– Nausicaa ! Etes-vous bien sûr de vouloir faire ça ?

– J'ai l'air de douter ?

– Non, bien sûr que non mais…

Yon ne put s'empêcher de s'inquiéter du plan insensé de sa souveraine. Il était arrivé en trombe dans les écuries du château après avoir appris de Frederick que l'impératrice comptait aller sauver sa fille, seule ! Il ne savait pas vraiment s'il devait penser que Frederick était fou de laisser sa protéger entreprendre ce voyage ou si Nausicaa elle-même avait définitivement perdu la tête.

Cette dernière d'ailleurs qui était tranquillement en train de sceller un cheval, préparant également les sacoches attachées à la selle avec le minimum nécessaire pour sa survie. Habillée de sa tunique de combat noir, équipée d'un fourreau contenant une épée basique à double tranchant accrochée à sa ceinture et avec une grande cape à capuche dans le dos, Nausicaa semblait parfaitement concentré dans son objectif. Elle ne portait aucune protection métallique, se contentant de cuir et de soie et cela, d'après ses propos, était bien plus pratique pour pratiquer la magie. C'était son terrain de prédilection, son talent qu'elle mettait plus en avant. L'épée n'était là que pour assurer le combat rapproché.

Le jour commençait à se lever. Visiblement l'impératrice avait décidé de mettre les voiles avant que tout le monde ne soit réveillé, surement pour éviter qu'on vienne la dissuader d'entreprendre cette mission extrêmement risquée. Yon devait bien s'avouer que cette initiative avait du sens mais il avait le sentiment que sa souveraine prenait un risque inconsidéré et s'il avait couru dans les couloirs à sa rencontre c'était bien pour lui faire entendre raison. Yon connaissait bien Reiyan pour avoir été camarade à l'époque ou Lyrannyan n'était pas détruit, dans l'académie de magie de Lyphalie, la capitale impériale. Reiyan avait le farouche désir de briser encore plus Nausicaa et Yon craignait que cette dernière perde son sang-froid en voyant sa fille…

Car effectivement, Yon avait eu des retours secrets de ses espions et ce qu'il avait appris l'avait refroidi. La façon dont Reiyan se servait d'Harmonie était horrifique. Il en avait fait une arme meurtrière plongée dans la souffrance. Yon n'était qu'un sous-fifre qui obéissait à sa souveraine mais il avait peu d'espoir. Harmonie serai tout à fait capable d'attaquer sa propre mère sans la reconnaître… Après tout, elle avait bien mis à mort les prisonniers des Chevaliers Célestes, à savoir des membres de Sanglance, après leur interrogatoire…

– Majesté, je suis sérieux ! Reprit-il d'une voix presque suppliante. Vous allez vous mettre en danger de mort ! Votre fille ne vous reconnaîtra peut-être pas et…

– Tais-toi ! Je ne veux pas entendre de telles paroles ! Pas maintenant.

– Pardonnez mon insolence mais vous allez courir droit vers votre mort ! Répliqua-t-il encore. Il sont plus de mille en face et vous êtes seule, vous n'avez strictement aucune chance !

Nausicaa se tourna enfin vers lui, le regard noir.

– Je crois vous avoir dit… de la FERMER ! Cria-t-elle avec autorité.

Nausicaa tourna ensuite le dos à son conseillé coupant net l'échange verbal. Elle ne voulait rien d'entendre et l'avait fait savoir. Appuyant ses paroles, elle posa son pied droit dans un premier étrillé puis grimpa sur le dos du cheval qui accepta sans mal sa passagère. Il ne refusa pas non plus l'ordre de sa cavalière lorsque cette dernière lui indiqua d'avancer direction la sortie. L'impératrice refit le nœud de sa cape et plaça la capuche sur sa tête sans accorder une quelconque importance au pauvre Yon qui ne savait plus quoi faire.

En tentative désespéré, le concerné se déplaça dans l'encadrure du passage et fit obstacle à sa souveraine en bloquant le portique de son corps.

– Majesté, s'il vous plait, ne faites pas ça ! Vous n'avez aucune idée de ce qui vous attend là-bas, c'est du suicide.

Nausicaa arrêta le cheval, l'air prête à exploser et d'un geste vif, sortit son épée et la pointa droit vers Yon. La paume de sa main gauche, elle, fit face au plafond. Les yeux de la blonde exprimait la plus froide des indifférences.

– Ecartez-vous Yon ! C'est un ordre !

– Non Majesté, je ne peux pas, je…

Il ne vit pas le coup partir. Une boule de magie le percuta avec force sur son flanc gauche, lui arrachant un cri de douleur se muant en étouffement. Le choc lui avait coupé le souffle. Nausicaa fixa le dénommé Yon avec cette fois un soupçon de regret puis, sans demander son reste, elle ordonna à sa monture de s'élancer. En quelques secondes, elle fut beaucoup trop loin pour que quiconque au château arrive à la stopper.

Yon se releva avec difficulté, incrédule face à la puissance de l'attaque. L'impératrice n'avait pas voulu le blesser mais avait mis suffisamment d'énergie dans son sort pour le mettre hors de combat. Il dû s'appuyer au poteau de la structure pour rester sur ses deux jambes. Respirant un grand coup pour accepter sa défaite, il ne vit pas Frederick faire son entrée.

– Elle a déjà filé ? Fit-il pour lui-même. Je ne pensais pas qu'elle serait aussi rapide… Moi qui pensait lui avoir fait entendre raison, elle n'en a quand même fait qu'à sa tête, bah…

Le maître d'arme remarqua la présence de Yon.

– Vous avez essayé de la raisonner ? Fit-il avec ironie. Vous en avez du courage… Il ne faut jamais tenter de s'interposer quand Sa Majesté a décidé quelque chose.

– Qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce que vous lui avez dit ?

Frederick haussa les épaules, sans joie.

– Juste ce qu'elle devait entendre pour enfin qu'elle sorte de son état léthargique, expliqua-t-il. Elle vous a écrit un mot à chacun d'ailleurs pour votre réunion de l'après-midi. J'avais ordre de vous le distribuer à ce moment-là mais puisque je vous ai trouvé, autant vous le donner maintenant.

Frederick sortit un une feuille de papier plié en quatre et la tendit vers Yon. Ce dernier s'en empara, désabusé face à tant de prévoyance. Frederick semblait indirectement dans le coup. Yon n'avait rien vu venir et lorsqu'il découvrit l'écriture soignée de sa souveraine et l'aspect très peu protocolaire du texte, il fut pris de court.

Du Nausicaa toute crachée en somme.

