Mes amours,
Après une absence en 2020, voici une nouvelle fanfiction de Noël. L'histoire que vous apprêtez à lire est en deux parties : la première, publiée ce soir, la seconde demain à mon réveil (et si vous lisez Failles, vous savez à quel point mes réveils sont tardifs).
Je vous propose de plonger directement dans l'histoire. Je laisse les blabla pour la fin de l'histoire.
Merci à Damelith, Carine et Stéphanie.
« Ave Maria, Mater Dei
Ora pro nobis peccatoribus
Ora pro nobis
Ora, ora pro nobis peccatoribus
Nunc et in hora mortis
Et in hora mortis nostrae. »
Ave Maria, Franz Schubert.
« Chère Marie, Mère de Dieu,
Prie pour nous pêcheur-se-s
Prie, prie pour nous
Prie pour nous pêcheur-se-s,
Maintenant et au moment de notre mort,
Au moment de notre mort. »
Mère de Dieu, Franz Schubert.
Partie 1 : Ave Maria / Mère de Dieu
Installé à son pupitre, Drago essuya sans rage les larmes qui avaient coulé sur ses joues. Ses yeux étaient irrités, mais sa vue n'était plus trouble et il put alors prendre en mains le courrier qu'il venait de rédiger pour le relire.
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Jeudi 1er décembre 2011
Chère Mère,
Voilà huit ans que vous n'êtes plus. J'ai tenté pendant ces dernières années de faire le deuil de votre absence, mais cela m'est impossible. Je suis bien seul depuis votre absence et n'ai jamais pu faire ma vie. Partout où j'erre, je ne rencontre que ma propre désolation.
Je vous entends d'ici, je sais que vous me demandez de garder espoir et d'attendre encore. La vie est pleine de surprises, et encore plus à Noël. Mais huit Noëls sont passés, et il n'y a pas davantage d'éclaircies aujourd'hui qu'hier. J'ai décidé de venir vous rejoindre, Mère. Le jour de la Nativité sera le jour de ma renaissance à vos côtés.
L'idée m'enchanterait presque. J'ai acheté un calendrier rien que pour marquer les jours qu'il me reste. Une sorte de Calendrier de l'Avent, mon propre Avent jusqu'à vous. Ma résolution est entière. Je vous écrirai chaque jour jusqu'à nos retrouvailles éternelles.
Votre Fils,
Drago.
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Il était satisfait de son écrit et presque soulagé. Il avait pris la bonne décision. Demain, il irait se promener sur le Chemin de Traverse, découvrir les premières installations de Noël.
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De retour de Londres, Drago se prépara un thé – cannelle, bergamote, rose, amande et agrumes – et monta une à une les marches en bois de chêne, puis se fraya un chemin par le passage latéral et secret derrière la bibliothèque, dans ce qui était autrefois un espace de réunions clandestines et duquel il avait fait son bureau personnel.
Conformément à sa nouvelle résolution, il prit place à son pupitre près de la fenêtre, y déposa sa tasse, disposa un morceau de parchemin, une plume et de l'encre, et inspira profondément. Il était temps d'écrire sa deuxième lettre.
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Vendredi 2 décembre 2011
Chère Mère,
Le Chemin de Traverse était si triste sans vous. Malgré les guirlandes lumineuses sur les façades des magasins, malgré les chants entonnés par les lutins à chaque coin de rue, malgré l'immense sapin siégeant sur la place devant Gringotts, tout était triste et gris.
Vous n'étiez pas là pour me prendre par la main, comme lorsque j'étais jeune garçon, ou par le coude, une fois devenu adulte. Vous n'étiez pas là pour me montrer les cristaux de neige qui se formaient sur la fenêtre avec la condensation. Vous n'étiez pas non plus là pour me rappeler la liste interminable des oncles et des tantes, ou des Sang purs à qui il fallait envoyer une reconnaissance de notre signe distinctif. Et surtout, vous n'étiez pas là pour me rappeler que la seule et unique merveille, c'était notre amour, et que jamais rien ne pourrait changer cela.
La guerre finie, les ragots sur notre passage, Père à Azkaban, rien ne comptait, tant que nous étions ensemble.
Et vous aviez raison. Rien d'autre ne comptait que nous deux.
Votre Fils,
Drago.
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Perdu dans ses pensées, Drago posa sa tasse sur le pupitre et leva les yeux vers la fenêtre. Le domaine Malefoy s'étendait devant lui, imperturbable. Demain, il irait arpenter les jardins et les serres dans lesquels sa mère aimait s'oublier à la fin de la guerre.
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Pour la troisième fois consécutive, Drago revint à son pupitre, accompagné d'une nouvelle tasse fumante. Sa balade, loin de la chaleur dégagée par les rues gorgées de sorcières et sorciers, l'avait considérablement refroidi. Transi de froid dans ce château bien trop grand pour lui et quelques elfes serviles, il reprit sa plume.
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Samedi 3 décembre 2011
Chère Mère,
Comme vous aimiez à me le répéter, les espaces extérieurs sont magnifiques en hiver. Les arbres dénudés laissent la vedette à la neige, brillante de mille feux sous les rayons du soleil. Ce matin, lorsque je suis sorti, il y avait comme une brume blanche, si pure, de laquelle on percevait à peine vos installations agricoles modestes mais si emplies de votre passion.
J'ai suivi le chemin de pierre, visible de quelques dizaines de centimètres en quelques dizaines de centimètres. J'ai serpenté jusqu'à atteindre la serre. Figurez-vous que Finz y a fait suspendre du gui. Vous me disiez chaque année qu'il était important d'y réunir les personnes qui nous sont chères et qu'y amener quelqu'un pour la première fois était le signe d'une volonté d'engagement à travers la prospérité.
