Je n'ai pas nécessairement le moral en ce moment, ni le courage de relire mes chapitres, d'où un retard d'une semaine ! Je ne sais pas quand je posterai le prochain chapitre encore, une grande partie est déjà écrite mais il ne me plaît pas trop et je ne veux pas le poster tel quel.
En attendant, bonne lecture 3 n'hésitez pas à laisser un petit mot surtout ! Ca me motive énormément !


C'était une terrible mauvaise habitude selon les deux, mais une fois de plus, la nuit était leur moment privilégié. Un nouveau jour avait commencé il y a quelques temps déjà, et pourtant ils étaient encore éveillés. Assis sur ce large lit, Benjamin en tailleur devant Phoenix avec les jambes étendues autour de lui, séchant soigneusement ses cheveux argentés. Du bout des doigts et à travers cette serviette douce, il frottait et massait son cuir chevelu, absorbant délicatement et patiemment l'eau d'une douche bien méritée. A force de friction, se révélait davantage l'odeur florale et légèrement sucrée de son shampoing. Elle n'était pas entêtante ni très prononcée, une présence simplement apaisante. Avec le temps, Benjamin se détendait de plus en plus, la rigidité quittant son cou et ses épaules, sa tête balançant légèrement sous les attentions de sa moitié. Ses yeux s'étaient depuis bien longtemps fermés, le noir du paysage apaisant son esprit et lui permettant de se concentrer sur ses autres sens. Phoenix avait tendance à être brutal, à manquer de soin et être quelque peu maladroit, mais quand il en venait à prendre soin de Benjamin, sa douceur était extrême, une consolation intime et chaleureuse qui enveloppait quiconque en était l'heureux bénéficiaire. De temps en temps, il laissait s'échapper quelques « ça va ? » pour s'assurer que ce silence n'était pas celui de la douleur.

Phoenix sentait les angoisses quitter Benjamin, lentement mais sûrement. Au-delà de muscles relâchés et d'épaules exceptionnellement avachies, c'était surtout la profondeur tranquille, sereine de sa respiration ; la manière dont son corps se soulevait très légèrement avait supplanté les souffles courts par moment étranglés. D'ailleurs, il avait cessé de tenir son bras et de le serrer nerveusement, Phoenix ayant intervenu doucement pour le forcer le relâcher, interrompant ces petites transes nerveuses qui avaient fini par dessiner quelques indentations sur sa peau.

Sentant que sa moitié était détenue et constatant que ses cheveux étaient déjà bien séchés, Phoenix laissa retomber la serviette sur ses épaules, déposant un doux baiser dans son cou en le prenant dans ses bras.

« Tu vas mieux j'ai l'impression… Tu as peut-être envie de dormir ? Murmura-t-il en caressant ses avant-bras.

- Pas vraiment, je sens que je vais faire des cauchemars.

- Je suis là, ne t'inquiètes pas. »

Phoenix se pencha lentement arrière, emportant avec lui et contre lui Benjamin qui ne protesta pas. Celui-ci se retrouva niché contre sa poitrine et entre ses cuisses, un délicat et chaud cocon. Benjamin étendit ses jambes et se tourna légèrement sur le côté pour être plus à l'aise, humant doucement cette odeur réconfortante qu'était celle de Phoenix, dont un des bras l'entourait toujours, le maintenant bien contre lui. Son autre main, quant à elle, passait dans ses cheveux et le long de son visage, y dessinant encore et encore les contours.

« Tu veux que j'éteigne la lumière ?

- Non, laisse comme ça s'il-te-plaît. »

Il devait reconnaître que la lampe de chevet de diffusait une lueur douce et orangée, éclairant suffisamment les éléments de la pièce. La lueur n'était absolument pas irritante, peut-être plus apaisante que le noir de la nuit, chassant tous les démons qui pouvait emporter toute âme fragile.

Tendrement, Benjamin posa ses mains sur le bras qui l'entourait, les réchauffant contre cette peau tannée. Il ne disait rien, ne bougeait pas. Dans la chambre résonnaient paisiblement leurs respirations, synchronisées en un rythme lent.

