Chapitre 12 : Qu'avez-vous fait ?

4 mai 2012

Il fut assez vite évident que Loki était parti pour rejoindre Noah, peut-être même le kidnapper. Qui savait ce qu'un homme comme lui était capable pour obtenir ce qu'il voulait ?

C'est naturellement folle d'inquiétude qu'Eve apparut à l'école grâce à Kurt, mais il était déjà trop tard. Ils avaient perdu de trop précieuses minutes à New-York, et lorsqu'ils posèrent la question, personne ne put leur répondre. Personne ne savait où était Noah.

Elle appela, cria son nom partout où elle allait, et finit par sortir en courant dans le parc. Heureusement, cette fois, la chance fut de son côté. Elle se dirigea d'emblée dans la bonne direction. Derrière un bosquet, elle retrouva son fils avec Loki, dans le kiosque dissimulé par la végétation.

« Noah ! appela-t-elle, affolée de voir son fils pratiquement sur les genoux de son ravisseur.

- Mère ! s'exclama-t-il en la voyant arriver. »

Eve arrêta net sa course. Son fils ne l'avait jamais appelée ainsi. Il l'appelait maman, comme tous les enfants de son âge ou presque.

« Mère ! répéta-t-il. Père nous a retrouvés ! »

Eve se tourna immédiatement vers Loki, furieuse et un peu apeurée.

« Qu'avez-vous fait ? accusa-t-elle. Qu'avez-vous fait à mon fils ?

- Mère ? fit Noah soudainement effrayé par l'attitude d'Eve. Que se passe-t-il ? »

Même sa prononciation avait changé, sa façon de prononcer les phrases. Elle s'éloignait de celle de ses camarades pour se rapprocher de quelque chose de plus aristocratique peut-être, plus pédant presque.

Loki attira l'attention de l'enfant. Il s'était levé du banc où il était assis, et s'accroupit à sa hauteur. Eve se tendit, prête à réagir si Loki se hasardait à lui retirer son fils, en se téléportant ou peu importait le moyen. Cependant, elle n'osait pas s'approcher plus pour ne pas tenter le diable, et forcer Loki à passer à l'action.

« Narfi, tu te souviens de nos leçons de téléportation ? Très bien. Tu vas te téléporter dans ta chambre à l'école, et trouver un adulte. Dis-lui de nous rejoindre ici avec le Directeur, d'accord ? C'est une mission très importante, je compte sur toi. »

Noah hocha très sérieusement la tête, fit un câlin rapide à Loki, sourit à Eve, puis disparut dans une épaisse fumée bleue. Eve en resta interdite. Jamais son fils n'avait manifesté ce genre de capacités.

« Que lui avez-vous fait ? répéta-t-elle sans perdre son ton accusateur.

- Je lui ai rendu la mémoire, répondit Loki comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde.

- Pourquoi avoir fait une chose pareille ? demanda-t-elle d'un ton aigu. N'avez-vous pas de cœur ? »

Loki sembla désarçonné par l'accusation. Il lui fallut plusieurs secondes avant de demander à son tour :

« Pourquoi dis-tu une chose pareille ? Je n'ai fait que lui rendre ses souvenirs. Asgard, sa famille, moi, tout ce qu'il avait oublié.

- Vous lui avez donné un père dont il n'a pas besoin, s'énerva Eve. Et pour quoi ? Pour l'abandonner ! Il est peut-être heureux pour le moment de retrouver un père, mais que se passera-t-il lorsque vous irez en prison pour vos actes ? Ou pire, que vous serez en cavale pour échapper à vos responsabilités ? Qui sera là à sécher ses larmes, pour lui expliquer que son père est en fait un monstre ? Certainement pas vous ! Vous êtes égoïste ! Vous avez décidé tout seul qu'il fallait lui rendre ses souvenirs, mais seulement pour votre bien ! Pas pour le sien ! Vous avez décidé qu'il fallait me rendre mes souvenirs, mais je ne veux pas me souvenir de vous ! Je ne veux pas vous aimer ! Je ne veux pas ressentir de la tendresse pour vous ! Pas après avoir vu des gens innocents mourir par votre faute, pas après avoir soigné encore et encore des hommes, des femmes, des enfants ! Je ne veux pas ressentir le poignard de la trahison ! »

Sa diatribe eut l'air d'atteindre Loki en plein cœur. Il avait perdu toute couleur, toute superbe, mais il gardait un air déterminé, quoiqu'un peu résigné.

