J'ai du mal ces derniers temps à écrire régulièrement et à trouver l'énergie de tout relire aïe aïe. Pour me faire pardonner, voici un chapitre un peu plus long et spicy~
Bonne lecture !
Heureusement pour Phoenix, Benjamin avait réglé son réveil suffisamment tard pour qu'il ne subisse pas trop violemment le contre-coup du décalage horaire et de leur veillée. Après avoir pris soin de lui et réconforté, une grasse matinée était bien le minimum qu'il pouvait lui offrir.
Phoenix laissa s'échapper un couinement étouffé, s'étirant avant même d'avoir ouvert les yeux. Les tensions de son réveil disparurent dans un lourd soupir, son corps s'affaissant sur lui-même. Il sentit le matelas bouger en même temps que la couverture bruissait à côté de lui, puis le « bip bip » strident du téléphone de Benjamin s'interrompit. Un tel soulagement monta en lui au point qu'il s'agissait presque d'une invitation à retourner dans les bras de Morphée. Phoenix enfouit son visage dans son oreiller, prenant une grande inspiration dedans. Lentement, il redressa sa tête, la tournant en direction de celui qui se tenait à côté de lui. Benjamin était toujours dos à lui, le bras tendu vers sa table de chevet et sa main redressant son téléphone (dont il devait lire les notifications arrivées pendant la nuit). Ses cheveux argentés étaient en bataille, les rayons du soleil faisant scintiller d'une lueur dorée certaines de ses mèches.
Il reposa son téléphone sur la table, roulant péniblement sur le dos en se frottant les yeux, son visage encore blême et ses lèvres presque sans aucune couleur. Sa respiration était lente, ses gestes un peu maladroit, mais une réelle douceur presque infantile se dégageait du procureur. Un élan de tendresse parcourut aussitôt les veines de Phoenix, réchauffant agréablement son sang et son cœur, celui-ci grossissant par l'adorable de cette scène matinale. Il avait déjà dormi avec Benjamin, il s'était déjà réveillé aux côtés de Benjamin, mais jamais encore tous les deux n'avaient eu l'occasion d'étirer leur nuit, de se lever tard ensemble. Encore plus nouveau : son compagnon semblait avoir plutôt bien dormi, ou du moins être en mesure de se réveiller assez paisiblement. Benjamin n'était pas vraiment du matin, il avait besoin de temps avant de démarrer, et Phoenix était ravi de voir que cela n'avait pas changé avec le temps.
Instinctivement, Phoenix balança son poids sur son avant-bras droit et tendit l'autre, passant sa main sur sa joue, l'incitant à tourner son visage dans sa direction et à révéler ses yeux. Ses sourcils fins étaient légèrement froncés, ses paupières entre-ouvertes à cause de la fatigue et de la lumière nouvelle qui se reflétait en une légère douleur dans sa rétine. Il souriait tendrement néanmoins, ses lèvres se joignant en une ligne fine et douce.
« Bonjour… Murmura Benjamin, la gorge sèche et la voix encore plus grave.
- J'en connais un qui n'est toujours pas du matin, hmhm…
- Je me suis endormi après toi, il est donc logique que mon réveil soit plus difficile », grogna-t-il en fermant les yeux.
Phoenix ria légèrement, écrasant un délicat et amoureux baiser contre sa joue ; Benjamin s'abandonnant à cette première marque d'affection de la journée. Ses sourcils se détricotèrent, l'apaisement et la joie simple relâchant tous les muscles de son visage.
Il rouvrit les yeux, les deux plongeant leurs regards dans celui de l'autre et buvant l'amour et l'affection qui s'y trouvaient. Les deux hommes chuchotèrent quelques mots doux, bien triviaux ou guimauves. Epaule contre épaule, Phoenix agrippa instinctivement le petit doigt de sa moitié avec le sien et Benjamin ne protesta pas, rendant même cette intime étreinte.
« Quel est le programme pour aujourd'hui ? Demanda Phoenix, la fin de sa question se perdant dans un bâillement.
- Mets ta main devant ta bouche, soupira-t-il. Aujourd'hui, nous n'avons pas d'obligations. Nous pouvons faire un brunch vu l'heure qu'il est, je travaillerais pendant quelques heures cet après-midi. Je n'ai rien d'autre de prévu.
- Ca te dérange si j'appelle Vérité cet après-midi ?... Que je parle à côté de toi je veux dire.
- Non, je t'en prie. Allez, lève-toi. »
Benjamin était assis dans un des fauteuils, pianotant sur le clavier de son ordinateur. Son regard était fixé et concentré sur cet écran qui se reflétait dans ses lunettes. Pour ne pas le déranger et pour appeler sa fille, Phoenix avait déplacé le second siège pour être au niveau de la fenêtre, de l'autre côté de la pas-si-vaste chambre. Ses bleus yeux se portaient tantôt sur la vue qui donnait de leur balcon, tantôt sur son compagnon imperturbable. Par moment, Benjamin levait brièvement son regard de son écran, un de ses sourcils légèrement arqué et interrogatif, se sentant observé. Quand cela arrivait, Phoenix faisait un léger battement de la main et se tournait de nouveau vers la fenêtre. Il était à moitié avachi dans son siège, ses avant-bras croisés sur ses cuisses et son téléphone toujours dans la main. Il était pensif, les paupières à moitié ouvertes et les sourcils un peu froncés. Il faisait attention à ses tics nerveux, ne souhaitant que son tracas soit trop évident et encore moins déranger le procureur en chef qui était affairé à garder une veille sur ce qui passait au bureau, jonglant entre mails, notes, comptes rendus et appels.
