Chapitre un petit peu en retard, je sais, mais je suis un peu fatiguée ces derniers temps aïe aïe !
Un peu de smut pour vous et bonne lecture :)
A peine arrivé dans cette chambre, Phoenix n'avait même pas pris la peine d'égarer ses yeux sur les éléments qui habillaient la pièce. Non, à peine les deux amoureux étaient entrés que Benjamin avait abandonné la valise et l'avait attrapé par les hanches. Dans son élan, il referma la porte derrière eux en y plaquant l'homme de ses tourments, plantant sur ces lèvres un baiser dont il avait rêvé tant de nuits et tant de jours. Un baiser en menait à un autre, toujours plus intense et passionné ; la hâte les rendait maladroits.
Phoenix passa ses bras autour de son cou, ses mains se faufilant dans ses cheveux gris avant de redescendre sur ses épaules pour saisir le col de sa veste, la tirant un temps vers lui pour approfondir leur baiser et coller leurs corps, puis les glissant le long de ses bras. Benjamin se sépara, laissant sa moitié la bouche ouverte et la langue frustrée d'avoir perdu sa partenaire. Il recula en ôtant sa veste et la déposa sur un des fauteuils non loin, mais lorsqu'il porta sa main à son jabot, Phoenix se précipita en sa direction et l'attrapa dans une longue et douce étreinte par derrière, nichant son visage dans son cou.
Ils ne bougèrent pas, malgré le désir qui parcourait leurs veines, appréciant et se rappelant la présence de l'autre. Benjamin fondait sous son contact, caressant du bout des doigts ces avant-bras qui l'entouraient, un sourire amoureux et coquin affinant ses lèvres en sentant sa moitié frémir sous ses attentions.
Après cette halte, les mains de Phoenix reprirent vie, se portant vers le cou du procureur pour détacher ce morceau de tissu qui lui empêchait d'accéder à ce bout de peau qu'il mourrait d'envie de bécoter. Il déposa le jabot sur l'accoudoir du fauteuil puis attrapa les poignets de sa moitié, le tirant avec lui jusque dans le lit sur le bord duquel il s'assied, l'invitant tacitement à monter sur ses cuisses. Leurs corps de nouveau l'un contre l'autre, les deux hommes reprirent leur baiser, des langues affamées se cherchant et léchant sans réserve les lèvres qui se présentaient devant elles. Sentant son amant particulièrement pressé, déboutonnant déjà son veston et sa chemise avec le gauche de l'impatience, Benjamin s'amusait à lui arracher quelques grognements en rompant leur baiser et en passant sa langue le long de la lèvre supérieure de celui dont la lourdeur de la respiration le gardait béat, longeant l'arrière de ses dents et son palais. Benjamin tenait son visage entre ses mains et plongeait le regard hagard de Phoenix, ses paupières retombant légèrement car alourdies par le désir. De son point de vue, Benjamin n'était pas beaucoup mieux : ses perles platines mêlaient espièglerie et arrogante confiance et son sourire en coin dévoilait très clairement ses intentions.
Les vêtements avaient rapidement rejoints le sol, beaucoup trop étroits et formant le dernier obstacle qui les empêchait de parcourir et de redécouvrir ce corps dont ils s'étaient tant languis. L'un contre l'autre, Phoenix sur le dos et accueillant contre lui Benjamin, leurs mains parcouraient ces muscles et ces os qui se soulevaient à chaque respiration, à chaque gémissement, à chaque soupir. Des caresses douces, lascives et charmantes, arrachant aisément frissons et spasmes à ces muscles saillants que les mains parcouraient, pressaient, agrippaient, griffaient… Bref, joues et nuques et cous et dos et bras et flancs et fesses et cuisses y passaient, leurs peaux moites incapables de se séparer.