J'ai d'ores et déjà transmis, via un messager, l'ordre aux troupes placés en territoire ennemi de reculer d'une dizaine de kilomètres du complexe des Chevaliers Célestes. Je vais à leur rencontre. Je ne veux pas que Reiyan continue de massacrer mon armée en se servant de ma propre enfant sans rien faire… J'ai intercepté vos espions Yon, pour votre information… faites gaffe aux passages qu'ils utilisent pour m'éviter, je les connais tous désormais…

Vous savez quoi faire pendant mon absence alors tâchez de ne pas faire de bêtise, sinon je viendrais personnellement pour botter le derrière ! N'oubliez pas que le pouvoir de famille royale hylienne est à présent mien.

Ah et dernière chose :

Ne cherchez pas à me rattraper !

OoOoO

La présence du duo royal fut de courte durée. Aram avait clairement expliqué la situation aux Zoras, n'omettant pas de demander si le protocole Divine Trois avait été enclenché, chose à laquelle on lui avait répondu par l'affirmative. Le système de communication souterrain d'Hyrule avait cependant besoin d'être revu, notamment sur les structures des tunnels et les largeurs des dégagements. Cela faisait tellement d'années que le réseau avait été installé sans avoir été utilisé une seule fois…

La présence d'Aram n'avait pas duré plus de deux jours. C'était déjà plus que prévu mais Zelda avait insisté pour suivre son fils au mépris de ses blessures physiques. Un compromis avait été trouvé et plus d'une journée supplémentaire de repos avait été imposé à la reine légitime d'Hyrule. Autant dire que c'était extrêmement peu et qu'une convalescence digne de ce nom aurait mérité au minimum deux à trois semaines. Mais Zelda était ce qu'elle était et quand Aram lui avait appris que Laura était à Cocorico et Aurore à la citadelle Gérudo, elle n'avait pas tergiversé plus d'une demi seconde pour savoir ce qu'elle allait faire de ces prochaines journées. Inutile de préciser qu'aucun Zora, pas même Sidon, n'avaient cherché à faire entendre raison à Sa Majesté Zelda.

C'est donc non sans quelque inquiétude que les Zoras avaient laissé repartir leurs invités. Sidon avait par ailleurs personnellement pris soin de demander au prince de faire très attention à la reine. Aram n'était pas né de la dernière pluie et il avait lui aussi très vite compris que sa mère n'était pas du tout au mieux de sa forme. À vrai dire, il ignorait totalement d'où provenait les blessures qui striaient l'intégralité du corps de sa mère, cette dernière avait esquivé le sujet et lorsqu'Aram avait demandé à Sidon, le prince Zora avait affirmé que ce n'était certainement pas à lui de dire quoique ce soit.

Quittant les colonnes azurs et la beauté scintillante de l'architecture du domaine Zora, Aram et Zelda s'étaient ensuite enfoncés dans le tunnel de Divine Trois. Aram avait laissé à sa mère le Velsa, jugeant que c'était préférable vu son état, lui évitant d'avoir à se fatiguer. Elle n'avait pas refusé mais de ce fait, ils n'allaient pas franchement vite.

Le début du voyage fut silencieux. Le décor naturel des cavernes sombres et mystérieuses était omniprésent et par endroit, des gemmes nox émettaient leur douce lumière de l'ombre. Couvert d'une petite cape pour le protéger des températures plus basses qu'à la surface, Aram était concentré sur la direction à prendre, jetant un coup d'œil de temps à autre pour vérifier que Zelda était toujours à son niveau mais cette dernière était renfermée sur elle-même et semblait fuir son fils du regard. Ce qui était étrange car elle n'hésitait pourtant pas à lui témoigner toute l'affection qu'elle n'avait pu lui donner durant tout ce temps perdu. Zelda avait été une vraie machine à bisous et câlin durant les dernières vingt-quatre heures.

Seulement, pas une seule fois la mère et le fils avait évoqué le passé. Aram n'avait pas le cœur à ça à vrai dire, trop heureux d'avoir retrouvé une figure maternelle d'abord et surtout parce que le passé était le passé et qu'il n'était pas du genre à recasser ledit passé mais Zelda… elle semblait avoir quelque chose qui lui pesait sur la conscience tout en ayant l'air prise par ses pensées.

Au détour d'une galerie longeant une rivière au débit intense, empruntant une nouvelle bifurcation, Aram se demanda quand même pendant combien de temps sa mère allait rester sans voix. Pas que cela était fondamentalement chiant, il avait l'habitude des longs voyages silencieux, mesure de discrétion imposé par Aurore lors de leurs précédents voyages en tant que mercenaire, mais bon… Se rendre jusqu'à Cocorico ainsi avec la résonnance des tunnels et les cours d'eau pour seule émission de bruit… à la vitesse de marche en plus. Cela s'annonçait maussade.

Aram jeta un nouveau coup d'œil discret à sa mère, debout sur la machine archéonique, elle restait droite et digne mais ses traits fatigués se détachaient très bien. Elle n'avait pas beaucoup changé en huit ans, même corpulence, même prestance… il y avait juste ses cheveux qui étaient à présent plus terne. Pour Aram, presque rien n'avait changé mais sans doute que pour Zelda, les choses étaient bien différentes. À près tout, elle quittait un jeune garçon de dix ans pour retrouver huit ans plus tard un adulte entrainé au combat et à la vie de mercenaire, soit une existence à l'exact opposé d'une vie de prince tel que les normes l'imposaient à leur époque. Peut-être Zelda avait besoin de temps pour se faire à l'idée que son fils avait grandi, cependant, ça n'expliquait pas pourquoi elle rechignait à le regarder dans les yeux.

Toutefois, au bout d'encore trente minutes de silence, cela agaça fortement Aram.

– Maman, qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il directement et sèchement.

Zelda sursauta presque sur son Velsa.

– Je vois bien que tu caches quelque chose…, reprit le plus jeune. Si c'est en rapport avec ce qu'il s'est passé il y a huit ans, tu sais, on peut…

Aram ne termina pas sa phrase, voyant que sa mère prenait une énorme inspiration. Il ne voulait pas vraiment se rendre sur ce terrain-là mais bon, tant qu'à faire…

– Tu es sûr Aram ? Je veux dire, c'est…

– Plus que sur ! Annonça-t-il clairement. J'ai huit ans de pratique dans l'horreur des combats, je ne pense pas honnêtement que tu vas me révéler plus difficile à avaler que ce que j'ai appris et découvert ces dernières années … encore moins ces dernières semaines… Tu sais très bien que je ne t'en veux absolument pas, comment pourrai-je penser une chose pareille ?!

La voix de la reine résonna enfin.

