Mes amours,
Si vous êtes arrivé-e-s ici, c'est probablement parce que vous vous souciez du sort de Drago et que vous espérez un dénouement digne d'un conte de Noël. Du coup, on y va ?
Merci à Damelith, Carine et Stéphanie.
"Silent night, Holy night
All is calm, all is bright
Round yon virgin, mother and child (...)
.
Son of God, love's pure light
Radiant beams from thy holy face
With the dawn of redeeming grace."
Silent Night, Michael Bublé (originally from Franz Xaver Gruber).
.
« Nuit silencieuse, nuit sacrée
Tout est calme, tout est lumineux
Tout est vierge, mère et enfant (…)
.
Fils de Dieu, l'amour est une lumière pure
Les rayons de lumière irradient de ton visage saint
A l'aube du jour de grâce. »
Nuit silencieuse, Michael Bublé (à l'origine de Franz Xaver Gruber).
Partie 2 : Cher Père Noël
Jeudi 24 décembre 2020, 12h. Neuf ans plus tard.
Harry tournait en rond dans son appartement, impatient de retrouver sa fille. Avec la crise sanitaire qui régnait actuellement dans le monde moldu, Ginny avait été réticente à l'idée de la lui confier, sachant qu'il vivait en plein cœur de Londres, dans la maison que son parrain lui avait légué. C'était sans compter sur le fait que Lily n'était plus une enfant mais une Serpentard sacrément convaincante.
Son téléphone vibra dans sa poche, et il se précipita aussitôt dessus, sans même réaliser qu'il y avait peu de chance que Ginny le contacte de cette manière les ondes électromagnétiques ne passaient pas au Terrier.
C'était Hermione.
« Allô ? »
« Tu as repensé à ce que je t'ai dit ? »
Harry soupira. Hermione n'avait pas changé. Son mariage, sa vie de mère, son divorce, son remariage et sa carrière ne l'avaient pas détournée de son objectif : trouver l'homme idéal pour son meilleur ami.
« Bonjour, déjà. »
« Arrête de râler, tu ne peux pas savoir si c'est une mauvaise idée sans l'avoir testée ! »
« Je ne suis pas ton enfant, Hermione. Je n'ai pas besoin de goûter aux brocolis pour savoir si ça va me plaire ou non. »
Hermione souffla par le nez.
« Rose rechigne beaucoup moins que toi quand je lui demande quelque chose. »
« Par Merlin, Hermione... », s'indigna Harry.
Parfois, il avait vraiment l'impression que Hermione le prenait sous son aile. Même Molly avait lâché l'affaire après les échecs successifs de ses relations passées. Il était resté marié pendant douze ans avec Ginny, le temps de voir naître James, Albus, puis Lily, en juillet 2008, et il lui avait encore fallu quatre ans pour signer les papiers du divorce…
À l'époque, il entretenait déjà une relation extraconjugale avec Dean depuis deux ans. Mais sitôt la liberté retrouvée, il avait senti le monde s'ouvrir à lui, et il s'était rendu compte que Dean n'était pas le seul homme auquel il pouvait porter de l'intérêt et qu'il trouvait de la réciprocité. Son coming out avait donc progressivement mené à la fin de leur histoire. Terence l'avait aidé à ramasser sa confiance en lui et l'avait ouvert au monde de la nuit mais, un an plus tard, Harry n'avait pu que constater qu'aucun sentiment ne se développait. Depuis lors, il était célibataire, consacrait tout son temps à son rôle de père et à son poste d'Auror, entre temps devenu chef d'équipe, et il ne s'en plaignait pas.
Contrairement à Hermione.
« Harry, je te parle ! », cria Hermione, le faisant grimacer, à la fois d'agacement et de douleur.
« Non, Hermione ! N'insiste pas, n'insiste plus, s'il te plaît. Je n'écrirai pas au Père Noël pour lui demander le Prince Charmant ! »
« Mais Harry... »
« On se rappelle demain. Profitez bien de votre réveillon, Madame la Ministre », la charria Harry, faussement enjoué. « Et passe le bonjour à Théo. »
« Nia nia nia », grogna Hermione. « Tiens-moi au courant de ce que tu trouveras sous le sapin ! »
« C'est ça », pouffa Harry en raccrochant, dans un mélange d'exaspération et d'amusement pour son obstination.
Le pire dans tout cela, c'était qu'il avait vraiment écrit au Père Noël.
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Jeudi 24 décembre 2020, 13h.
Drago déambulait tel un vagabond dans les rues désertes du Londre moldu. Ce n'était pas tellement pour lui déplaire, bien qu'il trouve la ville foncièrement triste. À part les décorations lumineuses habituelles, il n'y avait pas une âme qui vive.
Il était bien évidemment au courant des réglementations imposées aux moldus, et bien que le Ministère de la Magie n'ait pas spécifiquement interdit aux sorciers de continuer à vivre, Drago se montrait tout de même vigilant au passage des objets roulants, au cas où il s'agirait de la Brigade policière moldue. Granger leur avait vivement conseillé de se montrer discrets dans une allocution particulièrement touchante, insistant sur le fait que ce n'était pas le moment pour se faire remarquer. Les relations entre les deux mondes n'étaient pas des plus diplomatiques, des complotistes avaient émis l'hypothèse que le virus sortait tout droit des laboratoires de chez WizPharma, tout ça pour contrôler la population non magique tout en faisant du profit chez les sorciers les plus superstitieux. Autant Drago n'aurait jamais nié que l'argent n'était pas un paramètre important chez les Docteurs en pharmacologie, autant de là à faire circuler un virus mortel…
A vrai dire, Drago se sentait déjà suffisamment seul dans son existence pour imaginer un tel scénario. Il l'avait certes bien cherché et voulu, il n'empêche que son cœur désirait autre chose. Le vide dans les rues de Londres ces derniers mois n'arrangeait rien à la situation. Cela le frappait d'autant plus que, depuis mars, il avait pour habitude de transplaner directement de son duplex luxueux au laboratoire.
Avant la pandémie, il était beaucoup plus actif. Depuis sa tentative de suicide neuf ans auparavant, il avait donné un nouveau tournant à son existence. Il avait d'abord écouté les conseils de son médecin et commencé du bénévolat. Il donnait alors quelques heures de son temps au funérarium annexé à Sainte-Mangouste, où il conseillait les défunts dans leur choix de couronnes.
À force d'y traîner, il avait fini par échanger quelques mots avec un éminent professeur autour de la machine à café, qui lui avait proposé de devenir son assistant. Il était donc retourné à l'université pour y donner un cours pratique aux futurs pharmacomages. Il y conduisait également sa toute première recherche : Pharmacovigilance : de la résistance de l'amygdale dans la consommation abusive des anesthésiques. La bourse qu'il avait obtenue était toujours en cours et, neuf ans après son suicide, il n'avait toujours pas trouvé d'explication logique à la réaction de son corps.
Il n'avait pu établir uniquement quatre constats. Le premier était qu'il était toujours vivant après la quantité létale qu'il s'était auto-administrée. Le second était son amygdale, le centre de la douleur de tout organisme, s'était comme anesthésiée depuis lors. Il était de ce fait constamment couvert d'hématomes. Le troisième était qu'il avait régulièrement des souffles au cœur. Le quatrième et dernier était qu'il n'était pas le seul au monde, sorcier comme moldu, à avoir pu échapper à la mort de cette manière, mais que l'inverse se produisait également bien en-deçà de la limite létale.
Tous les trois mois, il faisait un bilan de santé complet pour suivre une éventuelle évolution. Rien ne changeait. La bonne nouvelle était qu'il ne souffrait plus de la perte de sa mère. Il ne savait pas si c'était réellement une bonne chose du fait de sa solitude persistante, mais compte tenu de la situation de départ, il s'en sortait vraiment bien.
