Note : Bonjour à toutes et tous. Mes excuses pour ce retard, je célébrais ce week-end l'anniversaire de ma petite femme. Sans plus tarder, la suite...
Elle s'accouda au comptoir et plissa les yeux sur son amie dans une pensée.
— Tu te souviens de Shiffer ?
Faith ne fut pas surprise de voir la conversation repartir sur leur travail. Cela lui était naturel…
— Le vieux Quentin ? Oui, je me souviens.
Sarah mâcha un morceau de saumon et releva sa fourchette pour expliquer ses pensées.
— J'ai contacté le directeur de la prison de Lancaster et j'ai obtenu une visite courant de la semaine prochaine.
Cette annonce non plus n'étonnait pas Faith. Sarah projetait une entrevue avec cet homme depuis plusieurs mois. Quentin Shiffer avait été arrêté en 2006 pour viol et homicide sur deux jeunes garçons de dix et douze ans. Faith avait mené l'enquête aux côtés de Sarah, avait elle-même arrêté cet homme âgé aujourd'hui de soixante-deux ans. Rien ne les aurait conduits à ce meurtrier sans Sarah qui en avait dressé un profil psychologique hors du commun. Hormis les preuves accablantes découvertes chez lui – dont les restes de l'un des cadavres des deux garçons – Shiffer n'avait fait aucun aveu sur ses forfaits.
De nombreux homicides dans la région, y compris dans l'Oregon et l'Arizona, demeuraient non résolus et portaient quelques-unes des signatures de l'assassin. Cent trois des victimes répertoriées étaient de jeunes garçons âgés de neuf à quinze ans, retrouvés morts entre 1965 et 2004, dans des états avancés de décomposition ou découpés.
Shiffer était un de ceux que Sarah savait traquer, ce genre de serial killer à qui grand nombre de gens naïfs donnaient leur confiance. Sous ses airs de victime, de vieil homme abandonné et perdu, Shiffer était un monstre : un être violent, sadique, doublé d'un masochiste qui s'adonnait au cannibalisme et à la nécrophilie. Faith n'avait jamais fait face à un tel meurtrier avant lui, bien que les autres cas traités avec Sarah eussent été tout aussi monstrueux.
— Shiffer a accepté ?
— Evidemment qu'il a accepté, répondit Sarah avec un petit sourire… Je lui ai envoyé une gentille lettre pleine de sympathie et d'empathie.
Faith constatait que ce mot revenait souvent sur les lèvres de Sarah. L'empathie était une émotion clef pour être un bon Profiler. Comprendre la logique de l'assassin n'était parfois pas suffisant et les mobiles variaient selon les enquêtes. Les cas simples de tueurs relevaient de questions d'argent, d'amour, de jalousie, d'impulsivité et concernaient des gens dits normaux pour Sarah. Pour les Serial-killers, l'analyse des détails devait être minutieuse, réfléchie, parce qu'un serial killer tuait pour une ou plusieurs de ces raisons : le pouvoir, le sexe ou par pure folie et chose primordiale, le motif était toujours de nature psychologique.
Sarah répétait souvent qu'un serial killer cherchait à atteindre réaliser un fantasme à la perfection et ce, sans les variantes de la réalité. Si une femme souhaitait tuer un nouveau-né garçon et que, par manque d'attention, de temps, de courage, elle tuait une petite fille, elle tuerait autant de petites filles que nécessaire jusqu'à tuer un garçon. Le fantasme abouti, les détails interviendraient par la suite sur le procédé et ses variantes possibles. Ainsi, un fantasme précis, assouvi ou non dans l'esprit d'un meurtrier, amènerait toujours un désir de réitérer son forfait jusqu'à atteindre une perfection inexistante…
— Et d'après toi, poursuivit Faith, est-ce que j'aurai la chance de pouvoir t'accompagner ?
La réponse de Sarah fut catégorique.
— Non, il veut me voir seule…
Ce qui ne plut pas à Faith qui insista :
— Si vous êtes en cellule d'interrogatoire, je resterai derrière la vitre.
Sarah marqua une pause et termina de manger son saumon, plus hésitante. Elle comprenait que Faith s'intéresse à Shiffer. Après tout, elle l'avait arrêté.
— C'est une entrevue qui n'a rien d'officiel, Faith… S'il me parle, chose peu probable malgré les arguments de ma lettre, je ne rajouterai rien dans le dossier d'enquête. Il m'a imposé ses conditions, soit je les respecte, soit il refusera de me voir. Je dois venir seule et parler uniquement des Matthews.