– Comprend bien Aram, ce genre de chose, même si on sait pertinemment qu'on on n'est pas responsable, reste malgré tout gravé comme une erreur que nous n'aurions jamais dû commettre. Avec des si, on referait le monde, je le sais bien mais… En tant que mère, je ne peux pas me dire que je n'aurai rien pu faire. C'est mon rôle de te protéger Aram et malgré tout ce qu'on pourra dire, j'ai le sentiment d'avoir échoué dans mon rôle de mère… et je ne parle même pas de ton père, il s'en est terriblement voulu lui aussi. Enfin… si tu veux réellement savoir tout ce qu'il sait passer ce soir-là… je peux te le raconter.

Cette déclaration souffla l'agacement qu'Aram pouvait éprouver encore. Zelda descendit de son engin archéonique et vint auprès de son fils et l'invita à s'assoir sur le sol dur. Une fois fait, la reine passa un bras autour des épaules d'Aram. Un geste qui n'échappa pas au concerné car il avait souvenir que sa mère n'employait cette façon de procéder que dans des cas graves.

– Ce soir-là…, commença-t-elle Zelda à voix basse en se plongeant dans ses souvenirs lointains. Enfin non, les jours précédents l'explosion de la salle de bal, tout ce qui est arrivé la vision de ta sœur, moi qui ai demandé que tu suives des séances de méditations, Teba qui est venu te parler, le livre de Felicia que tu m'as montré… tout cela n'était pas dû au hasard. Ton père et moi savions que quelque chose allait se produire… Nous ne savions juste pas quoi et nous avons été pris au dépourvu.

Aram regarda sa mère attentivement, assimilant chaque parole, repensant lui aussi à toutes ces scènes qu'il se souvient parfaitement avoir vécu. Une forme de nostalgie s'éveilla mais rien en rapport avec des souvenirs heureux.

– Nous pensions, naïvement peut-être, reprit Zelda, que nous étions suffisamment compétents pour détecter si quelqu'un de mal intentionné s'apprêtait à commettre un acte terrible. Nous avions renforcé la sécurité, réorganisé de manière exceptionnelle les tours de gardes, nous avions fait confiance à Fred… – la voix de Zelda se coupa un court instant – bref, nous étions sûr de sa loyauté et visiblement, il n'a pas réussi à vous protéger. J'ignore d'ailleurs où il se trouve aujourd'hui mais ce que je sais au moins, c'est qu'il avait pu mettre Laura à l'abris. Nous avions même engagé des Piafs pour surveiller les environs depuis les airs et des Zoras pour contrôler chaque court d'eau suffisamment large pour la navigation de barque. Mais autant dire que cela n'a servi à rien à cause de la panique généré par l'explosion de la bombe et la fumée dégagée, les Piafs et les Zoras ont quitté leurs postes pour aller mettre en sécurité les habitants, ce que je comprends et même souligne. Toutefois, dans le cas des Piafs, cela leur a empêché de vous voir, toi et Aurore et la nuit n'y a pas aidé.

Effectivement, Aram visualisa cette fuite avec les images qui lui restaient en tête, lui-même avait tellement été dans un état second qu'il n'avait pas fait attention à là où il avait mis les pieds. Il n'avait pas cherché à regarder derrière lui ou vers le ciel.

– Ou étiez-vous quand la bombe a explosé ? Questionna Aram sur un ton interrogatif.

C'était vrai en plus, il ignorait parfaitement où se trouvait ses parents juste avant et après l'explosion. Ayant passé une partie de la soirée avec sa petite sœur Laura dans le grenier du château, il n'avait pas pu savoir où se trouvait le reste de sa famille… ni Felicia d'ailleurs.

À ses côtés, le visage de Zelda se crispa, pourtant, Aram était sûr d'avoir employé un ton dépourvu d'agressivité. Il faisait tout pour éviter que sa mère puisse croire quelque chose de faux. Il ne voulait pas la voir s'autoflageller pour un évènement dont elle n'était pas du tout responsable.

– Ou-est-ce que nous étions ? reprit Zelda avec nervosité. Eh bien… dans les couloirs du château, en pleine course vers notre chambre, droit vers une cavité caché dans un des murs, dissimulant nos armes de combats. Une épée forgée à partir du modèle de la fameuse épée de légende pour ton père et une rapière, doublé d'un arc de chasse pour moi. Nous avions décelé ce que nous souhaitions déceler depuis le début mais nous avons réagi trop tard. Je peux t'assurer que nous n'avions jamais couru aussi vite de toute notre vie, même lorsque ton père et moi avions fui les gardiens plus de cent ans auparavant. Vous étiez – et vous êtes toujours – notre priorité. On savait que vous étiez en danger direct Aurore, Laura et toi et notre intention était, ni plus ni moins, que de revenir dans la salle de bal, vous prendrez avec nous au beau milieu de la réception et de vous faire quitter le château en pleine nuit. Qu'importe les réactions des invités, qu'importe qu'ils se fassent prendre au piège, qu'importe ce qu'on aurait pu dire de nous un roi et une reine abandonnant le château sans avertir qui que ce soit… Nous voulions juste vous mettre en sécurité le plus rapidement possible. Malheureusement, nous n'avons même pas pu atteindre la porte de notre chambre que… eh bien…

Un affreux masque de tristesse se dessina sur le visage de la reine et cette fois, elle eut le courage de regarder Aram droit dans les yeux.

– Tout était déjà terminé

Silence. Dans la tête du plus jeune, le son produit pas l'onde de choc lui revint en mémoire. Violente, brutale et terriblement puissante.

– Et après ? Questionna Aram.

– Après ? Quand j'ai compris que l'explosion avait été forte et proche, j'ai voulu repartir tout de suite dans le sens inverse mais ton père m'a stoppé net dans mon élan. Au son produit par la détonation, j'ai su qu'un chaos sans précédent venait d'être déclenché. L'adrénaline s'est emparée de moi mais... avec un sang-froid exceptionnel, ton père m'a pratiquement trainé dans la chambre et m'a équipé de mes armes, prétextant, avec justesse, que retourner en bas dans les décombres fumants en robe de soirée et tenue d'apparat n'était franchement pas la meilleure idée. J'ai revêtu mon ancienne tenue, vestige de cette époque où nous avions vaincu Ganon mais où le royaume était totalement à reprendre. Ton père en a fait de même et la nostalgie n'a pas eu la place de s'installer dans nos esprits. Le fait de retourner dans cette peau là nous a fait éprouver une sorte de mal être, fantôme de tout ce que nous avions vécu avant ta naissance Aram. Une fois parée, je n'ai pas attendu que ton père me fasse part de ses intentions, j'ai foncé droit vers la salle de bal, la peur au ventre en priant tous les saints possibles et inimaginables pour que vous soyez toujours en vie. Autant te dire qu'après avoir cherché pendant des heures, retourné un nombre incalculable de cadavre en me retenant de vomir et finalement me rendre à l'évidence que vous n'étiez plus là… eh bien, je ne sais plus. Je n'ai aucun souvenir des quarante-huit heures qui ont suivi. D'après les dires de ton père, j'étais devenu folle et incontrôlable et il avait fallu pas moins de neuf calmant pour arrêter ma crise. Après tout ce que j'avais vécu, tout le passif de ma vie au château, le fléau, les cent années à retenir le démon… vous perdre toi et Aurore, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je ne pouvais pas le supporter… Nous avons par la suite remué ciel et terre mais sans résultat et ce pendant huit années… Un cauchemar sans fin. Nous avons du même officialisé votre mort, chose que je refusais parfaitement de faire mais pour le peuple et à force de n'obtenir aucun résultat, nous y avons été contraints, sans jamais perdre espoir toutefois… Impensable, quel genre de parent serions-nous sinon ?!

