Chapitre 45
Si c'est vous notre culture ...
1 novembre


Je me sens comme une gamine dans un magasin de jouets.
Il y a plein d'odeurs de partout, mais aussi de couleurs qui attire mon regard. Il y a des stands de nourritures, préparés ou fraiche, des stands de bijoux, des stands de tissus et ça fourmille de partout, les nains allant d'un stand à un autre, les vendeurs hurlants à qui voudra les bienfaits de leur produit.
Dori et Bilbo sont à un des étalages, à parler commerce avec l'un des marchands. J'ai écouté distraitement au début, puis à force de regarder tout sauf là où on est, j'ai commencé à vagabonder autant physiquement que mentalement.
Je donne un compliment à un vendeur de tissus après avoir touché un tissu aussi doux que de la soie, mais aussi épais que de la laine. J'ai aucune idée de ce que c'est, mais je l'adore et après quelques négociations, je suis capable d'en commander une quantité que le vendeur m'assure être suffisante pour un manteau de couleur violette. Ça sera livré à l'appartement de Bilbo sans soucis. J'ai déjà l'idée de demander de l'aide à Bilbo et sans doute Dori pour en faire un genre de poncho. Il commence à faire frais les soirs et j'aimerai un pull d'intérieur pour quand je m'active loin du feu. Pis me faire plaisir, aussi. J'ai pas tellement à me soucier du coût et je participe à l'essor d'Érebor d'un côté, personne ne peux me le reprocher.

Je me retrouve assez facilement perdu au milieu de la foule. On est en début de soirée, il y a eu un roulement dans la mine il y a une petite heure. J'ai l'impression qu'au moins la moitié de la montagne est présente sur le marché. Les humains sont partis il y a peu et de nouveaux stands se sont vu monter. Malgré l'amitié entre Däle, Lacville et Érebor, il y a encore des trucs que les nains ne veulent pas exporter pour le moment (et les trucs secrets qui se feront jamais exporter, je suppose).
Maintenant que j'ai fini mes emplettes, je tente de lire les tresses et tenues que je peux examiner discrètement pour tenter de deviner le rôle social de certains nains. C'est un bon exercice.
Au moins, ça m'occupe en attendant que Bilbo ai fini pour que je puisse le traîner acheter de quoi faire une tarte salée pour mon repas de midi (il a promis de m'aider à me faire une tarte au poireau).
Ce soir Bifur, Bofur et Ori n'ont pas besoin de mon aide pour la boite à musique, Ori n'a pas le temps de m'aider avec mes runes, j'ai déjà fait mon dernier tours à l'écurie donc on a pas besoin de moi là-bas et j'ai pas envie d'être enfermé dans l'aile royale. Comme je veux pas non plus rester seule, j'ai suivi relativement sagement Bilbo. Et me voilà au marché !

Un nain passe devant moi avec une couleur de cheveux quasi identique à celle de mon cher et tendre et je me demande ce que fais Nori. Comme souvent, il est introuvable et comme souvent, je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'il fait exactement. J'ai beau savoir qu'il est l'espion de la montagne et de notre bon roi Thorïn, je peux pas m'empêcher d'être curieuse. Qu'est-ce qu'il fait de ses journées ? A quoi ça consiste ? Est-ce qu'il fait style d'être mentaliste ? Ou est-ce qu'il a juste les oreilles qui traînent ? Je souffle en me secouant la tête, faisant style de replacer mes cheveux pour cacher le mouvement insolite. Ma curiosité me tuera un jour (AH !). J'espère qu'un jour, quand il prendra sa retraite par exemple, je pourrai poser toutes mes questions ! En attendant, je demande juste le minimum syndicale pour savoir à quoi m'attendre grossièrement.

