!Avertissement! Mention de torture / NC

Chapitre onze : Les blessures de l'âme part 2

D'un pas lent, elle s'approcha du miroir, étudiant son reflet avec un intérêt évident. C'était la première fois qu'elle se voyait en femme après tout. Les traits de son visage était fins, durs car moins ronds que sa version masculine mais aussi, elle n'avait pas mangée depuis si longtemps, cela allait sans doute changer.

Ses longs cheveux, épais, dont les grosses boucles blanches tombaient de manière désordonnées sur ses épaules et dans son dos, étaient presque disproportionnés par rapport à sa taille parce que vraiment, elle était petite, peut-être entre un mètre cinquante et un mètre soixante. Mais elle ne devait pas se plaindre car c'était son choix, inconscient certes, mais le sien, là-bas, au Jasmin cottage.

Aziraphale écarta les mèches épaisses pour étudier ses épaules. Son cou était long, gracile, et les os de sa gorge étaient visibles, presque trop mais une fois encore, elle n'avait plus mangé depuis longtemps, se dit-elle en caressant la proéminence de sa clavicule.

Elle hésita une seconde puis fit glisser les brettelles de sa toge, laissant le tissu tomber à ses pieds et frissonna de se voir nue. Instinctivement, elle se retourna le cœur battant mais elle était seule. Bien sûr qu'elle était seule, qu'elle idiote elle pouvait être.

Aziraphale se mordit la langue pour retenir une insulte à sa propre intention, se trouvant de plus en plus ridicule, puis reporta son attention sur son reflet. Sa poitrine était petite mais mignonne, ronde et ferme comme deux fruits défendus, les aréoles si claires qu'elles semblaient disparaitre sur sa peau pâle. En dessous, ses cotes étaient visible et son ventre plat.

Une nouvelle fois, l'Ange trouva cela étrange, tellement différent de ce qu'avait été son corps d'homme, tout en rondeur, tout en douceur. Ce nouveau corps semblait plus dur, plus rigide, comme du verre ou du métal là où avant il se serait plus comparer à de la guimauve.

Trop petit, trop maigre. Sous cette dureté nouvelle, elle semblait fragile et Aziraphale détestait cela. Elle se sentait l'âme d'une sourie, petite, insignifiante, faisant de sons mieux pour disparaitre de la vue du chat. Même sa voix, pour le peu qu'elle avait parlée, était devenue douce et presque inaudible si elle ne faisait pas un effort conscient pour se faire entendre.

Le reste de son corps était en harmonie avec le haut : ses hanches étaient étroites, ses jambes fines, musclées et entre ses cuisses, il n'y avait… rien. Enfin, une touffe de poiles bouclés aussi claire que sa chevelure mais en dessous, son sexe plat et féminin semblait si inexistant par rapport à avant.

Mais avant, il avait été un homme, se rappela-t-elle en songeant à ce qu'il avait eu entre les jambes pendant six mille ans. Aziraphale avait commis plusieurs pécher au cours de cette longue vie, elle le savait, mais n'avait jamais commis celui-là. Enfin, pas avant d'être emmené en Enfer.

Son corps d'homme l'avait trahi là-bas. Naïf Aziraphale, elle avait appris que le plaisir comme la douleur, pouvait être la pire des tortures, que l'amour plus que la haine pouvait être une arme. Et Rampa… Son image avait été leur marionnette, et tout… tout avait eu lieu sous ses yeux.

S'en fut trop pour l'Ange qui s'effondra en pleur. Ses jambes ne la portaient plus, son corps ne la portait plus, et sa tête se posa avec rudesse sur le sol où elle se recroquevilla, les mains sur sa bouche comme pour essayer d'étouffer ses lourds sanglots.

Ils avaient fait tant de chose, pire que cela, différentes de cela, mais toujours terribles et pourtant, c'était sans doute son plus grand regret. Elle aurait voulue avoir le temps, découvrir ces choses-là avec Rampa, parce que le Ciel en était témoins, elle aimait ce Serpent depuis si longtemps maintenant.

