« Ainsi, au regard des éléments avancés, de l'étude de leurs perspectives et des limites qui peuvent être imputées au système des jurés, il est essentiel en ces temps de le considérer pour pallier aux abus et aux injustices qui sévissent depuis plusieurs décennies…
- Alors ? »
Benjamin était adossé au plan de travail dans la cuisine, les bras croisés devant sa poitrine, regardant en direction de Phoenix qui se tenait sur le canapé, son ordinateur portable sur les cuisses. Il se massait la mâchoire avec une de ses mains, réfléchissant au dossier qu'il venait de lire. Son compagnon venait de soumettre à sa relecture son argumentation en faveur d'un nouveau système juridique, fruit de leur travail et de leurs réflexions au cours de leur temps en Europe. Il ne s'agissait que d'une première version, Benjamin ne souhaitant aller plus loin sans le regard extérieur de son compagnon.
« Ca m'a l'air pas mal dans l'ensemble pour un premier jet… Il y a quelques points que je t'avais mentionné plus haut qui mériteraient d'être corrigés ou approfondis, mais l'ensemble me paraît cohérent et représente bien nos positions, sourit Phoenix en refermant l'ordinateur. Mais c'est pas un peu trop théorique pour que cela convainc là-haut ?
- Si, bien sûr. Maintenant que nous avons une bonne structure d'où nous voulons aller, nous pouvons travailler sur un détail de mise en œuvre. Il sera plus probable que cela aboutisse si nous leur fournissons une solution clé en main. » Conclu Benjamin en retournant dans le salon, déposant ses mains sur les épaules de Phoenix.
Ils restèrent silencieux quelques instants, ne sachant quoi se dire et savourant le plaisir d'un travail qui prenait, enfin, concrètement forme. Ses muscles se détendirent sous ses paumes, appréciant cette pression réconfortante, aimante et fière, aussi. Phoenix pencha sa tête, les pointes de ses cheveux s'enfonçant dans le cuir du canapé, et tendit les bras pour atteindre la mâchoire de sa moitié. Benjamin regarda en sa direction, souriant dans un soupir. Il se baissa, suffisamment pour déposer ses lèvres sur son front.
« Merci Phoenix, chuchota Benjamin contre sa peau.
- Hm ? »
Il sentit ses sourcils se soulever sous sa bouche. Il hésita puis se détacha légèrement de son visage pour le regarder, massant ses épaules avec ses pouces.
« Merci pour ta confiance et ton travail.
- Ne me remercie pas, sourit-il. C'est même moi qui devrait te remercier pour… Pour continuer à essayer d'avancer avec moi et à faire tout ça pour laver mon nom.
- Si, j'insiste. Après tout, c'est un mot que tu m'as appris à dire il y a quelques années maintenant, il faut bien que je le mette à bon usage. Et, ça me fait plaisir de pouvoir t'aider. »
Phoenix passa ses mains autour de sa nuque, ses doigts se glissant dans ses cheveux argentés. Par une petite pression, il le maintint au-dessus de son visage avant de l'embrasser brièvement. Benjamin se redressa enfin, tournant autour du canapé pour récupérer l'ordinateur qui menaçait de glisser des cuisses de son partenaire pour atterrir sur le sol. Il le déposa sur la table basse puis s'assit à côté de lui, croisant ses jambes et posant ses mains dessus.
« Ca me fait bizarre de me dire que cela fait déjà presque trois mois qu'on est partis et que notre séjour arrive bientôt à sa fin… Et qu'on tient notre argumentaire, en plus.
- En effet. Trois mois très enrichissants, aussi bien pour notre projet que pour nous deux – voire nous trois.
- D'ailleurs, en parlant de nous trois, ça a été avec Vérité ? Demanda Phoenix, posant sa main sur celles des Benjamin. Malgré ce contact, il ne le regarda pas. Je veux dire, comment tu le sens et comment tu les vis. Tu sais…
- Je pense avoir compris ce que tu veux dire. Hmm… Dire que je n'ai pas d'appréhension et que je me sens toujours parfaitement à mon aise serait mentir. Il y a des jours où il m'est parfois difficile de dissocier la présence de Vérité en tant qu'enfant de ma propre expérience, mais dans l'ensemble, je suis heureux de la connaître et de partager du temps avec elle.
