Froideur
Terreur
Ces deux sensations furent les seules choses qu'Aurore ressentit lorsqu'elle émergea des ténèbres de son esprit.
Réveillée en sursaut, les bras tremblotants, ses yeux s'ouvrirent sur le plafond plongé dans la pénombre de sa chambre. Haletante et trempée de la tête au pied, la princesse respirait à coup de grande bouffée d'air. Elle ne tarda pas à écarter le drap léger qui collait à sa peau, se leva de son lit et essaya tant bien que mal de s'appuyer sur sa jambe droite en se tenant au mur tout en prenant beaucoup de précaution pour sa jambe gauche. Se maintenir verticale fut une épreuve tant les pensées d'Aurore étaient confuses et à cheval entre le sommeil et l'éveil.
Heureusement, la pièce n'était pas plongée dans le noir complet, ce qui lui permettait de voir où elle se dirigeait. Quelle heure était-il ? Elle n'en avait aucune idée.
Elle entra dans la salle de bain à tâtons et s'empara d'une serviette qu'elle s'empressa d'enrouler autour d'elle. La sensation du sec fut plus que bienvenue mais n'enleva en rien le malaise qu'elle ressentait. Elle se laissa tomber contre une paroi, recroquevillée, sa tête contre son genou droit. Une position de faiblesse qu'elle n'avait pas l'habitude de montrer. Inconsciemment, les larmes montèrent à ses yeux.
Elle ne comprenait rien à ce qui lui arrivait.
Cela faisait plusieurs nuits qu'elle dormait très mal, enchaînant les cauchemars éprouvants sans pouvoir rien n'y faire. Ce n'étaient pas des visions heureusement, mais cela restait difficile à supporter. C'en était même au point où elle avait l'impression de devenir folle. Elle commençait à redouter de fermer l'œil en fin de soirée. On lui avait expliqué, à force de l'entendre hurler en pleine nuit, que la faute revenait au traumatisme des derniers jours mais Aurore avait trouvé cela léger comme explication. Ça ne pouvait pas juste être ses derniers instants au complexe… c'était impossible.
Ce n'étaient pas seulement les derniers évènements qui lui revenaient en mémoire chaque nuit, c'était carrément tous ses souvenirs depuis huit années qui refaisaient surface. Les images du chaos du château d'Hyrule, celles de ses agresseurs qui avaient bien failli la tuer, tout ce qu'il s'était passé au complexe, les diverses missions, Leurain et surtout… leur fuite. Du sang, toujours du sang… et des morts aussi. Elle avait les mains rouges depuis longtemps mais alors que rien ne l'avait jamais vraiment perturbé, il avait fallu à peine deux heures de temps pour tout changer. Ce moment surréaliste où Shanna fut transpercée de part en part puis le visage atrocement brulé de Kaze – acte dont elle était responsable – avant qu'il ne se donne la mort… quelle horrible souvenir.
Elle en rêvait, tout le temps… Revivant la scène avec plus ou moins d'exactitude, se revoyant faire luire sa rapière en direction de son défunt camarade. Elle avait déjà tué ou du moins causé la mort d'un certain nombre de personne. Jusqu'alors, elle n'avait rien ressentit face à un tel fait mais à présent… tous ces morts la hantaient. Elle devait être la plus sanguinaire des princesses d'Hyrule et cela la terrifiait.
Aurore se mura dans un mutisme et une inactivité impensable pour celle qui dégageait habituellement une énergie inépuisable.
C'était dans ces moments-là qu'elle aurait aimé avoir Aram à ses côtés. Mais il n'était pas là, envoyé rejoindre sa petite sœur qu'elle-même mourrait d'envie de la revoir. D'habitude, son frère était toujours là quand elle se sentait mal mais pas cette fois et pour la première fois d'ailleurs. Ce n'était jamais arrivé. Pas une seule fois en huit ans son frère avait été absent dans ses moments-là… Elle sentait un vide. Il y avait bien Line à la limite mais leur relation, même si elle s'était améliorée, n'en demeurait pas moins nouvelle et puis, Aurore n'osait pas aller la déranger pour ça, ni qui que ce soit d'autre d'ailleurs. Habituée à se débrouiller par elle-même, elle ne voulait pas demander de l'aide.
En plus de toutes ses visions d'horreur, elle se voyait de plus en plus assise sur une chaise, les bras et les jambes attachés, dans une sorte de local à l'odeur n'évoquant rien de bon et avec des personnes masquées. À chaque fois qu'elle revisionnait cela, une peur viscérale lui tordait le ventre et c'était généralement à ce moment-là qu'elle se réveillait, dans un état de panique absolu.
Personne n'était au courant de ça, même pas Line et encore moins Riju. Elle ne voulait pas en parler. Elle redoutait ce qu'on pouvait lui révéler. Line était déjà dans l'organisation quand elle avait débarqué avec Aram dans le complexe. L'ébène savait peut-être des choses qu'elle, Aurore, ne voulait pas savoir à cet instant. Pourquoi se voyait-elle attachée comme un vulgaire cobaye ? Elle ne se souvenait pas d'une scène aussi angoissante avant.
Pourquoi tout cela lui arrivait, qu'avait-elle fait pour mériter tout ça ?
Le pire, c'était qu'elle n'en voulait presque même pas à Hystoria. Oui bien sûr, cette fille était la cause de tout mais… Line en avait assez révélé. Hystoria n'était qu'une victime des manigances de Reiyan. Elle avait dû endurer des choses tellement horrible… c'était sans doute à cause de ça qu'elle avait développé sans instinct maternelle surdéveloppé. Peut-être qu'Hystoria faisait également souvent des cauchemars… et qu'elle avait trouvé une manière de les contrer… Mais cela ne changeait rien au fait qu'elle avait fini par craquer… Est-ce que la même chose pouvait lui arriver à elle, Aurore ?