Il avait mis en location le Manoir, par ailleurs. Il y avait beaucoup trop d'espace pour lui seul. Il n'avait pas pu le vendre, car son père en restait le propriétaire jusqu'à sa mort, qui surviendrait certainement à Azkaban, et il ne voulait plus y vivre. C'était au demeurant bien plus un lieu touristique qu'un lieu de vie, et les gens y passaient généralement le temps d'un weekend via l'agence CnGP (Charming & Gallionish Places).
La plupart du temps, il ne se plaignait pas de l'existence qu'il menait, mais les fêtes de fin d'année restaient une période particulièrement difficile à gérer, et il regrettait que, les soirs de réveillon, Des fioles et des verrines, son restaurant préféré, soit fermé. Il aurait au moins pu passer une soirée dans une ambiance détendue, avec des mélodies de Noël au piano et un menu digne de ce nom. Il ne trouvait même pas l'ombre d'une église ouverte.
Décidément, cette année, le réveillon serait synonyme d'infortune et de sentiment de vide intérieur.
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Jeudi 24 décembre 2020, 14h.
Harry observait Lily, emmitouflée dans sa couverture au coin du feu. Les flammes se reflétaient dans ses iris, aussi vert émeraude que les siens. Ses longs cheveux, remontés en un chignon défait, étaient cependant typiquement Weasley, et ses traits rappelaient la fougue de sa mère.
Chaque année, les circonstances se répétaient. Sa benjamine fuyait le fourmillement du Terrier, préférant le calme du 12, Square Grimmaurd, au plus grand bonheur de son père. Mais sa présence lui rappelait également que ses fils lui avaient définitivement tourné le dos après le divorce et le déferlement médiatique qui avait suivi. Harry s'était battu pour leur garde, mais les crises répétées de James et Albus avaient eu raison de lui. Seule Lily avait continué à le réclamer jusqu'à ce que le Magenmagot lui accorde une garde partagée, pour elle seule, cinq ans plus tard.
Ensuite, elle était venue, une semaine sur deux, mais chaque année pour le réveillon de Noël. Il l'avait vue grandir, au coin de ce même feu, sans jamais manifester la moindre rancœur par rapport à la vie qu'il avait décidée de mener. Elle semblait même heureuse d'avoir droit à cette exclusivité. À huit ans, elle avait même supplié Harry de rester à tout jamais, mais les larmes de Ginny lui avait fait changer d'avis. La seule chose qui semblait changer d'année en année, c'était la longueur de ses cheveux. Harry avait une collection incroyable de photographies devant l'âtre. Au petit-déjeuner, au repas du midi, au repas du soir. Sur la majorité d'entre elles, Lily avait le nez retroussé, faisant mine de désapprouver, mais Harry avait parfois pu capturer son sourire auto-suffisant qui suivait régulièrement.
« Papa ? »
« Mmmh ? » fit Harry, sortant de ses songes.
« J'ai embrassé une fille à l'école. »
Il la dévisagea, les yeux ronds de surprise. Elle n'avait que douze ans !
« Ça va, me regarde pas comme ça, je te promets qu'elle était d'accord », ironisa-t-elle avec son sourire moqueur si caractéristique.
Harry pouffa.
« J'espère bien ! Ton vieux père est juste étonné. À ton âge, je…. »
« Oui, ça va, je sais », l'interrompit-elle. « Tu as trouvé la chambre des secrets et sauvé maman du souvenir de Tom Jedusor. Moi je séduis par mon attitude, pas par mes prouesses. Et t'es pas si vieux que ça, même si t'as des phrases nulles de gens de quarante ans. »
Harry se fendit en un sourire amusé. Ce n'était pas du tout ce qu'il pensait, mais c'était une sacrée Serpentard. Et un sacré bout de femme, déjà à son âge. Et Merlin qu'il l'aimait. Et qu'il était fier d'elle.
« Puis en plus », continua-t-elle avec un air sournois, « faut pas être si vieux que ça pour écrire au Père Noël... »
Harry en perdit instantanément son sourire.
« Pour faire quoi ? » rétorqua-t-il, interloqué.
« Oh papa, tu es toujours aussi désordonné. Tu laisses traîner tes affaires un peu partout. Ce n'est pas comme ça que le barbu va pouvoir te trouver un… Comment tu disais déjà ? » fit-elle mine de réfléchir.
Elle ouvrit les bras, sortant alors un morceau de parchemin de la poche de son sweat-shirt.
« Ah oui ! Un homme qui saura m'aimer à ma juste valeur, au-delà de l'image du Sauveur. C'est d'un niais ! »
« Donne-moi ça ! » s'écria Harry, rouge de honte.
Il se leva d'un bond, mais pas suffisamment vite face à la vivacité de sa fille. Il lui courut après à travers le salon, traversant les pièces du rez-de-chaussée dans les rires, oubliant jusqu'à l'objet de leur course-poursuite. Ils arrivèrent dans la cuisine, où la table fit office de rempart, et ils se défièrent du regard, feintant une reprise de la course. Le tintamarre réveilla chouette et croup qui participèrent au jeu dans les aboiements et les battements d'ailes excités. Harry s'arrêta finalement, à bout de souffle. Ce n'était pas les tartes à la mélasse après chaque intervention réussie du Bureau des Aurors qui entretenaient sa forme.
« Game over, Daddy », le provoqua Lily.
Elle s'empara d'une plume qui traînait dans le tiroir à couverts – une habitude que Harry avait prise pour noter sa liste de course au fur et à mesure – et aplatit le morceau de parchemin sur la table.
« J'ajoute un point », annonça-t-elle. « L'homme parfait doit assurément être un Serpentard, pour me faire courir et ainsi récupérer la forme. »
« Tu es… une vile… Serpentard... », grogna Harry pour le principe.
« Oui, mais tu m'aimes », l'évinça-t-elle.
Le rire de Harry résonna dans la cuisine. Et impudente avec tout ça.
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Jeudi 24 décembre 2020, 15h.
Drago était assis sur un banc, à proximité d'une église. Il avait espéré pouvoir entrer et y allumer une bougie à la mémoire de sa mère, mais après avoir fait trois quartiers différents, il avait dû se rendre à l'évidence : elles étaient toutes fermées. Et la solitude ne faisait que grandir dans sa poitrine, ainsi que le désarroi. Il se sentait misérable à souhait.
Drago soupira. Il se répéta pour la millième fois que tout ça, il l'avait voulu. C'était lui qui avait éloigné une à une chaque personne qui avait autrefois fait partie de sa vie. Pansy et Blaise, qui n'avaient jamais compris son changement de comportement en sixième année. Astoria qu'il avait éconduite, au grand désespoir de son père qui en avait pratiquement fait un infarctus. Par la suite, il avait gardé des relations strictement professionnelles avec ses collègues. Les anciens Mangemorts encore en liberté ne lui prêtaient aucune considération, et Crabbe et Goyle avaient d'eux-mêmes choisi de le fuir. Sa vie sociale se résumait à sa profession et son investissement bénévole. Il n'était pas parvenu à s'intéresser à qui que ce soit au-delà d'un intérêt purement intellectuel ou scientifique.
Une fois de plus, il avait ressenti beaucoup de jalousie envers Potter lorsque sa vie sentimentale avait fait la Une. Ce n'était pas qu'il aurait voulu que les autres sachent pour lui... mais parce que Potter vivait apparemment ouvertement son attirance pour d'autres hommes, et Drago n'avait jamais été l'un d'entre eux. La seule évolution notable dans son existence avait été d'accepter qu'il avait eu des sentiments pour lui durant leur adolescence et qu'il n'avait jamais vraiment cessé d'en avoir. Son attirance avait été teintée de haine et d'envie, ce qu'il n'aurait jamais admis à l'époque, y compris pour lui-même, mais ce n'était que la partie émergée du poulpe dans le lac noir.
