet instant, il se sentit moralement pire que son père.
Son téléphone vibra dans sa poche, l'arrachant à ses pensées tortueuses. Adrien essuya les larmes qui perlaient à ses yeux et posa ses yeux sur l'écran en reniflant.
C'était un message de Lila.
Il était bien pire que son père.
Adrien rangea son téléphone, ne prit pas la peine d'essuyer les larmes qui recommençaient à perler à ses yeux et remonta dans sa chambre. Il devait tout expliquer à Plagg.
Adrien était vraiment bizarre, ces derniers jours.
Au début, Marinette pensait que c'était à cause de la soirée qu'ils avaient passés. Peut-être regrettait-il tout ces mots échangés, toutes ces promesses.
Elle lui avait posé la question. Il avait souri — d'un sourire étrange — et avait posé ses lèvres sur son front en effleurant sa nuque du bout de ses doigts.
— Jamais je regretterais, ma Lady, avait-il chuchoté.
Et elle le croyait. Elle pouvait douter de beaucoup de choses, mais pas de son amour envers elle.
Alors, elle s'était dit que c'était à cause de tout le reste. Des cours, des examens, de la fatigue, des rumeurs. Les murmures sur leur passage n'avaient jamais été aussi nombreux.
Ç'avait été crescendo. Les soupçons avaient été semés à cause d'Adam, entretenus par Marinette et Adrien eux-mêmes — cacher la nature de leur relation avait été devenu le cadet de leurs soucis — et avaient fleuris après cette nuit-là, lorsqu'Adrien avait accompagné sa voix au piano.
Aujourd'hui, après des mois à mesurer chacun de leur geste, à prévoir chacune de leur parole, à empêcher chacun de leur regard lorsqu'ils étaient en public, Marinette et Adrien avaient décidé d'un commun accord que c'était tout — ils n'en pouvaient plus.
Les masques étaient tombés. Adrien laissait son bras entourer les épaules de Marinette, Marinette laissait sa main s'accrocher à celle d'Adrien, Adrien laissait ses lèvres se poser sur sa joue. C'étaient des petits gestes, presque rien, mais c'était bien évidemment suffisant pour que tout le monde fût au courant de leur couple.
Leurs amis n'avaient pas été surpris. Alix et Kim leur avait lancé un clin d'œil commun, au détour d'un couloir, alors qu'ils s'embrassaient — ils leur avaient dit d'y aller doucement, Marinette avait levé les yeux au ciel, Adrien avait ri. Mylène, Rose et Juleka leur avaient souri d'une manière qui laissait transparaitre leur bonheur et leur bénédiction, teinté d'un air qui voulait dire : « il était temps ! » — Marinette et Adrien avaient tous les deux souri, cette fois-ci. Chloé avait affectueusement tapoté l'épaule d'Adrien mais le redressement de ses lèvres avait paru étrangement forcé. Elle s'était évaporée avant même que Marinette eût pu lui demander quoi que ce soit. Lila leur avait lancé un regard presque dégoûté, comme si voir Adrien avec Marinette lui donnait la nausée.
Alya et Nino les avaient accueillis avec un grand sourire.
— Enfin ! s'était exclamé Nino en gratifiant Adrien d'une puissante tape dans le dos.
Au même moment, un groupe de filles passa devant eux, observant Adrien avec pitié et Marinette avec mépris. Cette dernière avait haussé un sourcil avant de se hisser sur la pointe de ses pieds, embrassant Adrien d'un manière courte mais intense, le laissant sourire aux lèvres et rouge aux joues.
— Très Ladybug, avait-il commenté, une main se perdant en bas de son dos, ma Lady.
— Je sais, chaton.
— Vous avez combien de surnoms ? avait demandé Nino alors qu'ils s'étaient mis à marcher dans les couloirs.
— Beaucoup trop, avait ri Alya.
Marinette lui avait gentiment donné un coup de coude.
— Ma Lady, Buginette, Princesse, énuméra Nino. Et j'imagine même pas comment il t'appelle quand vous—
— Nino ! l'avait interpellé Marinette.
— Tu préfères pas savoir, avait répondu Adrien.
Marinette avait levé son regard vers le sien, rencontrant son sourcil haussé et son sourire en coin.
— Tiens, un placard, avait déclaré Alya d'un mouvement de tête. Vous voulez qu'on vous garde la porte, ou...
— Alya !
Ses amis avaient éclaté de rire et Marinette avait bougonné quelque chose d'inaudible, rougissant en sentant les lèvres d'Adrien se perdre dans ses cheveux.
Marinette sourit en repensant à ce souvenir. C'était il y a plusieurs mois, maintenant. Et après le soulagement de ne plus avoir à se cacher était venue la réalité.
Une réalité remplie de commentaires sur les réseaux sociaux et de rumeurs à leur sujet.
« Il mérite mieux, tu crois pas ? »
« Moi je pense qu'elle sort avec lui par intérêt. »
« Elle est pas si belle que ça, en fait. Il pourrait trouver bien mieux qu'elle. »
« Les gars, vous laisseriez votre copine sortir comme ça ? Vous avez vu comment elle est habillée ? »
« Si ce qui s'est passé avec Adam est vrai, alors elle l'a bien cherché. »
« Je pense qu'il la trompe. »
« Elle doit lui faire de sacrés trucs au lit pour qu'il reste avec elle. »
Marinette avait supprimé Twitter. Bien sûr, elle recevait quand même des messages. Des captures d'écran complètement trafiquées qui étaient censées lui montrer qu'Adrien lui était infidèle. Des photos de lui en pleine séance photo, proche d'une autre fille. Des images d'eux dans les couloirs du lycée, dans les rues de Paris, main dans la main. Des publications Instagram sur son corps, sur ses tenues, sur n'importe quoi.
Avec le temps, Marinette avait appris à laisser aller, même si elle ne passerait jamais complètement outre. Elle était reconnaissante envers elle-même pour ne pas avoir de problèmes vis-à-vis de son corps ou de problèmes de confiance par rapport à Adrien. Sinon, les conséquences auraient pu être dramatiques.
Il continuait de lui dire à quel point il l'aimait, à quel point il était chanceux, à quel point les gens étaient stupides et jaloux et qu'il était désolé qu'elle dût subir tout ça. Marinette lui souriait, l'embrassait et se recroquevillait dans ses bras, oubliant la méchanceté humaine pendant un moment.
Mais cela restait une situation pesante et étouffante. Ça, additionné aux examens qui n'avaient jamais été aussi proches et à Papillon qui ne montrait toujours aucun signe de vie, c'était beaucoup.
Alors, Marinette ne s'inquiétait pas plus que ça. Oui, il semblait souvent perdu dans ses pensées. Oui, il souriait moins qu'avant. Mais ce n'était que passager.
N'est-ce pas ?
Elle l'espérait, en tout cas.
Le mois de mai continuait de s'écouler, les températures se réchauffaient, les bourgeons fleurissaient et Paris n'avait jamais été aussi calme. Les passants riaient, les enfants jouaient, délivrés des attaques constantes de Papillon.
Marinette, assise à son bureau, le cerveau en ébullition face à une dissertation, essayait de ne pas y penser. De ne pas penser à l'habitude qui s'installait : l'habitude de la paix.