Il était clair que le cauchemar qui menaçait Benjamin n'avait rien à avoir ceux d'il y a dix ans. Certes, il arrivait que les rares nuits qu'ils passaient ensemble se trouvaient ponctuées de quelques songes désagréables ; mais c'était beaucoup moins fréquent, beaucoup moins violent et encore moins saisissant qu'auparavant. Phoenix se souvenait en particulier de cette nuit de décembre lors d'une des rares escales de Benjamin aux Etats-Unis au cours de son tour du monde juridique. Il était en sueur tout le long de la nuit, des gémissements et des larmes lui échappant, le visage crispé et la respiration saccadée. Par moment, il semblait même s'étouffer, foudroyé par l'horreur et rongé par des années de culpabilité. Cette nuit-là, ses mains agrippaient obstinément le tissu de son pyjama au niveau de la poitrine, froissant et menaçant de déchirer la soie fine. Phoenix essayait de le réveiller, caressant son front sur lequel perlait la sueur, puis secouant doucement son épaule en lui chuchotant des mots affectueux et consolants. Finalement, il dut hausser le ton pour le sortir de sa transe, se retrouvant nez-à-nez avec un homme au regard horrifié, ses pupilles dilatées instinctivement transfixés sur le plafond de la chambre, la mâchoire serrée et le cœur battant si fort que Phoenix le sentait battre sous sa main portée qui tenait pourtant doucement son poignet. C'était impressionnant, mais depuis l'ancien avocat s'était renseigné auprès de spécialistes et avait écumé le web pour trouver des astuces pour l'accompagner dans ses crises. Benjamin n'aimait pas être pris dans un instant de faiblesse, surtout à cette période de sa vie, au milieu de sa vingtaine, et Phoenix s'était promis (et lui avait promis) de ne pas l'infantiliser plus que nécessaire, de l'écouter au mieux et de lui laisser son espace, du temps aussi quand les crises se répétaient. Lentement, le procureur avait fini par réussir à venir le voir ou lui faire comprendre quand il n'allait définitivement pas bien, trouvant en général un prétexte pour que son petit ami passe du temps avec lui.

Vers la fin de leur première période ensemble, Benjamin avait tendance à baisser davantage sa garde et à beaucoup moins filtrer ses émotions, ses sentiments ; ayant même trouvé le courage une fois d'avouer à Phoenix qu'il était sujet aux paralysies nocturnes quand sa santé était au plus bas, quelque chose que celui-ci ignorait totalement à l'époque.

Aujourd'hui, son enfance restait en général un thème source de préoccupation et d'angoisses, peut-être en partie dû au fait que Vérité entrait dans la balance quand il s'agissait de leur couple et de son développement en tant que trentenaire ; une évolution tout à fait soudaine de ses projets et de sa vie même si sincèrement, au fond de lui-même, il s'agissait d'une véritable source de bonheur. Toutefois, ce soir, ses tourments relevaient de son agression au lendemain de leurs impromptues retrouvailles. Phoenix extrapolait sûrement ce qui pouvait se tramer dans l'inconscient saboteur de sa moitié – ou se trompait même sur la nature de ses sentiments –, mais sûrement que l'idée de tout perdre maintenant que tout lui permettait de s'épanouir, aux côtés de l'homme qui l'aime, le terrifiait. Aussi, la crainte de mettre en danger ceux qui comptaient le plus pour lui, ceux qu'il adorait et désirait accompagner et aider, vivait en lui. Les seules fois que Benjamin avait volontairement ou involontairement exprimé le fait que ce malheureux événement le tracassait étaient rares : une crise d'angoisse à son réveil à l'hôpital, un soulagement quand il avait appris qu'il s'agissait d'un acte isolé, son léger malaise dans la foule lors de cette soirée… Cela se comptait largement sur les doigts d'une main, et pourtant cela n'empêchait pas Phoenix d'être certain que son angoisse et ses craintes sur le sujet s'étaient manifestées à d'autres occasions et que Benjamin les avait gardées pour lui.

