Je compte finir cette fanfiction dans quelques chapitres. Je commence à manquer d'inspiration pour certains chapitres même si j'ai en tête les grandes lignes.

J'ai peur aussi d'être trop répétitive par inadvertance et ce n'est pas un sentiment qui me plaît trop. J'ai aussi envie d'essayer d'écrire d'autres choses, peut-être des AU, des one shots ou des drabbles. Je ne sais pas si je les publierais encore.

En tout cas, je vous remercie de me lire et je suis ravie si vous passez du bon temps sur ma fanfic. N'hésitez pas à laisser un kudo ou un commentaire, je suis preneuse de critiques pour m'améliorer.

Prenez soin de vous surtout 3


A vrai dire, leur collation sur le balcon n'avait guère duré longtemps. Phoenix avait monopolisé la parole une fois que les effets de l'ocytocine, cette hormone de l'amour, s'étaient dissipés. Quelques gorgées de café avaient réussi à réveiller son esprit et ses membres, à alléger ses paupières qui étaient alors bien engourdies.

Benjamin restait silencieux, se contentant de quelques « hm » ou « en effet » pour ponctuer les longues déclarations de son compagnon. Il tenait sa tasse dans ses mains souvent trop froides, la brise qui longeait ses jambes et ses poignets, se faufilant sous sa robe de chambre, lui donnant une légère chair de poule. Ce breuvage était suffisamment chaud à travers la porcelaine fine, une chaleur et une odeur réconfortantes pour l'âme et le corps. Régulièrement, il portait le bord de la tasse à ses lèvres, les humidifiant régulièrement. Il n'en buvait pas une gorgée, appréciant tout simplement porter quelque chose à sa bouche. Oui, Benjamin désirait allumer une cigarette et la fumer, là, maintenant, mais il concentra son esprit sur les paroles de Phoenix et sur les douces sensations de son infusion en espérant que cette envie s'en ira d'elle-même.

Phoenix parlait et parlait encore, son sourire sur ses lèvres s'agrandissant et révélant ses dents par moment, les étoiles dans ses yeux bleus comme le ciel d'une nuit d'été scintillant encore plus. Son discours n'était pas nécessairement cohérent, énumérant quelques souvenirs, quelques idées aussi. Enfin, surtout quelques sujets qui l'animaient et le rendaient profondément heureux. Il savait bien qu'il occupait toute la conversation – peut-être que du coup, cela ne comptait plus comme tel –, mais la manière dont le regard de Benjamin se posait sur lui, sur ses mains animées, sur ses joues qu'il sentait se chauffer et rougir de temps à autre, sur ses lèvres qui s'étiraient ; la manière dont le regard de Benjamin se plongeait longuement dans le sien… Bref, c'étaient des mots non-dits qui lui parvenaient plus que clairement. De temps en temps, une fois qu'il finissait une histoire, Phoenix se laissait aller et écraser un baiser sur la joue de son compagnon, dégageant délicatement avec le revers de ces doigts cette mèche argentée qui se trouvait dans la voie. Parfois, il essayait même de la glisser derrière son oreille dont le haut tendait à rougir, mais cela ne durait jamais guère longtemps, le soyeux de cette franche aux subtils reflets dorés révélés par le soleil finissant toujours par retomber. C'était pénible, un tantinet frustrant, mais que serait son Benjamin d'amour sans sa belle chevelure.

Néanmoins, ces années aux côtés de Vérité avaient renforcé son instinct, sa manière de percevoir les autres. Comprendre Benjamin n'était plus une réelle difficulté aujourd'hui, ils se connaissaient depuis bien longtemps maintenant et celui-ci avait depuis bien longtemps abandonné sa garde en sa présence. En continuant de déblatérer ses histoires, il sentait une légère nervosité, une certaine tension chez lui à chaque fois que le procureur portait sa tasse à ses lèvres. Il s'agissait de quelque chose qu'il ne faisait pas en général et d'une certaine manière, cela lui rappelait les fois où sa main pâle se portait sur ses lèvres désireuses d'une cigarette. Phoenix hésita un temps de le mentionner, d'autant plus qu'il avait l'impression que Benjamin n'avait pas remarqué ce tic qui avait échappé de son contrôle ; mais il osa :

« Benjamin, je te l'ai déjà dit : si tu veux fumer, fais-le. »

Celui-ci se raidi d'un coup, sa joue se serrant le temps d'une seconde. Il reposa la tasse, la porcelaine tintant dans ce silence nouveau. Il se redressa un peu plus, le dos bien droit et croisa ses mains sur sa cuisse.

