Chapitre 51
N'est pas peur du noir, car l'obscurité n'est que la lumière qui sommeil
22 novembre


Mon absence d'hier aux écuries est étrangement inremarqué.
Quand j'arrive ce matin aux horores, on ne dirait pas que j'ai été absente et tant mieux. Les chevaux et chèvres sont nourris, leur box aussi propre qu'un box peut l'être en étant habité, le planning a été respecté et coché par les nains correspondants. Je note qu'une écriture que je reconnais comme étant celle de Scili a redistribué mes tâches d'hier sur le tableau. Je hummume pour moi-même avant de prendre la craie et prendre quelques tâches supplémentaires aujourd'hui pour compenser. Je comptais arriver plus tôt pour faire mes tâches en retard, mais si elles sont déjà faites, je peux alléger les autres pour aujourd'hui.

Scili arrive un peu plus tard pendant que je finis de distribuer les rations.
" Je vois que tu as modifié la distribution des tâches pour aujourd'hui. " me dit-elle après m'avoir salué. " Tu vas réussir à tout faire ?
- J'ai de l'huile de coude en trop après hier. "
Elle hoche la tête, avant de prendre les seaux vides que j'avais laissé à l'entrée du box que je referme.
" Comment tu vas ? "
J'ai presque envie de lui répondre que ça va, oui, bien sûr, qu'est-ce qu'elle croit. On s'entends bien, mais on est pas spécifiquement amie, on a un peu de distance dans notre relation. D'un autre côté, mentir alors qu'elle s'inquiète pour moi ... Bof.
" Eh " j'hausse les épaules. " J'oscille entre envie de m'occuper pour ne pas réfléchir et avoir envie de rester sous la couette.
- Et demain c'est ta journée de repos, non ? " demande-t-elle pendant qu'on repose les seaux dans la graineterie.
Je hoche la tête et ferme les yeux quelques instants, pour profiter du son des chevaux qui mâche leurs grains. Il fait froid dans l'écurie, le genre de froid d'un matin d'automne qui est réchauffé par le moindre mouvement. L'odeur d'orge, de blé, de luzerne et de foin est prenante, ainsi que celle de la sueur des chevaux. J'entends au loin un cheval qui renâcle et le bêlement d'une chèvre.
Est-ce que ce n'est pas un jour de repos ? Ou au moins une matiné de repos si je suis seule à l'écurie et peut faire les tâches répétitives que je connais si bien ? En plus, j'ai pas de box à faire.
J'aime ma routine, j'aime le calme de ma nouvelle vie où je sais à quoi m'attendre. Cet interlude de crainte s'est fini hier avec la fin du procès et dans l'aftermatch, je n'ose pas me relaxer tout à fait pour revenir au calme de ma vie d'avant.
Quand est-ce que ma vie a été véritablement calme dans ce monde ? J'ai l'impression que dès que j'ai un peu le droit de vivre comme je l'entends, on me propulse dans un autre round de violence.
" Charlotte ? " me secoue Scili et je tourne la tête vers elle.
" Je me suis encore perdue dans ma tête. " je m'excuse avec un sourire gêné, avant de charger une brouette de foin et de m'éloigner avant que la moindre conversation ou question ne puisse commencer.