— S'il te fait des aveux et qu'on peut résoudre d'autres affaires de disparitions ou de meurtres, tu ne vas pas t'asseoir dessus !
— S'il avait voulu parler pour faire traîner les procédures, il l'aurait fait… expliqua Sarah. Ils le font tous dans quatre-vingt pour cent des cas et s'octroient même des meurtres qu'ils n'ont pas commis !
Faith savait cela. Elle avait entendu parler d'une femme qui avait tué pendant près de dix ans des personnes âgées dans plusieurs hôpitaux. Arrêtée en 1992, elle était passée aux aveux et avait cité des instituts dans des Etats où elle n'avait jamais mis les pieds. Sarah reprit avec une expression plus mécontente et vexée.
— Et tu te doutes bien que si j'ai un nom ou des indices, je ne vais pas m'asseoir dessus ! Non mais franchement !
Sur cette dernière remarque plus autoritaire, Faith se retrouva charmée. Elle la vit se lever pour débarrasser et l'imita. Elle se posta dans son dos et Sarah se tourna au même instant, lui faisant face. Faith ne put dissimuler son sourire et ne bougea pas. Sur cette douce proximité, elle se régalait de ses effluves vanillés. D'une voix plus basse, Faith brisa ce court silence soudain :
— Du calme… J'ai compris.
Sarah se pinça les lèvres devant ce regard noisette qui sondait le sien. Maintenant, dès qu'une quelconque proximité naissait entre elles, Sarah percevait son attirance et l'envie de goûter à nouveaux à ses lèvres. Elle se retint pourtant et se tourna vers l'évier pour ouvrir les robinets d'eau. Elle n'était pas femme à se laisser aller et devait expliquer ses intentions à Faith.
— Exceptées les preuves recueillies chez lui et les modes opératoires déduits de la victimologie des deux victimes, je n'ai rien de concret. J'aimerais qu'il me confesse des détails.
Faith se cala contre le comptoir. Elle écoutait mais son regard se promenait sur la silhouette fine de Sarah. Celle-ci lui fit face, s'essuyant les mains à l'aide d'un torchon.
— Je comptais attendre pour te le dire, poursuivit Sarah, mais j'ai décidé d'écrire un livre sur tous ceux que nous avons appréhendés depuis que je suis rentrée dans la police.
— Un livre ? demanda Faith, étonnée.
Sarah se pinça les lèvres, posa son torchon et se posta devant la cafetière afin de préparer deux tasses.
— Ma psy m'a conseillé de le faire. Ecrire me permettra de tirer un trait définitif sur certaines choses… Tu sais ce que c'est, exorciser mes démons en clair… Et ça marche… Quand j'écris, je ne pense plus à rien, je me concentre uniquement sur mon récit.
Faith savait qu'un grand nombre d'agents consultait parfois des psychologues dans le privé, ou même en interne. Cela les aidait à évacuer et traiter certains traumatismes survenus lors de leurs enquêtes ou interventions.
— Je croyais qu'une fois qu'ils étaient enfermés tu n'y pensais plus ?
Pour Sarah, la réalité s'avérait plus complexe. Profiler des meurtriers était une volonté consciente de pénétrer leurs esprits. Non pas comme on pouvait le voir dans certains films où les procédés des héros relevaient parfois du domaine surnaturel, mais la démarche mentale qui consistait à s'imprégner des meurtres, à se mettre à la place des assassins pour les comprendre, laissait des séquelles sur du long terme. Elle et tous ceux qui travaillaient des mois, voire des années, à leur arrestation, étaient confrontés à l'assassin et devenaient finalement des victimes indirectes des méfaits des coupables. Voir un corps mort, mutilé, violé était une chose horrible autant que de devoir l'annoncer à ses proches. Elle ne le faisait pas, mais lors des procès, elle ressentait toute la peine des familles, des mères, des époux, des enfants selon les cas. Souvent, les gens oubliaient que derrière un article de journal relatant la mort d'un individu, se trouvaient des êtres vivants, d'autres victimes et mettre un barrage entre elle et leur souffrance, s'avérait difficile. Certes, quand un tueur en série était appréhendé et emprisonné, elle pouvait passer à autre chose, seulement et, de façon logique, chacun d'eux laissait en elle une empreinte indélébile. La force mentale de chaque individu, quelle qu'elle soit, n'était pas infaillible et trouvait ses faiblesses dans la fragilité de chacun. Sarah était fragile, le savait et n'avait pas attendu d'entrer dans la police pour consulter un professionnel. Elle tendit sa tasse à Faith et fit quelques pas vers le salon.
