Les jours qui avaient suivi mon retour à Poudlard avaient été assez ambivalents. J'avais la sensation d'avancer dans les méandres d'un château totalement différent. Comme si un filtre de perception avait été lancé à l'ensemble de ses occupants. Un voile flou dans lequel il nous fallait pourtant avancer. Tantôt guettés par la monotonie des journées et le manque de mes amis, tantôt, absorbée et distraite par mes cours.
L'ambiance n'avait pas beaucoup évoluée depuis le repas de la rentrée. Plusieurs changements avaient eu lieu. Les Carrows étaient devenus respectivement professeurs, étude des moldus pour l'un et Défense contre les forces du mal pour l'autre.
Neville avait déjà pu faire les frais de sa volonté de se soulever ouvertement aux méthodes de propagandes antimoldus enseignées. Lors d'un cours commun, il avait vicieusement demandé à Allecto Carrows de combien de sang moldus était constitué son patrimoine génétique.
J'avais jubilé intérieurement avant que le professeur ne se retourne violemment contre Neville. Il était resté deux jours à l'infirmerie et en était ressorti avec une vilaine cicatrice qui s'étalait le long de sa joue droite. Je l'avais entendu dire à Ginny et Seamus que ça disparaitrait avec le temps.
Les méthodes de dissuasion avaient fait leurs preuves durant cette semaine. Désormais, les mouvements contestataires se faisaient de manière insidieuse. J'étais farouchement fière de mes condisciples de Gryffondors et pourtant l'inquiétude qu'ils se fassent prendre était parfois plus forte. Ils avaient du cran, pour autant, même si j'étais l'une des premières à me jeter tête basse dans les soucis, je savais qu'être courageux ne nous rendait pas pour autant immortels.
Une nouvelle routine s'était installée durant cette semaine.
Une routine bien différente de ce que j'avais connu depuis des années.
Mes soirées étaient occupées à discourir avec Harry et Ron et je passais mes journées à tenter d'éviter au maximum mes homologues serpentards. Je sentais quelquefois encore, le regard pesant de Drago, se poser sur moi. Cependant, il n'avait rien tenté contre moi, me laissant vaquer à mes occupations.
La glorieuse Serpentard était de nouveau sur le devant de la scène et les élèves qui en faisaient partie s'en donnaient à cœur joie. Les rôles étaient inversés. Le devant de la scène était pour cette maison tandis que les autres restaient en retrait. Il était désormais plus que rare que les voix des autres élèves soient prises en compte.
Les professeurs encore en poste tentaient donc d'enseigner en minimisant au mieux l'impact que pouvait avoir le poids des Serpentards au sein de Poudlard. J'avais pleinement conscience que la situation était morne et invivable pour la quasi-totalité du château, pourtant, je ne pouvais m'empêcher d'en vouloir au professeur McGonagall de faire état de tant de rancœur lors des cours de métamorphose.
La haine que lui inspirait notre désormais nouveau directeur lui avait valu d'être répudié de la grande salle durant quelques semaines. Même si les cours qu'elle donnait étaient complets, elle avait choisi d'ignorer purement et simplement la présence des Serpentards dans sa salle de classe. Ce qui convenait parfaitement à mes camarades. Je m'évertuais donc à ronger mon frein en silence tout en attrapant des bribes de cours à la volée.
J'avais déjà pu passer quelques mois auprès des Serpentards. Force m'était de constater que la majorité des élèves de cette maison se comportaient de manière lambda. Je n'avais pas assisté à quelques réunions obscures visant à détruire le monde sorcier tel que nous le connaissons. J'avais choisi de me placer en retrait des autres, j'étais donc consciente que chaque élève de la maison semblait être intégré. Les quelques apparitions du professeur Rogue dans la salle commune afin de régler des discordances avaient toujours été cordiales. Chacun semblait vraiment apporter une plus-value à la maison. J'étais le seul grain de poussière venu enrayer cette machine bien huilée et, instinct de survie ou pas, le reste de la maison serpentard sentait que quelque chose n'allait pas chez moi. Pourtant, les élèves ne m'avaient pas mise de côté, lorsque j'avais besoin d'un peu de compagnies, j'étais fraichement accueillie, mais j'avais toujours trouvé une oreille attentive ou simplement un groupe dans lequel me fondre.
Non, les Serpentards n'étaient pas tous des anges, mais ils ne portaient pas non plus le démon en eux. Il fallait juste qu'ils canalisent leur énergie. Je secouais la tête en pensant que chacune des maisons de Poudlard vantait ses qualités. Cependant, si nous ne faisions pas attention, une qualité, mal entretenue pouvait virer au plus grand vice en un claquement de doigts.
J'avais bien entendu toujours eu conscience de cette guerre intermaison, pourtant, j'avais toujours prétendu que les professeurs étaient impartiaux. Le professeur McGonagall était mon directeur de maison, elle était fièrement Gryffondors et n'entendait pas être rabaissée. J'avais osé croire, durant toutes ces années que son poste de directrice adjointe l'avait rendue partiale, mais je m'étais fourré le doigt dans l'œil.