En fin de mâtiné alors que je fais les comptes, quelqu'un frappe à ma porte.
" Entrée ! " j'invite presque en criant (les portes sont lourde une fois fermé et je ne voulais pas entendre les travailleurs parler du procès d'hier).
Bilbo arrive avec plusieurs rouleaux dans les bras.
" Les plans de la maison et de l'écurie sont fini ! Je sors d'une réunion avec les architectes, Scili a déjà approuvé l'écurie, ne reste que toi. "
Il pose alors les rouleaux devant moi et les déroules. Enfin, déroule selon de la maison. On a déjà eut plusieurs rounds de plans, c'est Bilbo qui se charge des rendez-vous. C'est plus simple d'avoir un seul intermédiaire pour tout le monde, même si Bilbo me redemande mon avis régulièrement. Grossièrement, aujourd'hui il me présente les plans finaux. Il y a plein de marques sur le plan que je ne comprends pas, mais qui sont pour les ingénieurs, architectes et autres corps de métier qui vont travailler sur notre smial et mon écurie.
Le plan est quasi identique à Cul de sac, si ce n'est que le couloir des chambres a été changé pour n'avoir que six chambres et qu'il y a une seconde master bedroom avec une salle de bain à la place de ma chambre.
Le plan de l'écurie est une écurie ce qu'il y a de plus simple : une cinquantaine de box, un paddock couvert et un manège, ainsi qu'une sellerie, une douche, des stables de pansages, une graineterie, un bureau et une pièce qui fera office de club-house et salle de repos.
" C'est parfait. " je rassure Bilbo qui commençait à s'inquiéter de ne pas me voir réagir. " Je signe où ? "
Bilbo me montre et je signe là où il m'indique.
" Je vais aller redéposer les documents à l'architecte. Il est déjà au courant qu'on ne serait pas là et que si questions il y a, ils peuvent demander à Glóïn et Scili, je leur fait confiance. Normalement, les travaux durera tout l'été, voir prendra un peu du début de l'automne.
- Ça roule ! "
Je lui souris pour confirmer que j'ai bien compris.
Dans les faits, c'est un chantier. Un gros chantier. ça va prendre du retard. Mais avoir validé les plans, c'est déjà une énorme étape de validé et mon coeur bat la chammade.
" On va bientôt avoir un smial et plus avoir à vivre avec Thorïn. " je me réjouis en aidant Bilbo à reprendre les rouleaux.
" Bientôt ? Dans quelques temps, quand même. " temporise Bilbo, toujours le plus terre à terre de nous-deux, mais il semble aussi excité que moi. " Et cet été ...
- Le Rohan. " je souffle.
Si je suis impatiente de voir notre smial sur la montagne solitaire, c'est rien à côté de l'idée de visiter le Rohan. Tout l'été, on repart sur les routes avec Bilbo, Nori, Ori et Dori ! Notre destination ? Le Rohan ! Où on restera un mois ou deux, selon notre temps sur la route. Je vais voir le pays des chevaux ! Je me dandine presque sur place de joie à l'idée d'y aller.
" J'adorerais voir les Mearas ! " je m'ettoufe presque d'excitation et du coup, ce que je voulais être un cri de joie ressemble plus à un couinement de joie. Ce qui fait rire Bilbo qui partage mon entousiasme.
" On a déjà prévu un détour par Edoras, t'en fais pas. "
Après avoir échangé quelques préparations à prévoir pour le voyage, Bilbo repart et je retourne à mes très passionnants calcul de foin qu'il me faut et son coup (c'est du sarcasme, bien sûr).

Vers midi, je suis épuisé, mais contente d'avoir fini de mettre à jour mon journal de commande. Faire tourner une aile royale demande pas mal de maths. Je déteste ça, mais si ça me permet d'être proche des chevaux, c'est un mal nécessaire. Et puis, j'aime ce sentiment quand j'ai fini d'avoir fini une tâche bien relou et de savoir qu'elle a été bien faite, vu que je vérifie plusieurs fois mes calculs à chaque fois et prévois toujours du rab dans les consommables.
Appuyé contre un mur à l'extérieur de l'écurie, je retrouve Nori qui m'avait accompagné ce matin, mais aussi Bifur et Bofur. Pour Nori, je ne suis pas étonnée vu qu'il a annoncé qu'il ne me quitterait plus du regard pendant quelques temps (le temps qu'il se rassure, qu'il m'a promit et pour le moment, ça me rassure aussi de savoir qu'il est toujours à portée de main).
" Qu'est-ce que vous fichez ici ? " je demande à Bifur et Bofur qui eux sont une surprise, j'ai pas l'habitude de les voir dans le coin.
" On devait racheter des trucs à manger pour ce midi, vu que quelqu'un a fini tout le fromage de l'atelier ce matin. " explique Bofur, clairement amusé. J'ai un temps de pause avant de comprendre l'insinuation.
" Ori est dans vos pattes ? " je devine.
" Tout à fait. " confirme Bifur, qui a l'air mi-amusé, mi-exaspéré et je ne peux pas m'empêcher de rire de sa mine.
Bofur et Bifur ont l'habitude d'avoir en permanence de quoi grignoter dans l'atelier, une habitude qui a commencé quand Bombur a eut son rôle de cuistot attitré du roi et a commencé à faire des tours pour nourrir la compagnie, même une fois celle-ci éclaté au quatre coin de la montagne. Bofur en tant que frère et Bifur en tant que cousin ont particulièrement profité de ce service et ont commencé à acheter des pains et autres denrées pas très périssables pour soulager un peu Bombur et de fil en aiguille, leur atelier s'est vu fournit d'un placard de nourriture avec un peu de vaisselle non-fragile.
Ori quand il travaille a déjà tendance à grignoter, vu que Dori avait l'habitude de lui proposer du thé et des petits biscuits en permanence quand il était encore apprentis.
Et quand on mets Ori dans un atelier où il y a en permanence de la nourriture ? Oui, Ori mange presque autant que Bombur.
" On t'a reprit du thé. " m'atise Bofur qui me connait trop bien.
Je couine de joie en voyant l'emballage avec le cachet de cire de mon fournisseur préféré. Bifur et Bofur n'ont pas les mêmes gouts que moi niveau thé, ils préfèrent le thé noir bien âcre, non-parfumé, alors que je préfère un thé noir plus doux avec des épices si j'ai le choix. Comme je passe pas mal de temps dans leur atelier en ce moment avec notre projet de boite à musique (quand on ramène pas des prototypes carrément avec nous le soir dans l'aile royale), j'ai descendu doucement, mais sûrement le stock de thé que j'avais placé chez eux et avec l'histoire d'avant-hier et hier, j'avais pas eut le temps d'aller en racheter pour restocker.
Je saute sur Bofur et Bifur et les prends maladroitement dans mes bras, manquant de faire tomber les sacs qu'ils portaient.