Depuis huit ans, je n'ai plus personne.
Je vous ressens partout et vous trouve nulle part.
Je vous aime, Mère.
Votre Fils,
Drago.
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Drago reposa brusquement sa plume sur la table et s'avachit dans sa chaise en soupirant. Il avait le cœur lourd en regardant la nuit tombante. Il n'avait jamais usé de mots par s'exprimer, et encore moins pour exprimer son amour à sa mère. Depuis son décès, il n'avait plus que ça. Des mots. Des mots à n'en plus pouvoir, dans ses pensées et sur ses parchemins noircis et jonchés de larmes.
Demain, il irait sur sa tombe.
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Le comté de Wiltshire était peu habité par des sorciers, mais tellement étendu que l'on ne s'y connaissait pas, ou que de noms.
Ainsi, si les familles comme les Malefoy ou les Greengrass se croisaient rarement mais se saluaient bien volontiers lorsqu'ils se croisaient dans les marchés ou à l'église, les nouveaux propriétaires étaient méconnus et, ainsi, facilement ignorés. Et, ce jour-là, de retour de son recueillement, Drago ne se remettait toujours pas de sa rencontre inattendue.
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Dimanche 4 décembre 2011
Chère Mère,
Je suis allé là où votre corps repose depuis huit ans maintenant. La stèle est bien entretenue et il est encore aisé de lire l'épitaphe que je vous avais choisie sur votre lit de mort.
« L'amour maternel est le seul amour qui se rapproche un peu de l'amour divin. » (Henri-Frédéric Amiel)
C'est d'autant plus vrai maintenant vous n'êtes plus là. Et je sais qu'une part de vous est déçue par ma décision. Mère, je sais que le suicide est un pêché, et que je vais devoir l'expier au paradis avant de pouvoir vous rejoindre tout à fait dans les jardins de la félicité. Mais le chemin du Pardon sera toujours moins long que le chemin sur Terre avant de vous rejoindre par voie naturelle.
J'espère que vous saurez me pardonner comme j'ai su pardonner à Potter lors des procès de 1999. Vous me direz, il n'y était pour rien dans cette guerre, et je le savais. Il m'a surtout fallu le temps de le comprendre d'abord, puis de l'admettre. Mon Orgueil et ma Colère ont également été des pêchés à expier ces dernières années. Mais je n'ai pas éprouvé la moindre Envie en le voyant en ce jour.
Oui, Mère, Potter fait partie de ces nouveaux riches qui ont pris possession d'une portion de terre dans le Whiltshire. J'ai aperçu au loin alors que je revenais de la messe dominicale. Enfin, vous me direz, peut-être ne faisait-il que passer, sinon pourquoi n'en aurais-je pas entendu parler auparavant ?
Encore faudrait-il peut-être que je sois plus connecté au monde, et c'est là peut-être ma forme de Paresse la plus élevée.
Je ne quitterai pas ce monde dans la perfection, mais j'espère avoir su faire preuve de rédemption dans les plus de douze ans qui me séparent de la Grande Guerre des Sorciers. Je le saurai dans vingt-et-un jours.
À demain.
Votre Fils,
Drago.
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Drago reposa délicatement sa plume dans son étui, non sans avoir essuyé l'excédent d'encre auparavant. Son esprit était perturbé par la vue de Potter un peu plus tôt dans la journée. Ou plutôt, il était perturbé à l'idée que cette observation occupe encore ses pensées plusieurs heures après l'événement. Rien d'autre que son brouillard ne comptait habituellement.
Demain, il irait chez son médecin de famille, et ce serait déjà bien assez.
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Drago avait eu beaucoup de mal à sortir de ses draps ce matin-là. Il n'aimait pas le fait de devoir aller chez le médecin. Il aimait encore moins le fait de devoir exposer sa santé et d'entendre en retour qu'il était malade. Toujours malade. Depuis six longues années, il entendait les mêmes mots, le même verdict. « Vous n'êtes pas apte au travail, Mr Malefoy. Mais un suivi psychologique vous ferait le plus grand bien. Et pourquoi pas une activité bénévole ? Donnez de votre temps, occasionnellement. Vous êtes intelligent et doué avec les fleurs. Vous trouveriez facilement de quoi faire, à des heures très limitées. »
Tous les six mois, il retournait faire un bilan de santé, et le résultat ne changeait pas. Pour la douzième fois d'affilée.
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Lundi 5 décembre 2011
Chère Mère,
Quelle piteuse image dois-je vous donner de là-haut. J'étais le fils de gouverneur, petit-fils d'entrepreneur, et descendant direct de dirigeant de l'armée britannique magique. Je ne suis qu'un pauvre minable et pathétique malade de la vie. J'ai été diagnostiqué comme étant incapable de vivre.
Comment peut-on à ce point échouer ? C'est la seule chose qui est censée être à la portée de tous, en ce compris les moldus, les elfes et les créatures, magiques ou non. Et moi, Drago Lucius Malefoy, héritier Sang pur du registre, je ne suis même pas capable de me sortir du lit et d'aller gagner ma croûte.
Il y a des jours comme celui-ci où je me déteste, et c'est la seule émotion que je suis encore capable de ressentir. Je n'arrive même pas à la haïr car, quand elle est là, elle me rappelle qu'un jour j'ai existé, vécu, mais si ce n'est pas la vie que j'aurais choisie si je l'avais pu.