Désormais, plus personne au sein de Poudlard ne m'accordait son attention. Elle avait refusé de m'aider lorsque j'avais été la voir deux jours plus tôt. Son regard avait été traversé par une lueur de défiance et elle avait déclarée ne rien pouvoir faire pour moi.
Le week-end avait été mouvementé du point de vue émotionnel.
Je sortais peu de ma chambre et les livres qui s'étalaient sur mon lit avaient été ma seule distraction. Je n'avais pas encore de piste concernant l'Horcruxes dissimulé dans l'enceinte du château, mais je m'accrochais vainement à ce que le professeur Dumbledore avait pu me dire lors de notre dernier entretien.
La seule chose notable de toute cette semaine avait été une lettre reçue la veille au soir.
Un courrier du Professeur Rogue qui m'annonçait que bien qu'il n'enseigne plus les potions, la retenue infligée avant les vacances était toujours de mise. J'étais donc convoquée à compter de demain soir dans les laboratoires de potions.
Voilà pourquoi, ce dimanche soir, cela faisait maintenant quarante-cinq minutes que mon regard était rivé sur l'écriture cursive du professeur Rogue.
Je l'avais à peine croisé durant la semaine, il assistait rarement aux repas et avait délégué son poste à un autre enseignant qui nous faisait confectionner des potions de cinquième année.
Étais ce avec cet autre professeur que j'allais devoir effectuer mes retenus ? Un frisson me parcourut violemment l'échine.
J'avais eu écho des retenues avec les Carrows et n'avait absolument pas envie de tenter le diable. Bien que j'appartienne en apparence à la maison Serpentards, ce qui impliquait peu ou pas de retenues scabreuses. J'étais loin de partager les idéaux de la maison et ça, les Carrows me l'avaient déjà fait comprendre. Après avoir essuyé quelques doloris en étude des moldus pour mon incapacité à la fermer, j'avais décidé de me fondre dans le moule et de ne rien dire qui puisse attirer l'attention sur moi. La dernière chose dont Harry avait besoin est que je me fasse prendre.
Une douleur aiguë me fit souffler et j'accordais un regard peu amené à mon pouce gauche, j'avais mordillé la fine couche de peau jusqu'au sang. Je tiquais d'agacement avant de river de nouveau mon regard sur la signature. Je tentais une dernière fois de me convaincre que les Carrows ne seraient pas mes geôliers de la semaine avant de fermer les lumières.
Le sommeil avait tardé à venir durant l'ensemble de cette semaine, ce soir ne ferait pas exception, mais cela ne voulait pour autant pas dire que je devais arrêter de m'évertuer à trouver les bras de Morphée.
Le lendemain matin, la douleur latente dans mon crâne n'avait pas réellement diminué. L'étau n'était pas spécialement douloureux, mais la constance de ce mal de tête allait me faire tourner en bourrique. Je m'étirais rapidement avant de rejeter mes couvertures pour me rendre dans la salle de bain attenante.
Je tiquais face à mes cernes avant de rassembler mes cheveux en un chignon désordonné. J'observais alors mon visage de manière plus prononcé, j'évitais le plus possible de me regarder habituellement, cela me perturbait trop.
Je pouvais deviner chacun de mes traits de figure dans le visage de Louane Duhamel. L'ossature était plus ronde, le nez plus droit, les yeux bleus… il était cependant difficile pour moi d'ignorer que mon regard était resté le même. Ron et Harry me connaissaient comme ils se connaissaient eux-mêmes, ils n'avaient eu aucun mal à me reconnaitre dans une foule sur le chemin de traverse. Que ce soit sous les traits de Louane Duhamel ou lors de notre incursion chez Gringotts, ils n'avaient eu aucun mal à se tourner vers moi. Je renouvelais donc une fois de plus la formule afin de renforcer ces traits de visage et rejoignais la grande salle après un dernier coup d'œil à mon reflet, j'avais un terrible pressentiment.
Durant le petit déjeuner, Daphnée Greengrass m'annonça qu'elle quitterait Poudlard le soir même. Ses parents travaillaient pour le ministère de la magie, mais les changements dévolus à Poudlard avaient achevé de les convaincre que quitter le pays serait la meilleure solution afin d'éviter un désastre. Elle avait tenté de me convaincre de venir avec elle.
-J'en ai déjà parlé à mes parents, je sais bien que tu n'as plus vraiment de famille à l'extérieur. Ça ne les dérange pas que tu viennes avec nous le temps que tout ça se tasse.
-Il s'agit d'une guerre Daphnée, les choses ne vont pas se tasser…
-Je ne sais pas qui tu es, m'interrompit-elle, mais je sens que tu es quelqu'un de bien. Je n'ai pas envie que tu meures dans une guerre stupide qui n'a rien à voir avec toi ! C'est à Harry Potter de régler les choses !
Je secouais la tête avant de repousser mon bol de porridge.
-Je sais ce que j'ai à faire Daphnée, je ne me laisserais pas tuer sans me battre s'il le faut ! Je…je comprends ton inquiétude, mais tu l'as dit toit même, tu ne sais pas qui je suis et je n'ai pas à t'imposer cet état de fait.
Elle se mordit la lèvre avant de détourner le regard et d'attraper ma main dans laquelle elle glissa un morceau de parchemin.
-Au cas où tu changerais d'avis, garde ça précieusement…bonne chance Louanne.
