Matael se réveilla brutalement, sortant d'un cauchemar étrange et dangereusement réel à la fois. Pas de vision cependant. Un simple rêve bête et méchant… Mais il était quand même contrarié de sentir son rythme cardiaque s'être accéléré. Le jour n'était pas totalement levé, mais l'argenté voyait suffisamment pour se repérer dans le camp établi il y a deux jours. C'était déjà ça. Il trembla un peu en se mettant assit. Encore embrumé par le sommeil, Matael bâilla avant d'aligner ses neurones dans sa tête. Il était rare qu'il se réveille aussi subitement, lui qui n'était pas du genre à rêver souvent ni à cauchemarder. Même si les superstitions ne lui faisaient aucun effet, en général, ce genre d'évènement avait une signification ou du moins raison. C'est en tout cas, ce qu'il pensa à cet instant.
Frottant un instant ses cheveux, Matael se leva et eut un regard vers là où devait se trouver Hystoria, elle n'y était pas… Perplexe, Matael se demanda où est-ce qu'elle était avant de situer la réponse moins de deux mètres à gauche lorsqu'il aperçut la concernée férocement blotti contre Aram, ce dernier qui avait passé ses bras dans le dos de la blonde. L'argenté eut un ricanement, car ce n'était clairement pas Aram qui aurait initié ça, Hystoria par contre…
Enfin c'était presque logique que ça finisse comme ça. Il avait bien senti qu'un lien puissant unissait Aram et Hystoria, d'autant plus s'ils étaient frère et sœur. Une nouvelle fraîche, surprenante, balancée dans le vide par une personne immatérielle. N'importe qui aurait pris ça à la rigolade tellement c'était inconcevable. Alors qu'Aram avait eu une phase de déconnexion de la réalité le temps d'assimiler l'information, Matael avait, pendant plus d'une heure, cru à une vaste plaisanterie. Le silence dont Aram avait fait preuve avait cependant grignoté petit à petit les doutes de l'argenté. Doutes qui s'étaient effondrés à l'instant où il avait vu Aram et Hystoria se faire face… il ne pouvait l'expliquer, mais la réponse s'était imposée d'elle-même. Les heures suivantes, coincé dans une fuite qui s'était un peu trop bien déroulée, il n'avait pas tellement eu le temps d'y réfléchir sérieusement. Le soir venu toutefois, à la suite d'une question où le duo s'était retourné en même temps vers lui, Matael avait noté pour la première fois des traits de visage communs, des expressions similaires et une façon de bouger quasi identique, sans compter le fait qu'ils possédaient un pouvoir identique. À ce moment-là, Matael n'avait plus eu aucune interrogation et même s'il manquait une preuve orale pour confirmer la nature de la relation qui liait Aram et Hystoria, l'argenté n'avait plus eu aucune raison de la réfuter.
Le prince, quant à lui, s'était rapidement fait à cette nouveauté d'avoir une troisième sœur.
Le trio avait longuement discuté de ça d'ailleurs, arrivant à la conclusion que le prince hylien et la princesse lyranienne avaient le même père, car Hystoria ne ressemblait pas du tout à Zelda et Aram était le premier enfant de cette dernière. En revanche, et ça avait pas mal perturbé le prince, il n'était pas à exclure que Link ait eu une relation avant son mariage avec Zelda puisque qu'Aram et Hystoria avaient deux ans de différence. Pour le reste néanmoins, cela restait de la spéculation. Aram avait bien regardé sa propre aura ainsi que celle d'Hystoria et inversement. Les similitudes existaient.
La première soirée s'était terminée avec le trio atteint d'une vague de fatigue non dissimulée, épuisé par des heures de cavales, de stratégie et d'efforts physiques en tout genre. La blonde était celle qui avait le plus souffert de cette escapade à cause de son manque de sommeil évident et de sa santé qui s'était détériorée. Ce qui était compréhensible après ce qu'elle avait subi. Il était inutile de préciser que les proies capturées pour le dîner avaient été principalement destinées à cette dernière malgré ses protestations. Un repas riche en gibier qu'Hystoria avait dévoré comme si elle n'avait plus mangé depuis plusieurs lunes. Le lendemain, la journée avait passé tranquillement. Il n'y avait rien eu de notable à noter.
Et voilà qu'il était le lendemain de ce lendemain, Matael ne savait pas quelle heure il était, mais ce qu'il savait, c'était qu'il n'allait certainement pas pouvoir se rendormir de sitôt, alors pour faire quelque chose d'utile, il décida d'aller se balader un peu. Il ne craignait pas trop pour le duo une nouvelle fois enlacé et profondément endormi à côté des braises du feu de camp, le pouvoir qu'ils possédaient tous deux était en permanence actif, même en pleine rêverie. C'était, à près tout, ce qui les avait sauvés à Leurain des mois auparavant. Les laisser là ne comportait pas de risque.
Quittant le prince et la princesse en enviant un peu cette proximité, Matael se dirigea vers un point situé non loin, une arête rocheuse qui n'avait qu'une centaine de mètres de dénivelé. Étant localisé dans un environnement montagneux, ce genre de relief était commun. L'argenté enveloppa sa cape autour de lui à cause du froid et retira une sécurité sur son fourreau, dégageant la voie pour sortir son épée en cas d'urgence. Encore une fois, il ne se sentait pas menacé dans cette zone dépourvue d'habitation, livrée à la nature sauvage, mais il valait mieux prévenir que guérir non ?
Il atteignit son objectif après une bonne trentaine de minutes de marche intense. Cela avait au moins eu le mérite de réveiller comme il fallait son organisme et ses muscles. Même s'il était plutôt adepte des longues grasses matinées, il devait bien avouer que se lever tôt le matin, parfois, c'était agréable. Au cours d'une exploration la veille, l'argenté avait noté cet endroit, parce qu'il pouvait offrir une vue sur les alentours. Au cas où, Matael avait cru bon de le retenir, car l'avantage de la hauteur n'était jamais à négliger. Finalement, en dehors de l'aspect pratique, il ne pouvait nier admirer un beau panorama, silencieux, simple et onirique. S'asseyant sur la partie plate d'une pierre, Matael se posa quelques minutes et respira un air pur. Cela faisait du bien après l'enchaînement d'évènements dont il avait été victime.
Le ciel se teinta de rose sur sa droite, fournissant ainsi un révérenciel à Matael par rapport aux points cardinaux. Il était donc orienté vers le nord. Ce n'était pas une indication véritablement utile en tant que telle, mais ça lui donnait son axe. Si Aram et lui n'avaient pas fait d'erreur dans leur calcul, ils devaient tous les trois se trouver au nord-est du complexe des Chevaliers Célestes et non loin de Kalastine. Ils n'avaient pas prévu d'y aller de prime abord, mais Hystoria n'avait pas d'habits décents et aucune arme sur elle, ayant racontée à ses acolytes avoir abandonné ses épées maudites. Il lui en fallait donc. La mention de corruption avait interpellé les deux hommes, Matael s'était montré surpris, mais sans plus contrairement à Aram qui n'avait pas pu s'empêcher de faire le lien avec ce que ses parents avaient combattu autrefois. Il n'avait cependant pas cherché à approfondir la conversation.