« Tu as raison, admit-il platement. Je suis un monstre égoïste. Je n'ai pas d'autre excuse que ma nature, et si tu exiges la rupture de notre mariage, j'appuierais ta demande devant le Père-de-Toute-Chose. Cependant, si j'ai décidé de rendre ses souvenirs à notre fils, ce n'est pas pour qu'il se souvienne uniquement de moi, mais aussi de ses grands-parents, de son oncle, de ses amis. Il y a des gens à Asgard et à Vanaheim qui vous aiment et qui veulent vous revoir. Tes parents seront tellement heureux d'apprendre que tu es en vie. Ta disparition a été le début d'une période bien sombre pour nous tous. Ils portent encore le deuil de leur fille et de leur petit-fils. Ils vous aideront à supporter le poison acide de ma trahison. »

Eve entendit des bruits de pas qui approchaient derrière elle. Apparemment, Noah avait obéi scrupuleusement à Loki, à son père, et avait alerté les adultes de l'école. Le pauvre enfant ne devait pas comprendre ce qui arrivait, pourquoi autant d'agitation pour l'apparition de Loki au Manoir de Westchester. Prouvant cette pensée, le petit garçon rejoignit sa mère.

« Quand allons-nous rentrer à la maison, Mère ? demanda-t-il avec un sourire incertain. »

Eve tenta de lui rendre son sourire, mais ne parvint qu'à lui offrir un rictus crispé.

« Je ne sais pas encore, mon cœur, répondit-elle le plus honnêtement possible. »

Elle n'osa pas l'appeler à nouveau par le prénom qu'il s'était choisi à son arrivée à l'école.

« Que se passe-t-il ? questionna le garçon avec hésitation. Vous vous êtes disputés ?

- Nous ne nous sommes pas disputés, Narfi, répondit Loki avec douceur. J'ai fait de très vilaines choses, et cela fait souffrir Mère. Nous avons encore besoin de discuter entre adultes, mon chéri. Tu peux aller retrouver tes amis si tu veux. Mère viendra te chercher quand nous aurons fini. »

A contrecœur, et après avoir attendu un hochement de tête de la part d'Eve, Noah retourna vers le Manoir, accompagné par Kitty. Le petit groupe arrivé précédemment attendait à quelques pas un signal, quelque chose pour agir ou approcher.

« Tout va bien ? demanda Nicholas. »

Avec lui, il y avait évidemment l'Agente Hill, qui se tenait en retrait, le Professeur Xavier et Logan.

« Oui, répondit Eve. Pas besoin d'intervenir. »

Il y eut un grognement du côté de Logan qui la fit sourire. Elle savait que le mutant n'attendant que son signal pour se jeter sur Loki et lui faire rencontrer intimement ses griffes d'adamantium.

« Je peux te rendre la mémoire, Sigyn, reprit Loki sans prendre en compte la nervosité des spectateurs. Cela ne fera pas mal, je te le promets. Ce sera certainement désorientant, mais pas douloureux. Après cela, je le jure sur ce qui reste de mon honneur, et sur ma Magie, de me rendre à la justice du Père-de-Toute-Chose, et celle des humains s'ils le souhaitent. »

L'idée de récupérer ses souvenirs tétanisait Eve. Elle avait fait ce deuil longtemps auparavant, se faisant à l'idée qu'il y aurait toujours un trou dans sa vie, une incertitude permanente, obligatoire. Récupérer sa mémoire créait des potentialités angoissantes. Au-delà de se voir arracher un mari qu'elle n'aimait pas encore, elle n'avait pas envie de quitter la vie qu'elle s'était construite ici, ses amis, ses élèves. Les mutants l'avaient accueilli à bras ouverts, lui avaient fait une place dans leur monde. C'était son monde aussi désormais, elle faisait partie de la grande chaîne de l'enseignement dispensé à l'école Xavier.

