La faune d'Hyrule avait l'habitude d'être tranquille dans son quotidien. Pas un seul humain pour la déranger, pas un seul son excepté le bruit du vent, de l'eau ou du chant des oiseaux. En cette fin de matinée ensoleillée, l'harmonie régnait dans chaque parcelle de territoire des plaines et forêts luxuriantes d'Hyrule.

Pourtant, une silhouette noire dérangea le calme manifeste en bondissant entre les racines, esquivant les pierres et les trous avec une agilité stupéfiante. Nul ne put voir son visage, l'étranger était beaucoup trop rapide et ses habits cachaient presque toutes les parcelles de son corps. Chaque animal l'apercevant ne put que s'étonner d'une telle apparition, hautement improbable, dans cette nature accueillante et bienveillante en temps normal.

Aram sauta une rivière d'un bond calculé et retomba sur ses appuis. Il venait de courir pendant bien dix minutes, traversant une partie dégagée de la plaine à haute vitesse dans le but de limiter son exposition à la vue de tous. Quand bien même il était couvert intégralement, protégé par sa cape à la teinte terne et portant un masque pour dissimuler ses traits, Aram savait très bien que la prise de risque devait être minimale. Après tout, il ne savait toujours pas ce qui pouvait arriver si des soldats de l'armée Lyranienne tombaient sur lui. Le sort qu'avait connu Laura, bien qu'elle soit heureusement vivante, était suffisamment explicite.

Par ailleurs, plus le temps passait, plus les informations arrivaient et moins il comprenait. Concernant cette prise de pouvoir musclée, acte ayant écarté son père et sa mère, il y avait une logique qu'Aram ne saisissait pas totalement. Quel était donc le but ?

Le prince s'arrêta à l'abord d'un tronc d'arbre épais cachant par ses feuilles denses la lumière du soleil. Sa tenue lui donnait beaucoup trop chaud, mais c'était nécessaire, toutefois l'été approchait et les températures augmentaient fatalement. N'étant pas s'en savoir que la chaleur atteignait son point culminant entre deux heures et quatre heures de l'après-midi, Aram redoutait déjà le moment où il serait exposé en plein sous l'astre du jour, sans ombre, lorsqu'il serait en route pour rejoindre l'ouest d'Hyrule.

Si tout se passait bien.

Pour le moment l'objectif était d'atteindre le Relai de la plaine, endroit où il pourrait reprendre des forces d'une part et louer un cheval d'une autre. La descente des montagnes de Necluda où se trouvait le village Cocorico avait été éprouvante et l'utilisation d'un équidé était impossible à cause des pentes et des arêtes rocheuses. Aram avait été ainsi contraint de commencer sa mission à pied. Heureusement pour lui, celle qu'il pourchassait avait opté pour la même stratégie. Aram n'avait eu, à sa grande surprise, pas tant de difficulté que ça à localiser sa cible de loin. Non seulement son pouvoir avait été apte à pousser plus loin sa capacité de vision, mais la fausse sheikah poursuivie ne semblait pas vraiment s'inquiéter de sa discrétion. Repérer furtivement, même pendant une petite seconde, une chevelure rouge écarlate et une cape de la même teinte sur un fond gris ou vert avait été on ne peut plus simple. Ceci dit, cette femme avait de l'entraînement, car à aucun moment Aram n'avait pu faire chuter la distance qui les séparait. Renforcement l'interrogation que ressentait le prince.

Il ne savait d'ailleurs pas à qui il avait à faire. Payha s'était contentée d'une indication vague, mais avait tout de même insisté sur la dangerosité de cette guerrière, arguant que la retrouver au plus vite était vital aussi bien pour elle-même que pour le royaume. Elle n'en avait pas dit plus. Curieuse façon de dépeindre quelqu'un. Aram avait été intrigué par un tel descriptif car se rapprochant étrangement de ce qu'était devenu Hystoria les mois précédents. Mais pour le moment, le fils de la reine d'Hyrule ne demandait pas plus d'explication que le strict nécessaire pour sa mission.

En tout cas, cette petite pause eut le mérite de calmer sa pulsation cardiaque. Adossé contre le chêne, Aram décrocha la tablette sheikah miniature qu'il portait à la ceinture. Il était onze heures quarante-trois. L'heure affichée en chiffre et non via une aiguille, en gros dans le coin supérieur gauche de la tablette, était une nouveauté qualifiée de prouesse technique par ses inventeurs. Aram lui-même avait du mal à comprendre comment cela était possible. Cela devait être une histoire de programmation, mais qu'importe. Il ne souhaitait rien de plus que de connaître l'heure à cet instant.

Aram se concentra ensuite ce que l'intéressa en second lieu.

D'une pression sur l'écran, le prince fit apparaître la carte du royaume qui se matérialisa sous une forme bleutée avec un maximum de détails lisibles en zoomant avec ses doigts, lui indiquant également sa position avec une précision remarquable. Avec un taux d'erreur de seulement une centaine de mètres, cette technologie de localisation était incroyable. Avant de partir en territoire Zora, Aram avait appris des lèvres de Pahya qu'une trentaine d'émetteurs avaient été répartis sur l'ensemble du royaume. Les zones telles que les ravins et les passages étroits dans les montagnes étaient bien entendu des endroits où le repérage était plus ou moins compromis, mais pour le reste, les sheikahs avaient encore une fois démontré leurs talents. Les choses avaient bien évolué depuis que les premiers capteurs de détection de présence avaient vu le jour. Objet qui n'était plus tant utilisé que ça à présent même si son utilité était indéniable. À vrai dire, Aram avait la certitude que l'avance technologique de son pays était à des années lumières de celle des royaumes voisins… excepté ce qui était trouvable chez les Chevaliers Célestes, parce que des « ascenseurs », ça ne se dénichait pas partout après tout.

En levant la tête de l'écran, Aram aperçut un pommier non loin. Ni une ni deux, il s'empara d'une pomme mûre et croqua dedans. Ce n'était pas un fruit de la variété Astra mais le goût était quand même là. C'était ce qu'il y avait de mieux à disposition pour combler la faim qui lui saisissait le ventre.

Reportant son attention sur son pouvoir, la moitié de la pomme en main et la tablette dans l'autre, il distingua la silhouette féminine qu'il poursuivait depuis bien deux heures. Elle aussi semblait s'être arrêtée… enfin non ce n'était pas exact. Aram s'était accordé lui aussi cette pause parce que sa cible s'était d'abord stoppée dans sa course. Nuance. Mais l'endurance de celle qu'il suivait l'impressionnait sincèrement. Aram commençait déjà à éprouver des signes de fatigue et ses jambes ralentissaient. La traque ne devrait surtout pas s'éterniser, car il ignorait si ses forces allaient tenir le coup, d'autant plus qu'il n'était, de base, pas au mieux de sa forme.

Cela dit, le fin mot de la poursuite allait peut-être se jouer sur une simple supposition. En effet, entre deux inspirations d'air, Aram avait eu le temps d'y réfléchir. Si la fausse sheikah continuait sa route dans la même direction sans s'arrêter dans le moindre Relai, Aram avait une chance de la rattraper à cheval, en s'arrêtant lui-même dans un Relai au préalable, dans le cas contraire, si elle s'arrêtait, tout se jouerait sur la vélocité et la constance du cheval ou de la jument. Si elle changeait brutalement de direction pour brouiller les pistes, même chose, mais à la différence que c'était la propre vitesse et endurance d'Aram qui allait entrer en action. Sous les rayons du soleil, les efforts physiques étaient bien plus ardus. Finalement, même les entraînements qu'il avait effectués avec Aurore sur le toit du palais gérudo pouvaient ne pas porter leurs fruits.