Je hochais la tête, incapable de trouver les mots qui parviendraient à expliquer les sentiments qui se bousculaient en moi. Elle se leva et fit le tour de la table afin de me donner une accolade. L'étreinte relança la douleur insidieuse provoquée par le sort de Bellatrix Lestrange et ma grimace de douleur fut interprétée de manière différente par ma condisciple.
-Accorde ta confiance à certains d'entre eux, ils le méritent je te le promets.
Après une dernière accolade, elle bascula son sac sur ses épaules et me fit un signe de la main avant de quitter la grande salle. Nous ne partagions pas les mêmes cours aujourd'hui et je savais que c'était la dernière fois que je la verrais. Les Serpentards étaient vraiment différents de ce à quoi je m'étais attendue. J'empochais le morceau de parchemin et attrapais un toast avant de quitter la grande salle à mon tour.
-Louane attend !
Un souffle d'agacement franchit mes lèvres avant que je ne ralentisse. Drago Malefoy me rattrapa aisément et ne prononça pas un mot pendant les 500 mètres qui suivirent. Je tournais alors le regard vers lui avant de froncer les sourcils. L'expression harassée que j'avais pu déjà percevoir chez lui était de nouveau présente.
-Si tu tiens à t'excuser pour le comportement désagréable que tu as eu envers moi avant les vacances je t'en prie ! lui dis je en agitant la main face à moi.
Un sourire franchit la barrière de ses lèvres avant qu'il ne réfrène son allure.
-Qu'est-ce que tu t'es fait au bras ?
Je ravalais ma salive avant de tourner de nouveau le visage vers lui, il continua.
- Ça fait quelques jours que je t'observe. J'ai remarqué que ton bras semblait te faire souffrir.
Je détournais le visage de son regard scrutateur avant de lancer un coup d'œil à l'extérieur. Le soleil était déjà haut dans le ciel d'hiver.
-Une mauvaise chute pendant les vacances, la blessure ne cicatrise pas comme je le voudrais.
-Tu devrais peut-être aller voir l'infirmière ?
Un léger étourdissement s'empara de moi alors que je croisais de nouveau son regard d'acier. Je ne me souvenais pas des paroles que Drago avait prononcées à mon encontre après que la torture de sa tante ait pris fin. Je me souviens par contre de son regard, empli de dégout et de tristesse. Je me souviens de la sensation de bien-être qui m'avait envahi lorsqu'il m'avait lancé un sortilège de transit afin d'absorber un peu de ma douleur. Ce regard ancré au plus profond de mon âme mise à nue. Comment pourrais-je le regarder de nouveau comme un égal après tout ce qu'il avait vu de moi ?
-J'y penserais, lançais-je glaciale.
Mon ton lui arracha une grimace que je n'arrivais pas à nommer. Il m'accompagna jusqu'à la salle de classe et pris place à mes côtés, je lui lançais un regard interdit, personne ne s'était assis avec moi de la semaine.
Le professeur Flitwick nous enseigna le sortilège de Fidelitas et je lançais un regard peu amené à Drago qui se tortilla un instant sur son banc avant de poser les yeux dans la vague. Le Fidelitas était le sortilège qui permettait de cacher un secret au sein même d'une personne. La personne en question devenait alors gardien du secret, c'est ce type de sortilège qui avait permis à Voldemort de retrouver les Potter. Pettigrew les avait trahis.
-Serment inviolable !
Je me tournais vivement vers Drago qui venait de murmurer ces deux mots avant de jeter un coup d'œil derrière moi. Nous étions seuls sur notre banc, il ne pouvait s'adresser qu'à moi. Il avait encore le regard tourné vers le vide, mais avait penché la tête en avant afin que je ne puisse pas voir son visage.
-Ma mère et mon parrain, ils ont fait un serment inviolable pour …me protéger ! chuchota-t-il, le mépris pleinement présent dans la voix. Ma mère l'y a obligé, tu comprends ?
Il tourna le regard vers moi et je retins mon souffle. Pourquoi évoquait-il une telle chose avec moi ?
-Je pense que toute sa vie, il n'a fait que répondre à des obligations qu'on lui a imposées tu vois ?
Il avait planté son regarde dans le mien et je déglutis avant de poser la main sur la bandoulière de mon sac, me préparant à m'éloigner de lui. Il perçut mon geste et son regard se voila un instant, mais il continua de chuchoter à mon encontre.
-Je ne sais pas vraiment ce que ça peut représenter pour lui, j'ai l'impression que la plupart du temps il m'exècre au plus haut point et…ensuite il se retrouve à faire des serments inviolables afin de me protéger. C'est insensé, incompréhensible !
Il darda son regard sur le professeur Flitwick qui continuait de donner sa leçon allégrement. Sa main avait terminé de verrouiller la mienne dans une prise tenace, mon bras blessé ne me permettait pas de compter sur ma force physique pour me défaire de son étreinte.
-Tu dois certainement te demander pourquoi je te raconte tout ça, pourquoi après le comportement que j'ai eu envers toi depuis le début d'année je me confie à toi ? Ça va te paraitre absurde, mais je te connais, je sais que je peux te faire confiance, tu es…digne d'entendre et de comprendre ce genre de choses. Parce que je te vois Granger !