Finalement, il quitta sa fenêtre, se levant de son fauteuil et posant son téléphone sur sa table de chevet ; culpabilisant un peu de ne rien faire alors qu'il séjournait ici tous frais payés et que Benjamin, lui, travaillait. Ce qu'il aurait fait à contre-cœur il y a quelques heures, maintenant il le faisait par besoin. C'était ainsi que Phoenix ouvrit sa valise pour en sortir un des livres que lui avait prêté son compagnon. Il prit aussi un carnet et un stylo, puis retourna dans son fauteuil, ouvrant à la page qu'il avait corné il y a quelques jours maintenant (dernière fois où il avait fait l'effort d'étudier, d'ailleurs).
Les bruits de pas sur le parquet ancien et le bruissement de ses affaires interpellèrent Benjamin. Il leva brièvement les yeux de son écran, regardant par-dessus ses lunettes. Ne voyant aujourd'hui plus grand-chose de loin et n'étant plus apte à forcer sur sa vue comme il y a quelques années, Benjamin redressa son visage. Dans les pas de Phoenix, il avait décelé que quelque chose n'était pas comme d'habitude, et l'air contrarié qui creusait ses lignes et plombait son attitude semblait confirmer sa première impression. Il regarda l'heure indiqué en bas à droite de son écran : cela faisait trois petites heures qu'il travaillait sur un écran non-stop, une brève pause s'imposait pour soulager ses yeux qui commençaient à être légèrement secs à cause de la lumière bleue.
« Comment va Vérité ? »
Autant chercher à mettre directement le doigt sur ce qui ne va probablement pas au lieu de lui poser une question trop vaste, sinon il ne répondra pas. C'était dans cette logique que Benjamin posa cette question, la voix neutre et un léger sourire pour dissimuler son souci, ni ne paraître aussi sévère que lorsqu'il interrogeait un témoin. Phoenix ne leva même pas les yeux de sa feuille mais ceux-ci ne bougèrent plus : il avait interrompu sa lecture et semblait attendre que la meilleure réponse apparaisse sur cette page à la place. Il soupira, puis arbora un large sourire.
Etait-ce un vrai ou un faux ? Le procureur ne parvenait pas à le deviner. Il avait toujours été plus que médiocre quand il s'agissait de langage non-verbal, et quand bien même il connaissait Phoenix quasiment par cœur, son bluff s'était largement affiné avec les années. Benjamin détestait ça au plus profond de lui car cela avait tendance à réveiller son saboteur intérieur, celui-ci lui donnant l'idée que Phoenix ne lui faisait pas suffisamment confiance ou le trouvait trop faible pour le soutenir (mensonge interne qu'il arrivait de mieux en mieux à balayer malgré tout).
« Vérité va bien. L'école se passe bien, elle a eu de bons résultats pour les maths grâce à ton aide et elle te remercie, déroula Phoenix, lui faisant un clin d'œil. Elle passe plus de temps avec ses amis en sortant des cours, ça me fait plaisir qu'elle prenne enfin du temps pour elle avec les jeunes de son âge plutôt qu'avec son vieux Papa !
- Nous avons le même âge. Peu importe, bonne nouvelle qu'elle ne soit pas maladroite comme toi, taquina-t-il en croisant fièrement les bras.
- Je n'ai rien fait et tu t'en prends déjà à moi… Je n'ai cassé qu'une seule fois la cafetière et tu n'arrêtes pas de me le rappeler… ! Mon cœur est brisé ! S'écria Phoenix, portant son bras à ses yeux et se laissant glisser légèrement de manière dramatique.
- … Et ses spectacles ?
- Ses spectacles se passent toujours merveilleusement bien. Elle est douée et elle progresse si vite. Je sais que je peux lui faire confiance, qu'elle est responsable et autonome depuis toujours… Mais j'aimerai pouvoir vérifier qui est dans le public parfois, soupira-t-il, un air papa poule faisant sauter légèrement sa voix.
- Tu as quatre mots à me dire pour que j'envoie quelqu'un vérifier s'il y a des individus suspects dans le public. La voix du procureur était ferme et glaciale, ses sourcils froncés et ses yeux incisifs au point que Phoenix sursauta à sa proposition.
- Je vais clairement pas te dire « Benjamin, s'il te plaît » pour que la police fasse une descente pour aller dégager Kristoph de la salle. »
Ca y est, c'était ça. Benjamin contempla sa réponse, son index tapotant son bras. Evidemment que la police n'allait pas intervenir, exfiltrer ou mettre Gavin en garde-à-vue pour avoir assisté à un spectacle de magie, qui plus est celui de la fille de son ami. Il se souvint que Phoenix avait expliqué à Vérité qu'elle devait essayer de garder ses distances avec l'avocat le temps de son absence, mais bon, elle ne pouvait pas y faire grand-chose si celui-ci venait malgré les dispositions de son père pour que celui-ci la laisse tranquille. Quand bien même il comprenait les craintes de son compagnon, Benjamin se refusa de faire tout un plat de la situation. Il avait du recul et la logique nécessaire, alors autant les mettre à profit pour rassurer Phoenix.
« Vérité est très intelligente. Je pense que ton avertissement avant que tu partes a été suffisamment clair et qu'elle fait attention à ce qu'il se passe autour d'elle. Je te rappelle même qu'elle discerne les mensonges les tics nerveux–
- Je sais, l'interrompit Phoenix en s'asseyant correctement et en regardant par la fenêtre. Et puis de toute façon Kristoph ne ferait rien de trop évident, mais… Je sais qu'il a brièvement côtoyé son père biologique peu avant que je perde mon badge et je n'ai pas envie qu'il ressorte cette histoire encore pleine de zones d'ombre à Vérité. Elle fait mine que tout va bien, mais je l'ai entendue pleurer quelques nuits avant que je parte… L'abandon la terrifie, même si elle sait que je ne lui ferais jamais ça.
- C'est le principe d'un traumatisme et d'une angoisse, en effet. Il marqua une pause, réfléchissant un instant aux explications de Phoenix, puis reprit : tu crains de Gavin lui parle au détour d'une conversation de la disparition de son père biologique ou remette en question ton choix de me suivre en Europe ?
