Introduction
« Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi. »
Frederiel Willhuil Nietzschdril, Poète Noldor,
Début du Troisième Âge, Forêt de Lothlorien
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Le Nazgul était là. Tout près d'elle.
Mais il n'avait pas de forme corporelle. C'était juste une ombre, courtisant son âme, à la lisière de son esprit. Comme une langue visqueuse, sa noirceur s'infiltra sous la peau, se glissant dans ses organes. Sang pourri remplaçant la vie dans ses veines. La substance corrosive et noire, dense comme de la poix, s'insinuait en elle comme l'aurait fait un vers dans une pomme.
S'il s'infiltrait trop loin, la pomme pourrirait, elle noircirait. Fruit aigre et vicié qui empoisonne la terre et l'air.
Tout comme une pomme pourrie, bientôt Eowyn la Dame Blanche du Rohan serait emprisonnée. Emprisonnée dans son propre corps de chair putréfiante, destinée à se décomposer vivante, puis son âme noircie errerait dans le monde des vivants. Incapable de rejoindre l'au delà, incapable non plus de disparaître totalement.
Il ne resterait d'elle qu'un résidu d'être, un lambeau d'âme, un fragment de ce qu'elle fut autrefois, envahie d'une obscurité qu'elle ne pourrait jamais chasser.
C'était ce que le Nazgul lui soufflait à l'oreille alors qu'il essayait de percer les barrières de son âme.
De les percer pour mieux les envahir.
Car aucun homme vivant ne peut me tuer, hurla-t-il avant que sa voix ne s'éteigne.
Eowyn ouvrit les yeux sur le regard doux de l'Héritier du Gondor.
Aragorn se tenait près d'elle, sa main sur son front était douce et la tirait du maléfice qui avait envahit son être. Il la regardaient avec une compassion teintée d'inquiétude.
Il l'avait fait, l'héritier d'Isildur avait réussit.
La noirceur avait enfin quitté son corps. Il l'avait sauvée, débarrassée du souffle noir et l'avait arrachée aux griffes de la mort.
Épuisée et à bout de force, la jeune femme détourna le regard et enfin elle s'abandonna aux ténèbres du sommeil.
OoOoO
Pendant des jours, Eowyn Dame Protectrice du Rohan vogua entre la noirceur du sommeil et une autre, plus intime, plus violente, qui ne semblait plus la quitter. Personne ne pouvait se rendre compte du mal qui rongeait la jeune femme. C'était insidieux, subtile, étonnement discret.
Évidemment...
Il avait certes été bien des choses, mais certainement pas stupide.
Que connaissaient-ils ces simples d'esprit de ce qu'il était, lui, expert en magie et en sorcellerie?
Lorsqu'elle s'éveilla enfin de son étrange sommeil, elle ne le savait pas encore, mais elle était à sa merci.
Elle était à lui.