Mon cœur eut un raté et mon corps s'arque bouta afin de s'extraire de la prise qui s'était refermée sur moi. Drago me tira violemment en avant afin que je regagne ma place, peu importe la douleur, il fallait que je sorte d'ici.
-Respire idiote ! Je ne vais rien te faire.
Les mots se frayèrent un chemin dans mon cerveau sans que je puisse pour autant reprendre une respiration normale. Il savait ! En plus de la douleur de mon bras, l'os de mes hanches m'envoya une décharge le long du flanc gauche, je m'étais cognée contre le banc lorsqu'il m'avait fait rassoir violemment. Qu'allait-il me faire ?
-Je sais que mon comportement ne joue pas en ma faveur, je ne sais pas pourquoi tu es en train de faire ce tour de passe idiot. Mais, je veux te donner un coup de main Granger, je veux t'aider. Je me contrefous de Potter et Weasley, je me fiche même de ce qu'il pourrait advenir de toi … Je veux simplement …aider ! Je ne veux pas finir comme mon père, ma mère ne mérite pas non plus cette vie…personne ne mérite de vivre cette vie.
Il relâcha la pression exercée sur mon bras avant de se tourner vers Flitwick, il avait terminé sa diatribe et avait croisé les bras, le regard fixé sur un point neutre face à lui. Les larmes dévalèrent mes joues sans qu'un bruit ne franchisse mes lèvres, ma respiration était encore laborieuse et je finis par serrer les poings contre mes cuisses. Comment pourrais-je effacer six années de haine commune ? Comment parvenir à franchir cette ligne interdite qui ferait de Drago Malefoy un allié ?
Je restai ainsi prostrée jusqu'à la fin de mon cours, alors que personne ne m'adressait un regard, Drago me tira par le bras avant de m'entrainer dans le couloir. Je me laissais faire sans rechigner, mais au lieu de se diriger vers le cours de métamorphose, il me traina vers l'infirmerie.
-Stop !
Un souffle, aussi léger que le chuchotement qu'il avait adopté quelques minutes auparavant. Il me lâcha avant de prendre un air ennuyé.
-Tu ne vas pas tenir ainsi éternellement, il faut que tu fasses soigner ton bras.
Une colère sourde monta en moi dès lors qu'il eut terminé sa phrase. Il savait, il avait vu, comment pouvait-il…
-C'est de la magie noire Malefoy, penses-tu vraiment que Md Pomfresh va me soigner sans rien dire ?
-Tu es en train de dépérir à petit feu, cette…blessure va continuer d'empirer si nous ne faisons rien ! Les Carrows ont dû infliger le même genre de sort lors des retenus, peut être pas quelque chose d'aussi abrasif mais je sais qu'ils ne font pas dans la dentelle.
Un tremblement me vrilla jusqu'à la racine, de tels sorts étaient-ils tolérés même sous la direction du professeur Rogue ? J'avais eu des échos de ce qui se tramait lors de ces punitions pour autant je ne pouvais imaginer que les choses iraient jusque-là. Je n'avais pas envie que Md Pomfresh me prenne en pitié. Pas envie que quelqu'un d'autre encore sache ce qui m'était arrivé. Je frôlais mon bandage avant d'en tirer l'extrémité sous le regard méfiant de Drago. Je lui présentais mon bras alors que des larmes amères dévalaient de nouveau mes joues tandis qu'il détournait le regard.
-Ose me dire que cette blessure-là ne va pas poser problème ! lançais d'une voix pleine de morgue.
Les bords de la cicatrice avaient commencé à virer au noir, la chair blessée avait une odeur putride qui me monta au nez alors que mon mal de crâne n'allait pas en diminuant. Un courant d'air lécha les plaies, me tirant une nouvelle grimace de douleur. Drago parcourut rapidement mon avant-bras avant de reporter son attention sur mon visage.
-Je ne connais pas le sort qu'elle t'a lancé, mais…je peux peut-être me renseigner et…nous pourrions certainement trouver ce qui te soulagera.
-Et pourquoi ferais-tu ça ?! N'as-tu pas pris la marque des ténèbres l'an dernier ? Tu l'as dit toi-même, tu n'en as rien à faire de mon sort…
Il m'interrompit en plaquant sa main contre ma bouche, ses yeux dardèrent un éclair de violence envers moi.
-Crois-tu vraiment que j'ai eu le choix Granger ? Crois-tu que mon père se serait défié du seigneur des ténèbres en ne me poussant pas dans ces bras ? Penses-tu réellement que j'ai choisi cette vie-là ? Je ne regrette pas mon comportement envers toi et tes imbéciles d'amis, je ne peux pas revenir en arrière. Mais j'aimerais vraiment avoir une autre voie à suivre, une voie plus sûre, qui me permettrait de vivre enfin comme je l'entends ! Je ne te demande pas de me faire confiance, accepte juste mon aide, peu importe ce que tu fomentes ici !
Il entoura de nouveau le bandage de manière diffuse autour de mon avant-bras avant de cacher le tout sous ma cape. Puis, de nouveau, il porta la main sur mon visage afin d'y essuyer les quelques larmes qui s'y battaient encore.