L'idée de s'arrêter dans la capitale était en réalité tentante pour d'autres raisons, ne serait-ce que parce qu'il n'avait pas vraiment de plan pour la suite. Quoi de mieux qu'une auberge ou une taverne pour entendre des ragots ou des rumeurs, tout en profitant de divertissement et d'un repos réparateur ? Aram avait d'ailleurs évoqué l'idée de trouver la mère d'Hystoria, l'impératrice de lyrannyan, puisqu'a priori, elle ne devait pas être loin du complexe. Se rendre à Kalastine pour y recueillir des informations pouvait s'avérer judicieux. Le prince avait ajouté que c'était indispensable pour la blonde même si cette dernière s'était montrée curieusement réservée… sûrement parce qu'elle n'avait aucun souvenir de sa mère.
Mais aucun ne pouvait exclure que se rendre à Kalastine, principal soutien des Chevaliers Célestes était une idée complètement folle même si par certains côtés, les dirigeants de ladite ville et dit royaume tenaient à rester un minimum indépendant.
Fort de cette pensée, Matael se promit de retoucher deux mots à ce sujet avec le duo une fois qu'il serait debout. Il y avait des décisions à prendre.
L'argenté se leva dans l'optique de redescendre après son bol d'air frais, mais il entendit un son lointain d'explosion… quoique pas si lointain que ça. Cela l'intrigua. Il se retourna et vit au loin ce qui s'apparentait à une course poursuite. Il y avait deux équidés chevauchés par deux humains en avant et une multitude de poursuivants derrière. Impossible de distinguer les visages à cause de la distance, mais Matael put noter avec stupeur que les couleurs des Chevaliers Célestes, les poursuivants, étaient brandies. Était-ce simplement de l'intimidation ou une façon de prévenir que les grands chevaliers du ciel menaient une mission respectable ?
Cela ne plut pas à Matael, même absolument pas. À vue d'œil, il y avait au moins un ou deux kilomètres de distance entre lui et cette course poursuite étrange. Ce n'était vraiment pas beaucoup. Pas que le sort des deux fuyards lui importait réellement mais une telle proximité avec Aram, Hystoria et lui ne l'enchantait guère. Hors de question qu'Hystoria soit repris et ça, le prince hylien et l'argenté s'était bien mis d'accord là-dessus à un moment où la blonde avait eu le dos tourné, quitte à risquer gros pour garantir la sécurité d'Hystoria.
Sentant l'adrénaline le prendre de la tête au pied, Matael ne se fit pas prier pour sauter les rochers et descendre l'arête à grande vitesse. Il ne savait pas qui fuyait à dos de cheval, mais ça n'annonçait rien de bon. L'argenté nota dans un coin de son esprit qu'il suivait la direction de Kalastine, endroit où le trio comptait peut-être se rendre.
Finalement, Matael avait sans doute eu raison tout à l'heure.
Il n'avait pas été réveillé pour rien et sûrement pas par hasard.
OoOoO
Le ciel était bleu clair, aucun nuage ne se montrait à l'horizon. Les habitants de Kalastine auraient pu croire que cela allait annoncer une journée éclatante… Mais ce n'était pas le cas.
Deux cavaliers entrèrent dans la ville et stoppèrent leurs montures aussi brutalement qu'ils venaient d'apparaître. Les deux individus détalèrent alors qu'un second groupe, composé d'une bonne quinzaine de guerriers, entra à vitesse plus modérée dans l'enceinte de la capitale. Descendant à leur tour de leurs chevaux. Ils interrogèrent les gardes et les quelques citoyens réveillés et témoins de la scène. Ces derniers indiquèrent une direction et les Chevaliers Célestes s'empressèrent de la suivre, armes brandies, prêt à intervenir.
La course poursuite dura encore bien cinq minutes. Deux étrangers et un contingent complet de guerriers de la prestigieuse organisation des Chevalier Célestes. La surprise avait été grande pour les habitants et l'inquiétude avait gagné certaines maisons, car ce n'était pas commun qu'une telle animation se produise à l'aube. Cependant, la rumeur d'une chasse à l'homme n'était pas arrivée dans toutes les oreilles.
Et heureusement.
Le duo poursuivi sauta d'un toit et plongea dans une ruelle encombrée de la capitale. Longeant les caisses en bois et les tonneaux, il changea trois fois de direction avant de s'affaler à plat ventre dans un renfoncement à peine visible sous une étable. Le commerce n'étant pas encore ouvert, rien ne pouvait théoriquement les déranger. L'homme et la femme, l'un équipé de sa tunique et l'autre de ses vêtements rafistolés, calmèrent leur respiration et se firent aussi discrets que possible. Leurs battements de cœur purent revenir progressivement à une vitesse plus acceptable, mais cela ne les empêcha pas de rester concentrés et prêts à réagir au quart de tour.
À cette heure-ci, la capitale s'éveillait lentement et les premiers passants des ruelles autres que les principales commencèrent à se montrer dans la plus grande des insouciances. Qui pourrait imaginer un instant une crise dans cet endroit si peu intéressant pour des voleurs ? C'était inconcevable. La tension retombant petit à petit, personne ne pouvait se douter de ce qu'il venait de se produire dans leur ville modeste.
Et cette innocence arrangeait bien les affaires du duo. Pas sûr que les Chevaliers Célestes puissent poursuivre sur leur lancée avec une foule de citoyens dans leurs pattes. La traque pouvait continuer bien sûr, mais pas au même rythme. C'était pour cette raison que Link avait eu l'idée de rallier au plus vite la ville et de profiter du dédale interne pour temporiser la situation.
Et alors même que ce plan de dernière minute semblait marcher et que le soulagement pouvait être de mise, ni l'un ni l'autre n'émirent de commentaires. Une atmosphère pesante s'installa entre eux.
Une partie du bataillon lancée à leur trousse passa non loin, à une trentaine de mètres tout au plus. Nausicaa les fixa avec un regard de fauve débordé par une forte envie de meurtre, mais une main se posa sur son épaule, ce qui calma ses ardeurs un cours instant. Usant de son pouvoir, elle put noter la direction prise par ses ennemis. Ils étaient à présent hors de danger… Dans un soupir silencieux, presque un ordre, et sans un regard, elle indiqua à son compagnon de route que la voie était dégagée. Ils sortirent sous les yeux intrigués des passants qui se demandèrent pourquoi deux individus s'étaient ainsi planqués. Ils ne firent cependant pas de commentaire sur l'équipement des deux adultes contre toute attente, sûrement parce qu'ils étaient habitués…
Le duo reprit son chemin vers un endroit plus sécurisé pour reprendre des forces avant de fuir à nouveau. Enfin, c'était ce qu'on pouvait penser. En réalité, la situation était toute autre. Nausicaa passa devant alors que Link resta derrière, l'air profondément énervé. L'expression de son visage était menaçante.