À un moment donné, en ayant oublié toute notion du temps, Aurore quitta sa cachette, se dirigea vers une armoire adjacente à son lit, s'empara de vêtement léger gérudo qu'elle enfila et entreprit de quitter sa chambre au beau milieu de la nuit. Seule dans le désert qu'était ces couloirs ocre illuminés par des torches archéonique rouge, personne ne pouvait se douter que la princesse prenait une nouvelle fois la fuite. Le passage obligatoire des escaliers lui donna du fil à retordre toutefois, Aurore passa bien cinq bonnes minutes à descendre les marches de pierre à cloche pied tout en faisait attention au son nocturne car elle se refusait qu'on la trouve, surtout s'il s'agissait de gardes royaux qui n'hésiteraient pas une seconde à prévenir leur reine.
Par ailleurs, Aurore ne comprenait pas pourquoi Riju tenait tellement à la maintenir en cage, ça n'avait pas de sens. À défaut de la protéger ou quoique ce soit d'autre, cela l'agaçait. L'excuse de sa jambe n'était pas un argument valable. C'était d'ailleurs bien pour ça qu'elle fuyait souvent, pour qu'on arrête de dire qu'elle ne pouvait rien faire à cause de son genou blessé.
Aucun obstacle ne vint entraver sa lente course vers les grandes portes du palais. Elle était définitivement seule. Caché derrière une statue, un bâton de bois attendait sagement sa maitresse. De la plus simple des fabrications, il remplissait très bien la fonction de canne pour l'aider dans ses escapades à la belle étoile. Autant elle se doutait que Riju était au courant pour ses déambulations dans le palais, notamment dans la cuisine, autant elle savait la reine ignorante quant à ses sorties dans les rues de la citadelle.
Pour le coup, elle n'aurait jamais réussi toute seule si Line n'avait pas soigneusement consigné les effectifs des gardes ainsi que leurs horaires de rondes. Démontrant à nouveau ses talents d'espionne, la princesse ne pouvait qu'être admirative de sa camarade qui avait su, en quatre nuits, à déjouer complètement la sécurité du palais. Il ne fallait cependant pas croire que Makeela Riju employait des incompétentes et incompétents. Ils faisaient juste face à une professionnelle qui avait des années d'expériences dans ce domaine. Line était quand même celle qui avait joué un double jeu parmi les Chevaliers Célestes sans jamais se faire percer à jour.
La porte tourna aussi vite qu'un chuchu mais c'était pour limiter le bruit.
S'appuyant sur sa canne improvisée, Aurore traversa l'allée menant aux premiers remparts à découvert puis disparue subitement pour réapparaitre loin devant le premier accès à l'enceinte du palais gérudo. Son don de ralentir le temps pour se mouvoir pouvait finalement servir à autre chose qu'au combat et puisqu'elle ne dépensait presque aucune énergie en journée, elle pouvait sans mal se permettre de l'utiliser dans ce don très couteux en énergie.
Quelques habitants natifs gérudo regardèrent passer la princesse entre les palmiers, les échoppes, les murs ocres et les bars. À vrai dire, c'était la troisième fois qu'il voyait la princesse passer devant eux. Certains se demandaient malgré tout comment on pouvait la laisser ainsi gambader au beau milieu de la nuit mais la plupart se moquaient éperdument de ce que pouvait faire Son Altesse Aurore à des horaires aussi tardifs. Il y avait aussi parmi eux du personnel affecté aux cuisines du palais mais jamais ils n'avaient divulgué le secret. C'était contre leur principe et puis voir la princesse s'affranchir de sa condition les rassurait à vrai dire.
Après avoir longé plusieurs bars qui terminaient de chasser les derniers clients alcoolisés, la princesse arriva finalement après bien dix minutes de marche devant l'enseigne de la forge numéro une du désert, la plus réputé, la plus fréquenté et la plus fiable. Elle se calla comme elle put sur sa jambe droite puis donna des coups répétés avec le bâton sur une partie du mur à côté de la porte d'entrée.
Quelques instants plus tard, l'ouverture s'ouvrit sur une des employées d'Alnae qui, reconnaissant la princesse, ne tarda pas à la faire entrer.
Dans ce lieu empreint d'odeurs singulières et métalliques, Aurore se sentait bien plus à son aise qu'entre les murs étouffants du palais et fut agréablement surprise qu'on la laisse pénétrer ce lieu aussi facilement… Visiblement, Alnae avait passé le message à ses collègues de la laisser entrer sans tenir compte de son statut de princesse royale.
La porte se ferma derrière Aurore et le silence fut total. Celle qui avait fait entrer la princesse appuya sur un bouton et une multitude de torche archéonique s'allumèrent simultanément dans tous le magasin. L'éclairage de nuit, de couleur rouge, celle la moins agressive dans le noir, fit ainsi son office et plongea les deux femmes dans une ambiance à la fois singulière et apaisante néanmoins coupée par une raie de lumière vive venant du fond de la gigantesque pièce.
– Encore un cauchemar Altesse ? Demanda la gérudo.
– Exact, bien deviné. Et vous, toujours pas couché ?
La gérudo eut un sourire timide face à cette contre question à mi-chemin entre l'humour et le sarcasme.
– Je crains que non Altesse, confirma-t-elle finalement. J'ai encore une partie de l'inventaire à faire. Nous avons eu une grosse journée et il faut bien que quelqu'un termine le boulot. Au moins, je sais que je ne reprendrai mon travail que demain en milieu d'après-midi, la cheffe l'a exigé après-tout.