Elle redoutait les examens, redoutait son départ, redoutait un tas de choses. Mais, ce qu'elle redoutait par-dessus tout, c'était que Papillon attaque à nouveau Paris.
Après tout, peut-être s'était-il rendu compte qu'il n'avait aucune chance ? Peut-être...
— Marinette ? l'appela Tikki.
— Hmmm ? marmonna-t-elle, sa main bougeant au rythme des mots qu'elle écrivait.
— Marinette !
L'urgence de sa voix la fit lever les yeux de sa feuille. Marinette laissa tomber son stylo, étirant son poignet endolori.
— Tikki ? Pourquoi tu—
— Marinette !
Elle n'avait jamais vu Tikki dans un tel état. Marinette se leva, découvrant la mine stupéfaite et exaltée de son kwami qui semblait descendre du balcon.
Ce même ébahissement lui coupa la respiration lorsqu'elle remarqua ce que Tikki tenait.
— C'est— c'est—
Parler était impossible. Les mots étaient trop nombreux.
— Que — Quoi— Non. C'est pas possible. Ça peut pas être—
— Si, Marinette, je le reconnaitrais entre mille ! C'est bien le Miraculous de Papillon !
— Le Miraculous de Papillon, répéta-t-elle.
Marinette toucha le bijou de ses doigts tremblants.
Elle ne savait pas à quoi elle s'était attendue. Une explosion, une voix qui résonne, une douleur soudaine. En tout cas, rien de tout ça n'arriva. Rien ne se passa, en fait.
— Je comprends pas, murmura Marinette.
— Je l'ai trouvé là-haut, expliqua Tikki en faisant allusion au balcon qui surplombait sa chambre.
— Je comprends toujours pas.
Marinette observa la broche reposer au creux de sa main. C'était petit. Comment quelque chose d'aussi petit avait pu lui gâcher la vie pendant quatre ans ?
— Peut-être qu'il s'est rendu compte qu'il n'avait aucune chance contre vous deux. Ou qu'il a réalisé qu'il était allé trop loin. Que c'était sans espoir.
Marinette fronça les sourcils.
— J'arrive pas à y croire, Tikki. C'est tellement...
— Inespéré ?
— Oui, souffla-t-elle.
— C'est déjà arrivé par le passé, expliqua Tikki. Des vilains qui se sont rendus compte de leurs actes et qui ont sciemment rendus leur Miraculous avant qu'ils ne soient démasqués.
— Mais... murmura Marinette. Mais il connait mon identité.
Tikki se posa sur son épaule.
— Justement, Marinette. S'il t'a donné son Miraculous en connaissant ton identité, ça veut dire qu'il te fait confiance pour ne pas avoir de représailles.
Elle leva un regard sceptique vers son kwami, les sourcils froncés.
— Tu veux dire qu'il va juste s'en sortir... comme ça ? Alors qu'il a tué des gens ?
— Je ne le veux pas plus que toi, Marinette. Mais, il vaut mieux limiter les dégâts, tu ne crois pas ? Si tu continues de chercher son identité, tu ne sais pas ce qu'il pourrait se passer.
— Il n'a plus de Miraculous.
— Peut-être, concéda Tikki. Mais il a toujours celui du Paon — lui, ou quelqu'un qu'il connaît, en tout cas. Et, ne pas avoir de Miraculous ne veut pas dire qu'il est impuissant. Tu le sais mieux que quiconque.
Marinette pensa à cette nuit de vingt-trois décembre, à ce plafond effondré, à la force désespérée qu'elle avait manifestée. Des âmes étaient restées enfouies là-dessous. Une partie de la sienne, aussi.
Elle ferma les paupières, se laissant tomber sur son divan. Les coussins avaient encore l'odeur d'Adrien.
Adrien.
— Je dois appeler Adrien.
— Discutez-en ensemble. Vous êtes les porteurs des Miraculous de la Création et de la Destruction et tu es la Gardienne : c'est à vous de décider. Mais, n'oublie pas ce que je t'ai dit, Marinette.
Elle ne pouvait pas juste le laisser déambuler dans la nature. C'était un meurtrier. Sa place était en prison.
Adrien serait de son côté.
Il s'avéra bien plus nuancé que ce qu'elle avait imaginé.
Chaque réaction qu'il manifestait était étrange pour Marinette. Déjà, il n'avait pas semblé aussi estomaqué que Tikki, elle-même, ou même Plagg qui sortait tout un tas de jurons impliquant tout un tas de fromages — sa réaction lui avait semblé légèrement sur-jouée, d'ailleurs. Il avait été surpris, Marinette pouvait le dire à ses paupières qui s'étaient écarquillées, à ses sourcils qui s'étaient haussés et à cet éclat qui avait brillé dans ses yeux.
Mais sa surprise ne semblait pas la même que celle de Marinette ou des deux kwamis. Comme s'il n'était pas étonné par le fait que le Miraculous de Papillon fût désormais en leur possession, mais plutôt par les conclusions que Tikki et Marinette avaient tirées.
— Il faut toujours que tu cherches plus loin que tout le monde, hein ? lui dit-il, un sourire indéchiffrable au coin des lèvres.
— Comment ça ?
Adrien marchait le long de sa chambre, passant son doigt le long de ses livres, observant ses habits, scrutant chaque détail.
— On a gagné, Marinette. Ça ne te suffit pas ?
Toujours assise sur le divan, Marinette fronça les sourcils, sa tête se penchant légèrement sur le côté.
— Il a tué des gens, Adrien, dit-elle d'une petite voix.
Elle l'avait à peine murmuré, ce fait qu'il connaissait déjà. Pourtant, elle avait l'impression qu'elle venait juste de lui hurler la pire des insultes, si elle se fiait à la souffrance de son regard.
Il baissa les yeux.
— Je sais, souffla-t-il.
— On peut pas juste le laisser vivre comme si de rien était ?
— Le laisser vivre ? répéta-t-il.
— C'est pas ce que je veux dire.
Il ne répondit rien, ses yeux toujours rivés sur le plancher.
Marinette prit une grande inspiration.
— Ce que je veux dire, reprit-elle, plus doucement, c'est que c'est pas à nous de décider. Il devrait avoir un procès, être jugé pour ses crimes.
— Probablement, oui, murmura Adrien.
Marinette le rejoignit. Elle posa ses mains contre sa taille, appuya sa joue contre son dos, appréciant la chaleur de sa peau à travers son tee-shirt.
Adrien se détendit contre elle, ses mains allant rejoindre les siennes.
— On peut pas juste... chuchota-t-il d'une voix fatiguée, juste ne pas y penser ? On a gagné, ma Lady, c'est tout ce qui compte.
— T'as raison, souffla-t-elle. On a gagné.
Elle rêvait de prononcer ces mots depuis tant d'années.
Mais, maintenant qu'ils y étaient, maintenant qu'ils l'avaient fait, une sensation étrange lui noua la gorge. Comme de la nostalgie.
Plus jamais ils ne combattraient côte à côte, Chat Noir et elle. Plus jamais de « bien joué », plus jamais de purification d'akuma.
Marinette soupira face à sa propre bêtise. C'était comme si elle était enfin libérée de son ravisseur mais qu'elle se sentait pourtant incapable de rentrer chez elle. C'était son syndrome de Stockholm.