- La seconde option je n'y crois pas, c'est même elle qui m'y a poussé et elle est super contente là-dessus, elle me l'a redit au téléphone. Mais la première, ouais… Vérité doit être celle qui choisit quand le sujet doit être abordé ou non, et surtout pas être exposée au discours d'un étranger. Surtout Kristoph !
- Tu sais qu'aujourd'hui je pense qu'un minimum de communication et de transparence permet de tirer les affaires au clair. Je sais que tu n'as pas demandé mon opinion sur la situation, mais je pense que lui faire part de tes tracas vis-à-vis de cette histoire et écouter les siens me paraît être une bonne solution pour lui couper momentanément l'herbe sous le pied.
- … Tu as raison, sourit Phoenix, les tensions se dissipant de son visage. Merci Benjamin. »
Le procureur acquiesça tendrement puis se replongea dans son ordinateur, laissant Phoenix se replonger de nouveau dans son manuel. En parlant de Kristoph, quand bien même il venait de lui faire l'apologie de la transparence, Benjamin ne lui avait nullement mentionné qu'après une deux premières heures dédiées aux affaires courantes du bureau, la troisième avait été exclusivement dédiée à se renseigner sur le système des jurés et à contacter des spécialistes avec lesquels il souhaiterait s'entretenir au cours de leur voyage. Benjamin n'avait jamais vraiment fait quelque chose d'aussi politique d'une certaine manière. Oui, même s'il avait et continuait de réaliser une véritable purge du bureau du procureur, une incessante traque aux professionnels peu scrupuleux et à revoir l'organisation, jamais il n'avait dû aller jusqu'au degré de la réforme. C'était loin de ses prérogatives et encore plus éloigné de tout ce qu'il avait pu apprendre au cours de ses études et de ses expériences professionnelles. Il était un homme de droit, un expert dans ce domaine avec un sens de la justice particulièrement développé (grâce à celui qui se tenait en face de lui d'ailleurs) ; mais de là à bousculer le système et pousser une modification de la loi, de la porter devant les pouvoirs publics… Terrifiant.
Benjamin prit une grande inspiration, chassant ses doutes et préparant ses épaules à accueillir une bonne partie du fardeau qu'il allait devoir porter et défendre dans les mois et les années à venir. Surtout, une fois que la réforme serait viable (au moins à expérimentation), il fallait trouver une solution pour que Phoenix puisse la porter et la rendre crédible du côté de la défense. Benjamin savait que même s'il avait quitté les tribunaux, le nom de Phoenix Wright était inscrit dans la jurisprudence et dans la légende ; toutefois, il faut que le personnage, l'homme lui-même aie conscience de cela et reprenne confiance en lui et en l'avenir, qu'il porte avec assurance ce projet sur le terrain et garantir sa bonne application.
Bref, il venait de se perdre encore une fois dans ses pensées à cause de cet homme (qu'est-ce que c'était dur d'être éperdument amoureux d'un individu aussi brillant !). Plus concrètement, si ses mails et appels aboutissaient sur des concertations et que les juristes se montraient partants, il pourra leur déléguer la rédaction du projet et sa mise en place pour de son côté se concentrer sur la cohérence en récoltant l'avis de Phoenix et le défendre. Benjamin n'avait pas vraiment envie de coller son nom et son image à cette réforme (même s'il était fier de l'homme qu'il était devenu aujourd'hui et qu'il n'avait rien à voir avec le procureur démoniaque de ses vingt ans), souhaitant jouer un rôle plutôt de fond et laisser sa moitié être son réel visage ; lui permettre de rayonner et de bousculer, une fois de plus, ce monde juridique qui se complaisait dans sa débauche… Et tout cela en plus d'être une sublime revanche personnelle contre Gavin.
Benjamin ne put s'empêcher de sourire, satisfait de ses progrès. Il plia son ordinateur et le déposa sur la table adjacente. Il croisa les jambes et posa ses coudes sur les accoudoirs, joignant ses mains en entremêlant ses doigts. Benjamin regarda en direction de Phoenix, étonnamment concentré et dédié à la tâche comme le traduisaient ses yeux qui parcouraient et parcouraient encore et encore les lignes du manuel, ou sa main qui griffonnait sur son carnet avec une intensité rare. Par moment, il portait inconsciemment son crayon à la bouche, mordillant légèrement le bout avant de s'arrêter quand le goût amer du bois et de la graphite vinrent attaquer sa langue. Il le regarda encore quelques secondes, contemplant l'idée qui venait de s'emparer de son esprit. Techniquement, ils devaient manger vers dix-neuf heures ce soir pour éviter la foule au restaurant (Benjamin avait même réservé pour éviter toute déconvenue). Sachant qu'ils ont déjeuné à midi… Oui, une petite collation à seize heures trente n'était pas une idée stupide.
Décidé, Benjamin attrapa le fixe qui se tenait à portée de main et commanda de quoi se décontracter pendant un moment, mais aussi agréablement surprendre et gâter une fois de plus son étudiant. Vraiment, qu'est-ce que c'était pratique d'être dans un pays dont Phoenix ne maîtrisait pas la langue, cela l'avantageait bien pour lui faire quelques présents sans que celui-ci ne parte dans toute une argumentation sur pourquoi « il ne fallait pas ». Dans sa commande, Benjamin dissimula le sourire qui menaçait d'étirer ses lèvres, empruntant son habituel ton ferme et son visage neutre pour ne pas élever de soupçon.
Il raccrocha puis se leva, prenant appui sur ses genoux. Phoenix leva les yeux de sa page, ses sourcils haussés dans un air interrogatif que Benjamin chassa d'un revers de main. Il récupéra son téléphone portable et jeta un coup d'œil à ses notifications pour voir s'il avait manqué quelque chose de plus ou moins important.
« Phoenix, je dois passer un appel et je dois demander un renseignement à la réception. Si tu as besoin de quelque chose tu sais où me trouver.