Que Dieu accepte mes excuses, il avait probablement de bonnes raisons de me faire échouer dans cette vie. Peut-être pour éteindre la lignée pourrie jusqu'à l'os des Malefoy, seulement mal foutu de se morfondre dans leur pseudo-grandeur, qui n'est que poudre aux yeux.
Votre sang et votre réelle pureté d'âme n'auraient pas suffit à nous sauver, Mère. Mais peut-être que là également, c'était le destin. Seule votre âme pouvait faire redescendre un Malefoy sur Terre.
J'ai hâte de vous rejoindre et de m'élever un tant soit peu à votre hauteur.
Votre Fils,
Drago.
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La vie avait définitivement perdu le chemin jusqu'à lui. Son cœur restait désespérément froid depuis qu'il avait perdu la seule personne qu'il ait jamais véritablement aimée.
Peut-être que, demain, il irait sur le lieu du Drame. Ou peut-être pas. Il ne savait pas encore s'il en aurait la force.
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Il n'avait pas eu la force de s'y rendre. Le matin, il s'était levé avec une boule dans la gorge qui ne l'avait pas quitté de la journée. Il avait préféré rester sous sa couette, à regarder les flocons de neige tomber par la fenêtre de sa chambre. Mais en fin de journée, il avait pris le Grapcorne par les cornes et s'était habillé pour s'en tenir à ce qu'il avait prévu dans l'organisation de sa mort.
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Mardi 6 décembre 2011
Chère Mère,
Je n'ai pas pu retourner sur les lieux qui ont accueilli vos dernières minutes. J'ai craint l'afflux des images. Si j'y retourne une fois l'an, à la date fatidique, je n'ai pas pu m'y résoudre cette fois-ci. De toute façon, j'aurais dû y songer auparavant, mais les premiers signes ont commencé le 7 décembre 2003.
Je comprends que je ressens encore de la culpabilité. Comment n'ai-je pu rien voir venir ? Si j'avais seulement pu discerner les prémices… si seulement je les avais considérés… alors vous auriez sans doute été encore là aujourd'hui. Nous mangerions des marrons ramassés dans les forêts environnantes en buvant du thé au coin du feu. Vous me raconteriez votre enfance avec mes tantes Bella et Andromeda. Vous me rappelleriez que les liens du sang sont plus importants que les croyances et que les guerres.
Vous me feriez part de vos regrets d'avoir définitivement perdu vos sœurs Andromeda dans des conflits de pureté, Bella dans sa folie destructrice.
La famille est tout ce que nous avons. Que nous soyons Black ou Malefoy. Peut-être que je devrais dire adieu à Père également, avant qu'il ne soit trop tard.
Je vous aime, Mère.
Votre Fils,
Drago.
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Demain. Demain, il irait. À Azkaban.
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Drago était éreinté. Il venait de rentrer de la célèbre prison des sorciers et, au vu de sa localisation, c'était un voyage à part entière. La destination n'était cependant pas des plus charmantes et, outre la rencontre peu enthousiasmante avec son paternel, la présence des Détraqueurs, même à distance, ne lui avait pas fait le plus grand des biens. Elle lui avait confirmé, sans grand besoin, qu'il était au fond du trou, et qu'il ne trouvait pas l'once d'une étincelle de bonheur pour contrer leur aura mortuaire.
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Mercredi 7 décembre 2011
Chère Mère,
Azkaban n'a pas bien changé en huit ans. Autrefois, nous y allions ensemble. Nous nous tenions la main pour nous donner du courage, puis nous avancions, la tête haute, vers les immenses tours. Nous nous faisions à chaque fois la réflexion que cette prison n'avait pas besoin du grillage et d'un système sophistiqué quand les Détraqueurs, à eux seuls, suffisaient à contenir les âmes fragilisées.
Fragilisés, nous l'étions nous-mêmes, à force de les côtoyer une fois par mois, l'espace de quelques heures. Le frisson d'horreur qui nous traversait aussitôt que nous mettions pied sur les terres de l'île se transformait progressivement en hypothermie, et nos cœurs auraient aisément pu devenir ère glacière si nous y étions resté plus d'une journée. Nous le savions. Mais nous mesurions difficilement l'impact sur du long terme. Ce que nous savions, en revanche, c'était que nous avions toujours besoin d'une journée pour nous réchauffer, sentir la vie revenir progressivement à nous. Nous y allions le samedi, et le dimanche, nous restions sous des plaids face au feu crépitant.
Si visiter Père ne me manquait pas, partager ces moments avec vous n'avait pas de prix. Je donnerais cher pour les revivre encore et encore, fussent-ils notre quotidien au Paradis, je signerais sans hésitation.
Vous me manquez un peu plus chaque jour, et chaque jour me rapproche inexorablement de vous.
Je vous aime.
Votre Fils,
Drago.
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Drago jeta sa plume et se laissa choir contre le dossier de sa chaise. Une part de lui était persuadée d'avoir pris la bonne décision en visitant son Père. Une autre part était nerveuse, car cela lui avait rappelé pour quelle raison il n'y était pas allé depuis tant d'années. Père était un intolérant doublé d'un hypocrite, et en-dehors des reproches qu'il lui avait toujours formulés, il ne lui avait jamais montré la moindre attention. L'ambiance lugubre de son incarcération n'arrangeait évidemment rien, mais Drago n'allait pas avoir pitié de lui.
Les Malefoy n'avaient de pitié pour personne, pas même pour eux-mêmes.
