Chapitre 46
… je n'en veux pas.
10 novembre
Ces dix derniers jours, je fais plus attention à mon environnement. Pas à la montagne en elle-même (même si je continue de l'admirer), mais plus à sa population. Quand je suis avec la compagnie, les nains sont aimables, presque avenant selon avec qui je suis. Quand je suis avec Bilbo, les nains sont plus réservés, mais polis. Il faut dire que Bilbo est du genre over méga poli, les nains apprécient et lui rendent. Et quand je suis seule ? Eh bien, les nains m'évitent. Pour pas dire que certains sont carrément hostiles à me fusiller du regard ou à faire demi-tour quand ils me voient venir vers eux.
Seuls les nains à l'écurie me sont ouvertement neutre. Scili de son côté continue d'être présente avec sa bonne humeur et égale à elle-même à m'inculquer chaque jours plus que ce que je ne retiens. Elle rabâche cependant avec plaisir jusqu'à ce que je sois capable de lui réciter mes connaissances tel un réflexe pavlovien. C'est une étrange façon de m'apprendre oralement les choses, mais ça permet de continuer de travailler en même temps (et ça occupe bien quand on cure les box ou les allées) et étrangement, quand elle me dit que c'est la façon dont les nains apprennent le mieux ... Je la crois. Surtout que c'est pas comme si j'avais une montagne de livres auprès desquels me référait si j'ai le moindre doute et pas de Scili sous la main.
Pendant que je constate que la montagne ne m'a pas aussi bien accepté que j'en avais l'impression, une question me turlupine : depuis quand ? J'ai beau être une grande Bisounours, je savais bien que tout le monde ne m'adorait pas, loin de là, mais j'étais sous l'impression que j'étais toléré au moins. Personne n'avait été ouvertement impoli ou effrayé par ma présence. J'ai dit effrayé ? Peut-être pas le bon mot, mais je vois de plus en plus de nains me fuir quand j'arrive vers eux et que je suis seule et je ne peux m'empêcher de penser que c'est ça. Alors qu'à part être mon habituel politesse (de mon monde certes, mais je pense pas être si impoli que ça), je n'ai pas eut la moindre mauvaise onde envers mon peuple d'adoption.
La situation globale me laisse donc perplexe.
Si le soir-même de l'altercation j'avais prit le parti de ne pas en parler ouvertement, ne voulant pas inquiéter ma famille ou crée des dramas inutiles, depuis, j'ai quand même aussi discrètement que je le peux demandé à mi-mots à Bilbo ou la famille Ri si la montagne n'aimait pas les hobbits, s'il y avait des mouvements de mécontentement ... Bilbo m'a assuré que les nains étaient oui, un peu méfiants de notre statut de nain honorifique, mais qu'il avait toujours une très bonne réception et une bonne réputation. Autant dire que mon frère ne subit aucunement les mêmes comportements que j'ai. Dori pense que c'est peut-être mes robes qui sont un peu trop légères en tissus et subtiles en décoration ? Mais il dit lui-même que je ne suis pas une naine, donc que vouloir que je ressemble physiquement à une naine est idiot et que les fashionistats s'habitueront à mon style (mes mots, pas les siens, c'est ce que j'ai paraphrasé de son laïus de presque un quart d'heure, avant qu'il ne me rassure sur le fait que j'étais une belle jeune femme qui ne devrait pas écouter les colibets et douter de moi, merci grand-frère par alliance). Ori ne voit pas de différence de traitement entre moi et Bilbo.
La réaction la plus intéressante est Nori.
Dès le lendemain de l'altercation, il m'a posé quelques questions sur le papier innocentes. Est-ce que j'aurais insulté quelqu'un au marché ? Est-ce que j'aurais remarqué des comportements anormaux ces derniers temps ?
Bien sûr que je ne lui ai pas menti, mais je n'ai pas voulu incriminer qui que ce soit non plus et ait peut-être été un peu vague sur les détails. Après tout, à part me faire insulter de pute (métier tout aussi important qu'un autre et qui ne devrait jamais être utilisé pour rabaisser quelqu'un), il ne s'est rien passé ? Oui, je suis secoué. Évidemment. Mais, je veux dire, il n'y a rien eut ? Ce ne sont que des mots qui ne m'ont même pas vraiment atteinte. Je sais que je suis moi, je sais que je suis morte (deux fois) et je sais que je suis revenue à la vie (deux fois, en plusieurs morceaux la première fois).