- O.K., à tout de suite. »
Il sourit tendrement le temps que son compagnon quitte la chambre. Il tendit l'oreille pour s'assurer que les pas sûrs de Benjamin (qu'il reconnaîtrait entre mille) s'éloignait bien. Une fois qu'ils avaient disparu, Phoenix se leva et balança son manuel, son carnet et son crayon dans le fauteuil puis se précipita dans la salle de bain. Benjamin n'arrêtait pas de le traiter d'adolescent surexcité depuis le début de leur relation, mais quand bien même Phoenix arborait volontiers un persistant air nonchalant et insolent, lorsqu'il s'agissait d'amour et de désir, il devait admettre qu'il ne pouvait contenir tout ce qui l'habitait et palpitait en lui. Il aimait Benjamin, tout le ramenait à lui (même quand la vie les séparait ou quand l'un fuyait), il se sentait divinement bien et accepté avec lui… Et Benjamin était aussi un homme dont le temps ne faisait que lui donner davantage de charme. Les bruits de couloir dans le tribunal décrivaient le procureur démoniaque comme très populaire auprès de la gente féminine, il serait malhonnête pour Phoenix de nier que son physique a toujours été loin d'être sans effet sur lui aussi. Et au-delà d'une attirance physique, romantique et affective, Benjamin était définitivement un bon coup. Il y avait quelque chose de particulièrement grisant et satisfaisant de voir, d'entendre et de sentir cet homme particulièrement réservé et soigné devant le monde se laisser aller à de telles égrillardises. D'une certaine manière, Benjamin était très sensuel dans sa manière d'exprimer ses désirs et ses plaisirs, et parfois divinement érotique dans ses excès.
Cette adoration de sa moitié fut ce qui l'accompagnèrent sous la douche, Phoenix souhaitant le surprendre à son retour en se préparant. Cela faisait combien de temps qu'ils n'avaient pas inversé ? Quelques mois au moins, et entre temps il n'avait pas non plus eu recours à quelques plaisirs solitaires. Ca et la manière dont ses pensées s'étaient perdues la veille… Avec tout ça, il avait vraiment intérêt à ne pas bâcler cette initiative. Il ne se pardonnerait pas de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout à cause de quelque chose qui pouvait être très simplement évité avec de bonnes précautions.
Une fois sorti de la douche, Phoenix prit le temps de se passer un coup d'eau sur le visage pour chasser ce léger voile gras qui s'était formé sur sa peau, surtout au niveau de son front et le bombé de ses pommettes. Joignant ses mains sous le robinet pour accumuler l'eau et éclabousser son visage, il fut surpris quelques coups contre la porte. Benjamin n'aurait pas toqué, donc il s'agissait forcément d'un employé de l'hôtel ; de quelqu'un qui très probablement ne parlait pas anglais. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir lui dire ? Vu l'âge de son téléphone, l'idée d'un traducteur fut très rapidement chassée.
Légèrement paniqué, Phoenix se précipita vers une des serviettes pliées sur le petit banc et tapota son visage pour le sécher. Il la replia sommairement pour éviter, plus tard, un Benjamin grognon, puis courut vers la porte et l'ouvrit.
Nez-à-nez avec un employé, comme il l'avait anticipé, il fut surpris de voir que cet homme légèrement plus petit que lui tenait dans ses mains un plateau bien chargé : une théière et une tasse de même motif, une tasse un peu plus petite pleine de café et une délicate assiette recouverte d'une cloche de verre sous laquelle se tenait mignardises, fruits et gâteaux. Les deux hommes se regardèrent un instant, sans se dire un mot, essayant de deviner ce que l'un pouvait penser. D'un léger mouvement de tête et regardant par-dessus son épaule, le groom lui fit signe qu'il souhaitait déposer le plateau quelque part dans la chambre. Phoenix s'écarta pour le laisser passer, le regardant déposer cette collation sur la table en évitant autant que possible l'ordinateur de Benjamin – que Phoenix se précipita de déposer sur le lit pour éviter un malheureux accident à base de thé ou de café renversé. Le groom fouilla dans sa poche et en sortit un papier soigneusement plié, le tendit à celui qui était définitivement confus de sa venue. Il hocha légèrement la tête tout en souriant pour le remercier, l'autre homme faisant de même avant de repartir en fermant la porte derrière lui. Ils n'avaient échangé aucun mot et Phoenix ne pouvait nier le caractère au moins un tout petit peu perturbant et déstabilisant d'une telle rencontre tout à fait inattendue. Il se souvint que Benjamin avait utilisé le téléphone de la chambre tout à l'heure, mais quel intérêt de commander quand il n'était justement plus là ?
Phoenix resta planté là quelques instants, regardant la fumée qui flottait au-dessus des boissons. Il secoua sa tête puis ouvrit le papier, reconnaissant immédiatement l'écriture de Benjamin (en même temps, qui pouvait avoir une aussi belle cursive que lui ?).
« Phoenix,
Je suis descendu pour régler une urgence au bureau par téléphone. Cela ne devrait guère prendre beaucoup de temps, mais toujours plus que ce je pensais. J'ai commandé de quoi nous restaurer avant de descendre. J'avais envie d'une bonne tasse de thé pour pause et j'ai jugé que tu méritais un café et quelques douceurs pour accompagner tes études. Je ne sais pas ce que tu préfères, il y a donc un peu de tout.
J'espère que tu y trouveras ton bonheur. Ne me remercie pas, c'est ma gratitude pour ton assistance de la nuit dernière. N'hésite pas à commencer sans moi.
Bien à toi,
Je t'aime,
Benjamin Hunter »
C'était la seconde fois qu'il se faisait prendre de court par Benjamin quand lui-même lui préparait une surprise. Quel synchronie !