Benjamin dévorait la peau de sa moitié, ravageant et ravissant son cou de baisers brûlants, ses lèvres effleurant et longeant sa chair à chaque fois qu'il honorait et célébrait un nouveau point, un nouveau centimètre. Ses mains étaient descendues sur ses hanches, appréciant une fois encore ce creux qu'il adorait tant et cet angle de bassin qui saillait sa peau, celles-ci roulant à chaque fois que son corps se gonflait dans une nouvelle inspiration ou ondulant pour se délecter de la présence de sa moitié au-dessus de lui. Des hanches, rapidement ce furent les cuisses qui commencèrent à recevoir quelques attentions douces puis quelques poignes plus féroces, le procureur s'égarant à l'arrière de ses ces dernières pour les parcourir de ses mains douces et délicates, pour en apprécier la forme en passant lentement et lascivement le bout de ses ongles de haut en bas puis de bas en haut, dessinant par moment quelques allers-retours ou quelques cercles pour soustraire habillement frissons et gémissements. Phoenix basculait sa tête en arrière ou sur le côté, sa pomme d'Adam se soulevant lourdement à chaque fois qu'il déglutissait, généralement pour laisser s'échapper son plaisir dans une profonde expiration. Ses mains parcouraient sans cesse ce dos pâle et galbé qu'était celui de Benjamin, longeant sa colonne et ses flancs, puis plantant ses ongles entre ses omoplates, celles-ci roulant sous la contraction de ses muscles.
Peau contre peau, carcasses caressantes s'étreignaient et se saisissaient. Bouches dévorées, ventres papillonnants, petites galanteries susurrées s'écrasaient dans les oreilles ; et les voilà marivaudant et batifolant dans les plis de la douceur de ce lit, dont les draps perdaient peu à peu de leur fraîcheur, d'autres odeurs délicieuses s'imprégnant dans ces fibres délicates. Les frictions de leurs corps n'étaient pas intenses, de simples ondulations trahissant leur incapacité à rester immobile dans les bras l'un de l'autre. Quelques contacts, quelques frottements de leurs aines leurs faisaient l'effet d'un électrochoc, la chair de poule redressant le moindre de leur poil dans un parfois soudain frémissement. La chaleur grimpant et la tension s'alourdissant, maintenant épaisse et chargée de leur soif de luxure, tous deux buvant les réactions et les respirations et l'amour de l'autre. Deux ou trois coups de reins s'égaraient ; tantôt sous la forme de surprise puis rapidement pour subvenir à ce désir d'être touché et ravi qui grimpait encore et encore. Le moindre frôlement de leurs deux membres avait maintenant la faculté de les affaiblir, simultanément. Désir qui devint d'autant plus clair lorsque que leurs regards se croisèrent enfin, Benjamin relevant son visage de ce cou rougi et légèrement luisant, sa langue saliveuse ayant tracé quelques bandes le long de sa peau.
Phoenix se redressa d'un coup et déposa un baiser chaste sur les lèvres de Benjamin, se penchant en avant pour le forcer à se retrouver sur le dos. Sa bouche s'attarda sur toutes les parcelles de peau qu'il jugea nécessaire d'embrasser, de mordre parfois ou encore de lécher avant de soupirer contre, faisant sursauter et frémir sa moitié à cause du froid qui venait saisir une minuscule partie de sa chair pourtant ardente. Il descendait le long de son corps, buste, tétons et ventre n'échappant pas à ses bécots charmants et ravageurs, ses mains suivant son parcours en longeant ses côtés, parcourant flancs, taille puis bassin. Prêt à se saisir de l'objet de ses convoitises, l'appelant à s'en emparer, Benjamin déporta sa main devant, le dissimulant presque avec pudeur. Phoenix eut à peine le temps de relever la tête pour voir si le visage qui se tenait un peu plus loin lui signifiait que quelque chose n'allait pas, mais sa moitié s'exprima plus rapidement. Il avait oublié que Benjamin était à présent un homme à l'aise avec sa sexualité, un meilleur communicant de manière générale – et parfois plus que lui – :
« Table de chevet droite. Dans le tiroir. La boîte et le tube. »
Phoenix se retourna et se laissa glisser sur le ventre jusqu'au petit mobilier que Benjamin lui avait indiqué entre deux halètement. Il y plongea sa main, tâtant pour récupérer ce qui lui avait été demandé, revenant en s'agenouillant devant son amant qui patientait là, jambes étendues, prêt à accueillir de nouveau sa chaleur. Phoenix déposa le tube à côté de lui, comprenant l'utilité de ce lubrifiant, impatient de la suite des événements ; mais la petite boîte le laissa perplexe. Il en sortit un préservatif avant de la lancer en arrière, atterrissant dans les oreillers auxquels ils tournaient le dos. Il détestait avoir des conversations sérieuses en plein milieu de ses ébats, des interruptions qui avaient le don de le sortir du moment, d'ôter ce caractère primitif et instinctif de l'acte… Et pourtant, il fallait se dire les choses :
« Je croyais qu'on avait rien tous les deux ?... Murmura-t-il finalement, la respiration lourde soulevant sa poitrine et ses épaules, le désir tapissant encore sa gorge. Tu as un souci de santé ?