Adrien se retourna dans ses bras.
— Ma Lady, murmura-t-il, son pouce se posant contre sa joue.
Elle ne put lui répondre que par un sanglot étouffé.
— Pleure pas, chuchota-t-il en passant ses bras autour d'elle. Pleure pas, s'il-te-plaît.
— J-Je suis d-désolée, articula-t-elle contre son torse. C-c'est q-que...
— Je sais, souffla-t-il dans ses cheveux. Ça fait beaucoup d'un seul coup.
Marinette hocha la tête. Son odeur était réconfortante : ce mélange d'amande et de miel.
— Ça va aller, tu verras.
Elle leva son visage vers le sien. Ses yeux étaient brillants.
Marinette se dressa sur la pointe de ses pieds et embrassa la larme salée qui roulait le long de sa joue.
— Ça va aller, répéta-t-il.
Il captura sa bouche de la sienne et Marinette s'agrippa à ses épaules, se réfugiant dans sa chaleur et dans sa présence.
Pourquoi pleuraient-ils ?
Pourquoi la nostalgie la gagnait-elle encore plus vite que le désir ?
Marinette enfouit toute ses questions au fond d'elle, se perdant dans ce qu'elle connaissait, dans ce qui était familier : Adrien.
Les semaines s'écoulèrent calmement. Aucune attaque — c'était évident, mais Marinette avait toujours du mal à s'y faire. Aucune dispute — Adrien et elle avaient arrêté de parler de Papillon. Aucun message menaçant ou publication douteuse sur les réseaux sociaux.
Le calme plat.
Les examens et le dernier jour de lycée amenèrent leur lot d'émotions, évidemment. Mais, Marinette se sentait ailleurs. Cette sensation d'étouffement et d'anxiété ne la quittait plus.
Ça la réveillait en pleine nuit, la faisait même vomir, lui donnait des bouffées de chaleur et des maux de ventre. Elle évitait de trop inquiéter Adrien, ou Alya, ou Nino, ou n'importe qui.
Elle mit ça sur le compte de son départ imminent. Changer de continent — changer de vie — était anxiogène, quitter ses amis, sa famille, son pays, était anxiogène.
Pourtant, c'était le rêve de sa vie qui l'attendait à l'autre bout du monde. C'était une vie commune avec Adrien. Elle aurait dû se sentir impatiente, pleine de hâte, d'espoir et d'attentes.
Au lieu de ça, Marinette se questionnait. Elle se demandait pourquoi l'humeur d'Adrien ne s'arrangeait pas, se demandait pourquoi il ne lui parlait jamais de New-York.
C'était bien lui qui avait abordé cette idée en premier lieu. C'était bizarre, tout était affreusement bizarre.
Marinette ferma les paupières, le soleil du mois de juin lui caressant le visage. Assise sur son transat, elle observait la vue que son balcon lui offrait sur la capitale. Elle scrutait chaque bâtiment, chaque passant, chaque rue, les imprimant dans sa rétine. Dans une semaine, elle serait loin, infiniment loin de tout ça. De ses parents, de là où elle avait grandi, de sa chambre qui avait connu tant de moments importants. Infiniment loin d'Alya et de ses conseils, de Nino et de sa bienveillance. Infiniment loin de tout.
Un bruit lui fit ouvrir les paupières. Adrien apparut dans son champ de vision, émergeant de sa chambre.
Marinette avait à peine aperçu son regard qu'elle sût que quelque chose n'allait pas.
— Ma Lady, la salua-t-il en déposant ses lèvres contre son front.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Il ferma les yeux un instant.
Marinette observa le tee-shirt qu'il portait — il flottait dedans. Et là, au niveau de sa mâchoire, était-ce un bleu ?
— Adrien, souffla-t-elle.
— Je peux pas venir à New-York avec toi.
Il avait prononcé cette phrase comme on arrache un pansement.
Un étrange sentiment s'empara de Marinette. Il y avait une tristesse intense, une douleur qui lui tordait le cœur. Mais il y avait aussi une certaine prévisibilité. Cette angoisse qui lui avait fait vomir ses tripes : elle avait bien une raison d'exister.
Adrien rouvrit ses paupières et s'agenouilla à côté de son transat.
— Pourquoi ? demanda-t-elle simplement.
— Mon père... murmura-t-il. Il veut que je reste ici, à Paris. Il a besoin de moi pour sa marque, surtout maintenant que j'ai fini le lycée. Il faut qu'il me forme pour pouvoir le remplacer, plus tard. Il compte sur moi, Marinette.
Elle hocha la tête.
« Moi aussi, je comptais sur toi, » voulait-elle lui dire.
Mais elle hocha la tête, encore et encore.
— Je comprends.
— Je suis désolé, ma Lady, je suis vraiment désolé.
— Je sais, mon chaton, murmura-t-elle en posant sa main sur sa joue. Je sais.
Il posa ses lèvres contre son poignet.
Marinette sentit les larmes lui piquer les yeux. Elle les chassa en clignant des paupières.
La main qu'Adrien posa contre sa jambe lui fit froncer les sourcils.
— Ton Miraculous.
Il plongea son autre main dans sa poche, lui tendant sa bague.
Marinette regarda simultanément le bijou et le vert intense de ses yeux.
— Tu devrais l'avoir.
— Pourquoi ?
— Parce que t'es la Gardienne. Et que Papillon n'existe plus, alors... tu dois reprendre les Miraculous.
Il avait raison. Bien sûr qu'il avait raison.
— Je peux pas te prendre ton Miraculous, souffla-t-elle.
— Prends-le, ma Lady, s'il-te-plaît.
Elle ouvrit la bouche, sans qu'aucun son n'en sortît.
— Une fois que tu seras partie...
Il ferma un instant ses paupières, comme s'il retenait ses larmes.
— Je peux pas le garder. Ça me fera trop penser à toi.
« Ça me fera trop penser à toi, aussi, » pensa-t-elle.
Mais, encore une fois, elle n'en dit rien.
— D'accord, répondit-elle malgré le nœud qui lui comprimait la gorge.
Adrien hocha la tête et posa à nouveau ses lèvres contre son front. Marinette ne pouvait pas dire quoi que ce soit. Son cerveau était court-circuité, son cœur trop douloureux, ses lèvres tremblaient trop.
Elle sentit quelque chose d'humide tomber contre son front.
L'instant d'après, Adrien avait déjà disparu.
Marinette avait l'impression de flotter en pleine dimension parallèle. Elle allait se réveiller, le torse d'Adrien chaud et ferme contre son dos, sa jambe entre les siennes, ses cheveux lui caressant la nuque. Elle allait ouvrir les yeux et elle ne serait pas en train de faire ses valises pour habiter à l'autre bout de la planète. Elle allait ouvrir les yeux et il y aurait toujours des akumas, toujours Papillon, toujours Chat Noir.
Cet espoir enflait dans son cœur chaque matin avant d'éclater dès que ses paupières s'entrouvraient. Parce qu'à chaque fois, il n'y avait pas d'Adrien dans son lit, sa chambre était jonchée de sacs, de cartons et d'une multitude de vêtements et le Miraculous de Chat Noir était toujours posé là. Marinette l'observait, observait ce bijou qui lui était si étranger lorsqu'il n'était pas autour de l'annulaire d'Adrien.