Aram regarda sa mère, s'imaginant assez bien cette facette de la tragédie dont il n'avait jamais eu conscience. Il fallait une sacrée force mentale pour résister à ça.

– Je vois, ça a dû être tellement difficile de vivre sans nous…, avança Aram. Si seulement, nous avions pu, avec Aurore, forcer le contrôle sur nos esprits et nous enfuir on l'aurait fait mais…

– Comment on a pu vous faire ça, c'est inimaginable, cracha Zelda avec mépris.

Aram sentit la colère dans la voix de sa mère. Il lui avait expliqué les grandes lignes la veille. Une colère parfaitement légitime mais ce qu'elle fit ensuite surpris un peu Aram qui ne s'attendait pas à un tel changement de sujet.

– Riju nous a parlé… d'une certaine Hystoria, reprit-elle. Avec ton père, nous l'avions déjà repéré à l'époque. D'après ce que tu m'as dit hier au diner, ce serai donc à cause d'elle que vous avez été contraint à rejoindre les rangs des Chevaliers Célestes ? Une fille de douze ans capable de procéder à une telle manœuvre… J'espère qu'elle aura de quoi se défendre car je ne compte pas la laisser sans tirer ainsi. Me priver ainsi de mes enfants, voilà un acte que je qualifie d'impardonnable.

Et voilà, ils y venaient enfin. Aram s'était préparé à ce genre de réaction et il savait déjà que sa réponse n'allait pas vraiment plaire à sa génitrice.

– Elle n'est pas responsable maman…

– Pardon ?!

Zelda regarda son fils avec des grands yeux, incrédule sur affirmation qui n'avait pour elle, aucun sens. Aram avait été vague dans ses explications lorsqu'il avait partagé la première journée dans la citadelle Zora avec sa mère. L'histoire concernant la fausse fille de Reiyan était tellement vaste et complexe qu'il était difficile de résumer ça clairement en quelques minutes. Il fallait au moins plusieurs heures d'explication pour en saisir toute la profondeur. Et de toute façon, un résumé ne pouvait remplacer une observation visuelle. Aram avait bien plus de contexte que Zelda pour orienter son avis.

– Elle n'a été qu'un pion elle aussi, expliqua-t-il. Si elle n'avait pas subi tout ce qu'elle a subi dans son enfance, jamais une chose pareille de serait arrivé.

– Comment peux-tu en être certain Aram ? Tu t'es fait forcément influencer à force de la côtoyer, n'oublie pas ce qu'elle t'a fait !

– Je l'ai connu suffisamment longtemps pour connaître son comportement envers les autres, maman ! Rétorqua Aram avec fermeté. Apprendre qu'elle était à l'origine de notre enlèvement a été un choc bien sûr mais en relativisant par rapport à ce qu'on a ensuite appris sur elle et sa façon d'être, j'en ai conclu que ses intentions n'étaient pas foncièrement mauvaises, discutables oui, mais pas mauvaises.

– Ça n'excuse rien, le mal est fait.

– Hystoria est une gentille fille ! Je n'en démordrait pas. Hystoria est une gentille fille qui a été privé d'affection et de relation sociale pendant toute son enfance. Quand tu sauras par quoi elle est passé, tu comprendras pourquoi aujourd'hui, je ne peux pas consciemment lui en vouloir. Elle mérite d'avoir une vie tranquille, avec des personnes qui vivent à ses côtés. Je vais te révéler quelques chose… Avec Aurore, nous avons été plongés dans un monde brutal et violent. Hystoria a été un guide dans ce monde où elle nous a elle-même trainé. Ma sœur faisait souvent des cauchemars et parfois, pour une raison que j'ignore, Hystoria s'en rendait compte et se levait en pleine nuit pour aller voir ce qu'il se passait. Souvent, Aurore se levait le matin sans se souvenir de quoique ce soit et débarquait avec une énergie incroyable comme si rien n'avait entravé son sommeil. En vérité, c'était parce qu'Hystoria se callait aux côtés d'Aurore et la rassurait avec des mots et des caresses dans ses cheveux. Sa seule présence mettait fin aux tourments de ma sœur. Intriguant, mais au final ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de ce qu'elle faisait avec nous. Elle nous a capturé certes mais elle ne nous a jamais fait de mal, c'était sa hantise d'ailleurs. Paradoxale n'est-ce pas et pourtant c'est la vérité.

Le silence qui s'en suivit fut pesant.

– Honnêtement Aram, lança Zelda avec sévérité, j'entends ce que tu me dis mais j'attendrais de l'avoir en face des yeux pour me faire un avis sur cette jeune femme… Je ne peux concevoir votre enlèvement que par une volonté de vous manipuler. Cela me parait normal non ? Par ailleurs, à quoi ressemble-t-elle ?

Aram soupira.

– Aussi grande que moi voir un tout petit peu plus, expliqua Aram, des cheveux blond doré, des yeux améthyste, une silhouette aux formes distinguables… une belle fille en somme, pleine de grâce, bien qu'étant un peu particulière et lunaire parfois mais avec un énorme talent pour le combat à l'épée et la possibilité de se transformer en louve en prime… Ah et elle a aussi le même pouvoir que moi.

– Le même que toi dis-tu ? Celui qui te permet de voir au-delà de la vision humaine ?

– Oui.

Zelda leva la tête vers le plafond de pierre, l'air songeuse.

– Tu sais… j'avais conscience que quelque chose trainait dans l'air à l'époque. Je le sentais, cette émanation magique étrangère à Hyrule. Pour une enfant, dégager autant d'énergie de ce type est théoriquement impossible, les lois physiques de vos corps à cet âge ne permettent pas de contenir autant de puissance magique. Te concernant Aram, le fait que tu sois mon fils doit y être pour quelque chose, tu as hérité de moi d'une certaine manière, et puis c'était à peine si tu avais développé ton don à cette époque mais cette Hystoria… Réflexion faite, je tiens d'abord à la rencontrer non pas pour l'interroger derrière des barreaux, mais pour la sonder, j'aurai peut-être des réponses ainsi… Oui peut-être que comme ça je saurais si…

Aram regarda sa mère en se demandant à quoi elle pensait sur l'instant.