- De santé non, souffla Benjamin en se redressant, lui retirant le préservatif des mains. Par contre, il est hors de question que je demande de faire changer les draps à cause d'un égarement. »
Un petit soupir amusé s'échappa de ses narines, bêtement surpris de retrouver la pudeur et la précaution de Benjamin ; dénotant quelque peu avec son attitude spontanée, entreprenante même. Phoenix se pencha légèrement et écrasa un délicat et affamé baiser sur sa pommette, baissant ensuite les yeux pour observer les mains précises de son amant qui enfilèrent ce film de latex sur lui-même, invitant Phoenix à le saisir, le prendre, le ravir, lui arracher passionnément, férocement, sadiquement supplices et prières, boire ces ronrons et grognements, mais aussi ces trois mots terribles qui avaient le don de rendre tout plus intense, le don de le faire passer par-dessus bord.
C'en était trop, il plaça ses mains sur ses épaules et le planta dans le matelas, un timide cri de surprise échappant à Benjamin quand sa tête heurta le lit. Invité dans ce foyer, cette alcôve secrète entre ces cuisses fortes, douces et pâles où s'étaient perdus quelques grains de beauté dont seul Phoenix là, maintenant, aujourd'hui et pour le reste des temps, aura le secret. Une peinture délicate, une sculpture forte dont les jambes le firent prisonnier, enveloppant et emprisonnant ses hanches et le bas de son dos, des reins condamnés à rouler au plaisir, condamnés à traîner et à glisser le long de ses intérieurs, à longer les murs et laisser s'échapper cet énervement charnel dans ces murs soyeux. Epinglé là, sous son corps, sous sa chair, Benjamin ; ses yeux clos ou roulant dans son crâne selon la force de la bascule, de ce bélier qui enfonçait ces portes élyséennes qu'étaient celles de temps de cieux grimpés, parcourus. Gémissements et grognements et glapissement montaient et tapissaient les murs de cette niche hors du temps, hors du monde. Ces coups de boutoir qui ébranlaient sa garde, sa tête basculant par-dessus le balcon qui surplombait ce jardin dont ils avaient été chassés depuis longtemps, révélant cette gorge large et galbée, la peau s'étirant et se creusant au fur et à mesure que les cordes se nouaient et se dénouaient, invitant quelques baisers et soupirs, quelques morsures et murmures. Les mains étaient passées dans les dos, cramponnant et refermant ce cocon que formaient leurs corps recroquevillés l'un sur l'autre, inséparables.
Quelques délicieuses minutes se passèrent avant que celles de Benjamin glissèrent sur les épaules qui étaient écrasées contre lui, ses paumes tentant de les repousser en vain. Il prononça plusieurs fois son nom, mais cela semblait seulement renforcer l'emprise que Phoenix avait sur son corps. Aussi serrés, leur chaleur devenait étouffante et le bas de son dos engourdi ainsi pris. Benjamin étendit ses jambes, espérant pouvoir se repositionner un peu mieux, quel échec ce fut quand il se rendit compte que les cuisses Phoenix étaient légèrement écartés sous ses fesses, l'empêchant de les reposer sur lit pour mieux se caler. Il replia ses jambes de nouveau et posa ses mains sur ses bras, prenant une grande inspiration malgré son corps secoué par les à-coups.
« Princesse ! Lâcha Benjamin d'un coup, resserrant sa poigne pour l'inciter à se redresser. Ses joues brûlaient sous le ridicule de ce safe word, dont il espérait n'avoir à jamais se servir.
- J-Je te fais mal… ? Son souffle était lourd, ses yeux humides gorgés de plaisir. Il se redressa sous la pression de Benjamin, retirant ses mains de son dos pour les glisser sur ses hanches, y égarant quelques caresses en le regardant.
