Yo!
Ouh, ça fait longtemps que je devais écrire la suite... Mais ça y est! Elle est là! La troisième partie venant clore cette petite fic.
Alors bonne lecture!
La lune bleue passe devant nos yeux.
Aussi pure et claire que le son d'une cloche,
Nous atteignant dans la nuit.
Il est encore très tôt lorsque je quitte ma couche d'où s'élèvent pourtant encore des soupirs endormis. Je l'observe quelques instants, prise dans un sommeil qui se refuse à moi à présent. Dans la relative obscurité, je ne distingue que son profil en partie éclairé par la bougie brûlant toujours sur le chevet. Beaucoup de choses se sont produites, tellement d'événements durant ces cinq ans. Cependant, il semble que tout comme mon esprit ne pouvant trouver le repos plus de quelques heures par nuits, mon réconfort d'avoir près de mon lit cette petite lueur repoussant l'obscurité demeure. Caressant une dernière fois du regard sa silhouette, je me lève et me vêtis rapidement pour pouvoir sortir dans l'air frais extérieur.
Je n'ai pas pris la peine d'enfiler mes gants de velours vermeil qui d'ordinaire ne me quittent jamais. De même, lorsque la brise nocturne m'accueille à mon arrivée sur le balcon, elle soulève sans effort mes cheveux au vent, laissés libre de leur entrave habituelle. En cette matinée qui ne s'est pas tout à fait dévoilée, je suis pour encore un peu de temps allégée du poids de la couronne impériale que j'ai endossé.
Levant les yeux sur la voûte céleste foncée, j'inspire profondément avant de laisser aller mon souffle qui s'élève vers la toile étoilée. Durant ce bref instant, j'observe pensivement l'astre lunaire qui bientôt devra céder sa place à la gloire du soleil pour la nouvelle journée. Ronde et pleine ce soir, elle se pare de reflets bleutés qui ne sont pas sans me rappeler des prunelles dans lesquelles j'ai désormais pris l'habitude de me plonger. Et pourtant, plissant les yeux, je repense aussi à combien cette douce habitude ne fut pas si simple à se mettre en place. Pendant si longtemps, j'ai été privée de ne serait-ce que pouvoir me souvenir avec exactitude de la teinte de ses iris alors qu'elle avait tout simplement disparut sans laisser la moindre trace.
Cinq ans… Cinq longues années durant lesquelles, sans cette lumière que j'avais cru trouver, j'ai dû lutter seule pour ne pas purement et simplement sombrer dans les ténèbres dont ma voie semblait pavée. L'espoir de la revoir était tout ce qui m'empêchait de vraiment y glisser, la compagnie même de mes camarades de l'Escadron des Aigles de Jais finissant par ne plus être suffisante. Il n'y avait que sous ces orbes bleuet que j'avais vraiment l'impression que je ne pourrais pas m'égarer en chemin. La clef pour me délivrer de cette prison dans laquelle j'étais depuis si longtemps enfermée, elle semblait briller dans la clarté de ce regard bien plus pur que le mien ne le serait jamais. Un regard couleur de lune bleue qui, comme celle de ce soir, avait le pouvoir de percer même mes ténèbres qui pourtant me faisaient l'impression d'être si impénétrables. A tel point qu'elles étaient presque devenues l'armure dont je me parais…
Tel le vent qui calme mes pensées,
Me voilà étendue sur cette terrasse.
Je me sens en paix, emportée par le chant du vent.
Mais tout ceci n'est plus aujourd'hui, car cette couleur si chère à mon cœur, cet éclat sans lequel je me sentais perdue, m'a été rendu. Il m'a suffi de l'apercevoir, pour que tout comme le vent de ce soir, sa présence calme mes pensées. Nous avions beau être toujours plongé en plein dans cette guerre que j'avais moi-même enclenchée, cela ne changeait pas ce fait : la retrouver enfin est ce qui m'a vraiment apporté pour la première fois un sentiment de paix dans la tempête de ma quête. Relative, peut-être même précaire au vu de la situation à cette époque, mais cela n'avait aucune importance. Et aujourd'hui, alors que je me tiens sur cette terrasse surplombant un paysage encore invisible dissimulés à mes yeux, cette paix est toujours présente. Bien plus ancrée, même si quelques démons du passé s'accrochent toujours à moi.
