Bonjour bonjour, me revoilà après une petite pause !
Ces derniers temps ont été rudes psychologiquement et je n'arrivais plus à trouver de plaisir à avancer la fanfic ou à faire quoi que ce soit de créatif. Et corriger ce chapitre était difficile parce que plus le temps passait, moins il me plaisait. Mais au final, j'en suis plutôt satisfaite :)
Je m'excuse donc pour le délai et j'espère que ce chapitre vous plaira malgré tout !
Hésitez pas à laisser un petit commentaire, cela me motive beaucoup 3 Prenez soin de vous aussi !
Ils n'avaient pas vraiment dormi de la nuit, navigant entre les étreintes, quelques conversations et les silences. Tout était prétexte pour enfin apprécier la compagnie de l'autre et rattraper le temps perdu. Néanmoins, à l'aurore, Benjamin avait fini par s'endormir après une énième partie, son corps épuisé après s'être offert autant de fois. Surtout quand lui et son amant s'aventuraient sur des pentes plus brutales et perverses après une énième joute verbale.
Phoenix avait l'habitude de taquiner le procureur, et ce dernier ne manquait jamais de rendre les coups, n'hésitant pas à être particulièrement piquant. Certes, ce n'était pas la première fois que leurs chamailleries complices avaient donné lieu à quelques embrassades joyeuses. Mais ce soir, quelques barrières étaient tombées et des flots plus ardents les avaient pris.
Fatigué et recherchant du réconfort après une partie aussi intense, rude peut-être, Benjamin s'était endormi sur le torse de Phoenix, son bras drapé sur son ventre et sa hanche. Habituellement, il avait toujours besoin de distance, de calme et d'espace après quelques câlins, mais cette fois fut une exception. Machinalement, Phoenix caressait son dos, attardant sa main entre ses omoplates. Il était étendu dans le moelleux de ce lit, ses yeux fixant le plafond invisible dans la pénombre. Le silence dans la chambre n'était interrompu que par la respiration lente et paisible de son compagnon, et parfois ses propres soupirs. Il arrivait que sa moitié prenne de grande inspirations, faisant glisser légèrement l'anneau qu'il portait religieusement autour du cou sur son buste.
Frissonnant sous le froid de ce cercle de métal et craignant de réveiller Benjamin, Phoenix finit par prendre la bague entre ses doigts. Avec le peu de lumière qui baignait la pièce, il parvenait quand même à deviner la forme de ce bijou qui représentait la force de son amour. Il n'osait pas lui dire, mais savoir que le procureur continuait à porter secrètement un tel accessoire sous ses vêtements le flattait profondément. Il savait que Benjamin l'aimait et qu'il n'était pas le plus généreux en marques d'affection vu les circonstances et sa pudeur ; donc constater qu'il continuait à le porter lui réchauffait le cœur.
Sentant son dos devenir légèrement douloureux dans cette position, Phoenix essaya de rouler doucement sur le côté, tentant de déposer la tête de Benjamin sur son bras. Toutefois, son sommeil étant toujours aussi léger, celui-ci se réveilla dans un soupir. Au bruissement des draps, Phoenix devina qu'il venait de se redresser péniblement sur ses coudes.
« Désolé, j'avais mal au dos, s'excusa-t-il dans un murmure. Tu peux revenir contre moi si tu veux…
- Tu veux que je te masse avec un baume chauffant ?... Proposa Benjamin, la voix enrouée à cause du réveil. J'en ai dans la salle de bain…
- Non, merci. Je suis mieux dans cette position, rendors-toi… »
Benjamin passa son bras dans son dos, se blottissant contre lui. Il mêla aussi ses jambes avec celles de Phoenix, ses pieds à la recherche de sa chaleur. Phoenix ne pouvait empêcher ses yeux de rester grands ouverts, surpris de cette attitude étrangère. Il cligna quelques fois pour se faire à cette réalité, puis passa de nouveau sa main dans son dos. En le serrant un peu plus contre lui, il sentit Benjamin soupirer – et peut-être sourire – contre sa poitrine, satisfait et serein. Phoenix ne pouvait pas nier qu'un tel désir de proximité de la part du procureur lui faisait excessivement plaisir et gonflait son cœur. Et pourtant, à chaque fois qu'il pensait à ça, son esprit ne cessait de lui rappeler que le froid des pieds de Benjamin contre les siens n'était pas ce qu'il y avait de plus agréable.