Par expérience personnelle, il savait que même si l'on parvenait à passer au-dessus de ses peurs, de ses traumatismes, ceux-ci pouvaient être réveillés à la vue d'une pauvre cicatrice. De Dahlia, il avait gardé une petite coupure sur la lèvre supérieure lorsqu'il avait ingéré son collier ; s'étant entaillé avec le verre du pendentif qui contenait le poison. De von Karma, il portait encore aujourd'hui la brûlure de ce coup de taser sur la poitrine, une vague tâche décolorée trônant ici. Bref, quelques événements importants de sa vie qui avaient marqué sa chair et sa psyché. Conscient de ce détail, il évitait ainsi de toucher Benjamin au niveau du bas ventre, que ce soit dans une étreinte ou dans leur intimité, ne souhaitant déclencher bêtement un malaise chez lui. Il avait fallu un peu de temps d'ailleurs pour qu'il la laisse à l'air libre, préférant garder un pansement dessus pour qu'aucun regard ne s'y porte. Finalement, Benjamin avait dû arrêter avec cette mauvaise habitude, nuisant alors à une bonne cicatrisation selon l'infirmière qui passait le voir pour suivre sa guérison.

Phoenix pencha sa tête doucement, veillant à ne pas trop bouger Benjamin qui reposait contre lui, et déposa un baiser dans ses cheveux. Il garda son visage niché un temps contre son crâne, regardant dans la direction où semblait se porter le regard de sa moitié. Cela le mena à la fenêtre où le noir de la nuit semblait appeler le vide, le silence ; une toile parfaite pour que Benjamin puisse remuer et explorer ses propres pensées. Parfois il se demandait s'il n'était pas surdoué ou hypersensible (ou les deux à la fois, l'un et l'autre allant souvent de pair). Phoenix pouvait avait perdu le compte du nombre de fois qu'inconsciemment il demandait une stimulation intellectuelle, que ce soit en se plongeant encore et encore dans des bouquins de droit, de philosophie, d'histoire, en s'attardant à ajouter à son emploi du temps déjà bien rempli des affaires toujours plus tordues et complexes, en ayant des difficultés au niveau social, etc… Les pauses et les instants qu'il prenait aussi pour formuler ses réponses, aussi. En effet, dans ses yeux semblaient parfois se bousculer une multitude d'idées à canaliser, le plus souvent quand il devait répondre à une question qui ne relevait pas de quelque chose de purement technique ou logique. Parfois, il aimerait bien pouvoir ôter ce surplus de pensées de cette tête qu'il embrassait, tout particulièrement dans ces moments de vulnérabilité où peurs et angoisses pouvaient l'emporter. Vraiment, Phoenix y enlèverait toutes ces pensées négatives et pesantes pour les remplacer avec son amour, son admiration et son respect pour lui, pour l'amoureux, le procureur et pour l'homme qu'il était.

A ce baiser, les doigts de Benjamin se resserrent sur son bras ; sûrement une tension brève qui venait de le prendre. Phoenix ne put retenir un presque inaudible « chhh », sa main dégageant sa mèche derrière son oreille pour essayer de voir son visage en se penchant légèrement. Benjamin ne parlait pas, il ne geignait ni ne pleurait non plus. Son inconscient était pesant et bruyant, et Phoenix souhaitait taire ces pensées qui troublaient sa moitié.

Benjamin prit une grande inspiration, légèrement tremblotante puis relâcha sa bouffée d'air d'un coup, son corps s'affaissant un peu plus contre Phoenix.

« Tu n'as pas mal au dos, Phoenix ? Lança Benjamin, sa voix légèrement empêchée par sa gorge nouée.

- Pour être honnête, un peu hmhm… Sourit-il. Mais si tu veux rester comme ça, c'est pas grave.

- Dans mon cas : j'ai effectivement mal aux lombaires.

- Serais-je amoureux d'un petit vieux ? Un vrai DILF dans ce cas… » Susurra Phoenix en tapotant le bout de son nez avec son index.