La profondeur de son attachement pour Potter l'avait déchiré le jour où Drago avait compris que jamais il ne pourrait espérer une réciprocité. À quarante ans, il était si aigri que personne ne prenait la peine s'approcher de sa carapace, et Drago mentirait s'il disait que c'était pour lui déplaire. Simplement, à la veille de Noël, le gouffre qui caractérisait son existence était particulièrement pesant.
Et tant pis s'il devait passer son réveillon assis sur un banc, complètement frigorifié. Il ne méritait peut-être que ça, après tout, à force d'avoir éloigné une à une chaque personne de sa vie.
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Jeudi 24 décembre 2020, 16h.
Harry et Lily s'emmitouflaient dans leurs manteaux, écharpes, bonnets et gants, direction le parc situé derrière l'église de Saint John. C'était leur petit rituel : ils s'y rendaient en vue d'une bataille de boules de neige, qu'ils doivent l'invoquer par la magie ou non, plus ou moins au mépris des regards moldus. Pourquoi le parc d'une église et pas le jardin de la maison… cela tenait à une simple explication : le 12 octobre 2013, il y avait récupéré Lily après avoir obtenu sa garde. Ce lieu était magique pour lui, et l'était devenu pour eux. C'était leur QG pas si secret, puisqu'ils n'étaient jamais les seuls et que les rires des enfants occupaient les lieux.
Cette année était toute fois bien singulière compte tenu des circonstances actuelles. Harry et Lily restèrent cois quelques minutes, réalisant peu à peu que ce Noël serait différent des précédents. L'église étant fermée, il n'y aurait aucun enfant pour s'extasier face à la neige, qu'elle soit magique ou naturelle. Ni l'un ni l'autre ne semblait cependant vouloir partir.
« Papa ? » souffla l'adolescente.
« Oui ? » répondit Harry sur le même ton.
« Sors ta baguette, je vais te mettre la raclée de ta vie. »
Harry sourit et s'exécuta. Quelques secondes plus tard, il neigeait à gros flocons. Aussitôt, le froid remplaça l'humidité de la pluie. Père et fille échangèrent un regard pétillant. Là où père et fille se trouvaient, la magie finissait toujours par se manifester.
« C'est parti ! » hurla Lily en s'élançant derrière un boisson, qui serait sa base pour cette fois.
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Jeudi 24 décembre 2020, 16h15.
Drago leva le visage face au ciel en réalisant qu'il neigeait. Un véritable tourbillon poudreux se dessinait devant ses yeux ébahis. Il n'avait même pas remarqué que la pluie avait cessé de tomber. À défaut d'être entouré, il aurait au moins son Noël blanc.
Des éclats de rire attirèrent alors son attention, et il se demanda s'il avait des hallucinations à force de solitude. Intrigué, il se leva et quitta son banc, tentant de trouver la source de vie.
La présence semblait provenir du parc à l'arrière de l'église puisque, à mesure qu'il s'en approchait, les rires devenaient plus nets. Il eut à peine le temps de discerner une tête de rousse qu'un projectile dur et froid lui atterrit en plein plexus. Il en eut le souffle coupé.
Sous le choc, il releva la tête et et porta instinctivement la main à son cœur. Il eut juste le temps de remarquer qu'un homme avançait dans sa direction, avant de tourner de l'œil.
Lorsqu'il recouvra la conscience, il discerna une forme humaine au-dessus de lui et dut cligner plusieurs fois des yeux avant de reconnaître l'homme. Il ne s'agissait de nul autre que Harry Potter, le Sauveur du monde sorcier et l'unique individu qui avait réussi à attirer son attention, se tenait là devant lui, la veille de Noël. Si ce n'était pas un miracle, le destin était taquin.
« Malefoy, je… », dit-il, mal à l'aise. « Vraiment désolé, je pensais qu'on était seuls. Je n'ai pas fait attention, j'ai vu du mouvement et j'ai visé. »
« Je vais retourner à mes… occupations », affirma-t-il, alors qu'il était encore au sol, sur son lit de neige.
Il remua, tentant de se relever, son cœur battant douloureusement dans sa poitrine. Potter recula quelque peu, mais l'observait avec inquiétude.
« Quoi ? » répliqua Drago, un peu durement.
« Tu… tu as les lèvres bleues... »
Drago porta instinctivement les doigts à ses lèvres, bien que ça soit inutile.
« Ce n'est rien. J'ai un souffle au cœur, je dois simplement me reposer. »
Il tenta encore de se relever et, cette fois, Potter l'aida. Aussitôt debout, Drago s'apprêta à tourner les talons sans plus de considération par cette rencontre hasardeuse. Mais Potter était Potter.
« Malefoy, attends... »
Drago se figea. Potter se frottait l'arrière du crâne, embarrassé.
« Est-ce que quelqu'un t'attend ce soir ? »
« Potter, ça fait plus de vingt ans que l'on ne s'est pas adressé la parole. Qu'est-ce que ça peut te faire ? »
Avant même que son ancien camarade de classe lui réponde, la tête rousse vint se placer devant lui, les paupières plissées, l'air de sonder, sans aucune gêne.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » attaqua directement Drago, déboussolé.
Celle-ci acquiesça la tête avant de lui tendre la main.
« Lily Luna Potter Weasley », se présenta-t-elle. « Tu es ? »
Drago la dévisagea, passant de sa main à son air conquérant. Si jeune et si sûre d'elle, elle lui rappelait quelqu'un…
« Je ne suis pas certain qu'une poignée de mains soit très appropriée vues les circonstances sanitaires actuelles », rétorqua Drago sans répondre à sa question.
« Quoi, tu as des gènes moldus et tu as peur d'attraper le virus ? » se moqua-t-elle, baissant néanmoins la main. « Tu ne m'as pas donné ton nom. »
« Drago Lucius Malefoy », répondit Drago, qui n'avait pas envie de se quereller.
Potter se rapprocha, posant une main sur l'épaule de sa fille comme pour lui signifier qu'il allait reprendre le contrôle de l'échange.
« Écoute, je ne veux pas t'ennuyer mais je serai rassuré de savoir que quelqu'un pourra jeter un œil sur toi après que tu ais perdu connaissance. »
La jeune fille leva les yeux au ciel, d'un air de celle qui connaissait son père et son aptitude à jouer le sauveur de la veuve et de l'orphelin. Orphelin qu'il était lui-même, au demeurant, se rappela Drago.
« Ça ira, Potter. Ça fait neuf ans que je vis avec et je suis bien suivi. Je vais simplement rentrer chez moi et profiter de mon réveillon avec un bon livre. »
« Qui a envie d'être seul aujourd'hui, franchement ? » répliqua aussitôt la plus jeune, faisant claquer sa langue au passage.
Drago ouvrit la bouche pour protester, arguer que ça lui allait très bien, mais aucun son ne sortit de sa bouche. À la place, la petite Lily et lui se regardèrent longuement en chien de faïence.
« Tu es célibataire ? »
La surprise de Drago fut dissimulée par l'intervention de Potter.
« Lily ! » s'exaspéra-t-il.
« Bah quoi ! Il a du caractère ! Tu as écrit ça sur... »
« Lily ! » insista Potter, rouge de honte.
Drago ne comprenait rien, et surtout pas ce que lui voulait la sorcière.
« Tu es dans quelle maison, toi ? »
« Serpentard », lui répondit-elle fièrement. « Et je n'ai pas l'intention de te lâcher. Papa, on ne peut pas laisser cet homme passer le réveillon tout seul. »
Elle affichait à présent un sourire narquois qui fit ravaler toute envie de protester à Drago.