Dans l'atelier, on est accueillit par un capharnaüm de son.
" Ori, on est de retour ! " annonce Bofur pendant que j'aide Bifur et Nori à ranger les sacs.
" Bofur ! Bifur ! Charlotte ! J'ai trouvé la formule pour l'espacement des points ! " hurle presque Ori.

Après quelques explications simplifiés pour que je puisse comprendre, j'arrive à saisir que le sytème à vent s'actionne bien avec un système de rouleau et fait bien sonner les flûtes, mais qu'il reste à reporter la musique sur le dit rouleau pour que les bonnes flûtes sonnent au bon moment pour former une mélodie. Le soucis, c'était le positionnement des points sur le rouleau qui soulève des tiges qui actionnent les mécanismes et surtout, le report de portée. Mais après moult calcul et point de soudure qui saute, Ori a trouvé une formule mathématique qui divise le rouleau en zone où les points peuvent être fait.

Plusieurs tests plus tard, quand on présente le nouveau prototype à la compagnie le soir, on a un truc qui sonne presque de façon harmonieuse. Il y a quelques sauts de notes, des flûtes qui sont plus hautes ou forte que d'autres, mais on a un système mécanique qui marche presque ! C'est déjà énorme tout ce qu'on a réussis à faire en quelques mois.
" Mais, vous êtes limités par la taille de votre rouleau, donc il faut que votre musique fasse une boucle ? " s'interroge Bilbo, curieux.
" Oui et non. Pour le moment on se concentre sur le fonctionnement de la boite à musique et sur comment reporter une partition sur les rouleaux, mais dans le futur on va développer un système de feuille mécanique qui s'enroulera autour d'un rouleau et défilera. Mais ça sera un challenge technique pour quand on aura fini ses deux premières parties. " explique Ori, avant de présenter des vieilles notes qu'il avait fait quand au début du projet je tentais d'expliquer tout ce que je connaissais de près ou de loin sur le sujet. J'arrive toujours pas à croire que mes faibles connaissances couplés à l'ingéniosité des nains et au fait qu'on est tout les quatre des têtes de mûles ont fait que Bifur, Bofur et Ori ont réussis (ou sont sur le point de réussir) à faire fonctionner une boite à musique. Et pas celle miniature qui ressemble à un kalimba qu'on achète pour les enfants, une presque véritable boite à musique. C'est passionnant à voir progresser.

Après la présentation, Ori et Nori me prennent à part pour me forcer à discuter uniquement en khuzdul sur des points de conjugaison et de grammaire que je ne maitrise pas.
En privé, la compagnie parle de plus en plus khuzdul pour me forcer à le parler et l'apprendre. Bilbo a une prononciation aussi horrible que moi, mais niveau compréhension il est bien meilleur. Il prends de plus en plus souvent la parole et il est presque à l'aise dans le langage où il balbutie encore, mais toujours moins que moi. Je tente vraiment de ne pas prendre de retard sur mon apprentissage, mais si Bilbo est une éponge à langue, de mon côté, autre quelque phrase utile ou qui me font rire, j'ai tendance à galérer à retenir. Enfin, je progresse et à ce stade, je suis contente d'être entouré par la culture khuzdul, ça m'aide à me forcer à réviser tout au long de la journée et pas qu'une heure par jour. Je progresse du coup toujours plus vite que ce que ça pourrait être si j'apprenais encore une langue étrangère dans mon monde.
En tout cas, c'est pas la motivation qui manque ! Je veux mieux comprendre quand on me parle, histoire de pas louper une nouvelle demande en duel ou un autre schmiliblik du même style dans le futur.