Je ne doute pas qu'un jour, qu'il soit proche ou lointain, eux aussi seront emportés par le chant du vent qui me berce en ce moment. Il faudra du temps, mais celui-ci ne me fait désormais plus autant défaut qu'auparavant.
Ouvre la porte et pars d'ici,
Ne t'abandonne jamais
Aux murmures du passé.
Alors que je suis toujours plongée dans mes pensées, écoutant distraitement les bruits de la vie nocturne et du vent chahutant doucement autour de moi, je sens une présence s'avancer dans mon dos. Je ne me retourne pas, je sais déjà de qui il s'agit. Je me contente de lentement sourire à la lune déclinante quand deux mains passent de chaque côté pour m'enserrer dans une chaleureuse étreinte. Un souffle taquin chatouille ma nuque, précédant les paroles qui s'élèvent juste après.
—A quoi pensez-vous ? murmure la voix où s'accrochent encore les lambeaux du sommeil dans lequel sa propriétaire était encore plongée il y a peu.
—Au temps où nous avons été séparées, je réponds honnêtement.
Elle ne dit rien durant quelques secondes, semblant réfléchir à ma réponse. Puis elle resserre légèrement son embrasse, avant de me poser une nouvelle question.
—Est-ce à cause de l'événement de tout à l'heure que ces sombres pensées vous agitent ?
—Je suppose que cela joue certainement pour m'amener à ressasser ainsi le passé, je souffle, surprise de sa perspicacité.
Avant qu'elle n'énonce cette vérité je n'y avais pas vraiment songé. Pourtant, il est vrai que ces derniers temps, la paix étant enfin revenue après tant de combats et tribulations dans le pays, je n'y avais plus véritablement repensé. Toujours silencieuse, elle finit par imprimer un mouvement sur mes hanches pour m'amener à me tourner vers elle. Je m'exécute sans résister et me retourne entre ses bras pour croiser son regard. Le bleuet se confondant dans le parme, tous deux certainement teinté d'argenté par la lumière de la lune, je me laisse une nouvelle fois emporter. Ce courant qu'elle déclenche immanquablement de part l'intensité de sa façon de me contempler semble toujours comme faucher mon âme. Je suis happée, je ne peux pas résister. En ai-je seulement envie ? Si à une époque je le fuyais pourtant, j'ai amèrement regretté ce regard transcendant. Aujourd'hui, il n'est plus question de le fuir, bien au contraire.
Ses mains remontent dans mon dos, amenant un frisson à parcourir mon échine, tandis que cette fois elle m'attire tout contre elle. Je me laisse envelopper, ne résistant toujours pas. Il n'y a vraiment qu'avec elle que je me laisse ainsi aller à tant de vulnérabilité. Mais je suis lasse de devoir lutter, je n'en ai plus l'envie et il n'y a plus d'utilité à le faire. Ce que nous avons déjà partagé, ce que je lui ai déjà confié… Tout cela rendrait caduque toute forme de résistance à ces sentiments qui animent aujourd'hui librement notre relation. Même si mon devoir m'incombera toujours, je dois aussi me souvenir que la liberté à laquelle j'aspirais tant pour Fodlan, j'ai moi aussi le droit d'en profiter. De toute façon, bien que j'aie tendance à l'oublier, je sais que je peux compter sur elle pour me le rappeler. Et voilà justement ce à quoi font écho ses mots suivants.
—Ne t'abandonne pas aux murmures du passé El. Notre lutte est terminée.
C'est à peine un souffle qui s'échappe de ses lèvres et pourtant celui-ci résonne de la plus simple vérité. Il est temps d'ouvrir la porte pour que s'en aille tout ce poids qui s'accroche encore à moi. Ou bien est-ce moi qui ne sait le laisser aller ? Certainement une part des deux, mais avec son aide je sais que je parviendrais à m'en défaire.
Les souvenirs qui ont rendu ces jours sublimes,
En ces couloirs en ruine repose
Le temps perdu.
