Will Of Past - Tome 2 :
Les Âmes Perdues
Résumé : Suite directe de Will of Past - Tome 1 : Vivre dans le Passé. Attention, il est impératif d'avoir lu ce premier tome avant d'entamer celui-ci !
Peu de temps après le retour de Roxas, Riku et Aqua, les absences des Maîtres de la Keyblade sont de plus en plus fréquentes à la Contrée du Départ. Les Porteurs ne sont pas dupes : les Maîtres préparent quelque chose, mais quoi ? Certains pensent qu'il s'agit du Test de Symbole de Maîtrise tant espéré, mais d'autres, plus pessimistes, craignent une menace à venir... Cela aurait-il quelque chose à voir avec le mystérieux programme trouvé dans l'ordinateur d'Ansem le Sage ?
Note 1 : N'hésitez pas à laisser vos avis, cela compte beaucoup pour nous motiver à écrire la suite de cette fic !
Note 2 : Azalea s'excuse d'avance pour le chapitre long à venir. Il reprend certes une bonne grosse partie du film d'animation "Rebelle" avec Xion incrustée dans la scène, mais ce passage était obligatoire pour la suite. On a essayé de rendre le tout drôle, mais nous avons également placé quelques indices pour le scénario à venir. Saurez-vous les trouver ?
Chapitre 3 : La Menace du Passe
Partie IV
Plus les deux jeunes filles s'enfonçaient dans la forêt, plus Xion notait que celle-ci devenait froide, sombre, mais surtout inquiétante. Les hauts sapins avaient rapidement laissé la place à de vieux arbres que la noiraude n'arrivait tout simplement pas à identifier, mais par-dessus tout complètement morts. Cet endroit était comme dénué de vie. De plus, les extrémités des branches de ceux-ci formaient de drôles de boucles pointues et grisâtres, telles des aiguilles acérées. On aurait dit que ces arbres avaient été brûlés quelques heures avant leur passage.
Instinctivement, la Porteuse de Keyblade se demanda si le Sans-Coeur géant qu'elle avait affronté quelques instants plus tôt était passé par ici, lui aussi, ce qui expliquerait quelque peu l'état lamentable de cette partie de la forêt. Si tel était le cas, alors… la mystérieuse jeune fille devait forcément se trouver dans les parages, elle aussi, et l'engeance des Ténèbres avec elle !
Xion était fortement partagée entre l'envie de la retrouver et l'inquiétude d'être à nouveau aux prises du Sans-Coeur alors que Mérida se trouvait en sa compagnie. Il valait mieux, pour le moment, que la Princesse de Dunbroch ne fasse pas la rencontre des créatures des Ténèbres, car celles-ci n'avaient rien de naturel dans un monde comme celui-ci. Tout comme dans n'importe quel autre monde que le Domaine des Ténèbres par ailleurs !
Le tout dernier feu follet finit par emmener Xion et Mérida tout près de ce qui semblait être une petite chaumière, avant de disparaître sans laisser aucune trace. Construite à même une colline verdoyante qui contrastait avec la lourdeur des arbres morts, celle-ci dégageait un léger quelque chose de chaleureux. Peut-être était-ce grâce à la petite lanterne qui éclairait de ses puissantes, bien que minces, flammèches, l'unique entrée de la maisonnée.
En s'approchant légèrement, Xion remarqua que la chaumière comportait une seule et unique fenêtre fermée par de lourds volets en bois, mais la jeune fille parvint à apercevoir une faible lumière à l'intérieur. Elle comprit de ce que fait que la maison était habitée.
Contre le mur de pierres étaient alignés deux ou trois tonneaux qui débordaient tous d'une contenance identique : des morceaux de bois de tailles et de masses fortes différentes. De plus, ceux-ci dégageaient une odeur nauséabonde et décourageaient ainsi quiconque de vouloir s'en emparer. Le ou la propriétaire de cette chaumière devait être soit quelqu'un de très intelligent pour empêcher quiconque de lui voler son unique moyen de se réchauffer, lorsque les temps se faisaient durs, ou bien quelqu'un d'incroyablement radin. Xion préféra croire en la première option.
« Pourquoi les feux-follets nous ont-ils conduit jusqu'ici ? » questionna Mérida en ouvrant de grands yeux surpris, dévisageant la maison étrangement silencieuse devant elles.
Xion ne trouva d'autres réponses satisfaisantes qu'un haussement d'épaules.
« Je t'avoue ne pas comprendre, avoua la noiraude en lançant son regard en direction de l'entrée, après avoir croisé celui, bizarrement, mécontent de Mérida. Peut-être il y a-t-il quelqu'un à l'intérieur qui pourrait te venir en aide avec ton… euh…
‑ Problème de famille, termina la rouquine dans un soupir. Je l'espère, en tout cas. Bien que je ne vois pas comment on peut changer une mère stricte et autoritaire en une mère douce et aimante. »
Xion, qui n'avait aucun véritable parent, ne pouvait comprendre avec exactitude la détresse de sa nouvelle amie et n'arrivait même pas à compatir. Mais elle aurait réellement donné n'importe quoi pour se retrouver à sa place. C'est vrai ! Jamais la noiraude ne pourrait comprendre ce que cela faisait d'avoir des parents qui veillaient sur elle ou bien la réprimandaient ! Oh, bien sûr, elle ne se plaignait pas de sa vie à la Contrée du Départ, mais il arrivait que, des fois, lorsqu'elle entendait Sora, Riku, ou même Kairi faire référence à leurs parents respectifs, cela lui conférait un petit pincement au cœur.
Derrière les jeunes filles, Angus hennit comme pour approuver les craintes de sa maîtresse.