- Je veux changer, j'ai trop chaud avec toi comme ça… »
Sous sa demande, Phoenix recula, donnant de l'espace et de l'air à sa moitié qui prit une grande inspiration, appréciant le retour d'un air plus frais contre sa peau et de pouvoir allonger ses jambes piquées et cotonneuses. Le brun lui proposa un verre d'eau ou d'ouvrir la fenêtre, ce à quoi il lui répondit « oui, volontiers ». Phoenix sauta sur ses pieds, ouvrant les deux pans de la vitre qui donnait accès à un petit balcon, veillant à rabattre le rideau qui heureusement ne flottait que très légèrement sous la brise – dont il devait admettre l'agréable. Il se précipita ensuite vers ce qui semblait être la salle de bain, remplissant un des verres disposés sur la tablette avant de revenir s'asseoir sur le bord de ce lit, offrant à sa moitié cette eau fraîche. Redressé, les genoux légèrement recroquevillés pour dissimuler son intimité, Benjamin y trempait ses lèvres, laissant s'écouler paisiblement ce liquide dont la primeur apaisait ses chairs, l'eau parcourant en un ligne droite sa gorge, son œsophage, s'arrêtant dans son ventre qu'il sentait légèrement gonfler et flotter à présent. Il se sentait mieux : la température de son corps suffisamment redescendue, et sa cage thoracique ainsi que ses membres libres de se mouvoir et de prendre des positions qui lui convenaient davantage aussi. Conscient du temps et de l'espace dont Benjamin avait régulièrement besoin, même dans des moments aussi intimes et intenses, Phoenix le laissait seul, gardant pour lui ses envies d'embrasser ce grain de beauté sur son épaule et de caresser affectueusement son dos. Un respect qui lui paraissait essentiel aujourd'hui et que sa moitié manifestait on-ne-peut-plus clairement.
Ils restèrent quelques temps comme ça, séparés, humant cet air frais du printemps qui traversait agréablement la pièce, emportant avec elle quelques odeurs des cafés et restaurants qui ne se trouvaient pas très loin, au cœur de la ville. Finalement, même Phoenix finit par apprécier cette pause, laissant sa peau se réchauffer sous le soleil qui traversait ce rideau blanc. Benjamin avait finit son verre mais le garda un temps dans ses mains, le tenant par le haut et appréciant cette matière froide qui reposait contre son tibia. Il tourna la tête en direction de Phoenix et rencontra un homme qui se laissait porter par le calme, ses muscles tonnés totalement relâchés, absorbant la sérénité et la sécurité de cette chambre d'hôtel. Benjamin tendit sa main, laissant glisser le revers de ses phalanges le long de son bras, l'interpellant silencieusement. Phoenix tressaillit au contact, tournant la tête en sa direction et soupirant un doux sourire.
« Tu te sens mieux ?... Chuchota-t-il, prenant sa main dans la sienne pour y déposer un baiser.
- Beaucoup mieux, merci. » Benjamin se pencha, se laissant retomber sur le ventre pour déposer le verre sur la table de nuit.