-Et cesse donc de pleurer Granger, tu es encore plus pitoyable ainsi !
Cette dernière réplique m'arracha un sourire amer et il s'empara de nouveau de ma main. Il ne me laisserait pas le choix et si je voulais mener ma mission à bien sans qu'il ne me dénonce je n'avais d'autre possibilité que de le suivre. Jamais de la vie je ne pourrais accorder ma confiance à Drago Malefoy, pourtant sa détresse semblait trouver écho dans la mienne. S'il est vrai qu'il dît la vérité, nous venions tout juste de nous embarquer dans le même bateau, et ce, jusqu'à ce que la guerre ne prenne fin. Il me mena à la salle commune des Serpentards avant de m'abandonner quelques minutes au coin du feu. Il revient avec un pot de ce qui me semblait être de l'essence de Murlap ainsi que sa baguette.
-Peux-tu ? demanda-t-il en désignant le bandage.
Quelque seconde plus tard, je poussais un soupir de soulagement devant la fraicheur que la mixture enjoignait à mes plaies. Pourquoi n'avais-je pas pensé à ça avant ?
-Vulnera Sanentur.
Drago répéta l'incantation plusieurs fois sans que cela ait de réelles incidences sur le sortilège de base. Il haussa les épaules l'air de dire qu'il avait au moins tenté. J'avais déjà tenté le contre sort plusieurs fois en obtenant le même résultat, la magie employée par Bellatrix Lestrange était aussi perfide que la sorcière qui l'avait lancé.
-Je te laisse l'essence de Murlap, mais si dans quelques jours la plaie continue de s'infecter il faudra que l'on aille voir quelqu'un d'autre. Ce serait stupide que tu meures de cette manière.
Je pinçais les lèvres avant de m'emparer de l'onguent qu'il me tendait.
-J'airais à St Mangouste ce week-end si j'arrive à passer les barrières de transplanage de pré au lard.
Il hocha la tête avant de se détendre un peu et de sourire à l'âtre qui lui faisait face.
-Mon père serait foudroyé de voir que nous faisons désormais affaire ! déclara-t-il d'une voix graveleuse.
-Je n'imagine même pas la tête que les garçons feraient ! ajoutais-je en m'autorisant un léger sourire.
-Nous tairons donc cet arrangement si cela te convient Granger, aucune envie d'être traité comme votre racaille !
Il me tendit une main que je serré mollement, scellant ainsi le pacte de protection le plus stupide du siècle. Aurait-on pu imaginer une aide plus étrange que celle-ci ? Je rangeais le pot dans mon sac avant de m'enfoncer plus loin dans mon siège. La fatigue qui me tiraille depuis des jours menacés de me faire m'effondrer d'une minute à l'autre.
-Je suis en train de manquer mon cours de métamorphose en me tenant assise à côté de Drago Malefoy dans la salle commune des Serpentards !
Il coula un regard vers moi, les yeux brillants avant qu'un éclat de rire ne franchisse la barrière de ses lèvres. Je n'avais jamais entendu un rire franc venant de sa part et l'instant inédit ainsi partagé me tira un pincement au cœur. Nous nous étions tous tellement perdus dans les abimes de notre haine commune que nous en avions oublié le principal. Nous n'étions que des enfants. La guerre faisait toujours naitre des allégeances improbables, mais jamais je n'aurais cru pouvoir un jour faire équipe avec Drago Malefoy. Étais ce sentiment qui était censé m'étreindre aux portes de ma vie adulte ? Avais-je franchi un nouveau palier de maturité ?
La peur de mal faire et l'excitation d'avoir bien fait se battait en duel dans mon esprit. Je glissais un regard vers Malefoy, il avait fermé les yeux et semblait en phase avec lui-même. Aucun froncement de sourcils, une expression neutre, partageait-il les mêmes errements que moi ? Mon regard retomba sur mon bandage et je fermais les yeux à mon tour.
Mon mal de tête persistant n'avait pas encore disparu, mais la fièvre ne me semblait pas élevée, je me sentais plus alerte que dernièrement. La douleur de mon bras était devenue une légère pulsation bien plus agréable que les jours précédents et l'absence de cette douleur m'octroya une pause émotionnelle. Je ne me sentais plus à deux doigts de pleurer.
-Granger !
Je relevais le visage vers Drago, il avait pris une expression sérieuse et avait de nouveau posé son regard sur mon avant-bras. Un nouveau pincement de lèvre agita son visage et il releva sa propre manche.
-Cette marque ne te définit absolument pas, elle fait désormais partie de toi, mais ne représentera jamais qui tu es !
Mes yeux dérivèrent lentement sur les entremêlements de la marque des ténèbres. Lorsque mes yeux dévalèrent les volutes du crâne et du serpent mêlés, j'eus l'impression que la marque bougeait, comme si elle était bel et bien vivante. Une malédiction gravée au plus profond de la chair. Je détournais soudainement le regard, la sensation d'être entrée dans un lieu interdit avait frôlé les limites de ma conscience.
-Je n'arrive toujours pas à la regarder plus de quelques minutes pour ma part…mais cette marque fait désormais partie de moi. Pour autant, je refuse qu'elle définisse qui je suis ! Ne laisse jamais cette cicatrice faire de toi ce que tu n'es pas.