Songeuse, Aurore repassa dans son esprit ce qu'elle venait d'entendre. À la base, elle était venue comme les deux nuits précédentes pour passer le temps en échangeant sur les dernières nouvelles, la culture du peuple gérudo… Mais vu que la gérudo face à elle était encore en service…
– C'est un travail qui ne nécessite pas d'être debout ? Demanda simplement Aurore avec un sourire malicieux. Si c'est le cas je…
– Mais Altesse vous n'y pensez pas ?! Rétorqua la gérudo en comprenant immédiatement le sous-entendu que venait de faire la princesse. Je ne peux pas accepter de vous voir m'aider, que dirait la cheffe si elle l'apprenait ?
Aurore haussa les épaules.
– À mon avis, vous n'avez rien à craindre vu que c'est moi qui demande… enfin qui allait demander plutôt. Je n'arriverai pas à m'endormir avant les premières lueurs du soleil de toute façon alors autant combler le temps, c'est-à-dire quoi… entre trois et quatre heures ? Au moins ici, je n'ai pas l'impression d'être prisonnière et livré à moi-même et puis je pourrai discuter avec vous. J'aimerai beaucoup échanger avec les habitants mais vu que Riju ne me laisse pas sortir la journée…
Aurore sentit qu'elle avait lâché une pointe d'exaspération envers Riju dans ses propos mais elle s'étonna de ne voir aucune réaction apparente sur le visage de son interlocutrice, comme si elle était déjà au courant.
– Si jamais Altesse, annonça la gérudo calmement, il y a toujours deux chambres de libres à l'étage pour quand on accueil des apprentis… enfin vous le savez peut-être vu que vous êtes venue les deux précédentes nuits. Si vous voulez vraiment rester avec moi le temps que je termine, je n'y vois pas d'inconvénient, à vrai dire ça me flatte. Ce n'est pas habituel qu'une princesse…
– ... fasse ce que je fais ! Oui je sais ! Je ne suis pas une Altesse royale normale on va dire et par pitié, appelez-moi Aurore.
Surprise, la gérudo hocha la tête et invita la princesse à la suivre, un peu gêné par la situation.
– Bien alors… c'est par ici Alte… Aurore !
La princesse fit un sourire à son hôte pour la rassurer sur le fait de l'appeler par son prénom et non son titre puis elle se fit guider entre les racks de métal et les présentoirs, se dirigeant vers un accès situé derrière le comptoir.
– Je n'avais pas eu l'occasion de vous connaître avant mon retour, comment vous appelez-vous ?
La concernée se tourna vers la princesse.
– Zelenne, je m'appelle Zelenne.
Aurore resta avec cette employée fort sympathique et discuta avec cette dernière pour le restant de la nuit, sans omettre de finir le travail de la native du désert. Aurore apprit par ailleurs que Zelenne était marié et était mère d'un petit garçon, chose qui devenait de plus en plus fréquents dans la citadelle.
Lorsque les premières lueurs du jour filtrèrent à travers les rideaux, libérée de sa prison nocturne, la princesse accepta la proposition de la gérudo et eut enfin le courage d'aller se rendormir dans la chambre qu'on lui avait très gentiment donné. Dormir dans ce commerce signifiait que Riju allait être au courant de sa fuite mais bon… elle n'avait aucune envie de retourner au palais. Le lit qu'on lui avait proposé ici lui semblait bien plus accueillant.
Aurore se rendormit aussitôt sa tête posée sur l'oreiller, tout habillée, mais non sans éprouver une appréhension bien marquée quant à ses démons qui pouvaient revenir à tout moment dans son repos dérangé.
OoOoO
Chaleur.
Bienveillance.
Ces deux sensations furent les premières choses qu'Aram ressentit lorsqu'il émergea des bras de morphée. Son corps appréciait grandement et n'avait aucune envie de gesticuler. À quand remontait la dernière fois où de pareilles sensations l'avait englobé ? À de nombreuses années surement.
Aram avait souvenir qu'une nuit, remontant à bien deux ou trois ans, il s'était endormi avec Aurore contre lui car cette dernière avait été morte de fatigue. La soirée qui avait précédé avait été riche en émotion. Un moment convivial dénué de toute considération envers leur vie de mercenaire. Une fin de journée où chacun paraissait parfaitement normal, humain… Une soirée où Hystoria s'était donné du mal pour préparer un véritable diner royal à la belle étoile. Les estomacs pleins et les esprits saturés par une longue journée se terminant en beauté, le groupe s'était endormi. Et Aurore n'avait pas trouvé de meilleur oreiller que son frère qui lui-même n'avait pas trouvé de meilleur oreiller qu'Hystoria, pour seulement quelques minutes en tout cas.
De souvenir, c'était la dernière nuit où il s'était senti réellement bien, donnant et recevant un amour fraternel avec sa seule famille à cette époque : Aurore.
Mais à cet instant, ce n'était pas Aurore qui était à ses côtés.
Quittant ses pensées, Aram du prendre quelque instant pour se situer lui dans l'espace et dans le temps et même pour comprendre ce qui lui procurait un tel apaisement.
Les paupières lourdes et l'esprit embrumé, Aram essaya de distinguer quoique ce soit lui permettant de comprendre où est-ce qu'il se trouvait. Il faisait jour, à n'en point douter, les rayons du soleil filtrait à travers les fentes des fenêtres. La vue en état de fonctionnement, ses autres sens se mirent eux aussi en éveils et Aram prit conscience que quelque chose le bloquait et appuyait sur lui de manière significative. Un écrasement paradoxalement délicieux.
L'information prit tout son temps pour parvenir à son cerveau car Aram ne réalisait, mais alors, pas du tout ce qu'il découvrait consciemment à présent.
Sa mère était là.