Potter leva les yeux au ciel, abandonnique.
« Et notre bataille de boules de neige ? » répliqua-t-il vivement. « On vient à peine d'arriver... »
Drago le fixa. Son air triste était sincère. Il devait tenir à ce moment privilégié avec sa fille.
« Oh, je suis sûre que Drago va vouloir se défendre », affirma cette dernière sur un ton malicieux.
Elle reculait progressivement, une boule de neige à la main, son sourire s'agrandissant à mesure qu'elle s'éloignait. La boule siffla à quelques centimètres de l'oreille de Drago. Il écarquilla les yeux, abasourdi par son audace.
Oh par Salazar, elle avait raison. Il avait envie de se venger.
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Jeudi 24 décembre 2020, 17h30.
Harry courait dans le parc de Saint John, la buée de sa respiration gênant sa vue. Il accéléra malgré tout, exalté par le moment. Il ne réalisait pas qu'il faisait une bataille de boules de neige avec sa fille et Malefoy. Perdu dans ses pensées, il glissa et tomba sur les fesses, avant d'éclater de rire.
Son rire s'intensifia lorsqu'il se rappela l'épisode à Pré-au-Lard en troisième année. Il mit un moment avant de se calmer. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il aperçut Lily et Malefoy au-dessus de lui. Les deux échangèrent un regard.
« Heu papa, tout va bien ? Tu es tombé sur la tête ? »
« Arrête de te moquer, Lily. »
« Ouais mais tu es bizarre aussi, parfois. Les Gryffondor, je te jure ! »
« Hé ! » s'offusqua Harry.
Malefoy éclata de rire, ce qui le dérida instantanément. C'était une musique qu'il n'aurait jamais cru pouvoir entendre et pourtant, il avait côtoyé ses pires faces durant son adolescence.
Malefoy lui tendit la main pour l'aider à se relever, en dépit de ces précédentes allégations, et Harry n'hésita pas une seule seconde et attrapa sa main. Malefoy l'attira à lui avec une force que son physique ne permettait pas de prévoir et qui l'étonna vu ses problèmes de santé. Il ne fit cependant aucun commentaire.
« Merci », fit Harry en frottant ses vêtements.
Alors qu'il frottait ses fesses, il surprit un regard sur lui. Malefoy les détourna aussitôt, mais Harry eut le temps de percevoir le trouble dans son regard. Harry ne réagit pas, ne sachant que penser. Il notait tout de même sa propre confusion. Malefoy ne le laissait pas indifférent, et certainement pas le Malefoy qui avait participé à son rituel de Noël.
Harry frissonna, autant en raison du froid qu'en raison de la proximité avec Malefoy.
« Je pense qu'on a bien mérité de se mettre au chaud ! » annonça-t-il énergiquement en frottant ses mains gantées pour dissiper son malaise. « Malefoy, tu nous accompagnes ? »
À sa grande surprise, il hocha la tête et Harry tendit un coude à chacun de ses invités avant de transplaner.
« Tu… tu as gardé la maison des Black ? » s'étrangla Malefoy dès qu'ils posèrent les pieds sur le sol du perron.
« Hm ? Oui, pourquoi ? »
« Je… Non, rien. »
Harry le fixa quelques secondes mais n'insista pas. Peut-être que celui-ci lui rappelait sa défunte mère, décédée de nombreuses années auparavant. Il ouvrit la porte et Lily fonça dans l'entrée.
« Je vais prendre un bain ! » hurla-t-elle en montant les escaliers.
Harry se retrouva seul avec Malefoy. Il y eut un moment de flottement entre eux, jusqu'à ce qu'il se décide à sortir de son inertie.
« Je vais te faire visiter. »
Il passa en revue les pièces du rez-de-chaussée qui, à vrai dire, n'avaient pas beaucoup changé depuis l'intervention de Molly en 1995. C'était démodé pour la plupart des personnes, quoi que ça revenait à la mode depuis quelque temps, mais Harry aimait le charme qui s'en dégageait.
Ils terminèrent par le salon, où trônait l'immense sapin lumineux, et Harry se laissa tomber dans le canapé. Un coup de baguette magique plus tard, et le feu ronflait dans la cheminée.
« Kreattur ? » cria Harry à travers l'habitation.
Un craquement se fit entendre et l'elfe apparut. Bien que vieillissant, il n'avait jamais quitté les lieux, préférant rester à l'endroit qu'il avait toujours connu.
« Oui, Monsieur ? C'est pour les chocolats chauds avec les marshmallows ? » demanda-t-il alors que Harry acquiesçait. Il vit alors Malefoy. « Oh oh. N'est-ce pas un descendant de la noble famille des Black ? »
« Hum, oui », fit-il. « De ma mère. »
« Bienvenue à la maison, Monsieur », déclara-t-il en s'éclipsant.
Harry secoua la tête, quelque peu perturbé par l'accueil dont Malefoy faisait l'objet, et du fait que cela faisait un peu de cet endroit le sien aussi.
« Tiens », dit-il en lui tendant une couverture. « Tu dois mourir de froid. »
« Mmmh, effectivement », confirma Malefoy en acceptant sa proposition.
Il resta cependant avec la couverture en main.
« Où sont tes autres enfants ? »
Harry fut alors traversé par un courant froid, comme si un fantôme était passé à travers lui.
« Au Terrier. Ils ne m'adressent plus la parole depuis le divorce. »
Il soupira longuement, et repensa à l'appel de Hermione plus tôt dans la journée. Elle s'obstinait à vouloir mettre un homme dans sa vie, mais Harry ne savait pas s'il serait un jour capable d'entretenir une relation s'il était un père incomplet.
« Désolé pour la question indiscrète », murmura Malefoy en le rejoignant sur le canapé, gardant tout de même une distance respectable.
« Ce n'est rien. J'y pense suffisamment tout seul, de toute façon. »
Le silence plana entre deux, mais il ne fut pas dérangeant. Le regard métallique du Serpentard était hypnotisant. Harry se surprit une nouvelle fois à le trouver agréable à contempler. Il ne savait pas s'il vieillissait bien ou s'il n'avait tout simplement jamais perçu le bon en lui. Ou peut-être se fourvoyait-il. Après tout, il se sentait seul…
« Et toi, alors ? Tu as des enfants ? » continua Harry pour dissiper son propre inconfort.
« Non », répondit Malefoy, à sa grande surprise. « Je n'ai jamais été marié. »
« Tu n'étais pas promis à la sœur Greengrass ? »
« Astoria ? Oui. Enfin, c'est ce que mon père aurait voulu. Le problème, c'est qu'elle… eh bien, ce n'est pas un homme. »
« Oh. Eh bien j'ai plus mes chances que je ne l'aurais cru. »
Harry mit une seconde horrifiante à réaliser ce qu'il venait d'énoncer à haute voix.
« Le chocolat chaud est prêt, Messieurs ! » s'exclama Kreattur alors que Harry tentait tant bien que mal de se cacher derrière sa paume.
La honte suintait par tous ses pores. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ?!
Ses doigts se refermèrent autour de la tasse que lui tendait Kreattur, ignorant délibérément Malefoy. Pourtant, il sentait son regard sur lui. Il attendit cependant que l'elfe sorte de la pièce.
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Jeudi 24 décembre, 18h.
Drago ne pouvait plus cesser d'observer Potter. Son cœur battait à cent à l'heure, et ne semblait pas vouloir se calmer. Potter était là, face à lui, ce qui était déjà un exploit en soi. Mais en plus, il venait de sous-entendre qu'il avait des intentions à son égard.
Il y avait quelques heures à peine, il espérait tout simplement diminuer sa solitude. Et là, il était chez Potter, avec lequel il avait joué dans la neige et avec lequel il buvait à présent un chocolat chaud. C'était de l'ordre de l'improbable, et pourtant ça lui paraissait si naturel. Il ne pouvait même pas se pincer pour vérifier s'il rêvait, puisqu'il ne ressentirait aucune douleur.