Mais encore une fois, à ce stade, trop de paramètres entraient en compte. Tout pouvait basculer et Aram n'était pas sûr d'arriver à atteindre son objectif. Chose rare.

Dix minutes passèrent. Dix minutes pendant lesquelles la chassée et le chasseur ne quittèrent pas leur position. Soudain, Aram vit une colonne rouge apparaître dans le ciel, pile dans la direction de sa cible, et disparaître quelques secondes après. Aux yeux du prince, cela ne signifiait qu'une chose, sa « proie » demandait une assistance quel qu'elle soit et si elle obtenait une monture avant lui, elle serait en mesure de déserter son champ de vision octroyé grâce à son pouvoir et à partir de ce moment-là, Aram perdrait sa trace.

Conscient que le temps était désormais compté, Aram se remit en route avec un rythme soutenu, poussant une nouvelle fois son corps à des efforts qu'il ne pouvait supporter que pour une durée donnée uniquement. Selon son pouvoir, la guerrière avait maintenu une distance de bien trois kilomètres entre elle et lui-même. En marche lente, Aram aurait mis plus d'une demi-heure pour rejoindre sa cible, mais en courant, il pouvait faire tomber les minutes à une vingtaine seulement… C'était déjà trop peut-être, mais la jeune femme n'avait pas repris sa fuite contrairement à Aram qui avait repris sa poursuite. Il y avait donc une chance…

Une nouvelle fois, la faune hylienne vit un hylien parcourir sa nature verdoyante au pas de course. Cependant, au moment de traverser un pont, alors situé à moins d'un kilomètre cinq de la cible, Aram vit apparaître trois silhouettes fonçant à cheval droit vers la direction de la guerrière. Il eut un court moment d'agacement. Tout allait se jouer sur quelques secondes seulement, les trois nouveaux arrivants et les quatre montures allaient beaucoup plus vite qu'Aram qui était déjà fatigué des deux premières heures de poursuite. Bon sang !

Plus que cinq cents mètres.

Plus que deux cents mètres.

Plus que cent mètres…

Arrivé sur zone, Aram ralentit son allure et comprenant que la fausse sheikah se trouvait dans une cuvette naturelle peu profonde et voyant également non loin un rocher suffisamment grand pour le dissimuler, il entreprit de terminer les derniers mètres en prenant soin de placer ses pieds là où il le fallait. Aram dégaina lentement ses lames et se colla au rocher… Une voix masculine, puis une deuxième et finalement une troisième atteignirent ses tympans et Aram grimaça en saisissant que la partie était perdue d'avance. À quatre contre un, il ne pouvait rien faire et même l'effet de surprise ne serait pas en sa faveur, car il ne savait pas quel équipement possédaient les nouveaux venus.

Dos à la pierre, Aram n'entendit que des brides de mots. Les quatre personnes en bas faisaient attention à ne parler à voix haute. Il comprit instantanément qu'il n'avait pas à faire à des amateurs, raison de plus pour ne rien tenter de suicidaire. C'est alors qu'Aram, via son pouvoir, aperçut un cinquième individu arriver par la direction d'où il était venu, lui aussi à cheval…

Le prince sentit la situation lui échapper. Ce rocher qui le cachait était l'une des seules protections dans les environs. Il n'était pas sûr de pouvoir efficacement s'effacer en étant ailleurs. Cela l'énerva.

La mort dans l'âme et n'ayant pas d'autre solution, le prince quitta sa position pour aller se mettre derrière une nouvelle paroi rocheuse beaucoup moins large à une quinzaine de mètres. Le cinquième guerrier – Aram l'identifia comme tel – fit halte à quelques pas de lui, descendit de son cheval et s'avança vers la pente descendante. Il s'adressa au groupe qui fut visiblement ravi d'avoir des bras supplémentaires. De là où il était caché, Aram entendit encore des mots à certains moments, mais sans comprendre les phrases. Il nota cependant les paroles « démone », « flamme », « mission ».

Le prince resta telle une statue de marbre, limitant au maximum ses gestes pour ne pas se faire repérer, mais malheureusement, à un moment, il déplaça son pied gauche trop brutalement, pied qui heurta un caillou qui fut projeté sur un autre morceau de pierre par une ironique coïncidence. Bien évidemment, le cinquième personnage s'en rendit compte et ne tarda pas à voir la partie gauche d'Aram dépasser du rocher.

Les exclamations se firent moins enjouer en comprenant qu'un intru était venu les déranger. Le prince entendit des ordres être proférés.

Typique de ce genre de situation, Aram eut un bref moment de solitude en maudissant sa malchance d'avoir tapé pile-poil là où il ne fallait pas. Des bruits d'arme dégainés se firent ensuite entendre, comme le hennissement des équidés que l'on préparait sûrement au départ. Le prince vit à travers son pouvoir que le cinquième guerrier s'avançant vers lui avait sorti un arc et le bandait dans sa direction. La situation était hors de contrôle donc… Très bien, il n'avait plus le choix, il allait devoir se battre.

Et cela lui déplaisait fortement.

– Vous comptez me balancer cette flèche dès l'instant où j'exposerai suffisamment mon corps ou vous allez avoir un minimum de bon sens et me demander ce que je fais là d'abord ? Lança Aram sur un ton volontairement provoquant.

Par cette simple phrase, il avait confirmé sa présence mais lentement, Aram fit pivoter son poignet gauche, exposant le plat de son épée vers l'inconnu… ce que ce dernier ne remarqua pas.

– Effectivement ! Déclara le mercenaire. Pose tes armes au sol et sors de là ! Si tu ne m'obéis je te crève sans état d'âme.

Aram entendit un timbre féminin dire quelque chose mais il ne put en saisir la teneur, cependant il comprit que cette dernière venait également de grimper sur son cheval.

– Vous êtes dur en négociation vous ! Reprit Aram en sentant la tension le gagner. On ne vous a pas appris à dire bonjour avant ?

– Ta gueule et sors de là !

– C'est si gentiment demandé, répondit-il comme si de rien n'était.

Ne sachant pas à qui l'homme avait à faire, ce dernier n'eut pas le temps de répliquer qu'un flash de lumière le frappa de plein fouet. Aveuglé, il ne vit pas Aram lui foncer dessus et lui porter un violent coup de genou dans l'estomac. Mécaniquement, le prince désarma l'inconnu en lançant l'arc le plus loin possible. L'attaque de lumière qu'il venait de produire devrait être suffisante pour tenir le guerrier hors de combat un petit moment. Aram avait pris de soin de ne pas balancer toute la puissance d'entrée de jeu, ne souhaitant pas blesser gravement son adversaire. Les images du complexe des Chevaliers Célestes étaient encore présentes et il ne voulait pas réitérer un nouveau carnage sanglant.

Mais même si l'assaillant était hors-jeu, il restait un gros problème. La cible d'Aram allait fuir et il ne pouvait rien faire contre ça. Alors quitte à perdre la partie, il espérait au moins découvrir le visage de cette fausse sheikah qui avait, soi-disant, infiltré le clan pour des motifs inconnus.