Pis bon, je dis que la montagne m'est hostile, mais encore une fois, il ne s'est rien passé. Et si un jour par malheur, quelque chose devait se passer, j'ai le soutien de ma famille et de la compagnie qui, je le sais, me défendront sans problème d'une façon adaptée. Ils ont toutes ma confiance, je sais qu'ils sont là pour moi de la même façon qu'ils ont été là pour moi par le passé, que j'ai été là pour eux dans le passé et que je serais là pour eux dans le futur. On est une drôle de famille, mais nous sommes une famille.
Du coup, je fais joyeusement l'autruche et fait mine que rien n'est différent d'avant ma découverte au marché.
" Charlotte ? " me demande soudain Ori et je cligne des yeux, quittant du regard le feu.
" Qu'est-ce qu'il a le feu ?
- Rien. Pourquoi ?
- Oh, ça fait juste vingt minutes que tu le regardes comme s'il avait les réponses de l'univers et qu'il serait capable de te les communiquer.
- 42.
- Hein ? " demande Ori, mais aussi Bifur et Bofur qui lève la tête de leur papier sur lequel ils étaient visiblement occupés à mettre au propre des plans techniques.
" La réponse à la vie, à l'univers et tout ça, c'est 42. " j'explique, sans vraiment expliquer.
Bifur hoche les épaules et retourne à ce qu'il faisait. Bofur et Ori me regardent quelques secondes étrangement, avant de secouer leur tête en souriant. Leur réaction face à des références qui leur sont obscures me fera toujours rire et c'est partiellement pour ça que de plus en plus souvent, j'ai presque pas envie d'expliquer plus en détail. Parce qu'un jour, ils connaitront tous toutes mes références et je n'aurais plus mon quota de fun avec ça. Ce sera un jour triste quand ça arrivera, le jour où ils connaîtront tout de mon monde et/ou que je n'arriverais plus à me souvenir d'autres choses à leur partager.
" C'est une œuvre célèbre de mon monde, qui a même été adaptée en film. C'est la même œuvre qui a la chanson Merci pour le poisson. " je commence à expliquer, parce que je suis toujours partante à me rattacher comme je peux à mon ancien monde, même s'il ne me manque pas vraiment, j'ai toujours quelques pointes de nostalgies et j'aime leur montrer mes aspects préférés.
Sans trop de surprise, mes explications sur le super-ordinateur et sa célèbre réponse font qu'un mini-débat se fait sur "quel est le sens de la vie" (vers la droite selon moi), quel question a pu donner un chiffre en réponse et avant que j'ai vraiment compris comment, il y a une joute philosophique entre Bilbo, Bofur et Thorïn. Si la discussion semble se tasser, Gimli et Kíli sont bons joueurs et lancent ce qui semble être une absurdité, mais qui est prit au sérieux par les autres et la discussion reprend de plus bel. Discrète dans mon coin, je ne peux m'empêcher de rire en commentant à mi-voix avec Ori et Nori les arguments qui me semblent les plus intéressants.
Un énorme sifflement nous fait tous nous taire soudainement et nous tourner vers Bifur.
" Oh. " souffle-t-il, avant de bouger sa main et reproduire le même son.
Je pouique de joie et saute presque à ses côtés pour le prendre dans mes bras.
" Tu as réussi ! Bravo ! " je le félicite.
Aujourd'hui avec Bofur ils avaient enfin réussi à faire un mécanisme de soufflerie pour notre projet (leur projet, véritablement) de boîte à musique. A ce stade, la boite à musique consiste à un genre de flûte de pan avec plusieurs flûtes qui chacune produise un son différent, dans une boite avec dedans des genres de sac accordéons relié à une manivelle qu'on tourne et qui dans la théorie devait actionner un ou plusieurs flûtes. Sauf que jusque-là les nains avaient des soucis de pressions ou je ne sais pas trop quoi et certes de l'air passé, mais ça ne faisait pas sonner de note. J'avais honnêtement aucune idée d'où pouvait venir le soucis et malgré mes bonnes intentions, j'ai toujours pas été fichu de retrouver dans ma mémoire plus d'informations sur le fonctionnement des boites à musiques pour aider. Pendant notre débat visiblement Bifur a réglé le soucis !
Ce qui rends joyeux toute la compagnie, mais surtout Bofur et Ori qui s'empresse de discuter des changements, de les noter sur leurs papiers et de commencer à discuter de comment intégrer à la machine un cylindre pour pouvoir ne jouer qu'une note à la fois et donc, faire de la musique et pas juste un horrible sifflement indistinct.
Je pense que les trois ingénieurs auraient été ravis de continuer toute la soirée à bricoler le prototype de boîte à musique, si Thorïn ne les avait pas forcés à boire avec nous pour célébrer leur progrès (et faire une pause).