« Potter ? »
« Oui ? »
Ce dernier se redressa subitement. Le rouge de ses joues s'accentua et il se mordit les lèvres. Drago comprenait sa détresse, son propre cœur battant toujours la chamade.
« Laissons voir venir la soirée mais… si tu m'invites à rester pour le repas, je ne chercherais pas un prétexte pour partir. »
Ses prunelles pétillèrent malgré ses yeux écarquillés de surprise.
« Je… eh bien… j'espère que tu n'as rien contre un chinois dans ce cas. »
« Un chinois ? » s'étonna Drago. « Comment ça, un chinois ? »
« Bah oui… Avec Lily, on commande toujours. Ce soir, c'est chinois. »
Drago battit des paupières, interloqué.
« Oh Merlin, Potter, tu ne fais jamais rien comme les autres. »
« À qui le dis-tu », commenta Lily en entrant dans la pièce, les faisant sursauter.
Elle s'assit en tailleur devant le feu, un sourcil arqué alors qu'elle les sondait.
« Vous n'avez même pas profité de mon absence pour vous embrasser. »
« Lily ! » s'offusqua Potter.
« Oh ça va, hein. Je ne suis plus un bébé. Je sais bien que c'est un truc que tu aimes faire », affirma-t-elle en levant l'index d'un air de connaisseuse.
« Par Godric, préservez-moi ! » s'exclama Potter.
Lily tourna la tête vers Drago, lui lançant un air entendu.
« Il ne sait pas à quel point il est bon d'avoir des Serpentard dans sa vie. »
Drago se fendit en un sourire. Il aimait bien cette petite.
« Aloooors », poursuivit-elle en sortant un parchemin de la poche de son pyjama en motifs de flocons. « J'ai des questions à te poser, Drago. »
Il vit Potter virer au cramoisi. Sa fille, elle, jubilait du pouvoir qu'elle avait, mais il ne ressentait aucune mauvaise intention de sa part.
« Je t'écoute », obtempéra-t-il.
« J'aime cette réponse », jugea-t-elle, ignorant les étranglements désespérés de son père. « Est-ce que tu aimes les gens motivés par leur métier et qui se donnent corps et âme pour lui ? »
Drago jeta un œil à Potter. Il aurait parié qu'il pourrait faire un malaise à tout moment.
« Je le suis moi-même », assura-t-il.
« Est-ce que tu es à l'aise avec les histoires sombres ? Mon père a toujours des anecdotes horriblement intéressantes sur son taf. »
Drago haussa un sourcil.
« Tu es toujours Auror, je suppose ? »
« Bien sûr », répondit à sa place Lily. « C'est ce qu'il sait faire de mieux, après tout. Alors ? »
Drago haussa les épaules.
« Rien qui me repousse. C'est du Potter tout craché, rien de neuf à l'horizon. »
« On est d'accord », gaussa-t-elle. « Tout comme sa générosité débordante. Comment tu deales avec ça ? »
« Lily, c'est bon... »
« Non, allez ! Promis, c'est la dernière. »
Potter soupira.
« O.K., O.K. », dit-il, rompant les armes.
Il était si impuissant face à sa propre fille, c'en était atterrant.
« Alors ? » insista Lily en le regardant cette fois.
« Je l'invite à penser à lui aussi. De toute façon, il ne faut pas trop en faire avec moi. »
« Parfait ! » s'exclama-t-elle en sautant sur ses deux jambes. « Maintenant, on commande à manger, parce que ça m'a donné faim toute cette réflexion intense.
Drago pouffa et elle lui fit un clin d'œil.
Cette soirée n'en finissait pas de le surprendre et ça lui créait une chaleur agréable en lui. Pour la première fois depuis longtemps, il ne se sentait plus seul.
*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*
Jeudi 24 décembre, 19h.
L'étrange groupe aspirait ses nouilles dans un silence presque religieux. L'atmosphère était paisible, détendue. Harry ne cessait d'échanger des regards avec Malefoy et Lily, et leurs sourires étaient sans équivoque : ils passaient tous les trois un bon moment.
Harry n'aurait jamais cru voir un jour la couleur des chaussettes de Malefoy, et ce simple constat faisait palpiter son cœur. Ce dernier était concentré dans sa discussion avec la plus jeune, et Harry ne se privait pas pour s'en mettre plein les yeux, et parfois leurs regards se croissaient, accentuant son rythme cardiaque.
Assis contre le dossier opposé du canapé, une couverture sur les jambes et son pot de nouilles dans les mains, il ne perdait rien de sa grâce. Les baguettes volaient d'ailleurs gaiement du contenu à sa bouche, comme s'il avait fait ça toute sa vie.
« Je suis repue ! » déclara Lily en reposant l'emballage vide sur la table basse. « Et encore, je n'imagine même pas ce que subissent les autres au Terrier. »
Harry grogna. Il avait temporairement oublié que la famille n'était pas au complet.
« Je peux avoir ta baguette ? » l'intima-t-elle.
Il savait ce qu'elle voulait. Et sa malice l'épatait. Il lui était interdit de faire de la magie en-dehors de Poudlard, mais qui pourrait se douter qu'elle en faisait avec la baguette de son père ?
Harry la lui tendit, pendant qu'elle partait chercher la radio moldue qu'ils avaient un jour achetée sur une brocante. Il ne manqua pas le coup d'œil de Drago dans sa direction. Celui-ci se redressa, soudainement. Il avait quelque chose à dire.
« Je… hum… En fait, je ne t'ai jamais remercié pour… ma baguette. Tu n'étais pas obligé de me la rendre. »
Harry haussa les épaules.
« Tu l'as dit toi-même, c'est ta baguette. Il était normal que je te la fasse parvenir sitôt ton procès terminé. »
« Holy shit ! » s'exclama Lily en revenant, la radio volant devant elle. « Tu es passé devant le Magenmagot ? Est-ce que tu as été à Azkaban ? Ils sont comment les Détraqueurs en vrai ? »
« Lily ! Ton langage ! »
L'adolescente ne s'en préoccupa pas. Pas plus que Malefoy du reste.
« Uniquement pour rendre visite à mon père. Et les Détraqueurs… rien que tu veuilles côtoyer. »
« C'est fascinant », s'émerveilla-t-elle. « Pourquoi tu as été jugé ? Et ton père ? »
Malefoy l'a dévisagea un moment, avant de hausser les épaules. D'un geste désinvolte, il remonta la manche de son pull, faisant apparaître sa marque.
« Ouaaaaah ! »
Elle posa baguette et radio sur la table, s'approchant.
« J'aurais jamais cru en voir une un jour. C'est Noël avant l'heure ! »
Harry passa une main sur son front, désespéré. Lily était loin de partager les valeurs de Tom Jedusor. En revanche, elle était férue d'histoire, pour le plus grand bonheur du Professeur Binns, et toute relique la mettait en joie plus que de raison.
Malefoy s'esclaffa en replaçant sa manche.
« Comment le Sauveur du monde en était-il arrivé là ? » se moqua-t-il gentiment.
« Nia nia nia », râla Harry.
Mais le sourire éclatant que lui renvoya Malefoy l'arrêta net. Il était beau à en couper le souffle.
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Jeudi 24 décembre, 22h.
Le temps passait à vive allure en compagnie de Potter et de sa progéniture. Lily avait finalement allumé l'objet, duquel des musiques de Noël moldues s'échappaient. Elle les chantait à tue-tête, les connaissant visiblement par cœur, et virevoltait à travers la pièce.