Elle avait accusé Loki d'égoïsme, elle se rendait compte qu'elle l'était aussi elle-même. Elle ne voulait pas du changement drastique qu'apporterait un retour de sa mémoire. Elle voulait continuer à seconder le Professeur Xavier, à tancer les élèves turbulents, à s'occuper de Noah avec tous les autres professeurs qui avaient pris des places parentales dans la vie de son enfant, à accomplir des missions capitales avec les X-Men et le SHIELD.

Mais elle devait aussi penser à Noah, à ce qui était le mieux pour lui, qui avait retrouvé la mémoire. Noah, ou Narfi, se souvenait de son père, de son oncle, de ses grands-parents, d'une maison. Il allait vouloir leur rendre visite, les retrouver après cette longue absence. Il allait vouloir apprendre la Magie, l'histoire de son monde d'origine et tout ce à quoi elle ne pouvait penser. Il allait vouloir côtoyer des enfants comme lui, qui vieillissaient si lentement que c'en était imperceptible.

« Je ne sais pas ce que vaut votre parole, atermoya-t-elle pour gagner un peu de temps.

- J'ignore ce que je peux te donner comme garantie, se désola Loki. Si j'ai bien compris, tes amis ont des pouvoirs, peut-être peuvent-ils être témoins de ma sincérité. »

Eve se tourna par réflexe vers le petit groupe, et interrogea le Professeur du regard.

« Il n'y a aucune fourberie dans son esprit, assura Charles après un silence concentré.

- Merci, dit Loki avec un hochement de tête grave avant de rediriger son attention vers Eve. Le choix te revient désormais. »

Dire qu'elle avait le choix était une grande arnaque. Maintenant qu'elle connaissait son nom, qu'elle savait avoir une famille, que son fils avait retrouvé la mémoire, elle n'avait plus le choix. C'était une sensation écrasante, savoir sans savoir, avoir le choix sans avoir le choix, se douter sans pouvoir être certaine. Elle avait vécu près de trente ans sans mémoire, elle s'en était très bien tirée. Elle avait trouvé un soutien auprès de Logan, lui aussi amnésique. A deux, ils avaient pu faire le deuil complet de passés qui ne les hantaient plus par leurs absences. La destruction de ce deuil était aussi la destruction de son identité, de sa vie actuelle, c'était un saut dans l'inconnu, littéralement un saut de la foi.

« D'accord, accepta-t-elle doucement. »

Ses entrailles se contractèrent et une boule d'angoisse grossit dans sa poitrine, obstruant sa gorge.

« Il vaut mieux que nous soyons assis, dit Loki en désignant le petit banc du kiosque.

- Pas d'entourloupe, grogna Logan en sortant ses griffes préventivement.

- Il n'y en aura pas, promit à nouveau Loki d'une voix ferme. »

Au bord de la panique, Eve prit place sur le banc sous le kiosque en bois blanc. Loki se plaça juste à côté d'elle, pas suffisamment proche pour la toucher, mais pas suffisamment loin pour la détendre non plus. Il se positionna de trois quart, ne lui faisant pas tout à fait face.

« Je sais que c'est une demande bien présomptueuse, mais essaie de te détendre. »

Elle prit une grande inspiration, et expira lentement d'un souffle tremblotant, plusieurs fois, se concentrant sur sa respiration, puis, alors qu'elle ne s'y attendait absolument pas, trop focalisée sur elle-même et pas assez sur ce qui l'entourait, Loki donna un petit coup avec le bout de son index sur son front. Surprise, ses yeux s'écarquillèrent, mais elle ne put rien dire.

Ce fut comme si un voile se déchirait, dévoilant les coulisses qu'il cachait aux spectateurs. En quelques secondes, sa vie passée se mêla à ses souvenirs récents. Elle se souvint de qui elle était, tout en se souvenant aussi de l'avoir oublié. Puis elle réalisa. Elle n'était pas Eve, elle était Sigyn, Princesse de Vanaheim et d'Asgard. Elle aimait tendrement ses parents, son mari et son fils. Elle avait des devoirs qu'elle remplissait avec sérieux, et elle était largement appréciée à la cour et dans les deux Royaumes.