– Je m'égare… Dernière chose Aram avant de reprendre la route, reprit-elle soudainement. Tu me confirme bien qu'Hystoria n'a pas vu sa mère depuis quoi… ses deux ans ? Et que ce Reiyan Arlaurhys n'est pas son père ?

– C'est les propos de Line, mais oui sinon, c'est bien ça.

– Je vois… Intéressant.

Aram scruta le visage de sa mère, curieux qu'elle pose de tels questions. La réalité revint cependant à lui et il se rendit compte que le temps défilait.

– Maman, nous aurons toutes les réponses en temps voulu je pense. Même moi je ne saisis pas encore tout. Pour l'instant, allons à Cocorico chercher Laura et retournons à la citadelle Gérudo. On avisera là-bas. Je n'ai pas envie de moisir ici dans ce dédale sombre et renfermé.

– Oui tu as raison, désolé pour toutes ces questions.

– Ça ne m'embête pas.

Zelda gloussa. Aram omit de dire qu'à défaut de l'embêter un peu c'est vrai, cela l'intriguait.

– Bien sûr que si, ton visage ne me trompe pas Aram ! S'exclama-t-elle avec un malin sourire. C'est pas comme si je t'avais fait avec l'aide de ton père. Depuis que tu es enfant, tu ne sais pas mentir, tes expressions faciales te trahissent et ça, je suis bien placé pour le savoir quand même.

– Maman…, fit Aram avec un début de lassitude qu'il n'avait pas connu depuis longtemps.

Tellement longtemps que lui fit du bien quelque part, il paraissait bien plus normal ainsi, loin ses capacités guerrières.

– Peut-être que mes questions t'intrigue Aram mais comprends moi, j'ai huit années à rattraper ! Expliqua Zelda avec plus de douceur comme si elle avait lu dans l'esprit de son fils. Crois-moi que je vais en profiter, à commencer par te prendre dans mes bras ici et maintenant parce qu'après tout, je ne peux pas résister à chouchouter mon fils adoré après tant de temps écoulé.

Elle accompagna ses paroles par les gestes qui allaient de pairs. Aram se laissa faire, comme un gamin qu'il avait été jadis avant de devenir adulte en l'espace de quelques centaines de secondes tragiques.

Le duo se remit en route avec cette fois, plus d'entrain. Moins monotone, le voyage fut plus agréable. Zelda s'en était voulu pour avoir été impuissante face à la tragédie qui a frappé sa famille, chose qu'Aram comprenait parfaitement mais ce qu'il savait lui, c'était que sa mère n'avait pas à s'en vouloir pour quelque chose qui avait échappé à tout contrôle.

Toutefois, Aram était intrigué par ce soudain intérêt porté à Hystoria, alors que de prime abord, Zelda avait eu un avis tranché sur le sujet. Sa mère cherchait des réponses ? Lesquelles ? Bizarrement, Aram sentit qu'il connaissait déjà la réponse même s'il était incapable de mettre des mots dessus.

Finalement, aller chercher Hystoria au fin fond de sa prison devenait une priorité vitale pour comprendre tout ce qu'il y avait à comprendre et Aram savait aussi mieux que quiconque à quel point le temps jouait contre eux. Il y avait tellement d'obstacle…

Son séjour en territoire Gérudo pour récupérer enfin de ces dernières semaines n'allait peut-être pas durer si longtemps que cela en fin de compte.

OoOoO

La porte de la salle commune des guerriers et guerrières Sheikahs claqua.

« Blanche » parcouru à vive allure les couloirs du temple principal de Cocorico, demeure de la cheffe du peuple Sheikah. Telle une tornade, entièrement équipée, elle fila devant les domestiques, descendit les escaliers sans discrétion et franchit la double porte de bois massif devant les gardes stoïques. Toutefois, ces derniers remarquèrent l'arme que portait leur camarade et furent perplexes. Ils ne l'avaient jamais vu et n'était pas une arme du standard sheikah.

Le village paisible de Cocorico était encore très silencieux en ce début de matinée, le soleil n'était pas encore passé au-dessus des collines. Habillée en tenue de combat sheikah classique et recouvert d'une grande cape marron épaisse, Blanche passa non loin de la statue de la déesse, y jeta un bref regard écarlate, caché derrière son masque, avant de prendre la direction de la sortie ouest. Vénérer les dieux ? Et puis quoi encore ?

La porte du magasin d'armement s'ouvrit alors pile à son passage, la vendeuse salua aussitôt Blanche par pur politesse mais sans s'étendre davantage dans les usages. Cela convenait parfaitement à la concernée qui aimait se faire discrète et qui de toute façon, ménageait sa façade de jeune femme inaccessible socialement au quotidien, évitant de se créer des liens avec des personnes pour qui elle ne portait presque aucun intérêt. Oh, on parlait bien sûr derrière son dos sur qui elle était, d'où elle venait vraiment, pourquoi faisait-elle un aussi bon travail sans s'inquiéter de ne pas être intégrée dans le groupe… mais elle ne faisait rien pour y répondre car elle avait perdu l'envie de le faire.

S'ils savaient ce qu'elle était réellement, les choses seraient bien différentes et peut-être que jamais, elle n'aurait intégré une unité sheikah pour se divertir un peu. Sa position lui permettait d'obtenir des informations cachées aux yeux des habitants et puis elle pouvait mener sa propre enquête pour tenter de retrouver une personne bien particulière qui lui devait des explications…

Blanche passa le portique d'entrée et s'engagea sur le chemin entre les roches direction l'ouest de Necluda. Des bandits avaient été repéré et l'état-major craignait qu'il ne s'agisse en réalité d'espions à la solde de l'impératrice. Il était simple de se déguiser donc ce n'était pas impossible, surtout depuis l'instauration de la souveraineté de Sa Majesté Nausicaa. Ceci dit, ce n'était pas juste pour cette raison que Blanche s'était empressée d'accepter cette mission avant tout le monde. Elle voulait savoir qui ces bandits étaient, connaître leurs passifs et leurs intentions et seulement après… elle aviserait. C'était les termes de sa mission…

Mais elle n'avait pas forcément l'intention d'agir au nom du peuple Sheikah, oh que non…

D'après les indications qu'elle avait obtenu, le groupe d'intru se serait réfugié dans une forêt et avait établi un camp de base. S'installer dans ses environs-là était idiot car en plein dans l'axe d'une multitude de postes d'observations et au beau milieu de nulle part. D'après les connaissances de Blanche, il y avait deux options : soit c'était voulu, soit c'était non voulu. Dans ce cas précis, la guerrière penchait pour la seconde solution et le fait qu'elle soit envoyée elle, au combat, l'enchantait beaucoup. Peu de chance qu'il s'agisse d'un piège et cela faisait un bon moment qu'elle n'avait pas caressé la poignée de son katana. Elle en mourrait même d'envie.