Sentant contre lui que Benjamin avait repris une respiration lente et calme, Phoenix supposa qu'il s'était aussitôt rendormi. Délicatement, il décala ses pieds de ceux du procureur ; ce qui fut un réel échec. Benjamin gémit en roulant sur son dos, retirant son bras de la hanche de son partenaire pour le poser sur ses yeux.
« Si le matelas est trop mou Phoenix, bailla Benjamin, tu peux aller dans la chambre d'ami… Il est plus ferme…
- Non non… Je suis bien ici, ne t'inquiètes pas. Tu as juste les pieds froids…
- … Pour être honnête : j'ai froid », soupira-t-il en allumant sa lampe de chevet.
Benjamin se redressa lentement, passant ses mains dans ses cheveux et massant son visage. Il se leva doucement, les jambes visiblement fragiles et tétanisées après autant d'efforts, puis se pencha pour récupérer son pyjama. Boutonnant son haut, il grogna quand il se rendit compte qu'il lui manquait un sous-vêtement, ses sourcils se fronçant davantage. Benjamin marcha lentement en direction de sa commode, boitillant. Constatant les difficultés de sa moitié, l'entendant à peine jurer sous son souffle, Phoenix s'assit.
« Ca va ? Demanda-t-il, inquiet.
- C'est rien, j'ai dû prendre une mauvaise position pour dormir », expliqua Benjamin en enfilant un boxer.
Il revint, titubant toujours et peinant à bouger sa jambe gauche. Le procureur ne leva pas la tête, fuyant le regard inquisiteur de celui qui partageait son lit. Cependant, en s'asseyant, son corps de raidit et Benjamin ne put retenir un gémissement pénible. Phoenix se pencha pour voir son visage, préoccupé, et constata derrière sa frange que la douleur pouvait se lire sur tout son visage. Ses paupières étaient fermement closes, ses sourcils péniblement froncés et sa mâchoire serrée. Instinctivement, Phoenix posa sa main sur celle de Benjamin, la pressant doucement.
« Peut-être que je peux te retourner ta proposition de tout à l'heure ?... Tu as l'air d'avoir vraiment mal…
- Non merci, ça va passer. J'ai dû me pincer un nerf. »
Benjamin retira sa main de sous celle de Phoenix, massant brièvement son poignet avant se pencher pour éteindre sa lampe et s'allonger de nouveau, dos à son compagnon. Celui-ci resta assit, béat. Il savait qu'insister ne ferait que l'énerver, et c'était définitivement la dernière chose qu'il voulait en ce soir de réunion. Mais il ne fallait pas être un génie pour savoir qu'il y avait quelque chose qui clochait.
Sans rien dire, Phoenix s'allongea de nouveau, se calant contre Benjamin et passant son bras le long du sien, venant chercher ses doigts pour les entremêler. Le procureur ne dit rien, le laissant faire. C'était un peu bizarre à vrai dire d'être nu contre sa moitié habillée, mais Phoenix n'y pensa pas plus, nichant son visage contre son épaule.
Après de longues minutes à être resté éveillé, Phoenix commença à s'endormir, ressassant derrière ses paupières tous les souvenirs qu'il s'était fait d'une telle soirée. Son costume et son visage heureux dans le miroir, un repas délicieux dans un cadre sublime, cette nuit d'amour qu'il venait de partager avec celui qu'il aimait tant… Son corps dénudé dont il ne se lasserait jamais de la vue, la manière dont ses muscles se tendaient et roulaient sous sa peau, son visage se décomposant au fur et à mesure de ses attentions… Ca et ses sourires et soupirs, ses grognements et gémissements. Ses suppliques aussi, parfois, quand le procureur abandonnait toute forme d'étiquette. Phoenix adorait le pousser dans de tels retranchements, d'expérimenter jusqu'où il était prêt à s'abandonner.
Phoenix n'était pas une personne qui avait beaucoup de fantasmes, s'épanouissant déjà dans des caresses très basiques. Toutefois, il ne disait jamais « non » pour un peu plus de férocité et d'y soumettre son partenaire. Les mains nouées au-dessus de la tête, nouées au dessus-de-lit, Benjamin ne pouvait que recevoir et se plier à ses volontés. Perdre ce contrôle qu'il aimait tant, dans ses mains, avait le don de le faire basculer dans un univers où son plaisir ne connaissait que très peu de barrière. Et Phoenix, lui, adorait ça. Il adorait voir sa moitié lui faire aveuglément confiance et apprécier les mondes dans lequel il l'emmenait, les terres qu'il lui faisait explorer. Et ce soir, comme les quelques fois où ils étaient allés aussi loin tous les deux, il était très clair qu'il s'agissait d'une nouvelle réussite dans leur intimité.