– Tu es complètement cinglée ! Cracha le roi d'Hyrule en omettant parfaitement de faire preuve de discrétion.
Nausicaa ne s'arrêta pas et ne commenta pas cette affirmation de Link. Elle n'en avait aucune envie, car elle était en colère elle aussi bien que par forcement pour les mêmes raisons. Elle poussa le vice à passer une main dans ses cheveux en signe d'ignorance. Toutefois, cette provocation de la lyrannienne irrita l'hylien qui avait appris depuis le temps – c'est-à-dire plus de huit ans – à ne plus faire de faux semblants. Et la présence d'inconnus autour de lui n'entrava en rien la volonté de Link de balancer ses quatre vérités à Nausicaa.
– Ta folie nous a fait frôler la catastrophe ! Déclara-t-il à voix haute, suffisamment en tout cas pour être entendu de la principale concernée. Ce n'était même pas de l'audace, juste de la témérité irréfléchie ! Qu'est-ce qui t'a pris bon sang ?! Tu es juste folle…
L'intéressée ne répondit pas et se contenta même de demander poliment à un jeune homme s'il y avait des auberges ou des tavernes accueillantes dans le coin. Link s'empourpra.
– Tu es tarée au point de m'ignorer ? Arrête de faire semblant et réponds-moi quand je te parle !
Cette fois, l'impératrice se retourna effectivement et ses yeux jetèrent des éclairs.
– Oui je suis folle Link ! Rétorqua-t-elle violemment. Ce que je t'ai raconté en détail ne t'a pas suffi ? Est-ce que tu es en train de me dire que c'est ma faute si on en est arrivé là à se faire poursuivre comme deux vulgaires bandits ?
– Évidemment ! Si tu n'avais pas foncé tête baissée en voyant ces mercenaires non loin du complexe, nous n'aurions sûrement pas eu à traverser toute la plaine en sens inverse pour fuir ces guerriers !
Le ton monta ce qui réveilla la curiosité des passants qui, attirés par le bruit, se rapprochèrent tous du duo. Emportés par leur ressentiment respectif, le roi et l'impératrice oublièrent qu'ils n'étaient théoriquement pas encore sortis d'affaire et oublièrent même tout court qu'ils avaient des spectateurs.
– Tu parles ! Rétorqua Nausicaa en se mettant de profil. Si tu ne m'avais pas empêché d'en réduire certains en cendre, là oui, effectivement, on n'aurait pas eu à traverser toute la plaine pour fuir ces connards puisqu'ils seraient morts !
– Je refuse parfaitement de tuer, tu le sais très bien !
– Ah ! Bravo, belle mentalité ! C'est exactement ce à quoi j'aspirai fut un temps, malheureusement, c'est en partie à cause de ça que j'ai échoué à reprendre ma fille des mains de Reiyan alors excuse-moi de ne plus avoir aucune pitié ! Si je n'avais pas hésité à ôter la vie la nuit de son enlèvement… rien de tout ça ne serait peut-être arrivé !
– Eh ! Protesta Link. C'est toi qui m'as entraîné là-dedans Nausicaa ! On a failli y passer plus d'une fois et tu pourrais m'être redevable d'avoir trouvé ces chevaux sauvages et réussi à les apprivoiser en urgence. C'est toi qui a voulu précipiter les choses. On aurait pu tout aussi bien rester caché et attendre que tes ennemis jurés s'éloignent. Je n'ai pas demandé à me retrouver poursuivi par des fous furieux et encore moins à cause d'une femme qui, non seulement m'a causé pas mal de problèmes récemment, mais en plus qui ne sait plus se tenir quand la situation l'exige.
L'impératrice ricana nerveusement alors que les spectateurs de ce duel verbal semblaient se préparer à ce que ça dégénère. Certains chuchotèrent à leurs voisins qu'il serait peut-être judicieux d'aller chercher les gardes de la ville pour séparer les combattants, mais finalement, ne voyant pas de raison de faire appel à eux, les riverains se contentèrent de rester à leur place même si la tension ne faisait que monter en intensité.
– Pourtant, tu n'as pas rechigné à me suivre non plus et jusqu'à preuve du contraire, c'est toi qui m'as trouvé, pas l'inverse ! Contra l'impératrice sur un ton mordant.
– Tu m'as quasi traîné du bras pour que je te suive je te signale !
– Et avec ta force tu n'as même pas essayé de te débattre ? Laisse-moi rire… Tu pourrais presque m'écraser…
– Et c'est sans doute ce que j'aurais dû faire depuis le début ! Avant que tu viennes détruire ma famille !
– Parce que tu penses que j'ai rejoint ton gouvernement juste pour m'amuser ?
Link fit un pas en avant, avec une agressivité qui inquiéta soudain la foule autour.
– J'en ai assez de tes conneries Nausicaa, déclara-t-il d'une voix acerbe. Tu te joues de moi, tu fous le bordel dans mon royaume, tu tortures ma fille, tu m'annonces au bout de plusieurs années, et sans gêne qu'on a une fille qui a enlevé MON fils et MA fille, tu m'entraînes dans une situation auquel je n'ai rien à voir, tu n'assumes pas ton erreur de sauter sur les Chevaliers Célestes au pire moment et notre fuite serait ma faute parce que je ne tiens pas à verser du sang inutilement ? C'est pire que tout ! T'es juste inconsciente à un point absolument irrécupérable et je ne comprends pas comment j'ai pu perdre mon temps à t'écouter.
Nausicaa s'avança également, l'air prête à exploser.
– Si t'en as rien à foutre, barre-toi Link, je ne te retiens pas ! Cria-t-elle avec férocité. Va donc te sortir de cette merde tout seul, je continuerai mon combat sans ton aide puisque ça ne semble pas te concerner d'avoir une enfant, dont tu es le père dont tu ignores tout, prisonnière des types qui nous ont poursuivis.
– Exactement, j'ignore tout d'elle. Je n'ai en plus aucune preuve de ce que tu avances, qu'est-ce qui ne me dit pas que tu essayes de m'embobiner hein ? On a eu une relation d'un soir et voilà que je suis père ? Je t'ai connue plus subtile que ça !
– Tu oses penser que je me servirai de ma fille comme d'un prétexte pour te manipuler ? Tu oses croire que je jouerai la vie de ma petite ? Tu oses me dire que je mens ?! Fous le camp Link ! Dégage de mon chemin si tu me prends pour une menteuse, termina de hurler Nausicaa avec une puissance vocale à faire pâlir n'importe qui.
– C'est bien ce que je comptais faire ! Je ne sais même pas ce qui me retient d'aller prévenir les autorités, et les Chevaliers Célestes par extension…
Puis d'une voix volontairement provocatrice et perfide, il ajouta :
– Ils en ont après toi visiblement, je me demande bien pourquoi. Vu ton caractère, tout ce qui t'arrive ne m'étonne même pas, c'est presque mérité en fait !