« Me voilà surpris que tu m'encourages dans cette mauvaise habitude, soupira-t-il, son sourire léger ne quittant pas pour autant ses lèvres au plus grand soulagement de Phoenix.

- Je t'y encourage pas, crois-moi. Mais je vois que tu en as envie, et je ne t'en veux pas.

- Je refuse de t'enfumer plus que nécessaire. De plus, ce balcon est trop étroit et le vent va vers l'intérieur, objecta Benjamin en pointant son voisin. J'entends Franziska te traiter « d'imbécile » rien que pour cette suggestion.

- J'ai le droit à l'argument Franziska, c'est très sérieux ! » Ironisa Phoenix en levant les mains, signifiant qu'il n'allait pas insister.

Benjamin ne put retenir un soupir rieur, les coins de ses lèvres se creusant un instant en un sourire ; un détail que ne rata pas Phoenix, enfonçant son index dans sa joue. L'autre pencha la tête, fronçant légèrement les sourcils devant un compagnon bien puérile. Il reprit sa tasse, finissant son thé qui commençait à devenir trop froid à son goût. Immédiatement, il se leva, ramassant les tasses et les replaçant sur le plateau pour les ramener à l'intérieur de la chambre, le posant soigneusement sur la table d'appoint. Phoenix se tourna sur sa chaise, étendant son bras sur le dossier pour aider son dos. En dehors de son veston et de quelques pantalons, il n'avait jamais vraiment vu Benjamin porter du noir et encore moins un simple peignoir. La manière dont le tissus tombait et se pliait sur son corps était exquis, contrastant délicieusement avec sa peau de nacre. Les pans de la robe se croisaient pile à la naissance de ses deux pectoraux, révélant ce décolleté masculin qu'il adorait tant, ses clavicules saillantes contre lesquelles roulaient sa peau. La ceinture soigneusement nouée marquait sa taille et soulignait sa carrure déjà marquée par la manière dont il balançait son poids sur ses hanches. Enfin, son regard s'attarda un moment sur ses jambes : le peignoir s'arrêtait au-dessus de ses genoux, laissant à la vue de tous ces mollets galbés, légèrement arqués, clairsemés de poils fins et clairs dont la présence était timidement révélée par les rayon du soleil qui les faisait délicatement briller, de fins fils d'or et d'argent.

« Je ne te dérange pas, Wright. »

Benjamin se tenait droit, le visage dur et les bras croisés, son index tapotant contre son biceps. Son regard était sévère mais ses joues légèrement rougies. Phoenix se retourna, toussant un instant dans son poing pour étouffer ce rire nerveux qui manquait de lui échapper, pris en flagrant délit. Il ne put retenir un sursaut quand des mains froides se déposèrent sur ses joues, le forçant doucement à basculer sa tête en arrière. Quelle fut sa surprise de sentir que sur son front, entre ses deux sourcils, fut déposé le plus doux des baisers. De son visage disparurent ses dernières tensions, un sourire se forçant sur ses lèvres. Il prit une grande inspiration et relâcha une toute aussi grande expiration, son cœur fondant sous cette attention. Benjamin se redressa, déposant ses mains sur ses épaules. Phoenix en attrapa une, caressant le dessus de ses doigts avec son pouce en déposa sa tête contre son torse.

« Et dire qu'on a perdu cinq ans… Chuchota Phoenix, la voix légèrement teintée de regrets.

- Parfois, je pense que notre séparation était essentielle. Du moins, avec du recul, c'est une période pendant laquelle j'ai appris beaucoup sur les autres et moi-même. Il marqua une pause, puis repris, calmement : Ce qui compte, c'est aujourd'hui. C'est toi qui me l'a appris à la résolution de DL-6.

- C'est vrai… J'ai hâte de découvrir demain aussi.