Décidées à comprendre la raison de leur présence en ces lieux, Xion et Mérida s'approchèrent toutes deux d'un pas déterminé en direction de l'entrée de la chaumière. Lorsqu'elles arrivèrent devant l'unique porte d'accès, les deux jeunes filles furent fortement étonnées de constater que cette dernière était plutôt petite, car toutes deux, et malgré la petite taille de la noiraude, devraient se baisser pour parvenir à entrer à l'intérieur de la maison.
« Mais quel genre de personne peut bien vivre dans une maison comme celle-ci ? se fit la réflexion à voix haute Mérida alors qu'elle s'apprêtait à toquer à la porte pour indiquer leur présence.
‑ Je sais pas ; un nain, peut-être ? Ou une fée ? »
Xion se souvenait des histoires que lui avaient racontées Ventus, Terra et Aqua concernant leurs différents voyages à travers les Mondes Extérieurs. La jeune fille avait ainsi appris que vivaient généralement dans des chaumières identiques à celle-ci des êtres fantastiques comme c'était le cas des nains dans la Forêt des Nains ou bien même des trois Bonnes Fées d'Aurore dans le Domaine Enchanté. L'idée de croiser l'une ou l'autre de ces créatures ne dérangea aucunement la jeune Porteuse de Keyblade, du moment que celles-ci ne se montraient pas trop hostiles envers leurs visiteuses impromptues.
Finalement, n'obtenant aucune réponse même après avoir toqué à la porte, Mérida décida par elle-même de découvrir si les lieux étaient habités. La jeune fille ouvrit doucement la porte, et celle-ci émit un léger tintement de clochette, comme lorsqu'on entrait dans un magasin ou une petite boutique, généralement coincée dans une ruelle. Xion ne fit aucune remarque, mais la jeune fille eut un désagréable sentiment en entendant le tintement qui lui rappela fortement celui, identique, émit par la Fée Clochette du Pays Imaginaire. Il fallait dire qu'elle gardait plutôt un souvenir amer de cette petite fée, bien qu'elles aient fini par bien s'entendre, toutes les deux, finalement.
La rouquine pénétra dans la pièce, lâchant un petit hoquet d'admiration, et les yeux grands ouverts par la surprise. Xion, quand elle posa le regard à son tour dans la pièce, eut une réaction tout aussi similaire. L'endroit se composait majoritairement de sculptures en bois, s'étalant dans toute la petite salle, dont certaines pendaient même au plafond. Mais, et sans doute était-ce le plus étrange, la noiraude nota que toutes les œuvres d'arts (si on pouvait appeler cela ainsi) possédaient un point commun pour le moins surprenant : toutes étaient à l'effigie d'un ours. Décidément, ce monde avait un lien étrange avec les ursidés ! D'abord, la meilleure amie de Lea et Roxas s'était faite attaquer par un ours dans les bois, manquant de très peu d'en devenir le déjeuner, avant d'en affronter une version Sans-Coeur dans l'architecture de pierre, probablement magique par ailleurs, puis maintenant des sculptures les représentant ? Mais qu'est-ce que l'ours pouvait-il bien signifier, ici ?
« Hum… » fit doucement Mérida en osant s'avancer la première plus amplement dans la chaumière, ses sourcils commençant à se froncer lentement d'incompréhension.
Au loin, l'on entendait un bruit étrange, que Xion ne parvenait tout simplement pas à identifier. Ou plutôt, elle ne voulait pas l'identifier. On aurait dit que quelqu'un, ou bien même quelque chose, se servait d'un objet tranchant.
La jeune Porteuse de Keyblade, entrant à son tour dans la bâtisse en ravalant sa salive qui eut un peu de mal à glisser le long de sa gorge à cause de la peur qui pointait doucement le bout de son nez, en profita pour regarder les sculptures plus en détails. Certaines étaient bien plus effrayantes que d'autres, montrant des ours dévoilant leurs crocs, comme prêts à bondir sur leurs proies. D'autres avaient des airs bien plus marrants, comme par exemple, cette drôle de sculpture représentant deux ours en train de jouer paisiblement à la bascule, à l'image de deux enfants sages.
« Oh ! s'exclama tout à coup une voix enrouée derrière les deux jeunes filles qui les fit sursauter de peur. Soyez les bienvenues ! »
Effectuant un volte-face maîtrisé, tâchant de ne pas faire tomber les sculptures au cas où celles-ci seraient importantes, Xion parvint à identifier le propriétaire de cette voix. A première vue, la jeune Porteuse de Keyblade pouvait juste en déduire qu'il s'agissait d'une vieille dame tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, si on oubliait qu'elle était capable, malgré son vieil âge, de sculpter le bois avec une étrange facilité déconcertante. Elle façonnait un ours, bien entendu. Cependant, il y avait quelque chose dans le cœur de cette vieille femme qui dérangeait fortement Xion, mais elle ne parvint pas à trouver quoi exactement, et cela n'avait rien à voir avec le fait qu'il était entièrement constitué de données. Celle-ci lança par ailleurs ses grands yeux globuleux (Yen Sid et elle seraient-ils parents ?) en direction de la noiraude, qui retint un petit cri de surprise. Même de là où elle se trouvait, Xion pouvait lire de la malice dans le fond de son regard. Qui était cette dame, et pourquoi les feux-follets les avaient donc conduites jusqu'à elle ?
« Appelez-moi si vous trouvez quelque chose, poursuivit la vieille dame en reprenant son œuvre d'une voix chantonnante. Aujourd'hui, tout est à moitié prix. »
Alors, cette chaumière, c'était une sorte de magasin ? Xion comprenait mieux pourquoi elle possédait une clochette. Seulement, les affaires ne devaient pas être bien florissantes. Perdue ainsi dans les bois, cette maisonnée devait passer des plus inaperçues. De plus, qui avait vraiment envie de parcourir un chemin aussi sinistre juste pour acheter des sculptures d'ours comme celles-ci ? Oui, cette vieille dame cachait forcément quelque chose, et Xion était déterminée à trouver ce dont il s'agissait. Personne n'aurait jamais l'idée d'ouvrir une boutique dans un lieu aussi reculé et lugubre que celui-ci !