Un silence surnaturel se fit dans la ruelle. C'en était trop pour Nausicaa qui n'apprécia pas du tout la dernière affirmation.
– Espèce de…, souffla-t-elle alors que ces yeux s'écarquillèrent de rage.
Tout bascula, elle tenta de s'élancer sur Link, mais des témoins de la scène la rattrapèrent en vol, ce qui était également valable pour Link qui contenait difficilement son envie de répliquer. Affolés, les riverains séparèrent les deux adultes en essayant de calmer les tensions, chose que ni Nausicaa ni Link ne virent, car trop occupés à se jeter des regards acides. La confrontation dura bien encore une bonne minute avant que Nausicaa ne pivote sur ses talons et ne quitte la zone en se fondant dans la foule qui s'écarta à son passage. Nul ne la suivit et nul ne vit son visage partagé entre une haine incroyable et une tristesse sans nom.
Et nul ne comprit qu'elle était horriblement blessée par les propos du roi d'Hyrule.
Ce dernier qui se tourna lui aussi, mais dans la direction opposée. Mettant de côté un instant sa colère, l'hylien s'excusa auprès des passants pour ce spectacle et traça droit devant lui, bien décidé à mettre le plus de distance possible avec cette femme devenue une parfaite étrangère. Il ne démordit pas des paroles qu'ils avaient prononcées, ils avaient eu besoin d'évacuer un trop-plein de stress brutal et de gueuler un coup et après tout, il n'avait plus rien à faire avec cette profiteuse archi timbrée.
Dans son chemin pour rejoindre un endroit à l'abri de toute menace, Link fit toutefois attention à ce qui l'entourait, peu désireux que les poursuivants actuellement semés le retrouve. Renouant avec ses réflexes d'ancien prodige, il s'arrêta à une échoppe et acheta une capuche comme il avait l'habitude d'en porter à l'époque. Heureusement qu'il avait pensé à prendre de quoi payer dans les pays étrangers.
Après avoir demandé son chemin à quelques personnes, Link put entrer dans une sorte de grand jardin en pleine ville et apprécier un environnement qui lui convenait bien mieux, sans la présence de Nausicaa vel Estelle. Petite rivière, végétation… c'était tout ce qu'il lui fallait pour reprendre ses esprits.
À quelques centaines de mètres, l'agitation qu'il avait pleinement contribué à créer dans la ruelle s'évapora d'elle-même, comme si elle n'avait jamais eu lieu.
Mais dans le lot, il y avait un Chevalier Céleste qui avait tout vu et qui s'en frottait les mains.
OoOoO
Il regrettait amèrement ce qu'il avait dit.
La journée avait passé, un peu trop calmement au goût de Link, mais n'ayant rien remarqué de louche dans les parages, il n'avait pas jugé opportun de prendre des risques, préférant ainsi rester au contact de la nature, qui avait été particulièrement accueillante. À part des oiseaux et des habitants avec qui il avait parfois échangé, rien de particulier ne s'était passé.
La nuit était tombée depuis peu et le roi d'Hyrule put apprécier le spectacle des illuminations de Kalastine, chose dont il avait dû vaguement entendre parler sans pour autant y prêter une réelle attention. Aujourd'hui, c'était chose faite. Les rues prenaient une tout autre dimension une fois le soleil couché et c'était très contemplatif. Presque féerique en fait.
À vrai dire, Link avait plusieurs fois dans la journée eut l'envie de quitter la capitale et retourner explorer les environs, moyen le plus efficace selon lui pour dénicher des informations, mais il s'était rappelé qu'à la base, il avait entrepris son voyage pour retrouver Nausicaa et la faire parler. Chose qui avait été faite… jusqu'à ce moment fatidique le matin même… Il ne se considérait pas en tort, mais il reconnaissait avoir été trop loin, surtout en ayant dit explicitement que Nausicaa avait mérité sa souffrance. Une pensée qu'il n'aurait jamais dû dire à voix haute, car personne ne méritait de s'en prendre plein la tête à cause d'un mauvais destin et des circonstances cruelles.
De plus, s'en prendre aussi injustement à quelqu'un n'était pas dans ses habitudes… même avec Zelda il n'était jamais allé jusqu'à là et pourtant, les déesses en étaient témoins, il y en avait eu des disputes ces huit dernières années. Conséquence de leur relation qui s'était lentement dégradée, et ce, à cause de la pression qu'ils avaient subie et l'absence d'Aram et Aurore évidemment. L'explosion lors de la soirée de bal avait été le déclencheur de problème en cascade. Mais Link soupçonnait aussi que la flamme entre Zelda et lui s'était juste purement et simplement essoufflée. Bien qu'inconcevable en premier lieu, ce n'était pas impossible.
Au final, prisonnier de ses pensées, Link avait préféré rester en ville à errer ici et là, faisait connaissance avec un monde inconnu, bien différent d'Hyrule.
À présent, ne sachant pas où aller, le roi eut l'idée de découvrir un peu mieux ce que lieu fortifié qu'il ne connaissait pas tellement donnait la nuit. Intersections après intersections, Link parcouru les innombrables chemins de la capitale alors que l'obscurité régnait au-dessus de lui, se sentant en confiance et pas du tout menacé. La culture de Kalastine, le royaume donc, était propre à son temps. Link put observer des décorations particulières, une architecture parfois très originale et même apercevoir des lanternes aux motifs à la fois harmonieux et incompréhensible qui émettaient une douche lumière chaude. Fasciné par la beauté et l'ambiance, Link en arriva au point où il ne fit même plus attention à là où il mettait les pieds car trop absorbé par cette visite nocturne. Il était tel un enfant. N'ayant jamais eu le temps de profiter de cette activité simple à cause de ses fonctions de dirigeants, Link apprécia d'autant plus cette simple aventure.
Curieusement, l'hylien aurait aimé avoir une certaine personne à ses côtés pour contempler tout cela…
Les rues ne désemplissaient pas, contrairement à ce qu'il avait pu penser. Par certains égards, Link avait l'impression de retrouver la citadelle gérudo dans l'esprit collectif des citoyens et les décors qui composaient la capitale, de couleurs claires. Mais pour autant, ce n'était pas la citadelle gérudo et cela, Link l'accepta bien vite. Il avait l'habitude. Une boule se forma quand même dans sa gorge, car il se sentait un peu coupable de ne pas avoir tenté de rejoindre sa femme après leur séparation suite à une embuscade, préférant remettre la main sur l'impératrice au plus vite… en somme, opérer en solo comme il en avait toujours eu l'habitude. Une manie qui malgré les années, n'avait pas disparu.
Mais quand même, c'était assez surprenant venant de lui de ne pas avoir cherché à retrouver Zelda en priorité… maintenant qu'il y pensait, il n'avait même pas pensé à elle depuis le jour où ils s'étaient vus séparés par les circonstances.