Il retira son bras de Benjamin pour le laisser se redresser, celui-ci se décalant pour se placer à côté en lui lançant un regard glacial, sourcils froncés. Toutefois, ses joues rougies et le coin de ses lèvres creusées en un timide rire faisait qu'il n'était absolument pas terrifiant ! Il était même plutôt adorable– Enfin, une mignonnerie somme toutes relative en constatant que le procureur froid qui n'avait pas le temps pour les « sentiments inutiles » connaissait la signification de ce sulfureux acronyme. Au moins, une chose était sûre, il allait mieux ; ou plutôt suffisamment mieux pour pouvoir occulter ses tracas et être réceptif aux idioties de l'éternel adolescent qui se tenait à ses côtés.
Phoenix s'installa mieux, passant sa main sous son oreiller en se tournant vers son compagnon qui lui faisait également face. Malgré des sourcils encore légèrement noués, creusant la petite ride qui se formait déjà entre, son regard était tendre, un peu plus apaisé. Il ne s'agissait pas de sérénité, ce sentiment de paix heureuse ; non, pas encore. Il allait mieux, c'était le plus important, et il méritait bien un petit baiser après une soirée à prendre sur lui. Phoenix se pencha doucement, écrasant tendrement ses lèvres contre les siennes, celui-ci ne durant que quelques secondes mais rendu avec un amour sincère et un soupçon de gratitude. D'un coup, il se sentit submergé par un sentiment de nostalgie, une envie de parler et de s'étaler sur de bons (ou moins bons) souvenirs et d'en rire un coup. Bêtement, la première chose qui lui vint à l'esprit était de parler de cette nuit où il avait osé faire le premier pas – ou plutôt, les premiers pas – vers Benjamin, le précipitant dans un baiser et plus avec affinités ; cette soirée pendant laquelle Phoenix avait été emporté par le courage, l'amour et le désir et où il n'avait, pour une fois, pas craint le rejet alors que pourtant…

« Tu sais, avant que je ne t'embrasse pour la première fois, je ne savais pas du tout si tu étais intéressé par les hommes… Et encore moins par moi, soupira Phoenix, un sourire amusé.

- Je te retourne la remarque. J'étais bien au courant de ton passif avec Dahlia et Iris, grogna-t-il en roulant des yeux. Pour être tout à fait honnête avec toi Phoenix, j'ai assez vite compris sous l'autorité de von Karma que ses attentes ne correspondaient pas à mes préférences… Crois-moi que je regardais dès quinze ans autour de moi pour trouver ma « future épouse », et quelle fut ma surprise le jour où j'ai pris conscience que je regardais tous les garçons du Gymnasium ! Il riait et pinçait l'arête de son nez, un regard critique mais amusé sur le jeune Benjamin.

- Von Karma le savait ?

- Des doutes peut-être… Quand il a fini par abandonner l'idée de m'élever en tant que procureur parfait qui doit entretenir la lignée en fondant une belle famille de génies pour, à la place, me contrainte à étudier plus. C'est tout. Il marqua un pause, regardant au plafond comme si ses souvenirs y étaient dessinés. De toute façon, je n'avais pas vraiment le temps ni trop l'intérêt pour la romance et les expériences.

- Vraiment ? Rien avant moi ? »

Phoenix semblait surpris, ses sourcils de haussant et écarquillant suffisamment les yeux pour donner cette impression – sa plus grande surprises étant surtout la simplicité avec laquelle Benjamin lui répondait, ouvrant un bout de son jardin secret. Réfléchissant à ce qu'il venait de dire, au vague et à l'égocentrisme de sa question, il leva son index et se corrigea :

« Je veux dire… Enfin je vais pas y aller par quatre chemins, mais la puberté… Nada ?

- Ce serait mentir de le nier. Un après-midi je venais de finir les cours plus tôt et dans un élan de rébellion ou de curiosité, je suis allé dans un bar populaire auprès des jeunes. Pour ta gouverne : j'avais seize ans et je vivais en Allemagne, alors j'avais le droit de boire de l'alcool. Peu importe. C'était assez convivial et j'ai fini par disputer une partie de cartes avec un jeune homme d'à peu près le même âge… Il marqua une pause, se re-déroulant les événements dans sa tête. Bref, j'ai oublié un bout de l'après-midi mais une chose était sûre : j'avais suffisamment bu pour soudainement ne pas être réservé, un petit peu provocateur face à l'opportunité et–

- T'as pas vraiment changé sur ce point, coupa Phoenix, obtenant une tape sur la main.