« Euh…, balbutia Mérida qui était tout aussi perdue que Xion.
‑ Mais qui êtes-vous ? questionna la noiraude en plissant ses yeux, méfiante.
‑ Une humble sculptrice sur bois » expliqua vaguement la vieille dame en balayant les copeaux de bois qu'elle avait fait tomber en taillant son ours.
Bien évidemment, c'était évident. Mais quelque chose, une sorte d'intuition, disait à Xion que cette dame cachait sa véritable identité. Minute ! Depuis quand exactement s'était-elle mise à balayer le sol ? La Porteuse de Keyblade ne l'avait pas quittée une seule seconde des yeux ! Qu'est-ce qu'il venait de lui arriver, pourquoi n'avait-elle rien remarqué ? Avait-elle eu une toute petite absence ? Puisqu'elle était autrefois sujette à des pertes de connaissances, cette hypothèse n'était pas à écarter, mais... Non, impossible. Ce devait être autre chose…
« Je… je ne comprends pas, dit Mérida plus à elle-même qu'à quelqu'un en particulier en s'emparant d'un vase en forme d'ours par les deux anses pour l'examiner de plus près. C'est, heu… Ha ! »
Aux aguets, Xion fit à nouveau volte-face, en direction de Mérida cette fois-ci, alertée par son cri de stupeur. Pensant tout d'abord à une attaque de Sans-Coeur – on n'est jamais à l'abri de ces créatures des Ténèbres –, la jeune fille fut rassurée en constatant que la rouquine avait juste été surprise par la vieille dame qui se trouvait désormais juste à côté d'elle. Une seconde ! Mais comment avait-elle fait pour…
« Un des ces objets vous plaît ? questionna la vieille dame en approchant son visage fortement ridé vers la Princesse de Dunbroch. Peut-être l'un de ces bibelots amusants qui pourraient égayer n'importe quelle chambre ! »
La vieille vendeuse montrait les deux ours qui faisaient de la bascule, la sculpture qui avait immédiatement attiré l'œil de Xion en entrant dans l'étrange boutique. L'espace d'un instant, la noiraude fut tentée de la lui acheter, juste pour plaisanter. Peut-être même qu'elle pourrait en offrir un à Ventus, pour le remercier d'avoir été si gentil avec elle ces derniers jours, car il venait souvent lui tenir compagnie alors qu'elle se sentait horriblement triste et seule, depuis qu'elle refusait égoïstement la présence de Roxas à ses côtés pour ne pas souffrir d'avantage... Cependant, est-ce que la vieille dame acceptait les Munnies ?
« Mais… les… les feux-follets, ils…, bafouilla Mérida, qui ne comprenait décidément plus rien à la situation.
‑ Oh ! poursuivit la sculptrice sans prendre garde, sans aucun doute intentionnellement, à la question de la rouquine. J'ai là une pièce unique ! »
Cette dernière prit possession d'une sculpture sur le bord d'une vieille cheminée éteinte. Xion s'approcha vers l'objet pour le contempler. Sans doute à l'aide d'un engrenage complexe à l'intérieur de la sculpture, l'on pouvait voir un ours qui dévorait sans ménagement des petits poissons qui se trouvaient sur une sorte de roue qui tournait machinalement, représentant ainsi le lit d'une rivière.
« Je suis prête à vous faire un très bon prix ! » chantonna la vieille dame, totalement prise par son rôle de vendeuse.
Il fallait dire qu'elle savait s'y prendre pour intéresser les clients, la Porteuse de Keyblade était presque tentée de lui acheter celui-ci aussi pour en faire cadeau à Ventus. Même pour rire. Oh, et puis, elle le voyait parfaitement sur la table de nuit du jeune garçon, à côté de sa lampe en forme d'étoile filante !
Mérida poussa tout à coup un nouveau cri stupéfait, tandis qu'elle ajouta, sidérée :
« Votre balais ! »
Interloquée, Xion se tourna à son tour dans la direction que pointait la Princesse de Dunbroch du doigt, et découvrit avec étonnement que le balais, comme par magie, rassemblait de lui-même les copeaux de bois. La noiraude avait toujours su que quelque chose d'étrange se tramait dans cette boutique, elle l'avait senti dès qu'elle avait posé les yeux sur la petite dame ! Et si…
La sculptrice claqua des doigts. Aussitôt, le balais se raidit, s'immobilisa un instant dans les airs, avant de s'effondrer lourdement sur le sol, inerte, comme s'il n'avait été rien de plus qu'un simple objet.
« Il… Il balayait ! s'écria la rouquine, les yeux exorbités par la terreur et l'incompréhension. Xion, t-tu l'as vu toi aussi, n'est-ce pas ?!
‑ Bien évidemment que je l'ai vu aussi ! »
La noiraude et Mérida se tournèrent d'un commun accord en direction de la vieille dame, voulant connaître les explications à tout ceci.
« Oh, mais c'est ridicule, protesta la sculptrice d'une voix qui manquait bien trop d'assurance, ce qui la fit paraître encore plus suspecte qu'elle ne l'était déjà. Le bois ne peut pas être investi de pouvoirs magiques ! Je suis bien placée pour le savoir puisque je suis une sor… »
La vieille dame ouvrit de grands yeux, semblant se rendre compte de son erreur. Elle se rattrapa in extremis :
« Enfin, je veux dire en tant que sculptrice… sur… bois. »
L'étrange vendeuse tenta de sourire pour paraître plus crédible, mais Xion l'avait déjà démasquée depuis longtemps. La Porteuse de Keyblade avait immédiatement vu clair dans son jeu depuis le début, elle s'était juste contentée de réduire ses pensées au silence au cas où elle se soit trompée. Mais les apparences ne mentaient pas, elles. Un nez crochu, des dents manquantes, des poils au menton, des actions bien trop rapides, un balais qui nettoyait tout seul… La noiraude savait pertinemment que seuls les personnages fantastiques vivaient dans des chaumières, cette vieille dame en était une preuve supplémentaire !