Il lâcha un soupir amusé puis alla récupérer le fauteuil qu'il avait délocalisé à l'autre bout de la chambre. Il s'y installa, prenant dans ses mains la tasse chaude qui lui était destiné. Phoenix souffla doucement sur la surface, ses yeux admirant cette fine pellicule grasse se trouer avec les ondulations et la fumée se dissiper. Il porta cet amer breuvage à ses lèvres, appréciant la subtilité de son arôme. Ce café n'avait rien à voir avec celui qu'il buvait à la maison, qu'il soit soluble ou à la cafetière. Ce qui se répandait sur sa langue ne ressemblait nullement à cette eau astringente et âpre à laquelle Phoenix était habitué. Là, ce café était beaucoup plus doux, épais, suave et réconfortant, des notes épicées et fruitées accompagnant la descente et laissant une délicate et longue sensation dans sa bouche, les arômes dansant sur ses papilles alors qu'il reposa sa tasse.
Ses yeux se portèrent à présent sur les douceurs clochées. Il souleva ce petit dôme de verre et attrapa deux-trois biscuits secs. Portant le premier à sa bouche, Phoenix fut surpris de sentir le beurre délicatement tapisser sa langue, ses joues et son palais alors que le gâteau s'effritait à peine dès qu'il mordait dedans. Il sentit également la salive s'accumuler doucement et lentement dans ses joues, le forçant instinctivement à passer son pouce sur le coin de lèvres au cas où il bavait et pour chasser les quelques miettes qui s'y étaient déposées. En plus d'être beurrés, ces biscuits étaient particulièrement sucrés. Ce n'était définitivement pas le même sucre que dans les céréales et les gâteaux qu'il pouvait acheter pour lui et Vérité. Il était beaucoup moins abrasif, épargnant ses dents habituellement sensibles. Par contre, la générosité de Benjamin avait encore frappé : à deux, ils n'allaient sûrement pas pouvoir manger tout ça… D'autant plus que le procureur n'était pas un grand fan de sucreries, il allait devoir se mettre à prier pour ne pas avoir d'indigestion ni tomber malade sur leur trajet vers la Sarre.
Grignotant son sablé, Phoenix sursauta légèrement quand la porte s'ouvrit : Benjamin était revenu, tapant et envoyant un dernier message avant de sourire en constatant que sa commande était bien arrivée et qu'elle était même en train d'être consommée.
« Alors ? Demanda Phoenix, la bouche pleine.
- Un de mes subalternes est malade et il a fallu redistribuer ses affaires – soit beaucoup vu le manque de procureurs – et trouver quelqu'un pour suivre les apprentis, exposa Benjamin en accrochant ses lunettes à la poche de sa chemise. Avec une bonne organisation et quelques appels, tout est rentré dans l'ordre.
- Tu sais, s'ils ont besoin de toi pour remplacer au bureau, on peut repartir, proposa-t-il en le regardant s'asseoir et s'emparer de sa tasse de thé.
- T'ai-je déjà mentionné le fait que je ne mets quasiment plus les pieds au tribunal depuis la prise de mes fonctions ? Il serait très mal venu de ma part de cumuler les rôles. Je ne me charge que des affaires les plus sensibles pour être certain qu'elles soient bien menées de bout en bout.
- Je vois… Ca ne te manque pas ?
- Sincèrement, non. Et si je peux éviter de risquer d'être de nouveau persécuté par le P.I.C. tout en étant utile, me voilà plus que ravi, grogna Benjamin en buvant une gorgée.
- Très bonne idée, ria Phoenix. Rien à voir, mais merci pour le goûter et le petit mot. Je vais juste avoir du mal à manger tout ça tout seul…
- Alors, je te tiens en haute estime et t'aime profondément, mais je compte bien profiter de ce plateau. »
Sur ces mots, Benjamin reposa sa tasse et prit quelques mignardises du bout des doigts, et les dégusta, gardant une main sous sa bouche pour éviter que des miettes ne tombent sur sa chemise et son pantalon. Phoenix le regarda faire, bouche bée, ses sourcils légèrement froncés par la confusion. Est-ce que Benjamin Hunter, l'homme le plus sérieux et raffiné du monde, venait de manger des gâteaux bien gras et sucrés ? Sans protester ? Sans se plaindre ? De même visiblement se régaler avec ? Non, même plus… Quelque chose avait changé sur son visage : il était plus doux, presque infantile, régressif peut-être. Ses yeux aciers étaient pleins d'étoile, une excitation similaire à lorsqu'il regardait ou parlait du Samouraï d'Acier. Un singulier investissement émotionnel et corporel dans ce que Phoenix percevait comme des gamineries pour un tel homme.
« Depuis quand tu manges des gâteaux bourrés de beurre et de sucre ?
- J'ai un faible pour tout ce qui est sucré, expliqua Benjamin avec une évidence dans son ton presque insolente. Il croisa le regard déconcerté de Phoenix, ses sourcils se fronçant également : cela fait plus de vingt ans qu'on se connait et tu ne le savais pas ?
- Visiblement non, Benjamin ! S'écria-t-il en levant les mains au ciel. Moi je t'imagine manger des œufs Bénédicte et des Saint-Jacques, mais sûrement pas des bonbons et des gâteaux !
- J'aime beaucoup les crèmes glacées aussi, ajouta-t-il avec un sourire en coin, appréciant enfoncer celui qui se tenait en face. Heureusement que je suis un homme aimant, c'est une erreur qui mériterait de rompre des fiançailles. »
Phoenix s'étouffa dans sa tasse de café, ses yeux s'écarquillant à cette dernière phrase et manquant de recracher sa gorgée. Il toussa en essuyant sa bouche avec une des serviettes à disposition, un rire contenu remuant ses épaules et pétillant dans ses yeux. Il reposa sa tasse et se pencha en avant, appuyant ses avant-bras contre ses cuisses, la tête baissée, accusant son échec. Benjamin le regardait, sans rien dire, mangeant et savourant le biscuit qu'il venait de glisser entre ses dents. Il soupira, son corps retombant un peu mieux dans le fauteuil.
