Disclaimer : Tout est à Eiichiro Oda!
Rating : T
Genre : Crime
Nda : Ceci est un recueil regroupant les textes écrits dans le cadre du topic le Bordel du Cœur de l'Aurore du Forum de Tous les Périls. Le défi consiste à écrire sur un personnage et un thème donnés en l'espace de 24h. Pour une première fois, je ne me suis pas trop mouillée, j'ai choisi la Chambre d'Emeraude.
Thème : Kaku et ce qui est vérité pour l'un, peut être erreur pour l'autre
L'épée de la Vérité et le poids de l'Erreur
Il est minuit passé et la ville dort.
Caché dans l'obscurité d'une nuit sans lune, Lucci observe sa cible en contrebas. Il s'amuse de la voir avancer en tapinois, prenant mille précautions, mille détours pour rejoindre sa destination, ignorant que tous ses efforts sont vains. Elle n'a pas conscience de vivre ses derniers instants, encore moins de condamner ses compagnons à un sort aussi funeste que le sien.
Quand elle tourne à l'angle, Lucci change de perchoir, saute souplement d'un toit à l'autre, sans un bruit, et continue sa filature. Il attend le bon moment. Celui où la silhouette encapuchonnée révélera l'emplacement de la planque, et des autres.
Sa patience est enfin récompensée lorsque trois rues plus loin, elle s'immobilise devant une impasse exiguë, regarde à droite et à gauche puis, rassurée, s'y engouffre avant de disparaître dans les entrailles d'une vieille auberge par une porte dérobée.
Lucci lève la main. Celle-ci n'a pas le temps de regagner la poche d'où elle est sortie que déjà Kaku apparaît à ses côtés dans un espèce de chuintement soyeux.
– Tu sais quoi faire, dit Lucci, les yeux rivés sur l'allée sombre.
Si Kaku opine de la tête, l'homme-léopard ne le remarque pas. En revanche, il l'entend distinctement utiliser le Geppō pour sauter du toit. C'est une fois le benjamin en position que Lucci se décide à bouger à son tour.
Quand il pénètre dans la bâtisse, les manches de son costume consciencieusement remontées, Lucci sourit. La minute d'après, des cris et des coups de feu retentissent. C'est la débandade. Une symphonie de corps chutant et de râles d'agonie.
Kaku attend à l'extérieur, ainsi que le veut Lucci. Il coupe la retraite aux potentiels fuyards. Il a tout juste seize ans, mais ses compétences ne sont plus à prouver. Il a tué maintes fois déjà ; des pirates, des révolutionnaires, des civils… Tout ceci est la routine pour lui, et cela ne lui fait plus rien de tuer.
Pourtant, quand une silhouette menue surgit dans l'impasse depuis la porte dérobée et qu'il découvre sous le capuchon un visage poupin affolé et larmoyant, Kaku retient sa main.
C'est une enfant.
Une fillette d'à peine douze ans, treize tout au plus, au petit nez retroussé et aux longs cheveux roux. Kaku n'était pas beaucoup plus âgé lorsqu'il a accompli sa première mission et tué son premier homme. Le souvenir le renvoie à un sentiment qu'il s'empresse de balayer de sa mémoire.
En l'apercevant au milieu de l'allée, la gamine a pilé net et se met maintenant à trembler ; la peur précipite son souffle, accélère ses pulsations, dilate ses pupilles, tétanise ses muscles. Elle a compris à l'accoutrement de Kaku que lui et Lucci font partie du même groupe, et qu'en voulant se sauver par la porte arrière, elle n'a fait que se jeter dans la gueule du loup. Elle va mourir, comme les autres.
Kaku peut lire son cheminement de pensée dans ses yeux clairs. Ils se fixent un moment en silence, sans que l'un ou l'autre ne se décide à bouger.
Finalement, Kaku plisse les lèvres et soupire. Il en a tué des hommes et des femmes, mais une enfant, c'est une ligne qu'il ne souhaite pas franchir.
– Va-t'en.
En même temps qu'il s'écarte sur le côté et s'adosse au mur, la petite fille le fixe comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête.