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Ce jour-là, Drago était allé se promener le long de la Tamise, du côté moldu. Il aimait s'y rendre de temps à autre, épris d'anonymat. Là-bas, il était invisible. Inconnu aux yeux de tous et ignoré dans l'effervescence de la capitale.
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Jeudi 8 décembre 2011
Chère Mère,
Londres est magnifique avec ses lumières de Noël. J'ai ressenti une joie d'enfant à l'idée de passer le prochain avec vous. Ma raison m'a bien évidemment rapidement rattrapé puisque, même en quittant ce monde, il n'est point certain que je vous retrouverai sitôt arrivé là-haut.
J'ai le moral à plat aujourd'hui. Il est à peine dix-huit heures, mais je vais déjà aller me coucher.
Votre Fils,
Drago
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Drago ne mentait pas. En revanche, il omettait un élément qui l'avait pour le moins déstabilisé. Alors qu'il déambulait dans les rues londoniennes, il était persuadé d'avoir croisé, à quelques mètres de lui à peine, Potter. Il traversait simplement Trafalgar Square, dans un uniforme d'Auror qui lui donnait des allures de garde royale, à la différence près que les sorciers portaient des costumes vert bouteille et bleu foncé, là où les moldus étaient de rouge et de noir vêtus.
Enfin, persuadé été un grand mot. Il lui était plutôt apparu tel un mirage et, en fin de compte, Drago aurait très bien pu le sortir tout droit de son imagination.
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Drago sentait qu'il commençait à s'essouffler dans sa résolution. Non pas qu'il ne voulait plus rejoindre sa Mère ou qu'il hésitait à rester en vie, mais plutôt qu'il n'avait plus la motivation d'écrire chaque jour. Pourtant, il le fallait, le rituel était tout aussi important que le but.
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Vendredi 9 décembre 2011
Chère Mère,
Je ne suis pas sorti aujourd'hui. J'ai préféré réfléchir à la manière de vous rejoindre. Après tout, ce sera dans quinze jours, et une mort choisie, ça se prépare.
En regardant le ciel aujourd'hui, je me suis dit qu'il était étrange de me dire que, bientôt, j'y serai. C'est un endroit à la fois tellement connu car observé chaque jour et à la fois rempli de mystères. Personne n'en est jamais revenu pour nous dire à quoi cela ressemble – même les fantômes sont restés sur Terre.
J'ai trouvé un moyen de vous rejoindre qui soit digne de votre mort. Je vous en ferai la surprise le jour J, à moins que vous n'ayez des yeux ici bas et que vous m'observiez, ce qui ne m'étonnerait guère.
Demain, je commencerai les démarches.
Je vous aime Mère.
Votre Fils,
Drago.
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Il resta pensif de longues minutes, peut-être même une bonne partie de la soirée, à perdre le regard dans les étoiles. Ce soir-là, la nuit était claire, à peine brumeuse à certain endroit. Il pouvait clairement identifier la constellation du dragon, qui lui paraissait éteinte.
Il y avait bien longtemps que lui-même avait cessé de briller.
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Drago s'était rendu tôt chez Barjow & Beurk, la boutique d'articles de magie noire et de contrebande, dissimulé par la vente d'antiquités. Il était entré par la porte arrière, aux environs de sept heures du matin, ce qui ne laissait aucun doute sur ses intentions frauduleuses. La transaction s'était faite rapidement : il avait demandé un anesthésique, Barjow lui avait noté les doses maximales à ne pas dépasser au risque de provoquer une détresse respiratoire, voire la mort, Drago avait payé, et il était reparti comme s'il n'était jamais venu.
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Samedi 10 décembre 2011
Chère Mère,
Mon plan se précise. Ce matin, j'ai retrouvé un peu de courage en me procurant ce qui me permettra de vous rejoindre prochainement. Le flacon siège à présent devant moi, sur le pupitre depuis lequel je vous écris.
Malgré le contenu mortel, il est pour le moins élégant. Il a l'apparence d'une bouteille de parfum très chic, aux allures élancées et délicates. Sa couleur violette me rappelle celle de l'améthyste que vous portiez parfois en broche.
Jusqu'au bout, mes pensées iront vers vous.
Votre Fils,
Drago.
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Cette avancée dans son dernier projet le ragaillardissait suffisamment pour qu'il s'endorme avec la conviction que le lendemain, il se rendrait enfin sur les lieux du drame.
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Ce jour-là, Drago avait pris place à son pupitre dès le moment où il était sorti du lit. Mais il n'avait pas écrit à sa mère, il avait établi l'itinéraire précis du dernier jour de sa vie. Non pas qu'il ne le connût pas par cœur, mais plutôt par besoin de se préparer.
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Dimanche 11 décembre 2011
Chère Mère,
C'est arrivé un mardi. Le mardi 6 mai 2003, pour être exact.
Il devait être environ quinze heures, et je venais de rentrer de mon examen de Pharmacomagie avancée, plus que confiant. Vous étiez dans votre serre, prenant soin de vos plantes. Vous étiez si belle, avec votre mèche échappée de votre chapeau, vos gants en écailles de dragon et, surtout, votre sourire serein. Un sourire dont vous ne vous départiez plus depuis que vous aviez commencé la botanique pour le plaisir.
Je ne sais pas combien de temps je restai dans l'entrée, à vous observer à votre insu. Mais au bout d'un moment, vous me vîmes et vous sursautiez, portant la main à vous cœur. « Drago ! » vous plaignez vous. « Tu m'as fait peur. Et cesse avec ce sourire auto-suffisant. Embrasse ta mère, plutôt. » J'éclatai d'un rire heureux et m'exécutai, déposant un baiser sur votre tempe. Vous me questionniez sur mon examen et je vous affirmai sans vergogne être assurément le meilleur de ma promotion. Nous rimes et je vous laissai à vos fleurs, vous donnant rendez-vous pour l'heure du thé. Je ne savais pas encore que ce serait ma dernière image de vous en vie.