Lorsqu'un morceau plus endiablé commença, elle entraîna son père avec elle, et ils gesticulèrent ensemble sur la mélodie. Bien sûr, Potter était toujours aussi nul en danse. Mais son expression ne laissait transparaître aucun doute : il s'amusait et profitait de l'instant présent. L'amour paternel qui se lisait dans son regard valait tous les Gallions du monde, et Drago aurait vidé son coffre fort pour assister à cela plus souvent.
Lily arriva vers lui, lui tendant une main.
« Drago ! Viens avec nous ! »
Il grommela pour la forme, les rejoignant tout de même. Il se prit rapidement dans l'ambiance, si bien qu'il lui fallut un moment pour constater que Lily s'était placée en retrait et qu'inconsciemment, Potter et lui s'étaient rapprochés. Au moment où le morceau suivant, plus lent, commença, ils étaient déjà suffisamment proches pour qu'ils n'aient plus qu'à poser les mains sur leurs tailles. Leurs regards s'accrochèrent et ne se lâchèrent plus. Sans surprise, après quelques tours, Drago ne put que constater la disparition de la plus jeune. Elle s'était éclipsée pour leur laisser un peu d'intimité, et Drago était partagé entre de l'amusement et de la honte pour s'être fait avoir comme un bleu.
Mais le corps de Harry contre le sien, alors qu'ils continuaient à tourner, lui donnait du baume au cœur. Il avait envie de vivre l'instant à ses côtés, qu'importe s'il devrait rentrer dans son duplex à minuit. Mais il espérait que leur rencontre s'éterniserait bien au-delà.
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Jeudi 24 décembre, 23h.
Cela faisait bien longtemps que Harry n'avait plus été happé par un regard comme le faisait celui de Drago. Il voyait les gens, mais ne les regardait plus. Il voyait les gens, mais n'avait plus l'impression de plonger dans leur âme et d'être sondé par cette même âme. Et encore, le regard de Drago était différent de ceux qu'il avait connus.
Il n'était pas chaud, mais il n'était pas de ce froid qui nous gèle jusqu'aux os. Il était d'un froid calme, comme une montagne couverte de neige perçue depuis la fenêtre d'un chalet. Un froid qui donnait envie de s'asseoir et de se reposer, serein. Parce que tout allait bien. Tout allait bien malgré les battements de cœur rapides, qui rappelaient qu'on était vivant, mais vivant autrement que par le goût du danger, ou parce que l'on est parent. Vivant à la manière d'un corps qui se gorge de sang et gonfle, presque douloureusement, mais sans pression excessive.
En même temps, leurs corps étaient si proches qu'il ne pouvait y avoir qu'une augmentation de la chaleur entre eux. Mais toujours ce froid dans ses yeux, qui calmait ses ardeurs. Il était tel un aimant face à ces pupilles grises.
« J'ai du mal à respirer », souffla alors Malefoy.
Harry sortit brusquement de sa rêverie, les sens en alerte.
« C'est ton cœur ? »
Malefoy rit doucement, tout en tirant sur la main qu'il tenait dans la sienne, et l'amenant contre son torse, à l'endroit même où son cœur pouvait être perçu. Et il galopait, à l'image de celui de Harry.
« Ce n'est pas ton souffle au cœur ? », murmura-t-il, bien qu'il se douta de la réponse.
« Je ne pense pas, non », répondit-il sur le même ton.
Harry attira à son tour la main de Drago au même endroit sur son torse, lui faisait découvrir son propre état. Malefoy lui lança un regard pétillant.
« Je meurs d'envie que tu me coupes le souffle avec tes lèvres. »
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Jeudi 24 décembre, 23h05.
Les lèvres de Potter s'écrasèrent sur les siennes avec une douceur qui dénota de sa réponse soudaine. Leurs mains restèrent prisonnières entre leurs corps tandis qu'ils se découvraient différemment, d'une manière dont Drago n'aurait jamais osé rêver. Les lèvres de Potter étaient moelleuses et accrocheuses en même temps. Il était sur un nuage.
Une part de lui avait envie d'approfondir ce baiser. Mais son instinct le poussa à y mettre fin, sans pour autant s'éloigner de Potter, et il posa son front sur le sien. Leurs mains étaient toujours liées, s'accrochant pour une raison obscure, mais signifiant sans nul doute qu'aucun d'entre eux n'avait envie de rompre leur connexion.
« Je ne sais pas si tu as l'habitude de tout ça, Potter, mais je crois que j'ai besoin d'y aller doucement », lâcha Drago dans un chuchotement à peine audible.
Ses propres mots donnèrent un coup d'accélération aux battements de son cœur. Il ne se laissait jamais aller à tant de vulnérabilité.
« C'est comment aller doucement pour Sir Drago Malefoy ? »
Drago rouvrit les yeux. Potter ne semblait pas moqueur.
« Redis mon prénom », quémanda-t-il.
Potter ouvrit les yeux à son tour, lui offrant ses iris brillants d'émotions.
« Drago », répéta-t-il.
Drago emprisonna sa lèvre inférieure entre ses dents. Il trouvait divine la façon dont Potter le prononçait. C'était chaleureux. Comme un feu de cheminée dans l'hiver tenace.
« Et toi ? Tu dirais mon prénom ? »
« Ne me mets pas la pression », argua Drago.
Ils pouffèrent simultanément.
« O.K., O.K. », abdiqua Harry. « Raison supplémentaire pour me dire à quelle vitesse tu veux aller alors. »
« Demain ? »
« Quoi demain ? »
« On peut en parler demain ? »
Potter acquiesça.
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Jeudi 24 décembre, 23h15
Des rires malicieux attirèrent l'attention de Harry, qui fronça les sourcils. Il leva la tête en direction des rires, remarquant alors quelques lutins voletant autour d'une branche de houx.
« Ah », commenta-t-il. « On aurait voulu le faire exprès qu'on n'aurait pas réussi. »
Malefoy suivit son regard, prenant à son tour note des mêmes informations.
« La magie de Noël, je suppose. »
Harry sourit.
« Ça me va comme explication, compte tenu de ta présence. »
Le sourire de Malefoy se lut dans ses pupilles et Harry se surprit à s'en contenter… pour l'instant. Il avait envie de connaître davantage cet homme qu'il avait surtout appris à haïr.
Sans lâcher la main de Malefoy, il l'entraîna jusqu'au canapé où ils s'installèrent bien sagement. Accrochés, toujours accrochés. Harry avait cette sensation qu'ils avaient attendu longtemps, trop longtemps, et que, maintenant, il ne fallait plus qu'ils s'éloignent.
« Que fait-on maintenant ? »
« Je ne sais pas, Potter, c'est toi l'hôte. »
Harry n'avait plus aucune idée du programme répété d'année en année. Malefoy avait tout chamboulé, mais c'était positif, très positif.
« De la bûûûche », cria Lily en réapparaissant dans le salon, les faisant sursauter.
« Holy shit, Lily ! » s'exclama Harry. « Comment est-ce que tu… ? »
« J'ai ouvert la porte mais vous ne m'avez pas entendue, trop occupés à vous dévorer des yeux », expliqua-t-elle, espiègle.
Elle rejoignit le centre de pièce, s'asseyant en tailleur devant eux. Son regard les dévisagea l'un l'autre, avant de tomber sur leurs membres enlacés.
« Ah ! En voilà une bonne chose de faite. J'espère qu'il embrasse bien », murmura-t-elle sur le ton de la confidence.
« Lily ! »
« Bah quoi ! C'est important qu'il soit à la hauteur pour mon papounet ! » s'exclama-t-elle.
Harry soupira, mal à l'aise.
« Bon, je vais chercher la bûche », déclara-t-il en se déliant, à contrecœur, de Drago.