- Tu parles du buffet de demain soir ? Je ne te savais pas aussi emballé par un bain de foule, souffla Benjamin, déviant volontairement la conversation.

- Tu sais très bien de quoi je parle ! Enfin… Maintenant qu'on en parle, t'es certain que je suis la bienvenue ? »

Le procureur tapota son épaule, secouant légèrement la tête pour dégager ses mèches de son visage en regardant au loin. Calme, posé, confiant et chaleureux, il se contenta d'un « bien sûr ».


Une petite masse grouillait dans cette salle, mais elle restait suffisamment aérée pour circuler librement entre les corps. Femmes et hommes se tenaient là, les premières sur leurs escarpins et les seconds dans leurs mocassins ; ou bien en baskets pour les plus décontractés d'entre eux. Les discussions allaient bon train, les toasts portés et les verres trinqués, les mains se serraient et les tapes dans les épaules partaient.

Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas mêlé à autant de personnes. Cela faisait longtemps qu'il était isolé. Ses yeux se posaient sur tous les visages : il espérait en reconnaître quelques-uns ou deviner quelles étaient les personnes dont Benjamin était le plus proche (peut-être qu'un de ses ex se trouvait ici d'ailleurs, ce qui serait assez curieux et drôle à la fois). Il le suivait, calquant son allure sur la sienne pour ne pas le perdre de vue. De temps en temps, certaines personnes se tournaient vers lui et saluaient le duo, Benjamin se contentait à chaque fois d'un « bonsoir, je vous retrouve plus tard » chaleureux, poli et courtois. Phoenix se contentait de rendre la salutation et de se laisser guider. Benjamin avait insisté pour que l'ancien avocat rencontre et puisse échanger avec son mentor lors de son séjour en Europe après avoir tué son ancien lui ; celui qui lui avait permis de grandir et d'apprendre ce qui se faisait ailleurs, comment était envisagé la justice et le métier de procureur ailleurs et de pouvoir rendre utile la petite et fragile flamme que Phoenix avait ravivé en lui. Benjamin avait parlé tant de fois de son rival et ami d'enfance à son mentor, et quand celui-ci avait appris que les deux passeraient en Europe, il avait insisté pour enfin rencontrer ce fameux avocat de la défense. Comment s'appelait-il déjà ?...

« Monsieur Jurgen, bonsoir. »

Ah oui, voilà son nom. Markus Jurgen, procureur fédéral de la Bavière.

« Guten Abend Benjamin ! » Lança-t-il après s'être retourné pour voir qui venait le décrocher de son téléphone.

Monsieur Jurgen était assez petit et légèrement fort. Ses cheveux blancs étaient impeccablement et soigneusement coiffés, brossés sur un côté et fort soyeux même s'il était légèrement dégarni. Son costume était brun, particulièrement bien taillé, rehaussé par une cravate bordeaux. Ses yeux étaient petits du fait de ses paupières tombantes, mais brillaient en eux une sorte d'espièglerie jeune et une simplicité maline qui contrastait pourtant avec son titre et ses fonctions. Benjamin et lui échangèrent quelques mots en allemand, se regardant l'un et l'autre dans les yeux. Jurgen gardait la main de son élève dans les siennes, la serrant avec entrain et fierté.

Benjamin se tourna légèrement, montrant Phoenix de sa main libre, un large sourire particulièrement serein reposant sur ses lèvres à sa plus grande surprise.

« Markus, je vous présente enfin Phoenix Wright. Mon ami d'enfance, mon ancien rival et aujourd'hui mon compagnon.

- Enchanté Monsieur Jurgen, sourit Phoenix, tendant sa main. Ravi de rencontrer celui qui a pu guider Benjamin et lui permettre de trouver sa voie.