Aram grimpa en quelques enjambées la pente et lorsque son visage passa au-dessus de l'herbe, les trois hommes se montrèrent directement menaçants, mais ça, Aram ne le vit pas. Ses yeux furent aussitôt attirés par la jeune femme qui croisa son regard avec une surprise immense. Il laissa filer inconsciemment quelques secondes, retirant au passage son masque sans s'en rendre compte, hypnotisé par la vision qui s'offrait à lui, le temps pour son cerveau d'assimiler ce qu'il voyait. Ce visage, il le connaissait ! Cependant, il dut revenir à la réalité assez vite, car la guerrière aux cheveux rouges pointait sa main gauche vers lui. Une forme évoquant une flamme se dégagea de la paume et Aram eut juste le temps de comprendre qu'il se laissa tomber au sol pour esquiver la boule de feu qui fila à une vitesse ahurissante en passant au-dessus de sa tête. Les étrangers profitèrent de cet instant de répit pour ordonner à leurs montures de partir. Relevant les yeux, les iris bleus d'Aram croisèrent une dernière fois les iris écarlates de sa cible qui semblait troublée et dont les lèvres tremblaient un peu puis elle détourna la tête et prit la fuite une bonne fois pour toutes non sans balancer une seconde boule de feu dans la direction du prince.

L'esquive fut mécanique et il était tellement sous le choc qu'il ne s'en rendit pas compte. Il gardait sa tête tournée droit vers les fugitifs sans parvenir à détacher son regard de la silhouette rouge filant au loin, incrédule.

Mais rapidement, Aram sentit un frisson le parcourir et eut une fois de plus la vitesse de réaction suffisante pour esquiver l'épée qui lui tombait dessus. Cette dernière s'écrasa dans la terre à quelques centimètres de lui. Après avoir remis à la hâte son masque, le prince découvrit avec effarement que son précédent adversaire était déjà debout. Aram essaya de se relever, mais l'homme parvint à être à sa hauteur bien avant qu'il ne finisse son geste et lui porta un coup de pied dans son flanc gauche, lui coupant la respiration sur le coup.

– La prochaine fois, je te tuerai vraiment, déclara le mercenaire dont le visage avait rougi. Tu ne sais pas à qui tu fais face. N'essaye pas de poursuivre la Démone Écarlate où les conséquences seront désastreuses pour toi et tes proches !

Sur ces mots, il cracha sur Aram avant de retourner vers son cheval qui avait reculé de bien vingt mètres. Il ne tarda pas à prendre la poudre d'escampette lui aussi laissant le prince immobile au sol, ravalant cette défaite en se demandant comment les choses auraient pu mieux tourner. Il ne savait pas à qui il avait à faire ? C'était sans doute vrai mais l'inverse était de surcroît juste également.

Plusieurs minutes passèrent avant qu'Aram ne puisse se redresser.

Il avait finalement échoué.

Cette possibilité avait été évoquée avant son départ de toute façon, mais il mesurait à présent qu'il était parti sans avoir toutes les cartes en main et il y avait aussi le fait que sa cible n'opérait pas seule. Tenter de continuer seul serait de la folie, c'était une certitude.

Que faire à présent ?

Aram ne se sentit pas capable de rebrousser chemin et de passer plus de deux nouvelles heures en plein soleil. Non. Il opta plutôt pour une option beaucoup plus alléchante qui était simplement de se rendre au Relai le plus proche, celui de la rivière donc, de s'y restaurer, de se reposer un minimum et de prendre le trajet du retour qu'à la nuit tombée, à la fraîche, là où il était certain d'avoir la paix.

Aram reprit donc la route en titubant, priant pour que sa destination ne soit pas trop loin, ce qui se vérifia dans l'instant lorsque sa tablette lui indiqua la distance le séparant du lieu de repos le plus proche. Elle lui dévoila ainsi qu'il ne lui restait qu'une grosse demi-heure de marche pour atteindre ce havre de sérénité si prisé des voyageurs.

Il y avait cependant une chose qui l'avait interpellé et qui refusait de quitter son esprit. Sa tête avait compris finalement et la vérité le laissait à la fois perplexe, inquiet et déboussolé.

Il avait très clairement reconnu Felicia et cette dernière l'avait sans doute reconnu aussi alors, en omettant sa tenue et ce qu'elle était devenue, pourquoi l'avait-elle attaqué ?

OoOoO

Les lits du Relai de la rivière avaient eu raison de lui finalement.

Aram ne s'était pas rendu compte à quel point il était fatigué par ces derniers jours. Il n'avait pas chômé, c'était une certitude, mais à ce point-là ? Zelda et lui avaient mis un peu plus d'une journée pour traverser les souterrains, ayant fait une longue pause de plusieurs heures pour dormir d'un sommeil très peu réparateur. Le sol dur et la sensation d'oppression induite par les tunnels n'y avaient pas aidé. Sa mère et lui avaient dû reprendre la route aux alentours des six heures du matin et avaient passé trois heures à marcher. En comptant les péripéties à Cocorico et les deux heures et demie de traque qui eurent suivi, Aram avait sacrément fait travailler ses jambes. Il en avait payé le prix quand il s'était laissé aller dans le lit qu'il avait loué, après avoir mangé, et dormi presque dix heures d'affilés, rattrapant plusieurs heures de sommeils perdus en un coup.

Et à présent, il n'avait plus vraiment l'envie de reprendre la route en direction de Cocorico.

La nuit finissait de tomber lorsqu'Aram sortit du Relai pour prendre l'air. Il n'avait pas conservé son masque, mais gardait sa cape et surtout sa capuche sur sa tête. À vrai dire, peu de personnes avaient fait attention à lui depuis son arrivée à l'heure du déjeuner comme si c'était normal que des voyageurs masqués fassent halte dans ce genre d'endroit respirant la tranquillité. Le ventre soudain gargouillant, encore, Aram se décida à commander des brochettes des viandes comme il l'avait fait quelques semaines plus tôt avec sa sœur Aurore au Relai de la falaise rubis.

Il ne tarda pas à être servi… par un employé qui ne prit pas la peine de le regarder. Curieux…

Une nouvelle fois, il se retrouva seul à la belle étoile, assis devant un feu, réfléchissant de tout et rien à la fois, se résumant tous les éléments de la journée les uns après les autres… La conclusion s'imposa d'elle-même. Des éléments, il y en avait trop.

Aram ne put s'empêcher de se poser la question : quelle idée d'avoir accepté une mission pareille ? Il ne faisait décidément pas gaffe à sa santé et encore moins aux risques qu'il prenait… surtout ces derniers temps. Mais surtout, découvrir que la « fausse » sheikah, qu'il avait poursuivie pendant cent vingt minutes, n'était autre que Felicia l'avait bouleversé. C'était la première fois qu'il la revoyait depuis les heures précédant le bal huit ans auparavant. Environ deux mille neuf cent vingt jours d'absence avec celle qui avait été sa servante… et une amie. Mais les choses avaient changés visiblement, elle était quelqu'un d'autre et cette manière qu'elle avait eue de le regarder… Aram aurait cru y voir du regret et de la peur. Il ne savait pas pourquoi.

C'était elle qui avait mis hors-jeu plusieurs sheikahs d'un coup et elle faisait partie d'un groupe de mercenaire elle aussi. Une organisation inconnue, encore ! Des mercenaires qui par ailleurs semblaient vouloir protéger Felicia comme si c'était leur reine… enfin Aram n'avait pas du tout d'information là-dessus, mais entendre un subordonné être prêt à le tuer lui sans connaître son identité juste parce qu'il était non loin d'elle, c'était étrange. Le guerrier aurait pu bluffer, ce n'était pas à écarter mais dans ce cas, curieuse manière de procéder.