« D'ailleurs, que donnent tes études ?
- Pour être honnête, commença Phoenix en se massant la nuque, cela faisait presque une semaine que j'avais pas ouvert tes livres. Mais la soirée d'hier m'a un peu motivé. Je veux dire, j'ai pu ouvrir un chapitre qui m'intrigue et m'intéresse au lieu de me plonger successivement dans les chapitres parce que je dois le faire. Ca fait du bien, sourit-il en se redressant.
- Ravi d'entendre que tu prends enfin du plaisir à t'y plonger. Cela va nous faciliter la tâche.
- Attention, c'est loin d'être une grande passion. Au-delà de deux heures j'ai envie de mourir, grogna Phoenix en levant les yeux au ciel. Je déteste la théorie !
- Eh bien, figure-toi que ça tombe bien. J'ai quelques affaires pour lesquelles j'aimerai avoir ton point de vue ; comme au bon vieux temps. »
Benjamin passa ses mains sur son torse, chassant les quelques miettes qui étaient peut-être tombées sur sa chemise, puis se leva, ses pieds pivotant en direction de son sac qu'il allait chercher. A peine venait-il de passer à côté de Phoenix, celui-ci attrapa fermement son poignet, l'arrêtant dans sa démarche. Benjamin baissa la tête vers lui, surpris et confus.
Phoenix ouvrit la bouche, la referma. Il la rouvrit, humectant furtivement ses lèvres avec le bout de sa langue. Il relâcha légèrement sa poigne, ne souhaitant pas l'origine mettre autant de force dedans.
« Après.
- Après quoi ? » Benjamin inclina sa tête, attendant pour ses explications.
Phoenix porta sa main à sa bouche, y égarant quelques baisers sur le dessus, sur ses doigts, les parcourant dans leur longueur jusqu'à ce que ses dents pincèrent cette peau blême. Benjamin soupira avec un sourire en coin. Il enfonça son pouce entre ses lèvres, se délectant des pupilles de Phoenix qui se dilatèrent sous son approbation silencieuse.
De sa main libre, Benjamin attrapa sa tasse de thé et la but presque cul-sec, se refusant de perdre cette délicieuse infusion avant un moment encore plus exquis.
Ce doigt pâle s'enfonça davantage dans sa bouche, le forçant à ouvrir davantage ses lèvres. Le bout de sa langue heurta celui de son pouce. Elle s'y égara légèrement puis senti ce corps glisser plus loin dans sa bouche. Phoenix leva les yeux, croisant ces perles grises dans lesquelles il était certain d'avoir vu briller une étincelle. Sans le quitter du regard, il avança la tête, creusant légèrement ses joues pour suçoter son doigt, aventurant délicatement ses dents contre sa peau.
Benjamin retira sa main, essuyant son pouce contre sa joue avant de venir déposer sa main sur sa mâchoire, la relevant pour aller écraser ses lèvres contre celles qui s'offraient à lui. Pas de baisers chastes, plutôt des langues taquines qui cherchaient le contact de l'autre tout en le fuyant. Oui, Phoenix avait émis cette plaisante proposition, cette évasion d'une petite heure, mais il n'allait pas s'abandonner comme ça. Il adorait le Benjamin doux, chaleureux et généreux, dont la réserve faisait barrage à tant d'amour et de passion. Et là, maintenant, Phoenix désirait cette passion, cette tension nerveuse qui au final, n'avait guère grand-chose de différence de leurs anciens face-à-face au tribunal, cette électricité dans les regards, les audaces et les postures. Phoenix adorait et aimait cet homme, il le voulait, là, tout de suite ; qu'il l'emporte, l'écrase sous sa confiance insolente et arrachant sa victoire en l'achevant méticuleusement.
Les dents de Benjamin se perdirent sur ses lèvres, lui arrachant un gémissement lourd. Phoenix posa ses mains sur les accoudoirs et appuya dessus pour quitter son fauteuil, clamant de nouveau cette bouche. C'était maladroit, brouillon, glissant parfois sur la joue ou le menton ; des filets de salive les forçant à se reconnecter encore et encore, l'urgence montant d'elle-même entre eux. Amertume et sucrosité se mêlaient sous leurs ardeurs. Benjamin déposa son autre main dans le creux de sa hanche, agrippant son t-shirt et sa chair dans son envie grandissante ; Phoenix passa ses bras dans son cou, son corps se complaisant sous la poigne de sa moitié. Dans un élan d'égarement, ses hanches se frottèrent contre son compagnon. Benjamin sursauta à cette friction inattendue, rompant leur baiser et s'écartant suffisamment pour observer l'intégralité de son visage. Sous son regard inquisiteur, à la fois ferme mais alourdit par le désir, Phoenix sentit ses joues rougir, cette plaque rosée s'étendant même sur sa nuque.
« Oups. » C'était tout ce que Phoenix trouva à dire, un léger sourire désolé révélant la ligne de ses dents.
Benjamin dégagea ses bras et attrapa sa proie par les hanches, le poussant à reculons vers le lit, Phoenix tombant dessus quand l'arrière de ses genoux heurtèrent le bord. Il eut à peine le temps de se glisser sur ses coudes pour reculer sur cet envoûtant matelas, son amant se jetant sur lui et plantant ses lèvres sur les siennes ; sa bouche, sa langue et ses dents dévorant ses gémissements et sa passion, ses mains caressant, agrippant et griffant la peau qu'elles parvenaient à trouver sous son t-shirt. Sous le corps de Benjamin, ses jambes s'écartèrent, l'accueillant contre lui et se laissant ravir par ses bons soins. A chaque fois que ses paumes s'arrêtaient sur une partie de sa chair, il sentait sa peau brûler sous l'ardeur. Quelques gouttes de sueur se formant déjà sur son front et dans le creux de son dos qui commençait à onduler lentement pour laisser les mains de Benjamin remonter le long de ses flancs, longer ses côtes et apprécier son impatience.