Après une bonne heure et demie de marche, à côtoyer le vent et l'herbe à perte de vue, Blanche arriva dans la forêt qu'on lui avait désigné sur une carte. Elle l'a reconnue aussitôt et cela ne l'enchanta pas vraiment. Elle décida de grimper en haut d'un chêne pour évaluer la suite. De là où elle était, elle entendait clairement des voix masculines brayer sans se soucier de dévoiler leur présence. C'était suspect mais cela confirma les rapports des éclaireurs. La journée commençait à peine et il était rare que des patrouilles circulent à cette heure-ci donc pas de risque à ce niveau-là.

Blanche observa les environs avec attention pendant plusieurs minutes et nota l'absence des animaux qui, normalement, habitaient les lieux. Il n'y avait pas un seul lapin, pas un seul renard, pas un seul oiseau. La présence des bandits y était pour quelque chose ? Surement, mais pour autant et contrairement à de nombreux endroits sur le continent, la faune hylienne ne craignait pas tellement les humains et de ce fait ne s'enfuyait pas forcément. En plus, par pur coïncidence, cette forêt où elle se trouvait était un lieu qu'elle connaissait très bien. Elle avait appris à apprécier la flore, à force de venir prendre l'air, loin des impératifs de sa fonction, savourant la nature, seule, à l'abris des regards, et cela dans tous les sens du terme. Cela ne datait pas de quelques semaines seulement, Blanche avait un vague souvenir d'une petite excursion en pleine nature avec la famille royale précisément dans cette forêt-là. L'endroit n'avait rien de particulier et pourtant, cela restait figé dans son esprit comme quelque chose de positif. Alors pour une fois qu'elle avait un endroit pour satisfaire ses envies de liberté, elle n'avait aucune envie qu'on le lui vole. C'était une sorte de paradis naturelle liée à un souvenir ancien et plaisant. C'était bête mais on lui avait déjà pris trop de chose par le passé… et même quelque chose d'insignifiant pouvait la blesser. C'était dire à quel point son esprit demeurait fragile.

C'était aussi pour ça qu'elle s'était désignée avant ses comparses à l'annonce de la mission. Elle tenait à garder cet endroit pour sa seule personne, lieu où elle se sentait à l'aise.

Après un examen visuel approfondi, Blanche repéra une tour de garde au loin. Sa position était située à bien six cents ou sept cents mètres de l'arbre où elle se trouvait. Le camp était donc dans une petite clairière et cette dernière était entouré de buisson dense propice à la dissimuler. Elle quitta sa cachette en silence avant de se fondre dans la végétation luxuriante. Tout en faisant attention à ne pas émettre trop de bruit, elle arriva finalement derrière les talus suffisamment épais et large. Rien ne changea dans le camp d'en face, personne n'avait détecté une nouvelle présence à l'aura meurtrière non loin d'eux. Blanche découvrit bien vite que les bandits en question étaient ivres morts… cela n'avait pas plus de sens que d'établir un camp au milieu d'une forêt visible des quatre points cardinaux pour peu d'être bien placé en hauteur sans parler de la tour de guet, invitation explicite à trouver ce camp de malfaiteur. Etaient-ils abrutis à ce point ?

Elle entendit des paroles prononcées avec plus ou moins d'intelligibilité. On parla de la déesse Lythia ce qui donna une grosse indication à Blanche sur la provenance de ces soi-disant bandits. Des Lyranniens donc ? Parfait ! Elle avait encore plus envie de s'occuper de leur cas. Étrange, puisqu'elle-même était née de l'union d'un hylien et d'une lyranienne. Elle haïssait plus que tout sa propre origine, cette origine qui l'avait conduit dans ce destin funeste d'être une démone écarlate.

Derrière sa protection naturelle, Blanche sentit sa main droite trembler avant de se diriger presque d'elle-même vers la poignée de son katana noir, arme qu'elle avait découvert quelques années auparavant dans un manoir à la richesse incommensurable, manoir où elle avait été servante sous les ordres d'un personnage aussi imbu de lui-même qu'il n'était pervers. Un souvenir terrible où ledit personnage s'était vu tranché la gorge de ses mains et avec ce katana à la lueur fantomatique.

À cet instant, Blanche ne souhaitait pas tuer ces bandits qui pour le moment n'avait rien fait, elle jugea même préférable de rentrer au village et expliquer cette découverte qui n'avait rien d'alarmante… pourtant, au moment précis où Blanche reprit appuie sur ses jambes pour s'enfuir, elle entendit des pleurs puissants provenant d'un endroit du camp qu'elle n'avait pas identifié. Cela la stoppa net et provoqua chez elle une montée d'adrénaline qu'il la fit se concentrer à un point telle que si les plantes à ses côtés avaient eu des sentiments, ils auraient été sidérés.

Blanche sauta entre les buissons sans se faire remarquer, contournant ainsi le camp pour obtenir un autre angle de vue et finalement, ne lâchant pas la poignée de son arme prête à être dégainer à tout moment, elle vit l'origine des pleurs.

La colère se fit violente dans son esprit.

Devant elle, un petit garçon aux cheveux bruns était attaché sur un poteau en bois. Pas plus d'une dizaine d'année. Ses vêtements étaient déchirés et de multiples plaies barraient son corps. Le sang de Blanche ne fit qu'un tour, pensant que ces bandits étaient les responsables, mais ce qu'elle entendit tout de suite après cette pensée lui donna tort. Réunis autour de leur prisonnier, une poignée d'homme bardée de muscle et de virilité, débattait sur ce qu'il allait bien pouvoir faire de leur otage. Étant bien entendu ivre, les paroles ne furent pas vraiment saines.

– Qu'est-ce qu'on fait du mioche les gars ? J'en ai marre de l'entendre gémir, fit l'un d'eux.

– Tu veux faire quoi toi ? Fit une deuxième personne. On l'a trouvé comme ça dans les décombres du relai qu'on est venu piller après l'explosion de lumière. Il restait plus que lui parmi les débris alors on l'a pris avec nous. Tu voulais qu'on le laisse crever ? Y'avait pas une seule âme dans les environs.

– Putain vous êtes cons ou quoi ? Beugla un troisième homme. Bien sûr qu'il fallait le laisser se faire bouffer par les charognards. Il va nous servir à rien ce gosse ! Puisque c'est comme ça autant l'achever tout de suite.