Des brides d'images d'abord lui revinrent en tête, le puzzle s'assembla et il comprit. Il était tout simplement blotti contre sa mère, de côté, sa tête plaquée contre le torse de Zelda et solidement verrouillé dans l'étreinte de ses bras. Aram sentit la respiration lente et régulière de celle qui le tenait fermement contre elle. Elle dormait mais son subconscient semblait actif et ne souhaitait pas relâcher son emprise sur Aram. Chose qui se vérifia lorsque ce dernier tenta de déplacer sa tête.
Soudain, tout lui revint sa vision horrifique, son retour à la réalité brutal, l'empressement des zoras à vouloir le maîtriser et finalement l'intervention aussi imprévisible que sèche de Zelda qui avait enlacé son fils sans chercher à comprendre par quel miracle Aram pouvait se trouver au sein de la citadelle Zora.
Ce dernier n'était pas resté longtemps conscient après ça, trop chamboulé pour saisir que l'improbable venait de se produire. Il avait répondu à cet appel affectif par instinct, sans se préoccuper de quoique ce soit d'autre. La joie indescriptible et la douceur maternelle de sa mère l'avait vaincu en un instant et il s'était endormi aussi subitement qu'il avait émergé de sa vision.
À présent, le jour était levé et il n'y avait aucune illusion. Aram n'en revenait pas.
D'ailleurs, il n'avait pas tellement envie de quitter ce confort incroyable. Non… pour le moment, le monde extérieur ne lui faisait pas envie. Il était bien mieux là, dans une position qui lui convenait, récepteur d'un amour dont il ne voulait pas s'éloigner.
Cela lui avait tellement manqué… C'était incroyable tout de même d'avoir pu oublier à quel point cela était extraordinaire de partager un tel moment avec un membre de sa famille. Oh bien sûr, ce n'était pas de sa faute mais… Aram ne pouvait s'empêcher d'éprouver un soupçon de culpabilité à l'idée que pendant huit ans, sa mère avait disparu de son existence comme si elle n'avait jamais existé. C'était horrible rien que d'y penser.
Ni une ni deux, Aram dégagea avec délicatesse ses bras un peu engourdie et effectua le même geste d'amour que Zelda, ne voulant, lui non plus, ne pas briser ce moment qui rattrapait déjà énormément du temps perdu. Les explications viendraient plus tard.
Mais pour le moment, à défaut de comprendre, il fallait profiter de cet instant, ce qu'Aram fit sans l'ombre d'une hésitation, ne cherchant plus à mettre des mots sur le bonheur qu'il ressentait.
Et c'était bien la seule chose qui lui faisait oublier ce qu'il avait vécu la nuit passée…
OoOoO
– Mais bordel ! Est-ce que vous allez avoir la décence de me dire où est-ce que cette gamine est passée ?! Je la lâche deux secondes et la voilà qui gambade dans tout le palais avec une jambe qui n'est même pas à un tier fonctionnel pour aller gambader ici et là sans omettre de récupérer du gâteau à la framboise au passage ! Du gâteau, où plutôt ce qu'il en reste, que je vois bizarrement sur le plan de travail en face ! Et je ne parle même pas du fait qu'elle n'est tout simplement plus dans le palais !
Toutes les gérudos présentes dans la gigantesque cuisine ocre du palais royal de Sa Majeste Riju eurent soudain l'envie de regarder ailleurs, consciente pour la plupart des déplacements de Son Altesse Aurore au sein de leur demeure… si on peut appeler ça ainsi. Certaines savaient en plus ce qu'avait fait la princesse la nuit dernière pour l'avoir vu passer devant leurs yeux.
Furibonde, Riju scrutta son personnel pour y déceler la moindre indication lui démontrant qu'on lui cachait des choses et nul besoin de ses compétences de souveraine pour l'aider dans cette tâche.
– Donc mesdames… Pouvez-vous me dire, pour l'amour du ciel, où est-ce qu'Aurore est passée ?! Vous semblez moins confiante tout d'un coup…
La voix de Sa Majesté avec des accents de glace.
– Majesté, osa une gérudo aux regards ambre, au risque que cela vous déplaise, la cuisine est vide de notre présence parfois et nous ne sommes pas affectés à la garde du palais donc…
Riju ne la laissa pas finir sa phrase.
– Et vous allez me dire qu'elle en profite pour s'incruster dans cette pièce pile poil au bon moment, récupérer une pâtisserie qui, étrangement – Riju insista fortement sur le mot – sort directement de nos fours et prendre la poudre d'escampette sans que rien n'y personne ne la distingue ? Et le tout avec une jambe en moins ? Je sens que vous savez où est passé Aurore, je le sais même ! Est-ce que vous ne vous foutrez pas un petit peu de ma gueule ?
– Jamais de la vie Majesté !
– En soit c'est quand même un peu vrai non ? Avança soudain une jeune gérudo à peine adulte tenant un pot en terre cuite.
– Surtout que Son Altesse Aurore en a marre de n'être qu'un épouvantail qui n'épouvante rien du tout, confirma une autre employée en faisant mine de réfléchir.
– Mais la princesse ne veut faire peur à personne, s'étonna une enfant gérudo accompagnant sa mère dans sa profession et avec la naïveté d'une enfant propre à son âge. Elle vient souvent me voir quand elle vient chercher son gâteau, même qu'elle m'en donne un bout.
– Idiote, rétorqua ladite mère en se retenant de glousser suite à la remarque, je disais ça dans le sens où elle reste immobile la majeure partie de la journée ! Un épouvantail ça ne bouge pas non ? Eh bien elle c'est pareil, Son Altesse Aurore ne bouge pas. Enfin presque.
Alors que la plus jeune de toutes s'exclama d'un grand « Ah » en entendant cette réponse, toute joyeuse de « comprendre » ce qu'il en était, toutes les autres se rendirent compte que l'enfant en avait trop dit. Comme quoi, quand on disait que la vérité sortait de la bouche des enfants, ce n'était définitivement pas des conneries.
