Chapitre 50.
Tu fournis l'envie, je fournis la rancune
21 novembre


Au réveil, je mets quelques minutes à capter pourquoi je suis aussi légère de la tête.
J'ai super mal dormi et je me sens vaseuse, comme si j'avais pas dormi du tout. J'ai cauchemardé de Bolg et de mon agresseur dont j'ignore le nom. Je me frotte les bras quelques instants pour chasser les dernières traces de mes cauchemards et me relove contre Nori.
Qui est encore là et pas partie avant mon réveil.
Cela fait quelques temps qu'il n'est pas resté toute la nuit, je note de façon absente.

Il m'aide à trouver une coiffure qui ne soit pas ridicule avec ma nouvelle coupe de cheveux et qui me permettent d'afficher quand même mes tresses de statut sociale et genre. Il va me falloir quelques temp à m'y faire, mais grace à lui j'ai quelque chose de presque classe.
Je dis presque parce que je refuse d'admettre que peut-être j'aime mon demi crâne rasé.

Un toc-toc nous perturbe dans le silence confortable dans lequel on s'était installé.
" C'est Dori, je sais que Nori est déjà là. Je peux entrer ?
- C'est demandé si gentiment, bien sûr ! Entre ! " je l'invite, après un rapide coup d'oeil à Nori que j'aide à coiffer de sa coiffure habituelle.
" Je viens t'aider à te préparer. " explique Dori.
" Pourquoi ? " je demande, curieuse.
" Oui, pourquoi ? " rajoute mon amoureux, tout aussi pas au courant que moi pour une fois.
" Personne ne veut assurer la défense des accusés, le jugement est ce matin. "

Rapidement, je suis mise dans une robe de la Comté qui selon Dori me mets le plus en valeur. Nori a vérifié trois fois que j'avais bien mes deux couteaux dans mes poches, ainsi qu'un mini-kit de secour. Cela alourdit mes poches, mais allège sa conscience, donc je le laisse faire avant de lasser mes doigts aux siens.

Au petit-déjeuner, personne ne parle vraiment, passé Thorïn qui annonce l'heure du jugement. Je suis affalée contre Bilbo et je bois mon thé. Je me suis forcé à manger un bout, mais ça s'arrête-là. J'ai l'estomac trop noué pour pouvoir déjeuner correctement. Bilbo semble le comprendre puisque pour une fois il ne me force pas à manger plus que ça. Il se contente de se concentrer sur sa propre assiette et sur le fait de ne pas trop bouger pour ne pas me déloger.
C'est rare que la compagnie soit aussi sérieuse.
Balïn, Dwalïn et Thorïn sont occupé par des liasses de documents.
Ori de son côté fait quelque chose sous la table, sous le regard de Bofur et Dori qui lui pointe des choses de temps à autres. Ma curiosité et le silence autour de la table fait que pas mal de mon attention lui est portée.
Je me demande ce qu'il fiche exactement.

Vers la fin du petit-déjeuner, quand Thorïn et Balïn sont déjà partie, j'ai ma réponse puisqu'Ori se râcle timidement la gorge et me tends quelque chose.
J'observe dans ma main un bracelet de mes cheveux tressés, avec une ouverture en métal finement ouvragé en entrelac. La tresse utilisé est celle des guerriers et voir mes cheveux tombés avec cette tresse en particulier déclanche chez moi un rire. Je m'y attendais pas.
Le cadeau est cependant apprécié et je commence à le mettre à mon poignet, avant qu'Ori m'aide à le fixer et l'ajuster pour qu'il tienne correctement à mon poignet.
" Tes cheveux n'ont pas été coupé pour te porter honte, je me suis dit que c'était mieux que tu continues de les porter d'une manière ou d'une autre pour rappeler aux autres nains que tu t'es sortie d'une confrontation contre plusieurs nains sans d'égratinure autre que la perte de quelques cheveux. " m'explique-t-il à mi-voix pendant que je contemple autant le nouveau bijou acquis que l'idée qu'il représente.
" J'aime ce message. " je murmure. Surtout que ça me rends plus badass que je ne le suis en réalité, parce que soyons franc c'était plus de la chance que du skill.
" Tu as trouvé où les cheveux ? " je m'inquiète un peu que ça soit ceux qui ont trainé dans la rue dans je sais pas quel condition, même si l'objet a l'air super propre.
" Dans la poubelle de la salle de bain, Bilbo me les as apporté. " explique Ori qui se tourne vers Bilbo.
" Les cheveux c'est important pour les nains, même si c'est pas notre culture je voulais donner la possibilité aux autres d'en faire quelque chose. Un genre de deuil, je pense ? Je sais pas ce que j'avais exactement en tête, mais le résultat est étrange, mais de meilleur gout que ce que je craignais. " rajoute Bilbo pour se justifier.
" Maintenant, il en manque un autre pour faire un bracelet de l'amitié avec Nori et Bilbo. " je m'amuse, avant de rire quand je vois Ori sourire et présenter un autre bracelet à Nori.
" Désolé Bilbo, j'ai pas eut assez de cheveux pour un troisième bracelet. " s'excuse le scribe.
" Oh, non ! Pas d'offense, mais je trouve ça barbare. Je ne me sens pas du tout laisé de ne pas avoir de bracelet de l'amitié en cheveux de ma soeur. "
Ce qui me fait rire de plus belle.

