Owen tira sur le frein à main et coupa le contact du van, avant de ranger la clé dans la poche de sa veste. Les portières s'ouvrirent et tout le monde descendit les uns après les autres, se saisissant des bagages pour les poser sur le trottoir. Le trajet depuis la ville s'était fait dans le plus grand silence, personne ne trouvant en lui de quoi alléger l'ambiance de plomb dans le véhicule. Ils allaient traverser la rue vers le hall de l'aéroport lorsque le plus jeune se tourna vers sa sœur, et s'arrêta.
- Tu entres pas, fit-il, plus comme une affirmation que comme une question.
Serrant ses poings sur la laisse du chien, elle baissa le regard vers ses chaussures, secouant doucement la tête. Elle n'aimait pas les adieux en temps normal, mais laisser partir ces amis qui avaient partagé la moindre seconde de son quotidien ces deux dernières semaines, elle s'en sentait incapable. Sentant une main sur son épaule, elle releva les yeux vers la haute figure de Taehyung, qui enleva son masque pour lui offrir un de ces sourires rectangulaires dont il avait le secret.
- Merci pour tout, Katell. On t'en remerciera jamais assez, lança-t-il de sa voix grave en penchant la tête sur le côté. Prends soin de toi, d'accord ?
- Toi aussi, Taehyung, réussit-elle à sourire alors qu'il se penchait pour tapoter la tête de Kahn, qui lui répondit par un gémissement, ressentant la tristesse de sa maîtresse.
- Namjoon hyung, je prends ton sac, lança-t-il en se saisissant de leurs deux bagages, et traversa la rue accompagné d'Owen, avant de disparaître dans le bâtiment.
Yoongi s'approcha alors, et sans la moindre gêne, il fouilla dans les poches de la jeune femme pour prendre son téléphone portable.
- Débloque-le, ordonna-t-il avec son air brusque qu'elle avait compris n'être qu'une façade cachant sa douceur.
Obéissant silencieusement, elle l'observa taper sur son écran tout en regardant son propre portable, avant de s'appeler et de raccrocher.
- Je t'ai mis les numéros de nous cinq. Pas les provisoires qu'on utilisait ici, mais les vrais, qui sont restés en Corée du Sud. Et j'ai ton numéro, t'avise pas de changer sans prévenir. Je te préviendrai en arrivant, que tu saches qu'on a bien atterri et qu'on s'est pas fait tuer par Big Hit.
Il rangea le portable de la jeune femme où il l'avait trouvé, et attrapa son menton entre son pouce et son index, l'obligeant à lever la tête vers lui.
- Je te demande pas de m'appeler parce que tu le feras pas, vu que t'es persuadée qu'on va t'oublier dès qu'on passera la porte de l'aéroport. Mais au moins réponds aux messages, t'as compris ?
Hochant la tête en se mordant la lèvre inférieure, elle fut choquée de le voir réduire la distance entre eux pour la prendre dans ses bras, et lui offrir une accolade aussi forte que brève, avant de lui tapoter l'épaule et de partir sans un mot, traînant sa valise derrière lui.
Jimin occupa immédiatement l'espace laissé vacant, et ses bras serpentèrent autour du torse de la Française, son visage se calant dans le creux de son cou, alors qu'elle répondait à son étreinte. Rapidement, il écarta sa tête pour pouvoir couvrir le visage de la vendeuse de baisers, couvrant le moindre espace de ses joues, son front et son nez.
- Prends soin de toi, trésor, souffla-t-il en entendant la jeune femme reniffler. T'es une personne magnifique, et j'espère que tu t'en souviendras toujours. Et fais pas ta tête de mule, viens nous voir en Corée. On te traitera comme une reine, parce que tu mérites rien de moins.
Il finit par un nouveau baiser sur sa joue, et traversa la rue à son tour, sans pouvoir s'empêcher de regarder par-dessus son épaule. Il ne restait que Jungkook et Namjoon avec elle, Et Katell se tourna vers le plus jeune, qui tentait d'étouffer ses sanglots dans sa main. Et alors qu'elle essayait elle-même de ravaler ses larmes, elle le tira vers elle, sentant son torse se secouer, avant qu'il n'enveloppe ses bras autour de sa personne.