- Ca me rassure de savoir ça… Je sais à quel point tu n'avais jamais eu pour envie de fonder une famille. J'ai toujours eu peur de te forcer à quelque chose avec laquelle tu étais mal à l'aise et que tu portes une façade pour pas nous blesser Vérité et moi, sourit Phoenix, sincèrement rassuré et serrant inconsciemment les mains qu'il tenait dans la sienne.
- Je ne pense pas que ce genre de façade aurait duré longtemps avec deux personnes si perspicaces autour de moi, pouffa Benjamin. Plus sérieusement, je sens aussi que Vérité fait attention, essaye de nous trouver des choses à faire ensemble qui me font plaisir et sent quand j'ai besoin d'espace si je ne me sens pas très bien un matin. Et je ne me permettrais pas de lui faire ressentir la même distance que j'ai pu ressentir sous l'aile de von Karma. »
Ce nom, quand bien même cela faisait de longues années que tous l'avaient enterré, avait toujours cette capacité de peser ne serait-ce que brièvement sur les esprits. A vrai dire, sans tout ce qui était attaché à cet odieux personnage mais aussi à cette plus loyale des sœurs qui en partageait le patronyme, leurs vies respectives seraient aujourd'hui tout à fait différentes. Est-ce que l'un ou l'autre avait regretté que leurs destins eurent à basculer autant, du jour au lendemain ? Oui, bien sûr que la pensée leur avait traversé l'esprit plus d'une fois. Néanmoins… Il y avait une certaine beauté dans les difficultés que tous deux n'ont cessé de surmonter ensemble. Et à ce jour, aucun ne troquerait leurs vies actuelles pour d'autres plus simples. De tels événements n'avaient pas été sans incidence sur la nature de leur affection. C'était peut-être de l'amour dès le début entre eux, mais à chaque point clé de leurs existences, il n'avait jamais vraiment la même forme ni la même force. Là, maintenant, en cet instant dans ce canapé en Allemagne, il s'agissait d'une réassurance et d'une passion tranquille, mâture aussi malgré quelques moments puériles – que ce soit à cause de leurs disputes bêtes ou de leurs moments complices.
Heureux, Phoenix embrassa la joue de Benjamin puis reposa, dans un soupir, sa tête sur cette épaule forte. Forte par sa carrure mais aussi pour tout son vécu. Il avait toujours admiré celui qui se tenait à ses côtés, que ce soit pour son courage, son intelligence, ses efforts ou ses progrès ; et cela n'était pas prêt de changer. Il était loin, à présent, le procureur arrogant, glacial et torturé. Et surtout, Benjamin était enfin lui-même après tant d'années. Certes, cette période de retrouvailles n'était pas la meilleure, mais il avait hâte de découvrir la suite après s'être ouvert et avoir redécouvert la nature profonde de cet homme qui habitait son cœur.
Aussi, ce qui était curieux dans leur réunion était à quel point se rapprocher de Benjamin lui avait permis de se sentir entier et capable. Pas qu'il était vide sans celui-ci, au contraire, un Homme est toujours complet par lui-même ; mais le retour de Benjamin dans sa vie et sa main tendue lui ont permis de saisir de nouveau qui il était, ce qu'il pouvait faire, qu'il était un homme brisé mais que les morceaux finiraient bien par se recoller. Oui, il avait redécouvert sa beauté, son entièreté, qu'il existait tel quel dans ce monde. Phoenix s'était oublié et ne trouvait le bonheur que par les autres, et aujourd'hui être lui et vivre pour lui avaient enfin repris sens. Il avait repris goût à bien s'apprêter juste pour lui, à se coiffer et se raser puis apprécier son reflet dans le miroir le matin ou avant de sortir en ville, à faire attention à ce qu'il mangeait, à être force d'initiative pour tous les trois… Bref, il commençait à s'aimer pour Phoenix Wright, et non comme père, compagnon, joueur de poker imbattable ou avocat prometteur.