- Tu es pire qu'un adolescent, je te jure ! Je reprends. Donc une fois notre partie finie et la fin d'après-midi approchant, nous avions décidé de rentrer chez nous vu qu'une partie de nos trajets respectifs étaient en commun et qu'il s'agissait d'un bon prétexte pour échanger davantage. Le manoir von Karma se trouvait dans une ville assez déserte à vrai dire, quelques commerces à peine et pas un chat. Beaucoup d'arbres aussi… Tout ça pour te dire que j'ai embrassé sa joue avant d'être projeté et plaqué contre un tronc avec une langue dans la bouche en guise de premier baiser. Puis au bout de trois jours, il avait décidé que, finalement, il n'aimait pas les hommes… »

Phoenix était silencieux, l'écoutant se livrer, se souvenir des choses ô combien personnelles. Il ne pouvait pas cacher sa surprise : vraiment, Benjamin avait pris une telle assurance sur ces sujets, il n'en revenait toujours pas. C'était agréable d'avoir à la fois l'homme sincère et à l'aise à côté du plus timide et privé ; un contraste amusant et délicieux surtout quand il s'agissait de le taquiner. Toutefois, ces explications étaient une véritable déclaration, un aveux presque ! Peut-être qu'un bout de Phoenix était un peu jaloux de ne pas avoir été le premier baiser de Benjamin, mais c'était une pensée stupide et puérile. Il ne connaissait pas du tout cette histoire jusqu'à ce soir, ni même comment il avait « compris » qu'il n'était pas hétérosexuel et n'était pas apte à feindre cette figure non plus – et pourtant, von Karma avait réussi à remodeler et transformer toutes les facettes de sa vie et toutes ses convictions, c'était dire. Connaissant une partie du passé rude de sa moitié, Phoenix s'attendait peut-être à une découverte de lui-même et de sa vérité beaucoup plus violente, difficile, voire réprimée. Enfin, tant mieux si cela n'était pas les cas, qu'il en riait et y portait beaucoup de sympathie aujourd'hui. Il y avait une forme d'évidence selon son témoignage, mais pas aussi flagrante que celle que lui-même avait pu expérimenter. Il était bisexuel, ou pansexuel. Enfin, il n'avait jamais vraiment cherché à mettre un mot ou une étiquette dessus (ou il n'y était tout simplement pas arrivé pour X ou Y raison). Il se laissait tomber amoureux de tous et ni avait jamais vraiment réfléchi plus que ça. Son corps avait rapidement manifesté de l'intérêt pour des sexes et des genres différents. Ses parents semblaient le savoir et ne pas y faire trop attention quand il racontait ses béguins féminins, masculins et autres même ; donc lui aussi il s'en fichait au fond. Ce n'était vraiment qu'à l'université qu'il est venu à connaître ces termes, cette communauté et à répondre à ce genre de question quand on lui posait, en général un haussement d'épaules accompagné d'un « bi ? pan ? je sais pas, j'ai pas de préférence trop, la personnalité surtout ». Il avait toujours été un électron libre à vrai dire, trouvant beaucoup de mal à rester dans une case (pas qu'elle était nécessairement désagréable). Toutefois, il avait fallu attendre quelques temps après Dollie pour que Phoenix puisse avoir une telle maturité et un tel recul sur sa personne. L'exemple le plus concret aujourd'hui, quand il s'agissait de sa sexualité dénuée de réelle préférence, c'était sa versatilité. Il était conscient que Benjamin avait tendance à être celui que l'on appelait le « passif » et cela ne le dérangeait pas le moins du monde, mais par moment, il se laissait aller à prendre ce rôle. Avec d'autres partenaires, ce n'était que ça, et avec certains les positions changeaient régulièrement. Tant qu'il s'amusait, passait du bon temps avec son ou sa partenaire, cela lui allait (et évidemment qu'il y avait eu des ratés aussi, mais peu importe).

« Allô la Terre, ici Phoenix. Benjamin claqua des doigts devant son visage, le délogeant de ses pensées dans un sursaut. Ca m'apprendra à raconter des choses privées, grogna-t-il en lui tournant le dos.