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Jeudi 24 décembre, 23h45
Fraise-vanille. C'était le parfum préféré de Lily, qui jugeait la bûche au chocolat trop écœurante. Du moins, c'était ce qu'elle venait d'affirmer haut et fort à Drago, comme si c'était une information absolument cruciale à retenir.
Drago se sentait bien. Potter n'avait pas insisté quand il lui avait demandé davantage de temps, et il ne l'avait pas non plus regardé comme s'il trouvait ses propos étranges. Ce qui était étrange, en revanche, c'était ce sentiment paradoxal qui étreignait Drago. D'un côté, il se sentait à sa place avec le père et sa fille, et il avait la certitude au fond de lui que c'était ce qu'il cherchait depuis toujours. D'un autre côté, il était pris d'une peur monstrueuse de l'engagement et de l'inconnu.
La glace glissait entre ses lèvres, sur sa langue et dans sa gorge dans une parade du doute douloureusement savoureuse.
*.*.*.*.*.*.*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 00h00.
« Il est minuit ! » s'enthousiasma Lily en sautant sur ses deux jambes. « Joyeux Noël ! »
Elle s'approcha du sapin, suivie par le regard attendri de Harry. Si le déballage des cadeaux attendrait le lendemain matin, elle prenait toujours un plaisir incroyable à observer les paquets arriver un par un, littéralement par magie. Elle les comptait d'ailleurs, nommant au passage de qui ils venaient et à qui ils étaient destinés.
« Mamie pour moi, mamie pour toi, maman pour moi, toi pour moi, tonton George pour moi… Oooh. »
Elle tenait en main deux enveloppes dorées.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » lui demanda Harry.
« Il y a une qui porte ton prénom. Et l'autre celle de Drago. »
Harry se retourna vivement vers Malefoy, surpris. Le vide de ses prunelles lui indiqua qu'il n'en savait pas plus que lui.
« Ça vient de qui ? » lança Harry en direction de sa fille.
Cette dernière haussa les épaules.
« Aucune idée. Ce n'est pas signé. »
Elle continua ainsi sa dépouille, bien loin de l'esprit troublé de son père.
*.*.*.*.*.*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 1h.
Drago venait d'annoncer son départ. Il n'en avait pas envie, et il voyait bien que Potter non plus, mais il ne se voyait pas dormir sur place, pas le premier soir. Et il avait besoin de s'allonger dans un lit, de réfléchir et de se reposer. Toute sa vie venait de changer en l'espace de quelques heures, et il y avait cette lettre qui le perturbait au plus haut point. Il n'y avait plus personne pour lui écrire.
Potter venait de le raccompagner jusqu'à l'entrée. Appuyé contre la chambranle, il fixait Drago, déjà sur le trottoir, comme s'il espérait trouver une bonne raison pour éterniser ce moment.
« Je suis content d'avoir passé ce réveillon avec toi, Malefoy », révéla-t-il. « C'était vraiment agréable. »
L'affirmation toucha Drago. Non, décidément, il n'avait pas envie de partir, mais il n'avait pas non plus moins besoin de se retrouver avec lui-même.
« Visiblement, on se reverra pour l'ouverture des cadeaux », dit-il, autant pour lui-même que pour Potter.
« Oui », souffla-t-il en réponse.
« Je viendrai avec le petit-déjeuner », conclut Drago. « Bonne nuit, Potter. »
« Bonne nuit, Malefoy. »
*.*.*.*.*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 2h.
Allongé sur le dos, Harry ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il avait des papillons dans le ventre et des étoiles jusque dans la tête. Il rêvait d'embrasser à nouveau Malefoy, et il avait hâte qu'il passe à nouveau la porte de la maison.
*.*.*.*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 3h.
Le regard fixé sur le plafond de sa chambre, Drago peinait à s'endormir. Dans ses pensées, il y avait le corps de Potter contre le sien, ses lèvres contre les siennes, et cette fameuse lettre qui l'intriguait. Quelque part au fond de lui, il avait la sensation qu'il savait, qu'il aurait dû se souvenir.
*.*.*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 8h.
Harry fut réveillé par la sonnette d'entrée et, dans la foulée, les hurlements du tableau dans le couloir. Autant dire que les jours où du courrier arrivait de bon matin, Harry ne parvenait jamais à se rendormir. Mais il lui fallut à peine quelques secondes pour se souvenir de la veille et de la promesse de Malefoy de revenir le matin même.
Sitôt le lien établi, il sauta hors du lit, enfila à peine un pantalon de pyjama et glissa ses pieds dans ses pantoufles. Il vola pratiquement vers la porte d'entrée, criant à Walburga Black de la fermer, sans succès évidemment.
Il ouvrit la porte avec euphorie, découvrant, effectivement, Malefoy sur le pas.
Il ne manqua pas son regard sur son corps à moitié nu et Harry s'empourpra légèrement.
« Je t'ai réveillé », réalisa-t-il.
« Ce n'est rien, entre. »
Malefoy s'exécuta, et Harry l'accompagna jusqu'à la cuisine, où il appela l'elfe, qui apparut en un claquement de doigts.
« Oui, Monsieur ? »
« Kreattur, prépare le thé de son choix à Malefoy », lui ordonna-t-il, avant de se tourner vers le Serpentard. « Je vais prendre une douche, fais comme chez toi. »
*.*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 8h15.
Face à sa tasse de thé fumante, Drago attendait que Potter soit prêt. Il entendait les chutes d'eau à l'étage, et ce fait l'apaisait étrangement. Il avait l'impression d'être de retour à la maison après une nuit hors du temps.
Bien sûr, il n'avait pas trouvé de réponse à ses interrogations, et la seule certitude qu'il avait était celle qu'il n'avait eu qu'une hâte : revenir.
Lorsqu'il leva les yeux de sa tasse, il vit la benjamine Potter entrer dans la pièce et tirer une chaise.
« Tu es revenu », constata-t-elle.
Drago ne répondit pas. C'était évident. À la place, il porta sa tasse à sa bouche.
« Mon père a demandé un prince charmant dans sa lettre au Père Noël. »
Le thé fit fausse route et il manqua de s'étouffer. Il reposa sa tasse en toussant.
« Je te demande pardon ? » réagit-il, pas certain d'avoir bien compris.
« Je pense que tu es son miracle de Noël », enchaîna-t-elle, ignorant sa question.
Drago resta silencieux, ne sachant que répondre. S'il y avait bien un miracle de Noël, il aurait plutôt parié que c'était lui le chanceux.
*.*.*.*.*
Vendredi 25 décembre, 8h30.
Lorsque Harry redescendit dans la cuisine, il y trouva Malefoy et sa fille dans un silence presque religieux. Un calme apaisant.
Il se mit à table et ils déballèrent rapidement la tarte à la mélasse que Malefoy avait apportée. Ils mangèrent avec excitation, impatients de retourner près du sapin. Il fut bientôt temps de déballer les cadeaux.
Harry porta peu attention à ses propres paquets. Il ne recevait de toute façon pas grand-chose en-dehors du pull traditionnel de Molly, d'un livre de la part de Hermione et d'une babiole ou l'autre de la part de Ron. La seule chose qui l'intéressait était de toute façon l'enveloppe dorée. Malefoy s'empara de la sienne en même temps que lui.
L'appréhension était palpable au moment où ils décachetèrent leur enveloppe.
*.*.*.*
Lundi 4 janvier 2021, 12h.
Drago vit Harry passer les portes de chez Des fioles et des verrines, et se leva pour l'accueillir dès que le commis de salle lui désigna leur table.
Ils se retrouvèrent bientôt au même niveau et aucun des deux ne sut comment se saluer. Ils s'assirent donc en silence, et Drago se mordit intérieurement la joue. Merlin qu'il était stressé.
