Chapitre 57
Imagine-toi un compagnon
11 janvier


" Et là, je sors ma hache !
- En pleine rue ?
- Non, Glóïn ! Il faudrait plutôt trouver la clé du ... voiture. "
Je cache un sourire derrière ma main, la façon qu'a Ori de prononcer le mot voiture est juste ... trop mignon. J'adore. Non, sincèrement.
" Sauf qu'on cherche à le voler. On a pas la clé.
- Est-ce que je peux deviner à qui appartient le voiture et aller déposséder d'une clé son propriétaire ?
- Tu peux essayer. " je réponds aimablement. Nori découvre l'univers après tout et ne peux pas tout savoir, mais on est avant tout dans une partie de JDR et franchement, le fun vient principalement de laisser les gens tenter des trucs et se foirer.
Pis je suis pas une méchante MJ, j'ai envie de les voir réussir pour voir le chaos que ça va provoquer.
" Les jets de dés de Nori ne ratent jamais, c'est une bonne idée. Fais-le Nori. " invite Thorïn qui est étrangement à fond dans la partie. J'aurais pas cru au premier abord.
" Maitre du jeu ? J'observe de plus près la voiture pour tenter d'en deviner son propriétaire.
- Bien, alors, tu t'approches de la voiture et note que la plaque est celle d'une région voisine. La voiture en elle-même est un modèle assez ancien que tu connais bien. A travers les fenêtres tu ne vois pas d'affaire particulière à l'arrière, sinon un sac de courses pour une grande enseigne de magasin. Par contre à l'avant, tu notes qu'il y a un sac à main plutôt féminin. "
Je laisse Nori réfléchir quelques instants.
" Quel couleur le sac à main ?
- Violet.
- Tantôt une des invitées se plaignait d'avoir oublié son sac dans la voiture ! Elle avait une robe violette ! Non ?! " s'écrit Gimli.
Après ça, quatorze nains et un hobbit jouant des humains retourne à la fête, pour voler une clé de voiture, sans se faire repérer grâce à une magnifique distraction de Dwalïn et Bofur qui dans le jeu forment un duo de choc grâce à leur talent de musicien (claviériste pour Bofur et guitariste pour Dwalïn) et de fil en aiguille, l'intégralité de l'équipe se retrouve avec une voiture ouverte, certes.
" Mais ... on est quinze. Les voitures ont ... Heu, Charlotte ? Combien de places ? " s'inquiètes Bombur qui comprends soudainement la raison de mon fou-rire silencieux que je n'arrive pas vraiment à contenir depuis quelques instants.
" Quatre, cinq si vous mettez quelqu'un au milieu de la banquette arrière. " j'explique aussi calmement que je peux, avant de rire de plus belle en voyant leur mine déconfite.
" On va devoir voler au moins deux autres voitures ? " se lamente Fíli. Après tout, ils ont bien prit une bonne heure de jeux à réussir à voler la clé de celle-ci.
" Maitre du jeu, je donne un coup de hache dans une des portes d'une voiture la plus proche. " intonne Glóïn, bien vite suivit de Gimli qui fait de même sur une autre voiture (non, je n'ai pas réussis à leur faire comprendre qu'une hache n'était pas réaliste dans mon monde moderne, j'ai brodé autour de la suspension de crédulité pour les laisser jouer avec quand même), pendant que le reste des joueurs râlent et s'inquiètent de vite faire réagir leur personnage pour fuir, vite, très vite.

Ce n'est que lorsqu'une domestique vient pour raviver le feu dans la véritable vie et s'inquiète de nous voir encore debout à quatre heures du matin qu'on se dit qu'on est peut-être fatigué et qu'il est peut-être temps de finir la partie pour ce soir/cette nuit.
" C'était une excellente soirée. Merci Charlotte. " me félicite Thorïn.
" A refaire ? " je demande, parce que je suis pas habituée à être la MJ, mais je me suis véritablement éclatée. Et puis, j'aime beaucoup le fait de faire d'une certaine façon vivre dans mon monde mes amis. Pas que je leur fait pas découvrir suffisamment le reste du temps, mais ils peuvent l'expérimenté le temps d'une table de JDR et c'est différent. Pis, je me voyais mal les faire jouer dans un univers style Donjon & Dragons, vu combien c'est influencé par l'oeuvre de Tolkien et donc, finalement, super similaire, même s'il y a de la magie. Un jour, on se fera une partie de D&D narrative, ça sera fun, mais pour une première partie, tout le monde a eut l'air de s'amuser et c'est le plus important.
Et surtout, ça a bien occupé les esprits.