« Oh ! changea de sujet l'étrange vieille femme, que pensez-vous de ce tableau exceptionnel ? »
La vendeuse continuait son explication sur le tableau hideux, représentant de multiples ours imitant cette célèbre œuvre d'art que Xion n'avait vu qu'en livre, La Création de Yen Sid. La noiraude avait bien longtemps soupçonné, d'ailleurs, que ce tableau n'était pas réel, et qu'il ne s'agissait que d'une farce de deux personnages ayant pour initiales « X » et « E », car celles-ci avaient été incrustées en majuscules sous l'image du-dit tableau qu'elle avait trouvé dans la bibliothèque de la Contrée du Départ…
Mérida, de son côté, qui paraissait de plus en plus angoissée, posa son regard sur une masse de plumes noires perchée sur l'une des sculptures.
« Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! s'affola tout à coup la vieille dame en bousculant Xion pour se ruer sur le corbeau qui avait attiré l'attention de Mérida. Il est empaillé ! »
Mais… un corbeau ? Depuis quand se trouvait-il perché ainsi ? La noiraude aurait juré qu'il n'était pas là, quelques secondes auparavant…
N'écoutant aucunement les recommandations de la sculptrice, la rouquine se risqua tout de même à approcher son doigt de la créature... Et manqua presque de le regretter amèrement lorsque celle-ci ouvrit grand le bec dans l'espoir de lui croquer l'index !
« Eh, tu touches quoi toi ? » questionna l'oiseau noir avec un drôle d'accent chantant, qui accentuait chaque syllabes.
Surprise, Mérida lâcha un cri avant de reculer vivement, se cognant par la même occasion l'arrière de sa tête contre l'immense poutre au plafond bien trop basse pour sa grande taille. Xion, qui avait senti le drame venir, se rua aux côtés de la Princesse de Dunbroch pour l'empêcher in extremis de s'effondrer sur les sculptures de bois, l'empoignant fermement par les bras.
« Le corbeau ! s'époumona-t-elle, n'en croyant presque pas ses propres yeux. Il a parlé, j'en suis certaine, il a parlé ! »
Alors qu'elle tremblait de tous ses membres, Xion fit de son mieux pour remettre sur pieds la jeune princesse.
De son côté, le corbeau s'arrangea de son mieux pour paraître un oiseau, sauf que les cris qui sortaient de son bec étaient très loin d'être convaincants ! Il agitait frénétiquement également ses ailes, dans l'espoir de s'envoler, mais cela lui donna un air plus effrayant qu'autre chose. De plus, au lieu d'imiter le corbeau, le volatile lançait plutôt des cris de poule.
N'en pouvant plus de toute cette mascarade, la vieille dame, d'un claquement de doigts, fit appel à son balais magique qui s'effondra sur le drôle de corbeau, lui donnant ainsi un méchant coup à la tête. L'oiseau en tomba inconscient sur le plancher, sous les yeux horrifiés des deux jeunes filles, qui le pensaient mort, achevé par un balais magique. Puis, le balais entreprit de nettoyer le sol de son plein gré, souhaitant se débarrasser du cadavre qu'il avait lui-même créé, lorsque celui-ci repartit à la charge dans le but de riposter à ce coup qui aurait pu lui être fatal ! Se redressant vivement, le corbeau déploya majestueusement ses ailes pour se paraître plus imposant et intimidant, et lâcha un nouveau cri à glacer le sang. Le pauvre balais, totalement apeuré, alla se réfugier entre des sculptures en bois.
« Vous êtes une Sorcière ! accusa enfin Xion en se tournant vers la vieille dame au dernier endroit où elle l'avait vue, mais celle-ci avait déjà disparue de son champ de vision.
‑ Je sculpte le boiiiis…, ronronna la possible Sorcière en taillant réellement le bois avec un maillet et un piquet.
‑ C'est pour cela que les feux-follets nous ont guidées jusqu'ici ! renchérit la rouquine, qui avait laissé tomber sa peur désormais pour faire place à l'euphorie.
‑ Je sculpte le bois ! » renchérit de plus belle la vendeuse d'ours en bois, en taillant, à la vitesse de l'éclair, une nouvelle sculpture.
Si ça, ce n'était pas de la magie, Xion était prête à vendre sa Keyblade au premier venu pour s'être honteusement trompée.
« Vous allez changer mon destin ! se récria davantage Mérida, un radieux sourire éclairant son beau visage rond.
‑ JE SCULPTE LE BOIS ! » s'énerva la vieille dame en coupant sauvagement un énorme rondin de bois en deux à l'aide d'une hache bien aiguisée, faisant de ce fait apparaître, une fois encore, un ours parfaitement sculpté.
Sans prendre en compte la force avec laquelle la vieille dame s'égosillait à prouver qu'elle n'était pas une Sorcière, Mérida raconta son histoire :
« Mon problème, c'est ma mère.
‑ Pas de sorcellerie ici ! s'écria la vieille dame en menaçant la rouquine de sa hache. Les clients n'étaient jamais satisfaits ! »
Voyant que la situation commençait à s'envenimer, Xion bondit à la rescousse de sa nouvelle amie. S'interposant entre la Sorcière et la princesse, la jeune fille fit apparaître dans une gerbe d'étincelles Chaîne Royale, qu'elle pointa en direction de la vieille femme, les sourcils froncés par la détermination, espérant que son regard soit le plus sévère et persuasif possible. Mérida lâcha un petit cri à la vue de l'arme, tandis que l'assaillante ouvrit de grands yeux étonnés, avant de lâcher un petite huée admirative.
