Chapitre 55
Comme un nous nous tiendrons
21 décembre


" J'arrive pas à décider ...
- Quoi donc Charlotte ?
- À ton avis Bombur, qui est le plus excitée, Bilbo ou Dwalïn ? "
Bombur pose le plat qu'il portait pour observer Dwalïn qui est encore en train d'accrocher des rubans et guirlandes de sapin sur tous les meubles qui n'en avaient pas encore.
" Il en a encore préparé hier soir. " nous informe Balïn qui est clairement amusé par son frère.
" Est-ce qu'on en aura assez ? " je demande sarcastiquement. On en a déjà mille fois trop.
" Oh, laissez-le s'amuser un peu, c'est Yule après tout ! " vient le défendre Glóïn.
" Est-ce que tu sais seulement ce qu'est Yule Glóïn ? " je m'interroge à haute-voix, parce que bon, ça fait une semaine qu'avec Bilbo on prépare cette nuit, vu qu'avant ça aucun nains captait ce qu'on baragouinait et je sais pas pourquoi ni comment, mais il y a genre une semaine soudainement, tout le monde dans la compagnie s'est impliqué et a soudainement compris l'intérêt de cette nuit. Les nains ne fêtent pas yule. Les hobbits le fêtent aussi d'une certaine façon, mais pour eux c'est surtout le nouvel an. Tellement important que le mois de trente jours avant yule s'appelle foreyule, avant yule donc et le mois d'après de la même durée s'appelle l'afteryule, l'après yule. Yule est à la fois une fête, un mois et deux jours. Le premier et second de yule. Après on passe au mois suivant, merci d'être venu.
Je crois qu'à force qu'on en parle avec Bilbo pour s'organiser un truc entre nous, le reste de la compagnie s'est greffé petit à petit jusqu'à ce qu'on se retrouve tous à les intégrer dans notre réveillon de yule.

Notre salon est éclairé par des bougies parfumées à la citronnelle et cannelle, la cuisine sent super bon plein d'odeurs différentes de ce qu'on cuisinait avec amour Bilbo et Bombur, toute la pièce est décorée de teintes de vert et rouge. On a réussi par un magnifique tour de force à avoir l'aide de toute la compagnie pour décorer et maintenant, notre salon ressemble à une vitrine de yule. Bon, de mon côté je trouve que ça manque de guirlande à led multicolore, mais bon, c'est pas ça qui fait yule. Bilbo trouve que ça manque d'enfant, Gimli étant le plus jeune de la bande.
" Je pense que c'est Dwalïn. " décide finalement Nori, le menton posé sur le sommet de mon crâne.
Je ris doucement en posant mes mains sur ses bras autour de mon cou.
" On a combien de tonneaux, alors ?
- Un par personne. " répond mon amoureux à son grand-frère.
" C'est pas un peu trop ? " je m'inquiète vaguement.
" Eh.
- Éloquent Nori. " je pouffe avant de le tirer avec moi vers la cuisine. J'ai des cookies à sortir du four.

" Charlotte. Non.
- Non quoi ? " je demande à mon frère, surprise par sa réaction un peu sèche.
" Tu ne mets pas ça sur la table avec le reste.
- Mais, c'est mes cookies ?
- Justement. "
Je le regarde quelques instants en clignant des yeux.
" Je les ai fait avec amour ? " je tente, mais il ne décroise pas les bras. " Avec amour, beaucoup de bonne volonté, les ingrédients que tu m'as aidé à préparer et je les ai goûtés. Ils sont bons.
- Ce sont des dangers biologiques. "
Je manque de m'étouffer en avalant ma salive trop rapidement.
" Bilbo. Mon frère. " je rauque, une main à mon coeur.
" Ils sentent bon pourtant. " vient à mon secours mon tendre amoureux, ce qui me fait roucouler non-censément en sa direction.
" Non, Nori. Je l'ai laissé faire parce que ça l'occupais, mais ce sont des cookies avec du piment. " explique mon frère, je laisse tomber ma tête en arrière sur mes épaules.
" La confiance règne ... " je râle " C'est des cookies ! Tout le monde aime les cookies ! Choco-piment avec un peu de vanille. C'est ce que j'ai trouvé de plus proche du poivre de Jamaïque ! C'est pour la chance, la prospérité, mais aussi l'imagination, le courage, la défense, la politique et un peu l'agression et j'me suis dit qu'après ce qu'il s'est passé en blomath dernier, c'était de bon ton pour le nouvel an, non ? " j'explique.
Bilbo souffle, vaincu et je sais que j'ai gagné ce round de cuisine chelou. J'ai littéralement appris à cuisiner avec lui, il devrait avoir plus confiance en mes capacités. J'suis devenue rudement bonne depuis qu'on vit ensemble !
" D'accord, d'accord, tu peux poser ton plat sur la table. "
Et avec ça, Bilbo retourne dans la cuisine présenter la salade. Je fais semblant de siffler en allant poser mes cookies.