Toutefois, une seule chose le pesait de plus en plus au fur et à mesure que la fin de leur séjour approchait : une fois rentré, il devra de nouveau faire figure du père célibataire déprimé qui se laissait aller. En effet, il était évident pour que son stratagème tienne la route de ne pas revenir trop changé pour Kristoph. Phoenix en avait parlé brièvement avec Benjamin, ce dernier tout à fait d'accord avec sa perception de la situation. Il allait encore devoir faire mauvaise figure quand bien même il appréciait ce qu'il était en Europe. Mais c'était ça ou Kristoph reviendrait de plus belle jouer un coup bas. C'était pénible d'attendre le bon moment, la rédemption, mais si Phoenix avait déjà attendu plus de cinq ans, il pouvait bien patienter quelques temps de plus.
Kristoph, von Karma… Au final, tous les deux avaient eu leur version du loup dans la bergerie.
Phoenix soupira en basculant sa tête en arrière, ses yeux fixant le plafond comme s'il lui permettrait de soulager ses pensées. Benjamin serra un peu plus sa main puis l'imita, cherchant à deviner ce que cette toile blanche qui se tenait au-dessus d'eux pouvait bien lui inspirer.
« Tu ne peux pas me reprocher de trop penser quand toi-même tu te perds dans le flot des tiennes, Phoenix.
- Je réfléchissais à comment je vais devoir reprendre cette attitude négligée une fois rentré et feindre l'ignorance de nouveau. Je n'ai vraiment pas hâte, soupira-t-il.
- Ca te travaille beaucoup… Je suis sincèrement désolé, à défaut de pouvoir t'offrir une plus grande consolation.
- Je sais très bien que je devrai me concentrer sur le présent et profiter du temps qu'il me reste – et nous reste – ici, mais c'est dur.
- Je serai probablement très occupé une fois rentrés. Toutefois, n'hésite pas à m'appeler pour venir au bureau ou que je passe à l'agence un soir. Si tu as besoin de temps pour toi aussi, je peux garder Vérité une nuit s'il le faut, je pense que nous nous connaissons assez maintenant pour que je puisse te proposer cela, sourit Benjamin en tournant son visage vers Phoenix.
- On verra quand on y sera. Merci Benjamin. Il pencha la tête également en direction de son compagnon, puis reprit : on doit rester encore patients pour vraiment s'afficher, mais je suis prêt à attendre.
- Je vais faire de mon mieux pour te faciliter la tâche au niveau de tes moyens. Le reste réside dans tes mains capables. »
Ses mains capables… Il avait toutes les cartes en main, il ne lui manquait plus que de jouer le bon pli au bon moment. Et à vrai dire, c'était quelque chose qui lui avait toujours réussi.
Sur ces mots, Phoenix pivota sur le canapé et écrasa son compagnon dans une large étreinte, nichant sa tête dans son cou et souriant contre sa peau. Benjamin se contenta de tapoter l'arrière de sa tête, ses épaules se soulevant légèrement sous le petit rire qui lui échappait.
Une fois le plus gros de leur travail abattu, la dernière semaine de leur séjour se passait au ralenti. Dans l'ensemble, il ne restait plus qu'à peaufiner et relire ce que tous deux avaient produit et à Benjamin de réaliser une fiche de mise en œuvre. Cela leur donnait davantage de temps libre et des nuits plus longues que les semaines précédentes. Tous les trois auraient pu en profiter pour faire du tourisme, mais ils avaient déjà quasiment tout visité, Benjamin ayant concentré toutes leurs sorties à l'arrivée de Vérité pour qu'ils puissent faire le maximum au cas où Benjamin devait rentrer en urgence. Heureusement, cela n'avait pas eu lieu et apparemment, cela ne risquait pas d'être le cas. Tout était calme et la veille qu'effectuait religieusement le procureur tous les matins avait permis d'éviter tout désastre.
Benjamin était toujours un homme occupé comme le montrait si bien son emploi du temps. Mais maintenant qu'ils avaient fait tout ce qui était prévu – y compris niveau loisirs –, il ne pouvait nier qu'il appréciait pouvoir rester toute la journée à l'appartement et trainer dans un habit un peu plus décontracté. Il s'était mis au rythme des Wright, le premier étant naturellement assez nonchalant et reposé à la maison et la seconde fonctionnant au ralenti le matin. Benjamin avait découvert la joie des brunches en famille, de partager un long repas au milieu de la journée où chacun aidait à préparer puis se servait ce qui lui plaisait. C'était simple, sans prise de tête. Chacun rigolait, baillait, mangeait, parlait ou comatait autour d'une bonne assiette garnie de préparations différentes.