Je vous ai attendu. À partir d'une demi-heure de retard, je me dis que vous étiez absorbée par vos mises en pot. Après quarante-cinq minutes, je fronçai les sourcils. Après une heure, je me levai, cette fois inquiet. Je n'ai jamais tant regretté d'avoir été si patient.
Lorsque je suis arrivé dans la serre, je ne vous vis pas de suite. Puis je remarquai une étagère penchée, qui ne devait son salut qu'à une pile de pots. Je compris alors que vous aviez chuté et je me suis précipité pour vous trouver au sol, allongée. Il me fallut plusieurs longues secondes pour comprendre que vous étiez partie depuis longtemps déjà. De longues secondes à chercher votre pouls et hurler après vous.
Alerté par mes cris, les elfes sont arrivés. Ils n'ont pu, à leur tour, que constater votre trépas. Le médecin de famille, qui se dépêcha sur les lieux, parla d'un infarctus. Mais à ce moment-là, j'étais sourd du monde ambiant. Je me rappelle avoir continué à hurler après vous, à pleurer et à refuser d'y croire. La douleur m'assourdissait littéralement.
Elle a mis du temps à s'éteindre, jusqu'à devenir un cognement de fond gérable. Mais elle m'a éteint en même temps.
La vie n'a pas de sens sans vous. Encore quatorze jours.
Votre Fils,
Drago.
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Les larmes dévalaient le long de ses joues. Sa mère n'était plus, son cœur était mort avec elle, et la serre avait été éventrée par la nature qui avait repris ses droits. Drago avait interdit à quiconque de la pénétrer après les faits.
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Drago avait la sensation d'avoir pris le Magicobus de plein fouet tant il était épuisé. Il n'avait plus autant sociabilisé depuis ce qui lui semblait être une éternité.
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Lundi 12 décembre 2011
Chère Mère,
Aujourd'hui, j'ai effectué des démarches que j'aurais dû entreprendre depuis bien longtemps mieux, je n'aurais jamais dû laisser la situation se dégrader à ce point.
J'ai fait appel à des botanistes pour rattraper votre magnifique serre. Autrefois, il y avait de tout. Le lieu était magnifique. Cette fois-ci, j'ai exigé que l'espace soit rempli de narcisses, à votre honneur. Ils arriveront vendredi.
J'espère que l'initiative vous plaît et que vous ne m'en voulez pas d'avoir laissé dépérir votre lieu de recueillement.
Votre Fils,
Drago.
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Drago termina sa missive le regard perdu par la fenêtre, pratiquement dans l'au-delà, l'au-delà des champs, l'au-delà des mondes, l'au-delà de ce monde. Il n'était d'une certaine façon plus vraiment là.
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Drago mâchouillait distraitement le bout de sa plume, tracassé. D'esprit mélancolique, il était retourné se promener à Londres, plus précisément à Winter Wonderland à Hyde Park. Il avait bien fait de choisir un jour de semaine car, malgré tout, les lieux étaient bondés. Nombreuses étaient les familles et les jeunes gens à s'y rendre pour profiter de l'ambiance, des sucreries et des autres réjouissances foraines.
Mais bien qu'il n'apprécie toujours pas le monde, ce n'était pas cela qui le tracassait.
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Mardi 13 décembre 2011
Chère Mère,
Il m'a été agréable de me joindre au monde. Cela m'a donné, l'espace de quelques heures, l'impression d'en faire partie. J'entendais les rires des enfants, les cris de joie dans les attractions, et l'enthousiasme dans les voix, et j'aurais presque pu croire que je vivais les mêmes émotions. Mais lorsque je voulais me retourner, il n'y avait personne avec qui les partager. Ni avec vous, ni avec une tierce personne.
Je vis tellement reclus du monde, que j'ai été surpris en croisant une nouvelle fois Potter et sa clique. Le trio a bien évidemment évolué en treize ans, mais je n'aurais jamais pensé les y voir avec leurs descendances respectives. Deux têtes rousses et trois têtes brunes, inévitablement un mélange Weasmoche/Granger et Potter/Weasley, tous entre trois et huit ans.
Je ne sais pas si ce qui me perturbe est le tableau d'ensemble, contrastant avec le ridicule de ma solitude, ou bien le fait que Potter m'ait remarqué et salué d'un hochement de tête. Comme si nous avions toujours été des connaissances.
Je ne sais pas quand je suis devenu aussi insignifiant aux yeux du monde, mais il semblerait que les méchants n'y aient plus leur place depuis longtemps.
Votre Fils,
Drago.
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Lorsqu'il alla se coucher ce soir-là, Drago éprouvait un profond dégoût de lui-même. Au moins cela lui avait donné la force de faire du tri dans ses papiers avant le grand départ.
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Le lendemain de cette rencontre, Drago ne sortit pas du lit. Il beugla sur ses elfes depuis ce dernier, les envoyant balader alors qu'ils lui apportaient son petit-déjeuner, inquiets pour lui. Il ne prit même pas la peine de s'installer à son pupitre pour écrire, se contentant d'un Accio !
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Mercredi 14 décembre 2011
Chère Mère,
La déprime de l'hiver me gagne et voir le peuple heureux me fatigue. Le monde a continué à tourner sans nous, nous ne manquerons à personne lorsque je serai parti vous rejoindre.