Souriant à son propre contentement, Phoenix bougea une de ses jambes, poussant légèrement en avant une de Benjamin. Celui-ci sursauta d'un coup, pestant et serrant sa main dans sa douleur. Phoenix se recula légèrement, embrassant son épaule.
« Pardon… Chuchota-t-il dans le tissu de son pyjama. Tu es sûr que ce n'est qu'un nerf ?... »
Il ne répondit pas, mais une lourde déglutition de sa part fut une réponse suffisante.
« … Benjamin, il fallait me le dire que je t'ai fait mal…
- C'est rien. Ca arrive, coupa-t-il, agrippant nerveusement la main de Phoenix.
- Si c'est important, encore plus quand on va aussi loin. Il y a une différence entre un peu de douleur et te blesser… D'habitude tu me le dis quand quelque chose ne va pas, pourquoi pas aujourd'hui ?...
- J'arrivais pas à parler. Et par moment je ne me sentais plus là. C'est tout. Ca passera. »
Phoenix revint contre lui, passant son autre main dans ses cheveux argentés. Il n'insista pas, Benjamin venait déjà de lui expliquer d'où venait sa douleur. Peut-être que demain il réussira à en parler un peu plus et que tous les deux trouveraient une solution pour que ce genre de situation ne se reproduise pas à l'avenir.
Immédiatement, son esprit se mit en quête des moments auxquels Benjamin lui avait peut-être fait des signes comme quoi ça n'allait pas ou d'une absence qui ne lui avait plus permis de discerner ses propres sensations, et donc de l'avertir si c'était trop. Oui, il était déjà arrivé à Benjamin de subir et de ne rien dire mais cela remontait il y a dix ans maintenant. Il avait grandement changé et pris en confiance depuis. Oui, il lui était déjà arrivé d'avoir des absences au milieu de leurs escapades lors des débuts de leur relation. Mais depuis qu'ils s'étaient retrouvés, pas du tout. Tout ce que Phoenix savait, c'était qu'en général Benjamin laissait de la distance entre eux après leurs étreintes, de crainte de donner les mauvais signaux et de peiner à repousser son partenaire. Mais ce soir, ce n'était pas le cas.
Etait-il possible que les démons qui hantaient le jeune Benjamin Hunter étaient revenus le temps de quelques instants ? Le déconnectant de son propre corps ou l'empêchant de se plaindre ? Peu importe ce que cela pouvait être, Phoenix était profondément désolé.
C'était avec ce sentiment doux-amer qu'il finit par être emporté par le sommeil.
La nuit ne dura guère longtemps, les deux hommes se réveillant dès que les premiers rayons du soleil inondèrent la pièce, illuminant leurs visages. Ils n'avaient pas vraiment bougé de la nuit, leurs doigts toujours entremêlés mais cette fois le long du ventre de Benjamin.
Emergeant lentement, Phoenix embrassa l'épaule puis la nuque de son compagnon, suscitant quelques frissons. D'humeur aimante et taquine, il frotta doucement sa joue contre le creux de son cou. Benjamin soupira longuement, haussant son épaule pour dégager son visage. Il était chatouilleux et Phoenix le savait très bien. Après s'être étiré, il roula sur son dos, ses yeux captant immédiatement l'image délicate de son compagnon. Il y avait quelque chose de très charmant chez Phoenix quand ses yeux peinaient à s'ouvrir de bon matin, et jamais il ne s'en lasserait. Benjamin adorait aussi sa main qui venait naturellement caresser sa joue de temps à autre, mais ça, jamais il ne lui dirait. C'étaient des marques d'attention naturelles et instinctives, et c'était très bien ainsi.
Benjamin passa sa main dans la nuque de son compagnon, le forçant à se rapprocher pour déposer ses lèvres contre les siennes. Le baiser était tendre, lent ; délicat en somme. Phoenix se recula pour le rompre, mais l'autre le bloqua avec sa main et se redressa doucement pour retrouver sa bouche.