Avançant toujours droit devant lui, Link s'arrêta finalement lorsqu'une odeur de nourriture interpella son sens olfactif. Ça non plus ça n'avait pas changé. Le roi tourna ses yeux bleus vers l'origine de l'émanation et y découvrit une taverne à l'enseigne élaborée et éclatante de couleur. Chope Dansante était son nom. De belles lanternes ouvragées pendaient sur les côtés et interrogeaient l'esprit. Intrigué par cet endroit, Link s'approcha lentement de la porte d'entrée et, après un dernier moment d'hésitation, se décida à franchir le pas.
Une vague de chaleur l'accueillit alors que le barman derrière son comptoir lui souhaita la bienvenue avec un large sourire. Un bruit constant régnait en ces lieux, mélange de paroles et de musiques jouées par des musiciens itinérants dans un coin. Plusieurs clients, de bonnes humeurs, étaient déjà attablés et n'avaient pas remarqué l'arrivée d'une nouvelle âme en quête de confort et de quelque chose à se mettre sous la dent, à défaut d'étancher une possible soif. L'ambiance était vraiment chaleureuse et bienveillante et Link se surprit à penser que ce n'était peut-être pas un hasard s'il était entré.
Le roi d'Hyrule, pas reconnu dans ce pays éloigné, put profiter d'un anonymat qui lui convenait très bien. Depuis le temps qu'il n'avait pas pénétré un endroit dédié à la population et non pas à la noblesse… Il s'avança et louvoya entre les tables et la clientèle relativement jeune et pleine d'énergie. Il fit face au barman qui posa un torchon sur son épaule et la chope à bière qu'il nettoyait sur le comptoir pour adresser un sourire enjoué à Link.
Ce dernier leva les yeux et aperçut un panneau où était inscrit ce qui était consommable. Mais alors qu'il s'apprêtait à passer commande, il vit l'homme sortir un verre de sous le comptoir en bois d'acacia ainsi qu'une bouteille et, après l'avoir débouché, put remplir le récipient d'un liquide ambré que Link identifia directement comme étant un bourbon Rubicia, un alcool classé comme eau-de-vie provenant de Myson, qu'il avait découvert il y a de cela des années dans une auberge d'Euzero… C'était un de ses breuvages préférés et rares étaient les personnes qui étaient au courant. À vrai dire, à part Zelda et Frederrik, il n'y avait personne. Questionnant le barman du regard, ce dernier pointa son pouce vers sa droite en posant le verre rempli d'une dose normale devant Link.
– C'est elle qui paie ! Elle m'a assuré que c'était ton alcool favori, étranger ! En plus, c'est un bon cru que j'ai déniché. Tu m'en diras des nouvelles.
Sur ses mots, l'homme au faciès tranquille s'éloigna et alla s'occuper des demandes des autres clients.
Link se tourna finalement et eut l'énorme surprise de découvrir Nausicaa, posée sur son siège en bois, lisant un livre, un verre de bourbon Rubicia posé devant elle. Avec la lumière tamisée et les nombreuses personnes attablées dans la taverne, Link n'avait absolument pas remarqué la silhouette et les cheveux plus si dorée que ça de l'Impératrice de Lyrannyan.
– Toi…
– Comme l'a expliqué ce gentil monsieur, c'est moi qui paie la tournée alors assied toi et profites-en.
La voix posée de Nausicaa, toujours concentrée dans son bouquin se mélangeait très bien avec l'atmosphère de la taverne. Il n'y avait aucune agressivité dans sa façon de parler.
En temps normal, Link aurait catégoriquement rejeté ce que l'impératrice venait de lui proposer, mais il ne voulait pas contrarier le barman qui n'avait fait que son boulot et qui l'avait même très bien fait et puis… un verre d'un pareil breuvage, ça ne se refusait pas ! Le surplus de positivité qui régnait dans la salle avait en plus suffi à retenir le ressentiment que pouvait contenir Link envers la femme juste à côté. Enfin… en réalité, avait-il encore seulement du ressentiment pour elle ?
Oh bien sûr, il y avait toujours ce que Laura avait subi et ça, ça lui restait toujours en travers de la gorge, et même si sa plus jeune fille s'en était remis, en partie parce que Nausicaa avait veillé à limiter au maximum les dégâts sur son corps…. Enfin bon, l'intention de ne pas blesser était là, mais la méthode choisie laissait à désirer. Cela dit, Link savait parfaitement que Nausicaa n'aurait pas menti sur le sujet pour mieux s'en sortir. Si elle avait dit l'avoir fait, c'était qu'elle l'avait effectivement fait. Pour l'avoir connu assez longtemps, Link était bien placé pour savoir que le mensonge n'était pas une des qualités de l'impératrice.
Mis à part ça, la violente dispute plusieurs heures plus tôt n'avait été due qu'à un trop plein d'adrénaline qu'ils n'avaient pas pu contenir… Il s'était montré blessant. À présent au courant de tout ce que Nausicaa avait subi, Link avait commencé à mieux comprendre certaines des actions de la concernée et même de la pardonner et ce qu'il avait affiché le matin même était en totale contradiction avec cette idée.
Et finalement, à présent qu'il la voyait là, assise simplement, lisant un livre et sirotant une boisson comme si c'était normal, Link se demandait franchement s'il avait vraiment quitté Hyrule juste pour retrouver l'impératrice et obtenir des explications ? N'y avait-il pas autre chose ? Son cœur s'emballa un instant, trouvant soudain Nausicaa séduisante malgré l'absence de maquillage sur son visage et de tous autres concepts superflus dont tous les nobles raffolaient.
Songeur, Link prit place à un mètre de Nausicaa dans un silence absolu entre eux, regarda attentivement son verre, renifla son contenu et but une première gorgée. Il apprécia ce goût qu'il n'avait pas eu le plaisir de retrouver depuis des lustres et il ne put s'empêcher de basculer la tête en arrière pour en savourer les effets.
– Je suis contente de voir que je ne me suis pas trompée, lança distinctement la blonde. Je me disais bien que la présence d'un coffre de cette eau-de-vie non loin de tes appartements n'était pas anodine. C'est le même type d'alcool qu'on avait bu il y a plus de vingt ans non ? C'est dommage de ne pas en trouver beaucoup, mais cette rareté le rend encore plus appréciable à déguster.
Quand avait-elle pu découvrir son coffre supposé introuvable ?
– Tu as l'œil… je pensais l'avoir bien dissimulé, répondit Link sur le ton de la conversation. Il n'y avait que moi et Zelda qui étions au courant pourtant.
– Rassure-moi, tu n'en buvais pas qu'en cachette ?
Link balaya l'air de la main.
– Non, loin de là, on a fait pas mal de soirées avec Zelda autour de ce breuvage et même si les spiritueux n'étaient pas trop son genre de boisson, elle ne rechignait pas à partager un verre avec moi de temps à autre.
– Vous aviez bien raison…
Un silence pesant s'installa entre les deux adultes, même si différent de la matinée. Link eut une pensée pour Zelda car l'évocation du passe-temps consistant à boire un verre avec sa femme le mettait soudain mal à l'aise.