– V... Vous... n... ne... me tuez pas ? bégaie la gamine, la morve au nez.
– Mon collègue s'en chargera si tu ne te dépêches pas. File.
La menace que représente Lucci semble avoir l'effet d'un électrochoc ; la petite fille prend ses jambes à son cou, passant devant Kaku à la vitesse de l'éclair, l'air de craindre qu'il change d'avis, mais lui accordant toutefois un regard de remerciement auquel Kaku ne répond pas. Ce dernier est concentré sur les bruits qu'il ne perçoit plus de l'intérieur de la taverne et sur la légère odeur de fumée qui s'en échappe.
Lucci a fini et il ne va pas tarder à revenir.
Kaku jette un œil en direction de la rue, constate que l'enfant a disparu dans la nuit, puis reporte son attention vers l'auberge, d'où émerge Lucci. Son regard brille de satisfaction, celle du travail bien fait, et d'une autre chose qui met Kaku mal à l'aise. Avant de le rejoindre, Lucci prend le temps de nettoyer ses mains à l'aide d'un chiffon, dont il se débarrasse ensuite en le jetant à l'intérieur de la taverne. Le feu aura bientôt raison de toutes les traces que Lucci aurait pu laisser de toute façon.
L'homme-léopard s'approche de Kaku, balayant l'allée d'un bref coup d'œil. Le benjamin sait parfaitement ce qu'il cherche.
– Pas de corps, note Lucci. Pas de fuyards, donc.
– Aucun, confirme Kaku en détournant le regard.
Une erreur qui le trahit. Lucci attrape durement son menton et le force à le regarder dans le blanc des yeux. Kaku voit alors les pupilles de l'homme-léopard s'étrécirent en deux fines lignes verticales.
Lucci est mécontent, et ça effraie Kaku. Parce que si son collègue n'éprouve aucun remord à tuer femmes et enfants, il n'hésite pas non plus à se débarrasser des éléments inutiles de l'escouade du CP9.
– Vraiment ?
Le ton est froid, glacial même.
– Je… J'ai pas…
– Tu en as laissé filer un, devine Lucci, lequel accentue sa prise.
– C'était qu'une gamine, se défend Kaku.
– Une révolutionnaire, corrige l'homme-léopard.
– Elle n'est pas un danger pour le Gouvernement, soutient courageusement Kaku malgré la peur.
À ces mots, le regard de Lucci se fait si acéré que Kaku s'attend à recevoir un Shigan dans la poitrine d'une seconde à l'autre. Mais Lucci se contente de le relâcher et pour se redonner contenance, Kaku se masse le menton. Il est sûr de garder un bleu.
– Tes émotions faussent ton jugement. C'est là ta plus grande faiblesse, Kaku. Nous sommes des outils. Et les outils n'ont pas d'états d'âme.
Kaku a beau ne plus être aussi naïf et idéaliste qu'autrefois, cela ne l'empêche pas d'être en désaccord avec Lucci, même s'il n'ose le lui dire ouvertement. Avoir des émotions, c'est ce qui le rend aussi efficace en mission d'infiltration, là où leur absence rend Lucci antipathique auprès des personnes qu'il tente d'approcher. Mais ce qui a valeur de vérité aux yeux de l'un n'est qu'erreur aux yeux de l'autre.
La nuit continue d'étendre son voile noir, pourtant dans le quartier sud, l'on peut voir comme en plein jour. La taverne s'est transformé en brasier, chassant l'obscurité et jetant des reflets rougeâtres sur les façades des maisons alentours. Ici et là, des lumières s'allument aux fenêtres, des portes s'ouvrent, des cris d'alarme retentissent. La ville se réveille en sursaut ; il est temps de mettre les voiles.
– Retourne au bateau, ordonne Lucci tandis qu'ils s'éclipsent par les toits. Je te rejoindrai plus tard.
– Où tu vas ?
Lucci ne prend pas la peine de répondre. Cependant, le bref regard qu'il lance à Kaku ne laisse planer aucun doute sur ses intentions.
Je vais réparer ton erreur.
Pas joyeux, joyeux tout ça... Un petit chocolat ?
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