Mais cela n'arriverait jamais. Cela lui avait été pris, comme le reste. Et Rampa savait, Rampa avait vu. Comment pourrait-il vouloir encore d'elle en la sachant si misérable, si prompte à supplier et à apprécier ? Il ne voulait déjà plus la toucher, se dit-elle, accentuant ses larmes en repensant à ce qu'il s'était passé plus tôt sur le trottoir. Et elle, désirait et fuyait son contacte de toute façon.

Cela leur avait été volé, profané et détruit. Il n'y avait pas de retour possible, c'était trop tard. Pleurer ne servait à rien et, Aziraphale, tu l'as choisie, se gronda-t-elle pour essayer de se calmer. Tu es pitoyable.

Ses paroles sévères parvinrent à la calmer. La vérité était douloureuse mais apaisante parce que oui, elle avait choisie. Dans cette église, il y avait plus de trois ans maintenant, alors qu'ils étaient jugés une nouvelle fois. Elle avait prié. Elle avait choisie.

Aziraphale savait depuis longtemps qu'elle était prête à tout pour protéger le Démon de son cœur. Le choix n'en avait pas été vraiment un car qu'aurait-elle pu vouloir si ce n'était protéger Rampa devant l'inévitable ? Un jour, elle devra le dire au Serpent, admettre qu'elle avait fait ce choix pour eux, qu'elle s'était volontairement sacrifié pour le protéger et qu'Elle avait accepté ce sacrifice.

Pas maintenant. Rampa était trop plein de colère à Son encontre pour qu'elle puisse lui en parler. Le Démon l'avait toujours protégé au cours de leurs longue amitié, il le prendrait mal de ne pas avoir eu l'opportunité de le faire encore, elle se savait. Se détournera-t-il d'elle lorsqu'il comprendra que seule sa foi en Elle, en sa prière, lui avait permis de tenir si longtemps ?

Finalement, après plus de temps et de larme qu'elle ne l'aurait voulu, Aziraphale chassa ses tristes pensées de son esprit et se redressa, sans un regard pour le miroir. Elle était vraiment pitoyable à pleurer comme ça pour quelque chose qui ne pouvait être changé. Elle devait l'accepter, c'était tout.

Avisant la toge toujours parterre, elle claqua des doigts pour que le vêtement trouve une place dans son dressing, puis réitéra le geste, faisant apparaitre sur elle un tailleur beige, dont la jupe lui arrivait sous les genoux. Ses pieds jusqu'à présent nus étaient maintenant enserrés dans des mocassins bruns et ses longs cheveux avant libres étaient réunis en un chignon serré. Strict.

Bien. Voilà un problème qu'elle aurait pu résoudre plus tôt si elle avait réfléchie un peu, se dit-elle en sortant du dressing puis de la chambre. Les vêtements miraculés étaient moins confortable que les vrai habits, trop rigide, trop parfait pour un vaisseau mortel mais cela serait bien suffisant pour elle.

De retour au sommet de l'escalier, elle se figea un instant, réfléchissant à ce qu'elle voulait faire.

En trois ans de temps, il avait dû s'en passer des choses, des livres certainement excellents avaient dû être édités. Elle devrait faire des recherches, se renseigner, apprendre ce qu'elle ignorait encore. Ou elle pouvait juste rejoindre son fauteuil dans l'arrière-boutique, lire un livre en savourant une bonne tasse de thé. Ou de chocolat. Oui, le chocolat avait clairement sa préférence.

D'un pas plus léger qu'à son arrivé, Aziraphale regagna la librairie, oublieuse du sentiment de crainte qui l'avait poussé à la fuir plus tôt. Mais le sentiment revint lorsqu'elle se retrouva coincer une nouvelle fois entre les hautes étagères surchargées. Avaient-elles toujours été aussi grandes ?