Il regrettait néanmoins son manque de courage et posa sa paume sur la main que Harry venait de mettre sur la table. Il y réagit aussitôt, refermant ses doigts autour des siens et Drago soupira de soulagement.
« Je ne t'ai pas salué proprement. »
« Ce n'est rien », lui dit Harry. « On apprend encore à fonctionner ensemble. »
Drago acquiesça.
« Quelque part, je trouve ça beau », ajouta-t-il dans un murmure. « Ça fait des frétillements dans mon cœur quand tu me regardes... »
Drago se sentit perdre tous ses moyens et sursauta lorsque le serveur arriva.
« Mille excuses, Messieurs, loin de moi l'envie de vous effrayer. Puis-je vous apporter le menu ou avez vous besoin de quelques instants supplémentaires ? »
« Vous pouvez nous l'apporter », lui répondit Drago.
*.*.*
Lundi 4 janvier 2021, 12h30.
Ils mangeaient avec un plaisir gustatif évident, mais le comble du plaisir ne se trouvait pas, selon Harry, dans leur assiette. Le simple plaisir d'être ensemble surpassait tout.
Le 25 décembre dernier, Drago avait passé la journée au 12, Square Grimmaurd. Ils avaient finalement postposé leur discussion au lendemain, préférant profiter de la présence de Lily qui retournait chez sa mère le 26 en début d'après-midi. Drago était d'ailleurs présent lorsque Ginny était venue la chercher, mais elle s'était abstenue de tout commentaire en constatant la présence de ce dernier.
Ensuite, ils avaient parlé. À demi-mots, du bout des lèvres, avant que celles-ci ne se retrouvent pour un baiser timide mais tant attendu. Drago avait formulé son besoin d'y aller par étape, qu'ils aient des rendez-vous et prennent le temps d'apprendre à se connaître avant d'envisager davantage d'engagement. Mais tous les deux pressentaient que ça ne serait pas une amourette de quelques semaines, mais plutôt une histoire, un peu effrayante au début, qui allait s'éterniser et se construire, à leur rythme.
Harry le sentait, à chaque fois que leur regard se croisait ou que leurs mains s'entrelaçaient.
*.*
Lundi 4 janvier 2021, 14h.
Ils se baladaient le long du London Bridge, le regard perdu dans la Tamise et les doigts entrelacés si naturellement. Une énième gifle du vent les fit grimacer et ils se rapprochèrent, s'arrêtant au milieu du pont. Leurs regards s'accrochèrent se perdant dans une autre infinité.
Drago glissa sa main libre sur sa joue et les paupières de Harry papillonnèrent sous l'effet de son geste. Chacun de ses touchers lui faisait définitivement quelque chose, et Drago adorait ça. Mais pas pour le pouvoir qu'il exerçait sur lui, pour quelque chose d'autre, de difficilement explicable, sinon par ces quelques mots : il était en train de tomber amoureux de lui.
Leurs lèvres se réunirent dans un soupir d'avoir tant attendu, mais patientes également. Car il y aurait assurément d'autres fois.
.
Cher Drago,
Cher Harry,
Appelez-nous comme vous voulez : Père Noël, Dieu, ange gardien. Ce qui est certain, c'est que vous avez depuis l'au-delà deux mères qui vous observent et qui sont heureuses de vous savoir enfin réunis. Nous attendions cela depuis si longtemps, mais chaque chose arrive toujours en ce temps, le temps parfait pour vous.
Vous avez tous les deux pris la bonne décision en n'abandonnant pas, jamais.
Nous espérons mais savons aussi, déjà, que vous appréciez votre cadeau de Noël.
Nous vous aimons pour l'éternité.
Vos mères,
Narcissa et Lily.
Fin.
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« Puisse cette nouvelle année vous être douce, vous apporter la verve, la joie, épargnez votre santé et vos amitiés, ne vous enlever personne de ceux auxquels vous tenez, vous apporter au contraire de nouvelles affections pour combler les places vides que fait la mort ou, ce qui est plus triste, le flot montant de la vaste indifférence. Soyez aimé, apprécié, compris, sinon de tous, au moins d'un bon nombre vous le savez, c'est mon plus cher désir. »
Henri-Frédéric Amiel.
"J'ai eu plus de mal avec la première partie mais la deuxième est captivante." Stéphanie
"J'ai lu la première partie d'un trait. J'adore ! (...) Le mal-être de Drago me brise le cœur. (...) J'ai adoré, (...) j'ai dévoré la deuxième partie. J'ai particulièrement apprécié le personnage de Lily." Carine
"C'était doux, une petit bulle de coton, à savourer en prenant le temps d'en apprécier chaque fois. Les histoires de Noël ce n'est pas ton domaine de prédilection, je sais, mais défi relevé haut la main. C'était une vraie histoire de Noël comme je les aime. Doux, chaleureux, rempli d'amour et d'espoir." Damelith
Oui, je me suis accordé des critiques comme sur la quatrième de couverture des grand-e-s auteur-rice-s. Que voulez-vous, je suis fier de moi.
J'ai commencé à écrire Silent Night avant Ave Maria... oui, vous avez bien lu, la deuxième partie avant la première. C'était en décembre 2020, et je voulais en faire l'OS de Noël. Je n'ai pas su le terminer à ce moment-là. Je sentais qu'il manquait quelque chose, et je ne savais pas quoi. Je ne parvenais pas à incarner mon histoire.
Ce qui a changé cette année, je ne sais pas réellement. Je n'aime toujours pas Noël, et ce n'est pas cette année que je vais commencer à trouver la flamme. Pour la deuxième année consécutive, je ne le fête pas (et j'ai choisi de ne pas le faire, même si BrowneJune et moi rêvons de le fêter ensemble un jour). En revanche, je fête Yule (fête païenne pour célébrer l'arrivée de l'hiver et le retour de la lumière) et c'est là que j'ai eu le déclic.
Sans grand étonnement, il faut que je parte de moi pour créer un esprit de Noël. Comment je le vis pour le moment ? Dans la solitude. O.K., je ne vois pas Harry être seul, Drago en revanche... c'est un début. Et je ne vais pas bien pour le moment. Je ne sais pas qui va bien par les temps qui courent, mais la réalité est là : ma santé mentale est morcelée. Je suis actuellement en arrêt de travail pour burn out et je ne vois clairement pas le bout du tunnel. Je n'ai pas envie de mourir pour autant, mais vous avez la base de mon inspiration pour Drago...
A ce moment-là, j'avais décidé de reprendre les grosses lignes de Silent Night pour Ave Maria, qui devait être la même histoire mais uniquement du P.O.V. de Drago. Puis, en cours de chemin, j'ai décidé de relire Silent Night pour y piocher certains éléments. Et là... je n'ai rien eu envie de jeter. J'ai aimé la naïveté de Harry, sa relation avec Lily, Lily tout simplement, et le potentiel de miracle de Noël dans son P.O.V. J'aurais voulu fusionner les deux mais, problème : la temporalité. Et je ne voulais modifier la temporalité d'aucune des deux parties. Il me fallait donc un lien entre les deux.
L'histoire que vous avez sous les yeux est donc le résultat d'une mixture entre une construction pleine d'une douceur et une inspiration dramatique sans laquelle je ne suis pas moi. Je pense que le miracle de Noël ne serait pas né si je n'avais pas pu joindre les deux bouts.
Je suis fier de moi. Mais dites-moi : le défi est-il relevé selon vous ? Ai-je enfin écrit une fanfiction de Noël digne de ce nom ?
J'ai hâte de vous lire.
Et, que vous fêtiez Noël ou non, je vous souhaite d'ouvrir la porte à la lumière dans votre vie. Les jours vont se faire de plus en plus lumineux, c'est une réalité saisonnière.
Prenez soin de vous. Flux énergétique de scarabée sur vous.
Cailean.