N'ayant rien raté de la scène, Riju se gratta la gorge suffisamment fort pour que l'attention revienne sur elle.
– Donc si j'ai bien compris les propos de Malane, vous êtes bel et bien au courant qu'Aurore se balade dans mon palais ? Je présume que vous en savez des choses que vous ne voulez pas dire… Mesdames, je vous croyais plus maligne que ça. Vous savez ce que je fais à ces dames – et messieurs quand il y en a – quand on me ment de façon si grotesque ? C'est ma chère Beterah qui va être contente, elle qui aime plus que tout la discipline…, ajouta la reine avec une volonté féroce.
Mais avant que qui que ce soit ne puisse esquisser un geste. Un bruit de pas se fit entendre et soudain, Alnae apparut à l'embrasure de la porte.
– Tiens, ça en fais du monde ici, que se passe-t-il ?
Parée de sa tenue de travail, la forgeronne la plus respectée du désert transportait dans son dos un grand sac remplis de matériau en tout genre. Une livraison spécifique pour une garde souhaitant faire de l'artisanat. Alnae semblait étonnée de faire face à pas moins de quinze de ses camarades dont sa reine à cet endroit précis du palais alors que c'était le milieu de l'après-midi.
Dans une cascade de cheveux flamboyants, Riju prit les devants et se tourna vers la nouvelle venue avec un sourire las.
– Il se passe ma chère Alnae qu'Aurore est introuvable, expliqua-t-elle en posant ses mains sur ses hanches. Il se passe aussi qu'elle se joue de moi depuis son retour, qu'elle refuse de laisser sa jambe tranquille et que je ne me vois pas annoncer à Link et Zelda quand on les retrouvera que leur fille s'est définitivement pété le genou parce que je n'aurai pas été foutu de la contenir elle et son dynamisme increvable.
– Qu'elle âge à cette fille déjà ?
– Dix-sept ans.
– Elle est majeur donc, fit remarquer la forgeronne en levant un doigt. Où se situe le problème dans ce cas ? Elle est en mesure de faire ce qu'elle veut. Ce n'est pas parce qu'elle est sous ta responsabilité en tant que princesse hébergée chez une reine que tu dois la brider à ce point. Si elle souhaite abimer davantage sa jambe, c'est son droit.
– Mais tu as vu comment est configuré ce palais ? Rétorqua Riju avec une pointe d'étonnement. Rien que la hauteur des marches est déjà au-dessus des classiques hyliens, comment-veux-tu que…
– Ce n'est pas ta fille !
Le propos jeta un froid dans la pièce. La forgeronne reprit.
– Déjà quand Aurore et Aram sont arrivés dans la citadelle la première fois, tu as fais une véritable comédie pour que la sécurité soit assurée partout, limite au point qu'ils ne puissent pas s'approcher d'un feu de cheminé à moins de cinq mètres… une mesure archi ratée vu ce qu'ils ont fait sur le toit du palais, enfin bon. Calme tes instincts maternels ma grande, je vais finir par croire que, enfin, la perspective d'avoir des enfants ne te donne plus de sueurs froides. Va bien falloir assurer la descendance du peuple gérudo à un moment. Vu comment tu te comportes face à Aurore et Line…
À cet instant, on aurait pu croire que le visage de Makeela Riju était devenu aussi rouge que sa chevelure. Gênées, les autres gérudos n'osèrent rien dire. Ce n'était pas vraiment une humiliation mais plus un rappel de la réalité, certaines le comprenaient très bien. Leur reine n'appréciait pas du tout aborder le sujet. Toutefois, d'un bond, la souveraine du désert attrapa le bras de son ainée, sortit de la cuisine et ferma la porte avec fracas.
Un bruit qui résonna longuement dans le palais.
– À quoi tu joues Alnae ?! Cria Riju dont l'énervement se lisait sur ses traits. Et devant mon personnel qui plus est !
La forgeronne, qui n'avait aucunement peur de se confronter à sa reine, ferma ses bras et regarda Riju d'un air sévère.
– À rien, je l'ai fait exprès ! Lança-t-elle. Je t'ai juste fait prendre conscience que tu te comportait comme une maman surprotectrice envers son enfant et qui en plus ne comprend pas celle qu'elle protège. Tu ne penses qu'à son bien être physique, est-ce que depuis son retour il y a quelques jours, tu as pris la peine de t'enquérir de son état psychologique Riju ?
La concernée resta pantoise au beau milieu de son couloir.
– Riju, Riju, Riju… Tu as bien vu comment Line a réagit en te voyant pour la première fois ? Maintenant, poses toi les bonnes questions sur Aurore, pour elle, tu es juste celle qui l'empêche de s'épanouir. Elle n'a rien oublié de ce qu'il s'est passé chez les Chevaliers Célestes, elle en fait même des cauchemars. De ce que Line m'a révélé, elle a dû blesser gravement et cruellement des personnes qu'elle considérait comme des connaissances, à défaut de les considérer comme des amis. Ce n'est pas la même chose que de d'abattre des pourritures, les séquelles sont bien plus importantes sans compter les huit dernières années de sa vie et le fait de devoir presque repartir de zéro… C'est pareil avec Aram je suppose et à vrai dire, je ne sais pas comment il a pu accepter de repartir aussi vite sur le terrain après ce qu'il a vécu avec sa sœur. Pour tout te dire, et cela doit rester entre nous, j'ai déjà entendu Aurore appeler son frère au beau milieu d'une sieste agitée dans mes locaux. Elle a beau être une guerrière surdouée, il n'en reste pas moins qu'elle a soufflé ses dix-sept bougies en début d'année. Son esprit n'est pas protégé par une carapace de métal froid et elle n'est pas immunisée face aux traumatismes.