Mais avant que la panique ne la gagne totalement, son regard se posa sur une boite de carton rose, fermée par un délicat ruban d'argent, et la carte posée dessus, qui attendait sur la table octogonale. Dans l'air flottait une petite odeur de fumée et cannelle. L'odeur des miracles de Rampa, reconnut-elle avec un sourire.

Détournée de sa peur –vraiment ridicule- elle alla se saisir de la carte, un sourire tendre sur les lèvres. Le texte était court, griffonné maladroitement. Rampa n'avait jamais bien écrit mais cette fois-ci, il semblait avoir eu plus de mal qu'avant à aligner les quelques mots. En attendant que je t'invite au Ritz.

L'attention était délicate et Aziraphale sentit son cœur se tordre de plaisir. Malgré tout, malgré ses trois ans bloqués ensemble, le Démon voulait toujours passer du temps avec elle, même si elle se doutait que cela arrive bientôt car maintenant, Rampa devait certainement dormir…

L'Ange reposa la carte et se saisit de la boite. Elle allait se détourner mais se ravisa au dernier moment, attrapant le livre qui trônait au sommet de la pile, celui qu'elle avait étudié plus tôt, avant de se retirer d'un pas plus rapide que nécessaire dans l'arrière-boutique pour s'installer dans son fauteuil.

Ici, la poussière fut rapidement miraculée. Aziraphale, une fois assise, ferma les yeux, savourant le confort retrouvé. Cela lui avait tellement manqué. Un instant bénit, l'Ange pouvait faire comme si de rien n'était, se dire que Rampa allait bientôt franchir cette porte pour l'inviter à l'opéra ou au restaurant, qu'ils iraient nourrir les canards de Saint James Park, que tout allait bien dans un monde renaissant.

Mais trop tôt, le poids du livre sur ses genoux se fit trop grand, désagréable puis douloureux. Une fois encore, elle se souvenait de ce qui avait été fait et d'un geste rapide, inconscient et vraiment stupide, elle le jeta parterre.

- - Tu es vraiment ridicule, se gronda-t-elle, comme si le dire à voix haute le rendait plus vrai encore.

Mais au lieu de ramasser le livre et de commencer à le lire, comme ce qu'elle devait faire, elle s'en détourna pour reporter son attention à la boite posée sur l'accoudoir. Sous le ruban se dessinait le blason d'une pâtisserie française qu'Aziraphale avait souvent visité, avant. Que Rampa s'en souvienne la fit sourire.

Avec délicatesse, elle défit le nœud et souleva le couvercle, révélant un assortiment de pâtisserie plus appétissante les unes que les autres. Les formes et les couleurs, diverses et variées, promettaient un festival de douceur et l'Ange hésita un long moment sur l'ordre à choisir. Puis enfin, elle se décida pour l'éclair au chocolat, parce que le chocolat avait toujours sa préférence.

Elle salivait à l'idée de le manger et son ventre grognait d'une faim métaphorique, parce que son corps n'avait pas besoin de manger, pas plus que de respirer. Avec des gestes délicats, elle approcha la pâtisserie de ses lèvres ouvertes en fermant les yeux…

… Et rejeta le pauvre éclair qui s'écrasa au sol dans un désordre de crème.

Ils lui avaient brisé les dents, arraché la langue là-bas. Plusieurs fois parce que vraiment, c'était étrange de se dire que les Démons n'avaient pas beaucoup d'imagination à répéter toujours les mêmes tortures et paradoxalement, avait une imagination folle pour en trouver des nouvelles plus terribles que les précédentes.

Et ils lui avaient fait manger tant de choses, des choses affreuses, répugnantes, qu'elle avait vomit. Et ils l'avaient obligé à… Ho elle en avait encore le gout sur la langue, immonde, effroyable. La nausée la prit mais avant qu'elle ne puisse céder, des coups violents, désespérés, à sa porte d'entrée la firent sursauter.

A suivre...