Mais surtout ce regard rouge écarlate… Aram n'avait pas souvenir que les yeux de Felicia dégageaient autant de force et de présence auparavant. Au-delà de sa grande cape rouge et de ses cheveux de la même couleur, c'était sans doute ce qui l'avait le plus choqué et ce visage à la blancheur si éclatante…

Trop de découvertes en un seul regard, il ne s'y était vraiment pas attendu.

Songeur, Aram termina la dernière bouchée de sa brochette et posa le pic à la verticale dans le sol, le regard braqué sur la danse gracieuse et effrénée des flammes rougeâtres. Non vraiment, la journée avait été riche en rebondissement, mais pas dans le sens où on aimait l'entendre. Avec tout ce qui lui tombait dessus depuis son retour à Hyrule, cela devenait un énorme bordel où tout se mélangeait et où tout n'avait plus aucun sens. Son esprit en était saturé.

Que faire maintenant ?

Désireux de se vider la tête pour savoir quoi faire de ses prochains jours, Aram s'écarta du Relai pour marcher, comme s'il ne l'avait déjà pas assez fait aujourd'hui, et ne fit pas attention à la distance qu'il mettait entre lui et ledit Relai. La nuit noire était un de ses paradis et il ne risquait pas d'être surpris. Unr brise légère souffla, Aram leva la tête vers le ciel et entreprit de distinguer les constellations mêmes si ses notions en astronomie s'arrêtaient à savoir que la terre tournait autour d'un soleil et que les étoiles visibles étaient extrêmement éloignées. Ah si, il savait également trouver la constellation de la lyre, celle-là même qui avait donné leur nom à ses deux épées et les Pléiades, l'amas d'étoiles qui avait donné le nom à la rapière d'Aurore : Soraya.

Aram attrapa la garde de ses lames en contemplant l'espace infini au-dessus de lui. À la base, c'était juste pour tenir ses mains occupées…

Mais il avait bien fait de le faire.

En un instant, ses sens prirent le dessus et sa main droite dégaina une des deux Lyrae. D'un mouvement rotatif, Aram fit pivoter son corps et balaya l'air de son épée à l'horizontale. La lame en heurta une autre dans un cri métallique et il eut la surprise d'être à la fois en position de force et de faiblesse, car la pointe de son épée se trouvait sous le menton de l'agresseur tout comme la sienne se trouvait sous le menton d'Aram. À en juger par sa carrure, c'était un homme. Aram entendit ce dernier ricaner puis d'un geste de la main, il créa une petite flamme qui les éclaira tous deux d'une douce lumière instable.

Aram découvrit un adulte qui devait avoir dans la quarantaine, cheveux noirs en bataille tombant presque jusqu'à ses épaules. Il portait un pantalon sombre, une ceinture rouge et une chemise blanche à manche courte, dévoilant au passage qu'il avait de la musculature. Chose qu'Aram n'avait pas l'habitude de voir, l'inconnu avait une pipe dans la bouche et la lueur de la flamme lui indiqua également que l'arme pointée vers lui était un katana court.

C'était la journée des entrées en matière violente ?

– Bonsoir ! Aram je présume ? Questionna l'homme sur le ton de la conversation.

Le concerné écarquilla les yeux avant de les froncer. Vu comment il ressemblait à son père, inutile de le nier. De toute façon, il n'avait pas son masque.

– Exact, et vous ?

– Yon !

Un instant passa, laps de temps durant lequel les deux adultes se fixèrent.

– T'es pas un bavard toi ! Je me serai attendu à bien plus de véhémence de ta part ou à au moins un peu de défense. Moi qui cherchais ton père, je tombe sur le fils… Le destin est étrange.

Aram ricana nerveusement.

– Difficile d'être bavard quand on a une lame aiguisée sous la mâchoire je vous ferai remarquer et d'ailleurs qui êtes-vous ? Pourquoi m'attaquer comme ça ? Ajouta-t-il avec une voix neutre. C'est pas comme si j'avais l'habitude, mais c'est un peu lourd d'être menacé à force.

– Tu as raison, je ne suis pas bien polie, enfin bon…

Le dénommé Yon rangea son arme dans son fourreau puis il montra à Aram qu'il ne courait aucun risque. Méfiant, mais souhaitant quand même comprendre la raison d'une telle action, le prince hylien rangea également Lyrae. Satisfait Yon invita ensuite Aram à le suivre jusqu'au Relai où ils s'installèrent, en silence, devant le feu de camp. Le prince hylien était intrigué par ce personnage. Il ne semblait pas être un ennemi, mais se comportait presque comme tel avec un peu trop de manières. Aram commençait sincèrement à être largué par tous les évènements qui s'enchaînaient.

– Je suis Yon Romanis, fidèle conseiller et ancien camarade de classe de notre sainte et vénérée Impératrice, débuta théâtralement l'homme en faisait un signe de main au même serveur que précédemment. Je suis un lyrannien en gros et je suis aussi une connaissance de ce connard de Reiyan.

La mention de l'impératrice fit tiquer Aram, tout comme la mention du chef des Chevaliers Célestes, l'homme qui était responsable d'une machination à laquelle le prince avait fait partie contre son gré. Chose qu'Aram n'avait jamais demandée et même s'il ne le montrait pas en public.

– Vous êtes alliés avec celle qui a torturé ma sœur ? Déclara-t-il sur un ton mordant, portant instantanément une main sur la garde de son épée côté gauche.

– Doucement sur les mots mon grand même si d'un côté, on peut dire ça comme ça, répondit simplement Yon en levant les mains, constatant que le prince hylien cachait un ressentiment légitime. Bon, la vraie raison de cet acte cruel est tout autre. Enfin… ça ne change rien au fait que tu as raison, je suis allié avec celle qui s'en prit à ta plus jeune sœur.

L'employé revint soudain avec une bouteille de vin et deux verres. Il n'avait pas fallu lâcher le moindre mot pour ce service… Aram eut la désagréable impression que la rencontre avec le dénommé Yon avait été calculée. Suite à la réponse de l'adulte, l'esprit d'Aram lui hurlait d'ailleurs d'obtenir des réponses sur le pourquoi Laura avait eu subi un tel sort, mais une part de lui préférait temporiser les choses. N'importe qui aurait sûrement pété les plombs, mais le fait d'avoir été aussi franc dès le départ, avouant sans détour la vérité avait convaincu Aram sur le fait qu'il y avait une logique derrière tout ça. Ce Yon était tombé sur lui d'une façon peu orthodoxe et si sa volonté était juste de s'en prendre à lui, il n'aurait pas pris la peine d'engager ainsi la conversation.

– Je pensais que tu réagirais plus franchement, fit Yon après un petit instant, un chouia déçu. J'affirme quand même être impliqué dans la souffrance de ta sœur même si de loin uniquement. Je suis aussi impliqué dans dégagement de tes parents… et cette formulation est étrange, mais on s'en fout. Es-tu dépourvu d'émotion ? J'aurai pensé te mettre dans une colère noire.

L'effort que fit Aram pour se retenir fut considérable.

– Croyez-moi, si je n'avais pas passé huit années à être formé à garder mon sang-froid, je vous aurais sauté dessus sans hésitation, articula froidement le prince. J'ai beau être inexpressif, j'éprouve tout de même de la colère et m'annoncer sans préambule que vous avez participé à la souffrance de ma sœur ne fait que renforcer ce sentiment. Cela me révolte qu'on s'en prenne à une adolescente, mais encore plus s'il s'agit d'un membre de ma famille. Mais encore une fois, heureusement que je sais garder mon sang-froid…

– Tu aurais pu tout aussi bien m'attaquer… enfin, privilégier la diplomatie est tout à ton honneur, c'est un fait.