Quelques baisers étaient devenus des rires et soupirs étouffés. Phoenix descendit ses lèvres le long de sa mâchoire, Benjamin passa ses ongles dans sa nuque. Sous la couette, leurs gestes étaient un peu mous et patauds, néanmoins aimants et attentionnés. Il n'y avait pas de grande ambition, mais c'était tout aussi plaisant et réconfortant. Ils étaient fatigués et leurs corps encore un peu endoloris, mais ça n'importait peu en cette matinée.
Après quelques marques de tendresse, tous deux s'étaient retrouvés sous la douche. Chacun se lavait soi-même, chacun restait dans sa bulle malgré la proximité. Cela restait pourtant un moment agréable à partager. La dernière fois qu'il s'étaient retrouvés ensemble dans une douche, un an auparavant, c'était pour soulager la détresse de Phoenix. Benjamin se souviendra toute sa vie de cette image, d'un Phoenix étendu sur son canapé et vomissant devant lui, d'un homme profondément désespéré qui l'accueillait enfin après cinq longues années de rejet. Il aimerait parfois retirer ce souvenir de son esprit, mais l'oublier reviendrait à nier tout le chemin qu'il avait fait depuis et à quel point il était fier de lui.
« Benjamin ? Coupa Phoenix en se dégageant de sous le pommeau.
- Hm ?
- Ca va mieux tes hanches et ton dos ?...
- C'est moins douloureux, oui. Merci. Je vais avoir la jambe qui traîne un peu aujourd'hui et demain, mais ce n'est pas grave, sourit Benjamin en sortant se sécher. Et toi ?
- Maintenant que je bouge, ça va mieux. Je crois qu'on a un tout petit trop forcé cette nuit… Rougit-il en se massant la nuque.
- … Dis celui qui arrêtait pas de demander des encore. »
Benjamin finit de se sécher et étendit soigneusement sa serviette. Il sortit de la salle de bain, se rendant immédiatement dans la chambre pour s'habiller. Il avait troqué son habituelle tenue bordeaux pour un simple col roulé et un jean noirs. Il récupéra dans son dressing quelques vêtements pour sa moitié qui n'avait pas prévu de change, retournant sur ses pas. Phoenix était toujours en train d'exposer ses épaules au jet, laissant l'eau couler et perler tout le long de son dos pour le soulager. A travers la condensation, Benjamin parvenait quand même à apprécier sa silhouette. Finalement, il posa le change sur la vasque et fit demi-tour.
Toutefois, il fut freiné dans son élan : Phoenix venait d'attraper son poignet au passage. Surpris, Benjamin se retourna, croisant ces perles bleutées dans lesquelles le besoin se dissimula rapidement derrière cette façade qu'elles portaient en quotidien. Il avait vu cette note de doute, de peur et de détresse, ne serait-ce qu'une fraction de seconde. Mais il fallait croire qu'après une nuit d'abandon, le naturel était revenu au galop. C'était donc à cela que ressemblait Phoenix ces derniers temps ? C'était ainsi qu'il se présentait au monde depuis plusieurs jours, semaines ou mois ? L'homme qui portait habituellement ses émotions sur lui les enfouissait à présent. Phoenix se dissimulait, se méfiait du monde. Craignait-il que ce soit également le cas de Benjamin ?
Le procureur repoussa ses craintes et cette petite colère qui venait de monter en lui – après tout, pourquoi son propre compagnon refuserait d'être vulnérable devant lui alors qu'il était digne de confiance ?
« Qu'est-ce qu'il y a ? Commença enfin Benjamin face à un silence un peu trop long de la part de Phoenix.
- T-tu travailles cet après-midi ?
- Oui, c'est pour ça que je t'ai proposé qu'on ne se voit que jusqu'à midi. Pourquoi ?
- Je vois, murmura Phoenix. Tu peux travailler à distance ?
- Il est mal venu de répondre à une question par une question, Wright. Je me répète : pourquoi tu veux savoir ça ?
- J'ai pas envie de rester seul cet après-midi pour être honnête, avoua-t-il en coupant l'eau. J'ai envie de rester un peu plus longtemps avec toi, même si tu travailles et ne t'occupes pas du tout de moi. J-Je me sens seul depuis… Des mois ?