J'arrête là d'observer les nains s'affairer autour de moi et retourne m'extasier sur l'un des stands. Je m'apprête à demander le nom du vendeur qui je pense plairait à Bilbo pour son travail de bouton en métal avec des fleurs, quand je remarque enfin que dans le brouhaha autour de moi, il y a mon nom que j'entends. Je regarde vaguement vers mon épaule la foule. Je ne parle peut-être pas khuzdul, mais il y a quelques mots que je reconnais ici et là et je suis étrangement capable de lire la situation. Faussement caché par leur mains, il y a plusieurs nains qui me pointent du doigts et discutent dans mon dos. De manière négative. Je m'empêche instinctivement de grimacer et fait mine d'ignorer la situation. Si ça se trouve, c'est juste en relation au fait que pas mal de gens savent que je suis désormais fiancé (ou presque) et c'est totalement innocent. Il y a bien des ragots dans les villages, pour quoi pas dans une montagne naine ?
Enfin, c'est ce que je me dis pour me rassurer jusqu'à ce qu'un des nains d'un des groupes finisse par s'approcher de moi et me prenne à partie, me faisant me tourner vers lui.
" Tu n'es certainement pas la Charlotte Devoe des légendes. "
Des légendes ? Qu'est-ce que quoi le fuck ?
" Quoi que semble penser la compagnie, elle est morte. On ne revient pas à la vie. "
Il s'adresse à moi comme si j'étais une crotte collée à sa chaussure et derrière lui, d'autres nains acquiescent de manière dédaigneuse.
" J'ai vu son cadavre être déposé au pied de la montagne. " hurle quelqu'un dans la foule qui continue de se former autour de nous.
Je suis catatonique pendant quelques secondes. La foule de nains n'a pas l'air belliqueuse et je n'ai pas l'impression qu'on va m'agresser autrement que verbalement, mais ... j'ai quand même les mains qui tremblent, entre le choc et la peur. Ce ne sont pas des orcs, j'ai affronté bien pire. Je peux me défendre contre quelque mots mal intentionnés.
" Je suis bien morte. " j'annonce d'une voix aussi ferme que je le peux. " Oromë et Épona ont jugé bon de me ramener à la vie. La compagnie me connait, j'ai voyagé avec eux pour reprendre Érebor, mon frère Bilbo me connait encore mieux que la compagnie de Thorïn. Je suis Charlotte Devoe. "
Ma dernière phrase est presque hurlé. Le marchand autour duquel nous sommes situés a déguerpi, j'ose espérer pour appeler la garde ou trouver quelqu'un pour m'aider. La foule est compacte autour de nous. Je me force à respirer calmement. Une crise de panique causée par de l'agoraphobie c'est pas ce qu'il faut en ce moment.
" Si notre Roi sous la montagne m'a reconnu, qui êtes-vous pour douter de sa parole ? " je continue. Je n'ai pas d'argument pour prouver à des inconnus que je suis bien moi, mais qui serait assez idiot pour remettre en doute la parole de la compagnie et surtout de notre Roi ? Mon argument fait mouche et si certains nains restent dubitatifs, certains semblent hocher la tête comme si j'avais raison. Bien sûr que j'ai raison ! Mais c'est toujours dur de convaincre qui ne veut pas entendre la vérité ou un avis divergent du sien.
" Les morts ne reviennent pas à la vie. " assène le nain, maintenant énervé, qui s'était adressé à moi en premier. Le plus courageux ou le plus énervé, visiblement. " Tu n'es là que pour t'anoblir, infiltrer notre montagne et rapporter aux autres hobbites ce que tu apprendras pour profiter de la grandeur du peuple Nain. On a bien vu ton comportement avec le reste de la compagnie lors du banquet d'hier. Tu n'es qu'une catin qui tourne autour d'eux et profite du Grand Nori. On t'a vu comploter avec Thranduil. En public ! " avec ça il crache à mes pieds.
" Quoi ?! " je suis plus choqué de ce qu'il pense tout haut que de son comportement. Les yeux piquants je vois que d'autres nains dans la foule acquiesce. C'est ça qu'on pense de moi ? On me voit comme une hobbite opportuniste ?
" Je ... " je balbutie. " Non. Je suis Charlotte Devoe. J'aime Nori du plus profond de mon âme et je n'ai pas traversé deux fois Arda en longueur pour qu'on me dise ça. " je m'insurge, avant de faire demi-tour brusquement en bousculant presque des nains dans ma hâte de quitter le marché.
Je ne devrais pas fuir. Cela ne fera que les conforter dans leur idée, mais je ne sais pas quoi dire, quoi faire. Je n'ai pas aidé à reprendre un royaume nain, aidé Thorïn à ne pas tomber dans la folie du mal du dragon, ne suis pas morte pour sauver Thorïn, Fíli et Kíli puis ne suis pas revenu à la vie pour aider à la destruction de l'Anneau Unique pour qu'on me prenne à partie et m'insulte de tel façon. Certes, je ne m'attendais pas à des éloges du tout venant, mais une relative bonne entente poli c'était trop demandé. Je m'essuie les joues rapidement dans une rue déserte. Je pleure silencieusement. Un mélange d'adrénaline qui redescend et de ... tristesse d'avoir à faire face à ce genre de comportement, je suppose.
Hier les nains étaient nombreux à me féliciter ... Ce qui veut dire que toute la montagne ne m'est pas hostile, hein ? Et Nori, en tant qu'espion m'en aurait parlé, non ? Ce n'étais sans doute qu'un groupe marginal. Si l'opinion publique à mon égard était si mauvaise, bien sûr que Nori m'en aurait parlé. Ou quelqu'un de la compagnie. Je ferme les yeux pour respirer calmement et vérifier qu'on ne voit pas que j'ai pleuré. Il ne s'est rien passé. Juste quelques mauvais mots. Ce n'est rien. Pas besoin d'inquiéter Bilbo, Nori ou ses frères ou même le reste de la compagnie. Je n'aurais qu'à dire que je me suis perdu sur le marché, c'est ce qui s'est passé après tout juste avant ça.


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