D'un point de vue extérieur, la réalisation de son identité changea quelque chose dans sa posture, dans son maintien, dans son regard même. Quiconque posait les yeux sur elle savait qu'il ne s'agissait plus d'Eve, Directrice Adjointe de l'école Xavier, mais de Sigyn, Princesse de sang et Magicienne renommée.

Elle leva les yeux sur Loki, et soudain ce n'était plus l'envahisseur sanguinaire qui avait attaqué la Terre qu'elle voyait, mais son époux, l'homme qu'elle aimait, celui qui jouait avec leur fils, avec qui elle avait des discussions sans fin sur les mondes et la Magie.

La douleur qu'elle ressentit à la mémoire de sa trahison fut sans surprise, mais resta atroce.

« Comment as-tu pu ? balbutia-t-elle horrifiée.

- Je sais, répondit tristement Loki en détournant le regard. Je n'aurai pas assez d'une vie pour expier mes fautes, et ce n'est pas la seule chose dont je suis coupable. »

La phrase réveilla quelque chose dans la mémoire encore embrumée, chaotique, de Sigyn. Elle se leva brusquement.

« Par les Nornes ! s'exclama-t-elle en faisant sursauter tout le monde. Il y a un complot !

- Nous le savons, la rassura Loki en se levant lui aussi. Le complot a été déjoué. Celui qui t'a lancé le sortilège d'amnésie est mort depuis longtemps, et Amora et Lorelei sont en prison. »

Sigyn en resta interdite.

« Amora et Lorelei ? s'étonna-t-elle. Je ne suis pas au fait de cette partie. »

Loki prit donc le temps de résumer les premiers mois de recherche qu'il avait vécu, le comportement de Thor, l'avertissement de Surtur, l'espionnage de la réunion clandestine, et l'arrestation des sœurs.

Sigyn écouta, estomaquée. Elle n'interrompit pas le récit de son époux, mais son esprit tournait à plein régime. Elle savait que Loki et Lorelei avaient été très proches, jusqu'à devenir des amis intimes, de meilleurs amis. Elle-même, si elle n'avait pas d'affection particulière pour la femme, ne la détestait pas non plus. Apprendre la trahison de son amie la plus proche, à la suite de la disparition de sa femme et son fils avait dû être dévastateur pour Loki.

« Je pense que cela a été le début de la fin, regretta-t-il alors qu'il finissait son histoire. Thor n'a plus jamais été le même. Il s'est isolé de moi, avec ses amis, noyant son chagrin et sa détresse dans la boisson et les combats. Il est devenu inconstant, frivole, inconscient. Quant à moi, j'épuisais toute mon énergie dans une recherche qui n'a jamais abouti, au point où j'en suis venu à penser moi aussi que vous étiez morts. Puis, il y a eu le couronnement. »

Sigyn écouta pantoise Loki narrer le couronnement de Thor, sa trahison pour faire échouer le couronnement de ce frère qu'il estimait indigne du trône et l'attaque sur Jötunheim.

« Tu dois l'apprendre par ma bouche. Tout le monde sur Asgard doit le savoir à l'heure qu'il est, et cela pourra impacter fortement tes décisions à venir. »

Son ton grave, sa posture raide, son regard fuyant firent craindre le pire à Sigyn, qui le pressa de continuer, le cœur battant.

« J'ai appris que je n'étais pas le fils d'Odin et Frigga, mais celui de Laufey, et d'un autre Jötunn. »

Il fallut quelques secondes à Sigyn pour comprendre ce que cela impliquait.

« Tu es un Jötunn, conclut-elle d'une voix atone. Mais tu n'es pas-

- Bleu ? Grand ? Je deviens bleu en contact avec le froid mortel de Jötunheim. Si je ne suis pas grand, j'en ignore la raison. Peut-être suis-je un infirme. Je l'ignore, j'ai tué Laufey sans lui poser la question. »

Il y avait un détachement forcé dans le ton de Loki qui fit froid dans le dos de Sigyn. Ce n'était plus l'homme défait et résigné qu'elle avait sous les yeux, ni l'envahisseur fou et meurtrier, mais un homme rongé par la colère et la haine, incapable de se dépêtre de ses sentiments morbides.