Plagg n'avait pas dit grand-chose. Le kwami bavard et prétentieux était tombé dans un silence qui lui faisait mal au cœur. Marinette le regardait toujours du coin de l'œil, perché sur sa fenêtre, son regard vide rivé vers l'horizon. Les seules paroles qu'elle et Tikki avaient réussi à lui arracher étaient qu'il ne comprenait pas le comportement d'Adrien. Ensuite, il avait expliqué cette dernière semaine d'une voix blanche, sans faire de pause, comme s'il avait répété son texte des milliers de fois.
Apparemment, il avait changé depuis cette nuit d'amour au sommet du musée d'Orsay. Lorsqu'ils étaient repartis chacun de leur côté tard dans la nuit, Adrien n'avait pas semblé dans son assiette : il n'avait pas été tout sourire et étoiles dans les yeux comme il l'était à chaque fois qu'il voyait Marinette — Plagg n'avait même pas émis un grognement de dégoût ou un reniflement méprisant en racontant ce passage. Il lui avait demandé ce qui n'allait pas, ce à quoi Adrien lui avait prétexté « un truc d'humain », et Plagg n'avait pas insisté et était tombé de fatigue. Peu de temps après, Adrien s'était transformé, disant à son kwami qu'il avait besoin d'aller faire un tour pour s'aérer l'esprit. Plagg ne pouvait pas voir ce que son porteur faisait une fois transformé, alors il n'en savait pas plus.
Seulement qu'Adrien avait semblé extrêmement éreinté et torturé les jours suivants. Il passait beaucoup de temps avec son père, ce qui était très inhabituel. Plagg pensait que c'était pour cette raison qu'il n'était pas dans son assiette. Il avait essayé de le questionner et Adrien n'avait fait que soupirer, lui disant qu'il n'avait pas envie d'en parler.
Encore une fois, le kwami n'avait pas insisté : ce n'était pas son genre. Quelques jours plus tard, il lui avait expliqué qu'il allait devoir rendre son Miraculous, maintenant que Papillon s'était rendu — ça aussi, d'ailleurs, Adrien n'avait pas voulu en parler.
Plagg avait expliqué à Marinette que ce n'était pas la première fois qu'un porteur réagissait de la sorte après une victoire — surtout ce type de victoire. Il n'y avait pas eu de combat final, pas de sang versé, pas de larmes. La présence de Papillon dans leurs vies et dans celles des Parisiens s'était juste essoufflée, comme une bougie qui se consume. Et puis, elle s'était éteinte, naturellement. Peut-être Adrien ne se sentait-il pas légitime, avait supposé Plagg. Il n'avait pas réussi à sauver tous ces gens, lors de l'effondrement. Il n'avait pas réussi à sauver totalement Marinette. Il n'avait pas réussi à battre véritablement Papillon : il s'était rendu.
Alors, encore une fois, Plagg n'avait pas poussé. Il pensait réellement que ce n'était pas sérieux. Que c'était le temps de s'adapter à cette nouvelle vie. Il n'allait jamais abandonner son Miraculous, même s'il n'en avait plus besoin. Plagg savait à quel point Adrien avait besoin d'être Chat Noir, encore plus que Marinette avait besoin d'être Ladybug.
Pourtant, il avait retiré sa bague. Plagg s'était senti aspiré par le bijou et lorsqu'il avait retrouvé le monde réel, Adrien avait disparu.
Marinette ne comprenait pas. Tikki essayait de la raisonner, lui disant qu'il allait peut-être changer d'avis, que ce n'était peut-être qu'une question de semaines — de mois, tout au plus.
— Mais je pars dans trois jours ! avait rétorqué Marinette.
— Il pourra toujours te rendre visite.
Marinette avait secoué la tête. C'était complètement dénué de sens.
Elle se repassait en boucle sa discussion avec Plagg, les paroles de Tikki, les hypothèses des autres kwamis. Même ses parents ne savaient pas quoi lui dire.
« Parce que ça n'a aucun sens, » se dit-elle en jetant rageusement un tee-shirt par terre. Tee-shirt qui s'avéra être à Adrien. Marinette observa le vêtement échoué sur le sol et l'y rejoint, ses genoux nus heurtant le parquet réchauffé par le soleil de l'été.
Elle ferma les paupières, remmenant le tissu jusqu'à son nez. Sa gorge se noua lorsque l'odeur d'Adrien lui inonda les narines. Allait-elle s'habituer à ne plus être entourée par son parfum ? Ou allait-elle, au contraire, le sentir partout où il n'était pas ?
Marinette n'avait pas envie de le savoir.
Toc, toc, toc !
La surprise lui fit rouvrir les yeux et lâcher le tee-shirt. La trappe menant à sa chambre s'ouvrit, laissant apparaître le visage d'Alya.
— C'est nous, déclara-t-elle en se hissant sur le plancher, rapidement rejointe par Nino.
Marinette leur offrit le plus grand sourire possible, mais elle sentait bien qu'il ne gagnait pas ses yeux.
Elle se laissa tomber contre son dressing à moitié vide, le regard perdu sur la quantité d'habits et de babioles en tout genre qui recouvrait sa chambre.
Nino posa ses lèvres sur sa joue, Alya passa un bras autour de ses épaules et ils s'assirent tous deux à côté d'elle. Marinette laissa tomber sa tête contre l'épaule de Nino.
— On se fait un plan à trois ?
Marinette éclata franchement de rire, rapidement imitée par ses deux amis. Des larmes d'un millier de sentiments différents perlaient aux coins de ses yeux.
— Merci, souffla-t-elle une fois qu'elle pouvait à nouveau parler. D'être là.
Le bras d'Alya se resserra autour de ses épaules et Nino appuya sa joue contre le sommet de son crâne.
— Tu vas nous manquer, Minibug, lui murmura Nino.
Un sourire sincère lui étira les lèvres. Ça l'amusait toujours quand il l'appelait comme ça.
— Vous aussi, chuchota-t-elle en fermant les yeux.
À chaque fois que l'idée qu'elle allait être à des milliers de kilomètres de ses amis lui effleurait l'esprit, Marinette la repoussait le plus loin possible. Ce n'était pas la chose à faire, elle le savait. Elle aurait à gérer ses peurs à un moment ou à un autre, et plus elle retardait ce moment, plus la force avec laquelle la réalité allait la rattraper serait intense.
Si ce n'était pas tout de suite, ce serait la veille du départ, ce serait dans l'avion, ce serait à l'aéroport, ce serait dans son minuscule appartement new-yorkais, où sa solitude prendrait toute la place.
— Pas de larmes ! déclara Alya en reniflant.
Marinette se redressa de l'épaule de Nino et hocha la tête, essuyant ses yeux du revers de sa main.
— Allez, encouragea Nino en lui ébouriffant gentiment les cheveux, on va t'aider à tout emballer.
Marinette regarda avec lassitude le désordre de sa chambre. Un peu d'aide ne serait définitivement pas de trop.
— C'est quoi, ce carton ? demanda Alya en s'attachant les cheveux.
Elle désignait d'un mouvement de tête le seul carton qui n'était pas affublé d'inscription au feutre noir.
