!SSPT! Mentions de tortures passées mais rien de graphique.
Chapitre dix : Les blessures de l'âme partie 1
- - Tu… Tu veux que je vienne avec toi ?
La voix de Rampa était hésitante mais Aziraphale ne manqua pas l'espoir qu'elle portait. Un instant, l'Ange hésita parce que maintenant qu'elle avait enfin retrouvé son Démon, elle ne voulait plus le lâcher, le garder égoïstement près d'elle, le caché du monde et le protéger, encore et toujours.
Mais elle savait que les choses n'était pas ainsi, que Rampa avait sa propre vie, son appartement, ses plantes… Qu'il était sans doute fatigué et voudrait faire une sieste. Son cœur se serra lorsqu'elle se demanda combien de siècle il allait l'abandonner cette fois-ci.
- - Non je… non.
Aziraphale voulait ajouter que c'était parce qu'il devait profiter de cette liberté nouvelle, vivre sa vie et enfin s'éloigner de l'Ange pathétique qu'il regardait depuis si longtemps maintenant. Qu'il devait sans doute avoir de la curiosité pour le monde qui avait continuer d'avancer sans eux, qu'il voudrait sans doute rattraper son retard ou se reposer.
Pourtant, un nœud dans la gorge l'empêchait de parler parce qu'en réalité, si ce n'était pas faux, cela n'était pas vrai non plus. Aziraphale ne pouvait pas mentir en disant que ce n'était que pour Rampa qu'elle refusait son aide. Elle aussi sentait qu'elle devait faire cela seule.
Elle était peut-être devenue un Archange, son corps vibrait d'une énergie nouvelle, d'une puissance folle qu'elle n'aurait jamais pensé un jour détenir, sa tête bourdonnait encore de Sa voix, pourtant, elle ne savait pas comment appréhender cette nouvelle vie. Tout était tellement différent…
Et malgré son nouveau statut, malgré que toutes les blessures aient été effacées, elle sentait encore, au fond d'elle-même, la déchirure des tortures, quelque chose de mauvais, malsain, comme l'ongle pourris de Satan lui-même grattant son âme et le réduisant en charpie.
Cela, Aziraphale ne voulait pas que Rampa le voit. Il l'avait vu bien assez misérable, pour cette vie et toutes les autres. Egoïstement, peut-être un peu par orgueil, elle voulait qu'il la voit, qu'il se souvienne d'elle, comme de l'Archange beau et puissant qui était apparue à Tadfield, pas comme l'Ange blessé et pitoyable enchainer en Enfer.
Rampa resta silencieux un long moment, se tordant les mains nerveusement, un geste qu'Aziraphale ne lui avait jamais vu auparavant, et qui une fois encore, lui rappela que tout avait changé, qu'ils avaient changés.
Le Démon fit un pas pour se rapprocher, levant une main dans le but évident de la toucher et, inconsciemment, Aziraphale bloqua sa respiration, se crispant avant même que le contacte n'ai lieu. A ce constat, Rampa recula et son geste dévia, préférant passer une main dans ses propres cheveux comme si c'était ce qu'il avait toujours voulu faire.
L'Ange respira profondément en baissant la tête, tiraillée entre le soulagement et la tristesse. Elle ne comprenait pas sa réaction mais une fois encore, les choses avaient changées tellement vite, ils leurs faudrait un temps d'adaptation.
- - Bon je… Je t'appel plus tard.
D'un pas rapide, Rampa contourna la Bentley, qu'il avait garé comme toujours à cheval sur le trottoir devant la librairie. Il resta une longue seconde immobile, la main sur la poignée, le regard fixé sur elle, comme s'il attendait que l'Ange se ravise mais, voyant que cela n'arriva pas, il s'engouffra rapidement dans sa voiture et disparue dans un ronflement sonore.
Aziraphale regarda le coin de la rue trop longtemps, un pincement désagréable au cœur, comme si elle regrettait sa décision mais finalement, elle se détourna parce que, comme le reste, elle devait assumer ses choix.