– On oublie ce qu'il s'est produit ce matin ?
La phrase était sortie d'elle-même. Les lèvres de Link avaient presque bougé toutes seules. Il s'étonna lui-même d'ailleurs d'avoir posé cette question aussi directement.
– Il vaut mieux, de toute façon, le mal a été fait, répondit Nausicaa avec une moue appuyée sur la dernière partie de sa phrase. Désolé d'ailleurs d'avoir voulu tenter le diable en sautant sur les Chevaliers Célestes, mais pour une fois que j'avais l'occasion de venger mes soldats… enfin, j'ai été trop audacieuse, je le reconnais. Excuse-moi.
L'impératrice qui reconnaissait une faute… ce n'était pas commun venant d'elle.
– Je n'aurais jamais dû dire ce que j'ai dit tout à l'heure, avoua quant à lui Link en s'excusant également. C'était juste de la méchanceté gratuite.
Et c'était vrai en plus. Il avait lui aussi dépassé les bornes. Les excuses échangées, chacun regarda l'autre dans les yeux avant de détourner le regard, un peu gêné.
– Ce n'est pas parce qu'on a un destin hors du commun et qu'on est au sommet de la hiérarchie qu'on peut outrepasser nos actes, fit Nausicaa. Nous restons humains après tout non ? Je n'aurais jamais dû perdre les pédales ce matin, jamais…
– Être ce que nous sommes, ça n'empêche pas d'être con, ajouta Link. J'en ai eu la preuve tout à l'heure, toi comme moi je pense…
Nausicaa fixa un instant Link avant de corner le bas de la page qu'elle lisait et fermer le livre. Elle porta ensuite le verre à ses lèvres et réduisit la quantité de liquide présente dans le contenant. Malgré la pénombre orangée, Link crut voir que les joues de la blonde avaient rougi.
– Pourquoi ne m'avoir rien dit quand je t'ai fait entrer dans mon gouvernement en tant que chancelière ? Questionna soudainement Link. Pourquoi avoir joué le rôle de la méchante et retourner les instances hyliennes contre nous ? Je ne peux pas croire que tu aies agi de ton propre chef, simplement pour nous faire du mal…
Nausicaa tourna sa tête lentement vers l'hylien, l'air subitement lassé de tout retenir pour elle. Elle semblait disposée à parler, ce qui n'échappa pas au blond.
– J'ai pourtant agi de mon propre chef comme tu dis, se lança-t-elle avec peu de confiance. Les lyranniens exilés partout sur le continent n'ont pas tous un avis favorable envers toi ou la reine. Faudra que je te raconte pourquoi d'ailleurs… mais bref. J'ai voulu revêtir deux masques, l'un pour contenter mon peuple et l'autre pour éviter un carnage. Le but était simplement et également de vous écarter du danger. Reiyan n'est pas quelqu'un à prendre à la légère et le moins vous auriez su, le moins vous auriez été impliqué dans quelque chose qui vous dépasse… chose ratée à présent et si je n'ai rien voulu te dire concernant notre fille, c'est parce que je n'en avais pas la force…
– Pas la force ? Explique-toi.
La mâchoire de Nausicaa se crispa et elle mit quelques secondes à chercher ses mots.
– Tu étais mariée, avec plus qu'une seule fille, dans une famille brisée. Je n'aurais fait qu'aggraver la situation en te révélant que tu étais le père de ma fille. Avec tout ce que j'aurais expliqué, qu'aurait pensé ta femme, Zelda, dans tout ça ? On m'aurait certainement prise pour une folle cherchant à détruire votre mariage en inventant des prétextes. J'aurai sans doute été écarté… ce qui peut être compréhensible. Dans l'idéal, j'aurai voulu de raconter la vérité dans de meilleures circonstances. Ça aussi je l'ai raté… car je me suis enfermé dans une carapace et je n'ai jamais osé la faire éclater, ayant peur de ce que j'aurai pu faire… je t'ai raconté ce qu'il s'est passé quand j'ai perdu l'esprit après l'échec du sauvetage raté de ma fille non ? En fait, j'étais tellement obnubilée par ma vengeance que plus rien ne comptait à mes yeux que de retrouver mon enfant, quitte à passer par les plus vils stratagèmes. C'est perfide, mais je n'avais pas d'autres solutions. Avec mon rôle de dirigeante, le poids d'un peuple déjà détruit et la blessure béante de la perte d'Harmonie… enfin, je pense que c'est normal de ne pas être saine d'esprit.
Link la regarda avec un air attristé.
– Tu as gardé pour toi des choses que tu aurais dû partager.
– Je sais…, acquiesça-t-elle en fermant les yeux. Mais quand on est condamnée à être seule, on espère plus vraiment de miracle.
– C'est assez pessimiste comme vision tu ne trouves pas ?
Nausicaa ne répondit pas sur ce coup-là, préférant aiguiller le dialogue ailleurs.
– Je peux te raconter quelque chose ? Fit-elle alors d'une voix douce, presque honteuse.
– Va si…
D'un mouvement que Link trouva étrangement gracieux, l'impératrice se tourna vers l'hylien et son expression confirma qu'elle s'apprêtait à ouvrir sa carapace.
– Je suis contente de t'avoir rencontré ce jour-là, dans ce relais… je n'ai jamais eu une vie facile et les quelques semaines que j'ai passées à Hyrule, à cette époque, m'ont beaucoup apportées. J'aurais voulu rester dans ce pays… et quand ma fille est née, j'aurais tellement aimé pouvoir revenir à Hyrule ne-serait-ce que pour te la présenter, mais on me l'a interdit. Pire que ça même puisqu'on m'a menacé de choses horribles si je désobéissais et tentais de fuguer. Peut-être que si j'avais un peu plus insisté le jour où ils m'ont retrouvé, peut-être que si je m'étais un peu mieux débattu, peut-être que tout ça ne serait jamais arrivé et peut-être que… je serai resté avec toi.
Un nouveau silence se créa entre les deux adultes alors que Nausicaa mesurait les paroles qu'elle venait de prononcer, chose qui se traduisit avec un violent rougissement de ses joues, bien visible cette fois malgré la luminosité tamisée. Link la regarda avec des yeux ronds, comprenant le sous-entendu et tout ce que cela impliquait.
– Mais oublie ce que je viens de dire, déclara-t-elle finalement en balayant l'air de la main. Tu as une vie maintenant, une femme, des enfants… j'espère quand même de tout cœur que ça rentrera dans l'ordre pour toi et que tu ne refuseras pas… de rencontrer Harmonie… si on la retrouve. Je ne demande pas grand-chose, mais… ça au moins, j'aimerai bien.
Victime lui aussi d'une légère coloration au niveau de ses joues, Link n'en laissa toutefois rien paraître et adressa un sourire chaleureux à son interlocutrice. L'expression du roi s'était adoucie, était-ce à cause de l'alcool ? Il sentait en tout cas que quelque chose changeait ou s'inversait dans son esprit. Une bascule sur lequel il n'avait pas envie d'avoir de contrôle.