Alnae marquait un point, Riju ne pouvait le nier.
– Je ne savais pas… enfin non c'est juste que…
Riju soupira avant de faire volteface et de tourner le dos à Alnae, elle se dirigea vers une fenêtre au bout du couloir. La forgeronne la suivit, un peu étonné de cette réaction. Lorsqu'elle rejoignit enfin sa souveraine, elle vit cette dernière scruter attentivement ce qui était visible derrière la vitre.
– J'en ai peut-être trop fait c'est vrai mais… je dois faire attention, très attention…
– Et pourquoi donc ?
Riju ne répondit pas tout de suite… À la place elle sortit un tissu blanc immaculé en apparence qu'elle présenta à Alnae qui acquiesça simplement, curieuse de connaître les intentions de sa reine. Riju plaça ensuite le tissu à la lumière du soleil, dévoilant une multitude de dessin géométrique qui n'était pas sans rappeler les circuits pouvant composer un système archéonique. Riju regarda son amie fixement alors que cette dernière ne comprenait pas du tout ou Riju voulait en venir.
– Un mouchoir en apparence simple, parfaitement lisse et parfaitement blanc mais à la lumière du soleil, il dévoile une partie de la cartographie des circuits archéonique d'une torche à émission rouge. On y voit même l'emplacement du rubis donnant sa couleur à la torche. Tu n'aurais jamais cru trouver ça dans un simple bout de tissu n'est-ce pas ?
Alnae hocha la tête mollement mais fronça les sourcils d'incompréhension.
– Ceci n'est que broderie finement exécutée, tellement qu'il est presque impossible de la sentir sous ses doigts et pourtant… Ce n'est qu'une ébauche d'un projet que j'ai lancé il y a peu, les sheikahs travaillent dessus nuit et jour. Je cherche un moyen de transmettre des messages cachés via des objets en apparence anodin. Je trouve ça insensé qu'on écrive encore des lettres pour les échanges sensibles alors qu'on est capable de construire des gardiens tirant des rayons lasers pour tout détruire, nous octroyant un bon nombre de décennie d'avance technologique sur nos confrères en dehors d'Hyrule. Mais passons, Alnae, sait-tu pourquoi je te montre ça ?
La concernée répondit non de la tête et Riju soupira.
– Un rapport de mes espions sur ce qu'il s'est passé au château d'Hyrule nous est parvenu… Zelda aurait fait usage de son pouvoir d'une manière peu orthodoxe. La colère et la panique ayant pris le dessus, elle aurait détourné sa magie de son utilisation primaire pour en faire une arme destructive capable de carboniser tout ce qui se trouverait dans son champ de lumière. Zelda est allé jusqu'à là, elle qui s'était juré de ne jamais employer sa magie à des fins meurtrières… Enfin… Un peu plus loin dans le rapport il est écrit qu'une sorte d'explosion aurait eu lieu dans les anciennes geôles du château. Apparemment, deux corps carbonisés et méconnaissables furent trouvés à côté de murs encore chauds et de barreaux tordus. Dans la lettre écrite par Pahya, il était fait mention, concernant Laura, que cette dernière avait été retrouvé avec des graves brûlures sur ses mains et ses avant-bras… Du sérieux ! Impossible à guérir sans une connaissance des magies médicinales et des arcanes liés à la vie, pourtant, les marques de Laura montraient qu'elle avait déjà été soigné en urgence. Ces autres blessures ne pouvaient provenir que de son voyage dans les courants du fleuve. Toutefois, sans l'aide mystérieuse qu'elle a reçu, Laura n'aurait jamais survécu à son propre pouvoir. Tu commences à saisir où je veux en venir ? Zelda maîtrise son don et elle a prouvé qu'on pouvait le modifier, mais maintenant applique cela sur Laura et Aurore qui sont ses filles. Pour l'une, qui ne maîtrise pas du tout cette magie et pour l'autre, qui ne l'a jamais vraiment fait émerger en plus d'avoir ce pouvoir contenu au sein de sa rapière… Prend en compte qu'Aurore a vécu des traumatismes dernièrement… Si cette dernière entre dans une colère incontrôlable pour une raison lié à la mort ou à la violence, imagine les dommages qu'elle pourrait elle-même s'infliger au-delà d'en infliger à son environnement.
La forgeronne resta estomaquée en comprenant ce que Riju redoutait, toutefois, cela ne lui semblait pas totalement logique.
– Mais en la gardant prisonnière dans le palais, tu contribues à la rendre « dangereuse » si je puis dire ! Rétorqua la gérudo en se grattant la tête. Pourquoi ne pas la laisser libre de ses mouvements ? Pourquoi ne pas envisager de l'amener là où elle le désire ? Et quel est le rapport avec ce bout de tissu là ?
Devant cet afflux de question, Riju se contenta de ranger ledit tissu dans un pan de sa robe royale et de croiser ses bras devant elle.
– Parce que j'ai aussi peur qu'on nous infiltre ! Avoua-t-elle à voix basse. La lettre que j'ai envoyé à Laura faisant explicitement mention d'Aram et Aurore. J'avais pris ce risque pour redonner de l'espoir aux principaux concernés mais vu que la lettre a été intercepté et modifié, je redoute l'envoi d'espion à la solde de l'impératrice en retour. Je ne sais pas encore quelles sont ses motivations et je ne sais pas non plus pourquoi elle s'est emparée de Laura après avoir chassé Link et Zelda de leur propre demeure. Je ne veux pas prendre le risque qu'elle mette la main sur Aurore et Aram. Les gens qui entrent à présent dans ma citadelle sont comme ce mouchoir, innocent en apparence mais pouvant dissimuler un secret presque indétectable… qui plus est s'il est malveillant.