— Tu n'y penses plus, toi ?
Faith la suivit et s'assit près d'elle sans la quitter des yeux.
— J'y pense parfois.
Sarah lui sourit d'une expression évidente.
— Et j'y pense parfois aussi…
Sarah ne rentrerait pas dans les détails. « Y penser » était vaste. Dans son cas, ses réminiscences se traduisaient par des cauchemars, des pensées négatives en plein milieu de la journée et toujours hors de son travail, quand elle était seule. L'énergie déployée pour résoudre chaque enquête était telle, qu'elle perdurait dans son environnement privé, sa voiture, son appartement.
Cela rejoignait son explication de physique quantique. Autant que les lieux d'un crime s'imprégnaient d'énergies lisibles et traductibles par des pensées, il devait sans doute exister une énergie semblable qui se formait à hauteur de celle qu'elle déployait autour d'elle. Ne disait-on pas souvent que les murs se souvenaient, que des maisons pouvaient enfermer les énergies, ou l'âme de ses habitants ? Ces notions paraissaient complexes pour elle et elle ne s'attarderait pas à les expliquer à Faith, du moins, pas pour l'instant. Elle expliqua plutôt :
— J'ai commencé quelques chapitres… Une simple introduction à la psychologie criminelle... J'aimerais par la suite citer chaque cas que nous avons étudié, d'où ce premier rendez-vous avec Quentin Shiffer.
— Et tu comptes faire une autobiographie avec ça ? Lui demanda Faith avec un sourire taquin.
— Non, ça non… Puis je ne vois pas ce que je pourrais écrire sur moi… C'est vrai, hormis une brève introduction sur mon cursus scolaire, je ne vois pas ce que je pourrais raconter. Puis les gens se moquent bien des autobiographies des vivants !
— Tu pourrais dire qu'un super inspecteur sexy t'a traquée dans un parking pour t'embrasser avant de se pointer chez toi avec une bouteille de vin.
— Tu voudrais que je raconte nos petits secrets ?
Sur cette question, Faith ne quitta pas son sourire ravi et charmé. Elle se mordit le coin de la lèvre inférieure et posa sa tasse sur la table basse avant de répondre :
— Ben, ça dépend des petits secrets…
Elle prit la tasse des mains de Sarah et répéta l'opération. Elle se rapprocha d'elle, s'accouda au dossier du canapé et reprit :
— Ça dépend aussi si tu veux écrire un truc plutôt effrayant ou une romance policière...
Sarah l'avait laissé faire, l'avait suivie des yeux et observée dans ses manœuvres d'approche, ses multiples façons de la charmer. Elle ne bougea pas, se plut à voir cette étincelle familière dans le regard noisette de Faith.
— Et tu me conseilles quoi, inspecteur Ryan ?
Faith fit mine de réfléchir avant de répondre.
— Romance policière…
Toujours accoudée, elle glissa sa main jusqu'aux cheveux dorés de Sarah qu'elle lissa d'un geste lent, avant de lui repousser quelques mèches.
— Les gens aiment bien les histoires d'amour…poursuivit-elle. C'est vrai, c'est ça qui se vend, non ?
Sarah frissonna sur ses attentions répétées.
— Ça et le morbide, oui, mais qui a dit que je voulais vendre ?
— Tu as dit que tu écrivais un livre.
— Je n'ai pas dit que je comptais le faire lire.
Faith sourit, charmée par la répartie et la spontanéité de sa partenaire. Elle ne résista pas à l'envie de l'embrasser à nouveau, de retrouver les parfums de ses lèvres rosées. Son corps s'emplissait de satisfaction, d'une euphorie latente et enivrante. Elle la sentit répondre, poursuivre son baiser qu'elle gardait tendre, délicieux, empreint de douceur et de désir. Elle sentit les doigts fins de Sarah glisser dans ses cheveux et venir se fermer sur sa nuque. Un tressaillement la saisit. Son cœur prenait une allure plus anarchique dans sa poitrine et Faith en connaissait les raisons. L'attirance que Faith ressentait pour Sarah n'était pas nouvelle, ce flirt n'avait pas pour seul but une aventure d'un soir. Elle se recula de quelques centimètres à peine et détailla ses traits fins, angéliques, sa peau veloutée et laiteuse. Sa voix se baissa pour ne pas briser la douceur de ce moment.