– J'ai toujours du mal à croire que je suis le père de ta fille, fit Link en regardant vers le plafond. Je veux dire… effectivement j'ai fondé une famille même si aujourd'hui elle n'est pas réunie. Après… je n'ai pas oublié ce qu'il s'est passé il y a bien des années. J'ai ma part de responsabilité là-dedans et je dois en assumer les conséquences, car après tout, on l'a « fait » et un enfant vient de l'union de deux personnes. En fait, j'ai tellement d'interrogation… Si Aram et Aurore ont fait partie des Chevaliers Célestes contre leur gré, peut-être ont-ils été en contact avec ta… notre fille. Ça serait amusant qu'ils soient au courant de leurs liens fraternels.
– Je suis d'accord… ça serait drôle et presque rassurant dans un sens.
Link eut soudain un air malicieux, chargé d'une petite provocation sans méchanceté.
– Dire que tout cela est arrivé parce qu'à la base tu étais incapable d'apprivoiser un cheval… ce qui est d'ailleurs toujours le cas…
Le visage de la lyrannienne s'empourpra, mais pas de colère.
– Eh oh !
L'hylien ricana entre ses dents.
– Pardon. Ce que je voulais dire, c'est qu'il a fallu qu'on se revoie dans diverses situations, dont une à être pourchassé par des gardiens. Et simplement à cause d'un besoin pressant de réconfort dans une auberge, on s'est retrouvé à boire du bourbon, à finir bourrer et à faire l'amour dans une chambre modeste dans un village, à l'époque encore paumé, dans la région d'Akaala. Étrange manière de se rencontrer et d'engager une relation… pourquoi tu rigoles ?
Devant lui, Nausicaa avait troqué sa moue pour une expression d'hilarité non contenue.
– Parce que rien que de l'entendre, ça m'amuse. C'est pas contre toi hein, mais ce qui nous est arrivé est tellement improbable qu'au fond, je trouve ça drôle… dis-moi…
Nausicaa se pencha soudain un peu en avant, vers Link.
– Si je n'avais pas été rapatrié de force. Si on m'avait foutu la paix… est-ce que toi et moi, ça aurait pu réellement… ?
Link mit un instant à saisir le sens de ces propos, mais il ne chercha pas à éviter de répondre.
– Si cela s'était passé comme ça, j'aurai été prisonnier d'un beau bordel. Bonjour le dilemme, mais en réalité je ne sais pas. J'ai appris à me reconstruire et à créer à nouveau la relation que j'avais avec Zelda. Même si la mémoire m'est revenue, il y a des choses que j'avais oublié et pas elle. Elle m'a beaucoup aidé et on s'est trouvé d'une certaine manière. Je suis très fier de ce que j'ai bâtit avec cette formidable femme.
– Je vois…, répondit-elle avec un sourire se voulant sincère.
Mais très honnêtement, elle avait quand même un petit pincement au cœur. Était-ce des sentiments ou juste un désir éphémère ? Frederrick l'avait déjà précédemment charrié avec ça et sa première réaction avait été de s'y opposer vivement… Pas le genre de réaction venant de quelqu'un qui n'a rien à se reprocher. Au final, elle n'en savait rien, mais si Link avait été positif dans sa réponse, eh bien… cela ne lui aurait pas déplu.
Carrément pas déplu même.
Mais d'ailleurs, il n'avait pas réellement répondu négativement non ?
Cependant, l'échange se termina là. L'un comme l'autre avait conscience d'avoir poussé la conversation un chouia trop loin et surtout dans un domaine qui ne tenait qu'à un fil.
Ils parlèrent alors de sujet plus ouvert et plus accessible, passant ainsi une bonne heure à discuter et se redécouvrir par la même occasion.
A bout d'un moment toutefois, Nausicaa replongea dans son livre alors que Link alla s'entretenir avec le barman sur des plats locaux, nourritures, ingrédient et tout ce qui était comestible, en plus de demander s'il y avait des chambres dans le bâtiment pour passer la nuit… Cette petite pause était la bienvenue, car elle commençait à avoir la gorge qui s'asséchait à force d'user de ses cordes vocales. Finalement, la présence imprévue de Link avait été agréable. Elle était contente d'avoir pu discuter avec lui en parlant de banalité.
Un certain temps s'écoula. Une bonne demi-heure supplémentaire passa sans qu'elle ne s'en rende compte alors que Link conversait toujours avec le patron de la taverne.
Pas mécontente du breuvage qu'on lui avait servi, Nausicaa en avait recommandé un deuxième, tout en parcourant les pages de son bouquin, prise d'un intérêt particulier pour son contenu scientifique. C'était si plaisant de pouvoir lire dans un endroit aussi accueillant. Le bruit ne la dérangeait pas vraiment, arrivant très bien à faire abstraction de ce qui l'entourait.
De ce fait, elle n'entendit pas les instrumentistes au fond de la salle jouer avec un volume sonore bien plus élevé… ou était-ce simplement parce que tout le monde s'était tu ?
Au bout de quelques minutes, remarquant enfin via ses oreilles reconnectées à la réalité que tout était bien plus calme, Nausicaa se retourna et fut joyeusement intrigué par ce qu'elle vit. Ce n'était effectivement pas les musiciens qui jouaient plus fort, mais les clients, devenus publics, qui avaient cessé de parler, écoutant les mélodies mélancoliques ou au thème onirique. Certains et certaines avaient même opté pour une petite danse improvisée entre les tables et les chaises. Cette vision d'un moment aussi rare que précieux arracha un sourire attendri à l'Impératrice qui, il était vrai, n'avait pas connu quelque chose d'aussi simple depuis longtemps. Ce n'était clairement pas les grands bals et les grandes réceptions luxueuses qui allaient lui procurer ce genre d'émotion.
L'Impératrice ne se rendit pas compte qu'elle s'évadait au rythme de ces musiques considérées comme populaires, mais pourtant tellement riches en messages et en émotions. Son état d'esprit s'adapta à cette ambiance particulière. Elle ne se rendit pas compte non plus que Link s'était approché d'elle en se tenant droit sur ses jambes, les bras croisés, dirigé vers le spectacle purement intimiste.
– Vous êtes un peu proche Votre Majesté, déclara gentiment, mais clairement Nausicaa.
Pas le moins du monde interpellé par ces affirmations pleines de vérité, Link fit quelques pas en avant et présenta sa main à l'impératrice qui ne semblait pas croire à ce que ce geste signifiait et elle sentit qu'accepter la demande allait être très dangereux. Pourtant…
– Tu me proposes une danse ? Vraiment ? Fit-elle dans un souffle, stupéfaite qu'ils puissent en arriver là après tout ce qui était arrivé.
– J'ai l'air de faire quoi là à ton avis ? Rétorqua l'hylien en faisait une fausse moue.