Les passants la contournaient avec des murmures étranges, commentant vaguement sa tenue. Une jeune femme en toge dans les rues de Londres attirait forcément les regards, et c'est en prenant conscience de cela, gêné d'une telle attention, qu'Aziraphale se décida à entrer chez elle d'un pas rapide.
La porte s'ouvrit sans qu'elle n'ait même à utiliser de clé, la librairie l'ayant reconnue et l'accueillant avec joie. L'Ange s'adossa à la porte en inspirant pour se calmer. Certains des hommes qui l'avaient vu ce matin avaient une lueur dans le regard qu'elle connaissait, hélas, et qu'elle ne voulait plus jamais revoir.
- - Tu es ridicule, Aziraphale, se fustigea L'Ange en parlant à haute voix.
Elle était dépositaire d'une puissance rivalisant avec celles des autres Archange du Ciel, et aussi peut-être –car il en avait été un- avec celle de Lucifer lui-même, ou au moins proche. Une puissance qu'elle n'était pas sûre de mériter, qu'elle n'arrivait pas encore à appréhender complètement –parce que c'était trop, vraiment- mais qui était-elle pour remettre en question Ses choix ?
Toujours était-il qu'en tant qu'Archange Gardien de l'Eden, il n'y avait plus sur Terre de créature capable de la blesser comme elle l'avait été avant. Elle était en sécurité maintenant et si elle ne pouvait se défendre, elle avait le meilleur des protecteurs qu'elle puisse espérer, se rassura-t-elle en repensant à l'immense Serpent-Dragon.
S'obligeant au calme, Aziraphale entra enfin dans sa librairie, verrouillant inconsciemment la porte avec plus de force dans son miracle qu'il n'en fallait. Son regard dériva sur les rangées de livres poussiéreuses. Il n'y avait plus de plante, Anathème les ayant toutes amenées au Jasmin cottage pour en prendre soin (et peu ayant survécut, hélas), et la librairie était sombre, froide.
D'un pas lent, elle s'approcha d'une pile de livre posée sur la table octogonale, au centre de la pièce. Ses dernières acquisitions qu'elle n'avait pas eu le temps de lire. D'un geste délicat, elle passa un doit sur la reliure d'or pour la dépoussiérer, devinant plus qu'elle ne lisait, le titre. Une première édition de Baudelaire, que Rampa lui avait offert.
Un instant, l'Ange voulue simplement se saisir du livre, allé s'assoir dans l'arrière-boutique et s'enterrer dans « Les petits poèmes en prose » comme avant. Elle le voulait, le voulait vraiment et au finale, rien ne l'en empêchait, n'est-ce pas ? Elle avait le temps maintenant. Qui savait quand Rampa allait réapparaitre et elle n'avait rien de mieux à faire…
Mais sa main sur le livre se mit à trembler avant même qu'elle ne fasse le geste de le prendre, soudainement dénuée de toute force alors que sa respiration s'accélérait. L'Ange cligna des yeux, essayant de chasser les mouches noires qui lui obstruaient de plus en plus la vue.
Ils lui avaient crevé les yeux en Enfer. Plusieurs fois. Ils avaient fait tellement plus, à elle, à ses livres, avec ses livres. Des choses auxquelles elle n'aurait pas pensé, ni personne sur Terre assurément. Il fallait être un monstre qui ne s'était jamais incarner en mortel, un Démon, pour les imaginer.
Finalement, comme si elle s'était brûlée, Aziraphale retira sa main et se détourna. Là, au milieu des livres, de ses chers livres, elle se sentait vulnérable, en danger, alors, instinctivement, elle gagna le fond de la boutique et l'escalier menant à l'étage d'un pas rapide, n'arrêtant sa course qu'au sommet de ce dernier.
- - Tu es ridicule, Aziraphale, se gronda-t-elle encore, énerver contre elle-même de réagir ainsi.
L'Ange connaissait le proverbe, savait que lorsque l'on tombait de cheval, il fallait remonter en selle, qu'elle devrait redescendre, prendre ce livre et le lire, le dévorer parce que, une fois encore, elle n'était plus en Enfer, elle n'était plus en danger.