Les lèvres de Benjamin quittèrent sa bouche, glissant maladroitement et avec envie le long de son menton, de sa mâchoire, de son cou, de son épaule, parcourant cette ligne forte et sensible ; chaque bécot arrachant un glapissement de sa moitié. Ses mains se faufilèrent encore plus loin sous son haut, le remontant dans la hâte, suffisamment pour révéler ce buste clairsemé de ce petit duvet brun et de cette décoloration que les deux connaissaient par cœur. Avec le temps, les yeux de Benjamin avaient appris à ne pas s'y arrêter, préférant contempler et apprécier sa cage thoracique qui se soulevait de plus en plus lourdement à chaque inspiration.
Un souffle tremblotant échappa à Phoenix, son corps souffrant du manque d'affection le temps quelques secondes, d'intenses battements de cœur. Ses mains se précipitèrent instinctivement sur le visage empourpré qui se tenait devant lui, dégageant sa frange pour croiser son regard, le prier de soulager la brûlure passionnelle qui circulait dans ses veines et embrumait sa tête. Benjamin sourit, son amant rongé par l'envie étant une des plus belles vues possibles.
Il l'embrassa brièvement, égara un baiser dans le creux de son cou avant de descendre ses lèvres, ses dents et sa langue le long de son torse, marquant et recouvrant son haletante moitié ; prenant quelques grandes, lourdes et humides respirations contre cette peau bronzée. Dans son parcours, Benjamin donna quelques coups de reins, plus ou moins appuyés contre son aine, savourant les sursauts de sa respiration et les soupirs qui échappaient à Phoenix.
La voix lourde, il jura dans une friction bien plus marquée. Benjamin pouffa, incrédule. Ses mains descendirent sur ses hanches puis s'emparèrent de l'élastique de son pantalon et de son sous-vêtement, les arrachant précipitamment, révélant l'impatience de l'âme fébrile qui occupait son monde. Les tissus tombèrent comme un tas négligé sur le sol, les poignes fortes de Benjamins remontant le long de ses cuisses, traçant la forme de ces muscles et appréciant les arrondis et les creux de ses fesses. Le bassin de Phoenix se souleva dans un frisson, adorant la tendre et salace attention qui parcourait le bas de son corps. Ses jambes se plièrent puis se retendirent, le bruissement des draps de plus en plus répétitifs trahissant à quel point Phoenix désirait plus que tout l'entière dévotion de son amant, de s'unir là et maintenant dans le palais d'Aphrodite.
Phoenix se redressa sur ses coudes, roulant sur son ventre pour atteindre la table de chevet et récupérer ce tube dont leurs nombreuses escapades étaient reconnaissantes. Dos tourné à son délicieux et séduisant bourreau, il devina ses actions : le claquement d'une boucle de ceinture, le bourdonnement bref et vif d'une fermeture éclair, les froissement d'un pantalon qui tombait sur le sol et d'une chemise précipitamment retirée. Le lit s'affaissa légèrement, Phoenix retrouvant son amant assit à ses côtés quand il tourna la tête vers lui. Les deux hommes échangèrent un sourire, à la fois aimant et télépathique, Benjamin récupérant le lubrifiant que venait de chercher son compagnon.
Même si Phoenix n'était habituellement pas dans cette position, son impatience et son naturel partant faisaient que les préparations ne prirent guère trop de temps. Il aimait ça, son corps se tendant et se relâchant sous les doigts experts et taquins de Benjamin, s'amusant parfois à taper plus fort dans ce point divin avant de l'apaiser sous quelques caresses douces. Chaque geste faisait couiner et soupirer Phoenix, celui-ci enfouissant son visage dans ses bras croisés quand la hâte le rendait haletant et lui faisait tourner la tête.
« Ca suffit », grogna Phoenix et se redressant sur ses coudes, ses omoplates et ses muscles roulant délicieusement sous cette peau dorée, les rayons du soleil y réfléchissant en de petites paillettes.
Benjamin, agenouillé, se recula légèrement, le libérant. Le plus bruyant des deux se retourna, s'asseyant et s'adossant aux oreillers. Le bleu de ses yeux avaient presque disparu, un timide halo océan contrastant avec sa pupille dilatée. Il dévorait et défiait les perles grises qui se tenaient en face, buvant l'intensité et les désirs qui l'alourdissaient. Sur ses genoux, Benjamin se rapprocha, l'acculant contre ce mur molletonné et passant ses mains sur le côtés de ses fesses pour l'inciter à se lever un instant. Phoenix s'exécuta, un léger cri lui échappant quand il le souleva suffisamment pour l'asseoir sur ses cuisses. Benjamin passa mieux ses mains fortes sous ses jambes : le voilà maintenant reposé sur les avant-bras de son compagnon, les pieds suspendus et le visage penché en avant pour ne pas quitter du regard celui qui le manipulait si bien.
En quelques autres gestes, Benjamin et Phoenix ne firent qu'un, le premier jouant de la gravité, du poids de son amant et la force de ses propres bras pour lui arracher quelques gémissements délicieux qui s'éclatèrent contre son visage, les quelques mèches de sa franches bougeant sous son souffle. Les premiers mouvements furent doux, mais la chaleur de leurs corps et le brouillard affamé qui troublaient leurs esprits eurent raison d'eux, la frénésie de leurs chairs moites et rougies devenant inarrêtable, délicieusement rude par moment.
Les muscles se tendirent par à-coups, les poils se hérissèrent sous des frictions interdites, les mains retenaient et agressaient les peaux. Phoenix était accroché à son cou, ses doigts se perdant entre ses épaules et dans les cheveux de sa nuque ; Benjamin pressait ses fesses et le haut de ses cuisses. Son bassin se soulevait, se frottant et se claquant sans honte contre son compagnon exposé, croulant sous l'intensité de cette position.