- Phoenix… Je suis sincèrement désolé de ne pas avoir pu revenir vers toi ces derniers temps. Et de ne probablement pas pouvoir non plus les mois qui arrivent, sourit Benjamin en passant son autre main sur sa joue, son pouce caressant sa barbe déjà naissante. J'aurai volontiers télétravaillé aujourd'hui, mais j'ai un rendez-vous important et je ne peux pas le déplacer. D'ailleurs, il y a Vérité qui t'attend chez toi. »
A ces mots, Phoenix pris une grande inspiration puis relâcha son poignet. Ses yeux quittèrent ceux de Benjamin pour s'attarder sur le sol. Ce dernier n'ajouta rien. Il n'avait rien à dire ; ou plutôt, il ne savait pas ce qui pouvait le réconforter. Benjamin prit à la place une autre serviette et la drapa doucement sur cette chevelure brune, commençant à la sécher. Immédiatement, Phoenix ferma les yeux, se laissant aller à cette attention de la part de son compagnon.
« J'ai peur de revoir Vérité après le procès. Il va falloir que je lui parle de son père…
- Je pense que le plus important, c'est qu'elle puisse faire son deuil. Je sais que c'est dur, mais essaie de le faire simplement… Qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, sourit Benjamin. Il déposa un baiser sur sa tempe et se recula : Je sais que tu prendras soin d'elle et que tu trouveras les bons mots. »
Phoenix sourit légèrement, remerciant son compagnon pour ses conseils et sa patience. Prenant la serviette des mains de Benjamin et se séchant, il ne put s'empêcher de pouffer. En regardant la situation sous un autre angle, Phoenix se trouvait bien ridicule. Il venait de demander des conseils sur comment annoncer le décès d'un parent à un enfant à celui qui avait tragiquement perdu le sien. Et c'était sans compter que si Benjamin n'était pas là, devant lui, il aurait fui ses responsabilités de père… Après avoir amèrement reproché pendant quelques temps la fuite du procureur. Phoenix se sentait tout bonnement ridicule et pitoyable. Ce procès de la délivrance était devenu celui de nouvelles souffrances, de faire face non plus à ses propres craintes, mais aussi celle de sa fille. Il ne savait pas si ça pouvait être pire que lorsqu'il avait recueilli Vérité, et pourtant cette situation était terrible à sa propre manière.
Il devait mettre fin aux espoirs de sa fille de revoir son père. Son père contre qui il avait joué ce soit fatidique. Son père qu'il avait reconnu. Son père, qui même s'il portait le portrait de sa fille ce soir-là, n'était pas venue la chercher.
Et c'était sûrement le pire.
Finalement, Phoenix ne regretta pas cette annonce. Vérité n'était pas en colère contre lui pour avoir tardé à lui expliquer la situation, et c'était un grand soulagement. La jeune fille n'avait évidemment pas pleuré, ni donné de grands signes de tristesse. Ce n'était pas dans sa nature de toute façon. Ou bien il lui fallait encore du temps pour que l'information fasse son tour et qu'elle l'intègre.
Alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la porte de l'appartement, Phoenix hésitait encore à tout dire à sa fille. Il s'était fait à l'idée d'annoncer le décès de son père biologique. Toutefois, lui avouer qu'Enzo Gomez n'avait pas mentionné son passé ou Vérité – et que de toute manière, il n'était pas là pour elle ce soir-là – était le plus dur. Et peut-être que la petite magicienne n'avait pas besoin de savoir ça, qu'elle n'avait pas besoin que quelqu'un lui donne une nouvelle fois l'impression qu'elle n'était pas désirée et qu'on ne l'aimait pas.
Vérité l'avait écouté patiemment, faisant preuve d'une grande attention. Elle avait aussi fait preuve de compréhension vis-à-vis de Phoenix, sentant à quel point se résoudre à avoir une telle conversation avec elle le travaillait énormément et était une véritable source d'angoisse. Une fois qu'il avait fini, la jeune fille s'était contentée d'un « d'accord » et de prendre son Papa dans ses bras.
Leur étreinte dura longtemps. Phoenix la garda précieusement contre lui, caressant son dos et ses cheveux. Ils ne parlèrent pas, ni se regardèrent. Ils ne mangèrent pas ce midi, les émotions leur coupant l'appétit. Puis peu de temps après, Vérité avait fini par s'allonger dans le canapé et s'endormir la tête sur les cuisses de son père. Phoenix ne bougea pas, la laissant se reposer et rester dans sa bulle, se contentant de continuer ses quelques marques de tendresse ici et là.