Nous sommes restées là, à observer en silence l'aube se lever, éclairant peu à peu les ruines à peines en cours de restauration de ce grand édifice que fut Garreg Mach. Le monastère résume peut-être à lui seul combien cette guerre fut longue et difficile, laissant de nombreux stigmates. Dans la muraille du fort, mais aussi dans les cœurs et sur les corps de ceux ayant participé à ce conflit. Nul n'a été épargné, beaucoup ont succombé, mais c'est aussi grâce à ces sacrifices qu'aujourd'hui nous pouvons bien plus sereinement regarder le soleil faire succéder un nouveau jour sur le pays enfin unifié.
Ce ne fut pas vain, et voilà ce qui est le plus important à retenir. Le sang versé, les vies perdues et les péchés commis au nom de cette nouvelle réalité enfin advenue… Voilà un bien lourd tribut, même pour moi qui en avait pourtant accepté les conséquences bien avant que tout ceci ne se produise. La nation va pouvoir renaître, tout comme ce mastère sera rebâti et prêt à accueillir une nouvelle génération. Se mêleront alors les souvenirs de cet autre temps aujourd'hui perdu et ceux qui viennent. Et si ces réminiscences en observant ces ruines me rappellent que j'y ai aussi vécu des jours sublimes, je gage que ceux à venir le seront bien plus. En libérant le peuple de Fodlan, c'est aussi mon propre joug que j'ai ôté.
Attrape ma main,
Je m'envolerai dans l'aurore.
Oh j'aimerais rester…
Le jour entièrement levé, il est temps de nous apprêter convenablement. Alors que devant mon miroir, je brosse doucement mes mèches de coton, je sens son regard détailler tous mes gestes avec la plus grande attention. Au moment d'attacher les cornes dorées qui viennent orner ma chevelure en complément de la couronne impériale, elle s'avance et se saisit de l'une d'elles pour m'aider. Tandis qu'elle s'affaire à enrouler soigneusement les longueurs immaculées, j'observe à mon tour son reflet alors qu'un sourire vient étirer mes lèvres. Elle ne lève pas les yeux de son ouvrage, mais m'interroge tout de même.
—Pourquoi sourirez-vous ainsi ?
—Vous prenez tellement de soin à me coiffer…
—Oui ? Le fais-je de la mauvaise façon ?
—Tout au contraire, mais cela m'étonne, dis-je alors qu'elle fronce les sourcils d'incompréhension.
—Et pourquoi donc ? demande-t-elle encore, voulant comprendre alors qu'elle termine de fixer le seconde corne.
—Il est étrange que vous preniez tant soin de ma coiffure quand pourtant la votre n'est pas très ordonnée.
Elle lève la tête et ancre ses iris bleuet dans le reflet des miens, levant un sourcil. Mais un sourire énigmatique habille soudain ses lèvres alors qu'elle se penche pour mettre son visage à hauteur du mien. Je ne la quitte pas des yeux, tandis que dans le miroir je la vois approcher de mon oreille pour me murmurer une réponse mutine.
—Vous vous moquez, mais je sais à quel point vous aimez que mes cheveux ne soient pas si disciplinés et ce, malgré ce que vous en dites. D'autant que, je crois me souvenir que lorsque vos mains s'y égarent, vous n'arrangez rien à ce désordre, bien au contraire.
—Byleth !
—Oui Edelgard ?
Mais une personne toquant à la porte de nos quartiers m'empêche de prononcer le moindre mot.
—Votre Altesse, s'élève la voix d'Hubert derrière le panneau de bois, il est l'heure de vous rendre à la représentation.
—Il ne faudrait pas être en retard, Dorothea nous en voudrait sûrement, persiffle mon ancien professeur.
Elle me tend la main, m'invitant à la prendre pour m'aider à me lever et la suivre. Je l'observe quelques secondes avant de m'en saisir, le fantôme d'un souvenir m'ayant brièvement distraite.
Dans ces couloirs chéris,
Dans ces jours de paix,
Je crains la pointe de l'aube sachant que le temps me trahit.
Peut-être ce souvenir-ci ne me quittera-t-il jamais devant l'intensité que cet événement a revêtue lorsqu'il s'est produit. Et alors que nous avançons dans les couloirs de pierres taillées du monastère en passe d'être reconstruit, il me submerge plus fortement. Je laisse la main qui a saisit la mienne et qui ne me lâche plus me guider tandis que je me replonge de ce moment.