Le repas est très animé.
Plus que d'habitude puisqu'on est très rapidement partie pour se raconter nos meilleurs moments de l'année passée, le tout en s'alcoolisant un peu beaucoup et en indulgent dans une quantité monstre de nourriture. Bombur et Bilbo ont fait des miracles pour le repas. Bilbo a même fait une dinde farçi pour moi ! En souvenir de mon monde. La sauce au jus de viande est fruité, il y a des mélanges sucré-salés de partout et trois tonnes d'épices partout. Mes papilles explosent de partout et j'ai mal au ventre tellement j'ai goûté à tout. Je suis heureuse d'être en robe, puisque pas mal de membres de la compagnie ont désormais desserré leur ceinture pour se permettre de plus manger.

Juste avant le dessert, vient le moment des échanges de cadeaux. Par facilité, avec Bilbo on a fait des cadeaux communs de panier en osier avec des assortiments de cadeaux dedans. Chaque panier a la même valeur monétaire, mais chaque panier est personnalisé. On a même pris pas mal de temps pour faire une carte de vœux pour chaque membre de la compagnie : Bilbo au poème et à l'écriture, moi à l'enluminure et l'illustration. J'ai mal aux zygomatiques d'avoir reçu plein de cadeaux, pas mal de bijoux étrangement qui sont en fait des armes cachées. Visiblement je manque de bijoux. J'adore les pierres qui brillent de plein de couleurs, je suis donc aux anges.
Finalement, je tremble presque quand je vais pour offrir mon dernier cadeau. Je suis excitée, principalement, mais aussi un peu beaucoup stressé. Je croise le regard de Dori par-dessus l'épaule de Nori qui me lève un pouce vers le ciel, le geste si humain qu'il me fait sourire à nouveau. Je me lève alors pour forcer Nori à tourner sur sa chaise, me permettant de me mettre à genoux devant lui.
La salle est silencieuse et je déglutis audiblement.
J'ai préparé mon discours, maintenant il s'agit d'être distincte.
" Nori. Tu m'es précieux. Je sais que j'ai un peu trainé pour agir, pour t'offrir mon premier cadeau, encore, de la même façon que j'ai un peu traîné pendant la quête, mais je voulais quelque chose qui correspondrait à tout ce que je veux t'apporter dans notre vie, dans notre futur vie : mon amitié, mon soutien en toute occasion, mon amour et j'espère, une vie pleine de rebondissement. Quel que soit ton problème, voilà ma solution. "
Avec ça, je lui présente à plat dans mes mains une boîte emballée dans du tissu noire avec des paillettes. J'ai galéré à l'emballer. J'suis déjà pas super doué avec du papier-cadeau, mais alors l'espèce de mouchoir m'a laissé pas mal perplexe, mais le résultat final est canon si je peux m'auto-féliciter.
Amusé, Nori prend son cadeau dans ses mains.
" Je suppose que tu as eu l'aval de Dori ? " demande-t-il en tournant la tête pour regarder son frère dans son dos.
" Bien sûr, son cadeau a été jugé et accepté. A toi d'accepter d'aller plus en avant dans votre relation ou de refuser. "
Nori souffle du nez. Comme s'il allait refuser. Il peut, bien sûr, mais notre relation marche bien, non ? On est en public, même si c'est la compagnie, donc je panique. Prévisible.
Il déballe l'objet, rangeant le tissu dans une de ses poches, mais son sourire se transforme en une étrange expression, entre le sourire forcé et la bouche béante. J'esquisse un début de sourire. Il lève finalement la tête vers moi et j'arrive à comprendre l'expression " Qu'est-ce que c'est ? "
Je pouffe, pendant que Bofur envoie une pièce à son cousin en grognant. Il avait parié que Nori pigerait pas et n'aurait pas idée de tenter de manipuler mon cadeau pour deviner ce que c'est.
Je ris donc silencieusement, avant de me redresser pour lui prendre le cadeau des mains et lui montrer comment en déployer le tire-bouchon.
" On appelle ça un couteau-suisse chez moi. " je commence à expliquer, avant de me rappeler d'un détail. " Les Suisses sont un peuple. Tu as plusieurs outils en un seul, regarde. Tu as le tire-bouchon, une grande lame, une petite lame, une paire de ciseau, un crochet multi-usage que Bofur m'a dit que tu saurais te servir et d'autres trucs que Bofur a également dit que tu saurais quoi en faire. "
Plus je lui montre les fonctions de son cadeau, plus Nori a l'air excité. Finalement, je lui rends son cadeau et le laisse le manipuler à sa guise et tester les systèmes de blocages. Le couteau-suisse est entièrement en acier, traité par les soins de Bifur pour qu'il ne rouille pas et gravé par les mains d'Ori en suivant un motif géométrique que j'ai créé en m'inspirant du symbole personnelle de Nori, avec une tête de cheval stylisé dans un angle en tout pititriquiqui je sais pas comment Ori a réussis à graver ça. C'est un magnifique objet, en plus d'être terriblement pratique et j'en ai sué pour arriver à ce résultat, donc je suis véritablement contente qu'il a l'air de plaire.
" Alors, tu l'acceptes ? " je fini par demander, impatiente.
Il n'en faut pas plus à mon amoureux pour se jeter sur moi et m'embrasser pas chastement du tout. La compagnie crie de joie, je suis certaine que certains ont sauté en l'air, mais les bras autour des épaules de Nori, je ne fais pas attention à eux, trop heureuse que mon cadeau ait été accepté. Bilbo siffle de joie dans mon dos et bien vite tape le dos de Nori.
" Bientôt tu seras officiellement dans la famille ! " le félicite-t-il avant d'échanger une poignée de main avec Dori.
Je ris, heureuse. Comblée.
Nori essuie les larmes de joie qui me coulent sur les joues, riant avec moi.