Marinette se racla la gorge.
— Les affaires d'Adrien.
Nino tourna ses yeux vers elle et les bras d'Alya tombèrent le long de son corps.
— T'as des nouvelles ? lui demanda-t-il.
Marinette secoua la tête, se mordillant les lèvres pour empêcher leur tremblement.
— Rien depuis qu'il m'a dit qu'il ne pouvait pas venir... et qu'il m'a rendu son Miraculous.
Elle leur avait bien évidemment tout raconté. Tout, sauf les détails de la nuit où il lui avait dit qu'il allait venir à New-York avec elle, la nuit où ils avaient échangé toutes ces promesses.
La nuit où ils s'étaient mariés.
Marinette se sentait ridicule. Il lui avait dit qu'il ne regrettait rien, mais plus les jours passaient, plus elle remettait en doute ses paroles. Après tout, ils n'avaient que dix-huit ans, ils n'étaient ensemble que depuis quelques mois.
Peut-être avait-il eu peur de leur engagement. Peut-être voulait-il avoir plus d'expérience, lui qui avait été tenu en laisse toute sa vie. Peut-être, maintenant que le lycée était terminé, souhait-t-il s'amuser.
Ça ne lui ressemblait pas du tout. Il n'était pas du genre à avoir peur de l'engagement, Marinette savait que l'expérience qu'ils avaient acquise tous les deux était suffisante à ses yeux et que les moments où il riait le plus, c'était quand il était avec elle. Elle le savait, parce qu'il lui avait dit.
Et Adrien était beaucoup de choses, mais il n'était pas un menteur.
Quelque chose clochait dans cette histoire. Un quelque chose qui donnait envie à Marinette de hurler de frustration.
— Il répond pas au téléphone, et je me vois mal m'incruster dans sa chambre alors qu'il essaie clairement de s'éloigner, déclara-t-elle avec un rire ironique.
Elle attrapa un de ses tee-shirts échoués sur le sol. L'odeur d'Adrien la rendit folle de rage.
— J'ai même essayé d'appeler Nathalie, mais apparemment, monsieur est trop occupé. Vous y croyez, vous ? Trop occupé. Je suis pas trop occupée, moi, peut-être ? Comme si j'avais pas d'autres choses à faire que de gérer ses sautes d'humeur ! grommela-t-elle en jetant violemment le tee-shirt dans le carton.
Marinette prit un autre de ses vêtements — une chemise, cette fois — et lui fit subir le même sort.
— Il se ramène dans ma vie, avec ses beaux yeux et ses jolis mots, il me fait tomber complètement folle amoureuse de lui, me promet des choses, tout ça pour quoi ? Pour disparaître comme si de rien n'était ? Et puis, reprit-elle, la voix tremblante, pourquoi j'ai autant d'habits à lui, d'abord ? Il est partout !
Alya s'approcha d'elle, mais Marinette s'éloigna, la gorge nouée, les larmes lui brûlant les yeux.
— Je suis censée faire quoi de tout ça ? sanglota-t-elle en désignant le carton. Et de ça ? demanda-t-elle en retirant la bague d'autour de son annulaire.
— Mari, fais pas ça, tu vas—
Mais Marinette n'écouta pas Alya. Elle jeta la bague de toutes ses forces à travers sa chambre.
Elle ignora le regard inquiet de ses amis et les grands yeux de Tikki. Même Plagg semblait soucieux.
Marinette essuya rageusement les larmes qui lui brouillaient la vue et grimpa jusqu'à son lit. Sa main tremblante s'agrippa à l'étagère qui le surplombait.
— Et de tout ça ?
La peluche Chat Noir, les photos d'Adrien et elle, le carnet où elle avait écrit les règles de leur relation, il y a presque un an, tout cela se retrouva par terre.
— Et ça ? Vous en aurez plus besoin que moi, ça c'est sûr !
La boîte de préservatif atterrit sur le sol en même temps que Marinette se recroquevilla sur son matelas. Elle n'était plus sûre si elle pleurait à cause de cette douleur qui lui déchirait le cœur ou à cause de sa propre stupidité.
Parce que même à cet instant, tout ce qu'elle souhaitait, plus qu'aller à New-York, plus que tout, c'était qu'Adrien la prît dans ses bras.
Et elle se détestait pour ça.
— Laisse-toi aller, Marinette, lui murmura alors Alya avec douceur. Tu te sentiras mieux après.
Marinette écouta sa meilleure amie, elle écouta sa voix familière et aimante qui lui disait qu'elle était là, qu'elle serait toujours là, et elle pleura.
Recroquevillée contre Alya, son visage contre sa poitrine, Marinette pleura jusqu'elle ne pût plus respirer, jusqu'à ce que la douleur de sa gorge et de ses yeux apaisât celle de son cœur.
Elle pleura en sentant la présence de Nino derrière elle, en sentant sa main se perdre tendrement dans ses cheveux. Les larmes coulaient le long de son visage, coulaient, coulaient encore.
Marinette se déchargea de ce trop-plein d'émotions qui lui bouchait le cœur depuis des jours. Depuis des mois.
Elle pleura pour tout ce qui s'était passé durant l'année écoulée. Pleura parce qu'elle s'était rapprochée d'Adrien et avait réalisé juste à quel point il était brisé par son père. Pleura parce qu'elle avait dû cacher ses sentiments envers Chat Noir, envers Adrien. Pleura parce qu'ils avaient découvert leurs identités. Pleura parce qu'elle avait dû s'éloigner de lui. Pleura parce qu'elle n'avait pas réussi. Pleura parce qu'Adam l'avait agressée. Pleura parce qu'elle pouvait toujours sentir ses mains la toucher. Pleura parce que les mots faisaient mal, aussi, et qu'elle pouvait toujours entendre ceux d'Adam. Pleura parce que cette épreuve avait encore plus abîmé Adrien. Pleura parce qu'il lui avait donné la bague de sa mère. Pleura parce que le plafond s'était écroulé, ce soir-là. Pleura parce qu'elle n'avait pas chanté depuis. Pleura parce que des gens étaient morts. Pleura parce qu'elle avait toujours du mal à plier son bras gauche, parfois. Pleura parce qu'Adrien avait eu au moins autant mal qu'elle. Pleura parce que les mois avaient été difficiles. Pleura parce qu'elle n'avait pas profité d'Adrien autant qu'elle souhaitait l'avoir fait aujourd'hui. Pleura parce qu'elle avait été acceptée à Pratt. Pleura parce qu'Adrien lui avait dit qu'il allait la suivre jusqu'au bout du monde. Pleura parce qu'ils s'étaient mariés. Pleura parce qu'elle y avait cru, à la fin heureuse. Pleura parce que Papillon avait disparu, et qu'elle avait l'impression d'avoir disparu un peu avec lui. Pleura parce qu'Adrien avait disparu avec lui, aussi. Elle pleura parce que, finalement, il n'allait pas la suivre jusqu'au bout du monde. Pleura parce qu'il lui avait rendu son Miraculous. Pleura parce qu'elle avait perdu Chat Noir. Perdu Adrien.
Pleura parce qu'elle avait l'impression de s'être perdue, aussi.