" Thorïn en avait bien besoin. " me remercie en passant Bilbo pendant que je me lave les dents. Je fais un pas de côté pour le laisser accéder à sa propre brosse et lève un sourcil en sa direction.
" Je sais que c'est Nori qui a proposé l'idée, mais ... les tensions dans la montagne sont un peu haute en ce moment et Thorïn est bien trop impliqué, il avait besoin d'une soirée pour vraiment penser à autre chose et je pense que se concentrer sur autre chose lui a fait du bien.
- J'espère. "

A la base, c'est surtout qu'on parlait de différents jeux de mon monde il y a quelques jours avec Nori et de fil en aiguille, j'ai comparé ma vie ici à une partie de JDR slice of life et on s'est dit que ça serait bien d'organiser une session de jeu de rôle avec la compagnie.
Le fait que ça permettent de distraire les esprits est un hasard agréable.

Je pense que toute la compagnie en avait besoin.
Demain on regrettera sans doute de n'avoir que deux heures de sommeil dans les pattes, mais c'est un problème pour les nous de demain.

Ce ne sont pas des grosses tensions qu'il y a dans la montagne.
Même les nains qui me détestent semblent s'être calmer. Bon, j'ai encore certains nains qui s'éloignent de moi quand je passe dans la rue, mais je n'ai plus un mot de travers dit à mon égard. Je ne ressors pas seule dans la montagne, mais franchement je pense que c'est plus pour mon confort mentale qu'une véritable sécurité. Mais on a tous été pas mal secoué et malgré tous les efforts de tous le monde (même de nains qui ne font pas partie de la compagnie), je n'arrive pas à être tout à fait à l'aise à Érebor.
Il y a un truc.
Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.
Bilbo pense que c'est peut-être le fait que depuis mon arrivé en Arda je n'ai pas eut de lieu rien qu'à moi que je peux véritablement décoré. Certes on me laisse le faire ici et dans le smial de Cul-de-sac je pouvais, mais c'était pas véritablement chez moi. Je pense qu'il y a une part de vrai là-dedans.
Ou peut-être que comme Nori le pense, je me suis tellement habitué à ce que le calme ne dure jamais que j'attends la fin du calme.
Peut-être aussi.

J'ai en tout cas hâte de partir pour le Rohan.
On a eut un regain de neige ces derniers jours et il gèle tellement dehors que j'ai pas pu sortir le nez de la montagne, même avec des bottes et emmitouflés dans plusieurs couches de laines.
Avec Bilbo on râle qu'on veut voir un peu la lumière du soleil.
On s'habitue à vivre dans une montagne, pour de vraie, surtout que dans les rues c'est super lumineux entre les pierres qui brillent et les jeux de miroirs, mais c'est pas le soleil. Et passer l'hiver coincé dans une montagne, au bout d'un moment ça tappe un peu sur la caboche. Je rêve de courir dans la neige.
Dans quelques jours, me promet Bilbo qui a déjà prévu le contenu du sac à dos pour qu'on aille se balader toute une après-midi dans la neige avec Dwalïn, Fíli et Kíli.

Vous saviez que les hobbits portaient des bottes ?
Bon, pas des bottes naines, mais visiblement quand il neige vraiment très fort, les hobbits portent des bottes. Le bottier était aussi surpris que moi quand Bilbo a passé commande.
" T'es en train de sous-entendre qu'on aurait pu porter des bottes quand on a passé les Monts brumeux ?
- Si j'avais su qu'on irait j'aurais emporté mes bottes, oui ! "
Je sais pas si je dois rire ou pas.
" Et ces fameuses bottes, elles sont où ?
- Charlotte ! Je ne vais pas porter mes vieilles bottines faites par des hobbits qui ne s'y connaissent pas en botte quand je peux avoir une magnifique paire faites par des nains ! " s'insurge mon frère.
" Eh. T'as pas tord.
- J'ai toujours raison. "
Il a, encore une fois, pas tord.
Mais je vais pas le dire à haute-voix.