— Je peux rester avec toi cette nuit ?
La surprise de Sarah fut évidente face à cette question inattendue. Faith était directe, elle le savait, mais en cette seconde, sur les implications de sa demande, elle resta muette. Passer la nuit ici avec elle signifiait beaucoup… Or, précipiter les choses était impensable, même si elles se connaissaient depuis quatre ans. Elle fronça légèrement les sourcils mais Faith se justifia avant qu'elle ne refuse :
— Je ne te parle pas d'aller plus loin, j'ai juste envie de rester avec toi… Je sais qu'il est tard et…
— C'est bon... l'interrompit Sarah. Tu peux rester.
Faith fut soulagée et son sourire revint sur ses lèvres. Elle passerait la nuit près de Sarah et ne serait pas obligée de partir. Quand Sarah était arrivée au département criminel, Faith avait ressenti une attirance instantanée et leur amitié s'était tissée au fil des années. Maintenant qu'elle concrétisait cette attirance, elle souhaitait prendre ce que Sarah lui offrait.
Sarah se redressa pourtant et récupéra les tasses vides.
— Si tu veux regarder un film, si tu as faim ou si tu veux un autre café, tu fais comme chez toi…
Faith la suivit des yeux et la regarda ranger comme à son habitude. Son appartement semblait en ordre, rien ne traînait, chaque chose était à sa place, ce qui n'avait rien d'étonnant. Les lieux reflétaient avec justesse son état d'esprit. Les couleurs étaient chaudes, chatoyantes, la décoration à la fois moderne et chic.
Sarah partit vers son bureau, ôta quelques dossiers de son sac et les tria rapidement avant de les poser sur d'autres. Elle avait prévu d'écrire ce soir, mais avec Faith chez elle, cela semblait impensable et impossible. Sarah avait besoin d'être plongée dans une ambiance bien particulière pour s'adonner à l'écriture, se concentrer, trouver les mots justes et les peser.
— Je te laisse cinq minutes, annonça Sarah en revenant dans le salon, je vais prendre une douche…
Faith la vit s'éloigner et se leva. Cette distance marquée par Sarah lui pesait et la dérangeait. Elle la sentait sur le recul, incertaine. Elle fit quelques pas dans le salon et s'approcha du bureau. Elle ramena le dossier placé en haut de la pile devant elle et l'ouvrit. Sarah avait ramené chez elle une copie de l'enquête sur Quentin Shiffer. Quelques annotations se trouvaient en marge des rapports ou des analyses, ajoutées au stylo rouge et bien visibles.
Faith devinait que l'interrogatoire – ou plutôt l'entrevue qui aurait lieu – se baserait sur des points précis. Comme souvent, Sarah préparait ses questions avec minutie. Elle avait souvent aidé le procureur ou l'avocat de la défense à rassembler tous les éléments nécessaires au bon déroulement des procès, toujours de façon neutre. Son rôle devait l'être et ses interventions demeuraient professionnelles et fondées.
Elle referma et le remit en place. Sa curiosité innée la poussa à visiter l'appartement de Sarah. Elle n'y était jamais restée plus de quelques minutes et d'ailleurs, la blonde n'était jamais venue chez elle. Elle s'arrêta devant une étagère. Les livres y étaient rangés par auteur ou par thème et Faith ne s'étonna pas que la plupart traitent de psychologies.
Elle poursuivit sa visite et s'arrêta devant une porte entrouverte qu'elle poussa. Les parfums vanillés de Sarah lui arrivèrent aux narines, plus abondants et délicieux. Elle fit quelques pas dans sa chambre où une lampe de chevet tamisait la pièce aux couleurs chaudes. Le lit était fait et quelques vêtements étaient posés sur le matelas. Une grande commode trônait près de l'armoire ouverte, incrustée dans le mur. Sur le meuble était posé quelques cadres photos. Elle en saisit un et détailla une jeune fille blonde qui posait près d'une femme plus âgée. Elle devinait qu'il s'agissait de la sœur cadette de Sarah ainsi que de sa mère. Sarah parlait peu de sa famille ou de sa vie privée en général. Rares étaient les fois où elle partageait des informations au sujet de son passé, son entourage.