- Moi de même, Phoenix ! Sa poigne était forte, un léger accent ponctuait son excitation. Si vous saviez combien de fois Benjamin m'a parlé de vous. Vous avez d'ailleurs toute ma sympathie et tout mon soutien en ces temps difficiles, je suis certain que vous et votre « Verlobter » trouverez une solution ! »

Phoenix sursauta à la petite tape qu'il reçut sur l'épaule, surpris que Benjamin ait pu tenir un an aux côtés de cet homme visiblement très tactile et très familier – même lui était déstabilisé, et pourtant lui aussi était amical et sociable. Il tourna sa tête vers son partenaire, souhaitant initialement le taquiner pour s'être visiblement confié à cet homme, mais il tomba nez à nez avec une Benjamin aux joues empourprées. Il tenait son bras, légèrement nerveux… Ou plutôt gêné, pudique. Constatant l'air interrogé qui venait de se dessiner sur le visage de Phoenix, sa spontanéité se trahissant dans ses yeux océans, Jurgen ria tout en le libérant de sa poigne forte.

« Tu pensais que je ne remarquerai pas cette belle bague ?! Vous vous marriez bientôt ? Je croyais que l'Etat de Californie avait rendu de nouveau impossible les mariages pour les couples de même sexe ?

- V-Vous avez raison Markus, toussa Benjamin, se dégageant la gorge et tentant de chasser les rougeurs qui tâchaient ses joues. Disons que nous sommes officieusement fiancés en attendant un éventuel changement. Il ajouta, la voix un peu plus basse : pour un peu plus de contexte, « Verlobter » veut dire « fiancé », Phoenix.

- Je comprends mieux, pouffa l'ancien avocat. Espérons qu'un jour cela change, en attendant. »

Pendant une bonne quinzaine de minutes, les trois hommes discutèrent, un temps sur un ton sérieux puis un autre sur un ton familier, rieur même. Phoenix était resté légèrement en retrait au début, ne souhaitant interrompre les retrouvailles entre maître et élève et peinant à trouver un moyen de s'embrancher sur quelques sujets qu'ils abordaient tous les deux (le droit allemand ou le métier de procureur, thèmes pour lesquels il était définitivement peu doté). Mais quand la conversation tournait autour de sujets plus léger ou quand Markus l'interpellait – aussi bien pour avoir son avis, rire avec lui ou lui raconter un souvenir avec Benjamin –, Phoenix commençait à se sentir un peu plus à sa place, un peu plus à l'aise. En venant à ce buffet, à cette réunion, il était légèrement anxieux, il doutait d'être à sa place ou d'être capable de se soumettre à un tel exercice. Mais finalement, son naturel sociable et extraverti avait repris le dessus. Son charisme habituel commençait à se dégager de lui, ses mains quittèrent ses poches et sa taille pour battre l'air et accompagner les mots qui quittaient sa bouche. Jurgen qui avait l'habitude de couper un petit peu les gens avait fini par ne plus l'interrompre, le laissant parler de bout en bout et écoutant avec une attention silencieuse ses histoires, ses expériences, ses idées… Son visage s'était illuminé, ses manières s'étaient ouvertes. En plus de ses mains et bras expressifs, ses jeux de sourcils et de regard accompagnaient parfaitement ses mots, rendaient Jurgen encore plus enjoué.

A chaque fois que Phoenix levait légèrement les bras, au moins à la hauteur de son épaule, sa veste de costume bleue s'écartait et révélait la délicate ligne de sa taille. La carrure renforcée de ses épaules le rendait aussi fort séduisant ; un bel orateur à la voix claire et au langage corporel accueillant.

Benjamin se souvient des quelques moments où Phoenix lui avait fait part de ses doutes ou de sa nervosité, mais connaissant sa nature extravertie, le procureur ne voyait dans ces remarques qu'un manque de confiance en lui et le poids de son isolement du monde. Et il avait vu juste : sa moitié était belle comme ça, épanouie parmi ces gens. Quelques personnes qui passaient à côté d'eux finissaient par s'arrêter au niveau du trio, écoutant silencieusement ou demandant une clarification sincèrement curieuse à Phoenix à laquelle il répondait joyeusement. Bientôt, un cercle s'était formé autour de lui, un vrai public captivé par ses histoires et son expérience, par ses clients, ses témoins et ses affaires extraordinaires ; mais surtout, par son talent. Beaucoup des personnes qui se trouvaient ici connaissait « Turnabout Terror », Phoenix ayant réussi à faire rayonner son nom au-delà des frontières par ses coups de génie médiatisés mais aussi par le bouche-à-oreille qu'avait entretenu Benjamin auprès de ses contacts internationaux. Le procureur connaissait quasiment tout le monde ici, et donc presque tout le monde connaissait au moins de nom Phoenix Wright et étaient bien enchantés à l'idée de le rencontrer et d'entendre de sa propre bouche son expérience.