Ce n'était seulement à ce moment qu'il sortit son téléphone de sa poche, écrivant quelques nouvelles à Benjamin :
« J'ai parlé à Vérité. Je crois qu'elle est triste. Elle ne m'en veut pas. Elle n'avait pas l'air très choquée non plus, c'est ce qui m'a le plus surpris. Là elle dort. Merci pour tes conseils. Je t'aime »
Phoenix ne reçut qu'une brève réponse tard le soir. C'était signe que Benjamin n'avait quitté son bureau qu'une fois la nuit passée. Malgré leurs retrouvailles la veille, il donnerait tout pour s'endormir aux côtés de son compagnon… Ou plutôt, auprès de sa petite famille.
Le jour qui suivit à l'Agence à Tout Faire Wright n'était pas plus différent que les autres. Vérité circulait comme à son habitude dans l'appartement, naviguant entre le salon et sa chambre, faisant une halte le matin et le midi par la cuisine pour manger. Observateur et sa fille n'ayant aucun secret pour lui, Phoenix devina quand même qu'elle n'était pas tout à fait dans son assiette. Son regard n'était pas aussi sûr, s'attardant beaucoup sur le côté. Elle cherchait aussi un peu plus ses mots que d'habitude, altérant entre phases de silence et élans de conversation.
Ils ne reparlèrent pas de la disparition de son père avant l'après-midi. C'était Vérité qui avait lancé le sujet, à la plus grande surprise de Phoenix. Elle s'était assise sur l'accoudoir du canapé, aux pieds de son Papa qui venait d'émerger d'une sieste.
« Tu sais… J'avais deviné qu'il s'agissait de mon premier papa. La victime… Commença-t-elle, un faible sourire aux lèvres.
- Tu l'as reconnu sur les photos du procès ?... Phoenix se redressa lentement, se mettant en tailleur. Il reprit : Ou c'est à cause du pendentif que j'ai pris ?...
- Un peu des deux. Disons que le pendentif a confirmé mes impressions quand j'ai vu que c'était une photo de moi petite. Peut-être que j'espérais m'être trompée… Mais peu importe, je suis contente que tu me l'aies pas caché. »
Vérité pencha la tête et tira la langue, son côté tendre chipie se mêlant à toute sa gratitude. Phoenix lui sourit, se penchant suffisamment pour tapoter sa tête affectueusement. Lui aussi lui devait beaucoup, une telle patience et une telle compréhension… Bon sang qu'il avait une fille formidable.
C'était seulement une fois ces mots échangés que Phoenix avait enfin entendu sa fille relâcher toutes les émotions qui l'habitaient. La lumière dans sa chambre était restée allumée plus tard que d'habitude (sûrement parce qu'elle écrivait tout ce qui lui passait par la tête), et une fois qu'elle était éteinte, il pouvait deviner ses sanglots étouffés. Phoenix n'alla pas la voir. Il savait que Vérité n'aimait pas être vue vulnérable quand elle ne voulait pas. Si elle avait choisi de laisser ses larmes couler seulement derrière une porte fermée, au beau milieu de la nuit, c'était bien parce qu'elle s'était contenue toute la journée. Phoenix se devait de respecter son choix et ses besoins. Au moins, ils en avaient parlé et c'était le plus important.
Allongé seul dans son lit, chaque son qui parvenait à Phoenix paraissait assourdissant. Tout lui paraissait plus fort que d'habitude et son esprit ne pouvait s'en détacher : les sanglots de Vérité, le passage des voitures, la pluie qui s'écrasait doucement contre la fenêtre de temps à autre, le bruissement des draps à chaque fois qu'il prenait une grande inspiration ou changeait de côté… Tout rendait cette nuit sombre et solitaire particulièrement vivante.
Toutefois, il fut surpris d'entendre un son totalement différent dans son environnement : celui de son téléphone. Il venait de vibrer sur sa table de nuit, ce qui était fort inhabituel. Jamais le Borsch Club ne l'appelait un soir où il ne travaillait pas pour lui demander s'il pouvait passer – encore moins quand un crime avait eu lieu dans la pièce où il disputait ses parties. Après quelques instants de réflexions, ayant répété de nombreuses fois qu'il ne fallait pas être sur les écrans tard le soir à sa fille, Phoenix roula sur lui-même et récupéra son téléphone. C'était un message de Benjamin :
« Bonsoir Wright. Le MASON System a été approuvé pour une expérimentation. Tu as été nommé responsable du projet. Il faut que nous en parlons au plus vite. J'aimerai que tu passes au bureau un soir dans la semaine, selon tes disponibilités. Préviens-moi dès que possible. Bonne nuit. »