« J'ai tué Laufey, répéta-t-il en fixant Sigyn dans les yeux, la mettant au défi de réagir à ce qu'il disait. J'ai tué mon géniteur, le monstre qui m'a laissé à mourir dans le froid, alors que la guerre contre Asgard ravageait son Royaume. J'ai tué le Jötunn qui menaçait Asgard d'une nouvelle guerre sanglante. Je devais le faire, je devais me venger, je devais protéger Asgard. J'aurais pu choisir Jötunheim, mais j'ai choisi Asgard, pourquoi Odin n'a-t-il pas voulu le voir ? »

Loki ne s'adressait plus à Sigyn. Son regard avait glissé par dessus son épaule. Il parlait à Thor qui avait rejoint le petit groupe de spectateurs. Le Prince héritier était encore sale de la bataille qu'il avait menée, et malgré sa posture régalienne, il semblait fatigué.

« Sans doute n'y avait-il rien à choisir, répondit-il. Peut-être y avait-il un autre moyen que le meurtre ou la guerre. Je ne peux parler au nom de notre père, seulement en mon nom propre. Je ne peux réécrire l'histoire, seulement la raconter. Si tu doutes de mon affection pour toi mon frère, c'est à moi de continuer à raconter les événements qui ont secoué Asgard après ta chute.

- Quelle chute ? s'alarma Sigyn.

- Loki est tombé dans une vacuité provoquée par la destruction du Bifröst, résuma pudiquement Thor. Après cela, Heimdall a guetté le moindre signe de toi sans relâche, en vain, reprit-il en s'adressant à son frère. Après quelques jours sans la moindre nouvelle, nous avons dû nous résigner à annoncer ton décès probable à la cour, mais jamais tes origines n'ont été évoquées. Père a personnellement menacé les trois guerriers palatins et Sif de prison, voire de mort, s'ils venaient à salir ta mémoire, avec, je cite, des préoccupations généalogiques déplacées. »

Loki eut une sorte de rire étranglé, et Sigyn sentit son cœur se serrer.

Alors que sa mémoire était encore tumultueuse, décousue, elle devait aussi redécouvrir son époux, un Loki moins sûr de lui, mais plus exubérant d'une certaine manière, moins princier, plus guerrier, brisé certainement, mais surtout tranchant, piquant. Ce Loki ne laissait personne s'approcher des morceaux éclatés de son cœur et de son âme, quitte à blesser, à tuer pour protéger ce qui restait de lui, tout en affichant cette cassure presque fièrement. C'était un Loki plus extrême, plus difficile à cerner, un Loki modelé à la force de presque trois décennies de douleurs et de peines.

Sigyn avait l'âme tendre et souhaitait réconforter cet homme qu'elle se souvenait aimer, mais elle ne le pouvait pas. Elle ne devait pas céder à sa sensibilité habituelle. Elle devait d'abord mettre de l'ordre dans ses souvenirs, réfléchir aux implications, prendre des décisions adéquates pour Narfi et pour elle. Devait-elle rentrer à Asgard, ou devait-elle rejoindre ses parents d'abord ? Devait-elle au contraire rester sur Midgard, et envoyer des messages, pour ne pas exposer son fils à un trop grand changement, éviter de renverser à nouveau ses repères et sa vie ? Qu'en serait-il de Loki et du Titan qu'il avait mentionné ?

« Il faut que je réfléchisse, dit-elle. Je ne peux prendre la moindre décision maintenant. Je dois d'abord mettre mon corps et mon esprit au repos, mettre de l'ordre dans mes souvenirs et mes sentiments.

- Je comprends, assura tristement Loki. Je réitère mes paroles, si tu venais à décider de rompre notre mariage, je ne m'y opposerai pas.

- Je n'en suis pas encore là, répliqua-t-elle. Tu n'as pas perdu ton élan à la dramatisation, mon époux. »

Loki eut un rire humide.

« C'est cruel de ta part de me faire espérer ainsi. Je ne mérite pas la moindre once de ta pitié.

- Laisse-moi décider de cela, veux-tu, dit-elle plus doucement.

- A ta guise. Directeur Fury, je me rends. »