J'ai besoin de vous, mais vous n'êtes pas à mon chevet.
Je tenterai d'avoir un peu de courage demain pour prendre l'air.
Votre Fils,
Drago.
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Le pire dans tout cela, c'était que Potter et sa petite famille ne quittaient pas ses pensées. Finalement, peut-être que la jalousie ne l'avait jamais quittée. Par Salazar, qu'il le haïssait. Éternellement.
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Sur un coup de tête, Drago se rendit dans le Cumberland. Il était parvenu à obtenir un ticket pour le Solway Moss International Kelpy Show le jour même. Pour une raison qu'il ignorait, la compétition avait perdu en popularité, alors que cela faisait des dizaines d'années qu'il n'y avait plus eu d'accidents mortels.
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Jeudi 15 décembre 2011
Chère Mère,
Comme il est étrange d'entendre les clameurs d'un public quand on y est soi-même totalement hermétique. Je n'ai même pas retenu le nom du grand gagnant, tout ce que je sais c'est que certains ont disparu dans le marais l'espace de quelques secondes, temps durant lequel le public a retenu son souffle. Que faisais-je là ?
Visiblement, ce n'était pas la question que Potter se posait, puisqu'il se trouvait au premier rang avec ce que j'ai cru reconnaître son aîné. Et croyez-moi, Mère, cela n'avait rien à voir avec les invitations de Père. Ils étaient clairement enthousiastes et heureux à l'idée de partager ce moment entre père et fils.
Vous me manquez durablement. Bientôt plus pour longtemps, je l'espère.
Votre Fils,
Drago.
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Pourquoi, par Salazar, Potter lui avait-il souri en le saluant ?
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Pendant que d'autres, moins jeunes ou pas, préparaient leur plus belle tenue pour sortir, Drago également. Mais il n'allait pas sortir ce soir-là, et encore moins pour arpenter les bars ou même un restaurant entre amis… entre amants. Il avait mis en évidence un costume noir et ses accessoires gris perle, qui avaient de nombreuses fois reçus les louages de sa mère, laquelle estimait que ça faisait ressortir ses yeux, et, depuis, lors, l'observait en se projetant à ce fameux dernier jour.
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Vendredi 16 décembre 2011
Chère Mère,
Les temps sont longs. Je n'ai plus la patience d'attendre le 25 décembre pour vous rejoindre. Aujourd'hui, j'ai préparé mon costume de mort, pour que vous me trouviez beau à mon arrivée, et j'ai regardé le calendrier en espérant y lire qu'il restait moins d'une semaine.
Neuf jours. Neuf. C'est le temps durant lequel je suis encore supposé supporter la misère d'un monde sans vous. Je n'y suis pas sûr d'y parvenir.
Vivement la fin. Enfin, « vivement »…
Votre Fils,
Drago.
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Drago termina la soirée à son pupitre, le regard perdu par-delà les prés. Il se demandait ce qu'était la vie de Potter, une vie d'époux et de père. Une vie de famille, tout simplement.
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Samedi 17 décembre 2011
Chère Mère,
Je n'ai le goût à rien, sinon à décompter les jours.
Huit jours.
Votre Fils,
Drago.
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Dimanche 18 décembre 2011
Chère Mère,
Le Jour saint est arrivé et, avec lui, ma dernière semaine de vie sur Terre. Qu'il est temps !
Votre Fils,
Drago.
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Lundi 19 décembre 2011
Chère Mère,
Ce matin, j'ai vu le soleil inonder ma chambre. J'aurais presque pu croire que l'été était là, mais c'était le reflet des rayons sur la neige qui me donnaient cette impression.
Lundi, jour blanc, jour de création de l'Univers.
Plus que six jours.
Je vous aime.
Votre Fils,
Drago.
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Mardi 20 décembre 2011
Chère Mère,
J'avais oublié à quel point la mer pouvait être belle. Bamburgh Beach et son ambiance d'abandon m'a accueilli les bras grands ouverts et, malgré les températures sous le 0°C, sa beauté n'a fait aucun doute. Le vent n'a cessé de me gifler durant les quelques heures passées à admirer le paysage sans m'en laisser. Je me suis surpris à rêver d'une autre vie qui m'aurait amené à me marier dans la forteresse des Watson-Armstrong. Si je n'ai pas l'âme romantique, mais j'aurais assurément apprécié la quiétude des lieux aux côtés de celui qui m'aurait choisi et que j'aurais choisi. Et bien sûr, vous auriez été là, peinant à retenir vos larmes au premier rang de la cérémonie.
Merlin que je vous aime et Merlin que vous me manquez. Pardonnez mon langage, mais je n'en puis plus de vous retrouver. Encore cinq jours.
Votre Fils,
Drago.
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Mercredi 21 décembre 2011
Chère Mère,
Je suis retourné à la serre aujourd'hui. Vous vous souveniez que j'avais demandé à faire installer des narcisses déjà fleuries ? Elles sont magnifiques. C'est comme s'il y avait de vous partout, partout autour de moi. J'y suis resté quelque temps, et j'ai quitté les lieux apaisé. Vous aviez toujours eu ce pouvoir sur moi.
Quatre jours.
Votre Fils,
Drago.
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Jeudi 22 décembre 2011
Chère Mère,
Je me suis souvenu que Père possédait un téléscope. Il n'était pas très puissant, mais il lui permettait d'observer les étoiles de plus près – vous allez me dire, c'est l'objectif, sans mauvais jeu de mot – et je me suis amusé comme un enfant à chercher les constellations durant toute la nuit du mercredi au jeudi.