Au bout d'un moment, ils sortirent du lit. Marinette arrêta de pleurer, les yeux rouges et gonflés, le cœur fatigué de s'être tant brisé.
Ils ne dirent pas grand-chose. Ils trièrent ses affaires, demandèrent si Marinette préférait emmener le pull vert ou le pull rose, si elle préférait cette robe ou celle-ci.
Elle aurait préféré se pelotonner dans les vêtements d'Adrien, mais elle répondit qu'elle préférait le pull rose et la robe noire. Elle aurait préféré rester dans son lit, mais elle emballa ses affaires, ferma ses cartons, empaqueta ses souvenirs. Son enfance.
La tristesse laissa place à de la lassitude. Elle voulait juste que cette période d'entre-deux prît fin.
En réalité, ce qu'elle voulait plus que tout, c'étaient des réponses, mais Adrien ne semblait pas enclin à lui en fournir. Et Marinette n'allait pas le laisser obscurcir son rêve pour lequel elle s'était tant battue.
C'était son travail acharné qui se concrétisait, c'était le « plus tard, je veux être une grande créatrice » qui devenait réel. Ce n'était pas un homme qui allait lui arracher ça. Même si cet homme était Adrien Agreste.
Alors, Marinette ferma sa valise. Vérifia consciencieusement que rien n'était oublié, lu et relu sa lettre d'admission, regarda plusieurs fois que son passeport se trouvait bien dans son sac.
— Plagg ? lui demanda-t-elle, plus tard, ce soir-là.
Le kwami, toujours perché à sa fenêtre, ne tourna pas le visage vers elle. Mais elle savait qu'il l'écoutait.
— Tu préfères être dans la Miracle Box avec les autres pendant le voyage, ou tu préfères être avec Tikki ?
Plagg haussa les épaules.
— Ça m'est égal.
Marinette soupira avant de lui caresser gentiment le sommet de la tête.
— Ça ne t'es pas égal, lui murmura-t-elle.
— Il est vraiment parti, souffla-t-il.
Marinette reporta son regard sur le ciel Parisien, là où les yeux de Plagg étaient rivés.
— Il nous l'a pris.
Il parlait de Gabriel.
— Tu crois que je devrais rester ? lui demanda-t-elle dans un murmure. Que je devrais creuser plus loin ?
Il ne répondit pas tout de suite.
— Non. Tu dois partir, Marinette. Tu te le dois à toi-même. Je le connais, ajouta-t-il, je le connais par cœur. Il voudrait que tu partes, même sans lui.
— Mais... qui s'occupera de lui ?
— Alya et Nino restent ici. Si quelque chose n'allait pas, il nous le dirait. Tu sais à quel point il déteste le mensonge.
— Tu as raison.
Elle soupira, la fatigue pesant sur ses paupières.
— Je crois que je cherche juste une raison pour rester, avoua-t-elle. Tout est plus effrayant, sans lui.
Elle s'était cherché tout un tas d'excuses. Elle ne parlait pas assez bien anglais. New-York était trop cher. Les écoles de Paris étaient tout aussi prestigieuses. Elle devait rester ici, si Papillon revenait, s'il se décidait à utiliser le Miraculous du Paon.
Cette voix dans sa tête, volontaire et pleine de rêves, détruit chacun de ses arguments. Elle parlait déjà très bien anglais. Les prix étaient, de toute façon, comparables à ceux de Paris. Pratt restait la meilleure école, et celle où elle avait toujours voulu aller. Papillon n'utiliserait pas le Miraculous du Paon, parce qu'il s'était déjà rendu, de toute façon. Dans le pire des cas, elle pourrait revenir à Paris en un clin d'œil, grâce au Miraculous du Cheval.
Ses excuses ne valaient rien. Elle avait juste peur.
Plagg aurait pu lui répondre qu'il allait lui rendre visite, qu'ils pouvaient vivre leur relation à distance, mais il n'en fit rien. Peut-être parce que c'était trop humain, comme sujet. Peut-être parce qu'il n'y croyait pas.
Marinette n'y croyait pas non plus. Elle avait vu cet éclat dans ses yeux, avait entendu la résilience de ses mots : il n'y avait décidément pas la place pour quoi que ce soit, là-dedans.
Pourtant, elle espérait toujours. Espérait qu'il allait lui courir après à l'aéroport pour lui dire que tout n'était pas encore perdu, et que même à l'autre bout de la terre, il serait toujours avec elle, il l'aimerait toujours.
— On sera là, répondit-il.
Marinette posa ses yeux sur lui. Il avait perdu cette lumière espiègle dans son regard, avait perdu la condescendance bienveillante de sa voix.
Adrien était comme un soleil : il les avait aveuglés, leur avait fait gré de sa lumière, pour un temps. Maintenant qu'il ne les éclairait plus, Plagg et elle étaient sombres, ternes.
— Tu n'es pas obligé de venir, tu sais. Tu pourrais rester avec Alya ou Nino, si tu veux être près de lui.
— Non, répondit immédiatement Plagg. Adrien a renoncé à moi parce qu'il voulait faire les choses bien. Plus de vilain, plus de super-héros. C'est comme ça que ça marche.
« Plus de vilain, plus de super-héros. »
Cette phrase résonna en elle longtemps après cette discussion.
Marinette ne dormit pas la nuit qui précédait son départ. Chaque fois que ses yeux se fermaient, une déferlante de questions lui vrillait le cerveau. Et si elle n'arrivait pas à allier travail et études pour subvenir à ses besoins ? Et si ça ne lui plaisait pas ? Et si Paris lui manquait trop ? Et si elle ne se faisait pas de nouveaux amis ? Et si son nom serait toujours associé à celui d'Adrien, même sur un autre continent ?
Elle passa des heures allongée dans son lit, une légère brise nocturne lui caressant le visage, le front recouvert d'une pellicule de sueur, les yeux rivés sur l'écran de son téléphone. Twitter, Instagram, articles de presse, Marinette regarda tout. Des suspicions sur l'état de sa relation avec Adrien aux photos qui continuaient de circuler, de la nouvelle campagne de mode à laquelle Adrien venait de participer aux réactions qu'elle suscitait.
D'une manière ou d'une autre, Marinette avait l'impression qu'elle ne serait jamais vraiment tranquille. Durant des années, ç'avait été Ladybug qui avait été sous le feu des projecteurs. Acclamations, critiques, enquêtes sur son identité, rumeurs sur Chat Noir elle : elle avait été décortiquée, analysée, encore et encore.
Et maintenant que Papillon avait rendu les armes, maintenant que Ladybug et Chat Noir n'étaient plus là, c'était Marinette qui se faisait examiner sous toutes ses coutures. Comme si, maintenant que les héros de Paris devenaient des souvenirs, les gens reportaient leur curiosité maladive sur l'illustre fils Agreste et la fille des meilleurs boulangers de Paris.
Bien sûr, Ladybug et Chat Noir restaient sur toutes les lèvres. Après tout, ça ne faisait même pas deux semaines que leur retraite avait été annoncée. Ils avaient attendu d'être sûr que Papillon était derrière eux pour l'annoncer au grand public. La plupart des Parisiens semblait s'y être attendue : après tout, il n'y avait pas eu d'attaque depuis des mois.