La révolte qui était tapie dans le son de sa voix me fit relever la tête vers son visage. Il avait serré le poing sur l'accoudoir et son visage arborait désormais l'expression la plus déterminée que j'eus jamais vue sur son visage. Les mots prononçaient avaient trouvés un écho en moi. Cela mettrait peut-être des années avant que je ne puisse faire pleinement confiance à Drago Malefoy. Une décennie de défiance s'était déjà quasiment écoulée, j'avais l'intense volonté de croire que pour la première fois en sept ans, je voyais le vrai visage de mon condisciple. Il observa encore un instant sa marque avant de la cacher dans les replis de sa cape.
-Comment m'as-tu reconnue ?
Un sourire barra de nouveau son visage et ses yeux trouvèrent un point d'ancrage dans le vacillement des flammes.
-Je ne sais pas vraiment, j'ai toujours eu la sensation de te connaitre depuis ton arrivée chez les Serpentards…ce soir-là, au manoir, je t'ai regardé dans les yeux pour la première fois. Je veux dire, j'ai regardé dans les yeux d'Hermione Granger et j'y ai vu le reflet de Louane…
-C'est flagrant ?! l'interrompis-je
Il sembla réfléchir un instant avant de vriller de nouveau son regard dans le mien et de secouer doucement la tête avant de hocher les épaules.
-Difficile à dire, ça me semble maintenant flagrant, mais l'idée ne m'avais jamais traversé l'esprit avant les vacances. Tu m'étais juste familière sans pour autant que j'arrive à mettre le doigt dessus. Un point d'ancrage dans les méandres de mon esprit perdus. Je t'ai vu plusieurs fois porter ton bras en écharpe afin d'éviter de frôler les autres. C'est à ce moment-là que j'ai compris.
Je fronçais les sourcils et resserrais les pans de ma cape contre moi. Le visage du professeur Dumbledore me revint en mémoire.
-Tu penses que d'autres s'en sont aperçus ? Je veux dire…le professeur Rogue peut-être ?
Un tic nerveux agita sa bouche avant qu'un rire amer ne brise le silence presque inconfortable.
-Mon parrain vous a tellement en horreur qu'il n'aurait pas hésité une seconde s'il avait sue. Un Gryffondors en infiltration chez les Serpentards, la…souillure par excellence !
-Je croyais que…enfin ton discours lors du cours de sortilèges, je pensais que tu…l'aimais ?
Ce mot appliqué au professeur Rogue me fit reculais la tête vers le dossier de mon siège. Drago souffla avant de poser sa tête contre le dossier de son propre siège, rendant sa voix plus rauque qu'elle ne l'était.
-C'est difficile à expliquer, d'une certaine façon j'ai souvent eu l'impression qu'il me portait plus…d'égards que mon père. Il ne se prive pourtant pas de me rabaisser devant ma famille et devant les autres mangemorts. Lorsque je suis ici, il me parle d'égal à égal, mais en dehors de Poudlard c'est différent. Comme si tout un monde nous séparait. C'est pour ça que j'ai du mal à comprendre pourquoi il a accepté de faire un serment inviolable alors que mon propre père ne s'y est pas plié. Ce n'est pas à lui de me protéger. Pas comme ça, pas contre sa propre volonté. En tout cas, je ne pense pas qu'il t'ait reconnue, il en aurait parlé au seigneur des ténèbres afin de monter dans son estime.
Ses dernières paroles furent crachées dans un profond dégout. Drago prenait des risques en me faisant part de ses sentiments.
-Tes parents ne se doutent de rien ? Je veux dire, par rapport à ta marque tout le reste ?
-Je pense que ma mère s'en doute, elle n'aurait jamais été voir Rogue sinon…elle a bien trop peur pour oser se tourner vers mon père. Il n'hésiterait sans doute pas à me donner en pâture pour redorer son blason, quitte à mettre ma vie en danger. J'ai mis des années à comprendre ce rapport que mon père entretenait avec le seigneur des ténèbres. Lorsqu'il n'était qu'un nom, je ne pouvais que me fier à la dévotion que mon père lui portait. Plus tard, lorsqu'il est reparu, j'ai compris que la faiblesse de mon père était entre les mains de cette…chose ! Pour un homme qui m'assommait de paroles sur l'importance de la famille et de la noblesse de notre sang, il n'a pas hésité à s'avilir face à un autre homme pour…je ne sais même pas pourquoi ! Je ne sais pas s'il est faible ou s'il a juste trop peur de déplaire !
Ses dernières paroles résonnèrent dans la salle commune vide de ses occupants habituels. Je n'aurais jamais imaginé que Malefoy puisse être habité par une telle rancœur depuis toutes ces années. Il avait bien caché son jeu.
-Il serait peut-être temps de nous rendre dans la grande salle, le repas a déjà dû commencer.
Il hocha la tête avant de se lever.
Nous avions traversé les couloirs en silence et une fois installé le visage de Drago se verrouilla instantanément. Pansy Parkinson nous dévisagea un instant avant de prendre place face à Drago, elle me lança un regard torve avant de se tourner vers lui.
-J'espère que vous avez une excuse en béton pour votre absence en cours de métamorphose, cette vieille peau va se faire un plaisir d'en parler avec Rogue !