« Oooooh, ronronna la Sorcière, visiblement satisfaite par ce qu'elle contemplait, ses yeux roulant de bas en haut de Chaîne Royale. Voilà qui est intéressant, je n'avais pas vu de Keyblade depuis… ce jeune homme au masque d'Ours.
‑ Comment ? fit Xion en abaissant son arme, et les sourcils froncés par l'incompréhension. Un homme avec un masque d'Ours ? »
La noiraude n'avait jamais entendu parler d'un Porteur de Keyblade arborant un masque de ce genre. Était-il une connaissance de la mystérieuse jeune fille qui l'avait sauvée dans les bois un peu plus tôt dans la journée ? Après tout, s'il existait des Porteurs de Keyblade numérisés dans l'Unchained, cette théorie n'était pas à écarter...
« J'en ai déjà trop dit » déclara la Sorcière dans sa barbe.
La vieille dame abaissa sa hache, tandis qu'elle joignit ses deux mains à la manière d'un excellent négociateur, celui qui parvenait toujours à vous embobiner pour acheter une babiole à un prix exorbitant mais sans aucun intérêt.
« Chères demoiselles, reprit-elle sur un ton plus calme, puisque vous ne souhaitez pas acheter… et bien sortez ! »
D'un nouveau claquement de doigts sinistre, la vieille dame fit se lever en même temps de multiples couteaux de tailles et de formes différentes mais tous à l'allure tranchants, qui se pointèrent sans exception en direction des deux demoiselles. Xion, qui souhaitait ardemment protéger Mérida de tout danger, peu importait la forme qu'il prenait, se plaça devant cette dernière pour faire barrière avec son corps, Keyblade vers l'avant, au cas où elle devrait se battre avec ces couteaux de cuisine.
« Non, s'interposa la noiraude d'une voix confiante, tout en reculant cependant lentement pour se diriger vers la sortie et ainsi mettre la princesse en sécurité. Les feux-follets nous ont guidées jusqu'ici, il doit bien y avoir une raison ! Vous devez nous venir en aide.
‑ Tout ça m'est égal ! » désapprouva la Sorcière en s'avançant à son tour, ses armes la suivant à la trace, toujours aussi menaçantes.
Derrière Mérida, la porte s'ouvrit magiquement, et la jeune fille s'agrippa aux embrasures de celle-ci car son souhait était de parvenir à convaincre la Sorcière. Elle ne partirait pas avant que son but ne soit atteint !
« Sortez ! s'égosilla la vieille dame de plus belle. Allez, zou ! Dehors ! Du balais ! »
Xion, d'un coup sec de Chaîne Royale, parvint à mettre au tapis un couteau qui s'approchait trop près d'elles à son goût. L'arme de cuisine tomba avec un fracas métallique sur le plancher en bois, inerte, et ne se releva heureusement pas.
« Arrêtez ! s'interposa Mérida en constatant que la Sorcière devenait de plus en plus violente, craignant ainsi le pire pour leurs vies, malgré l'arme de défense de Xion. Je vous prends tout ! »
Prise au dépourvue, la vieille dame ouvrit de grands yeux surpris.
« V-Vous dites ? fit-elle, semblant ne pas en croire ses oreilles.
‑ Toutes vos sculptures » expliqua davantage la Princesse de Dunbroch d'une voix pressante.
Instantanément, et suite à la surprise encore plus grande de la Sorcière, tous les couteaux se tournèrent d'un commun accord en direction de celle-ci, qui parut sérieusement hésiter. Même la petite arme mise à terre par Xion se redressa vivement pour rejoindre ses consœurs dans les airs. On aurait dit que les couteaux attendaient patiemment le verdict de leur Maîtresse.
La Sorcière lâcha alors un rire étrange, presque gêné, mais qui sonna drôlement maléfique aux oreilles de Xion. La vieille dame poussa alors la noiraude sur le côté pour se placer face à Mérida. La jeune Porteuse de Keyblade se laissa faire, non sans avoir levé un sourcil dérangé.
« Bien, fit-elle en reprenant son rôle de négociatrice, et comment comptez-vous me payer, ma jolie ? »
Les couteaux se pointèrent une fois de plus dans la direction de la rouquine, et Xion effectua un pas vers l'avant dans le but de lui venir en aide. Cependant, la princesse octroya à sa nouvelle amie un regard serein, qui lui indiquait clairement qu'elle avait le contrôle de la situation, et qu'elle savait pertinemment ce qu'elle faisait. La noiraude, quoique réticente au début, finit par accepter sa décision d'un hochement de tête compréhensif.
« Avec ceci » répondit Mérida d'une voix confiante, portant ses deux mains derrière sa nuque.
Là, la jeune fille en décrocha une sorte de pendentif qu'elle souleva au niveau du visage de la Sorcière. Cette dernière ouvrit de grands yeux surpris à la vue du bijou, qui devait certainement coûter une petite fortune. Xion, en regardant le collier d'un peu plus près, nota que celui-ci représentait, une fois de plus, un ours. Ce détail ne l'étonna pas, étant donné que tout dans ce monde semblait être tourné autour des ours, jusqu'à même posséder des Porteurs de Keyblade revêtant un masque d'ursidé !
« Mes aïeux le beau bijou que voilà… » rêvassa la vieille dame, la bouche entre-ouverte, dévoilant presque un filet de bave.
On aurait dit qu'elle était totalement hypnotisée par cette petite merveille.
« Le beau bijou que voilà ! » répéta soudainement le corbeau parlant en s'installant sur la tête de sa maîtresse, et toujours avec ce même accent étrange que Xion ne parvenait pas à identifier.