Faith entendit l'eau couler dans la salle de bains et se plut à imaginer une vapeur chaude et épaisse suggérant la silhouette nue et féminine de Sarah.
Quelques images sensuelles dansèrent dans son esprit, attisaient son attirance et ses pulsions. Elle s'arrêta près de la commode et ne put s'empêcher d'en ouvrir le tiroir. Ses yeux se plissèrent sur une boîte de médicaments. Elle la saisit et s'assit sur le rebord du lit de façon instinctive. Sarah prenait des somnifères. La porte s'ouvrit derrière elle. Une grande serviette blanche drapait la poitrine de Sarah dont les cheveux étaient remontés sur la tête, tenus par un pic de bois. Elle comprit que Faith avait fouillé dans ses affaires mais ne s'en offusqua pas. Elle n'avait rien à cacher de toute façon et ce défaut était bien celui des policiers. Elle récupéra ses vêtements sur le lit mais accusa gentiment.
— Tu trouves des choses intéressantes ? demanda-t-elle.
Faith remit la boîte à sa place et referma le tiroir, mal à l'aise. Ses paumes se frottèrent contre son pantalon alors que son regard ne pouvait s'empêcher de s'attarder sur les gouttes d'eau qui roulaient sur les épaules nues de Sarah.
— Je ne sais pas ce qui m'a pris… balbutia-t-elle. Je…
Elle fronça les sourcils et demanda, sans se justifier entièrement.
— Tu dors mal la nuit ?
Sarah repartit dans la salle de bains et laissa la porte entrouverte avant de répondre :
— Dormais… Je dormais mal il y a quelques mois.
Faith acquiesça d'un signe de tête et passa sa main dans ses cheveux.
— Ok…
Sarah revint, habillée, les cheveux lâchés et démaquillée. De ses doigts, elle étala les noix de crème posées sur chacune de ses joues et demanda, le regard plus taquin.
— Tu t'inquiètes pour moi ?
Faith afficha un sourire moins certain sur cette question. Ses yeux restaient sur la tenue de Sarah qui consistait en un petit haut à fines bretelles et un pantalon de toile blanc. Elle n'avait pas l'habitude de la voir ainsi légèrement vêtue, à la sortie de la douche.
— Si c'était pas le cas, je serais pas là, non ?
Sarah reprit son sourire. Faith était paradoxale, elle se montrait soit directe, soit évasive. Elle éteignit les lumières et l'entraîna vers le salon.
— Tous les gens qui viennent me voir ne s'inquiètent pas forcément pour moi…
Elle l'emmena vers le canapé et lui intima de s'asseoir.
— Contrairement à ceux qui m'embrassent, termina-t-elle.
Elle repartit vers le comptoir et saisit la télécommande du moniteur télé avant de revenir et de la lui tendre.
— Et vu que tu t'es incrustée chez moi, tu vas devoir subir ma merveilleuse routine des jours de semaine.
Faith l'avait suivie des yeux et la vit repartir dans sa chambre avant de revenir avec la couette de son lit.
— Tu sais où sont l'armoire et la douche, lui rappela Sarah, alors tu peux aller te changer et après, on regarde un film !
Faith se leva face à ces recommandations autoritaires et enthousiastes.
— Bien, chef…
Elle s'éloigna mais Sarah en profita pour la contempler, la détailler, s'attarder sur son allure. Quand Sarah fantasmait sur une personne, outre son visage et son regard, elle affectionnait une partie précise de son anatomie qui n'était autre que les fesses. Celles de l'inspecteur étaient musclées et semblaient délicieusement fermes. Mais elle se garderait bien de le lui confier ce genre de pensées. Elle s'assit sur le canapé, ses jambes repliées et ramena la couverture sur elle. La compagnie de Faith lui faisait le plus grand bien, la détendait, lui faisait penser à autre chose. Elle ne se voyait pourtant pas l'inviter dans sa chambre, dans son lit, même s'il ne se passerait rien. L'envie ne lui manquait pas de faire l'amour. Cela faisait de longs mois que Sarah n'avait pas eu de rapport sexuel, mais le faire avec une autre femme était nouveau et elle n'était pas en confiance. Elle avait confiance en Faith, cela était indéniable ; elle était juste prudente. Au fond d'elle, elle ne souhaitait pas gâcher ce qui se tissait entre elles. Elle avait à plusieurs reprises songé que leur amitié semblait parfois ambiguë, ambiguïté qui s'était précisée la veille. Sarah voulait maintenant prendre son temps, ne pas faire d'erreur ou brûler d'étapes sous prétexte qu'elles se côtoyaient tous les jours. Ces baisers pouvaient n'avoir aucun sens ou au contraire, signifier le début d'une relation. Elle voulait apprendre à connaître Faith d'une autre façon. Les gens pouvaient être bien différents en dehors de leur travail. En effet, toute personne psychologiquement équilibrée se tissait une personnalité dès qu'elle entrait en contact avec le monde extérieur et elle-même n'échappait pas à cette règle. Quand Faith réapparut dans le salon, habillée de l'un de ses petits shorts et d'un débardeur, son sourire taquin revint sur ses lèvres. Elle lui fit un peu de place, la regarda s'asseoir et ramena la couverture sur elle.