Benjamin s'était mis en retrait pour mieux apprécier sa moitié. Il avait glissé ses mains dans ses poches, les épaules détendues. Il ne pouvait retenir un sourire en coin fier et satisfait. Il se sentait flatté aussi, son cœur grossissant et papillonnant dans sa poitrine à chaque fois que Phoenix mentionnait son aide ou rappelait à quel point il avait été une source d'inspiration. Phoenix le regardait de temps en temps, les pommettes légèrement rougies et ses yeux grisés par le bonheur et la gratitude.

Par moment, sa voix déraillait, sa gorge s'asséchant car plus habituée parler pendant une si longue période, Phoenix toussant dans son poing pour dégager et sa gorge. Benjamin se faufila à travers la masse, se dirigeant vers le buffet qui se trouvait un peu plus loin dans la pièce. Il attrapa deux verres : un d'eau et un de Sekt, puis retourna au niveau du groupe, slalomant aisément entre les personnes qui s'étaient massées ici. En arrivant, il comprit que son compagnon avait débuté une nouvelle histoire ou qu'il répondait à une question. Benjamin patienta la fin de sa phrase pour intervenir.

« Wright, j'ai pensé que tu avais besoin de boire quelque chose. »

Phoenix se tourna, son esprit délogé de ses histoires et ramené à une sorte de réalité. Avec un sourire encore plus large, il accepta les offrandes de Benjamin, se saisissant du verre d'eau et passant son autre bras dans son dos, le serrant légèrement pour le garder à ses côtés. Il but une gorgée puis reprit :

« Je vous parle depuis un petit moment de mes affaires et je vous ai expliqué à quel point Benj- Hunter avait été d'une grande aide, continua-t-il, sa main glissant de ses épaules pour se poser dans le creux de son dos. Je ne le remercierai jamais assez et je suis fier de son parcours et de l'homme qu'il est devenu. »

Les joues de Phoenix étaient rougies, rehaussant sa peau tannée. Ses yeux se plongèrent dans ces perles bleues, y délectant des étoiles qui brillaient et vivaient dans la pénombre de ses iris ; puis s'égarèrent un temps sur sa bouche. Son sourire était devenu d'une certaine manière plus intime, plus doux et surtout aimant, la ligne légèrement accidentée de ses dents blanches révélées par sa lèvre supérieure étirée. Benjamin ferma les yeux et secoua doucement sa tête, ses paupières se rouvrant pour révéler ce sentiment de tendresse et de gratitude qu'il portait pour sa moitié. Sentant que celui-ci se rapprochait dangereusement, Benjamin détourna son visage pour se rapprocher de son oreille et y murmurer « pas de ça ici ». Il porta son verre de mousseux à ses lèvres et quitta sa douce étreinte pour retourner dans le groupe qui s'était formé autour d'eux.

Chacun avait fini par rejoindre ses interlocuteurs de tout à l'heure ou avait trouvé de nouveaux collègues avec qui converser. Les verres avaient été distribués, leur contenu descendant lentement. Phoenix avait de nouveau été interpellé, sollicité par des personnes particulièrement curieuses ou admiratives de son parcours, désireuses de faire plus ample connaissance avec cet homme dont elles avaient entendu parler et avec qui elles participeraient aux futurs colloques le temps de son séjour en Europe. Il était maintenant clair pour l'ancien avocat pourquoi Benjamin l'avait convié et trainé dans une telle soirée : le mettre à l'aise, le mettre en confiance. Et quand bien même il ne l'avait pas vu venir à l'origine et Benjamin ne lui ayant pas mentionné son intention, Phoenix ne pouvait que soupirer et reconnaître qu'il s'agissait d'un coup brillant et que cela avait tout à fait fonctionné. Il se sentait bien, il s'était même abandonné à la conversation une fois sa garde baissée, ses doutes mis de côté. Il avait oublié à quel point c'était grisant, enrichissant et stimulant pour lui d'échanger et de rencontrer tant de nouvelles personnes. Ce buffet était une véritable bouffée d'air frais, il sentait en lui germer et fleurir une nouvelle jeunesse. Il appréciait circuler de groupe en groupe, trinquer et rire avec la foule.