Quelques doigts impatients parcoururent son dos, partant d'entre ses omoplates pour descendre le long de sa cambrure, envoyant quelques frissons tout le long de son corps. En regardant sur le côté, il croisa le regard de Phoenix, lui demandant tacitement s'il avait envie de continuer, ses yeux encore gorgés de désir et ses joues encore rougies. Benjamin se redressa sur ses coudes, étendant son bras pour attraper un des épais oreillers pour le placer son sous buste tout en se dressant sur ses genoux, les écartant légèrement pour y inviter sa moitié. Cette dernière le rejoignit, passant ses mains sur ses hanches et effleurant la courbe de son dos avec ses lèvres, semant quelques baisers sur la vallée de craie que formait sa colonne, respirant sa peau, appréciant sentir sous ses paumes cette croupe forte et onduleuse, charnue et rebondie, rouler ou se tendre. Sa langue descendant sur ce V, ce delta de l'amour où son dos rejoignait l'objet de ses désirs, de ses prétentions. Comme l'abeille qui butine son bouton, comme le papillon qui boit son nectar ; Phoenix faisait éclore fleurs et mûrir fruits, les gorgeant de soleil, les soupirs contentés de Benjamin se rapprochant et illuminant cette pièce pourtant déjà inondée par le soleil printanier. Des mains fortes mais tendres empoignaient cette pêche duveteuse, cherchant ce cœur sucré et délicieux ou s'égarant dans sa chair, retenant ses incisives de croquer dans sa chair, se souvenant que le pauvre procureur qui croulait sous ses attentions délicieuses n'appréciait guère quelques coups de dents dans cette partie particulièrement délicate de son corps. Phoenix déposa un dernier baiser dans le creux de sa hanche puis se redressa, attrapant le tube qui traînait de l'autre côté de lit depuis un moment, lubrifiant sa vigueur enfin revenue avant de revenir contre son amant, s'enfonçant puis se retirant malicieusement, prenant un malin plaisir à voir Benjamin s'impatienter en agrippant les draps dans un élan de frustration, grognant à chaque fois que le bassin de Phoenix le poussait en avant. Une fois, deux fois, trois fois… Cela se comptait sur les doigts d'une main mais Benjamin tourna la tête, ses sourcils noués par l'exaspération, murmurant un piquant et audacieux « dépêche-toi » auquel Phoenix n'y réfléchit pas à deux fois, assénant sa moitié de ces coups du bonheur, un orgasme renversant ne manquant de perler de ses lèvres, atteignant encore et encore, frénétiquement, cet organe électrisant ; cet anneau de chair se refermant sur Phoenix en l'emportant, avec lui, dans le jardin d'Aphrodite.
Phoenix s'écroula dans le lit, ses genoux et son dos cédant sous sa libération, ses cuisses tremblotant légèrement. Il luttait pour garder ses yeux ouverts, son attention virant entre Benjamin et les endorphines qui troublaient sa vision et embrumaient sa tête. Incertain et pudique, le procureur ne resta pas longtemps à ses côtés, quittant les draps après avoir déposé un baiser sur son front moite où se collaient quelques mèches brunes. Il ramassa le pantalon de survêtement qui trainait par terre, balancé et abandonné alors batifoleurs, revenant pour le donner à son propriétaire.
« Tu devrais dire à Vérité que tu es bien arrivé, je reviens. »
Benjamin récupéra l'emballage lamé, ôtant son préservatif pour le placer soigneusement dedans et se retirant ensuite dans la salle de bain adjacente, Phoenix devinant ses intentions en remarquant cette bande blanche qui s'écoulait le long de sa cuisse. Seul dans cette immense mer de draps, il attrapa l'oreiller que serrait Benjamin dans ses bras, le ramenant à côté de celui sur lequel sa tête reposait. Il soupira puis se redressa légèrement, mettant à la verticale son oreiller pour épargner son dos de la dureté et du froid de l'encadrement de lit. Il fouilla sa liste de contact, cherchant celui de sa fille puis lui tapa :
« Coucou ma puce. Je suis bien arrivé, Benjamin est venu me chercher à l'aéroport comme prévu. J'espère que tu vas bien, hésite pas à m'appeler si ça ne va pas. Je t'aime. »
Satisfait, il roula doucement sur lui-même, déposant son portable sur la table de chevet qui se trouvait de son côté. Il s'assit de nouveau, ses yeux se déportant immédiatement sur le tube bleu et la boîte de même couleur qui demeuraient encore au bout de lit, patientant pour qu'une âme charitable les range enfin ; mais cette âme généreuse ne sera sûrement pas Phoenix, son corps refusant le moindre effort supplémentaire pour le moment. Il enfonça davantage sa tête dans ce duveteux et épais coussin, regardant ce rideau flotter légèrement sous la brise. Il ne faisait pas froid, même plutôt chaud. Mais une chaleur moins sèche qu'à Los Angeles, l'air apaisant la légère lourdeur des rayons qui traversaient la pièce. La poésie de cette atmosphère délicate était renforcée par le son étouffé de l'eau qui s'écoulait un instant de la pomme de douche, quelques clapotis qui avaient le don d'enfoncer son corps encore davantage dans le moelleux et le velouté du matelas.