Ça restera entre nous, mais j'avais adoré la divination enseignée par Firenze le centaure. Il y avait un tel respect de la nature et de l'univers chez cette créature que c'en était inspirant. Il les protégeait envers et contre tous, en particulier les sorciers.
La constellation du dragon semblait briller faiblement, comme si le cœur de la galaxie s'enchantait de me voir revenir bientôt.
Trois jours.
Votre Fils,
Drago.
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Vendredi 23 décembre 2011
Chère Mère,
Je n'ai jamais été proche des animaux. J'ai toujours eu du mal avec les êtres vivants et ils me le rendent bien. Peut-être parce qu'eux savent qu'il ne faut pas me faire confiance. Si j'en crois ma solitude, tous le savent.
Même le grand duc de la famille est parti depuis longtemps. Je l'ai cherché dans la volière du Manoir, mais à en juger par l'état des fientes séchées au sol, sa dernière visite doit dater de plusieurs années.
Vous me manquez, mais le moment fatidique se rapproche. Deux jours.
Votre Fils,
Drago.
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Samedi 24 décembre 2011
Chère Mère,
Je doute de tout et je doute de rien. Si Dieu existe, pourquoi a-t-il créé un être tel que moi ? A moins que la raison de tout cela soit de mettre fin à la lignée des Malefoy, ce qui me paraîtrait plus que compréhensible.
Je ne suis plus sûr d'avoir droit à ma place au Paradis, là où vous vous trouvez avec certitude.
Vous me manquez, j'espère que ce ne sera pas pour l'éternité.
Demain.
Votre Fils,
Drago.
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Dimanche 25 décembre 2011
Chère Mère,
Jour de repos. Je vous dis à très vite, je l'espère.
Quoi qu'il arrive à présent, sachez que je vous aime à tout jamais.
Votre Fils,
Drago.
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Drago posa sa plume pour la dernière fois. Il avait la sensation d'être déconnecté de tout depuis une semaine, concentré sur son seul objectif. Il avait déjà revêtu son costume et se tenait face à la bouteille d'anesthésique. Celui-ci, une fois ingéré dans une dose excessive, lui provoquerait un arrêt cardiaque, tout comme sa mère.
C'était symbolique, mais Drago ressentait malgré tout une légère appréhension. Après tout, c'était la première fois qu'il faisait ça, et ce n'était pas tous les jours que l'on mourrait. À cette pensée, il eut un rire las, fatigué de lui-même. L'heure était venue.
Il dévissa la bouteille et but quelques gorgées sans réfléchir.
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Lorsque Drago rouvrit les yeux, il était entouré d'une lumière aveuglante. Le bras levé devant le visage, il discerna peu à peu un être humanoïde face à lui, tout de blanc vêtu, jusqu'à ses ailes. Seul son visage était légèrement rosé. Il comprit qu'il faisait face à un ange, mais contrairement aux idées véhiculées, il ne portait pas d'auréole au-dessus de la tête.
« Bonjour, Drago », lui dit-il avec un sourire lorsqu'il comprit que Drago l'avait identifié.
Drago resta silencieux. Il était trop abasourdi pour parler.
Puis l'information fit son chemin dans son esprit.
« Je suis mort », affirma-t-il d'une voix presque enjouée.
Il allait retrouver sa mère. Enfin ! Car ici, tout semblait proche du Paradis. Ni l'Enfer ni les Limbes ne pouvaient être aussi lumineux.
« Pas tout à fait », rectifia l'ange, et le sourire de Drago retomba.
« C...comment ça ? » bégaya-t-il, soudain apeuré.
« Regarde pas toi-même. »
Des nuages s'écartèrent sous les pieds, sans qu'ils tombent puisqu'ils étaient des âmes flottantes. L'image en contrebas se précisa rapidement et Drago se vit, emmené par un brancard de Soigneurs, probablement en direction de Sainte-Mangouste.
Il lança un regard horrifié vers l'ange.
« Non ! Je veux mourir ! Je dois rejoindre ma mère... »
« Tu as encore le choix », lui assura l'ange. « Mais si tu meurs, tu ne retrouveras jamais ta mère. Tu deviendras un fantôme. »
« Quoi ? Non ! Ça ne peut pas… Je... »
L'ange lui offrit un sourire conciliant.
« Drago, n'avez-vous pas l'impression que quelque chose… ou plutôt quelqu'un… vous retiens encore là-bas ? »
Le sorcier ouvrit la bouge pour répliquer, mais avant même qu'il ait pu nier les propos de l'ange, les images de son corps emmené vers Sainte Mangouste furent remplacées par d'autres : il y vit alors la famille Potter-Weasley depuis la fenêtre de 12, Square Grimmaurd. Maison qu'ils avaient toujours apparemment. Drago avait soudainement plein de questions sur les raisons de la présence de Potter dans le Wiltshire…
« Vous pouvez choisir de mourir et alors d'errer à tout jamais sur Terre. Vous perdrez alors toute chance de retrouver votre mère et, à terme, vous perdrez également la chance de vous rapprocher de cet homme qui a, d'une certaine façon, toujours eu une place dans votre vie », expliqua l'ange. « Ou bien vous pouvez choisir de revenir et saisir la prochaine occasion. »
Drago redressa la tête, observant l'ange sans réellement comprendre.
« Je… je ne… mais il a sa vie, sans moi. »
L'ange continua de lui sourire, imperturbable.