-J'avais un souci à régler avec Louane, j'irais voir Rogue après le repas pour lui expliquer !
La panique me bloqua la gorge alors que j'avalais une bouffée d'air. Drago leva les yeux au ciel avant de reporter son attention à son repas. Pansy le dévisageait encore.
-Je ne pense toujours pas avoir de compter à te rendre Pansy, mais Louane est, semble-t-il, douée en potion et avec le pitoyable remplaçant que nous avons…je n'ai eu d'autre solution que de me tourner vers Louane. C'est ce que j'expliquerais à Rogue.
L'air s'engouffra de manière normale dans mes poumons et je buvais une gorgée d'eau tout en remerciant Merlin. Il fallait rapidement que je trouve une bonne explication à fournir à mon homologue plus tard dans la journée. Il était hors de question que je lui révèle la vraie raison de ma présence au château.
Une demie heure plus tard j'étais de retour devant la salle de cours que je côtoyais depuis des années. J'attendis quelques secondes après avoir annoncé ma présence. Une ferveur toute relative avait ici pris place. Les volutes d'une dizaine de potions en avancement avaient rendu l'air encore plus poisseux et humide que d'habitude. Le professeur que je n'avais pas revu depuis des jours semblait se fondre dans son élément d'une manière tout à fait hallucinante. Une suée froide m'envahit lorsqu'il prit note de ma présence.
-Miss Duhamel, chaudron cinq ! Immédiatement ! Blouse sur votre droite.
En effet, je notais qu'une blouse en peau de dragon était avachie sur la paillasse à ma droite. Je m'en emparais vivement tout en laissant mon sac s'écrouler contre les dalles, le bruit d'un livre heurtant le sol de manière sourde fit vriller mon crâne.
Dire que je m'attendais à tout sauf à ça été un euphémisme. Je courus vers le cinquième chaudron avant d'y jeter un œil. Il s'agissait d'un baume d'asclépiade tubéreuse j'y ajoutais un tour de main avant de lancer une nouvelle poignée de plante se trouvant à ma gauche. Ce mouvement m'arracha un cri de douleur qui apparemment ne sembla pas avoir atteint les oreilles du maitre potionniste qui s'évertuer à boucler la première phase de ce qui semblait être une potion antidoxy. Parce qu'il ne s'agissait plus du professeur Rogue. L'homme se tenant à mes côtés avait un œil sur cinq chaudrons, maniait sa baguette pour les premières tout en faisant part de la maitrise d'une bonne poigné des sorts informulés ainsi que d'un lancé hors pair de sa main libre.
-Prof…
-Veillez à la bonne progression des cinq premiers chaudrons, ils ne nécessitent pas une attention de tous les instants. Lorsque ce sera fait, vous les mettez en stase en me rejoignez !
-Je…
J'étais totalement perdue, mais cette mission eut au moins le don de me sortir de la torpeur de ma semaine. La fièvre ne semblait plus exister, la douleur irradiant mon bras était toujours présente, mais sa pulsation sourde était perdue dans les méandres de mon cerveau en ébullition. Ce qu'il me demandait là était totalement inadapté au niveau d'un élève de septième année, et ce constat bien qu'alarmant me ragaillardit ! Les cheveux collant contre ma nuque, j'agitais ma baguette pour les rassembler sur le haut de mon crâne. Un léger voile de sueur recouvrait déjà mon front et je penchais la tête sur le second chaudron, élixir cérébral de baruffio ! J'en avais avalé une fiole lors de mes examens de l'an passé pour diminuer mon temps de sommeil. La suivante était un filtre calmant et ainsi de suite.
La tâche me prit environ deux heures, deux heures éreintantes qui m'ont donné le sentiment d'être enfermée dans une bulle temporelle.
-Vous ne remuez plus Duhamel, êtes-vous tombé las de fatigue pour n'être pas à mes côtés à cet instant précis ?
Je me précipitais vers le maitre potionniste ce qui me fit perdre légèrement l'équilibre après la montée d'adrénaline nécessitée par les deux premières heures de travail. Mon bras blessé percuta son bras lors d'une manœuvre de mise en stase, un frisson ainsi qu'une grimace qui n'auraient pas pu échapper à son œil aguerrit autre fois que ce soir me fit prendre conscience que la blessure était encore bien présente.
Il avait face à lui trois chaudrons en stase ainsi que deux chaudrons encore en cours de travail.
-Occupez-vous du filtre de paix pendant que je m'occupe de la Napel !
La potion était rose, ce qui signifie que l'étape suivante était l'ajout du sirop d'ellébore jusqu'à ce que la potion devienne turquoise. Après cette étape, je pourrais mettre le chaudron en stase. Une fois la chose faite, un léger malaise me prit et je pris appui contre la paillasse derrière la mienne.
Les gestes du professeur Rogue étaient nets, précis, puissants…je me perdis dans la contemplation de ses mouvements fluides. La tête me tourna de nouveau et mon bras blessé me parut plus engourdi que jamais. Je notais la respiration laborieuse de mon professeur par le mouvement rapide de ses côtes. Rien sur son visage ne laissait paraitre la difficulté de la tâche et mis à part la fine sueur recouvrant son visage et sa poitrine se soulevant plus vite que d'habitude, rien n'aurait pu laisser devinait la gymnastique à laquelle il devait être attelé depuis ce matin. C'était surhumain et en même temps tellement…lui !