Aram approcha son visage des flammes, l'air singulièrement échauffé. La tournure des évènements lui déplaisait.

– Je ne sais pas comment vous m'avez trouvé ni pour quelle raison vous m'avez trouvé, prévient-il froidement, mais si je dois attribuer au moins quelque chose de positif aux Chevaliers Célestes, c'est qu'ils m'ont appris que derrière une rencontre pareille, il se cache toujours quelque chose. Vous m'avez trouvé et vous avez une idée en tête… Alors si vous pouviez arrêter de faire comme si l'on était de vieux amis, ça serait appréciable ! Allez droit au but.

Yon s'interrompit en pleine inspiration de fumée, retira sa pipe puis eut un sourire.

– Tu as des neurones, c'est bien. Pardonne ma façon de parler, j'ai arrêté de m'en préoccuper depuis que j'ai compris que soigner son langage ne servait qu'à se forger une façade. Enfin bref… Te « trouver » comme tu dis n'était pas prévu, disons que le destin s'en est mêlé et ce n'est pas une plaisanterie.

Aram ne répondit pas.

– Devant ton air perplexe, je me vois dans l'obligation de t'expliquer Aram, fit-il en s'emparant de la bouteille puis en remplissant un premier verre qu'il tendit au concerné et un second pour lui-même. Vois-tu, notre très chère Nausicaa vel Estelle, impératrice de son état, est sujette à des crises de folie à la suite d'un terrible évènement survenu il y a dix-huit ans. Quelque chose de vraiment violent. La haine la ronge et ses actes ont parfois tendance à être bien au-delà de l'acceptable, comme la mort de la messagère gérudo par exemple… Elle ne vit que pour un seul but et la capture de la sœur cadette n'est qu'une partie de son plan pour une vengeance qu'elle laisse mûrir depuis tout ce temps. Dix-huit ans… en voilà une durée particulièrement éprouvante quand on s'est fait voler son enfant…

Avait-il bien entendu ?

– C'est-à-dire ? Fit-il très intéressé par ce qu'il venait d'entendre.

Intérieurement, Aram eut un frisson en sentant un déclic se faire dans ses pensées…

– Eh bien, tu vois cette fille que ce connard, désolé j'adore l'appeler comme ça, de Reiyan a appelée Hystoria ? Eh bien cette Hystoria, qui en réalité s'appelle Harmonie, est la fille de Nausicaa, l'impératrice de Lyrannyan et la reine actuelle d'Hyrule depuis qu'elle a dégagé tes parents. On s'est bien renseigné depuis le temps, nous avons des espions partout. On sait ce que Reiyan lui a fait subir. Ça fait dix-huit ans que Nausicaa essaye en vain de récupérer sa fille. Te rends-tu comptes de la souffrance extrême que cela induit ? Notre souveraine n'y va plus de main morte. Au moment où je te parle, elle est en route pour les pays de l'ouest, droit vers le complexe, le pouvoir de ta sœur dans son arsenal, car elle a subitement décidé qu'il était temps d'aller passer le bonjour à ce connard de Reiyan pour lui faire payer chèrement toute la souffrance qu'elle a subie par sa faute. J'ai essayé de l'en empêcher tu penses bien, mais elle m'a fait voltiger dans tous les sens… De ce fait, me sentant insignifiant et inquiet j'étais en quête d'un stratagème pour éviter que ça ne tourne mal. Comment faire ? Et c'est là que je t'ai vu quand tu as retiré ton masque pour aller dormir ! Une microseconde d'inattention ! Grosse erreur l'ami. Ceci dit, je suis quand même un gars sympa, je t'ai laissé dormir. Et maintenant nous voici face à face.

– Ça vous arrive d'expliquer clairement au lieu de tout mélanger ?

– C'est pas dans mes habitudes désolé ! Fit Yon en haussant les épaules. Mais tout ce que tu dois retenir en priorité c'est que l'objectif final de Sa Majesté est de sauver sa fille prisonnière depuis qu'elle est bébé et elle fait tout ce qui est en pouvoir pour y arriver. Ceci dit, avant de continuer, je te laisse le temps de me poser quelques questions. À servir de connard de Reiyan, tu n'as pas dû être souvent mis au parfum. Alors vu ce qui va suivre, autant instaurer une bonne entente entre nous…

Il préféra ne pas retenir la dernière affirmation.

En réalité, Aram avait parfaitement compris l'essentiel. Cela lui procura quand même un électrochoc d'apprendre qu'Hystoria était de sang royal à la base. Elle savait qu'elle était élue d'une divinité propre à son pays, mais une princesse impériale ?! Voilà quelque chose auquel il ne s'attendait pas. Même Line n'était pas au courant. À présent, il connaissait l'identité de la mère qu'Hystoria n'avait jamais eue et qu'elle avait fortement besoin de rencontrer. Étrangement, le fait de penser à Hystoria calma Aram, Il ne put s'interdire de penser à ce que la fille et la mère avaient bien pur ressentir au fils des ans. C'était d'une horreur sans nom.

– Vous avez dit que votre souveraine avait dérobé le pouvoir de ma sœur ? Reprit Aram avec moins d'agressivité. Pourquoi avoir fait ça ?

– Faux ! Elle n'aurait pas pu mourir. Sa Majesté y a veillé.

– Pardon ?

Yon le fixa, l'air parfaitement sérieux.

– Ça aussi, c'est quelque chose de particulier, mais le souhait de Sa Majesté était effectivement de s'emparer de la magie divine de ta sœur, tout en évitant à cette dernière de succomber, expliqua Yon après avoir ingurgité du vin. Nausicaa y a sagement veillé, car apparemment, elle avait fait une promesse à ce sujet. J'en sais pas plus cela dit… Bref, c'est pour cette raison que la souffrance de la princesse Laura a été si longue. Sa Majesté a étalé le processus et lui a administré des micros-doses de potions régénérantes à intervalle régulier. Quant à l'« évasion » de la princesse, fait que tout le monde pensait et pense toujours réel, il n'en est rien. On est peu à le savoir en fait. C'est Nausicaa en personne qui a récupéré ta sœur après le barbecue qu'elle a improvisé et l'a fait sortir du château… un peu violemment je l'admets, mais l'intention était là. Quant à tes parents, il était nécessaire de les écarter de la même manière… Enfin pour ça, Nausicaa est la mieux placée pour fournir une véritable explication, même moi je n'ai pas tout compris.

Aram se cala en arrière et croisa ses bras. Un léger coup de vent frappa le foyer enflammé, faisant s'envoler des cendres ardentes.

– Pourtant, d'après ce que j'ai compris vous les allez fait passer pour les méchants de l'histoire, sans vouloir être naïf, asséna Aram sur un ton exprimant une pure vérité.

– Ouais alors en fait la version officielle c'est plutôt qu'un des nôtres s'est permis de raconter des bobards, répondit Yon en se grattant la tête. Je reconnais qu'on a merdé là-dessus, mais Sa Majesté n'avait qu'à être plus claire aussi. Enfin… la vérité est plus complexe que ça et tu en sauras plus en temps voulu. Si je te fournis ma version des faits, tu vas surchauffer. Pas envie de revivre une grillade « party » comme on dit à l'autre bout du continent. Ça a été déjà assez terrible de virer les cadavres que ta sœur a laissés dans sa fuite… Quoique cela dit, la petite princesse nous a rendu service, car Sa Majesté avait déjà compris que les deux gardes étaient des enflures de première catégorie. C'est elle qui a transformé leurs cervelles en vinaigre avant leur tentative ratée de brutaliser ta sœur. Enfin là-dessus je peux même t'affirmer que Nausicaa aurait pu réagir si la princesse n'avait pas décidé de faire justice elle-même… Ouais, en fait on peut dire que Sa Majesté a orchestré l'évasion de la jeune princesse du début à la fin. Une vraie dirigeante comme je les aime.