Bien sûr qu'il avait déjà dégusté de délicieux brunches au cours de ses voyages, mais passer du temps avec les deux personnes devenues les plus importantes de sa vie de manière aussi décomplexée avait une toute autre saveur. Il se sentait léger, porté par cette petite vague de chaleur réconfortante. Ses joues tiraient légèrement à force de sourire sans vraiment s'en rendre compte. Vérité essayait d'utiliser les quelques mots d'allemand qu'elle avait appris en rapport avec l'alimentation pour épater aussi bien son père que Benjamin. Phoenix, de son côté, ne cessait de piocher dans son assiette et de faire des blagues ridicules, décrochant des yeux au ciel chez sa fille et son compagnon.
L'après-midi, soit il savourait un bon livre en solitaire ou lisait en compagnie de Vérité, soit il se laissait aller à quelques jeux de société. Aussi ridicule que cela puisse paraître – et cela le contrariait – il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de jouer une vraie partie en dehors d'échec. Ainsi, il avait découvert les coups bas et la pioche interminable du Uno, l'aléatoire pénible et l'interminable Monopoly (avec le penchant pique-sous de Vérité, d'ailleurs), la violence et les cris d'un Jungle Speed… Bref, pleins de jeux qui lui étaient si étrangers et pour lesquels, après quelques réticences et craintes, il portait une certaine affection. Bien sûr, jamais il n'admettrait auprès du monde qu'il avait bien aimé dépouiller ses partenaires de jeux de tout leur argent lorsqu'ils tombaient sur Rue de la Paix ou Avenue des Champs-Élysées avec un hôtel, ou encore s'emporter devant un cylindre en bois pour le saisir plus vite que la petite espiègle qui lui faisait face. Auprès de cette paire, il avait vraiment appris et découvert les bonheurs de la simplicité ; et même si cela n'était toujours pas sa zone de confort et qu'il n'y retournerait que par modération et seulement auprès d'eux, Benjamin se devait de reconnaître que c'était bien plaisant.
De leur côté, Phoenix et Vérité discutaient souvent ensemble ou jouaient quand le procureur ne pouvait rester avec eux – besoin d'espace, travail ou course à faire expliquant ses absences. Ils étaient toujours aussi complices, si ce n'était plus quand l'un et l'autre osaient se confier un tout petit peu sur leurs impressions, leurs envies ou ce qui les attendait à leur retour : un papa un peu négligé, qui travaille de nouveau le soir et la nuit, les dîners avec Kristoph, Benjamin qui allait prendre un peu de distance pour le travail… Toutefois, même si Vérité savait pertinemment que lui et son compagnon travaillaient ensemble sur quelque chose le temps de leur séjour, elle ne savait pas vraiment sur quoi cela portait. Phoenix lui avait expliqué qu'il ne pouvait pas vraiment en parler maintenant pour ne pas compromettre leurs efforts. Elle avait fait preuve de compréhension comme toujours, et malgré quelques questions ici et là, elle n'insistait pas plus sur le sujet. En échange, Phoenix lui laissait naturellement son jardin secret, la jeune femme fermant la porte à certains sujets et son père respectant ses désirs, notamment lorsque cela concernait les idées qu'elle regroupait pour ses futurs spectacles ou les secrets derrière les quelques tours de magies qu'elle faisait de temps en temps.
Phoenix aurait aimé ne pas avoir à cacher des choses à sa fille, surtout aussi importantes. Mais entre souhait et réalité, il était hors de question qu'il ne l'implique dans une affaire aussi grave. Par ailleurs, la fin de sa carrière d'avocat coïncidait avec la disparition du père de Vérité. Non, il n'allait définitivement pas risquer de révéler des choses dont il ne connaissait pas la nature à son petit soleil. Aussi, si jamais Phoenix était amené à découvrir des éléments contrariants ou graves, il ne savait pas vraiment s'il se devait de les partager immédiatement avec elle ou attendre le soi-disant bon moment. Il avait entendu et vu toutes ces histoires où les gens finissaient par se déchirer à cause des non-dits, mais Phoenix ne pouvait définitivement pas se résoudre à brusquer cette petite. Elle avait déjà vécu beaucoup pour son jeune âge, des choses qu'elle n'aurait jamais dû connaître.