Le dessert voit notre consommation d'alcool redoublée en vigueur et rapidement, je pense qu'on est à peu près tous bourré.
" Bofur, à quel point es-tu ivre ? " demande gravement Bombur à son frère alors que celui-ci semble ne plus trouver sa bouche pour y mettre un muffin aux maïs.
" Plusieurs. "
Ce qui me fait littéralement cracher de la bière sur la table tellement je caquette de rire.

Au beau milieu de la nuit, on s'est étalé dans l'appartement pour soit dormir, soit discuté en continuant de boire. Je chantonne en allant vers la chambre de Bilbo. Il a disparu il y a bien une demi-heure parce qu'il voulait aller enfiler sa robe de chambre (il avait froid) et je pense qu'il s'est endormi, mais par bonne conscience je veux vérifier de son emplacement exact. S'il s'est endormi dans le couloir, je m'en voudrais de pas l'avoir aidé à regagner sa chambre.
" Bilbo ... ? " je murmure en ouvrant la porte de sa chambre. J'entends du bruit et pose les yeux sur ...
" Thorïn ? Je ... ? " je glapis en un murmure.
Je referme brutalement la porte.
" What ? " je murmure. Est-ce que mon frère était en train d'embrasser notre roi, une main sous son t-shirt ?
Je rouvre la porte.
Yep. Bilbo et Thorïn étaient en train de s'embrasser. En tout cas, là ils sont bel et bien pris la main dans le t-shirt de Thorïn.
" What. " je demande, en refermant la porte une nouvelle fois. Je cligne des yeux, mais l'image est gravée dans mon esprit.
" Wow. " je souffle.
Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je dois dire quelque chose en particulier ?
Je rouvre la porte.
" Faites pas trop de bruit, ma chambre est juste à côté. " je les préviens avant de refermer la porte, pour de bon. Je hoche la tête pour moi. Yep, mon rôle de petite sœur est bel et bien rempli.
Je m'éloigne de la chambre de mon frère en sautillant.


Hey. Vous vous souvenez du chapitre 36 de Par-delà le clavier ?
Charlotte s'était demandé " Mais ça veut dire qu'ici le vaisseau Bagginshield peut flotter. Peut-être. "
Voilà, ça fait depuis tout ce temps que j'avais dans mes notes " Quand Charlotte découvre Thorïn et Bilbo s'embrassant dans un placard. Elle ouvre la porte. Les stop. What ? Referme la Porte. Dit What a haute voix. Rouvre la porte. Yep. Referme la porte pour de bon. "

Est-ce que ça faisait donc depuis 2017 que j'avais ça dans mes cartons et que je vous offre ça qu'en 2021 ? Totalement.
Est-ce que l'attente en valait le coup ? A vous de me le dire.