Notre bonne humeur, aussi rapide fut-elle arrivé, repart tout aussi vite : le déjeuner est fini, les cloches de la montagne viennent de sonner 7h30. C'est l'heure de se rendre au hall de justice. Je traine presque des pieds pour y aller, même avec le soutien psychique et physique de Bilbo et Nori qui me tiennent chacun une main.

On aurait pu appeler le Hall de justice un colisée.
Tout creusé dans la montagne en elle-même, étrangement intact de toute trace de gradon (sans doute parce que la porte est trop petite pour autre chose que la tête de Smauf et parce qu'il y a aucune trace de pierre précieuse ou autre objet de valeur). Il y a un genre de dais un peu surélevé sur le sol au centre de la pièce, avec un genre de table en arc de cercle et tout autour de ce centre, s'élève des étages de banc. Il y a déjà de la foule d'installer dans les étages, assis pour la plupart sauf pour le dernier étage où tout le monde est debout. Nori me laisse seule avec Bilbo.
Heureusement, Dwalïn lui-même vient nous chercher et nous accompagner au tout premier rang, au côté d'Óïn qui est déjà installer.
Pendant que les sons de discussions résonnent et que tout le monde s'installe, j'observe. Je suis littéralement au centre des attentions, ou presque puisqu'il y a un second point d'attention sur le dais centrale où des gardes se positionnent. En les observant s'installer dos au dais, je remarque enfin qu'il y a un promontoir avec une table. Je sais pas comment ça s'appelle, mais clairement, c'est l'endroit où se trouve le jury, le juge et ... Visiblement chez les nains, un marteau qui fait presque ma taille. J'espère que c'est décoratif. Parce que si c'pas le cas, je plains le nain qui doit manier l'objet.

Quand huit heure sonne, j'entends plus que je ne vois la grande porte en pierre de la salle se refermer.
Avec ça, Thorïn, Fíli et Fíli, ainsi que Balïn et d'autres nains que je sais faire partie du conseil monarchique de la montagne s'installe à ce que j'ai surnommé le barreau du juge.
Thorïn annonce alors en Khuzdul qu'il fera en sorte d'être aussi juste que Mahal et fait, de manière générale, pas mal de rond de jambe pour annoncer le topic du jour : mon agression et le jugement de mon agresseur.
Je me concentre comme je peux sur ce qu'il se découle, mais mon khuzdul n'est pas aussi bon que je l'aimerai et même en demandant des traductions de temps à autres à Bilbo et Óïn, j'ai du mal à suivre.
En résumé, pas mal de témoins se succède. Des gens qui étaient là lors des deux agressions (celle du marché et celle d'hier), des gens qui ont juste vu (ou entendu) dans les espaces publiques de la deffamation à mon égard ou des machinations quelconque pour tenter de trouver quelqu'un pour entendre que je ne suis pas Charlotte Devoe et aussi la compagnie qui jure sur l'honneur de Mahal que je suis bien Charlotte Devoe.
Quand Nori me disait de pas m'en faire parce qu'il avait plein de témoins ... J'aurais dû le croire encore plus, parce qu'il y a bien une cinquantaine de personne qui passe sur le dais centrale dire ce qu'ils ont vu de manière neutre. Même Scili est passé dire de façon très neutrale qu'on l'a approché pour qu'elle se méfie de moi, mais qu'elle a refusé d'écouter et a continué à travailler avec moi.
Il n'y a que Bilbo qui a laissé une petite pique " Si elle a été reconnu par treize personnes qui l'ont connu de son vivant, je vois mal comment quiconque aurait pu douter de son identité. "
Bon, il aurait bien continué, mais Balïn a vu le coup venir et l'a remercié gentiment (il l'a jeté poliment quoi).