Tout à coup, toutes les lames tombèrent d'un commun accord sur le sol dans un fracas métallique assourdissant, sans doute commandé par la Sorcière, et cette dernière se rua sur le pendentif de Mérida, cherchant à s'en emparer à tout prix. Cependant, lorsqu'elle rouvrit ses mains, la Sorcière lâcha un petit hoquet de surprise en découvrant ses paumes vides.
« Ha ! Ha ! Ha ! se moqua Mérida en faisant voler sournoisement le bijou devant les yeux émerveillés de la vieille dame et de son corbeau. Toutes vos sculptures sur bois, mais surtout : un enchantement.
‑ Voleuse ! s'exclama le volatile en tentant de s'emparer à son tour du collier à l'aide de son bec. Tu as… »
Mais sa maîtresse lui agrippa fermement le bec et le jeta sans ménagement sur le sol, comme si son oiseau n'était rien de plus qu'une vieille poupée de chiffon, dans l'unique but de le faire taire, ne serait-ce qu'un court instant.
« Êtes-vous sûre de savoir ce que vous faîtes ? » vérifia la Sorcière en s'approchant lentement de Mérida, les yeux exorbités, sans doute pour se rendre encore plus effrayante qu'elle ne l'était déjà.
Pensant qu'elle serait capable d'attaquer la princesse par surprise, Xion jugea bon de s'approcher de sa nouvelle amie, pour pouvoir intervenir au besoin, Chaîne Royale toujours au poing.
« Je veux qu'avec la magie vous m'aidiez à changer ma mère, expliqua Mérida sur son ton le plus sérieux et convaincant. Cela changera mon destin.
‑ Mmh…, parut réfléchir un instant la Sorcière, bien que Xion doutait qu'elle ait vraiment besoin de réfléchir à une telle offre. Parfait ! »
Cette dernière se jeta tel un rapace sur le bijou, l'enfermant à l'intérieur de ses longs doigts crochus. Puis, elle fit de grands gestes de la main – le pendentif avait déjà disparu – et invita de ce fait Mérida à sortir. Xion les suivit, souhaitant connaître la suite à tout cela.
« Mais où allez-vous ? » questionna la noiraude qui s'était faite discrète depuis bien trop longtemps.
Sans prendre la peine de répondre, la Sorcière claqua à nouveau des doigts, et la porte derrière les deux jeunes filles se referma violemment, ce qui les fit sursauter d'effroi toutes les deux. Xion se bénit d'avoir eu l'intelligence de les suivre, ou elle serait encore enfermée à l'intérieur de la chaumière à l'heure qu'il était ! Puis, la vieille dame revint en direction de la porte, effectuant de grands gestes dédaigneux de ses deux mains osseuses, ordonnant ainsi à Mérida et Xion de se pousser du passage pour lui permettre d'accéder à sa maison.
« Mais qu'est-ce que vous faites ? reprit la noiraude, sa Keyblade toujours au poing, car on ne savait jamais si leur hôte serait de nouveau prise par un brin de folie et voudrait les attaquer une fois encore.
‑ On ne mélange pas sculptures et sortilèges, expliqua malicieusement la Sorcière en ouvrant la petite porte de bois, qui grinça. C'est très important… »
La vieille femme entra en lâchant un petit rire sournois, talonnée de près par son corbeau noir. Cette dame avait décidément tout du cliché de la Sorcière des contes de fées ! Si Xion n'avait pas eu le loisir de visiter différents Mondes, sans doute serait-elle surprise par tout ceci. Tout du moins, serait-elle aussi perdue que Mérida en sa compagnie, mais cette dernière semblait s'être adaptée au fait d'avoir affaire avec une affreuse Sorcière.
Les deux jeunes filles entrèrent à la suite dans la chaumière, et l'étrange et soudain changement dont elle avait été victime ne passa pas inaperçu. Les sculptures en bois avaient laissé la place à d'innombrables bougies, de tailles et de formes différentes, disséminées de çà et là à travers la petite pièce, qui parut par ailleurs bien plus immense, ainsi dépouillée des structures de bois. Au centre de la salle se trouvait un gargantuesque chaudron noir contenant un drôle de liquide vert qui crachotait des bulles immondes, en plus de laisser derrière elle une affreuse odeur répugnante. C'était un mélange désastreux de moisissure et de transpiration. Mérida laissa échapper, malgré elle, un hoquet de surprise.
« La dernière fois que je l'ai fait, c'était pour un prince » expliqua la Sorcière en s'approchant de son immense chaudron.
La vieille dame claqua des mains, et la lumière à l'intérieur du chaudron s'intensifia, comme s'il venait de se réveiller.
« Et franchement le prince, un beau gosse ! commenta le corbeau qui s'était perché sur l'une des poutres au plafond.
‑ Je doute que les humains et les oiseaux aient la même conception de… beau gosse, le reprit Xion en plaisantant légèrement, quoiqu'elle trouva cela bizarre de débattre de la beauté d'un garçon avec un volatile.
‑ Il voulait être plus fort que dix hommes réunis, poursuivit la Sorcière sans prendre en compte le commentaire de son oiseau ainsi que la remarque de Xion. Et il m'a donné ceci… »
Elle fouilla un instant dans la poche de son long manteau aux teintes émeraudes, et en sortit une sorte de sceau en argile, dont était gravé des armoiries représentant deux haches entrecroisées. Xion n'avait aucune idée de ce que cela pouvait bien représenter.
« … pour le sort, termina la vieille femme d'une voix mystérieuse. Un sort qui devait changer son destin. »
Mérida se pencha légèrement au-dessus du sceau, les sourcils légèrement froncés par la concentration. Savait-elle ce qu'il représentait ? Elle n'en fit au tout cas rien savoir.
« Et a-t-il obtenu satisfaction ? » vérifia la jeune fille, qui ne souhaitait pas se lancer dans une entreprise qui pourrait s'avérer trompeuse voire dangereuse.
La Sorcière lâcha un petit rire.