Aram eut une réaction mitigée. À la fois il était sidéré de l'imprévisibilité de cette impératrice et de l'autre il était soulagé d'apprendre que Laura avait bénéficié d'une aide… Au moins, ce Yon avait donné la réponse à l'une des interrogations de la principale concernée : comment s'était-elle échappée ? Maintenant Aram savait.

– Votre souveraine me paraît bien unique en son genre… À quoi joue-t-elle ?

– Mais qu'est-ce que j'en sais ? Je t'ai dit qu'il y avait un tas de choses que j'ignorais… s'exclama l'adulte en inspirant une nouvelle bouffée de fumée. Soit sûr d'une chose Aram, quand tu vois les différentes personnes d'influence du continent opérer, je me permets d'avoir des doutes quant à leurs capacités à régner. Sa Majesté Nausicaa et la reine Zelda sont bien les deux meilleures souveraines que je connaisse. Tu remarqueras que c'est un compliment pour ta mère ça.

– Et je vous en remercie ! Donc si je comprends bien, votre impératrice a arraché le pouvoir de ma sœur pour une vengeance ? Elle n'aurait pas pu s'en passer ?

– Eh bien non, pour la simple et bonne raison que cela lui octroie une protection contre le système de contrôle mental de Reiyan. En effet, ce dernier a jugé bon de faire attention à qui il recrutait. Son détestable système ne fonctionne que sur des Lyranniens de pure souche ou sur des personnes qui ont été conditionnées depuis leur plus tendre enfance. Nausicaa étant née de deux parents lyranniens, elle est donc sujette à se faire manipuler, chose qui est bien sûr à éviter. Le pouvoir qu'elle a dérobé à la petite princesse empêche cela.

– Curieuse façon de procéder…, fit Aram sur un ton qui n'approuvait pas du tout ces méthodes. Attendez… vous dites que seuls les lyranniens sont touchés ?

– À moins que mes pensées et ma voix ne correspondent pas, oui c'est ce que je viens de dire.

Aram laissa les secondes défiler et, en un instant, tout s'aligna dans sa tête, Aram fut presque choqué que le puzzle s'assemble aussi bien. Aurore et lui n'étaient pas touchés parce qu'hylien d'origine, Line n'était pas totalement lyranniene non plus du coup puisque indifférente de ce système pervers. Pour Kaze, Shanna et Matael la question ne se posait pas quoique pour Matael s'était différent, car ni Aurore et ni lui ne l'avait pas vu lors de leur fuite du complexe.

Mais soudain, un autre questionnement frappa Aram.

– Hystoria, ou Harmonie comme vous préférez… elle est totalement lyranienne elle aussi ?

– Content que tu me poses la question, car il s'agit d'un fameux mystère, mais malheureusement, je n'ai pas de réponse. L'origine du père d'Harmonie est un secret que seul Nausicaa connaît… normal ceci dit même si j'ai ma petite idée sur la question… Enfin, je ne veux pas t'induire en erreur donc je ne vais rien dire.

Si Aram suivait la logique de Yon, et étant donné qu'Hystoria avait été celle qui les avait contrôlés Aurore et lui, il n'y avait qu'une seule possibilité. C'était pour le moment un peu tiré par les cheveux, mais cela voudrait dire qu'Hystoria avait une ascendance hylienne… Enfin pour le moment, c'était la seule information viable.

– Je crois que j'en ai assez entendu alors dites-moi pourquoi vous êtes là Yon ! Déclara Aram en faisant comprendre à son interlocuteur que la conversation était finie. Vous avez une idée précise derrière la tête j'en suis persuadé. Pourquoi tout ce cirque ?

L'homme ne montra aucune réaction.

– Effectivement ! J'ai eu une chance insolente de tomber sur toi, fit-il avec une voix grave n'annonçant rien de bon. J'ignore même pourquoi tu es ici, mais ça n'a pas d'importance. Sa Majesté ne veut pas de ma présence, mais peut-être changera-t-elle d'avis si je ramène une personne qui est capable de s'introduire dans le complexe.

– Qu'est-ce que vous racontez ?

– Tu connais le complexe des Chevaliers Célestes et Harmonie te connaît Aram. Ce que je te propose – et à vrai dire tu n'as pas vraiment le choix –, ajouta-t-il avec un sourire diabolique, c'est de m'accompagner jusqu'au camp de base où ma très chère impératrice s'est rendue pour aller botter le cul de Reiyan, armée du pouvoir qu'elle a dérobé à ta sœur et sauver Harmonie ! Qui plus est, Nausicaa aura sûrement des infos croustillantes à te révéler. J'en salive d'avance tiens…

Aram se leva et se mit sur la défensive.

– Vous faire confiance donc ? Vous plaisantez ?! Je suis du genre à rendre service, mais pas à des illuminés et encore moins à une femme responsable du traumatisme de ma sœur parce que oui, à l'heure actuelle, elle fait mine d'aller bien alors qu'elle cauchemarde la nuit à en réveiller tout le voisinage ! Si ça se trouve, c'est vous qui êtes à l'origine de tout ce merdier depuis le début il y a huit ans et…

– La bombe ce n'est pas nous je peux te l'assurer… crois-moi sur parole. Mais ne changeons pas de sujet ! Je ne te laisse pas le choix, maintenant que je t'ai trouvé, tu vas gentiment me suivre.

Quelques mètres à côtés, des voyageurs et des familles se demandèrent ce qui était en train de se passer. Les visages étaient inquiets du ton qui montait…

– Et qu'est-ce que vous allez faire ? Me défier ?

Aram n'en pouvait plus de cette discussion. Il dégaina ses lames avec la ferme volonté de s'enfuir. Yon se contenta de soupirer.

– Pas la peine, fit-il avec lassitude.

Sur ces mots, ce dernier claqua des doigts et brusquement, une dizaine de têtes jaillirent aux alentours. Portant tous la même tunique, il s'armèrent tous de leurs armes. Aram comprit qu'il était tombé dans un piège et cela lui fit grincer les dents. Il était visé de tous les côtés.

– Tu n'as pas d'échappatoires ! Reprit le lyrannien en terminant son verre. Si tu tentes de me fausser compagnie, mes hommes te rattraperont aussitôt et si tu décides d'employer je ne sais quel maléfice pour me cramer la tronche, tu auras dix guerriers qui te tomberont dessus pour te faire la peau… Tu es encerclé ne l'oublie pas. Enfin te faire la peau… suffisamment en tout cas pour que tu restes docile. Sinon, on pourrait tout aussi bien envoyer tout le monde à Cocorico pour s'occuper de ta petite sœur et de ta mère. On sait très où elles sont !