Pourtant, elle se détourna pour gagner la chambre, se disant qu'elle règlerait se petit contretemps plus tard, que rien ne pressait de toute façon, et qu'elle devait d'abord se changer parce que bon, sa toge était peut-être confortable et divine, mais vraiment hors de propos ici et maintenant.
Dans la chambre, la couche de poussière était plus importante encore, parce qu'Aziraphale ne dormait jamais. Le lit était fait depuis plusieurs siècle maintenant, les couvertures intactes si ce n'était la fadeur des couleurs due à l'usure du temps et à la saleté.
Ce n'était pas un problème, cela ne l'avait jamais été, puisqu'aujourd'hui comme avant, Aziraphale ne prévoyait pas de dormir. Une chose inchangée, enfin, qui réconforta l'Ange, comme un baume au cœur, alors qu'elle se détournait pour ouvrir le dressing.
Les doubles portes de bois révélèrent une pièce entièrement dédiée à ses vêtements, miraculeusement trop grande pour tenir dans le grenier de sa petite boutique, mais était-ce vraiment sa faute si la mode humaine changeait si vite ? Ici, pas de poussière, les étoffes devaient être préservées de l'usure injurieuse du temps.
Pour Aziraphale, parcourir le dressing était comme parcourir un musée. Un musée dédié à ce qui avait été sa vie sur Terre pendant six mille ans. Elle eut un sourire amusée lorsque son regard se posa sur l'armure de métal polis que lui avait offert le Roi Arthur, se souvenant de l'inconfort que cela avait été de la porter.
Juste à côté, le pourpoint de velours épais et la chemise de lin à froufrou lui rappelait le temps qu'elle avait passé à la cours d'Henri VIII. Les culottes étaient trop serrées à cette époque, et les couches d'habit trop nombreuses…
Parfois, ce n'était pas une mauvaise chose que la mode évolue, songea-t-elle en posant les yeux sur les culottes bouffantes, la cape et le chapeau à plume qu'elle portait lorsqu'elle aimait rester plus que nécessaire au théâtre du Globe.
Finalement, Aziraphale parcouru la pièce en se disant que rien n'allait aller. Après tout, son vaisseau était celui d'une femme pour la première fois. Elle songea un instant, le regard poser sur le costume claire que Rampa lui avait offert à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, à adapter par miracle une tenue parce qu'aujourd'hui, une femme portant les habits d'un homme ne choquait plus.
Oui, c'était une bonne solution, se dit-elle en caressant le tissu intacte. Ce ne serait pas son costume préféré, celui qu'elle portait toujours avant, avec cette veste qu'elle avait réussi à préserver pendant si longtemps, avec cette tâche de peinture que Rampa avait effacé pour elle…
Détruire ses habits avait été une des premières tortures, lorsqu'elle était là-bas. Une torture ridicule, vraiment, en comparaison de ce qui avait été fait ensuite, mais cela l'avait blessé aussi surement que le fouet de ses tortionnaires. Ils lui avaient pris quelque chose, à laquelle elle tenait, pour laquelle elle avait fait tant d'effort pour la préservé, l'avait détruit pour la laisser nue, vulnérable.
Aziraphale retira sa main avec un frisson. Non. Ces vêtements n'étaient pas adaptés. Et ils étaient précieux. Mieux valait les laisser là, à l'abri du monde parce qu'elle ne savait pas de quoi était fait l'avenir. Cette peur était ridicule, elle en avait conscience, parce qu'une fois encore, elle était un Archange maintenant, mais c'était plus fort qu'elle.
Au fond du dressing se tenait un grand miroir. Si Aziraphale ne changeait pas souvent de look, elle avait aimée, autrefois, se regarder porter des tenues qui n'étaient plus d'actualité, se remémorant le passée, les bons moments –souvent en compagnie de Rampa-, caché ici, à la lueur d'une lumière artificielle.
Elle se savait être une femme, elle se savait plus petite qu'avant, et il était temps qu'elle apprenne à se reconnaitre.
A suivre...