« N'a-t-il pas déjà tenté de se rapprocher de vous ? »
Drago balaya la question d'un revers de la main. Ce n'était pas quelques saluts de loin qui permettaient d'en déduire un quelconque intérêt de la part de Potter. Et, en plus, il était MARIÉ.
« Oh, vous ne vous souvenez pas des tentatives de ces dernières années. »
Drago le dévisagea, perplexe.
« Ces dernières années ? »
« Ces dernières années », confirma l'ange.
Un silence se fit.
« Je vais vous montrer », annonça-t-il alors.
Habitué au fonctionnement ici-haut, Drago regarda alors à ses pieds.
Une première scène se dessinait déjà sous lui, montrant Potter tenter de lui parler à la fin de ce procès. Drago ne l'avait pas vu à l'époque, et ouvrit la bouche en rond de surprise.
La deuxième scène effaça la première, montrant cette fois Potter passer devant le parc où les étudiants des facultés de pharmacologie, de médicomagie et de botanique avaient l'habitude de se prélasser les beaux jours. Drago était appuyé contre un arbre, à l'écart des groupes, et Potter hésita de longues secondes, avant de s'avancer vers lui. Trop tard, puisque Drago regarda sa montre et se releva, probablement pour se rendre en cours. Les bras en tombèrent le long du corps de Potter, et la troisième scène effaça la seconde.
Plus récente cette fois. C'était à Cumberland, lorsqu'il l'avait salué de loin. Drago se vit lui-même, observant Potter comme s'il ne le voyait pas, et détournant le regard. Potter soupira et enjoignit son fils à se mettre dans le foule pour sortir des gradins. Il paraissait être affecté par l'absence d'intérêt de Drago, mais également las de ce fait.
Le décor de souvenirs s'effaça et Drago releva la tête vers l'ange, le cœur lourd. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, si ça n'était qu'il avait les larmes aux yeux.
« Il a secrètement rêvé de nouer des contacts avec vous. Je pense qu'il ne perdra jamais totalement espoir. »
« Mais… sa femme ? Ses enfants ? »
L'ange le dévisagea sans lui répondre. Drago sentit quelque chose gonfler dans sa poitrine. Quelque chose de coloré, quelque chose qui ressemblait à une joie d'enfant à l'annonce du déballage des cadeaux sous le sapin.
« Mais… ma mère ? »
L'ange fit alors un quart de tour et Drago le suivit du regard. Sa mère approchait, semblant à la fois présente et ailleurs, appartenant à un autre monde. Drago hésita à approcher, mais il se rendit rapidement compte qu'il ne pourrait de toute façon pas la toucher. Elle n'avait plus d'existence physique.
« Mon fils », dit-elle, et sa voix le frappa par la tristesse qu'elle dégageait.
Son visage n'était pas en reste. Des cernes de tristesse et d'inquiétude s'étaient creusées sous ses yeux.
« Mère », murmura Drago, des sanglots dans la gorge. « Vous… Vous allez bien ? Vous êtes bien traitée ? »
Narcissa Black rit doucement, reprenant malgré tout une certaine hauteur.
« Mon fils, quand cesseras-tu de te soucier de moi pour commencer à vivre ? »
Drago ouvrit la bouche pour répliquer puis baissa la tête, honteux.
« Lève le menton et regarde-moi », lui ordonna-t-elle, doucement mais fermement.
Drago s'exécuta, non sans honte.
« Tu vas vivre, mon Fils. »
« Mais comment… ? » murmura-t-il faiblement.
« En acceptant les mains que l'on te tend », rétorqua-t-elle. « Et ravale-moi cette expression ahurie. Nous sommes fiers, tant chez les Black que les Malefoy, mais ce qui nous distingue, c'est que les Black savent saisir leur chance. »
Drago n'était cependant pas assuré.
« Mais Mère… Potter... »
Sa mère le regarda durement.
« En acceptant les mains que l'on te tend », répéta-t-elle. « Il faut y aller maintenant. »
Drago sentit son cœur s'alourdir. Il ne voulait pas être à nouveau séparé d'elle.
Elle commença à s'éloigner à reculons sans le lâcher des yeux, et Drago comprit alors que ce serait la dernière fois, au moins avant longtemps.
« Mère… ! Je… je vous aime. »
« Je t'aime aussi, Drago. Fais honneur à ma mémoire en vivant. »
Sur ces mots, elle disparut, laissant Drago seul avec l'ange. Il déglutit en reportant son regard sur lui. Il lui accorda quelques secondes pour se ressaisir puis reprit la parole.
« Il ne reste plus beaucoup de temps pour vous décider. Vous arrivez bientôt à Sainte Mangouste. Votre cœur va lâcher si vous n'y retournez pas maintenant. Qu'est-ce que vous décidez ? »
Une première pensée partit pour sa mère, la seconde pour Potter. La boule qui avait commencé à enfler en lui était toujours là. Et il avait envie de rejoindre Potter. Qu'importe le temps que ça lui prendrait pour apprendre à lui faire confiance.
« Est-ce… est-ce que je me souviendrais de ce qu'il s'est passé ici ? »
L'ange déposa un regard bienveillant sur lui.
« Peut-être que oui, peut-être que non », lui répondit-il. « Mais votre cœur s'en souviendra, lui. Alors ? »
Drago acquiesça, pris d'une nouvelle résolution un peu craintive.
« J'y retourne », décida-t-il.
Le sourire de l'ange s'agrandit et tout devint encore plus blanc, comme un brouillard de lumière. Peu à peu, il entendit les bruits des monitoring autour de lui, et une douleur de plus en plus grandissante lui comprima les muscles…
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À suivre...