– Bande de…

– Et si tu refuses encore, je demande à mes hommes de massacrer tous les annoncent présents sous la structure à côté de nous… Accepte Aram ! Reprit Yon en haussant la voix avant de se lever et de sortir lui aussi son katana, sous les yeux paniqués des clients du Relai. Je ne te demande que de m'accompagner et de rencontrer l'impératrice ! L'objectif est de récupérer Hystoria et tu nous seras d'une aide fort précieuse. En plus, et je te le répète, je suis persuadé que tu apprendras des choses que tu ne soupçonnais même pas. À onze contre un, tu n'as aucune chance et ce Relai ne te sera d'aucune aide. Range tes armes et accompagne-moi !

En colère de s'être fait avoir, de n'avoir rien vu venir et de se faire chanter de la sorte, mais pas idiot non plus, Aram prit sur lui et rangea ses lames dans leurs fourreaux. Il s'imposa de penser à Hystoria pour se forcer à ne pas tenter le diable. Dans le fond, il avait une chance réaliste de l'arracher à son faux père et plus le temps passait plus il ressentait le besoin de la sauver… car depuis sa fuite et le retour de sa mémoire, il avait le sentiment qu'un lien s'était créé de lui-même entre eux deux.

Yon parlait de secret et de choses qu'il devait savoir ? Très bien, il espérait que cela serait vrai, histoire de ne pas avoir accepté une mission contre son gré et pour rien.

Décidément… quelle journée de merde !

OoOoO

– Tu devrais te reposer Aurore, ça fait une semaine que tu bosses comme une forcenée. Ce n'est pas bon pour toi, en plus tu as beaucoup de mal à dormir. Ménage-toi, ça m'inquiète de te voir comme ça.

– Toi Line, tu t'inquiètes pour moi ? C'est la première fois que j'entends un truc pareil.

– Ne soit pas vexante tu veux.

Et Line avait parfaitement raison sur ce point, elle avait tendance à être plus agressive dans ses paroles. Depuis que Riju était venu discuter franchement avec elle, elle s'était enivrée de travail, ne voulant pas être un poids mort incapable de faire quoique ce soit. Elle qui était hyperactive, elle détestait ça, qui plus est, elle avait un besoin irrépressible de se rendre utile. Line lui était venue en aide en lui suggérant de partir sur des projets archéoniques et des inventions qui pourraient servir dans le futur. Elle avait eu des idées et avait passé des journées entières dans un atelier, celui-là même où elle se trouvait à cet instant, mais jusqu'à présent rien de concret n'était sorti et son esprit était vide d'imagination. Ce n'était pas faute d'avoir essayé pourtant.

Quelque chose n'allait pas. Elle se sentait bizarre.

C'était d'ailleurs à moitié avachi de fatigue sur l'établi de son atelier que Line l'avait trouvé dix minutes auparavant. En ce matin ensoleillé, l'ébène s'était doutée qu'une fois de plus sa camarade allait dépasser les horaires normaux pour un être humain. Elle avait eu raison, vu l'expression qu'Aurore avait pu déchiffrer sur le visage de la guerrière. Mais concernant Aurore, non seulement elle était affreusement fatiguée à cause des cauchemars récurant qui refusait de s'en aller, mais le fait de n'arriver à rien la désespérait. Cette dernière commençait à avoir du mal à sourire et de par son expérience et les leçons qu'on lui avait prodiguées au début de son adolescence, elle savait que c'était très mauvais signe. Elle ne se reconnaissait plus à vrai dire.

– J'ai du mal à croire que le non-aboutissement de tes premières idées soit à l'origine de cette déprime, disons-le, franchement chiante à supporter, affirma Line en s'asseyant à l'envers sur une chaise, face à Aurore. Ça fait deux semaines qu'Aram est parti… ce n'est pas en quatorze jours que tu réussiras à accomplir quelque chose… Les évolutions ne peuvent pas naître aussi vite. Non, je pense qu'il y a autre chose qui te déprime.

Autre chose ? Peut-être bien oui…

– Ton visage te trahit Aurore, tu es en train de réfléchir, remarqua Line en posant sa tête sur ses bras. Ai-je mis le doigt sur une chose que tu tiens à garder secret ?

Elle ne pouvait pas se cacher…

– J'ai un peu honte de l'avouer…, fit la princesse avec une petite voix.

– Oh ! Eh bien dis toujours, je ne te lâcherai pas tant que tu n'auras pas déballé ce que tu as sur la conscience. Ça m'énerve de te voir comme ça, tu es une fille intelligente et remarquablement mature pour ton âge, mais qu'est-ce que tu peux être têtue ! Allez balance !

Aurore sentit sa gorge se serrer.

– En fait, c'est la première fois que je me retrouve séparé aussi longtemps de mon frère…

Silence.

– Tu es sérieuse là ?

L'ébène ne put s'empêcher de glousser.

– Te moques pas, s'indigna Aurore. J'ai l'impression de passer pour une gamine…

– Ah, mais je le confirme ! Confirma Line hilare. Pardon, mais… c'est tellement mignon. La sœur un peu trop attachée à son frère qui se sent seul parce que ça fait deux semaines qu'il n'est plus là. Je m'attendais à tellement pire ! Tellement que j'en oublie presque que tu n'as que dix-sept ans. La majorité hylienne est fixée à cet âge-là ans mais quand même ! Je pense que tu as besoin de grandir Aurore car tu ne pourras pas toujours compter sur ton frère. Si son absence t'affecte à ce point je ne peux rien y faire dans l'immédiat à part te conseiller de faire avec. Enfin cette petite expérience va te servir, ce n'est pas plus mal.

– Pour ça que j'en ai honte, lança Aurore les joues rouges. Il y a bien pire que de se retrouver séparer de son frère pendant quelques jours. Mais, je ne sais pas… je ressens comme un vide. J'ai l'impression d'être toute seule et même si j'ai largement de quoi m'occuper, ce n'est pas pareil.

– Ça finira par passer… Sérieusement Aurore, je ne vois pas ce que je peux faire de plus pour toi. À la limite, puisque Riju t'autorise à sortir gambader tant qu'il ne fait pas nuit, profites-en pour aller rencontrer des gens. Avoir des appuis et des liens un peu partout, ça t'assurera de ne pas te sentir seul comme tu dis. Qui as-tu déjà rencontré dans cette citadelle ?

– À part Riju, tout le personnel de la forge et le vendeur dans cette petite boutique littéraire, personne d'autre.

– Ah, mais attend, tu parles du type qui t'a vendu ce bel ouvrage sur la technologie archéonique ? Celui qui a des cheveux bruns et les yeux cyan foncé ?

– Tu le connais ?

Le regard qu'eut Aurore à cet instant intrigua fortement Line. Soudain elle se remémora un détail.

– Je l'ai croisé il y a quelques jours oui, fit-elle sans lâcher Aurore des yeux. Il m'a dit avoir assisté à notre retour et qu'il souhaitait savoir si tu allais bien, par rapport à ta jambe je veux dire… enfin quoique, je ne sais plus. Il ne sait rien du reste de toute façon, mais il avait l'air de s'inquiéter vraiment. Je lui est quand même demandé comment il te connaissait vu que ça me paraissait bizarre et il m'a avoué que tu avais débarqué un jour dans sa boutique comme si de rien n'était avec une façon de faire tout sauf princière. Cette rencontre l'a marqué, il me l'a dit, d'ailleurs il a ajouté qu'il serait ravi que tu reviennes dans son commerce. Faut croire que tu lui as tapé dans l'œil ma grande !

Line observa la réaction d'Aurore avec attention et fut surprise de voir se dessiner une gêne apparente sur le visage de la princesse.

– Quoi ?! Mais enfin je…, balbutia Aurore.