C'est assez formidable de les voir avancer, parce que je connais pas l'histoire des instruments de musiques, mais mes connaissances des petites boites à cylindre de quand j'étais petite, des orgues de barbarie et autres connaissances acquise ici et là au hasard de mes cours de musique au collège ou de ma vie dans sa globalité semblent suffisante pour faire avancer le schmilblick. À ce stade, j'ai plus trop de doute qu'on ait des boites à musiques en Arda dans un futur pas si lointain. C'est magique.
Le lendemain, pendant que Bifur et Bofur soulève le défis technique de crée des genres de marteau pour flute pour boite à musique, c'est Ori et Bilbo qui sont chargés de me soudoyer à l'aide de petit gâteau pour retranscrire en note quelques airs de mon monde qu'ils apprécient.
Au-delà du fait que selon moi je chante comme une quiche et suis incapable de retranscrire la moindre note que j'entends, il y a le fait que la notation de mon monde en Do Ré Mi Fa Sol La Si Do et même celle anglaise que je connais que parce que c'est celle utilisé pour accorder une guitare et que je sais être en lettre dont je me souviens jamais de l'ordre ... bah en Arda ils utilisent même pas ça ! Les partitions sont même pas les mêmes et globalement, je suis incapable de lire ou comprendre leur notation musicale.
Autant dire qu'encore une fois, je me sens bien inutile pour les aider véritablement et me contente de répéter mes chansons (ou des bouts de chansons) en boucle pour les aider du peux que je le peux, parce que visiblement, les hobbits et les nains notent leur chanson de la même façon.
De mon côté, j'ai mon propre challenge de retranscription.
J'ai Scili en proffesseure et mes propres livres, mais je me suis vite aperçu que les croquis des livres pour expliquer les choses sont ... comment dire ça gentiment pour les artistes originaux ... Bah c'est pas super simple à comprendre et à suivre ! Bon, là c'est mon esprit moderne d'élève graphiste qui a bossé dans le monde de l'édition avant de devenir artiste-illustratrice qui parle, mais la plupart des illustrations dans mes livres sont soient fait par des artistes qui ont dû jamais approcher un cheval ou un bouc de leur vie, soit par des artistes qui ont préféré faire une belle oeuvre plus qu'aider les élèves qui liraient les livres. A force de râler sur le sujet, Scili a prit les choses en mains, a prit un des croquis que j'avais fait pour m'aider, m'a frappé l'arrière du crâne avec et m'a presque engueulé que, je cite : " au lieu de râler en boucle, fait quelque chose pour changer ça. Tu es une érudit oui ou non ? Tu sais faire des schémas oui ou non ? Sors tes crayons, montre ce que tu fais au Seigneur Ori, voir au Seigneur Bilbo, et voit pour sois ré-éditer ses livres ou au moins te faire ta propre version des livres avec tes illustrations et annotations ! "
Non, l'auto-publication n'était pas dans mes projets, mais maintenant que Scili m'a mit l'idée dans la tête ... Dès que j'ai un moment de libre en journée, je retranscris donc un maximum de mes notes au propre, réécrit des passages de livre et refait des illustrations. Pour le moment, que pour moi, mais avec l'aide d'Ori et Bilbo, peut-être qu'il y aura une copie dans la bibliothèque d'Érebor ? En tout cas, niveau droit d'auteur, Ori m'a assuré que j'en avais le droit de corriger l'oeuvre de quelqu'un et que pour ma tranquillité d'esprit il contacterait les ayant droit s'il les trouve pour m'autoriser à publier véritablement les livres sous réserve que je trouve un copiste prêt à en faire des copies.
Qu'est-ce que le temps libre ?
Entre mon travail d'éleveuse royale, l'entretien de notre foyer avec Bilbo, le temps que je consacre pour aider Ori, Bifur et Bofur avec leur boite à musique, mon apprentissage avec Scili, le temps que je réserve à la compagnie le soir pour être avec eux et les tâches qui découlent de tout ça à droite et à gauche ... Nope, j'ai presque pas de temps mort pour moi. Enfin, sauf peut-être mes nuits avec Nori. Bref, pas le temps de lézarder !
Pour le moment je me tiens à mes 1k6 par jour ! Un chapitre par jour, vous appréciez j'espère ^^ ?
Le prochain arrivera p'tet pas demain. C'est le dernier de l'acte 8 et il va être un brin galère à écrire (et long), donc possible que je saute la publication de demain pour me laisser plus de temps de l'écrire.