Cette nouvelle avait divisé. Certains trouvaient que c'était une bonne nouvelle : le fait de ne plus avoir besoin de super-héros voulait dire qu'il n'y avait plus de menace surnaturelle. Certains étaient partagés entre soulagement et nostalgie : après tout, Ladybug et Chat Noir avaient fait partie de leur quotidien pendant des années, Paris les avait vus grandir. D'autres géraient cette nouvelle avec plus de scepticisme : comment être sûr que Papillon était vaincu ? Ladybug et Chat Noir continueraient-il à patrouiller ? Les plus curieux en voulaient après leurs identités : « maintenant que c'est terminé, il n'y a plus aucun risque, ils peuvent nous dire qui ils sont ! » ou leur intimité : « Papillon n'est plus là, alors maintenant, qu'on se le dise, ils sont bien plus que des coéquipiers, non ? »
Ç'aurait pu amuser Marinette, toutes ses spéculations. Ç'aurait pu être drôle, si elle avait lu tout ça avec Adrien, sa tête posée contre son torse, son souffle chatouillant ses cheveux à chaque fois qu'il riait.
Mais elle était seule, dans la chaleur étouffante de l'été, et rien ne lui paraissait amusant.
Marinette quitta Twitter une énième fois et alla se perdre dans ses photos. Parmi les captures d'écran de papiers qu'elle devait avoir sur elle, les inspirations de mode et les photos d'appartements New-Yorkais, il y avait une quantité impressionnante de clichés d'Adrien et elle, ou d'Adrien tout seul. Adrien endormi, l'air paisible. Adrien mangeant une glace, arborant un sourire si grand qu'il dévoilait la blancheur de ses dents, la main tendue vers le téléphone. Adrien, sa lèvre inférieure repliée, lui donnant un air contrit, complètement adorable. Adrien, le bras tendu pour prendre un selfie, les cheveux décoiffés, le torse nu, les joues rouges, l'air heureux, et elle, recroquevillée contre son torse, le drap ramené contre sa poitrine, le visage caché contre lui. Ce n'était pas très difficile de deviner ce qu'ils venaient de faire. Une autre photo où c'était Marinette qui tenait le téléphone : ses longs cheveux ramenés en un chignon approximatif, vêtue d'un des tee-shirts d'Adrien qui lui tombait jusqu'au milieu des cuisses, la tête appuyée contre son flanc. Adrien avait son bras passé autour d'elle. Il ne portait qu'un short qui tombait paresseusement le long de ses hanches et avait une brosse à dents entre les lèvres.
Plus Marinette remontait dans le temps, plus elle sentait son cœur se serrer dans sa poitrine. La prochaine photo la fit sourire. Elle se souvenait de ce moment. Elle était au-dessus de lui, les cuisses pressées contre ses hanches. Adrien était allongé, un grand sourire sur le visage, les bras ramenés derrière sa tête, rendant bien visibles les muscles de son torse. Ses cheveux lui tombaient devant les yeux, ne cachant que partiellement son regard rempli de tendresse.
Marinette passa un moment à admirer leurs souvenirs, à se rappeler de moments avec un sourire au coin des lèvres. Après les photos, ce fut leurs messages qu'elle relu, remontant suffisamment loin pour tomber sur d'anciens échanges.
23:16 Adrien — ma Lady ?
23:16 Adrien — princesse
23:16 Adrien — buginette
23:16 Adrien — mariiiiii
23:17 Moi — quoi ?
Adrien est en train d'écrire…
23:17 Adrien — je m'ennuie
23:18 Moi — tu veux venir ?
Adrien est en train d'écrire…
23:18 Adrien — je peux pas :/ je dois me lever tôt demain
23:18 Moi — on peut juste dormir, tu sais
Adrien est en train d'écrire…
23:19 Adrien — hmmm
Adrien est en train d'écrire…
23:19 Adrien — j'ai pas envie de dormir
Marinette sentit un vide là où les flammes de son désir étaient censées brûler. Elle s'allongea sur le côté, les yeux rivés sur l'écran de son téléphone.
23:20 Moi — moi non plus
Adrien est en train d'écrire…
23:20 Adrien — intéressant
23:20 Moi — chaton
Adrien est en train d'écrire…
23:20 Adrien — oui ?
23:20 Moi — je peux t'appeler ?
Adrien est en train d'écrire…
23:21 Adrien — tu veux une petite histoire pour t'endormir ?
23:21 Moi — je te veux, toi
Adrien est en train d'écrire…
Début de l'appel : 23:21
Fin de l'appel : 01:12
Marinette soupira en passant une main sur son front brûlant. Elle se demanda si, un jour, elle enverrait ce genre de messages à quelqu'un d'autre.
Elle n'en avait pas envie, en tout cas.
Elle n'avait plus envie de grand-chose, se rendit-elle compte alors qu'une soudaine nausée la fit se lever précipitamment de son lit.
Marinette observa avec attention les quatre personnes les plus importantes de sa vie. Le confort des yeux de sa mère, leur forme, si proche de celle de ses yeux à elle. Le sourire un peu maladroit de son père, mais tellement sincère. Le regard ambré d'Alya, la bonne humeur qu'elle propageait partout où elle allait. La familiarité de Nino, son visage qu'elle avait vu grandir parallèlement au sien.
Elle n'avait plus de larmes. Ses canaux lacrymaux étaient pareils à une oasis asséchée en plein désert.
La douleur était comme une musique qui ne cessait jamais. Si elle se concentrait, Marinette pouvait entendre les paroles, sentir le déchirement de son cœur.
— Dernier appel pour le vol en direction de New-York.
Elle adressa un léger sourire à ce petit groupe autour d'elle. Sa mère la prit dans ses bras une dernière fois, son père déposa un dernier baiser sur son front.
— On s'appellera au moins une fois par semaine, d'accord ? lui rappela Alya lorsque Marinette passa ses bras autour d'elle.
— Promis.
Elle s'éloigna de son amie, se perdit une dernière fois dans ses yeux. Cette musique au fond de son cœur changea un instant de refrain lorsqu'elle se remémora la rentrée de troisième, toutes ces soirées passées ensemble. Elles avaient grandi ensemble, durant toutes ces années.
— Je sais, lui murmura Alya lorsqu'elle ouvrit la bouche. Je sais, répéta-t-elle, les larmes aux yeux.
Marinette hocha la tête, lui offrant le sourire le plus rassurant qu'elle pût.
— Allez, viens là, lui lança Nino.
Elle eût à peine le temps de distinguer son visage qu'il l'attira contre son torse, la faisant rire tout contre lui.
— Pas trop de bêtises, d'accord ? murmura-t-il contre ses cheveux.
— Parle pour toi.
Elle le sentit sourire au-dessus de lui.
— C'est l'heure, déclara-t-il en posant ses mains sur ses épaules.
L'éclat qu'elle vit au fond de ses yeux bruns lui serra la gorge.
Marinette hocha à nouveau la tête, déglutit péniblement, jeta un dernier regard au reste de l'aéroport et acquiesça à nouveau. Son doigt triturait nerveusement la bague autour de son annulaire — elle avait mis à profit son insomnie de la veille pour la chercher, et la retrouver, dans le désordre de sa chambre.
C'était stupide, tellement stupide d'attendre quoi que ce soit. Pourtant...