La princesse n'eut pas besoin d'un miroir pour deviner qu'il n'y avait pas que ses joues qui avaient viré au cramoisi. Line comprit et lui fit les yeux ronds.

– Attends… ne me dis pas que lui aussi t'a tapé dans l'œil ? Oh bordel… je déteste les contes de fées et les histoires à l'eau de rose… Mais dit donc petite cachottière, tu as voulu me faire croire qu'il n'y avait que l'absence d'Aram qui t'affectait… J'y crois pas. Comment s'appelle-t-il ?

– J'en sais rien moi…, essaya de se défendre maladroitement Aurore. Il était sympa et serviable quand je suis venu il y a plusieurs semaines, mais je n'ai pas pensé à lui demander son prénom…

– Par Lythia… Bon ce n'est pas grave, ne fais pas ta chochotte Aurore, balance la suite. On est entre filles… Ton visage est rouge, ce n'est pas une réaction naturelle quand on n'éprouve rien pour quelqu'un. Tu as eu un petit coup de foudre dirait-on et le fait de ne pas avoir Aram pour occuper tes journées fait que ton esprit s'est rabattu sur quelque chose que tu refoulais dans ton subconscient… que c'est mignon. Tes hormones travaillent bien visiblement. Tu t'éveilles aux premiers émois.

– Arrête de te moquer de moi.

– Mais je suis tout à fait sérieuse, rétorqua Line sur un ton enjoué. Tu as dix-sept ans, c'est normal d'être attiré par quelqu'un… d'ailleurs puisque tu souffres de l'absence de ton frère, pourquoi ne pas retourner dans cette librairie taper la causette avec ce gentil garçon ? Tu es visiblement une fille qui a besoin de compagnie.

– Mais pourquoi faire ?

Line leva les yeux vers le ciel, incertaine qu'Aurore le fasse exprès ou non.

– Par les déesses Aurore, mais réveille-toi ! Cet homme a attiré ton attention et apparemment tu as attiré la sienne. Ce n'est peut-être que de la gentillesse ou de la politesse, mais ça veut être également une touche pour toi. Va savoir. Qu'est-ce que ça peut t'apporter de mal ? Au pire il te remballe, ou l'inverse et au mieux tu développes une nouvelle relation, amoureuse ou non, avec un garçon. Peut-être que ça pourrait t'aider à guérir de tes cauchemars. C'est tout bénef pour toi. Sens-toi flattée ma grande.

Aurore quant à elle ne savait plus quoi penser.

– Ben c'est vrai que quand j'étais avec lui, j'ai senti quelque chose de différent, avoua-t-elle finalement sur un ton dépourvu de confiance. Ce n'était pas comme d'habitude quand je marchandais avec des commerçants dans les villes où on allait où même directement au complexe. Avec lui, au bout d'une minute, j'avais l'impression de parler véritablement au lieu d'échanger de façon professionnelle… Oh par Hylia, pourquoi je parle de ça… et arrête de rigoler ! Ce n'est pas drôle. Tu ne vois que je suis affreusement gênée ?

Devant elle, Line se tordait de rire.

– Pardon, mais, essaya d'articuler l'ébène, je t'ai découvert aussi froide et autoritaire qu'un général d'une armée rudement entraînée et maintenant tu dévoiles ton côté jeune fille se plongeant dans l'âge adulte et qui n'a pas que les armes et les stratégies en tête. Laisse-toi aller Aurore, profites-en. Tu n'as pas d'impératif à remplir pour une fois… à moins que tu redoutes de te confronter à d'autres êtres humains ?

– Il y a peut-être un peu de ça…

Line soupira.

– Je te garantis que tu as besoin de voir du monde et pas seulement dans ton entourage proche Aurore. Tu as passé une partie importante de ta vie dans une « famille » de truand à vivre à la dure, à sentir le métal et à parcourir le continent sans repère, victime d'une prison mentale. À part tes camarades, paix à leurs âmes, et ton frère, tu n'as pas vraiment connu d'autres personnes…

– Tu as sans doute raison, mais j'ose pas… je ne suis pas sûr de bien me comporter si je retourne voir ce garçon… En fait, je ne sais même plus qui je suis actuellement.

Line soupira encore une fois. Bien plus fortement.

– Il ne va pas te manger Aurore bon sang ! Et je te ferai remarquer que tu es techniquement sa supérieure puisque tu es une princesse de sang royal. À mon avis, il flippera plus que toi à l'idée de dire un mot que tu pourrais mal interpréter… Aurore…

Line se rapprocha du visage de la princesse hylienne, releva sa tête et planta ses yeux marron dans les siens.

– Quelqu'un s'intéresse à toi ici, ça veut dire que tu n'es pas seul, qui plus est un beau garçon comme lui qui à l'air passionné par son métier… Ne loupe pas cette chance, ça ne se reproduira pas deux fois. Il est rare que le premier soit le bon, mais ce n'est pas impossible non plus… Alors ait du courage, tu en avais bien eu lors de tes missions non ?

– Tu parles comme si j'étais troublée par cet homme, fit-elle d'une petite voix.

– Et ce n'est pas le cas ? Rétorqua une Line certaine d'avoir raison. Tu es une très mauvaise menteuse Aurore… Ton langage corporel parle pour toi, dommage.

Mais la concernée ne put formuler une réponse à cette évidence. On toqua vivement à la porte en bois de l'atelier et une gérudo, une garde au vu de son accoutrement, entra directement dans le local sans attendre de réponse. Elle semblait essoufflée. Une douce lumière provenant du soleil et filtrant à travers les fenêtres pénétra dans le local.

– Mesdemoiselles, pardonnez mon intrusion, mais…

– Que se passe-t-il ?

La gérudo se tourna vers Aurore, l'air ému.

– Sa Majesté Zelda et la princesse Laura sont arrivées au palais ! Ma souveraine m'a ordonné de venir chercher Son Altesse Aurore au plus vite !

Surprise et consternation, la concernée se leva d'un bond, incrédule et sûrement pas préparé à cette annonce même si elle savait que ça allait arriver. Pas aussi vite du moins. Ses yeux commencèrent déjà s'humidifier.

– En voilà une annonce réjouissante ! S'exclama Line en s'écartant du chemin, attrapant la princesse par les épaules et la poussant vers la sortie. Allez va Aurore, n'attends pas, mais fais gaffe à ta jambe tout de même.

– Merci !

La gérudo et la princesse quittèrent l'atelier sans attendre, laissant Line seule dans la pièce.

Cette dernière déplaça une mèche de cheveux couleur ébène derrière sa tête. Ça au moins, c'était une réaction parfaitement naturelle ! Line était contente pour Aurore bien sûr et elle espérait que cette dernière mesure bien la chance qu'elle avait de retrouver sa famille. Mais qu'elle n'oublie pas non plus la petite conversation intime qu'elles venaient d'avoir. Line en était persuadée à présent, à défaut de ressentir véritablement l'absence de son grand frère, elle s'ouvrait à la vie et à ce qu'elle était : une jeune femme humaine.

Seule dans l'atelier rempli de carcasses, cartes archéonique en tout genre étalées partout, une odeur de métal et d'outil planant dans l'air, l'ébène ne bougeait cependant plus. Elle avait eu un moment d'euphorie à l'annonce de la garde, mais à présent qu'elle était plantée là, un détail lui sautait tout de suite à l'esprit. Riju aurait pu orienter la reine et sa fille pour qu'elle vienne elles-mêmes retrouver Aurore pourtant, c'était l'inverse qui se produisait et surtout…

La messagère n'avait pas parlé d'Aram.