L'aube qui devait me trahir a finit par poindre, le jour de ce face à face à visage découvert dans la Tombe de la Déesse. Enfin, le masque de l'Empereur des Flammes a chu pour révéler mon identité, mais aussi mes projets mûrement réfléchis et qui allaient enfin être mis en action. Je savais, que ce moment de révélation serait choquant pour tous, personne ne soupçonnant que je pouvais être celle derrière le masque rouge et blanc. Et en effet, ce choc fut plus que nettement perceptible sur les visages de tous et de mes camarades des Aigles de Jais en premier lieu bien entendu. La peur et l'incompréhension menaçait bientôt de le céder à la stupeur dans tous les regards, mais à cet instant, le seul qui m'importait me dévisageait de manière impassible.
Le temps semblait suspendu, alors que j'attendais de voir un éclat ou un sentiment quelconque traverser le bleuet figé dans l'expectative. De la colère peut-être, suite à ma duperie et à tous les mensonges qui prenaient soudain sens. Mes mensonges. De la déception également, de voir que l'élève sur laquelle elle fondait le plus d'espoirs et d'attentes se révélait être sa nouvelle ennemie. Je m'attendais à tous ces sentiments négatifs dirigés vers moi qui avait tout bonnement trahit la confiance qu'elle m'avait peut-être accordé. Et dans le même temps, je tentais aussi d'étouffer les braises de l'espoir, sinon mort-né à présent condamné, qu'elle puisse comprendre. Entrevoir mes raisons, et qui sait, me rejoindre dans cette voie que le vermeil teinterait sans nul doute. Ne tenait qu'à elle que les ténèbres ne l'habillent également, dans le cas presque certain qu'elle s'oppose à moi et devienne un obstacle de taille sur la route que je souhaitais tracer. Obstacle que je ne reculerai pas à devoir éliminer, mais qui achèverait sans doute de me plonger dans un abîme tant redouté.
Pourtant, quand enfin ses pupilles reprirent vie, que l'ordre de l'Archevêque de m'abattre lui fut donné, ce n'est pas vers moi qu'elle abaissa son épée. Un choix improbable, inimaginable, nous conduisant à aujourd'hui. Un monde certes couturé de cicatrices plus ou moins profondes, mais qui se reconstruit des cendres laissées par la guerre. Violente, brutale, mais nécessaire. Ainsi que le compris celle qui partage désormais ma vie depuis que ce jour-là où elle me choisit.
Reprenant pied dans la réalité, je réalise que ce souvenir est certes lourd, mais pas entièrement négatif non plus. Il a son importance, et il est à parier que si des choix différents avait été faits ce jour précis, l'avenir et la voie empruntée en auraient été changés.
Alors que nous arrivons finalement et prenons place près de la scène montée dans la cour extérieure du monastère pour l'occasion, la main de Byleth ne s'est toujours pas détachée de la mienne. Peu importe que Hubert lui jette un regard étrécit de désapprobation, elle ne semble pas encline à se rendre compte qu'en public, une telle manifestation pourrait paraitre déplacée. Elle ne s'est jamais vraiment encombrée de la moindre manière de toute façon, ce n'est certainement pas aujourd'hui que cela va commencer. Cela n'a aucune importance, car cette douce chaleur que dégage sa paume enserrant la mienne, pour rien au monde je ne voudrais non plus en être privée.
—Vous voyez, murmure-t-elle en se penchant vers moi, ignorant toujours autant le ministre Vestra duquel émane des vagues de mécontentement, si nous avions pris le temps de me coiffer également nous aurions sans nul doute été en retard.
—Vous êtes incorrigible, dis-je pour toute réponse, tentant de paraitre agacée.
—Il aurait été dommage de rater pareil événement : un opéra à la gloire de Edelgard la Grande, interprété par nulle autre que notre chère Dorothea.
Dire que je ne pensais pas voir venir un tel jour ne serait qu'un doux euphémisme alors que je me remémore cette discussion anodine que nous avions eu il y a bien longtemps, la chanteuse et moi-même. Malgré la gêne d'être au centre de cet opéra en tant que personnage principal, un sourire étire mes lèvres à la pensée que les jours de paix tant regrettés au début de la guerre se profilent de nouveau devant nous à présent. La main étreignant doucement la mienne est le gage de cette nouvelle ère de que j'espère durable.
Attrape ma main…