— Tu sais ce que ça me rappelle ? Les soirées pyjamas que je faisais avec ma meilleure amie quand j'avais quinze ans !
Faith secoua la tête, amusée par cette comparaison. Elle précisa.
— Sauf qu'on n'a pas quinze ans.
— Et je n'ai plus mon horrible pyjama rose ! fit-elle avant de prendre la télécommande, je te préviens tout de suite, je milite contre les films d'horreur et les pornos !
— T'es chez toi, tu mets ce que tu veux, répondit Faith, nullement dérangée.
Chose que comptait faire Sarah de toute façon. Une fois sa chaîne choisie, elle rajusta la couverture et se cala contre Faith afin de bien rester au chaud. Après tout, Faith les voulait intimes, Sarah pouvait donc bien profiter de toute cette tendresse que Faith lui offrait.
Celle-ci tourna à peine son visage vers son profil, scruta son nez droit et le reflet vert de ses yeux. Sa main remonta sur sa joue et ses lèvres posèrent un baiser instinctif sur son front. Quels que soient les contacts qu'elle avait avec Sarah, Faith s'en régalait. Et Sarah ne bougeait pas, ne suivait pas ce qu'il se passait à l'écran, trop obnubilée par les doigts de Faith qui lui créaient de doux frissons et la détendaient au plus haut point. En cette seconde, elle n'avait plus envie de parler, de torturer son esprit avec ses enquêtes ou ces interrogations quant à ce rapprochement avec sa collègue. Elle était bien, la compagnie de Faith était un délice. Ses paupières se baissèrent, dissimulant ainsi ses prunelles vertes et brillantes et sous le drap, sa main partit sur le ventre de Faith.
Sarah n'avait pas conscience de ce qui traversait Faith sur ces rapprochements qu'elle provoquait. Son cœur avait repris une allure irrégulière et la douce chaleur qui s'insinuait en elle, devenait enivrante. Faith se redressa à peine et dit d'une voix plus basse.
— Viens… Allonge-toi…
Sarah se glissa alors devant Faith, sur le côté et la sentit amener un coussin sous sa tête ainsi que la couette sur ses épaules. Un sentiment de sécurité revenait l'envahir autant que le bras de Faith qui se faufilait autour de sa taille. Cela faisait si longtemps que personne ne s'était occupée d'elle ou ne l'avait prise dans ses bras…
Faith le faisait de façon spontanée. Sarah avait l'impression d'avoir oublié ce qu'une telle proximité faisait naître. Elle s'abandonnait à un sentiment rare de bien-être et osa glisser sa main sur la sienne, au niveau de son ventre. Il n'y aurait rien de plus ce soir, rien de moins chaste, rien de plus audacieux. Ce rapprochement effaçait l'ambiguïté qui s'était installée entre elles, balayait leur amitié pour les pousser vers une relation plus intime. Sarah avait conscience que ce moment, que cette nuit contre sa collègue, signifierait davantage qu'une étreinte impulsive et consommée sans retenue. Elle croyait avec conviction que rien n'arrivait pas hasard et que certaines choses étaient inévitables.
Faith resta accoudée, son visage au-dessus du sien, son regard posé sur son profil. Le calme qui s'installait autour d'elles était délicieux, contraire à l'éveil de son corps contre celui de Sarah. Elle ramena sa joue sur son bras, ses narines à la hauteur de ses cheveux parfumés. Dormir ainsi serait un régal.
A suivre..
Note : n'oubliez pas de laisser quelques mots pour partager vos ressentis, impressions. Les commentaires motivent et me rappelle aussi de faire les mises à jour.