Phoenix ne voyait pas le temps passer. Il n'avait pas de montre et, en glissant la main dans sa poche, se rendit compte qu'il avait oublié son téléphone. Au milieu d'une conversation avec deux dames fort sympathiques et aux propos particulièrement intéressants sur le système des jurés, il les interrompit poliment pour leur demander l'heure : vingt-deux-heures vingt-deux. Cela faisait un peu plus de deux heures qu'il circulait et discutait avec les invités, donc au moins une heure et demie qu'il était seul. Les deux femmes reprirent leur sujet, Phoenix écouta tout en scannant les têtes qui peuplaient la salle, à la recherche de Benjamin. Encore une fois, comme à l'aéroport, il était tout bonnement introuvable – assez incroyable vu sa taille et son style vestimentaire. Il continua sa conversation, louchant de temps à autre par-dessus leurs épaules ou regardant derrière lui pour espérer retrouver sa moitié. Au bout de quelques minutes, la plus âgée des deux femmes interrompit son propos :

« Vous cherchez quelque chose Monsieur Wright ?

- Oui, excusez-moi. J'ai perdu Monsieur Hunter de vue depuis un bon moment maintenant, j'ai quelque chose à lui demander…

- Il est sûrement à la terrasse, l'accès est au fond à droite. Je vous en prie, allez le retrouver, nous aurons tout le loisir d'échanger de nouveau par téléphone plus tard. »

Phoenix se courba et joignit ses mains pour s'excuser et les remercier de leur gentillesse. Il hâta le pas en direction de la terrasse, s'excusant à chaque fois qu'il menaçait de bousculer un groupe happé par leur conversation. Au passage, il attrapa deux petits fours sur une des tables qui se trouvait sur son chemin. Il les grignota, son corps lui faisant maintenant signe qu'il avait faim. Phoenix poussa doucement la porte qui menait à l'extérieur, portant un de ses doigts à sa bouche pour enlever une miette qui était restée là. Adossé à un muret, il trouva enfin Benjamin accompagné d'un autre homme. Leurs voix étaient basses et rauques. Par moment, les deux portaient leurs mains à leur bouche avant qu'un nuage blanc se dissipa dans la nuit. Benjamin fumer en public ? En compagnie de quelqu'un ? En voilà une surprise. Phoenix s'approcha doucement. Ils étaient tous les deux concentrés dans leur conversation, d'où leur léger sursaut quand il les interrompit.

« Benjamin, je te cherchais. Bonsoir Monsieur, je suis désolé de vous déranger.

- Wright, tu as besoin de quelque chose ? Se soucia-t-il, tapotant ses cendres et veillant à ne pas lui souffler au visage.

- Non non, tu avais juste disparu. Je me demandais si tu allais bien. C'est tout, avoua-t-il, massant sa nuque avec sa main.

- Je vais bien, je suis simplement sorti discuter un peu.

- Je vous laisse messieurs. On se voit une prochaine fois, Hunter. »

L'homme sourit et écrasa sa cigarette à peine consumée jusqu'à la moitié, puis partit. Benjamin croisa son bras devant sa poitrine et posa son autre coude dans la paume de sa main, orientant sa cigarette encore fumante loin du visage de Phoenix. Une gestuelle qui lui était bien étrangère d'ailleurs, une autre manière de se refermer sur lui-même. L'ancien avocat prit la place de celui qui venait de partir, posant ses mains sur le muret et poussant sur celles-ci pour s'asseoir dessus. Il faisait face à un petit parc au milieu duquel semblait triompher un petit bassin. La pénombre ne permettait guère de voir s'il y avait des poissons ou des plantes dans celui-ci. La seule lumière était celle qui provenait de la salle, permettant de deviner la silhouette des arbres et des buissons soigneusement taillés. Il faisait bon, il n'y avait pas vraiment de vent non, c'est pourquoi il était facile pour Benjamin de préserver son nouveau voisin de la fumée de sa cigarette. Ils restèrent en silence un moment, le procureur portant de nouveau son mégot à ses lèvres et tirant dessus. Phoenix le regarda en coin, Benjamin le remarqua très vite.