Alnae allait parler mais Riju lui intima de se taire car au même moment, un groupe de garde gérudo passèrent à côtés des deux femmes en les saluant. La forgeronne leur répondit et attendit sagement que les soldates se trouvent suffisamment loin pour en rien entendre.
– Pourquoi ne pas l'avoir dit d'emblée Riju ?
– Parce que je ne veux pas inquiéter les hommes et femmes que j'ai à mon service et sous mes ordres Alnae !
L'expression de la reine Gérudo ne reflétait plus que la volonté de garder le contrôle sur l'environnement qui l'entourait. Alnae vit aussi pour la première fois à quel point Makeela Riju s'adonnait parfaitement à son rôle de souveraine, prévoyant le maximum de possibilité, le maximum de risque, le maximum d'option…
Pour la première fois aussi surement, la forgeronne recula d'un demi pas vers l'arrière. La situation s'était inversée. C'était à présent Riju qui semblait la plus lucide.
– Je ne sais pas ce que cherche à faire cette impératrice sortit de nulle part mais je la considère comme une menace. Elle est capable de chose qui nous dépasse et je ne veux pas d'une nouvelle catastrophe ici même dans ma citadelle, dans mon royaume avec mon peuple ainsi exposé. J'ai eu un mal fou à faire accepter à ce dernier l'ouverture de la citadelle à l'ensemble du royaume et surtout au sexe opposé. Les souvenirs des Yigas subsistent toujours. Si du jour au lendemain je leur annonce que ceux qui entrent ne sont possiblement pas digne de confiance, nous allons nous retrouver comme il y a vingt ans, avec une vérification minutieuse de qui entre et qui sort. Je ne veux pas de ça et je ne veux encore moins créer une situation de panique où chacun se méfiera de son prochain.
– Ok pour ça alors ! Admit Alnae en levant les mains face à Riju. Mais si tu veux faire comme si de rien n'était, pourquoi coincer Aurore dans le palais ?
– Il y a une première raison tout bête, je ne veux pas qu'un accident survienne et qu'Aurore vienne à perdre le contrôle sur son pouvoir. Si par erreur, elle fusionne le sien et celui contenu dans sa rapière, elle pourrait faire encore plus de dégâts que Zelda. Imagine ! Ça mettrait en danger les habitants comme je l'ai sous-entendu tout à l'heure, quant à la seconde raison…
– Oui ?
– Suis-moi !
Riju entraina Alnae dans les couloirs, sous les regards d'employés qui ne voyaient rien d'étrange à une pareille scène. Les deux femmes embrayèrent dans un escalier étroit où la chaleur diminua de manière drastique. Leur destination se trouvait dans les sous-sols du palais, là où se trouvait tous les laboratoires importants des Sheikahs en territoire gérudo. L'architecture changea du tout au tout, basculant sur les teintes sombres des murs illuminés par des dessins géométriques orange ou bleu. La technologie archéonique millénaires s'octroya son moment de gloire en ouvrant un accès aux deux femmes d'une manière peu orthodoxe, à base de cubes disparaissant les uns derrières les autres.
Alnae, qui n'était jamais venu dans ce lieu, fut à la fois surprise, consternée et émerveillée par ce qu'elle pouvait contempler. Elle avait changé de monde, ni plus ni moins. Autour d'elle, plusieurs sheikahs et des gérudos dans la confidence travaillaient sans s'attarder sur le duo. Riju dû prendre Alnae par le bras pour la guider tellement cette dernière était sous le choc de cette découverte.
– Personne ne fait attention à nous, ce n'est pas un peu dangereux ? Questionna la forgeronne en scrutant chaque parcelle qui s'offrait à ses yeux.
– En entrant ici Alnae, tu as passé pas moins de dix systèmes de sécurités et si par malheur l'un deux avait eu la gentillesse de nous remarquer dans le mauvais sens du terme, on aurait jamais pu franchir le seuil de ce laboratoire gigantesque. Cependant, ce n'est pas une raison pour ne pas faire les présentations. Alnae, je te souhaite la bienvenue au sein du laboratoire le plus abouti d'Hyrule. L'endroit parfait pour rendre jalouse Pru'ha et je n'en suis pas peu fier !
La forgeronne ne répondit pas, incapable de se souvenir à quel moment elle avait pu se faire contrôler sans le savoir. Tout cela la dépassait complètement. De ce fait, Alnae perdit de son assurance, trop intimidé par cet endroit secret. Les deux femmes continuèrent leur chemin, louvoyant entre les espaces de travail, les carcasses de machines, les inventions en cours de développement et les chercheurs concentrés dans leurs travaux.
À un moment, Riju stoppa son amie et la fit se placer à ses côtés, devant un bureau où reposait des fioles aux couleurs ternes accompagnées d'une multitude d'instruments et de produits en tout genre, dont une quantité impressionnante d'herbes hylienne. Intriguée, Alnae voulu demander des explications à Riju mais en voyant l'expression sérieuse et grave de la souveraine, elle n'eut plus envie de le faire. Toutefois, la reine se moquait bien de ce que pouvait penser la forgeronne.
– Quand Aram et Aurore sont revenus…, commença-t-elle d'une voix dénuée de sentiment qui n'annonçait rien de bon. Je leur est demandé de bien vouloir passer quelques tests médicaux afin de vérifier qu'il n'avait pas choper d'infection à cause des blessures… Nous leur avons aussi fait une prise de sang avec du matériel expérimental censée nous donner plus d'indication sur la santé de ceux que nous testons. Après ce qu'ils avaient vécu, c'était plus que bienvenue. C'est tout nouveau mais nous sommes sûr de la fiabilité du procédé, bref, toujours est-il que nous avons fait ce que nous avions à faire avec l'accord des deux principaux concernés. Avant que les résultats ne tombe, j'ai envoyé Aram en mission à Cocorico et avec ce que je m'apprête à te révéler, je n'aurai clairement pas du.