« Oh, oh, oh, oui ! Avant de s'en aller, il m'a acheté une très belle planche à fromage. »
Xion soupira d'exaspération. Soit cette femme devenait complètement sénile, soit elle faisait exprès de ne pas avoir compris une question aussi simple !
« Dis, tu es certaine de vouloir lui faire confiance ? » glissa la noiraude à l'oreille de Mérida tandis qu'elle fit enfin disparaître Chaîne Royale, qu'elle pourrait invoquer de nouveau si jamais la situation virait au vinaigre.
Mérida ne put lui répondre, car voici que la Sorcière commençait déjà son incantation. Avec frayeur, les deux jeunes filles la contemplèrent d'abord jeter des sortes de petits pois dans le bouillon, qui changea de couleur et adopta un éclat améthyste, alors qu'une brume opaque se créa à la surface de son contenu. Puis, s'abaissant sous un meuble, la vieille dame dénicha un insecte ressemblant à s'y méprendre à un lézard qu'elle jeta sans aucun état d'âme dans la potion, et celle-ci émit une jolie couleur azurée en recevant son nouvel ingrédient.
« Un cheveu ! » s'écria tout à coup le corbeau en se ruant sur l'épaisse masse de cheveux roux de Mérida.
Le volatile parvint à pincer une fine mèche à l'aide de son bec crochu et l'arracha du crâne de sa propriétaire.
« Aïe ! » se plaignit Mérida en lançant un regard noir à l'oiseau.
La Sorcière récupéra le cheveu et le lança à son tour dans la marmite. A cet instant, le breuvage prit une dangereuse couleur rougeâtre, et sa surface dessina comme une sorte de sol rocailleux parcouru de lave ; ce même type de sol que l'on trouvait tout près d'un volcan en éruption. Xion se promit de ne même pas tenter d'y plonger ne serait-ce que le petit doigt. Le breuvage devait sans aucun doute être brûlant !
« Et voilà » commenta la vieille dame en allant chercher un tabouret pour se mettre à hauteur de son bouillon.
Elle s'arma ensuite d'une immense louche et entreprit de mélanger le tout.
Curieuses, Mérida et Xion se lancèrent tout d'abord un regard inquiet, puis, les deux jeunes filles se résignèrent à leur tour à s'approcher du chaudron. Après tout, c'était pour Mérida que la Sorcière faisait tout cela, elles devaient, par conséquent, prouver qu'elles étaient un minimum intéressées par tout ceci.
Une fois qu'elle furent à hauteur du chaudron, Xion remarqua que la vieille dame venait de retirer sa louche géante, et que celle-ci avait littéralement fondu dans le bouillon ! Pour sûr, cette chose, ce liquide affreux, devait être aussi bouillant que de la lave, s'il était capable de faire fondre un métal comme celui-ci !
Chantonnant, comme possédée, la vieille dame attrapa un épais masque de soudure en fer pour cacher ses yeux. Elle en donna également un pour son oiseau, taillé spécialement pour lui car le masque possédait le forme de son bec.
« Prêt » annonça ce dernier.
La Sorcière ajouta une dernière pincée de… Xion ne savait même pas ce dont il s'agissait ! De sel ? De poudre… magique ? Et la jeune fille nota que la surface du liquide commençait à devenir de plus en plus scintillante, presque aveuglante. Par réflexe, la meilleure amie de Lea et Roxas posa ses mains devant ses yeux et ferma même ses paupières, au cas où ses paumes ne lui suffiraient pas pour atténuer la lumière. La jeune Porteuse de Keyblade entendit comme une sorte d'explosion, captant par la même occasion un léger flash à travers ses paupières closes, avant d'entendre un puissant hennissement au dehors. Pauvre Angus ! La lumière avait dû être fortement puissante pour avoir touché le pauvre cheval !
« A présent, reprit la Sorcière, voyons voir le résultat… »
Mérida et Xion toussaient toutes deux à cause de la fumée que produisait la substance désormais boueuse, sinistre et noirâtre qui bouillonnait encore dans la marmite. La vieille dame, armée de pinces, sortit du breuvage un gâteau qui parut tout à fait appétissant, quoique très ordinaire, mais qui devait être encore très chaud si elle refusait de le toucher avec ses doigts !
« Regardez-moi ce beau travail » commenta-t-elle alors que le liquide s'écoulait gouttes après gouttes de la pâtisserie.
La Sorcière alla le déposer dans une serviette blanche sur une table non loin, alors que le gâteau fumait encore, signe qu'il était toujours chaud.
En émettant enfin un cri digne d'un véritable corbeau, ce dernier se posa tout près de la pâtisserie et essaya de la picorer, avant d'être violemment rejeté par sa maîtresse, qui l'envoya valser d'un geste brusque du dos de la main.
« Hé ! se plaignit la Sorcière en lançant un regard noir à son oiseau parlant.
‑ Heu…, fit Mérida en se penchant sur la pâtisserie, Xion se tenant à ses côtés, préférant regarder l'œuvre de la potion magique par-dessus l'épaule de son amie. Un gâteau ?
‑ Vous n'en voulez pas ?! se vexa la vieille dame en se tournant vivement vers la rouquine, les yeux exorbités par la colère.
‑ Si ! se reprit in extremis la jeune Princesse de Dunbroch. Je le veux, oui ! »
Mérida fronça les sourcils tout en désignant d'un index dédaigneux le gâteau dans son emballage tout neuf.