« Tu as envie de rentrer ? C'est compréhensible, avec le jetlag, Vérité qui doit te manquer, des tas de gens que tu connais pas… Enuméra Benjamin, gesticulant sa main tout vidant ses poumons de cette fumée âcre.

- Ca va, ça va. Je m'amuse bien. Et toi ? »

- … La foule. » Soupira-t-il, sec.

Phoenix sourit, l'air désolé et compréhensif. Il tendit sa main pour la poser sur son épaule, rigide par les tensions qui l'habitaient. Il la massa doucement, comprenant sa réserve et son mal-être. Lui seul avait le droit de voir Benjamin vulnérable, sa garde se brisant parfois subitement devant lui. Mais ici et ce soir n'était pas le moment de creuser le sujet, de toute façon il avait eu sa réponse… Et Phoenix était convaincu que le cuisiner sur ce qui lui passait pas la tête et l'angoissait n'était pas ce dont il avait besoin.

« Si jamais je peux t'aider, rien que poser ma main sur ton épaule ou t'écouter, tu sais que je suis là. Même la nuit. »

Benjamin prit une grande inspiration par le nez, puis expira, roulant légèrement ses épaules pour les détendre. Il regarda brièvement Phoenix, une gratitude intime et à peine perceptible se dessinant au fond de ses yeux cendrés. Il tira une dernière fois sur sa cigarette et l'écrasa, éteignant avec celle-ci ses tracas et revenant dans le présent, dans cette soirée. Il glissa la main dans sa poche et en sortit son téléphone pour en lire l'heure, puis le rangea aussitôt. Benjamin croisa les bras et tourna son visage vers Phoenix à qui il fit un bref coup de tête, lui demandant silencieusement comment se passait sa soirée.

« Comme je t'ai dit, je m'amuse bien. Ca me fait du bien de savoir que je peux être pris au sérieux et que j'intéresse d'autres personnes, sourit-il en frottant ses mains sur ses cuisses. Et les conversations que j'ai eu étaient super intéressantes, j'ai pu me faire quelques contacts aussi… De quoi réfléchir, de concret, d'humain… C'est stimulant !

- Je suis heureux de l'entendre. Cela se voyait aussi, d'ailleurs. C'est une très bonne nouvelle vu que nous sommes amenés à les revoir assez régulièrement le temps de notre séjour. »

Benjamin sortit un tissu de sa poche et ôta ses lunettes pour les nettoyer. Il ouvrit la bouche pour reprendre, mais Phoenix l'interrompit aussitôt ; visiblement plein d'entrain et euphorique. Il inspecta à travers la lumière l'état des verres puis remis sa monture.

« D'ailleurs, avant de venir te chercher j'échangeais avec deux juristes spécialistes du système des jurés… On a pas eu le temps de développer plus que ça mais, ça m'intrigue beaucoup pour tu-sais-quoi.

- C'est-à-dire ?

- Tu disais qu'il fallait prendre Kristoph à son propre jeu, sauf que le jeu, il le maîtrise du bout des doigts. Il marqua une pause, essayant de formuler le plus clairement possible son idée, puis enchaîna : je suppose que tu as lu au moins des centaines de fois la retranscription de mon ô combien fatal de procès. Pourquoi ai-je présenté ce bout de page faux malgré moi selon toi ?

- Parce qu'au tribunal, la preuve fait foi.

- Et il me manquait la preuve parfaite ce jour-là. Si on veut battre Kristoph au jeu de la preuve, il faut pouvoir se débrouiller sans. Surtout si tout colle autour, quand la coïncidence n'est plus permise. Et c'est là que les jurés entrent en scène : tirés au sort et anonymes, Kristoph ne peut pas se les mettre dans la poche avant le procès ! »