– Riju ?
La concernée prit une grande inspiration.
– Alnae, il y a quelque chose d'anormal dans le sang d'Aram et Aurore ! Il y a une substance magique qui n'a rien à faire là !
– Une substance dis-tu ? Comment cela est possible ? Le sang ne peut pas…
– Il faut croire que si. J'ai prévenu Line et quand je lui est révélé ça, elle m'a fixé avec de grands yeux avant de m'obliger à lui montrer directement les résultats. Ce que j'ai fais en craignant le pire…
– Arrête de tourner autour du pot s'il te plait. Je suis en train de penser à Aurore se trouvant dans ma forge à cet instant et je commence à avoir peur de ce que tu vas me dire… C'est pas un truc en rapport avec leur espérance de vie au moins ?
Riju eut une expression faussement boudeuse en apprenant où se trouvait finalement la princesse mais elle ne fit pas de commentaire à ce sujet. Le contexte ne s'y prêtait plus.
– Honnêtement Alnae, je n'en sais rien. Line n'a aucune donnée sur le très long terme et…
– Par pitié, abrège ! T'es chiante.
Riju soupira.
– D'après les conclusions de mademoiselle Arkant et après avoir vu les résultats de visu, elle est certaine qu'Aram et Aurore ont subi le même « traitement » que cette fille nommée Hystoria… En d'autres termes, ils auraient, eux aussi, la possibilité de se transformer en loup, ce qui pourrait avoir des graves conséquences sur leur mental. Hystoria est devenu ce qu'elle est devenue en partie à cause de ça alors…
Alnae sentit ses veines se geler.
OoOoO
La nuit semblait paisible au village de Cocorico. En apparence…
Haletante sur son lit, éclairé par la lueur blanchâtre de la lune, complètement nue, elle se remettait à peine de l'orgasme qu'elle venait elle-même de se donner. Ses longs cheveux blancs humides collés à son visage luisaient et changeaient progressivement de couleur, effaçant d'eux même le sortilège qui les maintenaient aussi blanc que la neige. La femme se redressa sur son oreiller, appréciant les sensations à leurs maximums dans un silence de mort.
Elle avait bien évidemment retenu ses cris de plaisir. Pas question de réveiller tout le monde et surtout pas via des gémissements pareils, d'autant plus qu'elle se savait assez expressives à ce niveau-là.
C'était quelque chose dont elle ne pouvait plus se passer. À vrai dire, elle pensait déjà au moment où elle allait revenir à son quartier général retrouver son « amant » et passer des heures se faire prendre sur un lit, contre les murs et même debout. Le sexe était devenu une chose dont elle ne pouvait se passer. Elle aimait ça ! C'était l'une des rares choses qui pouvaient la combler dans ce monde où elle était ce qu'elle était…
Un démon.
Son corps à la blancheur diaphane cessa de trembler et la jeune femme pu reprendre une respiration normale tout en sentant son esprit s'endormir sous l'effet des endorphines. Une véritable plénitude.
Reprenant peu à peu son apparence de base, la jeune femme revit ses cheveux dans son dos et posé en partie sur ses seins recouvrer enfin leur teinte d'origine. Cette même couleur qui, allié à sa peau plus blanche que la moyenne et ses yeux rouge sang, la rendait soit exceptionnellement attirante soit repoussante mais pas dans le sens premier du terme. Sa personnalité flamboyante, ses capacités, sa magie et ce qu'elle considérait comme une malédiction… tout cela faisait d'elle un monstre. Un monstre à la beauté certaine mais froide, victime d'un destin qu'elle n'avait pas voulu et d'une magie qui rendait de plus en plus folle. Une tueuse semant le chaos là où elle allait, massacrant tout ceux coupable de crimes graves. Ses dernières années ne l'avait pas aidé, oh que non ! Mais à présent, on la craignait au sein même de son groupe et son surnom commençait à émerger dans les têtes des habitants.
Un monstre !
C'était comme ça qu'elle se définissait et personne ne pouvait comprendre ça, pas même celui qui lui servait d'amant pour des étreintes sauvage et passionnées. Aucune âme ne pouvait savoir par quoi elle était passé. Abandon multiple, violence physique et verbale, trahison… et elle avait échappé de peu à plusieurs viols grâce à sa « malédiction » qui avait arrêté net ses agresseurs pour les envoyer directement quatre-vingt-dix-neuf pieds sous terre. Ces souvenirs étaient des souvenirs et cela n'allait rien changer à son présent.
La jeune femme passa un doigt sur ses lèvres.
Son identité de Blanche allait lui servir encore un tout petit peu. Le sortilège allait devoir être relancé une nouvelle fois. Apparemment, Aram était toujours en vie, elle qui le pensait mort depuis qu'il l'avait abandonné à son sort lors de cette funeste soirée huit ans auparavant. Il revenait bientôt normalement et elle avait besoin de savoir…
Elle avait besoin de savoir si Aram pouvait la comprendre, elle…
La démone aux cheveux écarlate !
Le chapitre est moins long pour une fois. J'ai quand même ajouté la dernière scène hier parce que je me disais qu'il était temps d'introduire cette partie du scénario. J'avoue avoir hésité à le faire mais y'a un début à tout non ? Qu'avez vous pensé de cette dernière partie d'ailleurs ? Vous ne vous y attendiez pas n'est-ce pas ?
Vos retours seront bienvenues, je ne veux pas que ce personnage de la dernière partie soit vu de la mauvaise manière au vu de son importance.
J'espère que le chapitre vous aura plu en tout cas.
À bientôt;)