« Vous êtes sûre qu'en faisant manger cette… chose à ma mère… cela changera mon destin ? »
La Sorcière partit dans un étrange éclat de rire, avant de se reprendre :
« Roooh, mais faites-moi confiance ! »
Elle hésita un instant, les yeux plissés par la malice, tandis qu'un sourire espiègle prit place sur ses lèvres abîmées, puis relança :
« Il n'y aucune raison d'en douter… »
Puis, tout à coup, la Sorcière se tourna vivement en direction de Xion, ce qui la fit sursauter de surprise. Depuis presque leur toute première rencontre, la vieille dame ne l'avait pratiquement jamais gratifiée d'un seul regard, à part quand elle avait fait apparaître sa Keyblade, et qu'elle l'avait reconnue, par ailleurs ! Pourquoi lui accordait-elle une telle insistance, tout à coup ?
« Et vous, jeune fille ?
‑ Moi… ? fit Xion d'une petite voix, appréhendant la suite.
‑ Vous ne voulez pas un sort, vous aussi ? questionna la Sorcière en agrippant ses deux mains telle une négociatrice.
‑ Hum… »
Du coin de l'œil, la noiraude vit Mérida enrouler la serviette blanche autour du gâteau ensorcelé, avant de le serrer près de son cœur. La jeune fille semblait faire une prière muette à le Kingdom Hearts savait qui !
« A part si vous parvenez à me donner ce pourquoi je me trouve dans ce Mon… »
Xion se reprit aussitôt, se rendant compte de son erreur :
« Enfin, je veux dire, si vous savez où je peux trouver l'objet que je cherche désespérément.
‑ Oh, très chère, je le sais bien, que tu ne viens pas de ce Monde, ronronna la vieille dame en se dirigeant vers son balais magique avec lequel elle entreprit de nettoyer le plancher du cadavre de son corbeau une fois de plus inconscient.
‑ Comment ? fit la Porteuse de Keyblade en ouvrant des yeux ronds d'étonnement. Mais comment savez-vous que… c'est censé être secret. »
La Sorcière leva des yeux brillants en direction de la jeune fille, ce qui lui fit lâcher un hoquet de surprise. Cette dame était… des plus énigmatiques ! Que savait-elle réellement des Mondes Extérieurs ? En avait-elle déjà visité par le passé ? Et était-elle au courant qu'elle se trouvait actuellement dans un Monde de données ?
« Une Sorcière sait ce genre de choses, expliqua mystérieusement la-dite Sorcière en lâchant son balais, qui alla se ranger de lui-même dans son placard. Mais revenons-en au sujet principal, voulez-vous ? »
D'un geste dédaigneux de ses mains osseuses, la Sorcière ordonna ainsi à Xion et Mérida de lui faire de la place pour passer. Elle vint retrouver sa place initiale : debout, sur son tabouret, pour être à la hauteur des demoiselles.
« Malheureusement, je ne peux vous aider dans votre quête. Mais les feux-follets, eux, le peuvent. Je vous conseille de les suivre attentivement. »
La jeune Porteuse de Keyblade soupira de dépit. Suivre les feux-follets, qu'elle lui disait… Mais c'était déjà ce qu'elle faisait depuis le début, depuis son arrivée dans ce Monde ! Et, jusque-là, à part se retrouver dans le pétrin deux fois sur trois, jamais ils ne l'avaient conduite jusqu'à la Pierre de Maîtrise ! Xion commençait même à se dire que tout cet Examen n'était qu'une farce depuis le début et qu'il n'y avait jamais eu de pierre à trouver !
« Cependant, je peux vous donner une prophétie, reprit la Sorcière d'une voix mielleuse.
‑ La magie a toujours un prix, releva Xion, les yeux plissés par la méfiance. Que voulez-vous en échange ?
‑ Oh, oh, oh, mais rien du tout, très chère, si ce n'est que vous vous souveniez de mes mots une fois cette prophétie réalisée : « Les vieilles menaces du passé tentent indéniablement de ressurgir dans le présent, et nul ne sera capable de les empêcher d'atteindre leur but ultime. Cependant, treize Guerriers de la Lumière se dresseront contre les sept Enfants des Ténèbres, et alors, l'ultime bataille se poursuivra, et cela pour des siècles durant. La boucle ne peut être brisée. » »
Xion en resta complètement interdite. Des Guerriers de la Lumière ? Des Enfants des Ténèbres ? Des batailles éternelles ? Des menaces du passé ? Mais qu'est-ce que tout cela pouvait donc bien vouloir dire ? La menace du passé, ce ne pouvait pas être… Non, impossible. Xehanort a déjà été vaincu sous toutes ses formes, il ne peut pas encore revenir à la vie ! Mais la Sorcière avait mentionné une « boucle qui ne peut être brisée »… Parlait-elle ici du Temps ? Xehanort était passé maître dans la maîtrise du Temps… Tous les éléments portaient à croire que ces mots faisaient référence à ce chercheur maléfique. Et pourtant… Le Chercheur des Ténèbres était bel et bien mort ! Xion en avait été témoin, et tous ses amis aussi !
Xion parlerait de tout ceci avec ses camarades une fois son Examen terminé. L'heure était effectivement grave, comme l'avaient craint Kairi, Lea et Ventus un peu plus tôt avant leur Examen… De plus, les Maîtres semblaient leur cacher quelque chose depuis le début, même s'ils se forçaient à ne rien leur révéler pour l'instant… Est-ce que tout ceci avait un rapport avec la mystérieuse Prophétie que venait de lui psalmodier la Sorcière ?
Alors, que pensez-vous de cette mystérieuse Prophétie ? Qui sont ces "Enfants des Ténèbres" qui sont mentionnés par la Sorcière, et quelle peut donc être cette fameuse "Menace du Passé" ? A vos théories !
Pour vous faire patienter jusqu'au chapitre suivant, voici quelques lignes de dialogue :
"Un intrus ! Occupez-vous de lui ! Immédiatement ! Et ramenez-moi ce chargement !
- Merde…"
"Non, non, non ! Ne le laissez pas faire ! Rapportez-moi ces corps !"
"V-vous pensez que c'est lui, Sire ?"
"Taram ! Fais quelque chose !"