- Kookie… Ça va aller, mon chéri, le réconforta-t-elle. Tu vas retourner en Corée avec tes hyungs, faire ce que tu aimes le plus au monde. Et si jamais tu as envie ou besoin de prendre l'air ici à nouveau, ma porte te sera toujours ouverte, d'accord ? ajouta-t-elle en lui frottant le dos, alors que ses sanglots l'empêchaient de parler.
Approchant sa tête de l'oreille de la jeune femme, il lui souffla juste un "je t'aime" avant de s'écarter, essuyant son visage dans la veste de son pull trop grand, et il traversa la rue à son tour en reniflant, lui offrant un sourire triste avant de s'enfoncer dans le bâtiment. Katell sentit sa lèvre inférieure commencer à trembler lorsqu'il disparût derrière les portes automatiques de l'aéroport, comme si elle atteignait la limite de sa résistance, et la haute stature de Namjoon lui cacha la vue, la forçant à relever la tête pour le regarder dans les yeux. Il avait l'air plus sérieux qu'elle ne l'avait jamais vu, et il prit son visage en coupe avant de s'approcher, posant son front contre celui de son amie.
- Katell, ma belle, commença-t-il de sa voix grave et douce comme du velours. Je réitère ce que les gars t'ont déjà dit, c'est à dire que tu seras notre invitée de marque à chaque fois que t'iras en Corée, autant de fois que tu le voudras. On perdra pas le contact, même si tu le crois aujourd'hui, il n'est pas question qu'on coupe les ponts, et t'auras intérêt à nous répondre si tu veux pas nous voir débarquer ici pour voir si t'es toujours en vie. Ou pire, j'appellerai ton père. Owen m'a donné son numéro.
Son commentaire arracha un faible sourire à la jeune femme, et il le sentit contre ses paumes, car il lui caressa les joues doucement avant de poursuivre.
- Pour nous, pour moi, t'as été un ange tombé du ciel. Tu es altruiste, gentille et drôle. Tu sais pas ce que c'est que de ne penser qu'à toi. Et t'es aussi belle à l'intérieur qu'à l'extérieur. Tu vas me manquer terriblement, ma belle.
Elle sentit ses larmes couler sur ses joues désormais, et le jeune homme les essuyait du bout de ses pouces quand elle tira sur sa veste pour le rapprocher d'elle encore une fois, plongeant son visage dans le tissu de son pull à capuche.
- Toi aussi tu vas me manquer, avoua-t-elle d'une voix étouffée par les vêtements du Coréen. Je laisse pas les gens entrer dans ma bulle si facilement, oppa. T'as réussi à faire tomber toutes mes barrières. Tu t'es engouffré dans la brèche, et maintenant tu pars. Comment je vais faire maintenant, pour retourner dans mon quotidien ? Comment je vais faire sans vous ?
Il la serra dans ses bras, la gardant au chaud jusqu'à ce que ses pleurs s'apaisent, caressant doucement ses cheveux, puis embrassa son front avant de s'écarter, s'accroupissant devant le chien pour jouer avec ses oreilles.
- Kahn, mon grand, il va falloir prendre soin de ta maîtresse, d'accord ? Lui offrir une dose supplémentaire d'amour et de léchouilles, lui sourit-il alors que l'animal dressait ses oreilles et le fixait, comme s'il comprenait tout ce que le jeune homme lui disait. Elle mérite le meilleur, et t'es un super chien, je sais que tu peux le faire.
Il gratta la douce fourrure de sa gorge avant de se remettre sur pied et lança un dernier sourire à la jeune femme, avant de tourner le dos et de se diriger vers le bâtiment en face. Mais il n'avait fait que trois ou quatre pas lorsqu'il s'immobilisa, et il lança par-dessus son épaule un regard intense que la jeune femme ne lui avait jamais vu.
Il la fixa sans cligner des yeux pendant plusieurs secondes, comme si son esprit tournait à une vitesse précipitée, et il tourna soudain sur ses talons, réduisant la distance qui les séparait pour coller brusquement ses lèvres à celles de la Française, qui lâcha la laisse de son chien pour serrer ses poings sur les pans de la veste du rappeur. C'était violent, rapide, indispensable, comme si ce moment était celui qu'ils avaient tous les deux attendu sans même le savoir.