— Marinette !
Son cœur sursauta dans sa poitrine.
Un interminable frisson courut le long de son dos lorsqu'une silhouette se dessina dans son champ de vision.
— Adrien, souffla-t-elle.
Les larmes naquirent dans ses yeux, une pluie aussi soudaine qu'inattendue en plein milieu du désert.
Il courut, courut jusqu'à elle. Ses joues étaient rouges, ses cheveux collaient à son front transpirant et sa respiration était erratique.
En une seconde, ses bras étaient autour d'elle, sa chaleur l'étouffait et son odeur l'inondait tout entière.
— Adrien, répéta-t-elle.
Marinette se dressa sur la pointe de ses pieds, suffisamment pour nicher son visage dans son cou, puisant son parfum à sa source.
Son cœur battait trop vite, le temps s'écoulait trop vite, tout allait trop vite. Trop vite pour imprimer chaque détail, pour enregistrer la sensation de ses bras autour de sa taille, de son torse contre le sien, de ses lèvres dans ses cheveux.
— Je suis tellement désolé, murmura-t-il.
— Tu peux encore venir, répondit-elle, comme si l'amour désespéré qu'elle ressentait avait pris le contrôle de sa voix.
Ce n'était plus une musique de fond qu'elle entendait mais un cri de souffrance.
Elle éloigna à peine son visage de son cou pour pouvoir plonger ses yeux dans les siens. Ils étaient humides, remplis d'une telle souffrance que la sienne paraissait presque légère, en comparaison.
Un sourire triste redressa ses lèvres et il passa ses mains dans ses cheveux, encore et encore.
— Tu sais pas à quel point j'aimerais, avoua-t-il.
— Alors fais-le ! lui répondit-elle, un sanglot étranglant sa voix.
Ses doigts tremblaient dans ses cheveux.
— Je peux pas, murmura-t-il. Je dois rester ici, c'est la seule solution, crois-moi.
Marinette secoua la tête, la vision troublée par ses larmes.
— C'est la seule famille qu'il me reste, ma Lady.
Elle voulait lui dire que c'était faux. Lui dire qu'il l'avait, elle.
Mais au lieu d'utiliser ce temps pour parler, Marinette posa ses lèvres sur les siennes. Adrien lui rendit immédiatement son baiser avec une tendresse qu'elle n'oublierait jamais.
C'était salé, c'était rempli de tristesse et de désespoir, mais Marinette aurait voulu que ce moment durât pour toujours.
— Ça va aller, murmura-t-il contre ses lèvres pour qu'ils fussent les seuls à entendre ce qu'il allait dire.
« Non, » pensa-t-elle. Non, ça n'allait pas aller.
— Tu vas aller à New-York, continuer d'être la meilleure, apprendre plein de choses, d'accord ? Tu vas...
Il renifla, les larmes roulant jusqu'à ses lèvres.
— Tu vas rencontrer plein de monde, vivre plein de choses. Tu tomberas amoureuse, encore.
Marinette secoua la tête.
— Non—
— Si, tu verras. Tu embrasseras avec d'autres garçons, tu coucheras avec d'autres garçons et tu arrêteras de penser à moi et tout ira bien.
« Je n'arrêterai jamais de penser à toi, » voulait-elle lui dire. « Je ne coucherai avec personne d'autre que toi, » voulait-elle lui promettre.
— Allez, ma Lady, murmura-t-il en posant une dernière fois ses lèvres contre les siennes. Vas-y.
Encore aujourd'hui, Marinette ne savait pas comment elle avait puisé cette force pour se détacher de lui et marcher sans s'écrouler de douleur.
Chaque endroit qu'il avait un jour touché et embrassé lui faisait mal. Elle avait mal partout.
Parce que c'était terminé. Elle l'avait vu dans ses yeux, entendu dans ses paroles, sentit dans ses gestes.
Marinette ne se retourna pas. Elle ne se retourna pas pour voir Alya et Nino prendre Adrien dans leurs bras. Elle ne se retourna pas.
Les larmes lui brûlaient les joues, l'amour lui enflammait le cœur, mais elle marchait.
Vers sa nouvelle vie.
bon.
on va y aller point par point.
- déjà, la première partie, consacrée à Adrien. écrire ces flashbacks avec sa mère, son ressenti par rapport à sa perte et au couple qu'elle formait avec son père... ce n'était pas facile à écrire, je vous l'avoue, mais j'ai adoré approfondir cette partie de sa vie. j'en ai tellement peu parlé durant cette histoire ! encore une fois, Adrien s'est écrit tout seul. c'est incroyable, la fluidité avec laquelle les idées sont venues !
- ensuite, son plan par rapport à son père. alors, JE SAIS, vous avez une tonne de questions. mais je pense avoir parsemé assez d'indices pour que vous ayez une petite idée de la nature de son plan !
- tout a dégringolé, après ça. je suis au moins aussi triste que vous, je vous assure. voir Adrien et Mari comme ça... mon cœur souffre encore. en tout cas, j'espère avoir réussi à transcrire l'état d'esprit de Mari, le fait qu'elle soit complètement anéantie à cause de la perte d'Adrien, en même temps en plein doute par rapport à New-York, à Papillon et à tout le reste mais que, d'un autre côté, elle ne veuille pas se laisser abattre parce que c'est le rêve de toute sa vie qui se concrétise. le but était de faire un mélange entre la tristesse, la détermination et le fait qu'elle soit, disons-le, complètement paumée.
- l'intervention d'Alya, de Nino, de Plagg et de Tikki, évidemment. c'était très important pour moi de ne pas les laisser de côté, de ne pas juste concentrer l'histoire sur Mari et Adrien, j'espère avoir réussi ce défi aussi !
- et enfin, la dernière scène. je sais, je sais, c'est horrible. est-ce que j'ai vraiment besoin d'ajouter quelque chose ?
je pense que vous vous en doutez, mais je vais le crier (parce que je suis trop contente) : OUR LIPS ARE SEALED AURA UNE SUITE !
après tout, vu la fin monstrueuse que je vous laisse, j'ai envie de vous dire : encore heureux. je ne sais pas du tout quand est-ce qu'elle sera publiée, ni combien de chapitre elle aura, ni rien du tout. tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai un tas d'idées et que j'ai vraiment hâte de commencer !
j'ai encore une partie des chapitres à traduire en anglais, alors je ne vais pas commencer l'écriture de la suite tout de suite, surtout que, comme je vous l'ai dit, j'ai ma rentrée bientôt. alors, je ne veux pas me forcer, ni me mettre la pression avec des deadlines. je vais essayer d'avoir un maximum de chapitres de prêts avant de commencer à publier, pour ne pas être prise par le temps comme je le suis à chaque fois (oups).
merci encore de m'avoir suivie jusqu'ici, merci d'avoir suivi cette aventure et d'avoir suivi l'évolution de Marinette et Adrien - et quelle évolution !
passez une bonne fin d'été, amusez-vous, portez vos masques, buvez de l'eau et on se retrouve bientôt !
lucie
(+ petit teaser pour la suite : des années se sont écoulées, Mari est de retour à Paris où une grosse surprise l'attend. indice : la surprise a des cheveux blonds et des yeux verts.)
(aha.)