Ainsi, pour toutes ces raisons, il avait décidé de ne pas en parler à Vérité tant qu'il n'avait pas la certitude si oui ou non cela allait l'impliquer. Et si c'était le cas, comment.
D'ailleurs, en y réfléchissant, Phoenix avait oublié l'anniversaire de sa ruine. Ils étaient fin juillet à présent, et Dieu sait qu'il n'avait pas du tout vu le temps passer ces trois derniers mois. Donc cela ne faisait plus cinq ans, pour être correct, qu'il avait quitté le barreau ; mais plutôt six ans. Avachi dans ce canapé, il soupira à cette réalisation, un poids alourdissant son corps en se diffusant dans ses veines. Il avait vraiment perdu le compte des années, le temps avançait si vite !...
Soudain, ses yeux s'écarquillèrent, une illumination le frappant ici. Le départ soudain proposé par Benjamin… Certes une des grandes motivations était que cela coïncidait avec les grandes responsabilités qui découlaient de sa fonction ; du moins, officiellement. Mais, avec du recul… Et s'il avait fait exprès de le faire partir à cette période précise ? Pour lui faire oublier ce triste anniversaire ?
En parlant du loup, Benjamin passa dans le salon, son ordinateur portable à la main. Il se dirigea en direction du comptoir du bar de la cuisine. Remarquant son compagnon dans le canapé, il leva les yeux au-dessus de la monture de ses lunettes, avant de finalement relever son visage en constatant l'air ahurit de Phoenix.
« Benjamin. Tu as fait exprès ? Il se redressa, posant ses mains sur ses genoux, le regardant droit dans les yeux.
- De ? Il va falloir être plus précis, Phoenix, répliqua-t-il, craignant déjà ce que celui qui se tenait en face de lui pouvait lui reprocher.
- Partir. En mai. Tu as fait exprès.
- Bien sûr ?... Je ne peux pas me permettre de quitter le bureau n'importe quand, surtout quand cela n'a pas lien direct avec une affaire en cours ou si c'est un ordre d'au-dessus.
- Je sais. Mais… Il n'y a pas que ça. Je me trompe ? »
Benjamin le fixa un moment, silencieux. Finalement, il soupira puis plia son ordinateur, le posant sur le buffet qui se tenait non loin avant de s'y adosser en croisant les bras. Il baissa la tête et ferma les yeux, exposé.
« Je ne vais pas te mentir, surtout si tu m'y confrontes. Benjamin se redressa, son pouce venant caresser la bague qu'il portait au doigt. Je me suis permis d'insister pour que nous partions dès le mois de mai en effet, à cause de cette fameuse date.
- Pourquoi ?
- Avec mes obligations, je m'en serai voulu de ne pas avoir pu être à tes côtés si jamais tu ne te sentais pas bien à cause de ce souvenir. Tu sais à quel point j'ai eu beaucoup de mal supporter les fêtes de fin d'années avec la disparition de mon père. J'ai pensé que cela pourrait être également ton cas. Partir était la solution la plus simple pour que je sois avec toi pour passer cette épreuve. »
Benjamin tourna la tête, de sorte à ce que sa frange argentée dissimulait son visage. Il se redressa, toujours le regard détourné, et passa sa main dans ses cheveux. Sa mâchoire était serrée, la pointe de ses oreilles légèrement rougie.
« Je ne regrette pas, surtout quand je constate que tu as oublié cet anniversaire funeste et que je retrouve ton vrai sourire.
- Benjamin… »
Le visage de Phoenix s'adoucit, ses yeux se gorgeant de larmes, les rendant particulièrement brillants. Il se leva et se précipita vers son compagnon, le serrant dans ses bras dans une étreinte sincère, aimante et, surtout, profondément reconnaissante.