Le verrou de la porte de la salle de bain claqua, tournant sur lui-même. Benjamin en sortit, son corps enveloppé dans un peignoir d'un noir profond. Ses cheveux étaient un peu moins en bataille, mais il était clair qu'il n'avait pas chercher à se recoiffer davantage. Dans ses bras, il tenait une même robe molletonnée et la déposa à la place libre qui demeurait à côté de Phoenix, puis parti récupérer ses lunettes qui étaient encore accrochée à la poche poitrine de sa veste bordeaux.
« Je t'ai jamais demandé Benjamin, mais tu as quoi comme problème de vue ?
- Myopie, répondit-t-il simplement, tirant la valise de Phoenix près de la sienne, beaucoup plus large.
- Ca fait quoi déjà ? Et ça fait longtemps ? Il se redressa davantage, passant le peignoir qui venait de lui être apporté. Il était étonnamment doux et léger.
- Je vois de près – de très près même – mais quasiment plus rien au loin. Ca fait quatre ans que je porte des lunettes, mais apparemment ça fait longtemps que je suis myope selon mon médecin., expliqua Benjamin, s'asseyant dans le fauteuil libre et portant à son oreille le combiné du téléphone fixe qui se trouvait sur la table d'appoint. Tu veux boire ou manger quelque chose ?
- Je ne dirai pas « non » à du jus de raisin s'ils en ont, sinon un café me va aussi, souffla-t-il en s'étirant, quelques vertèbres de son dos craquant malgré lui.
- Si tu peux éviter de te bloquer le dos ça m'arrangeait Wright, souffla Benjamin, composant le numéro de la réception. Guten Tag, mein Freund und ich möchten eine Flasche Traubensaft und Daarjeling-Tee, bitte… Wenn Sie keinen Saft haben, reicht auch eine Tasse Kaffee… Vielen Dank. Benjamin raccrocha et croisa ses jambes, faisait attention à ce que le peignoir ne révèle pas trop de sa peau. Je t'ai commandé un café.
- Merci… D'ailleurs, je ne t'ai jamais entendu parler allemand maintenant que j'y pense. Ca sonne beaucoup mieux que ces mots à rallonge sur les panneaux », ria Phoenix.
Benjamin se contenta de balancer légèrement sa tête en soupirant, un sourire tolérant sur ses lèvres. Il se releva et ramassa les vêtements qui jonchaient le sol, les repliant astucieusement pour les déposer en deux piles, une pour lui et une autre pour sa moitié qui ne semblait définitivement pas prêt à faire le moindre mouvement. Benjamin collecta aussi la petite boîte et le tube et les rangea de nouveau dans le tiroir de la table de chevet, puis se pencha pour vérifier si les draps avaient bien été épargnés grâce à ses précautions. Phoenix se tourna légèrement et attrapa le col de son compagnon, le tirant pour l'embrasser. Le procureur le rendit, ses joues et ses oreilles tirant vers le rouge, mais ne il ne put s'empêcher d'adorablement pester en remettant correctement son peignoir. Déjà qu'il traînait dans cette tenue légère, il était hors de question que le groom arrive alors que son torse et ses cuisses étaient à moitié exposés.
D'ailleurs, le room service ne tarda pas et Benjamin alla accueillir l'homme qui était venu les servir. Celui-ci salua Phoenix qui se tenait toujours dans le lit ; il ne savait guère quoi répondre à cette langue qu'il ne comprenait ni ne parlait, se contentant d'hocher poliment la tête. Benjamin échangea brièvement avec lui, fouillant dans la poche de sa veste et en sortant son portefeuille, tendant au groom un billet rosé, la bande holographique scintillant à cause du soleil.
« Ca te dit qu'on s'installe sur le balcon ? Il y a une table et deux petites chaises. C'est assez calme aussi.
- Bonne idée ! » Phoenix bondit du lit dans un élan de courage, se dirigeant vers la porte-fenêtre.
L'autre le suivit, emportant avec lui le plateau de collations et la déposant sur table métallique verte foncée. Ils s'assirent tous les deux, buvant calmement leurs boissons respectives et portant leurs yeux de temps à autre sur la petite cour avant de se refaire face. Ils étaient bien, ils étaient heureux, impatients de vivre ensemble le temps d'une parenthèse.