– Eh attend, rétorqua une quatrième voix, il peut toujours nous servir d'esclave non alors pourq…

Le bandit se fit pousser par son comparse.

– Ta gueule ! Un esclave lui ? Moi je ne prends que des donzelles que je peux baiser à toute heure de la journée. J'en ai rien à foutre de ce gosse de merde et je vais te le démontrer.

Brusquement, le bandit envoya son poing droit dans le visage du pauvre garçon terrorisé tout en ricanant. L'enfant encaissa le coup en hurlant avant de redoubler d'intensité lorsque le bandit enchaina avec d'autres frappes. Les autres le regardèrent faire avec surprise mais cela se transforma en clameur, commençant même à faire des paris sur combien de temps leur victime allait résister avant de succomber.

De son côté, Blanche avait oublié toute envie d'être « diplomatique » et tout l'espoir qu'elle pouvait porter à l'humanité. Elle avait dégainé son katana sans même se rendre compte et était entré dans le camp avec une lueur meurtrière dans son regard. Ses pupilles rouge vif brillaient de fureur et de démence et lorsque les premiers voyous restés en retrait virent la jeune femme s'avancer vers eux, pensant naïvement peut-être qu'une arme n'avait rien à faire entre les mains d'une femme et qu'elle venait juste proposer ses services, ils décidèrent que rajouter une distraction en plus dans leur journée ne serait pas refus.

Erreur fatale.

Ils ne se rendirent même pas compte qu'une lame noire comme la nuit leur avait tranché net la gorge qu'ils étaient déjà aux portes de la mort. Tombant lourdement au sol dans des râles de douleur, pissant le sang, ils provoquèrent par leurs cris, un arrêt dans la torture du garçon. Tous se retournèrent vers cette intrue aux formes sublimes – à leur yeux – qui n'avait qu'une seule idée en tête…

Tuer tous ces sauvages le plus cruellement possible pour s'en être pris à un enfant sans défense.

Cinq adversaires se présentèrent à elle, armés de hache ou de masse. Leurs postures démontraient qu'ils étaient moins enclins à penser que cette femme venait juste pour les satisfaire. Blanche passa sa langue sur ses lèvres avant de lever une main gantée et claquer des doigts. Une forme éthérée faite d'une magie inconnue apparu soudainement derrière elle, prenant la forme d'un dragon de feu squelettiques aux traits anguleux mais aux pointes aiguisées, puis cette magie fondit droit vers les cinq hommes qui prirent feu à son contact. Une mort atroce que Blanche ne savoura même pas, trop focalisé à réduire en cendre ses enflures qui avaient osé commettre une horreur pareille envers un enfant.

Une atmosphère de panique gagna les rangs des bandits. Tous comprirent plus ou moins vite qu'une cinglée réduisait peu à peu leur camarade en saucisse carbonisée et une grande partie préféra, après une brève réflexion, prendre la fuite sans demander leur reste, ne voulant pas finir comme huit de leur camarade qui avaient connu une fin flamboyante. Les autres quant à eux, surement plus loyal envers leur chef, tentèrent de s'interposer face à cette furie aux cheveux blanc neige déjà teintés de sang. Incapable de soutenir la prestance imposante de leur bourreau, ils ne purent se coordonner efficacement, lançant des attaques aux hasards, sans stratégie, sans conviction dans les coups et sans force dans les parades.

Blanche les tua un par un avec une facilité déconcertante. Le katana trancha tout ce qui se trouvait sur son chemin et quand un chanceux parvenait à éviter un coup mortel, il se faisait aussitôt rotir vif par cette magie des enfers. La guerrière avait pris intérieurement son apparence de monstre, celle-là même qu'elle redoutait tant et pourtant, elle ne pouvait s'en émouvoir car plongé dans un état de transe inarrêtable pour le moment.

Malgré ça, des hommes continuaient d'affluer pour stopper cette horreur.

Le chaos régnait absolument partout. Le reste du groupe avec un minimum d'intelligence continua de se disperser pendant que Blanche faisant pleuvoir le sang, tachant sa lame et ses vêtements, tachant son masque, insinuant la peur dans les esprits de ces primitifs capables des pires choses. Des membres volèrent, des têtes roulèrent et toujours plus de corps tombèrent.

Avant que Blanche atteigne son objectif, elle fit face à un adversaire sans doute moins bête que les autres. Elle esquiva un coup horizontal avant de répliquer par un coup de pied puissant dans le haut de la cuisse gauche de son ennemi. Touchant ainsi directement un nerf entre deux muscles, le bandit chancela avant de se prendre le tranchant du katana en plein sur la tête et, le crâne ouvert en deux, il s'effondra finalement. Blanche décida pour renforcer la morbidité de l'instant de brûler les tentes situées juste à côté, faisait d'elle la parfaite figure du démon traversant les flammes funestes. Si elle faisait ça, ce n'était pas juste pour le plaisir de sentir la chaleur brulante des flammes sur sa peau… Elle avait le chef de cette bande droit devant elle et ce dernier n'avait rien raté de la scène.

Avançant avec une lenteur terrifiante, Blanche arriva à moins de trois mètres du bandit qui s'était déchainé sur le pauvre garçon au visage à présent tuméfié et aux membres tordus dans des directions toutes sauf naturelles. La terreur avait statufié l'homme qui ne pouvait pas réaliser ce qu'il venait de se passer en moins de trois minutes. Le bandit haleta en tombant à la renverse, s'urinant dessus et lorsque Blanche retira son masque pour bien faire comprendre à qui il avait à faire, il manqua de s'évanouir en croisant le regard écarlate remplis de haine de cette femme possédée par sa propre démence.

Il était mentalement paralysé par cette femme.

Tellement qu'il ne se rendit pas compte qu'une multitude de flammes ayant la forme de fleurs acérés fonçait droit sur lui.

Blanche regarda sans satisfaction, avec une indifférence froide, les fleurs déchirer les chairs et les consumer presque aussitôt, certaines se plantèrent même jusqu'aux os du bandit qui hurla de douleur, cependant, il ne sombra pas dans l'inconscience ce qui fit dangereusement sourire Blanche.

– Tu vas crever ! Balança-t-elle avec une sonorité métallique.

Le bandit à moitié fou par l'atrocité qu'il venait de subir, tenta de prendre, dieu seul sait comment, une arme de jet et de la balancer au visage de Blanche mais cette dernière s'était avancée et sans l'ombre d'une hésitation, avait tranché le bras de l'homme, faisant pleuvoir des gerbes de sang, rajoutant un nouvel hurlement à la cacophonie ambiante. Blanche leva ensuite son Katana et l'abattit d'une frappe horizontale sur le torse du voyou qui s'ouvrit comme du beurre au passage de la lame mais sans toucher les organes vitaux.