Je connaissais chacune de ces potions sur le bout des doigts, cela devait faire une paire d'heures qu'il était attelé à la tâche, seul aux commandes. Je ne pus m'empêcher d'admirer la technicité et la poésie des mouvements qui prenaient place sous mes yeux. Étais ce donc à ça que le nouveau directeur de Poudlard occupait ses journées ?
-Aguamenti !
La voix, légèrement plus rauque qu'à l'accoutumée me sortit de ma torpeur. Un broc d'eau venait d'apparaitre à mes côtés, je m'emparais d'un verre tendu vers moi et l'avalais d'un trait, ne me rendant pas compte avant de boire que la soif me tiraillait. Les portes s'ouvrirent d'une traite avant qu'un souffle d'air n'apaise la moiteur du cachot.
-Buvez encore ! Les vapeurs de potions sont traitresses !
Il remplit de nouveau mon verre avant de se servir lui-même. Mon cerveau cherchait encore à expliquer le tourbillon de la soirée. Que s'était-il passé ?
Il darda son regard sur le sol et je ramassais mon sac, laissé en plan dans la précipitation de mon installation. La rapidité de mon mouvement déclencha un nouveau malaise que je tentais de cacher en ravalant ma salive. J'avais besoin de sommeil.
-Professeur, la retenue est-elle terminée ?
Il hocha la tête avant de reposer son verre d'eau sur le côté. Sa respiration paraissait plus sereine et je m'autorisais à lever les yeux pour rencontrer son regard. Il me semblait étonnamment calme pour une fois, tellement éloigné du personnage habituel. J'avais besoin de croiser son regard afin de voir si cette impression n'avait pas qu'une illusion. Besoin de voir le regard du maitre potionniste avec qui j'ai eu l'occasion de travailler ce soir.
Quand mon regard croisa le sien, mon souffle se bloqua dans ma gorge. Le regard acéré et glacial était aussi froid que d'habitude et cela me dérouta au plus haut point. Je perdais de nouveau l'équilibre tout en ne pouvant pas décrocher mon regard du sien. J'avais appris à détourner les tentatives de légimens sur mon esprit, mais la teneur de son regard était tout autre. Il semblait à la fois surpris de ma résistance et hors de contrôle.
Alors que son regard était vrillé dans le mien, une peur tacite me glaça le sang. Drago Malefoy avait fini par découvrir qui j'étais dans un concours de circonstances. Les pensées insidieuses qui m'avaient tenu figé devant le miroir de ma salle de bain ce matin étaient tout autre. Un esprit finement observateur ne manquerait pas de me reconnaitre. Et, le professeur Rogue était tout sauf un ignare. Je ravalais ma salive avant de resserrer l'emprise que j'avais sur mon sac à dos, ce qui me tira une grimace de douleur, par réflexe, je reculais d'un pas lorsqu'il avança vers moi, mais la paillasse m'empêcha de pouvoir sortir sans lui tourner le dos.
Il attrapa violemment mon bras gauche avant de resserrer sa prise ce qui me fit lâcher mon sac. La douleur me fit hoqueter avant de m'octroyer une bouffée de chaleur fiévreuse.
-Qu'avons donc nous là Miss Duhamel ?
-Je me suis blessée pendant les vacances Monsieur, ça n'a pas encore guéri.
-Et je suppose que sotte comme vous l'êtes, vous n'avez pas pris la peine d'aller consulter un médicomage ?
Je secouais la tête avant de tenter de me défaire de sa prise alors qu'il avait avancé sa baguette au-dessus de mon avant-bras. La panique m'enjoint à poser ma main contre la sienne afin de l'éloigner de moi. Il était hors de question qu'il me lance des sortilèges de diagnostic. Il emprisonna ma main entre ces doigts avant de river de nouveau son regard dans le mien. Avais-je dépassé les limites de sa patience ?
La fraicheur de sa main me fit soupirer faiblement, rêvant secrètement qu'elle échoue contre ma nuque brulante. Mon cœur eut un loupé lorsqu'il ôta cette brise fraiche de ma portée violemment, je le vis se diriger vers le laboratoire avant de me tendre trois fioles.
-Fièvre, douleur et cautérisation ! Cela devrait suffire pour la nuit. Je me contrefous de savoir dans quel pétrin vous vous êtres infligé cette blessure, mais, il est hors de question que votre latence de guérison n'entraine un fléchissement de vos capacités. Retournez dans vos dortoirs, nous nous retrouvons ici demain à la même heure.
La voix avait claqué brutalement dans le cocon qui s'était instauré lors de ma retenue. Je me hâtais de ramasser mes affaires avant de quitter les cachots au pas de course.
Une fois revenu dans ma chambre, je bus les trois fioles d'une traite avant de m'effondrer sur mon lit. Peu importe toute la peur qu'il pouvait insuffler en moi, le bien, être engendré par ma prise de médicaments me fit sombrer dans les bras de morphée en un temps record.
Je ne l'avais pas remercié