Après tout ça, Thorïn m'a invité à venir au milieu.
Au coeur de tous les regards, les mains torsadés dans des plis de ma robes, je suis restée droite et n'ai pas quitté Thorïn du regard pour expliquer avec autant de détail que j'ai pu la rencontre au marché et l'excalade jusqu'à hier. Je tente de rester neutre dans mes choix de mots, mais je trébuche sur certains et à de multiple reprise me rends compte que j'ai été trop personnel ou pas assez détachés pour donner les faits sans biais.
J'espère que le fait que je témoigne en commun dans un procès en khuzdul ne va pas jouer en ma défaveur.

Quand je retourne m'asseoire après qu'on m'ai remercié, j'ai bien envie de disparaitre, avalé par la montagne et d'hiberner pendant quelques années.
Bilbo me prends la main dans la sienne et je la serre contre mon autre main, contente de ne pas être seule.

Viens le tour de mes agresseurs.
D'abord ceux qui n'ont fait que parler et regarder.
Puis ceux qui faisait partie du cercle d'hier et ont participé activement au duel sans en faire partie directement.
Et enfin, mon agresseur.
Si la plupart son venimeux, mais résigné, mon agresseur est vindicatif et encore prêt à en venir au mains, malgré un oeil au beurre noir qui n'était pas là hier et des nouvelles blessures légères. Je sais pas à quoi c'est dû, mais Dwalïn a un sourire bien particulier quand il le regarde. Globalement, tout concorde avec ce que j'ai pu dire ou les témoignages des nains passés avant moi et le verdict est formel, sans trop de rebondissement : je suis bel et bien la victime de l'affaire.

Le jugement est rendu dans une cacophonie écrasante puisque c'est Thorïn lui-même qui rase les barbes de mes agresseurs et bannis celui qui m'a tenu en duel.
Visiblement, il n'est pas banni que de la montagne, mais de tout peuple nain.
C'est en tout cas ce que laisse entendre le discours prononcé par Thorïn, je suis pas sûre si j'ai bien compris ou s'il s'agit juste d'une figure de style ...

Je regarde de façon dépassionné la scène se passer.
Je devrais sans doute être soulagé de ne plus avoir à savoir que je vis dans la même montagne que mon agresseur ou savoir que je suis maintenant protégé par un antécédant judiciaire qui montre que je suis bel et bien protégé par la compagnie. Je devrais sans doute être jubilante de voir mes agresseurs punis. Il y a sans doute plein de sentiment qu'une victime devrait ressentir lorsque jugement est rendu en sa faveur.
Détaché, je n'arrive cependant pas vraiment à digérer et je me demande pourquoi est-ce que je me sens si vide. Au moins je suis moins stressé que ce matin. Toujours ça de prit.

La compagnie par contre semble ravis de la situation. Sans doute heureux de rattraper l'impression d'inaction qui les rongés jusque-là. En tout cas, c'est l'impression que j'ai avec Nori que je connais le mieux, mais je pense que ça s'applique à toute la compagnie.
C'était important pour eux que je sois reconnu publiquement comme victime et vengé dans la foulée.

C'est en tout cas une conclusion satisfaisante et je le vocalise au repas du soir en présentant une tarte salé de ma confection. Enfin, trois tartes, mais trois fois la même. Bref, détail.
" Surtout, je voulais vous remercier d'avoir remué ciel et terre pour trouver autant de témoin et d'avoir organisé pour moi ma défense, j'ai littéralement rien eut à faire et ça c'est fait très vite de façon efficace. Merci d'être une super famille. "

Et c'est pas parce qu'ils disent que c'est normal, qu'il m'apprécie et que je ferais la même pour eux que je ne suis pas particulièrement reconnaissante d'avoir autour de moi autant de gens géniaux et sincère à mon égard.
Je suis bien tombé (sans trop de jeu de mots).