– On ne devrait pas Link, qui sait ce qui pourrait se passer…
– Se passer quoi ? Questionna le concerné avec un air amusé. Ça pourrait te faire du bien et chasser pour un temps pas mal de tes démons. Je te propose une danse, rien de plus…
Intérieurement, Nausicaa sentait que ça n'allait pas être le cas. Une vague de chaleur parcourut son corps. En se remémorant rapidement les dernières minutes et même les dernières heures, voir jours, elle se rendit compte que jamais Link n'avait établi de barrière franche entre eux deux et cette soudaine proximité, bien qu'anodine en apparence, sous-entendait beaucoup trop de choses. Elle considérait déjà avoir été trop loin envers le couple royal hylien, sans parler qu'elle avait été un témoin indirect de la dégradation de leur relation, mais si en plus elle… enfin, Link n'allait tout de même pas oser… Elle eut une pensée très brève pour Sa Majesté Zelda qui justement disparut bien vite.
L'impératrice dut déglutir en sentant sa résistance s'effilocher parce qu'au fond d'elle-même, elle n'avait qu'une envie, accepter la demande de Link et retrouver un semblant de normalité qui lui avait fait bien défaut ces dernières années. Elle croisa les iris bleus de Link et sentit qu'elle ne tiendrait pas. Sa main droite bougea d'elle-même et alla se poser dans celle de l'hylien qui affichait un sourire satisfait.
Mais qu'elle folie était-elle en train de faire ?
Et d'ailleurs, Nausicaa ne pouvait pas le savoir, mais Link pensait exactement la même chose qu'elle à cet instant.
Elle prit conscience de ce qui s'offrait à elle. Une occasion unique. Son visage se fit plus enjoué et les inquiétudes qui l'avaient hanté s'envolèrent. Soudain excitée, Nausicaa se fit entraîner au milieu de la foule alors qu'une nouvelle chanson débuta. Longeant des clients intrigués par ce nouveau couple de danseurs, elle ne se rendit pas compte que tous les regards s'étaient braqués sur eux. Elle eut soudain l'impression d'être dans un véritable conte de fées. Ses mains joignirent celle de Link avec une tendresse… justement beaucoup trop tendre. Elle en eut un frisson et des tremblements.
Les premières notes de l'introduction résonnèrent dans les tympans de chacun, douces, mystérieuses. La taverne tout entière devint subitement un lieu intimiste. Le duo enchaina les pas, comme s'il avait fait ça toute sa vie. La blonde sentit une fluidité dans leurs mouvements tellement satisfaisante… Son rythme cardiaque augmenta d'ailleurs pendant cette valse, doucement, et lorsque la musique prit soudain un rythme plus intense, dans un esprit de lâcher prise absolu, cela devint incontrôlable. Les guitares furent accompagnées d'un des musiciens frappant une caisse d'un matériau inconnu pour donner une impulsion et la vitesse adéquate pour le morceau. Cette soudaine vélocité fit venir plus de monde dans la piste de danse qui n'en était même pas une et bientôt, Link et Nausicaa se retrouvèrent encerclés. Il n'y avait presque plus de place, mais cela importait peu aux danseurs. L'énergie communicative était tellement forte… Tous ces gens pour vivre la même chose…
Submergée par tout ce qui était en train de se produire, Nausicaa se perdit dans ce déluge de sentiment et elle se prit à sourire comme une enfant, emportée par l'euphorie de l'instant. Elle prit même du plaisir à se mouvoir avec son partenaire qui, visiblement, semblait tout aussi heureux de retrouver du positif dans son existence. Nausicaa fut surprise de constater que Link dansait plutôt bien pour quelqu'un qui avait toujours prétendu ne pas savoir danser. Une petite cachotterie dit donc… une de plus.
Les musiciens, ravis d'avoir autant d'auditeurs et presque dépassés par l'ampleur de ce qu'ils avaient provoqué, se mirent à redoubler d'intensité et prouvèrent encore plus leurs virtuosités. Autour de l'impératrice, tout le monde s'était pris au jeu, c'était juste insensé et irréel.
Mais par les déesses, c'était tellement plaisant… Elle n'aurait jamais imaginé vivre ça maintenant. C'était impossible.
Nausicaa jeta de temps à autre des regards fugaces à Link qui lui renvoyait toujours la même expression. Elle se sentit indéniablement attirée et la proximité extrême causée par le manque de place n'arrangeait rien. Elle sentait son partenaire, sa chaleur, son odeur, sa force… tout ce qu'il dégageait et qu'il ne pouvait cacher. Elle dut se rendre à l'évidence qu'il était humainement impossible de ne pas craquer et qu'elle ne pouvait ignorer les appels de son cœur resté trop longtemps froid et dur. De plus, et malgré ce qu'elle aurait pu penser, Link ne semblait pas vouloir augmenter la déjà très faible distance entre eux deux. La relation qu'ils avaient eue vingt ans en arrière n'était donc pas qu'une aventure d'une nuit…
La chanson s'acheva finalement, dans un concert de solo de chaque musicien, apothéose d'un moment hors du temps où chacun pensait et vivait la même chose. Dans un ultime mouvement, Nausicaa se retourna en même temps que Link et lorsque la chanson se stoppa sur une note finale puissante, le duo se retrouva à nouveau face à face. Dans un geste lent, plein de précautions, alors que l'impératrice passait ses bras autour du cou de l'hylien, ce dernier attrapa doucement sa tête.
Sous le regard du public qui n'avait rien manqué de la performance des deux adultes, s'affranchissant de ce qu'ils étaient, de ce qu'ils avaient fait et d'où ils venaient, acteurs d'un acte que jamais personne n'aurait pu imaginer, Link et Nausicaa joignirent leurs lèvres.
Et ce baiser chaste, pur et simple se transforma bien vite en baiser passionné et ardent.
OoO
OoO
Ceci est sous doute le retournement de situation le plus inattendu et le plus controversé de cette histoire.
Il a fallu qu'une certaine musique passe par là et hop, la scène s'est écrite dans ma tête comme si c'était une évidence. Ce choix est surprenant je l'admet car de mémoire, aucune autre fanfiction n'a introduit ce que je viens de faire surtout que ça concerne Link et Zelda indirectement. Mon imagination qui n'a que faire des plans que je prépare sur excel décidément
Mais sachez une chose...
Ce que j'ai introduis ici n'est pas quelque chose d'isolée dans l'histoire ! La dernière scène n'est absolument pas là pour un quelconque fantasme et ne sert pas à créer du drama juste pour créer du drama !
Oui, Link a embrassé (pas par erreur) Nausicaa, une autre femme, alors qu'il est marié. Libre à vous d'imaginer ce qu'ils ont pu faire ensuite (ce n'est pas un sous-entendu)
Si j'ai fait ce choix de scénario là, à ce moment précis et aussi absurde que cela puisse paraître, c'est qu'il y a une raison ! Je ne fais jamais rien d'irréfléchi dans cette histoire et surtout pas concernant un tel sujet.
Si vous avez une critique vis à vis de ce chapitre, je suis preneur.
À bientôt ;)