Paralysé également par la douleur, le bandit convulsa et avant de bientôt rendre son dernier souffle, Blanche décida que lui offrir un dernier souvenir a emmené dans sa tombe serait le bienvenu. La jeune femme réinvoqua son dragon et l'envoya en plein sur sa victime qui prit feu à son tour sauf que cette fois, la guerrière ne stoppa pas son sort, laissant le feu carboniser et consumer celui qu'elle venait d'occire avec cruauté.

Le brasier dura bien cinq minutes.

Qu'avait-elle fait ?

Couverte en partit de sang, Blanche regarda son œuvre, droite comme un I, au beau milieu des flammes et des senteurs de la mort. Reprenant peu à peu ses esprits en se rappelant pourquoi elle était ici, la « sheikah » se rua avec un temps de retard vers l'enfant toujours attaché pour s'enquérir de son état. Blanche essaya de ne pas regarder la victime plus que de raison mal à l'aise d'avoir laissé passer l'occasion de le sauver avant qu'il ne se fasse battre. Les blessures n'étaient pas belles à voir et les séquelles allaient peut-être être irréversible pour certaines. Portant ses doigts au cou de l'enfant, elle constata avec soulagement que le garçon respirait toujours mais au vu de son état, elle se doutait que le temps allait devenir un facteur problématique. Blanche retira sa cape et l'enroula autour du petit garçon pour lui procurer de la chaleur car elle savait très bien qu'un corps victime d'un traumatisme pouvait facilement avoir froid.

Blanche prit ensuite les bonnes décisions, avec l'aide des cordes des tentes encore debout elle attacha le garçon contre son dos pour pouvoir le transporter plus facilement. Elle abandonna finalement le campement sans se retourner, évitant de contempler le carnage qu'elle avait elle-même causé dans sa folie meurtrière. Après être sortit de cette forêt qui n'allait plus jamais avoir le même aspect paisible à ses yeux, elle courut du mieux qu'elle put en remontant la pente de la plaine direction le village de Cocorico, plongée au plus profond de ses pensées. Derrière elle, on pouvait distinguer une fumée noire s'échapper vers le ciel depuis un point précis de l'étendue forestière. Blanche n'avait pas omis de détruire ce qu'il restait du camp histoire que les survivants se souviennent de ce qu'il s'était passé.

Sprintant au point de mettre ses cuisses aux supplices, Blanche craignait à la fois pour la santé du garçon et pour ce qu'elle avait fait. Réalisant avec un avec le recul qu'elle avait sombré dans cette part d'elle-même qui la faisait se transformer en démone… selon ses dires. Plus que tout, elle espérait que l'enfant n'avait pas ouvert les yeux durant le laps de temps où elle avait charcuté les bandits. Le souvenir de son agression serait déjà difficile à accepter alors si en plus il devait faire des cauchemars à cause d'elle…

La météo ne poussa pas le vice à lui faire le coup de la pluie tombant dans une situation critique. Le ciel resta étonnamment dégagé à son plus grand soulagement. Le passage entre les montagnes entourant le village apparut devant ses yeux. Elle s'arrêta un très court instant, portant une main à sa taille et réalisa avec effroi que son masque n'était plus là. Le seul objet pouvait dissimuler son identité… elle l'avait oublié dans le campement. Mais c'était trop tard pour faire marche arrière, il avait dû brûler lui aussi. Surtout, une vie pouvait se jouer sur sa simple vitesse de voyage, perdre du temps à rebrousser chemin était inenvisageable. Elle avait beau se montrer parfois inhumaine envers des ennemis ou dans sa vie quotidienne, elle avait malgré tout des convictions dont celle de ne pas abandonner une âme innocente en danger de mort, surtout si cela concernant un petit garçon.

Quel horrible acte tout de même, s'en prendre à un pauvre enfant… Elle avait entendu que les bandits l'avait retrouvé dans un relai effondré, victime de l'onde de choc surpuissante d'une explosion de lumière. Qu'est-ce qui avait bien pu provoquer la destruction d'une construction pareille, réputée pour être d'une solidité à toute épreuve ?

Blanche pénétra dans le village avec ses cheveux blancs à l'air libre et son visage parfaitement visible. L'activité régnait dans ces lieux et il y avait bien plus de monde qu'à son départ. Des villageois s'arrêtèrent net en la voyant, stupéfait de voir sa tête et surtout de voir ce qu'elle avait attaché contre son dos. Elle courut encore jusqu'au temple principal, louvoyant entre les arbres garnis de feuilles vertes ou roses, n'hésitant pas à bousculer les habitants descendants les marches dudit temple, poussa la grande porte devant les gardes encore une fois étonnés et entra finalement en prenant immédiatement la direction de l'infirmerie.

Lorsqu'elle sortit de la pièce après avoir déposé l'enfant toujours inconscient, laissant les sheikahs les plus qualifiés s'occuper du garçon en hâte, Blanche ne put s'empêcher d'éprouver un sentiment de mal être et d'impuissance. Elle ne pouvait rien faire de plus à part faire son rapport et expliquer pourquoi elle avait massacré plus d'une trentaine de bandits à elle seule avant de sauver ce garçon alors qu'avec la panique générée par ses attaques magiques, elle aurait pu créer une diversion, prendre l'enfant de fuir sans que rien n'y personne ne vienne l'en empêcher. Au vu de ce qu'elle avait démontré, personne n'aurait pris le risque de la poursuivre. À prendre le temps de tuer tous ces salopards, elle en avait justement perdu dans la survie de l'enfant et ça, elle le savait très bien. Elle avait préféré faire chèrement et salement payer ces bêtes immondes… comme le démon qu'elle était.

C'en était trop.

Fuyant ses semblables, Blanche ne se préoccupa même pas que son visage était à découvert ni de la réaction de ceux qui, attiré par l'agitation, avait découvert la concernée sans sa protection faciale. Elle ne remarqua même pas la princesse Laura qui, accompagnée de Pahya, la dévisageait depuis le fond d'un couloir, incrédule devant cette apparition inattendue et devant ce visage qu'elle ne s'attendait surement pas à voir.

La « sheikah » grimpa les marches de l'escalier, parcouru les derniers mètres et s'enferma dans sa chambre. Elle retira ensuite tout son équipement et sa tenue, ne laissant que ses premières couches de vêtements, jeta son katana à l'autre bout de la pièce et se roula en boule sur le lit en pleurant de honte et de chagrin vis-à-vis de ce qu'elle avait accompli…


Salutation
J'ai repris un rythme un peu plus soutenu. J'ai pour objectif d'atteindre le chapitre 50 fin décembre. Il y aura donc 2 chapitres par mois.

En parlant de chapitre, qu'avez-vous pensez de celui-là ?

À bientôt ;)