- Noooon pardon ! »

Phoenix se jeta sur lui, l'écrasant dans un large câlin et recouvrant son cou de bisous pour se faire pardonner. Il continua ses baisers, chastes et rapides, décrochant quelques soupirs et frissons amusés chez celui qui le boudait. Benjamin gigota, essayant de se défaire de ses bras mais en vain, ces derniers se resserrant autour de lui. Vraiment, il devrait à l'avenir investir dans un jabot de nuit pour se préserver des attaques de cet enfant terrible. Un dernier rire lui échappa sous la forme d'un soupir, puis il tapota doucement un de ces avant-bras pour l'interpeler.

« Allez Phoenix. J'ai envie d'avoir un peu de calme, sourit Benjamin en pivotant doucement dans ses bras, tournant la tête pour croiser son regard.

- Je peux continuer à te garder contre moi ?

- Oui, bien sûr. Donne-moi un instant, je vais chercher un livre », expliqua Benjamin en se défaisant de son étreinte.

Il ouvrit sa valise, fouillant brièvement dedans pour en sortir un roman. Phoenix se décala, retrouvant sa place et son oreiller. Il se glissa aussi sous la couverture, s'installant confortablement en attendant le retour de sa moitié. Benjamin le rejoignit, redressant son oreiller pour se faire un dossier moelleux et confortable. Une fois sous la couette, il étendit ses jambes, croisant simplement ses pieds, et mit ses lunettes. En tournant la tête, il croisa le regard tendre et impatient de Phoenix. Benjamin inclina légèrement sa tête pour lui faire signe de venir contre lui, ce qu'il fit. Phoenix se pencha, déposant un temps sa joue sur son épaule pour au final se relever au bout de quelques secondes, son dos et son cou étant douloureux dans cette position.

« Tu pourrais poser ta tête sur mes cuisses si ça te permet d'être plus à l'aise », chuchota le procureur, levant un peu ses mains et son livre pour lui faire une place.

Le brun s'exécuta, adoptant cette position beaucoup plus confortable et passant ses bras autour de lui en veillant à le gêner, surtout dans le dos. Benjamin tendit légèrement les bras, déposant le bas de la tranche de son livre un peu plus loin sur ses cuisses pour l'incliner suffisamment et laisser un peu de place pour que Phoenix puisse bouger. Il feuilleta légèrement, à la recherche de son marque-page. Une fois son chapitre trouvé, il maintint son livre ouvert avec sa main droite, l'autre glissant sur la joue et la tempe de sa moitié. Phoenix se laissait fondre sous sa délicatesse et sous son affection, une intimité rare et une démonstration de vulnérabilité qu'il trouvait tout particulièrement touchantes et charmantes chez lui. Sans rien dire, ses yeux parcouraient les lignes qui se présentaient devant lui. Il ne savait pas du tout ce que Benjamin appréciait lire, mais visiblement ce n'était ni un polar, ni un essai ; mais plutôt une biographie ou un récit de voyage. Arriver au beau milieu de l'histoire ne l'aidait pas vraiment à comprendre quel était l'objet et la démarche de l'ouvrage – Benjamin ayant déjà dépassé la moitié de l'épais roman –, mais il ne pouvait pas nier que la prose qui s'offrait à lui était plaisante et agréable, à la fois naïve et lyrique, une sensibilité accrue et une curiosité intense composant chacune des descriptions offert par le narrateur.

Tous les deux restèrent silencieux, leurs regards plus ou moins concentrés sur les mots des pages défilantes. La respiration de Benjamin était devenue lente et régulière, nullement troublée. Elle formait une délicate mélodie avec le bruit des pages qui glissaient sous ses doigts et qu'il tournait lentement, veillant à ne pas les froisser ni rater les deux derniers mots en bas à droite. Peut-être que cela faisait une heure qu'ils étaient comme ça, ou peut-être qu'une dizaine de minutes à peine, mais peu importe, il avait perdu toute notion du temps et ce fut sous ces sons et cette étreinte sereine que Phoenix s'endormit, heureux d'avoir retrouvé sa moitié calme et paisible ; son rire sincère de tout à l'heure raisonnant encore dans ses oreilles, dans ses chairs et dans ses veines… De quoi le faire sourire dans son sommeil.