Namjoon attrapa la lèvre inférieure de la jeune femme entre les siennes, lui arrachant un soupir, et il allait continuer à l'embrasser lorsque le poing de Katell s'écrasa contre son épaule, et il la regarda baisser la tête pour caler son visage dans le creux de son cou.
- Je te déteste, Namjoon, souffla-t-elle. T'étais obligé d'attendre le dernier moment pour m'embrasser ?
- Je suis désolé, bébé. J'aurais dû t'embrasser depuis longtemps. J'aurais dû te dire depuis longtemps à quel point tu me plaisais. Tu me rends fou, Katell, tu me demandes comment tu vas faire sans nous ? Et moi ? Comment je vais faire sans toi ? Comment je vais continuer à sourire en sachant que t'es à l'autre bout du monde ? Je suis même pas encore parti que tu me manques déjà.
- Tu connais déjà mon avis sur la question, oppa. Tu vas retourner en Corée, et tu vas reprendre les télés, les interviews, les entraînements, les enregistrements… Bientôt, la petite Française qui t'a hébergé te sortira de la tête et…
La fin de sa phrase fut étouffée par les lèvres de Namjoon, qui avait à nouveau pris possession de sa bouche.
- Me fais pas taire comme ça ! se plaignit-elle mollement en donnant un nouveau coup sur son épaule.
- C'est de ta faute, tu racontais des conneries. Tu me prends pour qui, à croire que je vais t'oublier si facilement ? Je suis en train de te dire que tu me plais, toi, Katell, la petite disquaire Française que j'ai rencontré par un jour de pluie torrentielle alors que je tentais de reprendre mon souffle. T'as été ma bouffée d'oxygène, ma belle. Tu voudrais que je fasse quoi, que je t'oublie ? Que je te remplace ? Par qui ? grogna-t-il en s'emportant légèrement, sans la quitter des yeux. Personne ne t'arrive à la cheville, Katell.
- Arrête… marmonna la jeune femme en baissant la tête, sentant sa lèvre inférieure s'avancer malgré elle. Tu rends les choses plus difficiles…
- Je sais… soupira-t-il en se frottant le visage. Je sais, et pourtant, je pouvais pas partir sans rien dire. Tu… T'en arrives à me faire douter de mes choix de vie, avoua-t-il en offrant un léger sourire à la jeune femme, qui écarquilla les yeux avant de le pousser de ses deux mains.
- Arrête ! Il en est pas question ! Je serai pas la cause de la fin de BTS parce que le leader a eu un coup de cœur sur une étrangère à l'autre bout du monde ! Je vais me faire tuer par les Army !
- D'accord, d'accord, rit-il en levant les mains en signe de reddition. On… en reste là ? demanda-t-il en passant sa main valide dans ses cheveux, toujours ce sourire tendre sur ses lèvres.
- Je crois qu'il vaut mieux… souffla la jeune femme en lui souriant à son tour. Tu fais attention à toi, d'accord ? Plus de chutes et plus d'os cassés.
- J'ai appris la leçon, leva-t-il les yeux au ciel en montrant son bras plâtré. Avant que tu me frappes encore une fois, je vais t'embrasser à nouveau.
- T'es collant, se plaignit-elle en se mettant pourtant sur la pointe des pieds pour initier le baiser cette fois-ci.
Contrairement aux deux autres fois, le baiser n'était pas hâtif, ni brutal. Il était doux, avec la tendresse qu'on éprouve lorsqu'on dit adieu à un ami, peut-être celui qui aurait pu être l'homme ou la femme de sa vie. Katell ne croyait pas en une quelconque entité supérieure, mais elle en arrivait à se demander ce qu'elle avait pu faire pour que l'Univers lui en veuille autant. Et lorsqu'il tourna enfin les talons et qu'elle le vit disparaître derrière les portes de l'aéroport, elle laissa enfin sa peine se déverser sur ses joues, intarissable, alors qu'elle s'asseyait à même le sol du van et que Kahn léchait ses larmes salées.
Toutes les bonnes choses ont une fin, et c'est aussi le cas de ma fanfic =).
Un épilogue clôturera l'histoire demain soir, et j'en profite pour vous remercier de m'avoir suivie et d'avoir été fidèles à mon histoire !
En cadeau, en guise de remerciement, je vous poste à la suite le début de ma prochaine fanfiction ;)
Bisous, bisous,
Shai