Benjamin décolla son dos du mur, son index tapotant contre son bras. Les yeux fermés, il contempla la suggestion de son partenaire. Evidemment qu'il y avait pensé au système des jurés et qu'il le connaissait relativement bien vu son temps dans les cours européennes. Le seul problème de cette solution, et Dieu savait qu'il l'avait retourné dans tous les sens, était le fait qu'elle ne permettait pas de se prévenir de la présentation de fausses preuves lors des procès – surtout quand la défense ne révélait leur existence que le jour du procès. Ce ne serait pas suffisant pour faire tomber Gavin et tous les autres qui trichaient ou étaient corrompus. Mais, d'un autre côté, il ne pouvait pas non plus nier que la situation s'était dégradée ces dernières années, tout le monde étant à la recherche de cette fameuse preuve parfaite sur laquelle reposait l'intégralité du système juridique californien, tous les coups étant donc permis dans cette mission. Son mentor et père adoptif qu'était von Karma l'avait fait, et lui aussi indirectement des premières années de sa carrière sous l'influence de Gant même si cela été à son insu… Bref, tous les plus grands noms du droit semblaient avoir, d'une manière ou d'une autre, avoir été impliqués dans ces histoires de procès pipés ; et ceux qui n'y avaient pas pris part avaient fini d'une manière ou d'une autre par être dévorés et tués dans cette bataille – non – cette guerre incessante. Son père, Blackquill, Mia Fey et maintenant Phoenix ; tous ceux qui ravivaient l'espoir d'une justice bien faite et respectueuse avaient été mis à mort.

« Comment tu fais pour les fausses preuves au juste ? Benjamin se retourna, lui faisant face.

- Déjà si la règle de présentation des preuves changeait, ce serait un bon début à mon avis. Même si j'aimais bien faire ça pour être honnête, si la défense peut dissimuler des preuves et les présenter telles quelles – ou non d'ailleurs –, elle a le champ libre pour en créer une ! Phoenix poussa sur ses mains pour descendre du muret, se rapprochant de l'autre. Pour le reste, je compte sur ta culture générale et ton intelligence…

- Je ne finance pas ton séjour pour que tu te tournes les pouces une fois que tu as trouvé une idée, d'autant plus que j'ai l'impression que tu pars du principe que je ne connais pas le système des jurés, ce qui est fort insultant, corrigea Benjamin, un sourire en coin et arborant un air arrogant. Il me semble avoir vu de la lecture dans ta valise, tu sauras quoi lire pour une fois.

- Evidemment qu'il allait me parler de livres ! » Couina Phoenix en levant les bras vers le ciel, faussement désespéré devant un Benjamin satisfait.

Le procureur scruta un instant par-dessus l'épaule de Phoenix qui se plaignait et râlait avec une exagération comique. Constatant qu'ils étaient seuls et qu'à travers les fenêtres, personne ne semblait vouloir rejoindre la terrasse, Benjamin en profita pour glisser sa main sur la hanche de Phoenix dont les bras gesticulant ne cessait de la révéler, une véritable tentation depuis qu'il l'avait vu se changer à l'hôtel. Il fut d'abord surpris de voir que sa moitié avait finalement décidé de renouer avec cet habit, cette veste bleue marine qu'il avait vu se dresser tant de fois devant lui au tribunal, dans les couloirs du palais de justice ou encore au commissariat ; les seules différences étant qu'il la portait ouverte et que sur le pan de col gauche n'y brillait plus son badge.

Phoenix passa sa main sur sa nuque, baissant et penchant légèrement son visage, un angle parfait pour planter un baiser sur ces lèvres qu'il aimait tant. Benjamin tressaillit à ce geste, surpris d'être délogé aussi subitement de ses pensées. Le baiser était chaste : clairement, le goût poisseux et humide de la cigarette ne donnait pas envie à Phoenix de le prolonger et Benjamin ne voulait pas le lui infliger non plus. Le procureur délogea sa main de la hanche de son compagnon pour retirer ses lunettes – que leur embrassade avait légèrement penchées –, les accrochant à la poche de sa veste au niveau de sa poitrine.

« Mais avant tout ça, il faut que tu prennes du temps pour toi Benjamin. »

Il hocha la tête, silencieux. Il se contenta de passer le revers de son index sur sa joue avant de repartir dans la salle où vivait la foule avant un réconfort dument mérité aux côtés d'un Phoenix pour qui la lumière au bout du tunnel venait de regagner en intensité ce soir.