Phoenix aimait ce qui était brusque, fort, puissant, impétueux ; ses couinements et gémissements montant en volume à chaque fois que les saccades devenaient de plus en plus rapprochées, le contrôle échappant sciemment et inconsciemment à Benjamin. Epinglé contre ce mur d'oreillers, son corps ne pouvait qu'accepter ce le procureur avait à lui offrir, et c'était merveilleux. Au fil des minutes, ses hanches absorbaient des chocs de plus en plus marqués, de plus en plus précipités, alors martelées d'amour. Mais ce n'était plus assez pour Benjamin.
Il souleva Phoenix une dernière fois pour mieux l'allonger – esquivant l'ordinateur qui trainait encore là –, se précipitant pour revenir au-dessus de lui et entre des cuisses déjà prêtes à le recevoir. L'air de la chambre était frais contre leurs peaux, leur sueur glaçant ces parcelles privées quelques instants de contact. Phoenix se redressa précipitamment, jetant ses bras autour du cou de Benjamin pour retrouver la chaleur de son corps contre le sien, écraser sans soin et sans réserve ses lèvres contre les siennes et rencontrer une fois de plus sa langue dans une danse passionnée et glissante, l'un buvant les soupirs et gémissements de l'autre.
Les mains fortes de Benjamin longèrent ses hanches alors qu'il se baissait en avant, allongeant de nouveau son amant avant de rompre leur baiser. Il se redressa et posa sa main droite sur la cuisse qui se présentait à lui avant de se replonger dans leur élan charnel. Son bassin roula de nouveau, renouant avec ses élans impétueux. Mais cette fougue retrouvée due être interrompue, Phoenix tapotant sa cuisse pour avoir son attention. Leurs regards se croisèrent. De leurs bouches, aucun mot ne sortirent, ou plutôt seulement ces expirations lourdes qui leurs brûlaient la gorge, soulevaient leurs poitrines et creusaient leurs diaphragmes. Phoenix tendit son bras, Benjamin suivit cette ligne, tournant la tête pour voir son index pointer un des oreillers. Il se pencha légèrement, veillant à ne pas trop bouger, et l'attrapa pour lui donner. Se relevant doucement sur un de ses coudes, Phoenix plaça le coussin sous son bassin avant de se recoucher, élargissant son sourire en guise de feu vert.
Benjamin se repositionna mieux, pressant de nouveau cette cuisse pour révéler l'intimité de sa moitié, s'enfonçant encore et encore dans cette antre des délices. Les chairs se claquèrent encore, les souffles sautant ou les gémissements leurs échappant à chaque coup de reins. Dans l'air, les jambes de Phoenix tremblaient, oscillaient en rythme des administrations de son amour, ses orteils s'écartant et se resserrant à chaque fois qu'il sentait cette vague à la fois sucrée et ardente, voluptueuse et intense, s'emparer de lui. Benjamin était lourd contre lui, revenant inlassablement percuter astucieusement et sadiquement ce point terrible qui avait le don de faire rouler ses yeux en arrière, les bords de sa vision se rétrécissant petit à petit. Son corps entier bougeait au rythme de ses va-et-vient puissants, profonds. Benjamin pouvait bien déboîter ses hanches, il adorait ça et chacun des cris qui lui échappaient étaient une supplique en ce sens. Ses mains agrippaient les draps avant de venir couvrir son visage. C'était terrible, salace, vicieux, pervers… Mais, balançant sa tête en arrière, ses derniers émois s'accompagnèrent de tremblements, ses muscles vaincus par l'orgasme, la félicité ravageant ses membres dénué de toute force.
Son attention dû être troublée par cette salve exquise, l'esprit de Phoenix revenant ici, dans ce lit et dans cette chambre entre les mains de Benjamin, seulement quand celui-ci donna un dernier coup, beaucoup plus marqué – peut-être un peu douloureux – son plaisir se répandant en lui dans un long grognement.
Leurs corps étaient brûlants, péniblement un temps puis agréablement ensuite, se relâchant enfin quand leurs membres furent quittés de leurs forces. Les deux hommes ne bougèrent pas, reprenant leurs souffles et appréciant l'air de la chambre soulager les brûlures qui résultèrent de leurs ébats.
Enfin, des sourires se dessinèrent lentement sur leurs lèvres, sincères et apaisés. L'oreiller qui se trouvait alors sous le bassin de Phoenix finit derrière la tête de Benjamin, celui-ci s'étant allongé à ses côtés et l'ayant accueilli contre lui. Cette tête brune reposait contre son torse, son bras drapé sur son ventre et sa main posée dans le creux de sa hanche, ses jambes presque entre-mêlées avec celles de Benjamin pour les garder réchauffées malgré leur apparat le plus simple.
La position que les deux hommes avaient pris était instinctive, et pourtant jamais Benjamin ne l'avait encore accepté ainsi après leurs étreintes. Quand la rationalité et la conscience revinrent à Phoenix, il redressa doucement sa tête pour croiser ces yeux argentés dont il ne se lasserait jamais de la profondeur. A leur brillance habituelle s'ajoutait une brume douce, une vulnérabilité affectueuse et presque infantile d'une certaine manière.
« Tu es sûr que tu veux pas de l'espace ? » Demanda-t-il, la voix lourde et endormie.
Benjamin fit « non » de la tête et passa son bras le long de ses épaules, le forçant à se reposer de nouveau contre lui. Phoenix soupira, heureux. Il nicha son visage contre son cou et y abandonna un « je t'aime ». Il fut surpris de se sentir encore plus détendu, relâché quand Benjamin passa ses mains dans ses cheveux, y laissant quelques caresses. Quel bonheur d'être réconforté après avoir été autant sollicité.
Et sans crier gare, le sommeil l'emporta le temps d'une sieste.
